1-Découverte du catharisme

Chaîne Youtube® : catharisme

1-0 - Comprendre le catharisme
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La chaîne Youtube® du catharisme

Comme chacun peut le vérifier, le catharisme fait l’objet de nombreuses vidéos sur Youtube®. Malheureusement, comme pour tous les médias, le pire et le moins mauvais s’y côtoient.
Afin d’offrir une autre approche du catharisme, j’ai créé une chaîne Youtube® sur laquelle seront publiées de petites vidéos de présentation et d’approfondissement du catharisme.

Nous travaillons à la mise en route de ce système pour les semaines à venir.
Vous trouverez ci-dessous un sommaire des vidéos publiées avec un lien vers chacune d’elles.

Pour vous faire patienter, voici une vidéo réalisée par un journaliste qui parcourait le chemin de Compostelle en VTT.

Sommaire

Le catharisme – Présentation (24/04/2020)

Histoire du catharisme

Philosophie – Cosmogonie

Le slovo de Cosmas : (08-05-2020) – article complet

De Jésus à Paul :  (24-05-2020) – article complet

Paul, le marcheur du christianisme : à paraître (07-06-2020) – article complet

La doctrine chrétienne de Paul : à paraître (22-06-2020 ?)

Doctrine cathare

Pratique cathare

Le catharisme – chemin de Compostelle en VTT

 

À l’épreuve des faits

1-3-Catharisme & monde
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À l’épreuve des faits

Le recul des compétences naturelles

Il est encore beaucoup trop tôt pour se lancer dans de grandes analyses, mais il me semble intéressant de proposer quelques pistes de réflexion à tout un chacun.

Les événements actuels nous ramènent à des considérations sur la nature humaine et sur les concepts souvent abscons de la philosophie et de la religion que nous avons oubliées depuis longtemps… trop longtemps.

L’être humain moderne est fragile, très fragile, mais il n’en a pas conscience. Aux débuts de l’humanité, c’est en prenant conscience de sa fragilité que l’être humain a fait des choix qui lui ont permis de survivre dans un environnement hostile en faisant usage de capacités pourtant peu adaptées aux difficultés rencontrées.

Se couvrir d’une peau de bête pour compenser une toison trop fragile, se regrouper en nombre suffisant pour optimiser la recherche de nourriture et améliorer la défense contre les prédateurs, fabriquer des objets manufacturés pour compenser l’absence de griffes et de crocs suffisamment puissants, se tenir debout pour voir l’environnement faute de disposer d’une ouie et d’un odorat efficaces, sont des moyens qui nous ont permis de survivre et de dépasser les autres espèces. Mais, en même temps cela a permis à un animal peu adapté de prospérer quand la règle naturelle est la survie du plus fort, du plus adapté et du plus à même de supporter des changements brutaux.

Plus nous avons amélioré notre environnement, pour le rendre conforme aux besoins de notre fragilité, plus nous avons conforté un statut anti-naturel. En outre, nous avons également modifié l’environnement qui s’est fragilisé et nous avons aboli les frontières naturelles qui permettaient de développer la diversité des espèces animales et végétales garantie d’évolution. En effet, si les continents étaient restés soudés comme au temps de la Pangée, les modèles auraient été bien moins nombreux et seules deux ou trois espèces de prédateurs auraient subsisté, de même de la flore aurait vu sa diversité fortement diminuer et aurait entraîné une raréfaction des espèces herbivores. Or, cette diversité nous l’avons supprimée par la mondialisation des transports et des échanges. C’est pour cela que des espèces endémiques se sont étendues à tous les continents et on supplanté des espèces locales moins bien préparées à leur résister. Il en résulte une diversification des maladies qui s’étendent et qui peuvent tester leur capacité à toucher plus ou moins d’êtres vivants sur l’ensemble de la planète et dans la diversité des climats.

L’extension, la mondialisation biologique, le recours systématique à la technologie pour résoudre les problèmes, nous ont conduits à une impasse. Mais ce n’est pas obligatoirement le plus grave.

L’individualisme, prélude à l’extinction

Quand l’homme se savait faible face au monde, il a eu l’excellente idée de se regrouper en systèmes plus complexes. Certes, comme nous l’a très bien montré René Girard, cela a provoqué des problèmes, mais cela a permis l’évolution de notre espèce qui aurait sans aucun doute disparu sans ce choix essentiel.

Le regroupement permet d’améliorer la protection de chacun par la démonstration de force, comme ces poissons qui dans les océans nagent en bancs serrés pour dissuader les prédateurs. Il permet aussi d’améliorer la recherche de ressources alimentaires. Avant ces regroupements les hommes étaient des cueilleurs de baies et de racines et, quand la chance était avec eux, ils pouvaient trouver un animal mort pour améliorer leur ordinaire. Avec le regroupement, le piégeage d’animaux plus gros est devenu possible et, une fois l’animal pris au piège, on le tuait à coup de pierre. Le regroupement facilité le partage d’idées et d’expériences qui débouche sur des choix comportementaux et sur des inventions qui améliorent grandement la vie.

L’individualisme n’a pas sa place dans la nature. On le voit chez de nombreuses espèces, l’animal malade ou trop vieux est exclu du groupe, ou s’exclut de lui-même, pour vivre une existence aussi solitaire que courte. Même les animaux apparemment solitaires pour des raisons de territoires nécessaires à la recherche de proies, se regroupent régulièrement.

Mais l’homme a inventé l’individualisme à partir du moment où il s’est rendu compte qu’il pourrait toujours trouver ce qu’il ne pouvait pas produire et se l’accaparer grâce aux échanges commerciaux. En fait l’individualisme est l’enfant de la civilisation.

Comme dans une pyramide des âges, l’élévation dans la chaîne alimentaire, que procure l’intelligence supérieure de l’homme, lui a également créé un handicap majeur et mortel. En effet, plus il s’élève et plus il s’isole. Or, plus on s’isole et plus on perd l’avantage de l’expérience et des inventions des autres. Les dinosaures dominaient la planète, mais ne vivaient qu’à sa surface quand de nombreuses espèces alternaient la vie en surface et en sous-sol. Quand est survenu l’accident que l’on sait, la vie en surface est devenue impossible pendant une longue période. Du coup les petits animaux qui ont su se mettre à l’abri ont survécu et les dinosaures qui en étaient incapables ont disparu.

L’homme, dinosaure moderne, est dans la même situation. Incapable subvenir individuellement à tous ses besoins, il ne peut survivre qu’à condition qu’un groupe structuré lui apporte ce qui lui est nécessaire en échange de ses propres apports. Mais l’argent est venu modifier sensiblement cette équation plutôt vertueuse. Initialement destiné à simplifier le troc de produits et services utiles contre d’autres tout aussi essentiel, il est devenu petit à petit un produit en soi. Or, l’argent ne se mange pas, on ne peut s’en vêtir, il ne permet aucune défense ni n’aide à se protéger de l’environnement. L’argent n’est utile qu’autant que l’on trouve quelqu’un qui souhaite se l’approprier en se délestant des éléments essentiels dont nous avons besoin.

