croyant

Les niveaux d’avancement dans le catharisme

1-1-Sujets principaux
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Les niveaux d’avancement dans le catharisme

Il existe au sein du catharisme deux sortes de personnes : celles qui sympathisent et s’intéressent mais qui ne partagent pas notre foi et ceux qui partagent notre foi.
Les premières sont appelées auditeurs ou sympathisants, car ils viennent écouter et posent des questions mais leurs rapports avec les membres de la communauté ecclésiale ne vont pas plus loin.
Les secondes sont les croyants qui ont reçu l’éveil et progressent dans leur foi, à leur rythme et selon leur volonté personnelle librement exprimée.
Quand un curieux le souhaite, il reçoit une première information générale sur ce qu’est le christianisme cathare, ses particularités, ses différences avec d’autres christianismes, etc. S’il manifeste son adhésion intellectuelle à la doctrine chrétienne cathare, il est admis dans la collégialité et devient un sympathisant (auditeur). Ce stade ne s’accompagne d’aucune mesure rituelle puisque le sympathisant n’est pas membre de l’ecclésia.

Du sympathisant au croyant

Si le sympathisant, après un temps qui est généralement assez long, et peut même atteindre plusieurs années, progresse dans son adhésion aux éléments doctrinaux du catharisme au point de les faire siens, il commence un parcours qui dépasse le stade intellectuel de l’adhésion pour entrer dans celui spirituel que beaucoup considèrent comme le fait de devenir un croyant.
De mon point de vue, ce stade est intermédiaire entre le sympathisant et le croyant. En effet, spirituellement l’individu se sent concerné par la foi cathare, mais il lui reste encore une empreinte de son passé athée ou croyant d’une autre religion. Ce passé l’empêche encore de lâcher prise et de se laisser aller dans la foi cathare.
Quand cela arrive, il va changer de paradigme. Le catharisme ne lui apparaît plus comme une hypothèse séduisante, cohérente, voire logique. Non, à ce niveau la voie cathare devient une évidence et tout autre cheminement s’avère inadapté pour celui qui est devenu un croyant. Non pas qu’il dénigre aux cheminements des autres la possibilité de les mener à bonne fin, mais pour lui rien ne peut convenir que de suivre les Bons-Chrétiens dans la voie qu’ils ont tracée. Il a passé la porte de la foi cathare. Quand on passe une porte on perd la vision de ce qu’il y avait avant et on découvre un nouvel espace. Et si, comme cela s’est produit quelques fois dans le passé, on revient en arrière, on n’est plus vraiment le même et on a besoin d’agir vigoureusement pour tenter d’effacer ce souvenir. Il n’est pas étonnant que certains cathares ayant abjuré leur foi se soient retrouvés être des collaborateurs zélés de l’Inquisition.
Pour en revenir au croyant, le passage de la porte est pour lui une révélation qui peut être vécue de façon positive ou non. En effet, et cela s’observe à chaque moment de l’évolution dans la foi cathare, le passage d’une porte revêt un côté définitif qui peut occasionner une souffrance psychologique, car le détachement aussi avancé soit-il est contrecarré par notre mondanité que cherche à nous faire revenir en arrière. Un doute peut alors se manifester, mais comme nous savons que cet avancement est sans retour, une légère inquiétude peut l’accompagner. C’est d’ailleurs utile de savoir cela, car bien des sympathisants sont au contraire dans l’euphorie quand ils pensent être devenus croyants. Souvent c’est parce qu’ils n’ont pas encore vraiment franchi ce cap. Ils sont dans cet entre-deux que je viens d’expliquer et leur euphorie est due à leur mondanité qui tente de les leurrer pour éviter qu’ils continuent d’avancer.

