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Assomption de la vierge Marie

4-4-Année liturgique
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Lecture des textes de la liturgie catholique

Comme chaque Dimanche et pour les principales fêtes catholiques, je reprends la tradition cathare qui consistait en l’analyse des textes de la messe catholique et leur compréhension du point de vue cathare. Il n’y a là nulle intention malveillante mais un simple exercice de style visant à montrer que la compréhension des textes est aussi affaire de doctrine.

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20e dimanche du temps ordinaire

4-4-Année liturgique

Lecture des textes de la liturgie catholique

Comme chaque Dimanche et pour les principales fêtes catholiques, je reprends la tradition cathare qui consistait en l’analyse des textes de la messe catholique et leur compréhension du point de vue cathare. Il n’y a là nulle intention malveillante mais un simple exercice de style visant à montrer que la compréhension des textes est aussi affaire de doctrine.

20e dimanche du temps ordinaire

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Saint Laurent, diacre et martyr

4-4-Année liturgique
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Lecture des textes de la liturgie catholique

Comme chaque Dimanche et pour les principales fêtes catholiques, je reprends la tradition cathare qui consistait en l’analyse des textes de la messe catholique et leur compréhension du point de vue cathare. Il n’y a là nulle intention malveillante mais un simple exercice de style visant à montrer que la compréhension des textes est aussi affaire de doctrine.Read more

19e dimanche du temps ordinaire

4-4-Année liturgique
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Messe du 19e dimanche du temps ordinaire

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Transfiguration de notre Seigneur

4-4-Année liturgique
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Rencontres de Montségur : Spiritualité du catharisme

6-1-Événements
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Rencontres de Montségur : Spiritualité du catharisme

Lieu et date

L’association Rencontres de Montségur a proposé à l’Église cathare de France d’organiser une journée de conférences et d’échanges sur ce sujet taillé sur mesure pour notre organisation. C’est d’autant plus courageux que ce sujet est souvent traité en marge des discussions sur le catharisme, quand il n’est pas carrément oublié.
Mais il faut reconnaître que les rendez-vous de cette association, que ce soit à Montségur ou à Cailhaux, ont toujours essayé de faire une place à l’expression spirituelle, même si ce n’est pas le sujet maître de leurs discussions et si une bonne partie de leurs membres ne sont pas forcément engagés spirituellement dans le catharisme ou ailleurs.

Ce rendez-vous est prévu pour le samedi 5 novembre 2022 à la salle des fêtes de la mairie de Peyrens (Aude).

Pour vous y rendre, il faut emprunter la route entre Castelnaudary (Aude) et Revel (Hte Garonne). Situé à 60 km de Toulouse par l’autoroute A61, à moins de 50 km de Carcassonne par l’autoroute A61 ou la D6113, à 82 km d’Albi par les D84 et D624 et à 75 km de Foix par les N20 et D624, ce lieu est d’accès facile par la route.

Réservez votre journée !

Programme

10h30- 11h15Du proto-christianisme au catharisme – Les origines du catharisme du 1er siècle au Moyen Âge, par Éric Delmas de Culture et Études Cathares. Conférencier.

 11h15 – 12h00Catharisme :  autour des rituels et du sacrement par Gilles-Henri Tardy, Historien du fait religieux en Orient

12 h à 14h : Pause repas

14h15 – 15h00 : ‘Table ronde’ : La société occitane et le quotidien des cathares aux XII° et XIII° siècles

15h00 – 15h45 : Des communautés cathares au 21° siècle en France par Éric Delmas

15h45 – 16H30 : Les différents axes de la recherche sur le catharisme par Gilles-Henri  Tardy

  Publications, Livres seront exposés pour dédicace et à la vente

12 h à 14h : Pause repas. Un numéro de réservation du restaurant de Peyrens sera indiqué sur notre affiche définitive. Possibilité d’utiliser les tables de la Salles de Fêtes de Peyrens pour celles et ceux qui voudront pique-niquer .

