1-Découvrir le catharisme

Saint Félix Lauragais

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Saint Félix Lauragais et le concile cathare de 1167

Le village de Saint-Félix-Lauragais (Caraman au Moyen-Âge), se situe au Nord-Est du département de la Haute-Garonne. Il est planté au bord d’un plateau qui domine la plaine lauragaise de Revel, face à l’extrême pointe Ouest de la Montagne Noire. Occupée de tout temps, la position, alors ancien castrum Wisigoth, verra au Xème siècle l’édification d’un château. Il sera constitué, comme beaucoup de forts de l’époque, d’un donjon qui permettait une surveillance de tous les horizons et de remparts, aux pieds desquels se formera un bourg.

Peut-être est-ce dans cette petite forteresse que se tint le concile cathare en 1167. Après constat de l’importance de la prégnance de la «nouvelle» spiritualité, il fallait que lors d’une rencontre de ses hérésiarques, décision fut prise d’instaurer, de structurer ou réorganiser de véritables églises.

Le choix du lieu de la tenue d’une l’assemblée se porta sur Saint-Félix en raisons, de sa position au cœur du Lauragais, à peu près à égale distance des importantes villes de Toulouse, Albi et Carcassonne et de sa sécurité qui pouvait être assurée par Guillaume, seigneur du lieu, vassal du Vicomte Trencavel, et fervent sympathisant cathare lui-même.

Sous la présidence du pope Nicétas (Niquinta) évêque des Églises bogomiles (ou cathares d’Orient) venu expressément de Constantinople. Il y fut réglé un problème de bornage d’évêchés, y fut créé de nouveaux diocèses, et y fut procédé à de nouvelles ordinations. Cependant le fait majeur qui résulte de ces assises, est la reconnaissance par les Églises cathares d’Orient, des Églises cathares occitanes. Dès lors l’ensemble de ces dernières sera perçu comme une sorte de contre-Église face à l’Église catholique romaine.

Mais le concile ne résume pas à lui seul l’histoire de la période cathare du village.

Malgré l’arrivée de l’ost croisé en 1209, le bourg est toujours en 1211, le siège d’un diaconat cathare dont le diacre, un certain Bouffil, originaire des Cassès, est  également le socius (compagnon) du diacre Guiraud de Gourdon, seigneur de Caraman.

Preuve du nombre important des croyants hérétiques à Saint-Félix et ses environs.

Peut-être est-ce le prétexte dont se saisit Simon de Montfort pour détruire le village et son château.

Celui-ci sera reconstruit ultérieurement.

Toutefois les habitants du bourg ne vont pas manquer de réagir dès la première occasion.

Quelques semaines plus tard, Saint-Félix et tout le pays alentour, apprenant la nouvelle du siège de Castelnaudary, dans lequel Simon de Monfort s’était laissé enfermé par choix tactique, se soulèveront et chasseront l’occupant français.

Néanmoins, la liberté retrouvée ne va durer que peu de temps ; au printemps 1212, les renforts reçus par les croisés, leur permettront de récupérer rapidement les localités qui s’étaient révoltées à l’automne de l’année précédente.

Et les campagnes militaires suivirent leurs cours.

En 1226, à l’annonce de l’arrivée de la croisade de Louis VIII en Languedoc, Saint-Félix, et une quinzaine de localités et châteaux de son terroir, feront l’objet d’un singulier marché.

Raymond VII comptant résister à l’ost royal, inféodera la contrée Saint-Félicienne au comte de Foix en contre-partie du ralliement de celui-ci à sa cause ; cela n’empêchera toutefois nullement le fier seigneur ariègeois d’aller offrir sa soumission au roi, assiégeant alors la ville d’ Avignon, qui… la refusera !

Puis, c’est en 1229, mettant fin à vingt ans de guerre, la signature de la paix de Paris.

La proclamation de celle-ci, suivie de la nouvelle de la venue du légat pontifical avec de nombreuses troupes à Toulouse, décidera le célèbre évêque hérétique Guilhabert de Castres, alors à Saint-Paul-Cap-de-Joux à prendre la fuite. Il sera amené clandestinement, par des passeurs, dans un cammas proche de Saint-Félix d’où il repartira accompagné et toujours sous protection, pour gagner le château d’Albédun (aujourd’hui le Bézu) dans le Razès.

Alors arrivera le temps de l’inquisition.

En 1242 les frères Guillaume Arnaud et Étienne de Saint-Thibéry en tournée inquisitoriale, passèrent à Saint-Félix comme dans la plupart des bourgs du Lauragais.

Malgré le danger, le village et ses alentours seront ultérieurement le terrain des tournées pastorales de Bernard de Mayreville descendu de Montségur, assurer la fonction de diacre du secteur.

L’année 1245, après le massacre des inquisiteurs (Avignonet 1242) et la chute de Montségur (1244), verra la reprise et la poursuite par le dominicain Bernard de Caux de la grande enquête d’Inquisition en Lauragais. Elle ne sera pas couronnée de succès concernant Saint-Félix, diaconat cathare ; sur cent soixante et onze personnes interrogées, seulement huit firent de maigres aveux.

Deux ans plus tard, le comte de Toulouse, Raymond VII, ayant récupéré ses droits sur le Lauragais, confiera à Sicard Alaman, administrateur de ses possessions, la tâche de reconstruire Saint-Félix selon les plans des bastides nouvellement crées, comme Tournon-d’Agenais ou Castelnau de Montmirail.

C’est la ville que nous voyons aujourd’hui, formée de deux rues parallèles et du nouveau château, érigé avec des parties de l’ancien.

Enfin en 1255 l’Église cathare occitane en exil en Lombardie, s’alarmant de l’absence totale de diacre en Lauragais, instituera dans cette fonction un certain Aymard qu’elle enverra aussitôt exercer en Vielmorès.

S’il est un site relatif au catharisme qu’il faut voir en Occitanie, c’est celui-ci. La visite du village de Saint-Félix est assurément indispensable. Au regard du concile qui s’y est tenu en 1167, certains considèrent l’endroit comme étant le berceau de l’hérésie en Occitanie. Pour qui adhère à la spiritualité Cathare, se rendre à Saint-Félix-Lauragais, c’est pourrait-on dire, réaliser en quelque sorte un pèlerinage.

Bruno Joulia, © 2023

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Verdun-Lauragais

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Verdun-Lauragais

Toujours dans le Lauragais, à huit kms à l’Est de Labécède se trouve planté sur une presqu’ile rocheuse, à l’instar de Minerve (34) et de Montolieu (11), cernée par la petite rivière le Tenten au Nord-Est et le ruisseau la Goutine au Sud-Ouest, le village de Verdun-Lauragais. Il se situe à 315 mètres d’altitude sur le flan méridional de la Montagne Noire, face aux Pyrénées et dominant la vaste plaine de Castelnaudary. Son relatif isolement n’empêchera nullement de le préserver de l’ancrage du catharisme lors des XIIème et XIIIème siècles, en faisant même, au contraire, un des derniers saillants de celui-ci en Lauragais au tout début du siècle suivant.

Ce n’est qu’en 1152 que les fils d’Hugues de Saissac, annoncent à leur suzerain Raymond Trencavel (le vicomte d’Albi, Carcassonne, Béziers) avoir pris la décision de la fondation d’un castrum au lieu de Verdun. Le site est alors entouré de remparts et pourvu de deux portes (que l’on devine encore de nos jours), la porte d’aval et la porte du Cers.

Le castrum aura, comme tous les castrums du Lauragais de cette époque, sa maison d’hérétiques cathares, où les jeunes gens du bourg venaient apprendre à tisser et s’instruire en religion.