Du croyant au Consolé

Un point essentiel pour reconnaître le croyant est qu’il cesse d’être passif. En effet, quand on intègre totalement la foi cathare, on sait qu’il n’y a qu’une voie possible pour atteindre le salut : obtenir l’aide de Bons-Chrétiens pour être en position de recevoir la grâce qui nous ouvrira la dernière porte, celle du salut !
Par conséquent, le croyant veut absolument participer, à la hauteur de ses compétences, au renouveau d’une structure ecclésiale cathare qui permettra de former et donc, de disposer de Bons-Chrétiens qui guideront les croyants dans leur cheminement. Et cela, même si le croyant, en raison de son implication mondaine antérieure, doute de pouvoir devenir novice un jour.
Outre son engagement personnel dans la résurgence cathare, le croyant va participer activement à la vie de l’Église cathare. Face à d’autres croyants avérés de même sexe, il pourra pratiquer le caretas (baiser de paix) et, face à un Consolé, il pratiquera en sus l’Amélioration (Melhorament) qui est une adresse faite au Saint-Esprit consolateur à travers la personne d’un Bon-Chrétien. Le croyant va alors faire le choix logique de progresser dans sa foi à titre personnel en intégrant progressivement les éléments de la règle de justice et de vérité dans sa vie quotidienne. Il est aussi un intermédiaire entre la population non croyante et celle des novices et Bons-Chrétiens pour permettre aux premiers, s’ils le souhaitent, de s’informer. Il ne s’agit en aucun cas de prosélytisme puisqu’à aucun moment, ni croyants, ni Bons-Chrétiens ne veulent et ne peuvent chercher à attirer dans leur foi ceux qui n’en ressentent pas l’appel personnel.
Un des éléments premier dans la relation entre le croyant et les autres membres de l’Église, à laquelle il vient d’adhérer, est celui de l’Amour ou Bienveillance qui l’amène à ne pas développer de conflit au sein de la communauté ecclésiale, et si possible, en dehors non plus.
Quand le croyant a atteint ce premier objectif, il continue sa progression dans la Bienveillance en soutenant ceux qui en ont besoin, en tous lieux et tous temps où cela lui est possible, et bien entendu auprès de son Église et des communautés évangéliques existantes. Cette entraide peut prendre toutes les formes et intensités dont il est capable sans que cela puisse être considéré comme une contrainte. Ce niveau d’avancement dans le giron de l’Église l’amène à accéder à une pratique rituelle des communautés évangéliques, la bénédiction du pain. Cette pratique peut être réalisée en dehors des communautés évangéliques par un Bon-Chrétien entouré de croyants ayant atteint ce niveau. Ils peuvent également assister tous les mois au rituel du service (Apparelhment), au cours duquel l’ancien de la maison cathare fait une pénitence collective devant le diacre.

À ce stade, sa foi sera suffisamment affermie pour qu’il puisse demander à l’Église de l’autoriser à préparer sa bonne fin. S’il ne peut entrer en noviciat, il va préparer sa fin de vie de façon à ce qu’un Bon-Chrétien puisse l’assister dans sa Consolation, y compris au seuil de la mort. Pour éviter tout retard qui serait préjudiciable à la réception de cette Consolation, il va passer un accord anticipé : une convention (convenenza) avec l’Église. Par cette convention, il effectuera une partie du sacrement de la Consolation, de façon à ce que le Bon-Chrétien, qui sert d’intermédiaire entre lui et le Saint-Esprit consolateur, puisse finaliser le sacrement même s’il ne peut plus lui répondre alors.
Si le croyant poursuit son avancement dans la foi de son vivant, notamment en faisant sienne la règle de justice et de vérité, c’est-à-dire quand approche le moment où il demandera à être accepté comme novice dans une communauté évangélique, il est reconnu comme tel et admis à assister à un rituel réservé normalement aux Bons-Chrétiens et aux novices : la tradition de l’oraison au cours de laquelle il écoutera les Consolés et les novices avancés réciter le Pater, élément central des  méditations chrétiennes cathares.

Il ne lui restera plus alors qu’un pas à franchir quand il s’y sentira prêt et que les membres de la communauté évangélique valideront son choix, devenir novice en vue d’être un jour revêtu à son tour.
Il rejoindra alors une communauté de vie évangélique cathare où il suivra intégralement le mode de vie de la communauté sous la responsabilité d’un Bon-Chrétien qui le guidera dans sa progression par des enseignements complémentaires de ceux donnés lors des méditations quotidiennes dispensées lors des Heures régulières. Après au moins un an, c’est-à-dire après avoir suivi l’intégralité des éléments de la vie communautaire évangélique cathare, il évaluera s’il lui pense être suffisamment avancé pour demander à recevoir la Consolation (Consolament). Si c’est le cas — et après avoir pris conseil et avis des autres Bons-Chrétiens — il sera admis à ce baptême d’esprit et continuera sa formation par un compagnonnage qui l’amènera à s’attacher successivement à des Bons-Chrétiens dévolus à cette tâche. Sinon, il pourra soit continuer son noviciat aussi longtemps que nécessaire (deux à trois ans était semble-t-il courant au Moyen Âge), soit demeurer en maison cathare pour y finir sa vie sans prendre de responsabilités apostolique, soit choisir de rejoindre la vie de croyant en attendant d’être prêt de nouveau pour refaire un noviciat.

