1-Découverte du catharisme

Être chrétien

1-4-Doctrine & Pratique
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Être chrétien

Il y a des moments où il est bon de revenir aux fondamentaux. L’histoire médiévale nous montre que des chrétiens sont entrés en guerre contre une religion chrétienne et qu’ils ont fini par en tuer les membres qui refusaient d’apostasier leur propre christianisme. Au nom de quoi un chrétien peut-il agir ainsi ?
C’est là qu’il faut revenir aux fondamentaux afin de voir si quoi que ce soit peut justifier une telle attitude.Read more

Les niveaux d’avancement dans le catharisme

1-0 - Comprendre le catharisme
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Les niveaux d’avancement dans le catharisme

Il existe au sein du catharisme deux sortes de personnes : celles qui sympathisent et s’intéressent mais qui ne partagent pas notre foi et ceux qui partagent notre foi.
Les premières sont appelées auditeurs ou sympathisants, car ils viennent écouter et posent des questions mais leurs rapports avec les membres de la communauté ecclésiale ne vont pas plus loin.
Les secondes sont les croyants qui ont reçu l’éveil et progressent dans leur foi, à leur rythme et selon leur volonté personnelle librement exprimée.
Quand un curieux le souhaite, il reçoit une première information générale sur ce qu’est le christianisme cathare, ses particularités, ses différences avec d’autres christianismes, etc. S’il manifeste son adhésion intellectuelle à la doctrine chrétienne cathare, il est admis dans la collégialité et devient un sympathisant (auditeur). Ce stade ne s’accompagne d’aucune mesure rituelle puisque le sympathisant n’est pas membre de l’ecclésia.

Du sympathisant au croyant

Si le sympathisant, après un temps qui est généralement assez long, et peut même atteindre plusieurs années, progresse dans son adhésion aux éléments doctrinaux du catharisme au point de les faire siens, il commence un parcours qui dépasse le stade intellectuel de l’adhésion pour entrer dans celui spirituel que beaucoup considèrent comme le fait de devenir un croyant.
De mon point de vue, ce stade est intermédiaire entre le sympathisant et le croyant. En effet, spirituellement l’individu se sent concerné par la foi cathare, mais il lui reste encore une empreinte de son passé athée ou croyant d’une autre religion. Ce passé l’empêche encore de lâcher prise et de se laisser aller dans la foi cathare.
Quand cela arrive, il va changer de paradigme. Le catharisme ne lui apparaît plus comme une hypothèse séduisante, cohérente, voire logique. Non, à ce niveau la voie cathare devient une évidence et tout autre cheminement s’avère inadapté pour celui qui est devenu un croyant. Non pas qu’il dénigre aux cheminements des autres la possibilité de les mener à bonne fin, mais pour lui rien ne peut convenir que de suivre les Bons-Chrétiens dans la voie qu’ils ont tracée. Il a passé la porte de la foi cathare. Quand on passe une porte on perd la vision de ce qu’il y avait avant et on découvre un nouvel espace. Et si, comme cela s’est produit quelques fois dans le passé, on revient en arrière, on n’est plus vraiment le même et on a besoin d’agir vigoureusement pour tenter d’effacer ce souvenir. Il n’est pas étonnant que certains cathares ayant abjuré leur foi se soient retrouvés être des collaborateurs zélés de l’Inquisition.
Pour en revenir au croyant, le passage de la porte est pour lui une révélation qui peut être vécue de façon positive ou non. En effet, et cela s’observe à chaque moment de l’évolution dans la foi cathare, le passage d’une porte revêt un côté définitif qui peut occasionner une souffrance psychologique, car le détachement aussi avancé soit-il est contrecarré par notre mondanité que cherche à nous faire revenir en arrière. Un doute peut alors se manifester, mais comme nous savons que cet avancement est sans retour, une légère inquiétude peut l’accompagner. C’est d’ailleurs utile de savoir cela, car bien des sympathisants sont au contraire dans l’euphorie quand ils pensent être devenus croyants. Souvent c’est parce qu’ils n’ont pas encore vraiment franchi ce cap. Ils sont dans cet entre-deux que je viens d’expliquer et leur euphorie est due à leur mondanité qui tente de les leurrer pour éviter qu’ils continuent d’avancer.

Du croyant au Consolé

Un point essentiel pour reconnaître le croyant est qu’il cesse d’être passif. En effet, quand on intègre totalement la foi cathare, on sait qu’il n’y a qu’une voie possible pour atteindre le salut : obtenir l’aide de Bons-Chrétiens pour être en position de recevoir la grâce qui nous ouvrira la dernière porte, celle du salut !
Par conséquent, le croyant veut absolument participer, à la hauteur de ses compétences, au renouveau d’une structure ecclésiale cathare qui permettra de former et donc, de disposer de Bons-Chrétiens qui guideront les croyants dans leur cheminement. Et cela, même si le croyant, en raison de son implication mondaine antérieure, doute de pouvoir devenir novice un jour.
Outre son engagement personnel dans la résurgence cathare, le croyant va participer activement à la vie de l’Église cathare. Face à d’autres croyants avérés de même sexe, il pourra pratiquer le caretas (baiser de paix) et, face à un Consolé, il pratiquera en sus l’Amélioration (Melhorament) qui est une adresse faite au Saint-Esprit consolateur à travers la personne d’un Bon-Chrétien. Le croyant va alors faire le choix logique de progresser dans sa foi à titre personnel en intégrant progressivement les éléments de la règle de justice et de vérité dans sa vie quotidienne. Il est aussi un intermédiaire entre la population non croyante et celle des novices et Bons-Chrétiens pour permettre aux premiers, s’ils le souhaitent, de s’informer. Il ne s’agit en aucun cas de prosélytisme puisqu’à aucun moment, ni croyants, ni Bons-Chrétiens ne veulent et ne peuvent chercher à attirer dans leur foi ceux qui n’en ressentent pas l’appel personnel.
Un des éléments premier dans la relation entre le croyant et les autres membres de l’Église, à laquelle il vient d’adhérer, est celui de l’Amour ou Bienveillance qui l’amène à ne pas développer de conflit au sein de la communauté ecclésiale, et si possible, en dehors non plus.
Quand le croyant a atteint ce premier objectif, il continue sa progression dans la Bienveillance en soutenant ceux qui en ont besoin, en tous lieux et tous temps où cela lui est possible, et bien entendu auprès de son Église et des communautés évangéliques existantes. Cette entraide peut prendre toutes les formes et intensités dont il est capable sans que cela puisse être considéré comme une contrainte. Ce niveau d’avancement dans le giron de l’Église l’amène à accéder à une pratique rituelle des communautés évangéliques, la bénédiction du pain. Cette pratique peut être réalisée en dehors des communautés évangéliques par un Bon-Chrétien entouré de croyants ayant atteint ce niveau. Ils peuvent également assister tous les mois au rituel du service (Apparelhment), au cours duquel l’ancien de la maison cathare fait une pénitence collective devant le diacre.