L’opération militaire contre les albigeois (1209-1229) ne génèrera aucun événement à Verdun. Malgré les instaurations successives des inquisitions épiscopales (1229) et dominicaines (1233), il faudra attendre le début des années 1240, pour que le nom du castrum soit par l’entremise de son bayle, cité pour un acte de violence. Sur incitation de ce dernier et du collecteur de dimes, une dizaine d’habitants de Caraman tendront une embuscade au curé de Vitrac (81) et son clerc. Le prêtre parviendra à s’enfuir, mais le clerc sera assassiné et jeté dans un puits. Nous ne savons rien sur les suites (s’il y en a eu) de cette affaire. Faute d’informations, nous ne pouvons que supposer la quiétude du village et de ses abords immédiats, pour les quelques années qui ont suivi cet événement vengeur…

Néanmoins, nous apprenons, qu’en l’an 1254, Raymond Donati, de son nom en religion Montouty, diacre cathare de Toulouse, prêchait dans un bois proche de Verdun. La même année, peut-être à seulement quelques jours ou semaines de distance des prédications, hasard ou coincidence ?, l’inquisition perquisitionne le castrum. C’est alors, en ces tragiques moments, que des croyantes de Dreuilhe et de Verdun vont annoncer, aux parfaits du lieu qui se cachaient au bord de la rivière le Tenten, leur départ imminent pour l’Italie afin de s’y faire ordonner ; le Lauragais ne disposant plus à cet instant de diacre pour conférer le sacrement.
L’opération terminée, trois des « héréticus perfectus » qui s’étaient préservés de l’intervention inquisitoriale, sachant ne plus pouvoir retourner chez les croyants, seront cachés et ravitaillés pendant deux mois dans les environs du castrum. Puis l’un d’eux se terrera encore quelques temps au lieu-dit les Pierres Blanches, tout près du bourg. Il s’appelait Guillaume Carrère. Après avoir mené une douzaine d’années durant, la vie clandestine d’un parfait de son temps, découragé, il finira par abjurer volontairement sa foi hérétique auprès de l’inquisition.

La pression du tribunal de la foi s’accentuant, nombre de verdunois et verdunoises choisiront l’option d’aller chercher refuge en Lombardie, à l’exemple du natif du castrum, le parfait Bernard Ollier vu en la ville de Pavie, et que l’on retrouvera avec rang d’évêque, à Sirmione par la suite. Pour l’anecdote, il avait été de ceux qui avaient soutenu Guillaume Carrère, quand celui-ci se cachait dans les bois du village.

En 1305, une nouvelle et grande rafle sera ordonnée par l’inquisiteur Geoffroy d’Ablis, elle aboutira à l’envoi de dix-huit habitants du castrum au mur (prison inquisitoriale) de Carcassonne. Elle permettra également à l’enquête de se mettre sur la piste de l’église des frères Authier, dont les membres avaient rendu de fréquentes visites aux bons croyants et bonnes croyantes du bourg.
Quatre ans plus tard, la traque des disciples de Pierre Authié se poursuivant, c’est l’arrestation de l’un d’eux, Amiel de Perles, dans une borde dans les environs de Verdun. Parmi les soutiens actifs des bons chrétiens de la dernière église cathare occitane des frères Authié, figuraient trois fidèles issus du castrum, Guilhem Falquet, Pèire Bernier et sa femme Serdane, preuve, s’il en est, de la résistance de la population verdunoise à la répression inquisitoriale. Pèire Bernier, sera quant à lui, après avoir été arrêté et condamné comme relaps, les inquisiteurs disaient « comme un chien retourne à son vomi », un des cinq brûlés originaires de Verdun, des 25 cathares exécutés à Toulouse entre 1308 à 1321.

Verdun, nous venons de le voir, de par son histoire, est une étape incontournable pour qui voudrait sillonner « les routes du catharisme » en Lauragais. Sur place, vous pourrez y constater la configuration remarquable du castrum, dont les contours sont parfaitement adaptés à la topographie du lieu. L’hérésie albigeoise y a été particulièrement présente et ses adeptes singulièrement fervents. De grands noms du Catharisme, y ont séjournés, y ont prêché, y ont consolé, s’y sont réfugiés… 800 ans plus tard, l’endroit transpire encore leur présence. C’est un haut lieu du catharisme qu’il faut absolument visiter.

Bruno Joulia – Peyrens (11400) ©2023 (texte et photos)

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Le Mas-Saintes-Puelles

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Le Mas-Saintes-Puelles

Le Mas-Saintes-Puelles est aujourd’hui, une modeste commune située dans le département de l’Aude. Elle est nichée, à quelques kilomètres à l’Ouest de Castelnaudary, au pied des premières collines de la microrégion de la Piège, en bordure de la grande plaine lauragaise. Au cours des XIIème et XIIIème elle a été un haut-lieu de l’hérésie Albigeoise.

Rappels historiques

Dans l’occitanie, du XIIème et du tout début du XIIIème siècles, les prélats de l’église catholique romaine, prédateurs, corrompus, n’assurant plus leur tâche, permettront, en ne donnant plus l’exemple de la probité, du détachement du temporel et de la charité, l’implantation et la diffusion du catharisme.
La petite noblesse rurale d’alors, dans un large ensemble, se détournera de la grande Église et adhèrera par conséquent sans réserve à la secte prêchant la « nouvelle » foi. La famille seigneuriale du Mas ne fit pas exception à la règle ; comme nombre de membres de la caste nobiliaire de cette époque, la châtelaine Garsende, deviendra bonne femme, c’est à dire ordonnée dans la contre-Église Albigeoise, et tiendra maison hérétique en son fief. Sa vie terrestre s’achevera, après une long sacerdoce, sur le même bûcher que celui de sa fille Gailharde, elle aussi parfaite, peu avant 1245. C’est également dans son village natal que l’on verra officier un parfait du nom de Raymond du Mas, avant son départ, en raison de la pression grandissante de l’Inquisition, pour le refuge pyrénéen de Montségur. Il en descendra avec rang de diacre pour le Vielmorès, mais pour peu de temps, car sentant les filets du tribunal de la foi se resserrer dangereusement, il décidera de fuir en Lombardie (Italie). Quant aux seigneurs et chevaliers, qui n’avaient pas choisis la vêture, ils prendront le parti des armes. À l’image de Jourdain du Mas, le petit-fils de Garsende, ils résisteront aux envahisseurs croisés puis à l’inquisition. En 1242, la famille seigneuriale du Mas s’impliquera grandement, comme de juste, dans le massacre des inquisiteurs à  Avignonet (31). Afin que le chef du commando descendu de Montségur (09), Pierre-Roger de Mirepoix, puisse diriger l’opération en toute quiétude, elle mettra à sa disposition le petit castrum d’Antioche (proche de Payra-sur-l’Hers 11410). De là partira la troupe chargée de la besogne, dans laquelle seront compris le jeune noble du Mas et ses cousins massogiens, Jourdain et Bertrand de Quiders. Le forfait commis, le commando retournera à sa base emmenant avec lui Jordanet (surnom de Jourdain du Mas) vers son exil pyrénéen. Mais sa destinée va très vite le rattraper; il trouvera la mort en défendant le refuge cathare lors du siège de celui-ci par les troupes royales en 1244. Parmi les soixantes victimes connues, sur un peu plus de deux cent selon les témoignages, du bûcher qui suivit la chute du pog, figurent Raymonde Barbe, fille de dame Na Rica du Mas-Sainte-Puelles, et le parfait Pierre du Mas originaire du bourg éponyme. Par la suite, les enquêtes inquisitoriales menées après ce tragique épisode, révèleront que Jourdain le vieux, le père du jeune héros Jordanet, à été, également et évidemment pourrait-on dire, croyant des hérétiques. Bertrand de Quiders, pour sa part, affirmera plus tard s’être enfui en Lombardie grâce à l’argent que lui aurait donné le comte de Toulouse Raymond VII (soupçonné d’être le commanditaire des assassinats d’Avignonet) et Sicard Alaman (l’administrateur des possessions du comte). En 1285, pour réaffirmer son emprise trop longtemps contestée sur les âmes du Mas, l’Église catholique y fondera un couvent avec une grande Église, qu’occuperont des moines de l’ordre de Saint-Augustin. Preuve, s’il en est, de la place considérable qu’avait pris le catharisme dans le village. Le nom du bourg apparaîtra encore bien des fois dans les registres des enquêtes inquisitoriales qui se poursuivront jusqu’à la fin du XIIIème siècle et même après. Il résonnera à nouveau à l’occasion d’une péripétie qui se produira au début du XIVème siècle. En 1320 l’ancienne châtelaine de Montaillou (09), Béatrice de Planissolles, suspectée d’hérésie (cathare), sorcellerie, et blasphème sera sommée de comparaître devant le tribunal d’inquisition de Pamiers. Affolée, elle tentera désespérement de se soustraire des griffes de l’accusation en prenant la fuite; cependant recherchée avec zèle, elle sera retrouvée et arrêtée, au cœur du Lauragais, dans la petite localité du Mas-Saintes-Puelles où elle se cachait…