Contrairement à d’autres formes de christianisme, le catharisme respecte les choix de ses membres, y compris les Bons-Chrétiens s’ils souhaitent quitter la vie communautaire évangélique. De la même façon il accepte de les voir revenir pour reprendre un noviciat.

Éric Delmas, 2 juillet 2019.

La foi cathare

3-1-Doctrine cathare
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La foi cathare

Le sujet de la foi interroge beaucoup, car en règle générale, il se pose assez peu dans les autres christianismes ; disons plutôt qu’il semble aller de soi. Le catharisme a cette particularité que la foi n’y est pas fournie « clés en mains », mais doit se construire, notamment par la connaissance et l’introspection.
Celui ou celle qui découvre le catharisme entre donc dans un domaine vierge pour lequel il ne dispose d’aucune référence valable, alors que l’ensemble paraît avoir un air de déjà vu.
Je voudrais essayer, à la faible lumière de mon expérience et de mes propres réflexions, de vous présenter la foi cathare de façon suffisamment simple pour que chacun puisse mieux en comprendre les différents stades.
En effet, la foi cathare n’est pas monolithique, mais elle est en évolution permanente et les différents stades que j’ai identifiés me semblent comparable à la vie d’un être humain, à savoir, la petite enfance, l’adolescence, l’âge de la vie active, la maturité et la retraite.

La découverte de sa foi

Habituellement, les gens découvrent le catharisme, s’y intéressent, approfondissent sa connaissance par la sympathie qu’il leur inspire, et parfois, se sentent aspirés par cette religion qui leur paraît répondre à leurs conceptions spirituelles.
Ce premier éveil s’accompagne généralement d’une forme d’exaltation, plus ou moins marquée selon chacun, qui correspond à celle du petit enfant découvrant le monde.
Le croyant est emporté par la joie d’avoir acquis la conviction d’être enfin en accord sur le plan spirituel avec d’autres ; l’entrée dans une ecclesia— une Église — c’est-à-dire une assemblée humaine portée par une identité spirituelle a de quoi nous emporter.
C’est logiquement un moment propice à une frénésie d’apprentissage, de découvertes, de comparaisons et un désir profond d’aller encore plus loin, afin de se rapprocher du but ultime : la Consolation.

C’est aussi l’âge où les erreurs d’orientation doivent être identifiées pour éviter que le cheminement ne s’approfondisse dans l’erreur de route. L’homme a un instinct grégaire qui le pousse à rechercher la compagnie des autres, et ce dans toutes les composantes de sa vie. « Accrocher » le wagon cathare est un comportement logique pour ceux qui se sentent SDF (sans doctrine fixe), mais si ce wagon n’est pas le bon, il faudra du temps pour s’en rendre compte et cela rendra d’autant plus difficile le retour à la gare où le bon wagon sera peut-être déjà parti dans une autre direction qui nous aurait mieux convenue.

Comme la petite enfance est le moment le plus important de la construction de l’adulte en devenir, ce premier stade de l’éveil est important pour le devenir du futur chrétien cathare. C’est là qu’il devra trouver des guides et des compagnons de route qui sauront lui montrer les écueils les plus graves et qui pourront l’aider à trouver la voie de son propre avancement pour un meilleur cheminement.
En fait, la première chose qu’il devra intégrer c’est que le cheminement demande de l’humilité et beaucoup de patience.