18e dimanche du temps ordinaire

4-4-Année liturgique
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Lecture des textes de la liturgie catholique

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18e dimanche du temps ordinaire

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Le jeune homme et la Grand’Bête à tête d’homme

7-3-Publications
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Le jeune homme et la Grand’Bête à tête d’homme

Conte de J-F. Bladé (Contes populaires de Gascogne, tome I)

Cette histoire est de facture un peu différente de l’écriture habituelle de l’auteur, comme s’il avait ajouté de nouvelles couleurs sur sa palette.

 Plutôt que de dépeindre comme à son habitude les qualités physiques et morales de ses personnages dans une suite de pérégrinations variées aux difficultés graduées, il s’attache davantage dans ce conte à réaliser une peinture de mœurs et de caractères. Ce qui sous-tend le questionnement toujours actuel que l’on peut avoir sur des faits sociaux tels que le mariage, le pouvoir ou encore l’emprise de la culture et de la religion sur les mentalités. Le conteur ne se prononce pas, il conte et par son seul pouvoir de suggestion, il fait naître le questionnement, un peu comme dans le jeu des énigmes.

Les personnages du conte

Les humains…

Le héros ou « jeune homme ». C’est un orphelin, vivant seul dans sa maisonnette. « Il était beau comme le jour, fort et hardi comme pas un. Il était aussi tellement, tellement avisé, qu’il apprenait ou devinait les choses les plus difficiles ». Pour compenser sa solitude, le ciel l’avait donc doté de talents singuliers : une grande intelligence et le don de voyance, cette dernière « qualité » étant l’apanage des prophètes ou des guides. Or, on verra par la suite que c’est bien en quelque sorte le rôle qui est attribué à notre héros.

Il est déjà notable que si le héros classique de tout conte « subit » les épreuves comme un passage obligé dans le déroulement de sa quête, celui-ci a la force de caractère de choisir l’épreuve, et, de plus, aura le courage de la parfaire au moment venu, montrant ainsi un tempérament hors du commun. Ce jeune homme bien que pauvre « comme les pierres », est une personne totalement désintéressée par tout bien matériel comme par tout moyen de s’en procurer. Simple et pur, il ne montre que du détachement face aux conseils d’enrichissement de ses semblables ; il apparaît donc déjà bien seul parmi les autres. C’est finalement pour se donner une chance de pouvoir aimer et partager cet amour qu’il va accepter de se plier aux règles mondaines de l’acquisition des biens.

 Sa promise. Quelle pâle figure que cette fille de noble, qui sans dot doit se sacrifier au couvent ! Image type de la femme éternellement mineure, sa vie durant dépendante de l’homme, passant de l’obéissance à un père à la soumission à un époux la plupart du temps imposée, et n’ayant pour seul rôle social reconnu que celui d’engendrer de nombreux enfants. Elle remplira d’ailleurs correctement sa mission. Elle accepte sans hésiter d’épouser tout de suite le jeune homme et on ne peut s’empêcher de se demander quelles sont ces raisons ? Est-elle elle aussi tombée amoureuse ou bien tente-t-elle ainsi d’échapper au couvent ? Face à cette alternative exprimée clairement dans les paroles du jeune homme : « Demoiselle, entrez au couvent d’Auch. Mais ne vous engagez pas avant sept jours. Je vais tenter fortune. Si je meurs, prenez le voile noir, et faites-vous religieuse pour toujours. Si je reviens, j’aurai de quoi vous faire plus riche que les plus grandes dames du pays », face à cette alternative donc, elle choisit d’attacher son destin à ce miséreux inconnu, ce qui nous la rend sympathique car elle nous invite à penser qu’elle aussi, inspirée par l’amour, peut faire fi des convenances de la mondanité.