À ce stade, sa foi sera suffisamment affermie pour qu’il puisse demander à l’Église de l’autoriser à préparer sa bonne fin. S’il ne peut entrer en noviciat, il va préparer sa fin de vie de façon à ce qu’un Bon-Chrétien puisse l’assister dans sa Consolation, y compris au seuil de la mort. Pour éviter tout retard qui serait préjudiciable à la réception de cette Consolation, il va passer un accord anticipé : une convention (convenenza) avec l’Église. Par cette convention, il effectuera une partie du sacrement de la Consolation, de façon à ce que le Bon-Chrétien, qui sert d’intermédiaire entre lui et le Saint-Esprit consolateur, puisse finaliser le sacrement même s’il ne peut plus lui répondre alors.
Si le croyant poursuit son avancement dans la foi de son vivant, notamment en faisant sienne la règle de justice et de vérité, c’est-à-dire quand approche le moment où il demandera à être accepté comme novice dans une communauté évangélique, il est reconnu comme tel et admis à assister à un rituel réservé normalement aux Bons-Chrétiens et aux novices : la tradition de l’oraison au cours de laquelle il écoutera les Consolés et les novices avancés réciter le Pater, élément central des  méditations chrétiennes cathares.

Il ne lui restera plus alors qu’un pas à franchir quand il s’y sentira prêt et que les membres de la communauté évangélique valideront son choix, devenir novice en vue d’être un jour revêtu à son tour.
Il rejoindra alors une communauté de vie évangélique cathare où il suivra intégralement le mode de vie de la communauté sous la responsabilité d’un Bon-Chrétien qui le guidera dans sa progression par des enseignements complémentaires de ceux donnés lors des méditations quotidiennes dispensées lors des Heures régulières. Après au moins un an, c’est-à-dire après avoir suivi l’intégralité des éléments de la vie communautaire évangélique cathare, il évaluera s’il lui pense être suffisamment avancé pour demander à recevoir la Consolation (Consolament). Si c’est le cas — et après avoir pris conseil et avis des autres Bons-Chrétiens — il sera admis à ce baptême d’esprit et continuera sa formation par un compagnonnage qui l’amènera à s’attacher successivement à des Bons-Chrétiens dévolus à cette tâche. Sinon, il pourra soit continuer son noviciat aussi longtemps que nécessaire (deux à trois ans était semble-t-il courant au Moyen Âge), soit demeurer en maison cathare pour y finir sa vie sans prendre de responsabilités apostolique, soit choisir de rejoindre la vie de croyant en attendant d’être prêt de nouveau pour refaire un noviciat.

Contrairement à d’autres formes de christianisme, le catharisme respecte les choix de ses membres, y compris les Bons-Chrétiens s’ils souhaitent quitter la vie communautaire évangélique. De la même façon il accepte de les voir revenir pour reprendre un noviciat.

Éric Delmas, 2 juillet 2019.

Le dévoiement du catharisme

1-5-Réflexion sur le catharisme
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Le dévoiement du catharisme

J’utilise régulièrement l’image de l’adolescence pour tenter de faire comprendre l’impossible dialogue entre les sympathisants cathares et les croyants cathares.
Comme l’adolescent, le sympathisant cathare pense, sincèrement et sans aucune malignité, posséder une bonne connaissance du sujet en raison de sa maîtrise intellectuelle et ne se rend absolument pas compte de ce que ses lacunes spirituelles le handicapent totalement pour atteindre cette maîtrise. L’adolescent pense lui aussi en savoir autant que les adultes sur la vie et s’insupporte de s’entendre dire qu’il doit encore progresser.
Comme l’adulte, le croyant cathare a atteint un niveau d’intégration de la spiritualité cathare qui lui permet de comprendre l’attitude de l’adolescent et qui le pousse à tenter de lui expliquer que son impatience ou ses initiatives sont dangereuses voire mortifère pour son avancement.

Si j’avance cette explication c’est pour exprimer ma profonde tristesse devant les initiatives malencontreuses, voire malheureuses, qui se mettent en place ces derniers temps à Montségur. En effet, faire coïncider un lieu et une date qui, dans l’inconscient collectif, sont attachés au catharisme avec des événements et des initiatives qui ne lui sont pas bénéfiques, participe à son dévoiement et à l’affaiblissement de son image publique.

Que pouvons-nous dire du 16 mars à Montségur ?

Contrairement à ce que beaucoup de personnes croient, le 16 mars 1244 à Montségur n’a pas été une grande date de l’histoire cathare. Au contraire !
Ce jour-là a marqué une date mémorable de l’histoire occitane et de l’histoire de la guerre menée par le pouvoir royal, associé au pouvoir catholique, contre une résistance militaire localisée en ce lieu. C’est une victoire, ou une défaite selon le camp où l’on se place, qui ne s’exprime que sur le plan militaire. Aucun historien n’a jamais prétendu que le catharisme s’était éteint ce jour-là, ni même qu’il avait définitivement disparu de la région.
Certes, le 16 mars fut l’occasion d’un massacre de personnes non combattantes en raison de leur volonté de vivre selon leurs convictions religieuses. Mais elles ne furent ni les premières ni les dernières à subir ce sort. Et même pour le catharisme, la longue et funèbre liste des massacres n’a pas attendu Montségur pour débuter et ne s’est pas arrêté après ce jour de cendres.