Sociologie du catharisme

L’histoire du catharisme est affaire de famille. La famille ou plutôt le clan seigneurial du Mas-Saintes-Puelles a été, peut-être plus que tous autres (Lanta, Laurac…), grandement empreint de l’hérésie Albigeoise. Plusieurs de ses membres ont même embrassé la «nouvelle spiritualité» au point de devenir des religieux de la contre-église hérétique. À leur exemple environ cinquante pour cent de la population du bourg a adhéré à la croyance dissidente. Un record absolu en Lauragais, mais aussi certainement au-delà. On ne peut prétendre avoir visité le Lauragais cathare, sans avoir fait une halte au Mas-Saintes-Puelles. Malgré les destructions qu’eut à subir le village au cours de son histoire, on peut encore y voir, comme menus témoins de cette époque, des vestiges du château, sur une partie desquels à été bâtie l’église (voir l’abside) et dont le sommet du clocher semble assis sur une des tours. Déambuler dans les rues du village (dont le nom de certaines nous rappelle le passé : rue des remparts, rue du couvent…), c’est marcher sur les pas des cathares, s’en rapprocher autant que faire se peut, sentir leur présence par delà les siècles… .Encore un site, pour qui s’intéresse à la célèbre hérésie, absolument incontournable.

© Bruno Joulia

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Labécède-Lauragais

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Labécède-Lauragais

Le village se trouve au Nord-Ouest du département de l’Aude, sur les premiers contreforts de la Montagne Noire, à 306 mètres d’altitude. Il campe sur un promontoire, enserré entre une dépression de terrain à l’Ouest et le cours de l’Argentouire à l’Est, d’où l’on voit, au Sud, la grande plaine Lauragaise et l’étendue de la chaine des Pyrénées. Cette particularité topographique explique par elle-même l’existence d’un castrum au moyen-âge, suite d’une occupation ancienne. Comme toutes les communautés villageoises lauragaises, de plaine ou de montagne, Labécède n’échappera pas, du XIème au XIIIème siècle, à l’apparition et à l’implantation du Catharisme.

Sa situation géographique privilégiée en fera un lieu de villégiature et de refuge de grandes figures de l’hérésie, et sera peut-être même une des raisons pour laquelle on en fit le siège d’un diaconat de l’église dissidente.

La première mention qui faisant état de la présence d’un cathare revêtu à Labécède est celle d’Arnaud Jougla (vers 1205) qui enseigne ses fils dans les préceptes hérétiques. Son fils Pierre, et son épouse Ava, deviendront à leur tour parfait et parfaite, Pierre ne le restant cependant que quelques années.

Toujours au sein du castrum, sont également attestés en ces temps de paix, les hérétiques Raymond de Recaut, Pierre Guilhem, ainsi qu’une communauté d’une dizaine de bonnes femmes, preuves évidentes, de la bonne vitalité du catharisme en cette période et dans ce secteur du Lauragais, épicentre de l’hérésie.

Mais cela ne va malheureusement pas durer…
En 1209, le pape Innocent III, voyant la foi catholique menacée par cette « nouvelle » spiritualité, fera, suite à l’échec des prédicateurs catholiques pour ramener les égarés à l’Église de Rome, appel aux armes pour l’éradiquer.
Une tempête de fer et de feu va s’abattre sur les terres Occitanes et en changer à jamais la destinée (principalement le comté de Toulouse et la vicomté de Béziers, Albi, Carcassonne).

Le quotidien des hérétiques va s’en trouver considérablement bouleversé. Ceux qui en auront le temps, fuiront les zones de combat et d’occupation, les autres entreront en clandestinité.
Malgré une situation de plus en plus difficile, la menace militaire, les bûchers (140 bons hommes et bonnes femmes périssent à Minerve (34) en 1210, 400 parfaites et parfaits brûlés à Lavaur (81) en 1211 et 60 cathares brûlés à Les Cassés (11) la même année), l’église cathare va continuer de prêcher, d’ordonner, de consoler. Même dans les pires moments, et ce jusqu’aux derniers de ces membres, elle n’abandonnera jamais ces fidèles…

C’est dans ce contexte, qu’en 1215, le diacre Bernard de la Mothe siège à Labécède-Lauragais. Il réside alors avec un autre hérésiarque de la contre-église albigeoise, Guilhabert de Castres, fils majeur du patriarche cathare Gaulcem, évêque du toulousain, lequel, loge également d’ailleurs, en compagnie de son coadjuteur.
Devenu à son tour patriarche cathare du toulousain, l’illustre Guilhabert, malgré sa nouvelle charge, continuera à séjourner régulièrement dans le bourg, avant son départ définitif pour Montségur en 1232, car l’église cathare y possédait une maison. C’est dans celle-ci qu’il recevra Guiraud de Gourdon, diacre de Caraman, cousin du grand seigneur occitan Bernard-Othon de Niort, sous la protection du seigneur du lieu, Pagan, et de Trèsemine de Roqueville.

Néanmoins il n’y avait pas que des hérétiques qui rendaient visite et séjournaient au castrum. Vers 1226, Arnaud Baro, chapelain de Saint-Michel de Lanès venait ainsi s’assoir à la table des parfaits de Labécède, quand il n’en invitait pas, parfois, à la sienne.
Mais, ce qui était pour certains un havre de paix, un refuge, ou un foyer spirituel était pour d’autres, une verrue dont il fallait se débarrasser.
Pour plaire à la couronne de France, Humbert de Beaujeu, sénéchal de Carcassonne, pris la décision de liquider ce nid d’hérétiques ; il vint en faire le siège durant l’été 1227.
La garnison du castrum qui avait été renforcée l’année précédente par Raymond VII, était alors commandée par les chevaliers Olivier de Termes et Pons de Villeneuve. L’armée française comptait, elle, dans ses rangs, puisque l’affaire regardait aussi l’église de Rome, l’archevêque de Narbonne et Foulques, l’évêque de Toulouse. Ce dernier, qui vint une fois à passer devant les remparts, s’entendit crier au loin par les assiégés : « Voilà l’Évêque des démons ! »
Alors ceux qui l’accompagnait lui dirent :
« — Entendez-vous qu’ils vous appellent l’Évêque des démons ? »
« — Oui ! Répondit messire Foulques, et ils disent la vérité ; car ce sont des démons et je suis leur évêque ! »

Cependant, les machines de guerre frappèrent si bien les remparts, les habitations, et firent tant de dégâts, que la place ne put résister. Chevaliers, soldats, et habitants s’enfuirent nuitamment.
Le lendemain, une brèche ayant été ouverte dans les fortifications, l’assaut fut donné. Tous ceux qui n’avaient pu s’échapper furent massacrés. La plupart au moyen de l’épée, les autres à coup de pierres, à l’exception toutefois, des femmes et des jeunes enfants, sauvés grâce au zèle de l’évêque catholique. Quant aux hérétiques et à leur diacre, Géraud de la Mothe, frère de Bernard, devenu fils majeur du légendaire Guilhabert de Castres, ils furent livrés aux flammes.
En 1229 la paix fut enfin signée. Le traité de Paris entérina la défaite occitane. Une de ses clauses prévoyait la remise de places fortes au roi de France ; le castrum, en raison de sa situation et de son passé, fut du nombre.