L’immense majorité des hommes est ainsi devenue incapable de s’auto-suffire et ne compte que sur la bonne volonté de nombreux autres pour y parvenir. Ce n’est pas de la solidarité, c’est de la dépendance. On le voit, dès qu’un élément jugé essentiel vient à manquer, ceux qui en disposent ne le mettent pas au profit de ceux qui en manquent : ils se contentent de les exploiter en en rendant l’accès beaucoup plus cher ! L’individualiste ne réfléchit pas plus loin que le bout de son nez.

Celui qui se procure de façon illégitime des masques isolants, pour essayer de les revendre à prix d’or, pense à son profit immédiat, mais il ne se demande pas ce qui pourrait lui arriver si son comportement abouti à une extension de la maladie dont il finira par être lui-même victime !

Quand vous mettez des rats dans un environnement riche en nourriture, ils se reproduisent rapidement pour s’étendre, mais si vous restreignez brutalement la nourriture, ils tuent les plus faibles pour adapter leur population aux ressources. C’est brutal, mais terriblement efficace. Pas étonnant qu’ils aient survécu à tant de catastrophes qui nous ont décimées.

La vision de l’avenir

L’individualisme empêche de se projeter dans l’avenir pour anticiper les catastrophes annoncées. Comme l’instinct de survie fait perdre toute cohérence aux comportements et conduit parfois à un résultat pire que le danger initial, comme les moutons qui se jettent d’une falaise pour échapper à un prédateur, l’individualisme pousse ses adeptes à nier les risques à venir au profit d’un avantage mineur immédiat.

Pourtant à quoi sert-il de gagner facilement de l’argent tout de suite si je dois mourir bientôt d’une maladie que mon comportement aura permis de se diffuser plus largement, y compris jusqu’à moi ?

La vision de l’avenir n’est pas de voir loin, mais de voir globalement. En haut de la pyramide on voit loin, mais on ne voit pas la globalité de ce que l’on domine. Du coup, les messages d’alerte nous échappent et la vision lointaine ne sera jamais réalisée car nous serons tombés avant de l’atteindre.

La vision de l’avenir développe la réflexion, la cohérence et la logique. Ces trois qualités sont essentielles à la survie. Elles évitent la panique face à un événement immédiat, mais permettent de l’analyser et d’y trouver une solution qui n’entraîne pas des conséquences encore plus néfastes. Elles permettent de comprendre en quoi un comportement actuel peut donner lieu à une catastrophe non encore réalisée. Elles donnent des orientations visant à améliorer durablement l’évolution de l’espèce.

Or l’humanité a toujours fait exactement le contraire. Nous sommes comme les habitants de l’île de Pâques, plus préoccupés de manifester leur supériorité sur les autres tribus plutôt que de préserver l’écosystème qui assurait leur survie. On connaît le résultat. Sauf que nous avons globalisé ce comportement à l’échelle de la planète. Or, nous n’avons pas de base de repli en cas de catastrophe.

La vision de l’avenir est de savoir rester humble face à un environnement qui nous dépasse de loin. Mais l’homme, conscient à l’extrême de son extraordinaire évolution, ne supporte pas l’idée qu’il ne soit pas le dieu de la terre. Donc, ignorant ce qui le dépasse, il prétend au contraire le contrôler. Mais on ne contrôle pas ce que l’on ne maîtrise pas. Du coup, l’homme méprise ce qu’il ne maîtrise pas jusqu’à ce qu’il réussisse à le contrôler et là, au lieu d’admirer sa découverte, il casse son jouet trop fier d’avoir su être le plus fort.

Mais la nature est patiente ! Elle sait faire le dos rond, comme le roseau de la fable, et attendre des jours meilleurs. Comme le prisonnier qui scrute ses gardiens jour après jour, la nature attend patiemment de découvrir nos failles et elle les exploite pour se protéger de nos agissements à son encontre. Il est quand même amusant que personne ne se soit interrogé sérieusement sur quelques phénomènes inquiétant. Par exemple, plus le niveau de vie s’élève et augmente la durée de vie, plus la fertilité diminue. Au lieu de chercher des alternatives à la procréation naturelle, ne pourrions-nous pas nous interroger sur ce phénomène ? Plus nous créons des outils pour nous faciliter la vie, plus leur fonctionnement dégrade notre environnement et nous promet une vie future plus difficile. Ne pourrions-nous pas, au lieu d’empiler les technologies pour que chaque niveau tente de compenser les défauts du précédent, essayer de trouver un juste équilibre entre avantage et inconvénients ?

Changer ou disparaître

Notre avenir va se jouer à l’épreuve des faits.

Si nous ne revenons pas à nos fondamentaux d’une vie plus harmonieuse avec son environnement, d’une solidarité active basée sur le bien-être général au lieu de l’accumulation de produits incapables de nous aider directement, nous allons à l’extinction rapide de notre espèce. Cela ne fait qu’un petit million d’années que notre espèce (Homo) est sur terre et nous entrevoyons déjà notre fin.

Aujourd’hui un virus relativement peu destructeur nous met en panique, faute d’avoir la capacité à réagir intelligemment collectivement. Demain, imaginez-en un autre, avec la mortalité d’Ébola (+ de 50%). Non seulement sa croissance exponentielle exposerait à une mort rapide plus de la moitié de la population, mais la désorganisation liée à l’individualisme conduirait la plupart des autres à la mort par incapacité à s’adapter au phénomène. Et, le nombre restant sera trop faible pour survivre longtemps. Au total, un seul petit virus pourrait nous effacer de cette planète à cause de notre attitude et non pas en raison de sa virulence réelle.

On le voit aujourd’hui. Pour des raisons strictement économiques — c’est-à-dire dans le simple but d’économiser ou de gagner de l’argent — les pays se sont réorganisés en se spécialisant. Les uns consomment, les autres produisent. Mais il suffit de les producteurs se voient obligés de stopper leur production et les consommateurs sont impactés à leur tour. Imaginez que chaque pays produise et consomme ce dont il a besoin. Les échanges seraient beaucoup plus faibles et ne toucheraient que des produits très spécifiques non essentiels. Du coup quand un pays se trouve impacté par un problème sanitaire ou physique, les autres conservent leurs capacités intrinsèques et peuvent manifester leur solidarité au pays concerné. La perte d’un maillon de ce type de chaîne n’entraîne pas la rupture de toute la chaîne. Certes cela aurait comme conséquence de mettre au chômage les spéculateurs et les intermédiaires qui gèrent des produits fabriqués par les uns et consommés par les autres sans jamais avoir eu à faire quoi que ce soit d’autre que de prélever leur bénéfice au passage. Mais pour produire localement, il faut plus de bras dans les champs et dans les entreprises. Ils pourraient facilement trouver du travail dont la finalité leur apparaîtrait enfin.