L’entrée réelle dans la foi

Comme l’adolescent qui quitte le monde merveilleux de l’enfance pour affronter les premières difficultés de la vie, les premiers déboires que ses parents ne pourront pas gérer pour lui et les premiers choix essentiels qui vont déterminer son avenir, le croyant cathare va lui aussi rencontrer des épreuves et faire des choix essentiels.
Le croyant qui a su calmer ses impatiences et qui a compris les dangers que la vanité place devant ses pas, va logiquement chercher à affermir sa foi grâce à une bonne connaissance de sa religion. Finies les dérives classiques du début, où l’on cherche à toujours vouloir trouver dans une religion autre chose que ce qu’elle nous propose. Le croyant cathare de ce stade n’en est plus à accumuler les religions possibles ; il a fait son choix et il sait vers où il veut aller. Il sait aussi que la connaissance, au combien indispensable, ne l’empêchera pas de devoir un jour avancer sans garde-fou. Car la foi est justement cette action où l’on avance sans aucune garantie que l’on va trouver du solide sous son pas. J’évoque souvent pour illustrer cela, le moment dans le film : Indiana Jones et la dernière croisade, où le héros doit faire la dernière partie du chemin censé le mener au Graal en passant les épreuves du pénitent qui donne lieu à des pièges physiques dans cette histoire. L’humilité vient en premier, qui le conduit à adopter l’attitude voutée qui le sauve de scies automatiques, puis la marche dans le nom de Dieu qui lui évite de tomber dans les éboulis, etc. Mais le moment suprême est celui où il doit affirmer sa foi. En effet, il se trouve dos à une paroi rocheuse et face à l’entrée de la grotte dont il est séparé par un gouffre immense. Entre les deux, rien ! Pas de pont, pas de corde tendue, aucun moyen de passer normalement. Alors, il se rappelle que la foi est comme un saut dans le vide et il pose son pied au-dessus de ce gouffre. Surprise ! il découvre qu’un pont existe, mais qu’il lui était caché par une illusion d’optique, et ainsi il peut continuer à avancer.
Cette image est excellente. Si l’on a suffisamment acquis de connaissances pour savoir ce qu’est vraiment le catharisme et si l’on a suffisamment étudié sa propre conviction pour savoir ce à quoi notre intuition nous pousse, l’esprit éveillé en nous va nous convaincre de changer de paradigme. Ce ne sont plus les yeux humains, susceptibles d’être trompés par toutes sortes d’illusions, qui peuvent nous guider, mais les yeux de l’esprit qui savent que Dieu ne peut pas nous abandonner. Et nous faisons aussi ce pas au-dessus du gouffre des peurs mondaines pour toucher pour la première fois le « pont » qui nous mène à la foi affermie.
Désormais les choses sérieuses commencent et il faut être certain de notre engagement, car une hésitation ou une erreur que l’on hésiterait à reconnaître nous mènerait à l’erreur qui serait gravissime pour notre salut.

La spiritualité active

Après ce passage difficile, douloureux parfois aussi, vient le moment, où porté par notre foi, nous cheminons sereinement en approfondissant la connaissance des ressorts profonds du catharisme et en ressentons pleinement la spiritualité.
Tout au moins est-ce le début de cette phase. En effet, comme l’adulte qui s’est lancé dans la vie active, le croyant confirmé va rencontrer nombre d’écueils à son cheminement. Bien entendu, le premier est celui de l’humilité aiguisé par la vanité et l’impatience. Le sentiment d’avoir fait un bon bout de chemin peut se transformer en certitude d’être presque arrivé. Le souvenir des difficultés rencontrées peut conduire au désir d’être reconnu comma ayant déjà surmonté toutes les épreuves. L’altérité, c’est-à-dire l’accompagnement d’autres croyants, est le meilleur moyen d’apprendre à tempérer cette attitude.
Mais comme ce jeune adulte, nous sommes amenés à faire des choix dans notre cheminement, à nous positionner, notamment vis-à-vis de nos proches, dans notre vie mondaine et à interroger la force de notre engagement spirituel. Le catharisme n’est pas la religion de la facilité et du laisser-aller. Quand on a compris que le chemin est long et ardu et que les portes qui le jalonnent n’en marquent pas la fin, mais seulement les étapes, il est nécessaire de se poser la question de la validité de son choix spirituel face à cette impression d’être face à un mur et de ne plus bien distinguer ce qu’il y a devant.
Je ne dis pas cela pour faire peur, mais pour vous rassurer au contraire. En effet, ce moment est généralement marqué par le doute. Le doute fait peur, car on y voit la marque d’un engagement insuffisant, d’une possible erreur de cheminement, d’une foi vacillante et faiblarde. En fait, c’est le contraire. Le doute a plein d’avantages. Il nous oblige à revoir de fond en comble notre engagement, ses motifs, sa genèse et son déroulé. Ainsi, la connaissance acquise nous permet de disposer de moyens de confronter nos choix à la réalité du catharisme, afin de savoir si nous nous sommes trompés ou pas. Il nous oblige à vérifier si nous maîtrisons bien les fondamentaux du catharisme. La non-violence est relativement facile à comprendre à ce stade. Elle doit concerner non seulement les autres, mais nous également. L’humilité est toujours le plus difficile à appréhender et à surmonter. Notre mondanité, encore fortement ancrée en nous, nous confronte à un monde profondément vaniteux, égoïste, méprisant, individualiste et aveugle à tout ce qui ne lui importe pas. L’humilité en ce monde est un boulet. Nous devons le traîner et considérer qu’elle ne nous ralentit pas, comme on pourrait le croire à priori, mais qu’elle nous évite d’aller trop vite et donc de courir le risque de quitter la route.