On crut que le catharisme, ferait désormais parti du passé à Labécède-Lauragais.
Il n’en fut rien. Dès 1231, quelques cathares s’y réunirent à nouveau, sous l’égide du seigneur Pons de Saint-Michel. Parmi eux se trouvait un clerc, Guillaume Raymond qui, à cette occasion, lut le Nouveau Testament, que les hérétiques expliquèrent dans leur prêche, à l’assemblée.
L’année suivante, seront capturés, une nuit, dans la forêt de Labécède, Pagan, son ancien seigneur faydit devenu parfait et dix-neuf sectaires, par Raymond du Fauga, le nouvel évêque catholique de Toulouse, et le comte Raymond VII. Sous la pression de l’église romaine, ce dernier se verra contraint de prononcer à leur encontre, la peine du bûcher.
Puis, à la suite de l’Inquisition épiscopale, qui ne donna pas, finalement, les résultats escomptés, vint le temps de l’inquisition dominicaine.
Cette dernière à peine instaurée, en 1233, le castrum aura les « honneurs » de la visite des frères Guillaume Arnaud et Pierre Sellan qui sillonnaient alors la région à la recherche d’hérétiques.

Pendant que certains enquêtaient au grand jour, d’autres prêchaient dans l’ombre.
C’est en cette époque, que l’est, le sud-est du Lauragais et Labécède, seront les théâtres des prônes secrets, jusqu’à sa capture par l’abbé de Saint-Papoul en 1241, du diacre cathare Guillaume Vital. La vie terrestre de l’hérétique s’acheva probablement par le supplice du feu, en la ville de Toulouse.

Début du XIVème siècle, en l’an 1305, le dominicain Geoffroy d’Ablis, à la recherche des membres de la petite église cathare de la reconquête des frères Autier, ordonnera une rafle des populations de Prunet, Verdun et…Labécède-Lauragais qu’il fera déporter pour interrogatoires, au siège du diocèse inquisitorial de Carcassonne.
Cette fois-ci, le catharisme, moribond car mortellement blessé, s’éteignit lentement à Labécède comme en Lauragais.

Les évènements liés au catharisme qui se sont déroulés dans ce petit village de la Montagne Noire lauragaise, donnent à celui-ci une réelle et incontestable importance historique. C’est toutefois aujourd’hui, un lieu tombé dans l’oubli, auquel il faut cependant se rendre. Hors des circuits touristiques traditionnels, il est resté un site authentique, qu’il est grandement recommandé de visiter. On peut encore y voir de grands pans des fortifications, la porte nord robustement assise, couronnée d’une salle de guet, une place nommée place de la brèche (par laquelle les croisés auraient donné l’assaut), les murs d’enceinte du castellas ou château-fort (aujourd’hui disparu) situés près de l’église, en dehors et en aval du village, au-dessus du moulin sur l’Argentouyre, une tour de guet (propriété privée) partie intégrante du système défensif du castrum.
Déambuler dans les rues de Labécède-Lauragais, c’est voir les allées et venues des silhouettes émaciées des hérétiques, entendre les prêches, les consolaments conférés, deviner la fureur et l’horreur des massacres, éprouver l’angoisse à la simple évocation de l’inquisition.

Allez à Labécède-Lauragais, une grande page de l’histoire du catharisme occitan vous y attend !

Verdun-Lauragais

Toujours dans le Lauragais, à huit kms à l’est de Labécède se trouve planté sur une presqu’ile rocheuse, à l’instar de Minerve (34) et de Montolieu (11), cernée par la petite rivière le Tenten au Nord-Est et le ruisseau la Goutine au sud-ouest, le village de Verdun-Lauragais. Il se situe à 315 mètres d’altitude sur le flan méridional de la Montagne Noire, face aux Pyrénées et dominant la vaste plaine de Castelnaudary. Son relatif isolement n’empêchera nullement de le préserver de l’ancrage du catharisme lors des XIIème et XIIIème siècles, en faisant même, au contraire, un des derniers saillants de celui-ci en Lauragais au tout début du siècle suivant.

Ce n’est qu’en 1152 que les fils d’Hugues de Saissac, annoncent à leur suzerain Raymond Trencavel (le vicomte d’Albi, Carcassonne, Béziers) avoir pris la décision de la fondation d’un castrum au lieu de Verdun. Le site est alors entouré de remparts et pourvu de deux portes (que l’on devine encore de nos jours), la porte d’aval et la porte du Cers.

Le castrum aura, comme tous les castrums du Lauragais de cette époque, sa maison d’hérétiques cathares, où les jeunes gens du bourg venaient apprendre à tisser et s’instruire en religion.

L’opération militaire contre les albigeois (1209-1229) ne génèrera aucun événement à Verdun. Malgré les instaurations successives des inquisitions épiscopales (1229) et dominicaines (1233), il faudra attendre le début des années 1240, pour que le nom du castrum soit par l’entremise de son bayle, associé à un acte de violence. Sur incitation de ce dernier et du collecteur de dimes, une dizaine d’habitants de Caraman tendront une embuscade au curé de Vitrac (81) et son clerc. Le prêtre parviendra à s’enfuir, mais le clerc sera assassiné et jeté dans un puits. Nous ne savons rien sur les suites (s’il y en a eu) de cette affaire. Faute d’informations, nous ne pouvons que supposer la quiétude du village et de ses abords immédiats, pour les quelques années qui ont suivi cet événement vengeur…

Néanmoins, nous apprenons, qu’en l’an 1254, Raymond Donati, de son nom en religion Montouty, diacre cathare de Toulouse, prêchait dans un bois proche de Verdun. La même année, peut-être à seulement quelques jours ou semaines de distance des prédications, hasard ou coincidence ?, l’inquisition perquisitionne le castrum. C’est alors, en ces tragiques moments, que des croyantes de Dreuilhe et de Verdun vont annoncer, aux parfaits du lieu qui se cachaient au bord de la rivière le Tenten, leur départ imminent pour l’Italie afin de s’y faire ordonner ; le Lauragais ne disposant plus à cet instant de diacre pour conférer le sacrement.
L’opération terminée, trois des « héréticus perfectus » qui s’étaient préservés de l’intervention inquisitoriale, sachant ne plus pouvoir retourner chez les croyants, seront cachés et ravitaillés pendant deux mois dans les environs du castrum. Puis l’un d’eux se terrera encore quelques temps au lieu-dit les Pierres Blanches, tout près du bourg. Il s’appelait Guillaume Carrère. Après avoir mené une douzaine d’années durant, la vie clandestine d’un parfait de son temps, découragé, il finira par abjurer volontairement sa foi hérétique auprès de l’inquisition.

La pression du tribunal de la foi s’accentuant, nombre de verdunois et verdunoises choisiront l’option d’aller chercher refuge en Lombardie, à l’exemple du natif du castrum, le parfait Bernard Ollier vu en la ville de Pavie, et que l’on retrouvera avec rang d’évêque, à Sirmione par la suite. Pour l’anecdote, il avait été de ceux qui avaient soutenu Guillaume Carrère, quand celui-ci se cachait dans les bois du village.

En 1305, une nouvelle et grande rafle sera ordonnée par l’inquisiteur Geoffroy d’Ablis, elle aboutira à l’envoi de dix-huit habitants du castrum au mur (prison inquisitoriale) de Carcassonne. Elle permettra également à l’enquête de se mettre sur la piste de l’église des frères Authier, dont les membres avaient rendu de fréquentes visites aux bons croyants et bonnes croyantes du bourg.
Quatre ans plus tard, la traque des disciples de Pierre Authié se poursuivant, c’est l’arrestation de l’un d’eux, Amiel de Perles, dans une borde dans les environs de Verdun. Parmi les soutiens actifs des Bons Chrétiens de la dernière église Cathare Occitane des frères Authié, figuraient trois fidèles issus du castrum, Guilhem Falquet, Pèire Bernier et sa femme Serdane, preuve, s’il en est, de la résistance de la population verdunoise à la répression inquistoriale. Pèire Bernier, sera lui, après avoir été arrêté et condamné comme relaps, les inquisiteurs disaient « comme un chien retourne à son vomi », un des cinq brûlés originaires de Verdun, des 25 cathares exécutés à Toulouse entre 1308 à 1321.

