Avignonet Lauragais

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Avignonet Lauragais

La commune d’Avignonet, se situe dans le département de la Haute-Garonne, au Sud-Est de Toulouse, au cœur de la région du Lauragais.

C’était au moyen-âge, avec Castelnaudary une étape importante sur l’ancienne Via Aquitania. La localité fut, à cette époque-là, comme toute la contrée, profondément empreinte de l’hérésie Cathare. Elle est depuis connue pour avoir été, à ce sujet, le théâtre d’un événement majeur, dont voici le récit.

Dès la signature du traité de paix de Paris (1229) mettant fin aux croisades (de Montfort et royales) en son comté, Raymond VII, ne va cesser de manœuvrer pour tenter de récupérer l’intégralité de ses possessions. Après l’échec de la révolte de Trencavel fils devant Carcassonne en 1240 (au cours de laquelle il adopta pourtant une attitude attentiste), et la reprise des tournées d’inquisition en 1240-1241, le temps est venu pour le comte de Toulouse de fomenter un complot visant à un soulèvement général de la région. Pour déstabiliser, le roi Louis IX (futur Saint-Louis), il va s’associer avec le seigneur de Lusignan, comte de la Marche, en Poitou (lequel acceptait mal l’hommage rendu à Alphonse de Poitiers [frère du roi]), le roi Henri III d’Angleterre (son cousin, qui avait des terres à reconquérir en Aquitaine), et tous ses grands vassaux. De Rodez aux Pyrénées et de Bordeaux à Narbonne tout le pays est sur le pied de guerre. Le 20 mai 1242 l’armée d’Henri III débarque à Royan, selon le plan convenu.
Six jours plus tard un messager envoyé par Raymond d’Alfaro, bayle de Raymond VII à Avignonet (-Lauragais), arrive à Montégur (09). Il est porteur d’une lettre adressée aux défenseurs du pog. Aussitôt après avoir pris connaissance de la dépêche, Pierre-Roger de Mirepoix constitue un commando, et dit à celui-ci, pour galvaniser les ardeurs, qu’il y avait grand butin à prendre là où il le mènerait. A la nuit, la troupe se met en route. Lavelanet étant à cette époque occupée par une garnison du Maréchal de la foi, Guy de Lévis, la cohorte, pour éviter de se faire répérer, emprunte le chemin moins surveillé, que suivent alors les bonshommes qui partent en tournées pastorales dans le Lauragais. Le trajet (tout en les contournant) est le suivant : Bénaix, le Pas de l’écluse, l’Aiguillon, Queille, Labastide de Bousignac, Mirepoix, Sainte-Foi, et puis une étape en forêt de Gaja (-la-Selve [11]) à la force de la Genebrière (aujourd’hui la Grange), propriété du chevalier de Saint-Martin.
Là, Pierre de Mazerolles, seigneur du lieu, amène une trentaine d’hommes en renfort du commando montségurien. Dans la journée suivante, sous couvert de la forêt de Gaja (-la-Selve)/Saint-Amans, la troupe chemine en direction du castrum d’Antioche (Payra-sur-l’Hers 11), propriété des du Mas (-Saintes-Puelles 11), où Pierre-Roger de Mirepoix reste pour superviser l’opération. A la tombée de la nuit, le gros de la colonne se dirige vers Avignonet et chacun prend position comme prévu. Mais que venait donc faire un commando à Avignonet ? Mettre un coup d’arrêt aux enquêtes en cours en Lauragais par l’élimination des inquisiteurs, et donner ainsi le signal du soulèvement du comté raymondain, par l’annonce de l’attentat. Frère Guillaume Arnaud, frère Etienne de Saint-Thibéry, et leur suite (en tout onze personnes), arrivés en toute fin d’après-midi, ce 27 mai, après une fatigante journée, soupent et se couchent à l’abri du château. Pendant leur profond sommeil, Raymond d’Alfaro, avec la complicité d’habitants du bourg, au milieu de la nuit, fait ouvrir les portes et entrer les conjurés dans la place. Après avoir vérifié une dernière fois que les moines n’étaient pas réveillés et n’étaient donc par sur leurs gardes, le bayle lance alors l’attaque. La porte du dortoir est défoncée à coups de hache, le commando pénètre dans la chambre et c’est le massacre. Celui-ci consommé, dans le plus grand désordre, les affaires des membres de la suite inquisitoriale sont pillées et distribuées, mais le plus important, les minutes des interrogatoires du tribunal, sont trouvées et récupérées (elles seront achetées peu après par le bonhomme Bernard de Mayreville, on ne sait néanmoins ce qu’elles sont devenues).

Un répit de quelques mois, voire au mieux quelques années pour beaucoup de suspects d’hérésie de la région. Puis le commando se replie sur le castrum d’Antioche où, de là après avoir fait le rapport dans le détail de l’affaire à Pierre-Roger de Mirepoix, tout le monde file, pour brouiller les pistes, sur Saint-Félix-de-Tournegat (09). La troupe y découvre alors avec surprise que la population sait déjà que la tuerie est le fait des cavaliers qu’elle vient d’accueillir ! Enfin après avoir écourté la halte, Pierre-Roger de Mirepoix et ses compagnons regagnent, sans encombre, le refuge de Montségur par Vals (09), Mirepoix (09) et le chemin pris à l’aller en sens inverse.

L’opération est un succès, du moins en apparence. Les conséquences seront, au final, désastreuses pour la cause cathare. Pour l’heure, le pays se pense libéré définitivement du joug de l’Inquisition. Début juin, Raymond VII déclenche alors, ce que l’on va nommer « la guerre du comte ».Il vole de victoires en victoires, reprend possession d’un vaste territoire allant d’Agen à la Méditerranée, des confins du Tarn aux Pyrénées (sauf Carcassonne). Toutefois en juillet les Anglais, ses alliés, sont défaits à Taillebourg (17), entrainant la capitulation du comte de la Marche, tandis que l’armée française entre en Agenais et s’empare de Penne. Raymond VII tout occupé alors à freiner l’ost royal du côté de l’Aquitaine, lâché par le comte de Foix, et apprenant la contre-offensive victorieuse d’Humbert de Beaujeu envoyé par le roi en Languedoc, se voit contraint de demander à négocier avec Louis IX. La paix est signée début 1243 à Lorris (45). Elle entérine la soumission générale des terres brièvement reconquises par le comte de Toulouse ; un seul castrum ne se plie cependant pas à la volonté royale : Montségur.

Désormais, la liquidation de la « Synagogue de Satan » ne peut plus être remise. Le siège, décidé au concile catholique de Béziers d’avril 1243, peut commencer.

Le massacre d’Avignonet est un important épisode de « l’affaire albigeoise ». C’est lui qui provoquera, ou tout du moins sera à l’origine, en quelque sorte, de la fin de Montségur. En cela, les deux sites sont, par l’histoire, étroitement liés. S’y rendre, c’est faire étape dans un haut lieu de la résistance occitane. On peut encore y voir de belles portions des remparts, une partie bien conservée du château dans lequel fut commis le massacre, Notre-Dame des Miracles, dont la construction fut bien postérieure à l’évènement, mais dont les dimensions remarquables sont significatives. D’ailleurs c’est dans cette dernière que vous pourrez admirer le tableau représentant la montée aux cieux des martyrs (catholiques) de ce fameux 28 mai 1242. En résumé une place « cathare » à visiter absolument.

Si le sujet historique vous intéresse, lisez l’article spécifiquement dédié aux lieux d’où le commando a organisé l’attaque.

Bruno Joulia, © 2023

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