Parmi les grands principes de la foi chrétienne cathare figurent des éléments correspondant à l’évolution de la mentalité de celui qui aspire à éveiller son esprit.
Aussi, il me semble important de faire le point sur ma propre situation et ma compréhension de ces principes.
Faute de disposer d’un chrétien à qui je pourrais exposer mes interrogations et qui me répondrait, je vous embauche dans cette entreprise.
Ne pas porter de jugement
Il ne manque pas de références pour expliquer qu’il n’est pas correct de porter des jugements sur les autres.
Une des plus connues est tirée de l’évangile de Luc:
Luc, 6, 41 : « Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil à toi ! Ou comment peux-tu dire à ton frère : Frère, laisse-moi ôter la paille qui est dans ton œil, toi qui ne vois pas la poutre qui est dans le tien ? Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton œil, et alors tu verras comment ôter la paille qui est dans l’œil de ton frère. »
Or, je passe le plus clair de mon temps à me surprendre en train de juger tel ou tel sur son comportement ou son expression.
Bien entendu, c’est une telle habitude que je m’en rend compte a posteriori.
Cela m’agace car c’est à mes yeux une révélation de ma vanité.
En effet, si je n’avais pas une haute opinion de moi-même, je n’en aurai pas une aussi critique des autres.
En outre, cela montre également que mon échelle de valeurs est égocentrique puisque je juge par rapport à mes critères et à mes valeurs et en aucune façon par rapport à ceux de la société.
Untel me double de trop près à mon goût quand je pédale sur mon vélo ? C’est mal me dis-je mais, quand je grille un feu pour ne pas poser pied à terre, c’est acceptable.
Ce n’est qu’un exemple mais il est représentatif de ma problématique.
Et pourtant je connais le point de vue des philosophes antiques sur la nécessité de concentrer ses efforts sur ce qui relève de nous en ne nous mêlant pas de ce qui ne relève pas de nous.
Un bon chrétien me dirait certainement d’abandonner davantage cette part d’humanité qui veut me convaincre d’une supériorité que rien ne justifie.
Alors, je me gourmande mais, dix mètres plus loin, je recommence.
Au moins les catholiques ont les pénitences pour réfréner leur nature : «Deux pater et trois avé mon fils et l’affaire sera réglée.»
C’est quand même plus simple que de vouloir devenir meilleur sans mode d’emploi.
Ne pas juger c’est ne pas se comparer
Tout jugement que l’on porte soi-même est entâché de l’erreur du juge.
Pour comprendre et admettre la nécessité de s’abstenir de tout jugement, il faut comprendre et admettre sa propre indignité à juger les autres puisque l’on est incapable de se juger soi-même avec validité.
Notre humanité nous aveugle et nous fait prendre pour naturel et acceptable ce qui est anormal car préjudiciable aux autres.
Notre seul outil de jugement c’est nous, nous qui nous plaçons en maître étalon de la vertu.
Donc, toute comparaison est d’office viciée par l’outil car seule la perfection peut juger le vice.
Or, la perfection ne nous appartient pas.
La seule comparaison qui devrait être la règle serait celle de la perfection mais, pas pour les comportements des autres ; pour les siens propres !
Je pense que là, nous touchons de près à ce qui différencie profondément le bon chrétien du reste de l’humanité.
Car cette confrontation entre notre indignité et la perfection révèle l’horreur de notre condition.
Le bon chrétien se sait imparfait en tous points et ne peut que vomir sur sa nature matérielle qui le rend impropre à approcher la perfection qui est son espoir.
Comment pourrait-il comparer quoi que ce soit à la boue qui le submerge ?
Là est le chemin.
Avancer dans la certitude de sa propre indignité c’est se concentrer sur l’essentiel. Faire tomber un peu de la boue qui macule notre esprit, c’est le travail de notre vie.
«Connais-toi toi-même»
Socrate louait le peuple qui avait mis cette devise au fronton de son temple.
Quelle merveilleuse ambition que d’essayer de comprendre ce que l’on est pour espérer s’améliorer.
Là est tout le travail qui devrait m’obnubiler au point de n’avoir plus le temps de relever la tête pour regarder vivre les autres.
Poser le diagnostic et déterminer le traitement n’est pas rien. Le suivre est tout.

