Les bornages du catharisme

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Les bornages du catharisme

Les bornages dans le monde

À tout moment dans la vie mondaine nous sommes soumis à des bornages. Ils sont pour la plupart du temps mis en place a posteriori et ont généralement un caractère de jugement et de comparaison.

Le but des bornages dans ce monde est de différencier les individus en valorisant les uns et en dévalorisant les autres. Même si nous ne savons plus les reconnaître, nous n’y échappons pas. Pour certains d’entre nous ils sont bénins et pour d’autres ils sont insurmontables. Cela commence dès la petite enfance :

  • À l’école, le passage de classe en classe dépend d’une évaluation de l’année précédente, voire d’un examen qui sanctionne un niveau d’étude ;
  • Pour conduite un véhicule à moteur, cyclomoteur ou voiture, une évaluation sanctionne un niveau de connaissance et de pratique ;
  • Bien entendu, pour accéder à de nombreux métiers, une formation est requise et est sanctionnée par des examens
  • Dans l’exercice professionnel il n’est pas rare de devoir, là aussi, subir des évaluations de la part de son encadrement, voire des examens et des formations validant.

Notre vie est bornée à posteriori, c’est-à-dire qu’un jugement est porté sur nous après une étape, pour décider de la possibilité de passer à une autre.

Certains bornages sont formels, mais nous en subissons d’autres qui sont plus discrets, voire pernicieux :

  • L’inclusion dans un groupe social (ami, relations, etc.) dépend souvent de critères précis ou intuitifs qui définissent la confiance qui nous sera accordée.
  • La relation de couple dépend aussi d’une période d’évaluation que notre partenaire potentiel mettra à profit pour savoir s’il est possible d’envisager une vie à deux ;
  • Nous sommes également portés à évaluer les autres avant de leur permettre d’accéder à des zones intimes.

Même si ces bornages sont réalisés a posteriori, rien ne garantit qu’ils soient infaillibles et il n’est pas rare qu’ils puissent être remis en cause, le plus souvent par les autres.

Il n’y a guère que dans le domaine intime que les bornages peuvent se faire éventuellement a priori en se basant généralement sur l’appartenance à un groupe social, familial, ethnique ou autre.

Ces bornages servent à valider des compétences et à organiser la société en plaçant chacun de ses membres à la place estimée la plus profitable au groupe. Le problème est qu’ils sont souvent basés sur des niveaux de compétences généraux et qu’ils ne peuvent donc pas vraiment prendre en compte les particularismes de chacun.

Ils créent aussi des jugements de valeur, donnant à chaque catégorie des qualités ou des défauts plus ou moins justement évalués. Ainsi on constate régulièrement qu’un des paramètres qualitatifs de classement est celui de l’argent. Que ce soit l’argent généré en positif, comme le salaire ou des revenus autres, mais que ce soit aussi de l’argent dépensé pour la catégorie, comme les coût des allocations diverses.

Si le prologue de la Constitution indique que : « Les hommes naissent libres et égaux en droit. », il semble bien que la société se chargent très tôt de détruire cette égalité au profit d’un classement qualitatif qui va créer des catégories difficiles à dépasser, malgré l’inscription de l’égalité dans notre devise nationale.

Ces bornages ne remplissent pas leur fonction d’utilité sociale, car nous voyons qu’ils ne conduisent pas à valoriser ce qui est le plus important pour le groupe : la situation des personnels de santé, entre autres, le montre malheureusement bien.

Ces bornages sont donc bien en phase avec ce monde imparfait et souvent malin, qui nuit plus qu’il ne sert l’humanité qui en subit les conséquences.

Comment le catharisme fonctionne-t-il de ce point de vue ?

La particularité du catharisme est qu’il n’a pas besoin de classer la population puisqu’il considère que chaque être humain est une parcelle de l’Esprit unique, émanation divine artificiellement divisée.

Par contre, ceux qui s’intéressent au catharisme et veulent progresser en son sein ressentent le besoin de se situer. Mais la doctrine cathare ne permet pas de juger, donc de séparer les hommes sur quelque critère que ce soit. La manifestation des choix doit donc obéir à une autre forme.

La désignation a posteriori est forcément basée sur le jugement puisqu’elle se sert de l’expérience accumulée pour évaluer la compétence et le niveau atteint. Elle est donc impossible dans le catharisme.

La désignation a priori rencontre le même problème. Dire d’une personne qu’elle est apte à ceci ou cela est un jugement et le fait qu’il ne s’appuie pas sur des éléments objectifs ne lui ôte pas cet aspect de jugement.

C’est pour cela que le catharisme a choisi de retirer à son système de bornage ce qui lui posait problème : l’estimation extérieure.

Mais il n’en reste pas moins qu’il y a des étapes dans l’avancement en catharisme et que ces étapes constituent un système de bornage de l’évolution au sein de cette spiritualité. Nous pouvons en définir trois de façon précise :

Tout d’abord, quand une personne découvre le catharisme, grâce à des apports de connaissance personnels (lecture, contact avec des croyants, etc.) elle peut, soit n’y voir qu’un sujet comme un autre et le laisser de côté une fois que sa curiosité aura été satisfaite. On peut dire sans exagérer que cela représente l’immense majorité des cas. Cependant, il arrive que cette personne ressente le désir d’aller plus loin dans sa connaissance, notamment dans le domaine spirituel, soit parce qu’elle n’est pas satisfaite de ce qu’elle a déjà appris, soit parce que cela éveille en elle des sentiments liés à d’autres connaissances qu’elle possède déjà. Le fait de vouloir approfondir ses connaissances, surtout s’il s’accompagne d’une empathie envers le catharisme, voire d’une sympathie plus profonde, marque le franchissement d’une borne entre le statut de curieux et celui de sympathisant.