Verdun, nous venons de le voir, de par son histoire, est une étape incontournable pour qui voudrait sillonner « les routes du catharisme » en Lauragais. Sur place, vous pourrez y constater la configuration remarquable du castrum, dont les contours sont parfaitement adaptés à la topographie du lieu. L’hérésie albigeoise y a été particulièrement présente et ses adeptes singulièrement fervents. De grands noms du Catharisme, y ont séjournés, y ont prêché, y ont consolé, s’y sont réfugiés… 800 ans plus tard, l’endroit transpire encore leur présence. C’est un haut lieu du catharisme qu’il faut absolument visiter.

Bruno Joulia – Peyrens (11400) ©2023 (texte et photos)

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Visiter les sites liés au catharisme

1-1-Tourisme culturel
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Visiter les sites liés au catharisme

Carte des «Pays de France» centrée sur le Sud-Occitanie (en blanc, la limite des départements)

Vous venez régulièrement vous informer à propos du catharisme et vous voudriez visiter les sites en rapport avec ce sujet.

Il suffit de jeter un coup d’œil sur Internet pour comprendre que la plupart des sites sont essentiellement à visée commerciale et que leurs informations sont douteuses ou périmées.

Si vous avez visité ce site, vous avez pu comprendre que nos informations sont à la pointe de la recherche et que nos renseignements sont vérifiables et sourcés, quand ils ne sont pas carrément en avance sur les recherches universitaires.

Les circuits proposés ci-dessous sont réalisables en une ou deux journées à partir de n’importe quel lieu du circuit. Ainsi, vous pouvez réaliser un ou plusieurs circuit selon la durée de votre séjour chez nous.

L’auteur de ces propositions de promenades touristiques dans les territoires ayant été impliqués dans le catharisme et sa répression, en propose d’autres sur son compte Facebook.

Le Lauragais

Cette zone aux contours relativement flous, tire son nom d’un ancien castrum : Laurac, dont le seigneur en titre était une femme, Blanche de Laurac, qui se fit également consolée, c’est-à-dire cathare. Il faisait partie pour l’essentiel de l’évêché cathare du Toulousain. Voyez sur le plan ci-joint, ses limites approximatives.

Difficile de parler du Lauragais sans évoquer ces personnages qui émaillent les récits des historiens : Blanche de Laurac, Guiraude de Lavaur et son frère Aymeric de Montréal.
Les lieux aussi sont porteurs d’histoire : Laurac, qui donna son nom à la région, Labécède, Issel, Saint-Papoul, Verdun où les suspects d’hérésie se multiplièrent entre deux passages de l’Inquisition, etc.

Le Lauragais fut sans aucun doute au centre du catharisme médiéval, de Saint-Félix qui reçu le concile catharo-bogomile fondateur des Églises cathares du Languedoc à Avignonnet où fut commis un massacre qui déclencha le siège de Montségur qui en marqua la fin.
Si vous venez en vacances, nous vous conseillons de vous installer sur l’axe Revel-Castelnaudary autour duquel vous aurez de nombreux sites à visiter. En dehors du sujet du catharisme, la retenue de Saint-Ferréol, principal réservoir du canal du Midi de Pierre-Paul Riquet, vous offrira de quoi vous rafraîchir en famille et les abbayes de Sorèze et d’En Calcat (Dourgne) vous plongeront au cœur du chant grégorien.

Le Lauragais : Est et Sud-Est

Le Lauragais : Ouest et Sud-Ouest

Le Razès

Initialement inclus dans l’évêché cathare du Carcassès, dépendant de Carcassonne, il prit son indépendance lorsque les avancées de la croisade contre les albigeois (cathares) scinda le Carcassès, rendant les déplacements internes plus dangereux. Voici une carte très approximative de la zone concernée.

Du Razès au Pays d’Olmes

Le Rouergue

Les bornages du catharisme

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Les bornages du catharisme

Les bornages dans le monde

À tout moment dans la vie mondaine nous sommes soumis à des bornages. Ils sont pour la plupart du temps mis en place a posteriori et ont généralement un caractère de jugement et de comparaison.

Le but des bornages dans ce monde est de différencier les individus en valorisant les uns et en dévalorisant les autres. Même si nous ne savons plus les reconnaître, nous n’y échappons pas. Pour certains d’entre nous ils sont bénins et pour d’autres ils sont insurmontables. Cela commence dès la petite enfance :

  • À l’école, le passage de classe en classe dépend d’une évaluation de l’année précédente, voire d’un examen qui sanctionne un niveau d’étude ;
  • Pour conduite un véhicule à moteur, cyclomoteur ou voiture, une évaluation sanctionne un niveau de connaissance et de pratique ;
  • Bien entendu, pour accéder à de nombreux métiers, une formation est requise et est sanctionnée par des examens
  • Dans l’exercice professionnel il n’est pas rare de devoir, là aussi, subir des évaluations de la part de son encadrement, voire des examens et des formations validant.

Notre vie est bornée à posteriori, c’est-à-dire qu’un jugement est porté sur nous après une étape, pour décider de la possibilité de passer à une autre.

Certains bornages sont formels, mais nous en subissons d’autres qui sont plus discrets, voire pernicieux :

  • L’inclusion dans un groupe social (ami, relations, etc.) dépend souvent de critères précis ou intuitifs qui définissent la confiance qui nous sera accordée.
  • La relation de couple dépend aussi d’une période d’évaluation que notre partenaire potentiel mettra à profit pour savoir s’il est possible d’envisager une vie à deux ;
  • Nous sommes également portés à évaluer les autres avant de leur permettre d’accéder à des zones intimes.

Même si ces bornages sont réalisés a posteriori, rien ne garantit qu’ils soient infaillibles et il n’est pas rare qu’ils puissent être remis en cause, le plus souvent par les autres.

Il n’y a guère que dans le domaine intime que les bornages peuvent se faire éventuellement a priori en se basant généralement sur l’appartenance à un groupe social, familial, ethnique ou autre.

Ces bornages servent à valider des compétences et à organiser la société en plaçant chacun de ses membres à la place estimée la plus profitable au groupe. Le problème est qu’ils sont souvent basés sur des niveaux de compétences généraux et qu’ils ne peuvent donc pas vraiment prendre en compte les particularismes de chacun.

Ils créent aussi des jugements de valeur, donnant à chaque catégorie des qualités ou des défauts plus ou moins justement évalués. Ainsi on constate régulièrement qu’un des paramètres qualitatifs de classement est celui de l’argent. Que ce soit l’argent généré en positif, comme le salaire ou des revenus autres, mais que ce soit aussi de l’argent dépensé pour la catégorie, comme les coût des allocations diverses.

Si le prologue de la Constitution indique que : « Les hommes naissent libres et égaux en droit. », il semble bien que la société se chargent très tôt de détruire cette égalité au profit d’un classement qualitatif qui va créer des catégories difficiles à dépasser, malgré l’inscription de l’égalité dans notre devise nationale.

Ces bornages ne remplissent pas leur fonction d’utilité sociale, car nous voyons qu’ils ne conduisent pas à valoriser ce qui est le plus important pour le groupe : la situation des personnels de santé, entre autres, le montre malheureusement bien.

Ces bornages sont donc bien en phase avec ce monde imparfait et souvent malin, qui nuit plus qu’il ne sert l’humanité qui en subit les conséquences.

Comment le catharisme fonctionne-t-il de ce point de vue ?

La particularité du catharisme est qu’il n’a pas besoin de classer la population puisqu’il considère que chaque être humain est une parcelle de l’Esprit unique, émanation divine artificiellement divisée.

Par contre, ceux qui s’intéressent au catharisme et veulent progresser en son sein ressentent le besoin de se situer. Mais la doctrine cathare ne permet pas de juger, donc de séparer les hommes sur quelque critère que ce soit. La manifestation des choix doit donc obéir à une autre forme.

La désignation a posteriori est forcément basée sur le jugement puisqu’elle se sert de l’expérience accumulée pour évaluer la compétence et le niveau atteint. Elle est donc impossible dans le catharisme.

La désignation a priori rencontre le même problème. Dire d’une personne qu’elle est apte à ceci ou cela est un jugement et le fait qu’il ne s’appuie pas sur des éléments objectifs ne lui ôte pas cet aspect de jugement.

C’est pour cela que le catharisme a choisi de retirer à son système de bornage ce qui lui posait problème : l’estimation extérieure.