Mais l’homme mondain a besoin de jalons, de points de repères historiques pour fixer sa mémoire. Le sympathisant n’a pas d’autre chose à quoi se raccrocher, alors que le croyant est tout entier intégré dans sa foi qui le porte d’autant mieux qu’elle n’est justement attachée à rien de mondain. C’est cela qui conduit à des actions inappropriées et bien souvent délétères.
Depuis de nombreuses années, Montségur fut érigé en mémorial cathare par des personnes qui ressentaient ce besoin d’un ancrage territorial. L’érection de la stèle par l’association du Souvenir et des études cathares en 1960, sous l’impulsion de son président de l’époque M. Déodat Roché (je l’écris en français et non  en occitan), fut le point de départ d’un engouement légitime mais déplacé.
En effet, depuis, ce monument est devenu un point de ralliement de personnes dont les motivations dépassaient largement le cadre du catharisme, quand elles n’en faisaient pas qu’un simple prétexte. Tour à tour argument indépendantiste ou ésotériste, le catharisme y était malmené, comme je l’ai constaté régulièrement chaque fois que j’y suis allé. En réalité le seul point positif que l’on pouvait y trouver en rapport avec le catharisme, est celui de la Bienveillance qui amenaient certains sympathisants à s’y retrouver quand leur vie les tenait éloignés les uns des autres.

Voilà bien la seule action un peu « cathare » que j’ai jamais vu à Montségur au cours de mes quelques passages sur place. J’étais d’ailleurs fort réticent à m’y rendre initialement et je suis désormais convaincu de ne plus jamais y retourner.

Comment Montségur tend à devenir le centre de l’anti-catharisme

J’ai conscience de l’apparente violence de ce terme pour nombre de sympathisants et je leur présente mes excuses, car ces termes n’ont pas  vocation à les blesser, mais veulent éveiller les consciences encore aptes à l’être.

Comme toute initiative mondaine, le « pèlerinage » à Montségur s’éloigne, année après année, de son objectif initial. Cette année 2019, 775anniversaire de la tragique journée du 16 mars 1244, les choses semblent avoir pris un tour encore plus marqué.
Un groupe de chercheurs et de sympathisants, au demeurant très sympathiques comme il se doit, y organise une rencontre annuelle dont la thématique de cette année est dévolue à René Nelli. Ce chercheur et auteur à qui nous devons d’exceptionnels documents sur le catharisme et qui a même aidé à mieux faire connaître les écrits cathares est aussi connu pour ses appétences régionalistes et intellectuelles tournées vers l’art et la poésie. Le programme de cette journée sera d’ailleurs assez peu orienté vers le catharisme. Une telle thématique aurait eu mieux sa place du côté de Bouisse où il vécut ou de Carcassonne où il créa le Centre d’études cathares qui porta son nom jusqu’à sa faillite en 2011. L’association porteuse de ce projet avait mieux choisi ses thématiques les années précédentes et sa réunion d’automne à Cailhau montrait d’ailleurs que le lieu avait peu d’importance pour qui veut parler de catharisme. En effet, le catharisme n’est rattaché à aucun lieu mondain et ne dépend d’aucune date calendaire, comme sa résurgence moderne en est la preuve.
Par ailleurs j’ai reçu ces jours-ci une annonce, parue dans un journal, à propos d’une autre initiative dont l’origine m’est inconnue mais qui semble vouloir faire du catharisme un simple faire-valoir. Non seulement, ce 16 mars aucune manifestation relative au catharisme n’est prévue, mais c’est exactement le contraire, puisque nous sommes invités à aller écouter l’évêque de Pamiers, M. Eychenne, à l’église du village ! Si je n’ai rien à reprocher à ce prélat catholique, dont la repentance qu’il organisa voici peu s’avéra sympathique et louable, je trouve plutôt osé de lui confier l’animation d’une telle cérémonie en un tel lieu et à telle date. Ensuite, ce ne sont qu’agapes et divertissements qui sont organisés, comme si c’était tout ce qu’inspirait ce moment à l’organisateur dont j’aimerais bien connaître l’identité.

J’en arrive à me dire qu’il ne manque plus que d’organiser un méchoui dans le pré situé en bas du château pour atteindre le summum de l’imbécillité !

Vous comprenez mieux j’espère pourquoi je trouve que, finalement, loin de représenter ce que fut et ce qu’est le catharisme, le rendez-vous du 16 mars devient de plus en plus l’occasion de le piétiner et le moyen d’effacer sa mémoire.

Comment rendre hommage aux cathares et soutenir le catharisme ?

Notre siècle n’est pas plus favorable au catharisme que ne l’était le Moyen Âge. Si l’envie de spiritualité reprend du poil de la bête, c’est plus vers des courants qui favorisent la mondanité, le confort et le soutien psychologique que s’orientent nos contemporains, partisans du moindre effort et réfractaires à toute diminution de leur statut mondain.
Or, le catharisme est exactement l’inverse de cela. Il nous appelle à agir comme le fils prodigue ayant compris son erreur, au lieu de faire comme lui au moment où il la commet.

Alors, si vous avez besoin de jalons et de moyens de rendre hommage au catharisme, faites-le en l’étudiant sérieusement, au prix d’efforts de recherche et d’études, car c’est le seul moyen de l’appréhender correctement, contrairement à ce que peuvent proposer certains médias d’accès facile qui, dans le meilleurs des cas, se contentent de se copier les uns les autres et ressassent les mêmes erreurs, faute d’avoir pris la peine de suivre les évolutions de la recherche et de les avoir intégrées intellectuellement.

Soutenir le catharisme n’est pas nécessaire. Il n’en a pas besoin. Par contre veiller à ce que personne ne l’agresse ou ne le dévoie est utile. Il n’y a pas d’organisme qui fera des procès à ceux qui lui font du tort, et c’est normal, puisqu’il ne juge pas et qu’il n’est pas violent. C’est donc à vous les sympathisants d’assumer cette mission, si vous vous sentez réellement sympathisants. Laissez aux usurpateurs et aux ennemis du catharisme le triste honneur de le salir et de le dénigrer.

Éric Delmas, 14 mars 2019.

Définir le Catharisme d’aujourd’hui

1-0 - Comprendre le catharisme
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Définir le catharisme d’aujourd’hui

Qu’est-ce que le catharisme ?