Si nous sommes sur la bonne voie, nous aurons alors logiquement des doutes sur la qualité de notre engagement, sur notre capacité à comprendre et intégrer la doctrine cathare dans nos choix spirituels et à poursuivre en ce monde avec ce bagage apparemment si peu adapté à notre cheminement. L’étude des religions nous montre que bien d’autres avant nous ont eu, eux aussi ces moments de doute intense : Gandhi, mère Teresa, et même un certain Jésus qui, dans la noirceur de sa dernière nuit, espérait encore ne pas devoir boire la coupe. Le doute est fondamental et la peur de l’échec est salvatrice. Certes ; il nous provoque de grandes souffrances et ceux qui le vivent seuls courent le risque d’échouer par abandon.
Mais, comme l’adulte qui finit par assumer ses choix et qui en accepte les conséquences, le croyant qui eu le temps de confirmer la valeur des siens va pouvoir continuer d’avancer.

La maturité

En fonction des choix que l’on fait dans la période précédente, la période de la maturité va revêtir des aspects eux aussi différents.
Entre le croyant avancé en noviciat et celui qui reste dans le monde en raison de ses engagements, la différence peut sembler énorme. Elle ne l’est pas tant que cela. Le premier s’entraîne à l’ascèse pour approfondir la spiritualité cathare dans ses tréfonds et le second la vit de façon moins approfondie, mais la confronte davantage à la mondanité. L’un est apnéiste quand l’autre est un marathonien. Les deux apprennent à séparer le mondain du spirituel pour que l’esprit qui est en eux puisse se détacher de la dépouille de l’Adam qui s’oppose à leur projet de résurrection.
Le novice qui a eu la chance de pouvoir s’extraire du monde à volonté, doit apprendre à explorer la religion cathare en comprenant qu’il n’ira que d’échec en échec, car la vivre dans la perfection n’est pas possible en ce monde. Vu de dehors on pourrait le trouver excessif et injuste envers lui-même dans ses exigences, mais lui sait qu’il n’en est rien. « Le diable est dans les détails » dit-on, et c’est vrai ! Les petites erreurs et les compromissions apparemment sans importance sont le lit de l’infection qui conduit à tout relativiser. Plus le novice sera rigoureux, plus il compensera l’avantage qu’il a de pouvoir tenir le monde à distance plus facilement que d’autres.
Le croyant avancé pris dans le monde, doit accepter son état sans se plaindre. Dieu n’est pas caché dans une maison cathare. On peut suivre sa voie partout et en tout temps. L’application de la règle est certes moins facile et parfois impossible, mais rien n’empêche de l’adapter à son contexte de vie. L’erreur que l’on peut commettre à ce moment est de penser que l’on n’est pas responsable d’une situation qui s’impose à nous et qu’il suffit de laisser le temps filer jusqu’au moment où l’on pourra demander la Consolation aux mourants. Grave erreur ! Ce n’est pas parce que l’on ne peut entrer en noviciat qu’il faut rester les bras croisés. Au contraire, le cheminement que l’on fera jusqu’au moment opportun, soit de rejoindre une communauté pour y vivre ses dernières années, soit de la rejoindre dans son agonie lors d’une Consolation aux mourants, est essentiel à la réussite de ce dernier moment.