Le sympathisant va poursuivre ses études et améliorer ses connaissances, ce qui lui permettra de faire un tri dans les données circulant sur le catharisme et qui sont, dans une grande majorité, erronées, voire pires. De ces études il retirera, soit une connaissance améliorée sans qu’elle n’éveille rien de particulier en lui, soit le sentiment que cette voie spirituelle semble être celle qui peut assurer le salut.

Si le sympathisant adhère à la doctrine cathare au point de considérer que c’est la meilleure voie possible pour atteindre le salut, il va continuer à l’étudier et, parallèlement il suivra l’enseignement des chrétiens cathares qui l’aideront à mieux appréhender le christianisme. Si cela l’imprègne réellement, il finira par atteindre l’éveil qui se manifestera pour lui par l’impérieux besoin d’aller au bout de ce cheminement pour faire sa bonne fin. Cela s’appelle l’éveil et fait de ce sympathisant un croyant cathare. Une fois qu’il l’aura compris, le croyant recherchera les chrétiens cathares consolés et leur manifestera son état en leur demandant leur aide pour son cheminement par le biais de l’Amélioration. Il marquera ainsi le bornage de son nouvel état.

On le voit dans ces deux cas, le bornage peut n’être visible que de l’intéressé ou bien se manifester ouvertement envers l’Église cathare. Il n’intervient que pour confirmer un état déjà acquis et n’est évalué que par l’intéressé. Pas de jugement, pas de sanction, pas de marque extérieure publique ; même l’Amélioration ne peut se faire qu’en comité restreint. De même, l’engagement pris est sans cesse remis en question et l’intéressé peut abandonner son cheminement s’il considère s’être trompé. Là encore, il est seul juge de son état réel.

Le croyant manifeste son état dans sa pratique intime et dans sa volonté de participer à la mise en place des conditions qui lui permettront d’assurer son salut, à savoir disposer en temps voulus d’une maison cathare où faire son noviciat et recevoir sa Consolation. En attendant d’en arriver là, surtout si des contraintes mondaines l’empêchent de se libérer, il va approfondir son cheminement par l’étude, par les pratiques spirituelles et par une adaptation de sa vie mondaine, afin de la rendre la plus compatible possible avec la règle de justice et de vérité. La préparation spirituelle peut se faire aider par un accompagnement dans l’étude des textes et dans les pratiques spirituelles. Aujourd’hui, plutôt que des participations à des prêches réguliers, qui n’est pas forcément facile étant donné l’éloignement entre les membres de l’Église, il peut entamer une préparation au noviciat.

Au cours de cette période de préparation, non seulement le croyant va améliorer ses capacités spirituelles et pratiques, mais il va également travailler aux conditions de règlement des contraintes qui le retiennent encore dans ce monde. Cela passe par des échanges avec les personnes qui lui sont attachées pour expliquer ses choix et son désir d’avancement. Cela permettra de voir si les autres sont encore dans une dépendance envers lui qui l’empêche de partir ou si ces personnes sont plus dans une démarche visant à le bloquer dans ses choix. Dans cette dernière hypothèse il est clair que ses engagements ne seront plus de même nature. De même, s’il a des enfants, il convient de voir selon leurs capacités à appréhender la situation, si des aménagements sont possibles (déménagement à proximité d’une maison cathare, séparation de corps avec le conjoint avec maintien d’un lien quotidien avec les enfants, etc.). En effet, la plasticité du catharisme permet bien des aménagements propres à favoriser l’entrée en noviciat sans nuire à l’entourage. Le choix d’entrée en noviciat va constituer un nouveau bornage dont le croyant seul peut définir le moment opportun.

Une fois entré en noviciat, le croyant va cheminer plus profondément dans sa foi au moyen de temps de pratiques et de spiritualités plus nombreux, même si des obligations mondaines demeurent. Plusieurs étapes viendront ponctuer son avancement au sein de la maison cathare et lui permettront de choisir une finalité strictement personnelle ou un parcours plus approfondi en vue de devenir prédicateur. Il va sans dire que de nos jours, les freins à l’accès à des fonctions de responsabilités que connaissaient les femmes cathares médiévales, n’ont plus aucune justification.

Ainsi, au terme d’une évaluation personnelle et d’un approfondissement de son état spirituel, il sera en mesure de ressentir le lien avec le Saint-Esprit consolateur qui lui confirmera la nouvelle étape atteinte. Dès lors, il pourra en parler avec les membres de la maison cathare afin de définir la date de sa Consolation. Ce bornage, considéré à tort par beaucoup comme une fin, lui ouvrira la porte d’un nouveau cheminement qui sera lui aussi ponctué de bornages, visibles ou non, qui le mèneront à terme à sa bonne fin.

Conclusion

On le voit mieux maintenant, le catharisme est lui aussi ponctués de moments-clés, mais ils prennent des formes particulières qui lui sont propres.

D’abord ils ne sont pas forcément formalisés de façon mondaine. Ils sont toujours à l’initiative de la personne concernée qui est la mieux placée pour évaluer son état. Elle peut s’appuyer sur l’avis de personnes plus avancées qu’elle, ce qui ne constitue pas un jugement. Quand une cérémonie ponctue ce bornage, elle peut survenir à distance du moment où le changement s’est opéré. Enfin, les bornages cathares sont systématiquement vécus a posteriori de ce qui les justifie, car le catharisme ne préjuge jamais d’un avenir qui n’est pas écrit dans ce monde.

Éric Delmas, novice cathare à Carcassonne.

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