Cette question peut en surprendre plus d’un, émanant d’une personne qui mène des recherches approfondies sur le sujet depuis douze ans et qui vit depuis deux ans et demi comme un novice cathare.
Pourtant elle n’est pas anodine.

En effet, si le catharisme médiéval nous est de mieux en mieux connu, si sa structuration était indubitablement celle d’une Église au sens commun du terme, si ses pratiquants — les Bons-Chrétiens — étaient organisés comme n’importe quelle confrérie religieuse et étaient considérés comme tels par leurs croyants, sans parler de leurs opposants catholiques de l’époque, peut-on extrapoler aujourd’hui cette organisation pour dire que les mêmes appellations et considérations s’appliquent encore à lui ?

Comme je vais essayer de l’étudier devant vous, nous allons voir que le catharisme aujourd’hui se reflète de façon extrêmement variée dans les yeux de ceux qui l’observent avec le filtre de la considération du phénomène religieux qui a cours au 21e siècle.

Quelques définitions

Impossible de raisonner conjointement sans poser d’abord les bases sémantiques qui s’imposent.

Le premier terme à bien définir est celui de religion. Une religion est une approche spirituelle qui réunit les individus qui la reconnaissent et la pratiquent. Ce terme tire son nom du latin religo, qui signifie attacher, lier et religio, qui signifie avoir du scrupule. Il s’agit donc d’une pratique scrupuleuse qui relie, attache, des gens qui la partagent. Il faut donc, pour qu’il y ait religion, que l’on puisse définir un lien entre ceux qui ont une pratique faisant état de la même observance scrupuleuse d’une spiritualité.

La spiritualité est donc à différencier de la religion. Là où la religion exige plusieurs personnes réunies, la spiritualité est individuelle. La spiritualité est une aspiration religieuse qui amène à considérer des éléments intellectuels et pratiques comme justifiés, voire nécessaires, à la manifestation de la foi ressentie.

La foi est, comme l’indique sa source latine fides, la confiance que l’on place en une conception intellectuelle relative à une entité transcendante que l’on place au-dessus de toute chose.
Quand cette foi, qui a donné lieu à une approche spirituelle, aboutit à rassembler des personnes au sein d’une religion, comment peut-on nommer ce rassemblement ?

On constate qu’il existe plusieurs termes pour cela. Est-ce pure conjecture ou bien y a-t-il moyen de déterminer un usage précis à chacun de ces termes ?

La communauté religieuse est un terme employé pour désigner des personnes attachées à la même religion quelle qu’en soit la position et la pratique. C’est un terme vague qui va donner lieu à des précisions.

La communauté spirituelle ou ecclésia est un ensemble regroupant des personnes qui partagent la même foi. Il s’agit essentiellement des croyants, mais le catharisme introduit une nuance dans ce terme. Alors que les autres religions se contentent de demander à un croyant d’affirmer sa foi, dans le catharisme le croyant a reçu l’éveil, c’est-à-dire qu’un événement spirituel s’est produit en lui — une révélation — qui l’a convaincu que cette foi était la seule possible pour lui. Donc, par extension, on admet généralement dans la communauté spirituelle des sympathisants avancés, qui ne partagent aucune autre foi, mais qui n’ont pas encore reçu l’éveil, même si l’on peut facilement imaginer qu’ils le recevront bientôt pour peu que leur engagement intellectuel et spirituel soit sincère.

La communauté évangélique se distingue par le fait que ses membres vivent de la manière évangélique que pratiquaient les cathares du Moyen Âge, c’est-à-dire regroupés en maison cathare.

Si le terme Église tire son nom du latin ecclésia que nous avons vu plus haut, il est doté de deux acceptions un peu différentes. Certes, il s’agit bien d’une communauté spirituelle pratiquant la même conception religieuse, mais il s’agit aussi d’un statut juridique et administratif particulier. Ne la confondons pas avec le bâtiment catholique qui sert de lieu de culte : l’église.

L’Église à notre époque

La France a une particularité unique à la date d’aujourd’hui, d’avoir organisé en son sein la séparation de l’Église et de l’État, créant de ce fait une notion particulière que l’on appelle la laïcité. Cette séparation s’est faite dans la violence et a provoqué un profond clivage au sein de la population qui se manifeste encore de nos jours par des positions extrémistes des deux bords. En effet, selon les périodes, certains religieux tentent d’imposer leurs vues afin d’infléchir la conception de laïcité à leur avantage et à d’autres, ce sont les athées qui font de même.
Les modérés, désireux de voir respectés les choix des uns et des autres sont souvent pris en otages dans ces luttes. J’ai déjà étudié la laïcité dans deux autres textes, aussi je n’y reviendrai pas ici.

Dans le cadre de la loi de séparation de l’Église et de l’État, dite loi de 1905, est proposé un statut spécifique pour les associations dont l’objectif est une pratique religieuse exclusive. Contrairement aux associations déclarées, qui relève de la loi de 1901, l’association cultuelle a, comme son nom l’indique, comme seul objet d’organiser des cultes. Cependant, la loi prévoit que ce qui s’avère nécessaire à l’organisation des cultes soit prévu et couvert par cette loi, c’est-à-dire la prise en charge des officiants (ministres du culte), de leur formation et des locaux les accueillant et de ceux où se déroulent les cultes. Dans ce cadre très restrictif, la loi accorde des avantages non négligeables à ces associations, comme le droit de recevoir des dons notariés et des legs et l’exonération de taxe foncière pour les bâtiments cités ci-dessus. En contrepartie, ces associations sont soumises à des obligations. Prouver qu’elles sont représentatives de la communauté sociale où elles exercent et faire preuve d’une totale transparence financière. La représentativité minimale est imposé par un quota de membres déclarés et nommément désignés en fonction du nombre d’habitants de la zone géographique considérée. La transparence financière exige de faire vérifier et de publier les comptes.

Mais quand on parle d’Église de façon plus générale, c’est la structure de la communauté ecclésiale qui est désignée, avec comme référence celle du culte catholique. Or, cette institution a pris, au cours des siècles, des positions religieuses et politiques qui ont fortement altéré son image chez beaucoup. De ce fait, ce terme tend à provoquer un rejet quasi systématique, mais il faut surmonter cela car il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier. En effet, si vous perdez un proche dans un accident de voiture, vous ne considérerez pas systématiquement la voiture comme un instrument mortifère. Par contre, vous serez plus prudent quant à son usage et à ceux à qui vous vous confiez quand ils vous proposeront de vous emmener.