Mais il n’en reste pas moins qu’il y a des étapes dans l’avancement en catharisme et que ces étapes constituent un système de bornage de l’évolution au sein de cette spiritualité. Nous pouvons en définir trois de façon précise :

Tout d’abord, quand une personne découvre le catharisme, grâce à des apports de connaissance personnels (lecture, contact avec des croyants, etc.) elle peut, soit n’y voir qu’un sujet comme un autre et le laisser de côté une fois que sa curiosité aura été satisfaite. On peut dire sans exagérer que cela représente l’immense majorité des cas. Cependant, il arrive que cette personne ressente le désir d’aller plus loin dans sa connaissance, notamment dans le domaine spirituel, soit parce qu’elle n’est pas satisfaite de ce qu’elle a déjà appris, soit parce que cela éveille en elle des sentiments liés à d’autres connaissances qu’elle possède déjà. Le fait de vouloir approfondir ses connaissances, surtout s’il s’accompagne d’une empathie envers le catharisme, voire d’une sympathie plus profonde, marque le franchissement d’une borne entre le statut de curieux et celui de sympathisant.

Le sympathisant va poursuivre ses études et améliorer ses connaissances, ce qui lui permettra de faire un tri dans les données circulant sur le catharisme et qui sont, dans une grande majorité, erronées, voire pires. De ces études il retirera, soit une connaissance améliorée sans qu’elle n’éveille rien de particulier en lui, soit le sentiment que cette voie spirituelle semble être celle qui peut assurer le salut.

Si le sympathisant adhère à la doctrine cathare au point de considérer que c’est la meilleure voie possible pour atteindre le salut, il va continuer à l’étudier et, parallèlement il suivra l’enseignement des chrétiens cathares qui l’aideront à mieux appréhender le christianisme. Si cela l’imprègne réellement, il finira par atteindre l’éveil qui se manifestera pour lui par l’impérieux besoin d’aller au bout de ce cheminement pour faire sa bonne fin. Cela s’appelle l’éveil et fait de ce sympathisant un croyant cathare. Une fois qu’il l’aura compris, le croyant recherchera les chrétiens cathares consolés et leur manifestera son état en leur demandant leur aide pour son cheminement par le biais de l’Amélioration. Il marquera ainsi le bornage de son nouvel état.

On le voit dans ces deux cas, le bornage peut n’être visible que de l’intéressé ou bien se manifester ouvertement envers l’Église cathare. Il n’intervient que pour confirmer un état déjà acquis et n’est évalué que par l’intéressé. Pas de jugement, pas de sanction, pas de marque extérieure publique ; même l’Amélioration ne peut se faire qu’en comité restreint. De même, l’engagement pris est sans cesse remis en question et l’intéressé peut abandonner son cheminement s’il considère s’être trompé. Là encore, il est seul juge de son état réel.

Le croyant manifeste son état dans sa pratique intime et dans sa volonté de participer à la mise en place des conditions qui lui permettront d’assurer son salut, à savoir disposer en temps voulus d’une maison cathare où faire son noviciat et recevoir sa Consolation. En attendant d’en arriver là, surtout si des contraintes mondaines l’empêchent de se libérer, il va approfondir son cheminement par l’étude, par les pratiques spirituelles et par une adaptation de sa vie mondaine, afin de la rendre la plus compatible possible avec la règle de justice et de vérité. La préparation spirituelle peut se faire aider par un accompagnement dans l’étude des textes et dans les pratiques spirituelles. Aujourd’hui, plutôt que des participations à des prêches réguliers, qui n’est pas forcément facile étant donné l’éloignement entre les membres de l’Église, il peut entamer une préparation au noviciat.

Au cours de cette période de préparation, non seulement le croyant va améliorer ses capacités spirituelles et pratiques, mais il va également travailler aux conditions de règlement des contraintes qui le retiennent encore dans ce monde. Cela passe par des échanges avec les personnes qui lui sont attachées pour expliquer ses choix et son désir d’avancement. Cela permettra de voir si les autres sont encore dans une dépendance envers lui qui l’empêche de partir ou si ces personnes sont plus dans une démarche visant à le bloquer dans ses choix. Dans cette dernière hypothèse il est clair que ses engagements ne seront plus de même nature. De même, s’il a des enfants, il convient de voir selon leurs capacités à appréhender la situation, si des aménagements sont possibles (déménagement à proximité d’une maison cathare, séparation de corps avec le conjoint avec maintien d’un lien quotidien avec les enfants, etc.). En effet, la plasticité du catharisme permet bien des aménagements propres à favoriser l’entrée en noviciat sans nuire à l’entourage. Le choix d’entrée en noviciat va constituer un nouveau bornage dont le croyant seul peut définir le moment opportun.

Une fois entré en noviciat, le croyant va cheminer plus profondément dans sa foi au moyen de temps de pratiques et de spiritualités plus nombreux, même si des obligations mondaines demeurent. Plusieurs étapes viendront ponctuer son avancement au sein de la maison cathare et lui permettront de choisir une finalité strictement personnelle ou un parcours plus approfondi en vue de devenir prédicateur. Il va sans dire que de nos jours, les freins à l’accès à des fonctions de responsabilités que connaissaient les femmes cathares médiévales, n’ont plus aucune justification.

Ainsi, au terme d’une évaluation personnelle et d’un approfondissement de son état spirituel, il sera en mesure de ressentir le lien avec le Saint-Esprit consolateur qui lui confirmera la nouvelle étape atteinte. Dès lors, il pourra en parler avec les membres de la maison cathare afin de définir la date de sa Consolation. Ce bornage, considéré à tort par beaucoup comme une fin, lui ouvrira la porte d’un nouveau cheminement qui sera lui aussi ponctué de bornages, visibles ou non, qui le mèneront à terme à sa bonne fin.

Conclusion

On le voit mieux maintenant, le catharisme est lui aussi ponctués de moments-clés, mais ils prennent des formes particulières qui lui sont propres.

D’abord ils ne sont pas forcément formalisés de façon mondaine. Ils sont toujours à l’initiative de la personne concernée qui est la mieux placée pour évaluer son état. Elle peut s’appuyer sur l’avis de personnes plus avancées qu’elle, ce qui ne constitue pas un jugement. Quand une cérémonie ponctue ce bornage, elle peut survenir à distance du moment où le changement s’est opéré. Enfin, les bornages cathares sont systématiquement vécus a posteriori de ce qui les justifie, car le catharisme ne préjuge jamais d’un avenir qui n’est pas écrit dans ce monde.

Guilhem de Carcassonne – 23/11/2021

Rituels et sacrement

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Rituels et sacrement

Le catharisme est un christianisme qui a réduit les activités rituelles au strict minimum en se basant sur ce que les Écritures nous disent de la pratique de christ.

À l’exception notable du Baiser de paix (caretas), tous les rituels nécessitent la présence d’un chrétien consolé. Ils sont normalement réalisés par le consolé le plus ancien présent au moment donné : ancien, diacre, Fils et bien entendu évêque.

Certains relèvent de la vie évangélique de la communauté vivant dans la maison cathare et les autres sont destinés à marquer l’appartenance à la communauté ecclésiale qui réunit les croyants vivants dans le monde et les communautés évangéliques.

Les rituels concernant les croyants

Certains rituels incluent les croyants, seuls ou associés à des consolés. D’autres sont réservés aux consolés, accompagnés ou non des novices. Parmi ces derniers certains acceptent des croyants, voire des sympathisants comme témoins muets.

Le Baiser de paix[1]

C’est le seul rituel qui ne nécessite pas la présence et la participation d’un consolé. Les croyants peuvent donc le pratiquer ensemble à l’occasion d’un temps de concentration spirituelle. Par exemple, si des croyants prient ensemble avec le Père saint, ils peuvent conclure ce temps par un Baiser de paix.

Ce rituel permet aux membres de la communauté de manifester ostensiblement, les uns envers les autres, leur appartenance et leur cohésion.

La pratique en est simple et rappelle ce qui se passe dans les communautés judéo-chrétiennes.