Si les trois premières étapes ont aidé à construire la foi, celle-ci la met en pratique.

La retraite

Contrairement à celle que bien des travailleurs, épuisés par une vie de labeur, imaginent, la retraite du croyant est à l’image de celle de nos retraités d’aujourd’hui : particulièrement active.
Difficile pour moi de vous la détailler, car je n’en suis pas encore à ce stade. Je vais donc essayer de vous en dresser un portrait approximatif.

À l’instar de la Consolation qui en marque le commencement, quelle qu’en soit la durée effective ensuite, la retraite du croyant devenu chrétien est active dans la spiritualité. C’est la période où se produit enfin la bascule entre la part mondaine et la part spirituelle du mélange qui nous définit. Le spirituel prend enfin réellement le pas sur le mondain et l’on entre dans ce que les anciens appelaient l’ataraxie.
Le Consolé n’en a pas fini d’approfondir sa foi quotidienne, mais il en appréhende tous les éléments : il n’est plus de ce monde ! Comme Christ disant au jardin de Gethsémani : « Mais que ta volonté soit faite », il s’abandonne enfin totalement à la volonté divine qu’il sert depuis si longtemps. On comprend bien qu’un tel état ne peut survenir ex abrupto et qu’il faut s’y préparer, comme je l’expliquais précédemment.
Certes le Consolé qui va vivre plusieurs années sera toujours en butte aux tentatives déstabilisatrices du monde désireux de le faire échouer, mais il en connaît tous les rouages et rien ne peut plus l’atteindre en ce monde qu’il a quitté volontairement.
Je ne peux pas vous en dire plus, car c’est à peine si j’entrevois ce que je vous décris. Aller plus loin serait manquer d’humilité et faire preuve d’impatience.

Éric Delmas, 26 septembre 2018.

La sorcière et le chevalier blanc

2-3-Le catharisme au quotidien
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La sorcière et le chevalier blanc

Régulièrement je suis contacté, ou je lis dans les forums que j’anime, par des gens qui m’expliquent être des réincarnations de personnages divers : seigneurs, princesses, Bons-Chrétiens, etc. De façon assez peu surprenante, je n’en ai pas connu qui se rappellent avoir été inquisiteurs, conquérant sanguinaire ou bourreau.
Bien entendu, pour ces personnes ces perceptions sont fiables et ne peuvent provenir que de l’esprit saint prisonnier qui se souvient de ses transmigrations précédentes. Je voudrais tenter ici de faire le point sur ce sujet.

L’esprit saint chez les cathares

Pour les cathares l’esprit saint, tombé en ce monde de mélange, est pur et parfait dans le Bien. Ce qui l’empêche de s’échapper pour retourner auprès du principe du Bien est le fait d’avoir oublié son état antérieur lorsqu’il fut incarné par le diable. Donc, a priori, si l’esprit saint pouvait avoir conservé le souvenir d’une vie antérieure, il ne serait plus prisonnier puisqu’il serait suffisamment éveillé pour avoir retrouvé le souvenir de son état.

Comment fonctionne la prison mondaine ?

Pour les cathares, l’esprit saint prisonnier est maintenu en cet état de refroidissement spirituel par l’âme mondaine qui est à la fois la geôlière de l’esprit saint et l’animatrice du corps.
Cette âme doit empêcher l’esprit saint de sortir de sa léthargie et elle emploie pour cela tous les moyens. Or, quel est le meilleur moyen de faire tolérer les barreaux à un prisonnier ? Le convaincre qu’il n’y en a pas !
Comme dans le film Matrix dont je vous parle régulièrement, nous sommes prisonnier d’un monde factice qui cache une prison, mais comme nous croyons ce monde réel, la prison ne nous apparaît pas.
Dans les cas les plus faciles, il existe plein de moyens pour occuper le corps et ainsi contenir l’esprit dans un espace si restreint qu’il ne peut rien faire. Nous connaissons les capacités anesthésiantes de la spiritualité que sont la réussite professionnelle et la sexualité. Mais — et même si cela peut en choquer certains — comprenons bien que la famille en est un autre, tout aussi efficace.