Que dire du catharisme aujourd’hui ?

Bien des gens se sont intéressés au catharisme au cours des siècles et s’y intéressent encore aujourd’hui sans pour autant avoir la même vision de ce qu’il est.
Ainsi certains n’y voient qu’un corps mort que l’on dissèque à l’envi, mais dont la forme d’apparition médiévale ne saurait laisser imaginer une quelconque résurgence moderne. Et encore je ne parle pas ici de ceux qui essaient de prétendre à sa non-existence !
Il en est qui n’y voient qu’une sorte de philosophie non violente, n’en retenant que les principes spirituels sans tenir compte de la pratique rituelle et sacramentelle.
D’autres considèrent que cette religion n’est plus adaptée aux hommes de notre époque et que l’on doit s’en tenir à une pratique spirituelle intellectuelle et individuelle.
En fait, bien peu nombreux sont ceux qui pensent que le catharisme a toujours sa place dans notre société ; mais il y en a !

Les historiens qui s’abstiennent volontairement et vigoureusement de chercher à comprendre les racines et l’origine du catharisme, ne peuvent d’évidence l’imaginer se remettre en ordre de marche aujourd’hui. Comme le chimpanzé voyant son reflet dans un miroir va considérer qu’il est en face d’un congénère, faute d’avoir la maturité intellectuelle suffisante pour comprendre ce qu’il voit, ils sont partiellement aveuglés par les limites qu’ils s’imposent au nom d’une prétendue objectivité qui n’existe que dans leur conception autocentrée de leur exercice professionnel.

Nombreux sont ceux qui ne retiennent du catharisme que quelques principes à intégrer, éventuellement, dans une morale personnelle ou à utiliser comme étendard d’un monde plus tolérant et respectueux de tous. Je comprends cela, mais je ne peux m’empêcher de leur rappeler que cette vision minimaliste est à des années-lumière du catharisme médiéval. De là à penser que cette approche signe une profonde méconnaissance du catharisme, il n’y a qu’un pas que je franchis aisément.

La troisième catégorie fait florès. De grands noms en ont fait partie, comme Déodat Roche ou Yves Maris par exemple. Est-ce pour autant le signe que cette approche est la bonne ? Je ne le crois pas.

En effet, si les cathares avaient raison — et c’est le point de vue de ceux qui partagent leur foi —, comment imaginer que leur religion serait adaptée à une forme d’incarnation des esprits saints prisonniers et ne serait pas à une autre ? Soit le catharisme s’adresse à notre être profond, soit il n’a pas de raison d’être. Méconnaître la portée universelle que la doctrine cathare apporte à cette part d’éternité souffrante que nous représentons aujourd’hui, comme l’étaient celles et ceux qui l’ont porté au Moyen Âge, serait incohérent. Ou bien le catharisme est valable tant qu’il restera un esprit saint prisonnier ici-bas, ou bien il ne s’est jamais justifié. Personnellement, je mets cette conception d’une approche purement intellectuelle sur le compte d’un manque d’approfondissement global. À force de regarder le catharisme avec une loupe, on peut en venir à perdre de vue ce qu’il est globalement et profondément.

Et c’est pourquoi j’appartiens résolument à la dernière catégorie ; celle qui pense que le catharisme n’est ni archaïque ni désuet à notre époque. En effet, comparé à l’époque médiévale, peut-on dire que notre siècle n’a plus besoin de Bienveillance, d’égalité, de considération et de spiritualité ? Franchement, à part la sophistication mise dans les moyens de faire souffrir et de tuer l’autre, je ne vois aucune différence entre ces deux périodes.
Non seulement le catharisme nous apporte une compréhension claire et logique de notre monde en notre siècle, mais il nous propose également les moyens de l’analyser et ceux nécessaires pour nous positionner individuellement et collectivement par rapport à lui.

Donc, ne voir le catharisme que par des filtres qui en opacifieraient certains aspects, me semble être une erreur. Certes, le catharisme est une spiritualité qui nous éveille individuellement, mais pas que. Certes, il est aussi une pratique morale et sociale, mais pas que. Certes, il est aussi un moyen de rassembler des porteurs d’une foi identique, mais pas que. Il est tout cela et bien plus encore ; il est l’outil nécessaire pour emprunter et suivre le chemin enseigné par Christ et ainsi atteindre l’objectif de tout croyant : faire sa bonne fin !

Éric Delmas, 20 décembre 2018.

Pour une recherche complète des « sources » du Catharisme

1-1-Actualité du catharisme
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Pour une recherche complète des « sources » du Catharisme

Mesdames et Messieurs,

Au soir de cette première journée d’étude des sources du Catharisme, je ne peux taire ma frustration quand je vois tant de brillants chercheurs s’égarer comme vous le faites.
David Zbiral nous l’a dit le 25 au château comtal de Carcassonne, vous êtes des enquêteurs ! Mais dans quelle enquête, fut-elle policière ou médicale, verrait-on les policiers ou les médecins se passionner pour un document en méprisant d’aller à la recherche de l’origine des événements ayant conduit au crime ou de l’anamnèse de la pathologie ?
Aussi, je vous lance maintenant cet appel vibrant : Redevenez de vrais enquêteurs et remettez à plus tard ces querelles picrocholines qui semblent occuper tout votre temps aujourd’hui !