Nous n’avons pas beaucoup de temps pour changer ou disparaître.

Éric Delmas – 20/03/2020

Une Consolation à Carcassonne ?

1-1-Actualité du catharisme
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La Consolation (consolamentum)

Comme je l’explique dans l’article offert au grand public sur mon site, la Consolation se compose de deux temps très différents :

  1. La Consolation spirituelle qui est acquise quand le novice où le mourant parvient à extraire sa part spirituelle de sa part mondaine, de façon suffisamment nette et durable, pour réaliser la résurrection du christ en lui et réunir sa part spirituelle à l’Esprit unique dont elle a été momentanément détachée (le mariage spirituel).
  2. La Consolation sacramentelle est une manifestation rituelle organisée au sein de l’Église cathare pour confirmer la Consolation spirituelle devant les consolés, les croyants et même les sympathisants. Cela permet d’officialiser ce que chacun ressent face à celui qui s’engage dans la voie du salut en choisissant un cheminement spirituel aussi complet que possible.

Mon noviciat, qui terminera sa quatrième année dans trois mois environ, en est au point où j’ai le sentiment qu’il me reste peu d’attaches mondaines dont je peux me libérer pour atteindre l’état de la Consolation.

C’est pourquoi je me permet de penser qu’il se pourrait bien que je décide de réunir les croyants et les sympathisants qui le souhaitent, lors de notre rendez-vous annuel de la Pentecôte 2021, pour organiser cette Consolation sacramentelle à la maison cathare de Carcassonne.

Si j’en parle de façon aussi précoce c’est à la fois pour indiquer où j’en suis de ce cheminement entrepris voici bientôt quatre ans et pour vous permettre de vous organiser en ce sens.

Il est vrai que depuis quelques temps, certains s’interrogeaient, et m’interrogeaient pour savoir si je comptais demeurer en noviciat jusqu’à ma mort.

Si j’organise une telle cérémonie, il est clair que ce n’est pas pour moi. Ma Consolation spirituelle n’a pas besoin de manifestation mondaine.

Mais je n’oublie pas que je représente pour certain un point de repère de l’évolution de la résurgence cathare et pour les croyants qui se sont manifestés auprès de moi, une sorte de référence dans leur propre cheminement.

Même si j’ai conscience que ces considérations sont un peu excessives, il n’en reste pas moins que la réalité de la résurgence cathare, largement discutée voire niée par nombre de personnes, a besoin d’une manifestation clairement identifiable pour se manifester clairement et sans l’ombre d’un doute sur sa réalité et sa sincérité.

Bien entendu je reste à la disposition de tous pour parler de ce projet et pour en définir les contraintes en terme d’organisation. Les croyants qui souhaiteront participer peuvent me contacter directement afin d’être pleinement partie prenante dans cette cérémonie qui les concerne tout autant que moi.

Avec toute ma Bienveillance

Éric Delmas.

Le Pater d’aujourd’hui

1-4-Doctrine & Pratique
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Le Pater d’aujourd’hui

Le document que je vous présente ci-dessous est la version du Pater pratiquée à la maison cathare de Carcassonne.
Il repose sur un travail d’étude des Pater existant dans la littérature et sur la glose du Pater que j’ai réalisée personnellement.

Présentation

Le Pater est clairement présenté, dans tous les textes qui le citent, comme la prière des chrétiens par excellence. Les Bons-Chrétiens cathares utilisaient la version longue, celle de Matthieu, car elle correspondait à la vision sociale et spirituelle de leur époque.
Cette prière était réservée aux novices ayant été admis à la tradition de la sainte Oraison dominicale, qui pouvaient donc quitter l’état de simple observateurs qu’ils respectaient depuis le début de leur noviciat, pour devenir des pratiquants actifs de ce rituel des Heures communautaires. Bien entendu, le Bon-Chrétien, c’est-à-dire le chrétien consolé, l’utilisait quotidiennement, non seulement lors des Heures, mais aussi à divers autres moments de la journée et lors de plusieurs autres rituels.

Les croyants et les novices n’ayant pas atteint le stade indiqué ci-dessus, devaient se contenter de la prière du croyant, connu sous le nom de Père saint.
Bien entendu cette interdiction ne valait que pour la pratique rituelle du Pater ; croyants et novices peuvent très bien lire et étudier le Pater, dans le but de le connaître et d’en apprécier la profondeur.

Pater

 Père tout puissant, principe des esprits saints.

Ta volonté agit sur tout le Bien.

Ton Saint-Esprit nous guide comme il te plaît

Pour que ta grâce puisse nous être accordée.

Donne-nous chaque jour, la nourriture

Que ta Parole et ton Amour procurent.

Remets-nous nos fautes et nos manquements,

Comme pour nos frères, nous en faisons autant.

Et soutiens-nous dans les difficultés,

Afin de nous délivrer du Mauvais !

Amen.

Explication

Le but de ce texte est de présenter une version adaptée à notre époque et mettant plus en valeur la pensée cathare.
Ainsi, chaque mot étudié dans la glose, est utile et apporte une information sur le catharisme et l’ensemble du texte est un résumé complet de la doctrine cathare.

Il n’y a pas de mot inutile et il n’y a aucun mot manquant.
Par contre, tout ce qui pouvait relever de l’organisation sociale du premier siècle et du Moyen Âge a été remplacé par des termes adaptés à notre époque.
De même, ce qui relevait de l’anthropomorphisme, nécessaire pour une population largement analphabète et empreinte de mysticisme, a été remplacé par des termes appropriés.
Seule exception, le terme Père est conservé dans son sens principiel et non familial.

La non-violence

1-4-Doctrine & Pratique
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La non-violence

Je reprends ici un article publié en 2013 que je souhaite approfondir dans la compréhension doctrinale cathare.

La violence du monde

Quand on observe nos sociétés modernes et soit disant évoluées, on croit qu’elles ont su supprimer ou réduire significativement la violence. En réalité elles l’ont petit à petit rejetée à leur périphérie tout en la rendant supportable pour ceux qui n’en sont pas victimes. Car la violence peut prendre des formes auxquelles nous ne pensons pas spontanément. La violence sociale, la violence intra-familiale, la violence environnementale, etc. sont des formes de violence que nous ne cataloguons pas immédiatement comme telle.