D’abord, le rituel ne peut s’effectuer qu’entre membres de même sexe. Il se compose de trois accolades alternées sur chaque épaule et se termine par un baiser, à bouche fermée, effectué en inclinant la tête de façon à ce que les lèvres de rejoignent de façon perpendiculaire. Il se conclue par un baiser donné au Nouveau Testament que chaque groupe fait circuler.

En présence d’un consolé, les membres de même sexe que lui (ou elle) le pratiquant prononce à chaque accolade : « Bénissez-moi. » et après le baiser, il dit : « Priez Dieu pour nous. », ce à quoi le consolé répond : « Que Dieu en soit prié. ».

L’Amélioration[2]

C’est sans doute le rituel le plus important au sein de la communauté ecclésiale. Il manifeste l’appartenance à la communauté et l’obéissance du croyant ou des consolés envers le Saint-Esprit paraclet représenté par l’ancien de la communauté évangélique.

C’est un rituel intime qu’on ne pratique pas en public, mais uniquement si l’assistance est composée de consolés et de croyants.

Il se décompose en deux temps :

La révérence

Le croyant ou le consolé qui pratique se met face au consolé qui officie. Il joint ses mains à plat, pouces collés si possible contre sa poitrine. Il incline la tête et le buste pour manifester. Aucun mot n’est prononcé de part et d’autre.

La prosternation

Sans pause, le pratiquant se met à genoux et adresse sa demande à l’officiant : « Bon-chrétien (ou Bonne Dame), la bénédiction de Dieu et la vôtre. »

L’officiant étend sa main au-dessus de la tête du pratiquant et répond : « La bénédiction de Dieu et la nôtre. »

Le pratiquant met alors ses mains à plat sur le sol et se prosterne en les touchant du front. Puis il revient à la position antérieure et renouvelle sa demande. L’officiant lui répond de même. La troisième fois, le pratiquant dit : « Priez pour nous pécheurs, afin qu’il fasse de nous de bons chrétiens et nous conduise à bonne fin. », ce à quoi le consolé répond : « Que Dieu vous bénisse et veuille faire de vous de bons chrétiens pour vous conduire à bonne fin. ».

Le pratiquant se relève et le rituel se termine par le Baiser de paix.

La Tradition du pain de la sainte Oraison

Lorsque des consolés et des croyants se trouvent ensemble à table, le plus ancien des consolés (ancien, diacre, Fils, évêque) va reproduire la gestuelle, attribuée à Jésus, de partage du pain de la Cène sans que cela ait la prétention de signifier quoi que ce soit de comparable avec l’eucharistie judéo-chrétienne. Il s’agit juste de commémorer des agapes.

Au début du repas, le consolé place sur son épaule (inverse de sa main dominante) une serviette blanche et y pose du pain en le maintenant, à travers la serviette, avec l’autre main.

Puis, il prononce quelques mots, pendant une durée estimée à celle nécessaire pour dire deux Notre Père. Que dit-il ? Personne ne l’a rapporté de façon claire, mais on peut considérer qu’il y avait sans doute un Pater, et que les quelques mots dit à voix basse, servaient au consolé à confirmer que cette réunion se faisait pour manifester la présence de l’ecclésia.

Ensuite, il découpe le pain en autant de parts que de convives. Il les distribue en respectant l’ordre d’ancienneté dans la croyance. Enfin, chacun mange son pain sans rien n’en laisser perdre.

Aujourd’hui cela peut s’envisager avec des tranches de pain déjà découpées pour simplifier les choses.

Les deux prières des croyants

Si je vous parle de cela c’est que les consolés ont des rituels de prières qui leur sont réservés. Les croyants n’en ont pas, mais ils disposent de prières qui leur sont autorisées, contrairement au Pater.

Le Père saint

« Père saint, Dieu légitime des bons esprits.
Toi qui n’as jamais trompé, ni menti, ni erré, ni hésité ;
Par peur à venir trouver la mort dans le monde du Dieu étranger,
Puisque nous ne sommes pas du monde et que le monde n’est pas de nous,
Donne-nous connaître ce que tu connais et d’aimer ce que tu aimes. Amen.
 »

Ce texte est suivi d’un anathème, tiré de l’Évangile selon Matthieu, écrit en réaction à l’éviction des juifs chrétiens des synagogues par les juifs (pharisiens et sadducéens) qui leur faisaient porter la responsabilité de la chute du Temple de Jérusalem en 70.

Bénédicité

Pour les instants à risque, un texte plus court est proposé à la demande des croyants :

« Bénédicité, seigneur Dieu, père des bons esprits, aide-nous dans tout ce que nous voudrons faire. »

Les rituels concernant les consolés

En plus des rituels ci-dessus, les consolés ont des rituels qui leur sont spécifiques et dont certains se pratiquent à l’abri des maisons cathares, c’est-à-dire sans que les croyants y assistent.

Le rituel des Heures

Ce rituel s’inscrit dans la vie quotidienne des consolés et, dans une moindre mesure, des novices.

Il s’agit de pratiquer un rituel simple ou double à certaines heures de la journée et de la nuit. Le rituel double enchaîne deux rituels simples.

Ils sont répartis comme suit :

  • Matines : rituel double exécuté dans l’heure qui précède le lever du jour ;
  • Laudes : rituel double exécuté dans la première heure du jour ;
  • Prime : rituel simple exécuté à la suite du précédent ;
  • Tierce : rituel simple de la troisième heure du jour ;
  • Sexte : rituel simple de la sixième heure du jour ;
  • Vêpres : rituel double exécuté à la douzième heure du jour ;
  • Complies : rituel double exécuté avant le coucher.

Le rituel se compose d’une série d’éléments récités et d’éléments gestuels. Dans l’ordre :

  • Benedicite : « Bénissez-nous, épargnez-nous. Quel Père, le Christ et le Saint-Esprit nous remettent et nous épargnent tous nos manquements.»
  • Adoremus : pratique appelée veniae (pl. venias) visant à se prosterner à trois reprises, mains à plat sur le sol et tête appuyée sur les mains, précédée du récitatif suivant : « Prions devant le Père, le Christ et le Saint-Esprit ; cela est digne et juste. » ;
  • Pater : 13 sont dits en commun et un est dit par l’ancien qui dirige le rituel ;
  • Adoremus : 3 venias identiques aux précédentes ;
  • Pater : 1 dit en commun et 3 dits par l’ancien ;
  • Adoremus : 1 veniae identique aux précédentes ;
  • Gracia : « Que la grâce du Christ, notre sauveur, soit toujours avec nous.»
  • Benedicite : identique au premier.

Le rituel est obligatoirement suivi d’une période de réflexion et d’étude de même durée.

Les novices, qui ne peuvent dire le Pater peuvent participer aux rituels simples et prononcer les phrases relatives aux autres parties du rituel. S’ils n’ont pas encore été admis à la pratique de la sainte oraison dominicale, ils ne peuvent assister aux rituels doubles, mais peuvent profiter de la période d’étude qui les suit.

Le Pater des cathares d’aujourd’hui

Après avoir étudié plusieurs versions du Pater anciens et modernes et en avoir fait l’exégèse, j’en suis arrivé à proposer une version moderne qui permette de mettre en avant les éléments importants de la doctrine cathare tout en conservant la forme initiale :

Père tout-puissant, principe des esprits-saints,
Ta volonté agit sur tout le Bien.
Ton Saint-Esprit nous guide comme il te plaît,
Pour que ta grâce puisse nous être accordée.
Donne-nous chaque jour, la nourriture
Que ta Parole et ton Amour procurent.
Remets-nous nos fautes et nos manquements,
Comme pour nos frères nous en faisons autant.
Et soutiens-nous dans les difficultés,
Afin de nous délivrer du Mauvais.
Amen.

Le rituel des Jours

Les consolés et les novices pratiquent des jeûnes rituels qui sont organisés de la façon suivante :

  • Jeûne strict comportant 100 g de pain et des boissons claires, froides ou chaudes à volonté. Il se pratique le lundi, mercredi et vendredi tout au long de l’année. Il se pratique également le mardi et le jeudi de la première et de la dernière semaine de carême, ainsi que le samedi et le dimanche de la première semaine de carême.
  • Jeûne simple qui demande une restriction alimentaire portant sur les corps gras et sur les produits alimentaires de type récréatifs (gâteaux, confiserie, desserts sucrés, etc.). Il se pratique le mardi, jeudi et samedi de la deuxième à la cinquième semaine de carême inclus et le samedi et le dimanche de la sixième.