Le Catharisme est clairement identifié comme une religion chrétienne. Avant de le classer sans recherche dans les dissidences, interrogez-vous sur ce que vous avez omis d’aller chercher : ses sources !
En effet, nous savons que son frère aîné, le Bogomilisme, est cité pour la première fois par un prêtre, Cosmas qui, dans une lettre datée des environs de 967, dénonce un certain Bogomil et nous apprend également que cette hérésie a déjà mis en place cinq évêchés. Donc, le Bogomilisme est bien antérieur à cette date. Pourquoi ne pas aller en chercher la véritable origine ?
Vous pourriez vous posez une question que j’ai croisé dans mes propres recherches : Pourquoi au XIsiècle voit-on des Bogomiles partir en pèlerinage depuis la Bulgarie jusqu’à la ville de Téphrik située dans la partie orientale de l’actuelle Turquie, soit près de 1 000 km plus loin, quand on sait que cette ville fut le siège séculaire de l’hérésie des Pauliciens ?
Ces mêmes Pauliciens qui combattirent les armées de l’Empire romain d’Orient pendant plusieurs siècles et furent déportés en deux vagues dans la région frontalière de la Thrace, entre ce même Empire et la Bulgarie, où ils furent en contact avec les païens bulgares et slaves locaux qui formeront justement ces Bogomiles. Après leur défaite et la chute de Téphrik en 872, par la trahison d’un des leurs, Pouladès, ils seront également répartis dans les armées de l’Empire, tant leurs compétences guerrières étaient appréciées. On retrouvera notamment certains noms connus en Italie du Sud, auprès de Phocas l’ancien, général et grand-père de l’empereur.
Mais ces Pauliciens, adeptes de Paul de Tarse et non de Paul de Samosate ou de Manès, étaient eux-mêmes apparus aux alentours de Mannanalis, région proche de Mélitène et Téphrik, suite à la conversion d’un païen, Constantin, qui y rencontra un diacre récemment libéré de prison à Damas, aux alentours de 640. Comme vous le savez mieux que moi, Damas fut prise par le deuxième calife, Umar ibn al Khattab en 638 et il libéra sans doute les prisonniers, notamment pour motifs religieux qu’il laissa partir s’ils ne voulaient ni se convertir à l’Islam, ni adopter le nouveau statut qu’il venait de créer : la Dhimma.
Ce diacre remit à Constantin deux ouvrages : l’Évangile et l’Apôtre. Or, à cette époque le canon romain comportait certes les lettres de l’apôtre Paul, mais quatre évangiles et non un seul. Par contre Marcion de Sinope avait rédigé en 144 un Évangile (l’Évangélion) et un traité apostolique paulinien (l’Apostolikon). Ainsi évangélisé, ce Constantin prit le nom d’un des disciples de Paul, Silouanos.
On le voit, il semble bien y avoir des liens possibles entre les Marcionites, les Pauliciens et les Bogomiles. Et encore, n’ai-je pu explorer plus avant le devenir des troupes qu’Alexis Comnène offrit à Raimond IV de Saint-Gilles, comte de Toulouse, lors de la première croisade, dont une partie rentra à Toulouse après la mort du comte en expédition. Si l’on peut croire que des Pauliciens en faisaient partie, cela pourrait expliquer l’éclosion du Catharisme occitan, dès le début du XIsiècle, dans cette région.

Pour pousser plus loin, comme j’ai tenté de le faire avec un ami, Ruben Sartori, vous découvrirez que Marcion — qui se disait disciple de Paul, mort un siècle plus tôt —, fut formé par Satornil, lui-même disciple de Ménandre qui construisirent la doctrine du démiurge maléfique, créateur du monde visible et des corps de matière. Eux-mêmes eurent avant eux Cérinthe, dont on ne sait s’il a vraiment existé ou si ce n’était que le pseudonyme d’Appolos d’Alexandrie qui à la suite de Paul évangélisa la ville de Corinthe en poussant la théorie paulinienne de l’invalidité de la Torah comme loi divine, jusqu’à affirmer que Iahvé n’était pas Dieu mais le diable, comme le proposent ces chercheurs qui lui attribuent le quatrième évangile, celui de Jean qui en fait mention au chapitre 8, verset 44.

Enfin, Paul lui-même ne fit que rejoindre à Damas, ces apôtres qui durent s’enfuir de Jérusalem, suite à l’exécution d’Étienne — lapidé pour blasphème par les Juifs — car ils étaient eux-mêmes blasphémateurs de ce judaïsme que décidèrent de suivre scrupuleusement les adeptes de Pierre et de Jacques, fondateurs du courant judéo-chrétien qui nous a donné le Catholicisme, l’Orthodoxie et l’Église Réformée. Cela initia une séparation entre ces deux courants qui fut formalisée en 49 lors du Concile de Jérusalem, après l’incident qui opposa Pierre et Paul à Antioche, qui prit alors la tête du courant pagano-chrétien qui rejetait l’obligation de lier Judaïsme à ce qui s’appellerait Christianisme deux siècles plus tard.

Ceci nous montre deux choses :

  • Il y eut bien deux courants chrétiens parallèles qui depuis les origines évoluèrent, tant bien que mal, l’un martyrisant l’autre, à partir du quatrième siècle et qui se perpétuèrent au fil des siècles ;
  • Les cathares avaient raison de dire qu’ils étaient les héritiers d’une transmission apostolique ininterrompue qui remontait aux origines du christianisme.

Voilà les domaines où j’aimerais voir vos talents d’historiens des faits et des hommes, d’historiens des religions, de théologiens, de philologues, etc. se développer pour rendre enfin au Catharisme son indépendance dans un Christianisme trop longtemps monopolisé par un seul de ses courants et pour faire taire ceux qui veulent en faire un objet touristique vidé de toute substance.

Pour ma part, en raison de mes limites linguistiques et culturelles, je ne peux aller plus loin dans mes recherches, d’autant plus qu’après deux années et demi de noviciat, il me reste un chemin infiniment plus difficile et plus exaltant à parcourir.

Merci de m’avoir écouté et en espérant que vous m’aurez également entendu.
Avec mon profond respect et mon infinie Bienveillance.

Éric Delmas, Carcassonne.

Remis aux organisateurs et participants de la seconde journée d’étude des sources du Catharisme à Mazamet le 27 octobre 2017.
Adressé à plusieurs revues historiques, dont « L’Histoire » et publié sur le site Catharisme d’aujourd’hui.