Mais, quel est notre véritable rapport avec la violence ? Dans notre vie de sympathisant ou de croyant cathare, comment comprenons-nous vraiment le concept de non-violence absolue qui fait partie de l’engagement de vie évangélique ?

Certains d’entre vous se remémoreront sans doute le débat très animé qui s’était déroulé lors de la première Rencontre de la diversité cathare en 2009 à Roquefixade. Nous y avions abordé ce sujet qui avait réveillé chez plusieurs d’entre nous des souvenirs douloureux, à la limite du supportable, et la ligne cathare que nous avions essayé de faire comprendre en avait choqué plus d’un, pourtant convaincu de sa propre non-violence.

Qu’est-ce que la violence ?

La violence est un comportement visant à créer par notre comportement une situation de désagrément, d’infériorité, de souffrance ou d’altération physique ou mentale sur notre environnement humain, animal ou naturel.
À l’extrême, la violence en vient à provoquer chez son auteur la négation de la valeur de ce qui l’entoure pour des motifs le plus souvent purement égoïstes.
Au final, nous sommes tous plus ou moins violents et notre nature mondaine nous interdit de ne pas l’être du tout. Ce constat ne nous empêche pas de rechercher les moyens d’une violence minimale.

Je ne vais pas reprendre ici les différentes formes de violences que j’avais détaillées voici sept ans, car ce qui importe n’est pas de définir la violence, mais de définir la non-violence telle qu’elle est comprise par les cathares.

Qu’est-ce que la non-violence ?

Contrairement à ce que beaucoup tendent à croire, la non-violence n’est pas la lutte contre la violence qui est en fait une contre violence visant, ni plus ni moins, à imposer une conception par la force, faute de se sentir capable d’y parvenir par la raison.

La non-violence est le choix de limiter son empreinte sur son instinct mondain au motif que nous disposons d’une capacité morale que nous jugeons supérieure et qui nous fixe un cadre d’appréciation entre ce qui est tolérable et ce qui ne l’est pas.

Nous le voyons, d’une façon générale, le concept de non-violence est déjà entaché de préjugés. Je ne peux m’empêcher de penser à l’extrait des Lettres persanes, qui montrent la différence d’appréciation culturelle de la violence : « L’imagination se plie d’elle-même aux mœurs du pays où l’on est : huit jours de prison, ou une légère amende, frappent autant l’esprit d’un Européen nourri dans un pays de douceur, que la perte d’un bras intimide un Asiatique.1 » Mais renoncer à la violence est difficile car cela revient à renoncer au monde et surtout à ce que nous croyons y percevoir de bon.

La non-violence est donc un choix contre-naturel en cela qu’il est vécu comme un choix partial et difficile. En effet, ce qui doit motiver la non-violence ce n’est pas le désir de contrer la nature humaine et l’ordre naturel du monde mais la révélation de la différence de nature entre notre esprit et notre incarnation. Dès lors, la non-violence devient naturelle sans que la violence du monde soit jugée de façon dépréciative. En clair, le vrai non-violent observe le monde comme l’entomologiste observe la fourmilière, c’est-à-dire d’un regard extérieur qui à aucun moment ne sent impliqué ou concerné par ce qu’il observe.

Et c’est là un cap fondamental à passer quand on aspire à la non-violence, car en deçà de ce cap on reste un violent — plus ou moins modéré certes, mais un violent tout de même — qui va simplement moduler sa violence selon ses propres critères moraux, alors qu’au-delà on devient un non-violent, c’est-à-dire un étranger au monde, un observateur extérieur qui fait le choix de laisser le monde à ses démons et de reconnaître son impuissance fondamentale à le réformer et même à en atténuer la brutalité.

Le non-violent est un incompris

Dans le mythe de la bête prise au piège nous remarquons ce qui semble être une évolution du concept de non-violence chez les cathares au fil du temps. Dans le Rituel de Lyon, écrit à la fin du XIIIe siècle, dans le but vraisemblable de former les consolés qui allaient devoir maintenir l’Église en terre où l’Inquisition faisait des ravages, la doctrine prône la non-intervention : « Et s’ils trouvent quelque bien en chemin, qu’ils ne le touchent pas s’ils ne savent pas qu’ils puissent le rendre. Et s’ils voient alors que des gens soient passés avant eux, à qui la chose pût être rendue, qu’ils la prennent et la rendent s’ils peuvent. Et, s’ils ne peuvent, qu’ils la remettent dans ce lieu. Et s’ils trouvent une bête ou un oiseau prise ou pris, qu’ils ne s’en inquiètent pas3»

Dans d’autres textes, c’est le principe de compensation qui est validé. La bête est donc libérée et de l’argent est laissé en compensation.

Que pouvons-nous en tirer comme conclusion ?

Le choix de la compensation est celui qui est le moins choquant pour la majorité des personnes. En effet, libérer un animal prisonnier et compenser financièrement le chasseur semble devoir satisfaire tout le monde. En outre, cela donne un sentiment de valorisation à celui qui fait ce choix. Mais, la compensation est déjà une implication dans le monde puisqu’elle impose au chasseur de renoncer à sa décision initiale pour se contenter d’une contrepartie, dont la valeur lui est imposée, et qui va certainement aboutir à un autre mal, c’est-à-dire l’achat d’une autre bête tuée en d’autres lieux par une autre personne, mais dont le bon-chrétien pourrait se sentir innocent car n’étant pas présent à ce moment. C’est parce qu’elle reste dans les valeurs et les codes mondains que la compensation ne choque pas. Mais ce n’est pas vraiment de la non-violence.

Le choix du désintérêt, au contraire, semble inhumain et violent par contrepartie. Comment peut-on laisser un animal souffrir dans son piège au motif que nous ne nous sentons pas concernés par le monde. Comment osons-nous laisser des peuples se faire massacrer par des fanatiques sans rien faire pour stopper cette violence ? Cela est tellement insupportable que certains en viennent à se convaincre que la solution est de considérer le fanatique comme un serviteur du Mal qui n’a en lui aucune part de l’Esprit prisonnier et que le tuer est donc envisageable. Ce discours nous a été servi lors d’une réunion qui s’est tenue à Pentecôte récemment. Et ce n’est pas un observateur mal dégrossi qui en est l’auteur, mais bien un chercheur persuadé d’être à la porte du statut de bon-chrétien. Ce choix s’apparente, sur le plan philosophique, à l’école des stoïciens4. Cette école philosophie qui se réunissait au Portique qui lui a donné son nom( stéos), prônait le détachement, à l’image de sa figure la plus moderne, Épictète, qui se laissa fracturer la jambe par son maître sans réagir.

Quelle est la véritable non-violence ?