Ainsi notre vie est jalonné de périodes où, d’obligations en activités choisies, de frustrations en accomplissements personnels, nous sommes maintenus dans ce monde contre notre volonté profonde, mais sans en avoir conscience.
Dans certains cas, la nature de l’individu le pousse à se lasser de ces activités habituelles et le pousse à rêver à d’autres possibles. Ce grand danger doit être surmonté, car comme dans le film The Truman show, le risque de voir le corps atteindre les limites de la prison et comprendre la situation, ce qui ne pourrait que provoquer l’éveil spirituel, est immense et doit être contré.
L’âme a trouvé un moyen très ingénieux de contrer cela : le détournement d’attention. Comme nos politiques le pratiquent régulièrement, il suffit souvent de dévier l’attention d’un point à risque vers une autre voie, au moins aussi attrayante, pour que le sujet oublie son premier centre d’intérêt et se jette avidement dans le second.
Si un individu se demande si l’assassinat du président Kennedy ne pourrait pas être de la responsabilité d’un autre commanditaire que Lee H. Oswald, il vaut mieux l’orienter vers des pistes sans issue, comme la mafia ou les réseaux castristes, que de courir le risque de le voir un jour rechercher des informations sur la CIA et les lobbies pétroliers américains.
De même, si une personne laisse vagabonder son imagination vers l’hypothèse qu’il y a peut-être une autre réalité que celle qu’elle voit au quotidien, il peut s’avérer efficace de lui en suggérer des factices, mais conformes à sa personnalité. C’est typiquement ce que l’on observe avec l’ésotérisme. Cette hypothèse ouvre le champs des possibles et fait de chacun de nous un élu appelé à un grand avenir individuel.

Comment déceler ces pièges ?

Compte tenu du fait que nous n’avons pas sur ces problèmes une vue d’ensemble et un regard détaché, puisque nous faisons partie de l’équation, il faut trouver d’autres moyens pour définir ce qui relève du piège et le distinguer de ce qui pourrait relever de la manifestation réelle de l’esprit saint.
En effet, repérer ces pièges est essentiel, car ils nous empêchent d’avancer vers l’éveil ou le retardent dans sa manifestation.
Souvent, prendre un temps de réflexion permet de mieux comprendre à quoi nous avons à faire. En effet, si l’idée qui nous taraude s’écarte de certains principes fondamentaux que nous reconnaissons comme  d’essence divine, c’est qu’elle est de nature mondaine et qu’elle vise à nous égarer.
Jamais une idée émanant de l’éveil de l’esprit saint que nous sommes ne saurait nous donner à croire que nous sommes privilégiés et différents des autres. L’égocentrisme n’est pas une valeur divine.
Jamais non plus elle ne saurait nous donner à penser que nous sommes meilleurs et plus méritant. La vanité n’est pas une valeur divine.
Jamais elle ne saurait nous donner à croire qu’il suffit de se fier à une intuition plutôt que de se forcer à rechercher et étudier afin de conforter ou infirmer le sentiment initial. La futilité n’est pas une valeur divine.
Jamais elle ne saurait nous convaincre de taire et de garder pour soi des éléments qui nous semblent importants. L’égoïsme et le secret ne sont pas des valeurs divines.
Jamais elle ne se manifesterait en prenant comme support des attributs de ce monde, comme une particularité physique par exemple. La mondanité n’est pas une valeur divine.
Jamais elle ne saurait nous conduire à vouloir nous dépêcher d’atteindre le but et à clamer notre réussite sans se donner le temps de l’attente et de la réflexion. L’impatience et l’enthousiasme ne sont pas des valeurs divines.

