Saint Félix Lauragais

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Saint Félix Lauragais et le concile cathare de 1167

Le village de Saint-Félix-Lauragais (Caraman au Moyen-Âge), se situe au Nord-Est du département de la Haute-Garonne. Il est planté au bord d’un plateau qui domine la plaine lauragaise de Revel, face à l’extrême pointe Ouest de la Montagne Noire. Occupée de tout temps, la position, alors ancien castrum Wisigoth, verra au Xème siècle l’édification d’un château. Il sera constitué, comme beaucoup de forts de l’époque, d’un donjon qui permettait une surveillance de tous les horizons et de remparts, aux pieds desquels se formera un bourg.

Peut-être est-ce dans cette petite forteresse que se tint le concile cathare en 1167. Après constat de l’importance de la prégnance de la «nouvelle» spiritualité, il fallait que lors d’une rencontre de ses hérésiarques, décision fut prise d’instaurer, de structurer ou réorganiser de véritables églises.

Le choix du lieu de la tenue d’une l’assemblée se porta sur Saint-Félix en raisons, de sa position au cœur du Lauragais, à peu près à égale distance des importantes villes de Toulouse, Albi et Carcassonne et de sa sécurité qui pouvait être assurée par Guillaume, seigneur du lieu, vassal du Vicomte Trencavel, et fervent sympathisant cathare lui-même.

Sous la présidence du pope Nicétas (Niquinta) évêque des Églises bogomiles (ou cathares d’Orient) venu expressément de Constantinople. Il y fut réglé un problème de bornage d’évêchés, y fut créé de nouveaux diocèses, et y fut procédé à de nouvelles ordinations. Cependant le fait majeur qui résulte de ces assises, est la reconnaissance par les Églises cathares d’Orient, des Églises cathares occitanes. Dès lors l’ensemble de ces dernières sera perçu comme une sorte de contre-Église face à l’Église catholique romaine.

Mais le concile ne résume pas à lui seul l’histoire de la période cathare du village.

Malgré l’arrivée de l’ost croisé en 1209, le bourg est toujours en 1211, le siège d’un diaconat cathare dont le diacre, un certain Bouffil, originaire des Cassès, est  également le socius (compagnon) du diacre Guiraud de Gourdon, seigneur de Caraman.

Preuve du nombre important des croyants hérétiques à Saint-Félix et ses environs.

Peut-être est-ce le prétexte dont se saisit Simon de Montfort pour détruire le village et son château.

Celui-ci sera reconstruit ultérieurement.

Toutefois les habitants du bourg ne vont pas manquer de réagir dès la première occasion.

Quelques semaines plus tard, Saint-Félix et tout le pays alentour, apprenant la nouvelle du siège de Castelnaudary, dans lequel Simon de Monfort s’était laissé enfermé par choix tactique, se soulèveront et chasseront l’occupant français.

Néanmoins, la liberté retrouvée ne va durer que peu de temps ; au printemps 1212, les renforts reçus par les croisés, leur permettront de récupérer rapidement les localités qui s’étaient révoltées à l’automne de l’année précédente.

Et les campagnes militaires suivirent leurs cours.

En 1226, à l’annonce de l’arrivée de la croisade de Louis VIII en Languedoc, Saint-Félix, et une quinzaine de localités et châteaux de son terroir, feront l’objet d’un singulier marché.

Raymond VII comptant résister à l’ost royal, inféodera la contrée Saint-Félicienne au comte de Foix en contre-partie du ralliement de celui-ci à sa cause ; cela n’empêchera toutefois nullement le fier seigneur ariègeois d’aller offrir sa soumission au roi, assiégeant alors la ville d’ Avignon, qui… la refusera !

Puis, c’est en 1229, mettant fin à vingt ans de guerre, la signature de la paix de Paris.

La proclamation de celle-ci, suivie de la nouvelle de la venue du légat pontifical avec de nombreuses troupes à Toulouse, décidera le célèbre évêque hérétique Guilhabert de Castres, alors à Saint-Paul-Cap-de-Joux à prendre la fuite. Il sera amené clandestinement, par des passeurs, dans un cammas proche de Saint-Félix d’où il repartira accompagné et toujours sous protection, pour gagner le château d’Albédun (aujourd’hui le Bézu) dans le Razès.

Alors arrivera le temps de l’inquisition.

En 1242 les frères Guillaume Arnaud et Étienne de Saint-Thibéry en tournée inquisitoriale, passèrent à Saint-Félix comme dans la plupart des bourgs du Lauragais.

Malgré le danger, le village et ses alentours seront ultérieurement le terrain des tournées pastorales de Bernard de Mayreville descendu de Montségur, assurer la fonction de diacre du secteur.

L’année 1245, après le massacre des inquisiteurs (Avignonet 1242) et la chute de Montségur (1244), verra la reprise et la poursuite par le dominicain Bernard de Caux de la grande enquête d’Inquisition en Lauragais. Elle ne sera pas couronnée de succès concernant Saint-Félix, diaconat cathare ; sur cent soixante et onze personnes interrogées, seulement huit firent de maigres aveux.

Deux ans plus tard, le comte de Toulouse, Raymond VII, ayant récupéré ses droits sur le Lauragais, confiera à Sicard Alaman, administrateur de ses possessions, la tâche de reconstruire Saint-Félix selon les plans des bastides nouvellement crées, comme Tournon-d’Agenais ou Castelnau de Montmirail.

C’est la ville que nous voyons aujourd’hui, formée de deux rues parallèles et du nouveau château, érigé avec des parties de l’ancien.

Enfin en 1255 l’Église cathare occitane en exil en Lombardie, s’alarmant de l’absence totale de diacre en Lauragais, instituera dans cette fonction un certain Aymard qu’elle enverra aussitôt exercer en Vielmorès.

S’il est un site relatif au catharisme qu’il faut voir en Occitanie, c’est celui-ci. La visite du village de Saint-Félix est assurément indispensable. Au regard du concile qui s’y est tenu en 1167, certains considèrent l’endroit comme étant le berceau de l’hérésie en Occitanie. Pour qui adhère à la spiritualité Cathare, se rendre à Saint-Félix-Lauragais, c’est pourrait-on dire, réaliser en quelque sorte un pèlerinage.

Bruno Joulia, © 2023

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