On le voit, aussi douloureux que cela puisse nous paraître, la seule vraie non-violence est la non implication dans les événements du monde. Tout au plus, le bon-chrétien peut-il exprimer à l’auteur de la violence son sentiment en espérant le convaincre de renoncer, comme le fit Jésus vis-à-vis des agresseurs de la femme adultère : « Les scribes et les pharisiens amènent une femme surprise en adultère, la placent au milieu et lui disent : Maître, cette femme a été surpris en flagrant adultère. Dans la loi, Moïse nous ordonne de lapider ces femmes-là. Alors toi, que dis-tu ? Ils disaient cela pour l’éprouver, pour avoir à l’accuser. Jésus qui s’était penché écrivait du doigt sur la terre. Comme ils persistaient à le questionner, il se redressa et leur dit : Que celui de vous qui est sans péché lui jette la première pierre. Et, penché de nouveau, il écrivait sur la terre. À ces mots ils se retirèrent un à un, à commencer par les plus vieux. Il resta seul. Et la femme était toujours là. Jésus se redressa et lui dit : Femme, où sont-ils ? Personne ne t’a condamnée ? Elle dit : Personne, seigneur. Jésus lui dit : Moi non plus je ne te condamne pas. Va, et maintenant ne pèche plus. » (Jean VIII, 3-11).

Dans ce paragraphe, Jésus ne cherche pas à empêcher l’exécution, pire il attend d’être sollicité deux fois pour accepter de répondre. Et quand il répond, il ne se prononce pas sur la culpabilité de la femme mais il renvoie chacun à son propre jugement personnel de sa légitimité à juger autrui. Pour finir, il laisse la femme face à sa propre évaluation en lui conseillant simplement de se tenir en de meilleures dispositions à l’avenir.

Cette attitude montre que toute prise de décision dans ce monde revient à participer à sa violence, soit directement, soit indirectement. Or, ce monde est violent parce qu’il est l’œuvre du démiurge, serviteur du Mal. Quoi que l’on fasse le démiurge et le monde étant des « productions » du mauvais principe, rien de ce que nous pouvons faire ne changera leur nature profonde qui est mauvaise et qui le demeurera jusqu’à leur anéantissement à la fin des temps.

Cette lecture des choses est profondément contraire à la vision humaine qui veut croire qu’il y a un espoir de changement pour le monde, car alors cela signifierait qu’il y a de l’espoir pour les hommes dans ce monde. Mais pour les cathares cela n’est qu’une illusion, car nous portons en nous une parcelle de l’Esprit émané du principe parfait dans le Bien et que tout ce qui nous contraint et nous entoure est totalement étranger à nous et le demeurera façon aussi absolue que les principes sont étrangers l’un à l’autre et que rien de ce qui vient d’un principe ne peut être influencé par ce qui vient du principe contraire. C’est le sens de la parabole du bon arbre et du mauvais arbre de Matthieu. Mais cela, voulons-nous vraiment l’entendre ?

Peut-on être non-violent ?

La non-violence est le choix qui vous exclue de la communauté ; celui qui peut déchaîner contre vous toutes les haines et le violences, tous les jugements les plus terribles. Le refus d’intervention, là où la quasi totalité des autres estiment l’intervention non seulement justifiée et bonne, mais en fait nécessaire et obligatoire, vous fera passer au mieux pour un fou et au pire pour un monstre. Comment ne pas comprendre l’incompréhension de celui qui aspire à valoriser le monde face à celui qui le laisse aller sa course prédestinée vers le mal absolu ?

Comment expliquer que l’on puisse laisser un crime se commettre alors qu’on aurait pu l’empêcher en usant d’une violence dite légitime ?

Comment expliquer que la seule chose que l’on puisse consentir à offrir c’est l’interposition de son corps et la douceur de son verbe face à la barbarie d’un tueur d’enfant, d’un assassin de masse ou d’un fou meurtrier ?

Pourtant nous savons que même le principe du Bien se refuse à toute violence envers le Mal pour récupérer ses brebis égarées. Mais comment expliquer que Dieu refuse toute violence car il sait qu’à la fin tous seront sauvés ? L’homme mondain ne voit pas plus loin que le bout de son nez et il veut des résultats positifs ici et maintenant.

Nous le voyons bien, s’il est un sujet qui nous expose en proie, y compris au sein de la communauté chrétienne cathare, c’est bien celui de la non-violence absolue. Aussi faut-il que notre choix de la pratiquer soit un choix libre et non contraint, un choix d’une nécessité ressentie et non le choix d’une obligation à suivre.

Si la non-violence est un des fondamentaux cathares, c’est justement parce qu’elle est l’expression la plus pure du concept de Bienveillance. L’Amour qui est le moyen de sauver les esprits saints tombés lors de la grande perturbation, nous impose de veiller au Bien, c’est-à-dire de donner du bien à tous, bons ou mauvais, sans chercher à leur imposer un changement de comportement qui ne peut venir que d’eux.

La non-violence offre une attitude exemplaire, mais elle ne l’impose pas. Si l’autre agit différemment, le non-violent le tolère, sans interférer, car il sait que ce comportement n’est pas une perversion de celui qui commet le mal, mais qu’il ne s’agit que d’un défaut d’éveil de l’esprit saint qu’il renferme.

Peut-on expliquer la non-violence ?

Ce texte est destiné à être lu par tous, visiteurs curieux, sympathisants et croyants. Ce que je viens d’exprimer va donc faire l’objet d’une réflexion qui, dans la plupart des cas, aboutira à un rejet, car ce qui est énoncé est trop éloigné des critères et des valeurs des lecteurs, totalement englués dans ce monde.

Expliquer la non-violence revient en fait à expliquer l’éveil. On peut se croire éveillé sans l’être, car l’éveil signe le passage d’un premier cap très important. Ce cap c’est celui de la foi cathare. Or la foi est l’abandon auquel le croyant se laisse aller quand il sait que sa voie est désormais clairement définie.

Dans les récits médiévaux nous voyons des croyants qui agissent de façon intentionnellement violente. En fait, ils se disent croyants sur le seul critère d’affecter de croire les prêches des consolés et de faire leur Amélioration. Mais ces croyants cathares ne le sont pas plus que les croyants catholiques qui sont favorables au divorce et à l’interruption de grossesse.

Le vrai croyant est celui qui fait vraiment sienne la doctrine cathare, non pas qu’il la pratique parfaitement au quotidien, mais en cela qu’il la considère comme une évidence que rien ne saurait contredire à ses yeux. C’est pour cela que je vous livre ce texte ; pour que vous puissiez plus clairement vous positionner dans votre avancement si vous vous sentez concernés par le catharisme.