Sur la base de ces quelques pistes nous voyons que bien des idées apparemment hautement spirituelles ne sont en fait que des chausse-trappes que nous lance l’âme mondaine, comme le fait la sorcière qui fait surgir ronces, précipices et rocher sur la route du chevalier blanc, sans oublier le dragon final qui lui barre la porte de la chambre de la princesse endormie.
L’hypothèse ésotériste qui propose une voie réservée à une élite promise au salut indépendamment du reste de l’humanité est un piège.
La mémoire d’une vie antérieure où l’on aurait été quelqu’un de plus avancé, voire de déjà prêt à passer de l’autre côté, est un piège. Si en plus des éléments factuels et matériels viennent la corroborer, comme le fer à cheval dont parle Sibylle Peire dans son interrogatoire devant Jacques Fournier ou comme des stigmates physiques qui auraient perdurés d’une vie à l’autre, le piège est encore plus grand.
Ces pièges sont fondés sur une particularité de notre mondanité que les psychologues connaissent bien. L’homme veut appartenir à un groupe, car il a peur d’être seul, mais il veut cependant être distingué et reconnu.

Reconnaître le chemin

Je l’ai souvent dit, et c’est parce que je chemine très prudemment et très lentement, malgré les nombreuses remarques — parfois critiques — que ce choix me vaut, il y a de nombreuses étapes dans le cheminement et plusieurs paliers dans l’éveil.
J’ai détaillé ces étapes dans mon texte sur la foi cathare.

Alors comment faire pour éviter ces pièges quand on n’est pas prêt à devenir un Bon-Chrétien ?

La règle de justice et de vérité nous aide

En effet, comme je l’ai dit dans le passé, le croyant peut tout-à-fait faire de cette règle une morale personnelle. Ainsi, il s’en servira au quotidien pour éprouver ce qui lui est proposé et voir si cela doit être bien ou mal considéré.
Même si nous avons du mal à l’appliquer en tout lieu et toute situation, la Bienveillance est très utile pour éviter les pièges de l’agressivité face à l’adversité.
L’humilité nous permet d’éviter les pièges de l’égoïsme et de l’égocentrisme.
L’obéissance à ceux que l’on reconnaît comme plus avancés est un bon moyen d’éviter l’enthousiasme.
L’attention et la concentration permettent de freiner l’impatience.
L’exemplarité des Bons-Chrétiens médiévaux nous rappelle que, si le chemin est long et difficile, c’est que l’âme est puissante et maligne.

Et bien entendu, il existe bien d’autres façons d’avancer sur notre chemin afin d’atteindre l’étape suivante et de pousser une nouvelle porte. Nous le ferons plusieurs fois en tant que croyant, comme le fait lui aussi le novice et comme le feront également les futurs Bons-Chrétiens, car le bout du chemin n’est pas de ce monde.

Avec ma profonde Bienveillance.

Éric Delmas, 4 septembre 2018.

Comprendre Paul de Tarse

4-2-Bible

Comprendre Paul de Tarse

Pourquoi vouloir comprendre Paul de Tarse ?

Chercher à comprendre le christianisme authentique nécessite de comprendre ceux qui l’ont construit.
Sans chercher à trier le vrai du faux dans le déroulement des événements du premier siècle, il est clair que deux courants chrétiens s’opposaient alors sur quelques principes fondamentaux.
L’un, porté — semble-t-il — par Jacques (non pas le disciple mais le frère de Jésus) et Pierre, voulait réserver le christianisme aux juifs alors que l’autre, porté par Paul, voulait l’étendre à tous les hommes.

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Le carême de la désolation

8-5-ecf-Praxis cathare

Le carême de la désolation précède l’événement qui fut pendant longtemps la base de la prédication chrétienne. Son interprétation est à l’origine du schisme initial qui sépara les judéo-chrétiens des pagano-chrétiens. Les premiers, s’appuyant sur la mystique juive, y voyaient un sacrifice rédempteur conforme à leur vision doctrinale d’un Dieu ambivalent, à la fois punisseur et miséricordieux. Les seconds, se basant sur le message christique d’Amour absolu, y voyaient la clé de voute de la révélation de la supercherie du démiurge et de l’invalidation de la loi positive mosaïque.

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Suicide et bonne fin chez les derniers cathares

5-1-Histoire du catharisme

Suicide et bonne fin chez les derniers cathares

Rappel de quelques notions essentielles

Le catharisme n’a pas toujours été monolithique dans son expression, tant en raison de la grande flexibilité que son système doctrinaire justifiait, mais aussi en raison des événements extérieurs qui ont eu une grande influence sur le comportement des croyants et même des bons-chrétiens.
En outre, la connaissance que nous en avons est, non seulement parcellaire, mais aussi déformée selon les sources mises en œuvre.

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