Des Jours peuvent être pratiqués en sus de ceux indiqués en contrition d’un manquement que la communauté aura avoué lors du rituel du Service.

Le Service[3]

Les consolés considèrent que le vrai péché est celui que l’on commet en dérivant du chemin qui mène au Bien.
Donc, seuls ceux qui ont connaissance du Bien, les consolés, peuvent vraiment pécher.
Cela imposait logiquement de manifester ouvertement sa contrition pour tous les péchés commis : volontaires, conscients, involontaires et inconscients.
Pour cela, une cérémonie rituelle était organisée chaque mois, en présence des croyants, aux cours de laquelle le diacre dont dépendait la maison cathare concernée, venait recevoir ce Service de la part des anciens des maisons cathares concernées.

Le texte de ce Service met en avant la conscience des consolés de n’avoir pas pu observer leur règle de façon stricte et efficace, en raison des fautes que leur nature mondaine provoque. À l’issue de cette contrition commune et publique, l’ancien annonce la mesure d’ascèse que sa communauté évangélique a décidé d’observer de façon à approfondir la bonne pratique de sa maison cathare. Le diacre écoute, mais ne se prononce pas, car le consolé a toute latitude pour évaluer son respect de la règle et définir ce qu’il doit faire pour rattraper le droit fil de son cheminement. Cette cérémonie était éventuellement l’occasion d’une confession privée d’un consolé au diacre, quand son ancien considérait que cela dépassait le cadre du Service commun. Là encore, le diacre, après avoir écouté la confession, demandait au consolé de définir la ou les mesures que ce dernier pense nécessaires à s’appliquer. Il pouvait, si besoin, modérer ou aggraver ces mesures, s’il pensait que le consolé n’avait pas su tirer les bonnes conclusions de son manquement ou de sa faute.

La cérémonie est codifiée et nous en avons une présentation détaillée dans le rituel cathare du Nouveau Testament occitan de Lyon.

Concernant les novices

Les novices en formation en vue de devenir des consolés avaient deux étapes fondamentales à passer.

On note que ces cérémonies comportent un temps d’admonestation de l’officiant envers le bénéficiaire qui vise à lui faire prendre pleinement conscient de l’importance de l’étape qu’il s’apprête à franchir.

Rituel de la sainte Oraison dominicale

Quand le novice avait atteint un niveau d’avancement dans sa formation qu’il considérait comme suffisant, sous réserve que les consolés l’ayant suivi soient d’accord avec lui, il pouvait demander à bénéficier de l’autorisation de participer pleinement aux rituels des Heures.
Cela revenait à l’autoriser à dire le Pater et à participer, comme les consolés, à l’ensemble des Heures, simples et doubles.

En général, ce rituel intervenait à la fin de la première année complète de noviciat, incluant trois carêmes. Dans la plupart des cas, les sources nous disent que ce rituel était associé au sacrement de la Consolation.
En effet, les novices qui n’étaient pas destinés à des missions de prédication, avaient reçu au cours de cette année de noviciat, les bases suffisantes pour mener une vie de consolé en maison cathare.
Par contre, les novices destinés à une mission de prédication pouvaient, soit ne pas être consolés immédiatement, soit l’être, mais ils continuaient leur formation en compagnonnage avec différents prédicateurs qui leur montraient ainsi les différentes pratiques apostoliques et complétaient leur connaissance des textes et des pratiques rhétoriques nécessaires à la bonne diffusion des prêches cathares. Une fois cette formation supplémentaire terminée, qui pouvait durer plusieurs années, ils étaient consolés et devenaient donc des prédicateurs associés à un plus ancien. S’ils avaient été consolés comme les autres, à la suite du rituel de la sainte Oraison dominicale, ils étaient re-consolés une nouvelle fois.

La cérémonie est codifiée et nous en avons une présentation détaillée dans le rituel cathare du Nouveau Testament occitan de Lyon.

Sacrement de la Consolation

C’est le seul et unique sacrement du christianisme cathare, car c’est le seul sacrement dont les textes nous disent qu’il aurait été pratiqué par le christ.

Il s’agit d’un baptême d’esprit, réalisé par imposition des mains. Il est réservé à des personnes ayant été formées dans le cadre d’un noviciat cathare et estimées prêtes à le recevoir. Il faut noter que ce sacrement n’est pas imposé par les formateurs du novice, mais que c’est ce dernier qui ressent en son for intérieur qu’il est temps pour lui de franchir cette étape dans son cheminement. Ce ressenti est en fait la vraie Consolation spirituelle par laquelle le Saint-Esprit consolateur baptise le novice. La cérémonie qui suit n’est qu’une reconnaissance ecclésiale de l’état de baptisé de l’ancien novice. Bien entendu, il peut y avoir confusion de la part du novice ; c’est pour cela que l’avis des consolés de la communauté où vit le novice est nécessaire à la mise en place de la cérémonie.

La cérémonie est codifiée et nous en avons une présentation détaillée dans le rituel cathare du Nouveau Testament occitan de Lyon.

La Consolation[4] n’est pas un rituel figé, comme l’est par exemple le baptême chez les catholiques. Elle était donc renouvelée à l’occasion d’étapes importantes de la vie d’un consolé, comme lors de l’attribution de charges importantes (diaconat, désignation comme Fils ou évêque). Elle pouvait aussi être renouvelée quand le consolé avait perdu son état, à l’occasion d’un départ volontaire de la communauté ou lors d’une faute ayant entraîné la perte de l’état de chrétien.
Au cours de la cérémonie, le novice se voit remis ses péchés antérieurs et choisi un prénom qui le désignera désormais au sein de la communauté, associé au nom de la commune où il s’est éveillé au catharisme.

La Consolation au mourant

Il était admis que les croyants, n’ayant pas eu la possibilité de se former lors d’un noviciat, s’ils se retrouvaient au seuil de la mort, pouvaient recevoir une Consolation in extremis. Cela rappelait que les cathares ne s’arrogeaient pas le droit de décider qui serait sauvé ou pas. Ils laissaient cela à l’appréciation du Saint-Esprit paraclet et de Dieu.
Cette Consolation n’était donc pas une garantie de salut, mais elle mettait le croyant dans les meilleures dispositions nécessaire à sa survenue. Si le croyant ne mourait pas, il devait, soit renoncer à son vœu d’être consolé, soit entrer en maison cathare pour suivre un noviciat suivi d’une nouvelle et complète Consolation. La cérémonie est codifiée et nous en avons une présentation détaillée dans le rituel cathare du Nouveau Testament occitan de Lyon.

La Convention

Les contraintes imposées par la croisade et l’Inquisition, qui rendaient plus difficile le recours à un consolé pour administrer la Consolation à un mourant, conduisit l’Église cathare à mettre en place un système de dédoublement de ce sacrement, une partie étant réalisée à distance de l’échéance et l’autre l’étant à son chevet, même s’il n’était pas conscient.
Il faut comprendre que la Consolation n’est possible que si le bénéficiaire est capable de répondre en pleine conscience aux demandes et interrogations de l’officiant.
Donc, quand la venue rapide d’un officiant s’est avérée plus aléatoire, l’idée de diviser la cérémonie en deux temps, un premier où le croyant indique clairement sa volonté pleine et entière d’être reçu, le moment venu dans la communauté évangélique comme baptisé, le second où l’officiant valide et finalise la Consolation sur un croyant incapable de lui répondre consciemment. Cependant, cela ne peut être considéré à l’instar des derniers sacrements catholiques, puisque le croyant, quoique inconscient, doit être vivant.

De nos jours, ce système peut être remis en place tant que l’Église sera faible en membres et dispersée sur le territoire.

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24/03/2021


[1] Appelé caretas dans les documents qui en parlent.

[2] Appelé melhoramentum, melhorament ou meliorer

[3] Il est appelé Apparelhment dans les textes.

[4] Elle est appelée Consolament dans les textes.

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