On explique, le plus souvent sans succès, la non-violence cathare aux sympathisants, mais on n’a pas besoin de l’expliquer au croyant, car il en est imprégné. C’est un des points qui m’est clairement apparu en 2009, lors de la première Rencontre de la diversité cathare. Je débattais face à des personnes que mon propos outrageait, parce que j’avais faite mienne la doctrine cathare et parce que j’étais devenu un croyant cathare. Or, dans cette salle nous n’étions que très peu à être dans cette position. Et pourtant nos opposants étaient eux aussi persuadés d’être des croyants cathares, mais ils n’avaient pas passé ce cap de l’éveil.

Donc, on peut tenter d’expliquer la non-violence à ceux qui ne peuvent la comprendre, mais c’est comme vouloir rendre bon le monde qui est l’œuvre du mal et qui le sera jusqu’à son anéantissement. Pour autant, il ne faut pas renoncer à le faire et à la pratiquer, car notre conviction et notre exemple peuvent être les déclencheurs de l’éveil de ceux qui pour le moment ne nous comprennent pas.


Notes :

1. Lettres persanes. Lettre LXXX. Usbek à Rhédi. À Venise. Montesquieu (Charles Louis Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu). Collection Folio, éditions Gallimard. Paris (1973).

2. Mythe de la bête prise au piège. Éric de Carcassonne, dans Catharisme d’aujourd’hui. 14 août 2010

3. Rituel provençal dans Le Nouveau Testament, traduit au XIIIe siècle en langue provençale, suivi d’un rituel cathare. Reproduction photo-lithographique du Manuscrit de Lyon (ms PA 36). Réimpression de l’édition de Paris (1887) par L. Clédat à Lyon (1968), éditions Slatkine, Genève.

3. Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres. Diogène Laerce (± 3e siècle ?). Garnier-Flammarion (Paris) 1965.

Éric Delmas – Carcassonne le 10 février 2020

sommaire religion cathare

Une « collégiale » cathare ?

1-1-Actualité du catharisme
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Une « collégiale » cathare ?

Le monde dans lequel nous vivons nous contraint d’une façon que la plupart d’entre nous ne perçoivent pas. Comme dans le film Matrix®, nous ne sentons pas forcément le poids de nos chaînes parce que nous les portons depuis si longtemps que nous les croyons être une partie de nous. Aussi, passer de l’autre côté du miroir est très difficile et y rester est presque impossible.Read more

Le croyant cathare moderne

1-0 - Comprendre le catharisme
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Le rapport à la religion aujourd’hui

De nos jours, il semble que l’amalgame soit devenu la norme. Comme dans la fameuse auberge espagnole, chacun entre avec ce qu’il transporte avec lui et s’installe sans tenir compte de la nature du lieu.

C’est un peu comme si vous alliez dans un restaurant chinois en demandant un pot au feu et que vous vous sentiez outré de vous entendre répondre que ce n’est pas un plat chinois. Après tout, si vous décidez que pour vous c’est un plat chinois qui peut s’autoriser à vous contredire ?
De même, vous entrez dans ce même restaurant et exigez que l’on modifie l’ordonnancement de la salle afin qu’elle corresponde à votre goût. Un refus vécu comme une insulte poserait problème.
Bien entendu, pour justifier vos exigences, vous veilleriez à n’avoir que le moins possible de connaissances sur la culture chinoise ou, si vous en avez, vous préférez faire l’impasse afin de justifier vos exigences.

Pour en revenir à la religion, je voudrais mettre en avant un phénomène très répandu, notamment dans le catholicisme. Cette religion dispose de fondements doctrinaux, voire de dogmes, très clairs. S’en réclamer impose logiquement de les accepter. Or, nous voyons quotidiennement des personnes se disant catholiques, mais rejetant ces fondements doctrinaux. Ainsi, le dogme de l’esprit infusé à la conception a logiquement mené les autorités catholiques à s’opposer à toute interruption volontaire de grossesse, pour quelque motif que ce soit. De même le dogme de l’ordre divin de croissance et de multiplication s’oppose à toute tentative de contrôle des naissances. Pourtant nombreux sont ceux qui se considèrent comme catholiques, qui s’opposent à ces dogmes sans s’interroger une seule seconde sur leur appartenance à cette Église.

Il en va de même pour le catharisme. Le rejet des éléments doctrinaux cathares impose logiquement que leur non-respect exclut de fait de cette religion ceux qui s’en rendent coupables.

Le croyant cathare aujourd’hui

Les études de ces dernières années ont permis d’approfondir la connaissance de la religion cathare, notamment dans le domaine doctrinal qui avait été peu étudié par les chercheurs et historiens conventionnels. C’est d’ailleurs sur la base de ces lacunes qu’ont fleuri nombres d’interprétations absolument pas fondées et dépourvues de toute source de référence.

Le croyant cathare, s’il veut s’appeler ainsi, doit s’appuyer sur les fondamentaux doctrinaux cathares, à commencer par ceux qui découlent du message christique.

Le premier point à prendre en compte est celui de la nature de notre incarnation. Nous sommes dans la création du démiurge, serviteur du principe du Mal, appelé généralement le diable. Notre part profonde est cependant d’une autre origine : le domaine du principe du Bien qui, s’il ne peut s’opposer au Mal en raison de sa nature parfaite dans le Bien, conserve néanmoins son omnipotence sur tout ce qui relève de son domaine, c’est-à-dire ce moi profond que nous appelons les esprits saints.
Ensuite, christ qui nous a révélé cette situation, nous a enjoint de tout mettre en œuvre pour en sortir dès lors que nous comprenons son message. Cela implique de recevoir le message par le biais de la connaissance, d’en comprendre le sens profond par sa maîtrise gnostique et de le faire sien par l’éveil. Dès lors, le croyant éveillé mettra tout en œuvre pour retrouver celles et ceux qui partagent la même foi et la même volonté afin de cheminer ensemble vers le cap de la Consolation. Car, comme le navire longe les terres inhospitalières et se méfie des écueils cachés, jusqu’à dépasser le dernier cap et pouvoir ainsi se lancer en mer profonde et sécurisante, le croyant sait que son salut passe forcément par la voie du cheminement jusqu’à la Consolation qui lui ouvre la dernière porte avant le salut.
Mais, comme les courses au large voient de nombreux navires de mélanger au départ : voiliers hauturiers aptes à franchir les océans et barcasses diverses qui, en les accompagnant pendant quelques miles se donnent l’illusion de pouvoir les suivre ou rivaliser avec eux, il ne manque pas de personnes qui s’illusionnent sur leur état et quelques capitaines qui les éblouissent faute de se sentir capables de suivre eux aussi le bon chemin.
Alors toute cette agitation crée logiquement de nombreux remous dans lesquels certains sombrent et d’autres sont ballotés jusqu’à perdre la ligne de la route à suivre. Certains navires, initialement équipés pour le grand large vont eux aussi sombrer ou dériver pour s’être plus intéressés à l’agitation locale qu’à la ligne d’horizon et au cap à suivre.

