Laurac

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Laurac

Laurac, est une petite commune du Nord-Ouest du département de l’Aude. Elle se trouve en bordure de la vaste plaine du Sud-Ouest toulousain, sur le flanc sud d’une des premières collines de la micro-région de la Piège. C’était au Moyen-Âge un important castrum, capitale jusqu’au XIVème siècle de la région à laquelle elle a donné son nom, le Lauragais. Au cours des XIIème et XIIIème siècles, le castrum a été un haut lieu du catharisme.

Comme pour beaucoup de castra (pluriel de castrum en latin) de la région, la famille seigneuriale de Laurac, adhèrera avec ferveur à la « nouvelle » spiritualité alors en vogue, en cette fin du XIIème siècle en Languedoc. La coseigneur Blanche, titre qui lui autorisait l’héritage de la seigneurie à parts égales avec ses frères et sœurs selon le droit romain, suivi alors en Occitanie, en sera peut-être le membre le plus célèbre. Après une vie mondaine des plus classiques selon les critères de la noblesse de son temps, devenue veuve, elle entrera avec sa plus jeune fille Mabilia dans les ordres cathares, vers 1200. Elle  tiendra maison hérétique, d’abord en son fief, puis chassée de celui-ci par les évènements de la croisade contre les Albigeois, à Castelnaudary. Son autorité spirituelle, et son aura seront si grandes, que son souvenir traversera les siècles. Le nombre important de croyants cathares à Laurac même, mais aussi dans ses environs, décidera la hiérarchie de l’Église hérétique d’en faire le siège d’un diaconnat. Un de ses diacres en sera Isarn, le frère du grand hérésiarque Guilhabert de Castres, successeur d’Arnaud Hot qui, de son côté, exerçait son ministère vers 1200. Puis, l’an 1209, verra déferler la croisade contre les Albigeois sur les terres occitanes. Après la prise de Carcassonne, Simon de Montfort vint s’installer, comme pour souligner le caractère sacré de sa mission, dans le haut lieu cathare de Fanjeaux. Il saisira également à cette occasion le castrum voisin, lui aussi non moins grandement empreint de catharisme, de Laurac, qu’il donnera en récompense de ses bons services à un de ses méritants lieutenants, Hughes de Lacy.