Cathares, néo-cathares, pseudo-cathares

1-5-Réflexion sur le catharisme
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Cathares, néo-cathares, pseudo-cathares

Lecture audio de la page à destination des mal-voyants

Cathare ! Ce mot est si souvent mal employé que l’on comprend qu’il soit devenu vide de sens pour beaucoup. À peine était-il sorti de ses limbes par René Nelli et Anne Brenon qui lui firent un centre d’étude historique sur mesure, qu’il devint la proie des « marchands du temple » désireux d’en faire l’outil du réveil économique de la région languedocienne. Sur leurs pas, conscient que la marque Cathare était porteuse de profits et de valorisation, tous se sont engouffrés dans la brèche sans prendre la peine de chercher un vernis de cohérence à leur choix. De fait, on trouve des restaurants gastronomiques cathares, des groupes de lutte cathares, des équipes sportives (rugby, etc.) cathares, des pompes funèbres cathares, et bien d’autre idioties encore.Read more

Antonin Gadal

1-2-Les voies cathares
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Antonin Gadal

Présentation

Antonin Gadal (1877-1962) fut une personnalité remarquée dans l’histoire du Catharisme contemporain. Largement influencé par son initiateur, Adolphe Garrigou, lui-même convaincu, à l’instar de Napoléon Peyrat, que l’histoire du Catharisme restait à écrire, il se mit à effectuer des recherches avec le sentiment que les grottes du Sabarthez n’avaient pas été qu’un refuge temporaire en période d’Inquisition pour des Cathares égarés, mais qu’elles furent le siège d’initiations d’une Église constituée.
Il poursuivit ses recherches sur la base d’une volonté d’établir un lien entre le Catharisme médiéval et les mouvements gnostiques chrétiens et ceux qu’il considérait comme pré-chrétiens. Cela le poussa à explorer l’occultisme et diverses voies ésotériques. Contacté par plusieurs personnes que ses travaux intéressaient, il fut notamment une référence pour l’allemand Otto Rahn qui lui rendit hommage dans un de ses ouvrages. Il semble que, contrairement à ce que sa biographie « officielle » donne à croire, il n’ait pas collaboré avec les Roses Croix d’Or qui l’avaient contacté au milieu des années 50 et qui auraient racheté ses travaux à son héritière.
Cependant, les documents actuellement disponibles semblent montrer un travail historique un peu brouillon et un intérêt ésotérique élargi qui a peut-être été dommageable en certains points à sa compréhension du Catharisme. Je vous laisse vous faire votre propre opinion en vous fournissant les textes mis à ma disposition.

Sommaire

Éric Delmas, 9 janvier 2017.

Vivre le Catharisme

1-4-Doctrine & Pratique
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Vivre le Catharisme aujourd’hui

Maintenant que la connaissance du Catharisme, de son histoire réelle, de son contenu doctrinal et de son organisation pratique nous sont mieux connus, celles et ceux qui se sentent portés par une telle spiritualité peuvent ressentir l’envie de l’expérimenter par divers moyens. Cela est tout à fait légitime, mais il faut nous assurer qu’une mise en pratique de nos jours serait non seulement réaliste mais aussi bénéfique, sinon nous ne serions pas dans une démarche de Bienveillance. À ma connaissance, il n’y a aujourd’hui que deux types de pratiques mises en place de façon durable qui cherchent à aller dans ce sens. Je me propose de les étudier avec vous afin d’en apprécier la qualité et l’efficience.

Comment mettre en pratique le Catharisme ?

Si l’on se réfère aux documents disponibles, nous voyons qu’il n’y avait au Moyen Âge que deux sortes de pratique du Catharisme. La plus connue est celle que les Bons Chrétiens, c’est-à-dire le personnes ayant reçu la Consolation et les novices qui se préparaient en vue de la recevoir, avaient choisis de vivre. Il s’agissait d’une vie régulière — c’est-à-dire organisée selon une règle —, comparable à la vie monastique des catholiques ou des orthodoxes, qui faisait une part prépondérante à la pratique spirituelle. Elle ne concernait évidemment qu’une très faible partie de l’Église cathare qui regroupait, je le rappelle, les Bons-Chrétiens, les novices et les croyants qui constituaient son immense majorité. Justement, les croyants cathares semblaient vivre d’une façon parfaitement identique à celle des croyants judéo-chrétiens qui les entouraient.

Nous voyons, par cette brève description, qu’à priori mettre en œuvre le Catharisme aujourd’hui pourrait sembler délicat. Mais, les systèmes monastiques judéo-chrétiens, catholique et orthodoxe, ont évolué au fil des siècles et proposent aujourd’hui à leurs croyants, et parfois même à des personnes qui ne se réclament pas de cette confession, des solutions de retraite individuelle en leur sein. Voyons comment cela se passe et si ces pratiques sont transposables au Catharisme.

Le système judéo-chrétien

La façon la plus connue et la plus ancienne de s’investir auprès d’un monastère sans pour autant prononcer des vœux monastiques est l’oblation. L’oblat, qui peut être séculier, régulier et qui fut même militaire, est une personne qui se rattache spirituellement à un monastère tout en conservant une vie classique (oblat séculier), ou en optant pour une vie monastique impliquant une participation pleine et entière aux charges et devoirs qui s’y rattachent (oblat régulier ou conventuel), voire en protection après une vie militaire ayant provoqué des blessures rendant le retour à la vie civile impossible (oblat militaire). Parmi les oblats célèbres citons : Thomas d’Aquin, Paul Claudel, Max Jacob et Robert Schuman.

Aujourd’hui, il existe une manière moins formelle et moins implicante de participer à la vie monastique qui consiste en des retraites monastiques brèves, souvent d’une semaine pendant les vacances.

Le principe est toujours le même, l’oblat ou le participant aux retraites, mène la vie des moines s’il est en monastère, de façon complète pour l’oblat — qui porte même un habit monastique classique ou spécifique —, ou de façon réduite aux repas et aux oraisons, pour les « retraitants ». Compte tenu de la règle de continence, seuls les hommes peuvent manger à la même table que les moines, ou bien tous mangent dans un réfectoire séparé. Le reste du temps le retraitant est libre de ses allées et venues, contrairement à l’oblat régulier, mais l’oblat séculier mène lui-aussi une vie mondaine classique.

La vie des croyants cathares

Les textes sont tout à fait clairs ; les croyants cathares n’avaient aucune obligation particulière pour ce qui concernait leur façon de vivre dans le monde car, n’ayant pas le statut de Chrétien, ils n’en avaient logiquement pas les nécessités requisent par la règle des Bons-Chrétiens.