Le croyant cathare est il moderne aujourd’hui ?

Les mots ont un sens. Le concept de modernisme est souvent malmené. On le considère comme une obligation de destruction de l’existant pour lui subsister quelque chose de différent. C’est faux !
Le modernisme est la capacité de rendre fonctionnel à une époque ce qui, venant d’une autre, serait inutilisable en l’état.

Pour être croyant cathare aujourd’hui il suffit donc d’adapter des éléments rendus obsolète par l’évolution sociétale sans que cela remette en cause le fondement sur lequel repose leur nécessité d’être.
Ainsi, le croyant moderne ne s’habille plus comme le paysan médiéval occitan et ne mange plus comme lui. Il vit dans son époque tout en respectant ce qui justifiait les choix de son ancien coreligionnaire.
Par contre, il respecte les choix relatifs aux fondamentaux sur lesquels son ancien s’appuyait.

Se sachant enfermé dans une prison extrêmement contraignante, il n’a de cesse que de chercher les moyens d’y échapper.
Ayant fait le choix de la voie (navire) cathare, il en suit les préceptes et les fondamentaux en terme de connaissance et de cheminement.

La religion n’est pas une auberge espagnole. Si l’on se dit cathare tout en triant dans les règles et les éléments doctrinaux pour ne retenir que ce qui nous convient, ou si on y ajoute tel ou tel élément qui fait défaut à notre goût, on est dans l’erreur et pire, on risque d’y entraîner d’autres personnes qui se seront fiées à nous.

Alors ! qu’est-ce qu’un croyant cathare moderne ?

Tout simplement le croyant cathare moderne se comporte en fonction des points que je viens d’énoncer et que je vais préciser.

La connaissance cosmogonique

Le croyant cathare moderne a compris, admis et fait sienne la théorie de la chute d’un tiers de l’Esprit émané du bon principe — seul Dieu —, divisé en ce monde dans les corps humains résidant partout où le démiurge a décidé de les emprisonner.
De même il admet comme évident que ce monde n’a rien de divin et ne peut être amendé, mais qu’il finira par retourner à son néant originel.
Logiquement il sait que sa mission, en cette incarnation qu’est sa prison mondaine, est de tout mettre en œuvre pour s’évader lorsque le corps qui le retient viendra à mourir, et que pour cela il doit se préparer maintenant en mettant en œuvre les conditions de son évasion.

La connaissance doctrinale

Le croyant cathare moderne a compris, admis et fait sienne la doctrine cathare, basée sur le fondement de la Bienveillance (Amour, dilection, agapê, etc.) et cherche à en appliquer tous les fondamentaux et la règle qu’il peut mettre en œuvre à son niveau débutant.
Il cherche à respecter la non-violence absolue, même s’il sait que cela lui demande beaucoup d’efforts et qu’il aura du mal à y parvenir avant son noviciat. Mais il est clairement convaincu qu’aucune forme de violence n’est justifiée ni justifiable, fut-ce à l’encontre de personnes dont le comportement lui semblerait monstrueux.
Il cherche à faire preuve de la plus grande humilité, sans sombrer dans la fausse modestie. De ce fait il fait preuve d’obéissance envers les croyants, novices et chrétiens consolés dont il reconnaît que leur avancement leur donne accès à des connaissances qui lui échappent encore.
Bien entendu, il essaie de respecter les éléments de la règle de justice et de vérité à la hauteur de ses capacités, sans sombrer dans une imitation des chrétiens consolés qui serait forcément fausse et théâtrale.

La pratique ecclesiale

Le croyant cathare moderne a compris, admis et faite sienne la nécessité d’agir de concert avec les autres membres de la communauté des croyants cathares en vue d’instaurer des outils nécessaires au cheminement menant vers le salut.
Il cherche à s’impliquer dans un travail de diffusion de la connaissance, à partir des éléments donnés par les croyants, novices et chrétiens consolés qui par leur propre avancement sont à même de l’aider dans ce travail.
Il cherche à participer autant qu’il le peut aux activités de recherche, d’étude et d’échange avec les autres croyants, les novices et sous l’égide des chrétiens consolés afin de maintenir au mieux les conditions de collégialités exigées par le dur cheminement qui est le leur.
Il participe autant que faire se peut aux tentatives de mise en place de maisons cathares, indispensables pour permettre l’éclosion de communautés évangéliques de novices et de chrétiens consolés, pour qu’un jour il puisse lui aussi s’engager dans cette voie unique vers le salut.
De même, il s’implique à son niveau dans le travail de remise en place d’une Église cathare reconnue.

Voilà présenté, de la façon la plus claire et la plus simple possible, ce qu’être croyant cathare moderne veut dire aujourd’hui.
Si vous adhérez à tout cela, mais que certains points sont encore hors de portée pour vous, vous êtes sans doute sympathisant et en bonne voie pour devenir croyant un jour.
Si vous n’adhérez pas à certains de ces points et que votre état spirituel vous dit ne pas devoir y adhérer un jour, le catharisme ne peut être pour vous qu’une voie différente de la vôtre. Vous la regardez avec curiosité et, je l’espère, sans animosité.

Éric Delmas, novice cathare à Carcassonne.

La prison idéale

1-3-Catharisme & monde
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La prison idéale

Ainsi que j’en discutais avec un ami, la plupart des gens sont victimes d’un phénomène d’autant plus terrible qu’il ne le perçoivent pas. En effet, la prison mondaine qui nous contraint n’est pas visible et n’est pas ressentie par la quasi totalité de la population. C’est la prison idéale que celle dont le prisonnier ignore l’existence !
Dans la cosmogonie cathare, les esprits saints arrachés à leur origine divine et tombés dans la création maligne se mirent à pleurer et à chanter le cantique de Sion. Le diable peur annonça qu’il les enfermerait dans des tuniques d’oubli où ils n’auraient plus le souvenir de leur origine. Ces tunique d’oubli sont les corps humains.

Au sein de cette prison nous avons créé des cloisonnements qui sont autant de prisons. Ainsi, culturellement, depuis le 4e siècle, le judéo-christianisme catholique a formaté la population jusqu’à lui faire admettre que son credo est en fait la définition du christianisme. Toute remise en question de ce credo faisait automatiquement de ceux qui en étaient responsables, des hérétiques. Mais, le christianisme ne se définit pas par le credo catholique, ni par les conceptions judéo-chrétiennes ; il se définit uniquement par le message de l’envoyé divin : le Christ ! Le christianisme est donc la religion de l’Amour universel et de la volonté de retourner au Père.