Cependant après plusieurs changements de mains entre francimans et occitans, le castrum se soumettra « définitivement » en 1210. En 1211, se trouvera à la tête des défenseurs de Lavaur (81) assiégée, un des coseigneurs de Laurac, Aimeric de Montréal (11) dont la seigneuresse de la cité tarnaise, Dame Guiraude, était une des sœurs. À la chute de la ville, les de Laurac périront de tragique façon ; Guiraude sera livrée à la soldatesque qui la violera, avant de la jeter dans un puit et de la lapider. Quant à son frère, faute d’avoir été pendu ; la potence ayant cédé sous le poids des quatre-vingt chevaliers qui devaient être exécutés en même temps que lui, il sera égorgé avec eux. L’atroce épisode s’achèvera, par l’holocauste de quatre cents bons-hommes et bonnes-femmes qui expireront sur le plus grand bûcher de toute la croisade. Onze ans plus tard, en pleine reconquista occitane, Amaury de Montfort, pour tenter de consolider son pouvoir alors vacillant sur l’ancienne vicomté de Trencavel (conquise par son père en 1209), donnera au seigneur occitan de son parti, Sicard de Montaut, les nombreuses possessions de Sicard de Laurac en Lauragais. Manœuvre chimérique, car le petit-neveu de Sicard de Laurac, Bernard-Othon de Niort, son plus grand héritier, était en train de tout reprendre par la force. En 1226, le roi Louis VIII, sur le chemin du retour en Ile de France, après avoir renoncé à prendre Toulouse, fit halte à Castelnaudary. Le bayle de Raymond VII d’alors, Pierre Marty, pour éviter une arrestation certaine, prendra le parti d’aller se réfugier quelques jours à Laurac. Trois ans après, à l’occasion d’une méchante blessure reçue lors d’affrontements avec les troupes de Foulques, l’évêque de Toulouse, le seigneur Bernard-Othon de Niort désirera recevoir le consolament des mourants, en son fief de Laurac, après s’y être fait transporter. Cependant, ne voulant pas avoir affaire à un quelconque bon-homme, il enverra chercher l’illustre Guilhabert de Castres, alors réfugié au château d’Albebun en Razès (aujourd’hui le Bézu) ! En l’an 1233, c’est à Laurac que Guilhabert de Castres apprit la singulière arrestation (car ordonnée par le comte de Toulouse, et sans résistance de qui que ce fut) à Montségur (09), d’où il était descendu depuis peu, du fils mineur Jean Cambiaire et de trois parfaits. Pour parer à toutes éventualités, Bernard-Othon le confia alors à deux chevaliers afin de l’escorter vers le lieu sûr de Dourgne en Pays de Sault. Vers la fin de l’année 1236, le castrum de Laurac, un des fiefs du catharisme en Lauragais sera, comme il se doit, visité au cours de la tournée inquisitoriale, entreprise par les frères Guillaume Arnaud et Étienne de Saint-Thibéry. Les procès-verbaux des interrogatoires ayant été perdus, nous ne savons rien de ceux-ci ; cependant on peut avancer sans grandement se tromper qu’ils ne devaient contenir que peu de révélations. Début 1237 s’achèvera à Carcassonne le procès du coseigneur de Laurac, Bernard-Othon de Niort, de ses frères ainsi que de sa mère. Bernard-Othon et son frère Guillaume avaient été les seuls à répondre aux convocations du tribunal inquisitorial, sans toutefois faire d’aveux. Ils seront condamnés, le 13 février pour Bernard-Othon, et le 2 mars pour Guillaume, à la prison à perpétuité. Les autres membres de la famille seront, quant à eux condamnés par contumace. Trois ans plus tard, les deux prisonniers seront élargis en échange de la soumission au roi de leur frère Géraud. Vers 1240, Arnaud Pradier après avoir longtemps officié au Mas-Saintes-Puelles, deviendra le diacre hérétique de Laurac. En 1241, les inquisiteurs Guillaume Arnaud et Étienne de Saint-Thibéry, alors du côté de Lavaur, condamnent « comme hérétique, par sentences définitives » trois chevaliers contumax de Laurac. Approximativement à cette même époque, Laurac et la partie est du Lauragais étaient desservis par le diacre hérétique Guillaume Vital. Suite au massacre des inquisiteurs à Avignonet, perpétré le 28 mai 1242, le début de l’année 1243 verra l’arrestation du chevalier Barthe de Laurac, qui avait pris part à ladite affaire ; incident toutefois sans conséquences, car il parviendra à s’évader. La même année, Laurac sera le théâtre, après condamnation de l’inquisiteur Ferrer, du bûcher de Raymonde de Bannières, alors que sa petite fille qui la cachait, sera quant à elle marquée au fer rouge sur le front. Quelques mois plus tard débutera le long siège de Montségur (09) qui se terminera tragiquement par le bûcher d’environ 210 hérétiques cathares (16 mars 1244). Parmi les 64 victimes de cet autodafé qui ont pu être identifiées, trois sont originaires de Laurac : la parfaite Bruna de Lahille et les chevaliers Guilhaume de Lahille (son frère) et Bernard de Saint-Martin ; ces derniers ayant participé activement à la défense du pog. Enfin, au cours de sa longue fuite en Italie (car il était accusé de complicité dans l’assassinat des inquisiteurs à Avignonet en 1242) Pierre de Beauville croisera un chevalier de Laurac (dont nous ignorons le nom) lui aussi recherché pour avoir fait pendre les sergents de l’archiprêtre qui avait envoyé sa mère sur le bûcher.

Pour qui se passionne pour le catharisme en Lauragais, ou même plus largement en Occitanie, une étape à Laurac s’impose. Hormis le fait, que l’on peut encore y voir les vestiges de la porte Saliège et quelques restes des remparts, l’intérêt de la visite tient dans le souvenir de la période cathare qui s’y perpétue. Des panneaux didactiques consacrés à l’histoire du village, nous en rappelle les grandes dates, et les illustres personnages. Au cours de votre déambulation s’offrira de même à votre regard, une tête sculptée représentant la martyre de Lavaur, Dame Guiraude (se trouvant sur la place éponyme), et un pan de façade d’apparence médiévale que la tradition locale désigne comme « le mur de Blanche », vestige de la maison de Bonnes-Femmes que dirigeait la coseigneuresse du lieu. En somme, LE castrum « cathare » qu’il faut voir absolument.

Bruno Joulia – Peyrens (11400) ©2023 (texte et photos)

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