Aujourd’hui il en va de même, les croyants sont libres de mener leur vie mondaine comme ils l’entendent et rien ne les distingue des autres citoyens qu’ils côtoient au quotidien. La différence est bien entendu spirituelle, car un croyant est fermement et intimement convaincu que la compréhension doctrinale cathare est la réponse qui lui convient pour accéder au salut. Cela implique donc pour lui, de mener sa vie en privilégiant ce qui lui permettra, le moment venu, de rejoindre une communauté cathare pour y faire son noviciat afin d’accéder à la Consolation et de mourir dans l’état de Chrétien cathare consolé. Cela l’amène donc logiquement à tout mettre en œuvre pour assurer le développement matériel des communautés de vie évangélique cathares et pour aider les Bons-Chrétiens dans leur vie quotidienne car leur état spirituel les rend vulnérables dans le monde extérieur.

L’absence de Bons-Chrétiens, unanimement reconnus par les croyants cathares d’aujourd’hui, fait que les croyants n’agissent pas forcément de façon visible pour assumer leurs obligations envers l’Église. De ce fait, vu de l’extérieur, il n’est pas facile de différencier un croyant d’un sympathisant. Cependant, le croyant cathare est aussi une personne en évolution, comme le sont les Bons-Chrétiens. Et s’il ne pratique pas la vie régulière (c’est-à-dire celle qui obéit à la règle des maisons cathares), il va en appliquer certains principes dans sa vie mondaine et en faire une sorte de morale personnelle. Ainsi, au fil de son évolution, son implication régulière deviendra de plus en plus forte jusqu’au moment où il ressentira la nécessité de passer le pas du noviciat. Rien n’interdit de nos jours à un croyant de se rapprocher d’une communauté pour participer à la vie régulière de celle-ci pendant une courte période. Un tel système de retraite peut se faire s’il y a une communauté de vie évangélique pour l’accueillir. Cependant, la règle cathare fixe des limites. Les croyants ne sont pas autorisés à assister aux oraisons des Bons-Chrétiens qui pratiquent entre eux avec toutefois la présence silencieuse des novices. Surtout les croyants ne doivent pas pratiquer eux-même l’oraison dominicale, c’est-à-dire réciter le Pater qui est exclusivement et très formellement réservé aux Bons-Chrétiens. Même les novices ne peuvent le réciter tant qu’ils ne seront pas reçu dans la tradition de l’Oraison dominicale qui signe en général la fin de leur première étape de noviciat.

Des croyants et des sympathisants peuvent toujours se réunir pour étudier ensemble le Catharisme, surtout de nos jours où je le rappelle nous manquons de Bons-Chrétiens pour les encadrer. Cependant, par humilité au regard de leur condition spirituelle et par respect envers l’Église cathare, il ne sauraient en aucune façon pratiquer des rituels qui requièrent la présence de Bons-Chrétiens ou qui leur sont réservés. La seule pratique accessible à des croyants, me semble être le Caretas ou Baiser de paix.

Le noviciat

Aujourd’hui, un croyant qui se sent suffisamment avancé et motivé pour entamer un parcours vers la Consolation, peut, si cela lui est possiblement de façon pratique et au regard de ses obligations, décider d’entamer un noviciat, ainsi que je l’ai fait depuis le 16 mai 2016. Il devra alors voir s’il lui est possible de s’associer à une communauté existante ou à un autre novice désireux de l’accompagner dans cette démarche. En raison des particularités de notre résurgence débutante, il peut aussi commencer seul en espérant être rejoint plus tard. Cet isolement rend les choses plus difficiles mais était déjà pratiqué au Moyen Âge quand la répression éparpilla les Bons-Chrétiens et en obligea certains à demeurer seuls ou simplement entourés de croyants.

Il va sans dire que le noviciat est un engagement fort qui, normalement, ne saurait être envisagé pour un temps limité. Certes, chacun est toujours libre d’abandonner s’il pense s’être trompé dans ses motivations et capacités, mais la porte de sortie recherchée du noviciat est la Consolation. Cela revient à dire que le noviciat n’est pas une voie accessible de prime abord au croyant désireux d’approfondir sa spiritualité.

La participation à une communauté ecclésiale

Aujourd’hui, un croyant ou un sympathisant peut participer à des réunions, Rencontres ou périodes de retraite lui permettant d’étudier le Catharisme dans ses différentes orientations afin d’améliorer ses connaissances et d’essayer d’approfondir un peu sa compréhension spirituelle. Cela peut être l’occasion d’apprécier l’intérêt de la pratique du jeûne strict et ouvrir à des périodes de méditation collectives ou individuelles sans pour autant verser dans l’imitation partielle ou totale des rituels réservés aux Bons-Chrétiens ou aux novices.

Cependant, il peut paraître insuffisant à un croyant désireux d’approfondir sa spiritualité de se limiter à de telles pratiques. L’idéal serait de faire des retraites dans des communautés ecclésiales. Elles font défaut aujourd’hui et dans l’état de mon avancement de novice, je ne peux envisager d’accueillir un retraitant avant la fin de ma première année de noviciat car mes progrès sont lents faute d’être guidé par un Bon-Chrétien. Il m’est néanmoins possible d’organiser des périodes de partage consistant en des discussions ouvertes sur des sujets religieux ou même de vie courante avec des croyants et des sympathisants qui seraient cependant hébergés hors de la maison cathare. Le partage d’un repas, les jours non jeûnés, serait également possible.

Cela peut sembler extrêmement embryonnaire mais je rappelle que la patience est une grande vertu en Catharisme car elle provient de l’humilité, fondamental cathare s’il en est.

Conclusion

Voilà l’état de mes réflexions pour le moment en la matière. Je ne veux juger personne qui choisirait une autre manière de faire mais il ne peut y avoir de cohésion et de partage réel entre croyants avancés ou novices que si certains points majeurs sont compris et respectés à l’unisson.

Cependant, je peux entendre d’autres points de vue et étudier leurs arguments lors d’échanges formels, pour voir si certains aménagements sont possibles sans déroger au respect des obligation de la règle cathare et des enseignements des Bons-Chrétiens médiévaux dont l’opinion ne saurait être balayé au nom d’un modernisme qui considérerait comme rétrograde ce qui nous semble difficile pour nos mentalités modernes.

Là encore l’humilité doit nous rendre modeste et l’obéissance est un élément fondamental pour celui qui aspire à avancer jusqu’à sa propre Consolation.

Éric Delmas, 23 novembre 2016.

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