S’appuyant sur le judaïsme, lui-même construit sur les religions antérieures, le catholicisme des premiers siècles, ainsi que ses surgeons judéo-chrétiens (orthodoxe, protestants, etc.), considère que leur Dieu est créateur de l’univers. Pourtant, le message christique est clair : ce monde n’est pas celui de Dieu dont le royaume n’est pas de ce monde. Du coup nous avons deux conceptions chrétiennes diamétralement opposées : la judéo-chrétienne qui voit dans ce monde l’œuvre de Dieu, et la pagano-chrétienne qui considère ce monde comme l’œuvre du Mal par le truchement du démiurge que nous appelons commodément le diable.

Quelles sont les conséquences de cette présentation ?

On peut très bien être chrétien sans partager les conceptions judéo-chrétiennes.
On peut très bien être judéo-chrétien sans être catholique.
Les pagano-chrétiens peuvent être en divergence sur de nombreux points tout en ayant un fondamental commun et des convergences ponctuelles sur de nombreux autres points. Le fondamental commun est que nous ne sommes pas de ce monde où nous a emprisonné le démiurge.

Les cathares sont pagano-chrétiens, donc chrétiens, et ils avaient réalisé ce bouleversement extrême dans leur conception religieuse qui est de comprendre et d’admettre sans restriction que ce monde est l’œuvre du Mal et que rien ne pourrait le rendre compatible avec le Bien.
Donc, si vous n’arrivez pas encore à partager ce point de vue avec les cathares, c’est que vous n’avez pas réalisé ce changement radical, quoique vous pensiez des religions judéo-chrétiennes que vous critiquez peut-être.
Ce changement s’appelle l’éveil chez les cathares ; il est comparable à la scène du film Matrix© où le héros, ayant avalé la pilule ad hoc quitte l’illusion confortable de la matrice pour rejoindre le monde austère de la réalité.

Enfin, la conception bouddhiste de l’évolution spirituelle, au travers de nombreuses vies qui constituent autant d’étapes vers le salut, n’est pas chrétienne. Pour nous le salut est indépendant du monde et plus vite nous le quitterons sans être “réincarné” mieux ce sera.

Comment se sont créés les évangiles ?

1-1-Actualité du catharisme
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Initialement, la prédication des apôtres se faisait de manière strictement orale. Ils avaient toute latitude pour se déplacer et enseigner à travers tout le pays sans rien d’autre à craindre que le sanhedrin, le tribunal juif, qui veillait à l’orthodoxie et qui luttait contre le blasphème.

Mais un événement terrible va venir perturber cela. La guerre des juifs, comme l’a appelée Flavius Josèphe, va aboutir à la chute et à la destruction du temple de Jérusalem, ainsi qu’au massacre de milliers de juifs. Une terrible répression va ensuite se mettre en place pour de nombreuses années. Cela eut deux conséquences : le juifs ne pouvait plus se rendre au temple qui était le centre de leurs cultes, et les prédicateurs avaient beaucoup de mal à transmettre la tradition orale, avec le risque de la voir se disloquer dans son contenu en raison des difficultés de communication entre les centre de prêche.
Les juifs vont s’adapter en transférant le centre religieux qu’était le temple dans les synagogues, ce que l’on appelle la diaspora et les futurs chrétiens vont mettre par écrit leur tradition orale.

Pourtant un cas d’espèce particulier existait depuis 50 environ ; c’était Paul. De part son érudition personnelle d’une part, et en raison de la nature éparpillée de son auditoire d’autre part, il avait utilisé l’écrit en appui de sa prédication orale pour préparer les foules avant sa venue et pour renforcer sa prédication quand il partait pour de longs mois et même plusieurs années.

C’est pour cela que les écrits pauliniens sont largement antérieurs à tous les écrits judéo-chrétiens. Les évangiles synoptiques sont le reflet de cette mise par écrit d’une tradition orale. Comme le fit beaucoup plus récemment Tolkien, ce qui fut mis par écrit était une histoire parlée que l’on voulait conserver dans une certaine unité. L’auteur de Bilbo le hobbit le fit pour enrichir son récit qu’il racontait à ses enfants, les prédicateurs judéo-chrétiens le faisaient pour conserver une relative cohérence à leurs prêches. Cela explique également les convergences entre les textes et les corrections apportées pendant près de trois siècles.

À la fin du premier siècle, d’autres écrits furent produits et cela dura encore jusqu’à la mise en forme du Nouveau Testament.
Mais ces textes, qui n’avaient connu aucune tradition orale préalable, s’adressaient à des personnes averties. Ainsi l’Évangile selon Jean comportait de nombreuses idées philosophiques et des remises en cause de la tradition juive qui n’auraient jamais pu exister 50 ans plus tôt. Même Paul était beaucoup plus modéré et cela lui a pourtant valu plusieurs menaces de mort. Au deuxième siècle, ces écrits se sont multipliés, notamment en raison de la prise de pouvoir du judéo-christianisme des prédicateurs de Jérusalem qui rejetaient les autres courants pagano-chrétiens, dans l’appellation de gnostiques, de façon à les différencier et de les dénigrer.
Ces écrits, sans tradition orale, avaient besoin de toucher un public plus érudit et devaient donc aller plus loin dans la sollicitation intellectuelle. C’est pour cela qu’ils prirent une forme plus ésotérique et une présentation moins narrative. L’Évangile selon Thomas est de cette veine.
Est-ce que l’évangile attribué à Jean est de la main d’Apollos et celui attribué à Thomas de celle de Valentin ? Je pense que les experts continueront d’en discuter dans plusieurs siècles. Mais il est vrai que la forme de ces textes correspond bien aux étapes que je viens de décrire.

Pour autant, il ne faut pas tomber dans le piège de la validation par l’antériorité. Ce n’est pas parce qu’un texte est plus ancien qu’un autre qu’il est plus authentique et plus valable. Paul qui n’a jamais connu celui que nous appelons Jésus et qui n’a même pas cherché à connaître ceux qui prétendaient l’avoir connu vivant, a écrit sur la base de l’inspiration reçue de christ. Et en matière de foi, c’est cela qui importe.

Chacun de nous est libre de suivre telle ou telle foi, mais en matière de recherche il ne faut fermer aucune porte et explorer toutes les pistes, même celles qui ne vont pas dans le sens de notre foi.

Éric Delmas

Être chrétien

1-4-Doctrine & Pratique
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Être chrétien

Il y a des moments où il est bon de revenir aux fondamentaux. L’histoire médiévale nous montre que des chrétiens sont entrés en guerre contre une religion chrétienne et qu’ils ont fini par en tuer les membres qui refusaient d’apostasier leur propre christianisme. Au nom de quoi un chrétien peut-il agir ainsi ?
C’est là qu’il faut revenir aux fondamentaux afin de voir si quoi que ce soit peut justifier une telle attitude.Read more

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