L’allié du héros. Ce conte à caractère religieux n’a pas besoin d’aller chercher très loin pour trouver une aide au héros. L’archevêque d’Auch est naturellement pour le jeune homme la référence incontournable. Avant de partir pour sa quête c’est donc lui qu’il va consulter.

 « Rien ne t’empêche de faire ce que tu dis. Agis donc à ta tête, puisque tu ne peux profiter d’aucun conseil ». L’archevêque, sachant le héros sous l’emprise de ses sens, va tenter de l’aider en le gratifiant d’informations supplémentaires et en anticipant l’épreuve qu’il connaît parfaitement. Il lui conseille donc de rester à tout instant maître de ses sentiments, d’utiliser son intelligence, de répondre avec mesure et prudence. Il devra en outre faire preuve d’humilité pour avoir un discernement précis de ses aptitudes avant de proposer à son ennemi de poursuivre l’affrontement. De cette introspection dépend la réussite de son entreprise. L’archevêque joue le rôle de guide pour le jeune homme, tel l’Esprit Paraclet que le cathare peut trouver dans la personne de l’Ancien ou dans celle du Consolé.

 « Prends et reviens vite, si tu te crois hors d’état de faire davantage. Reste, si tu te crois assez savant et dis : « Grand’Bête à tête d’homme, je n’ai fait encore que la moitié de mon travail. Tu n’as pas pu   m’embarrasser. Maintenant, c’est moi qui prends ta place. » Alors, tu lui feras trois questions, les plus difficiles que tu puisses imaginer. Si elle demeure muette, tu prendras ce couteau d’or, que tu vas cacher sous tes habits, pour ne le tirer qu’au bon moment. Tu saigneras la Grand’Bête à tête d’homme, tu lui couperas la tête, et tu reviendras vite, avec tout son or. »

 Ce dernier conseil nous prouve bien, si cela était encore à démontrer, que nous sommes bien dans le registre judéo-chrétien car un cathare ne prononcerait jamais de telles paroles, le Bien n’ayant pas de mal à opposer au Mal.

Le seigneur de Roquefort.

 Il symbolise à lui tout seul la mondanité, la vanité de la matière, les richesses corruptibles de ce monde et les contraintes qu’elles génèrent, tout ça en quelques lignes : « Mon père est parti ce matin, pour chasser avec mes deux frères. Il n’est pas encore rentré […] Par malheur, mon père n’est pas riche. Tout son bien doit aller à mes frères. Moi, j’entre demain dans un couvent d’Auch. »

Les habitants de Castres, les frères de la promise, etc.

Leur existence n’est précisée que pour donner de la vie, de la profondeur de champ à la société suggérée, mais aucun n’a de rôle significatif.

Les créatures hybrides

La Grand’Bête à tête d’homme

Les créatures hybrides, qualifiées le plus souvent de « monstres » ou de « démons », présentes dans les contes, les légendes et les mythologies du monde entier sont bien pratiques pour symboliser le Mal. Celle-ci nous surprend, tout d’abord par son manque d’épaisseur. Le conteur initial a-t-il pris un malin plaisir à ne pas vouloir trop la décrire afin que chaque auditeur puisse se la représenter à sa manière ? Le texte nous suggère quand même quelques pistes que j’ai tenté d’explorer.

Un simple rappel avant de « filer » sur des chemins hasardeux : en biologie, un être hybride provient d’un croisement de variétés, de races ou d’espèces, exemples ; le bardot qui est le croisement du cheval avec une ânesse, la mule qui est celui de l’âne avec la jument. L’imagination humaine, dans la création de ses histoires, est allée beaucoup plus loin. Je n’ai retenu que trois exemples dans la multitude de ces créatures mythologiques car notre conte emprunte à chacun d’eux des éléments bien précis, soit dans la physionomie de la créature, soit dans ses actes, soit encore dans les circonstances de l’action.

Dans l’épopée de Gilgamesh[1], le héros affronte un couple d’hommes-scorpions, à l’entrée d’un défilé. Le rôle de ces créatures était de garder le défilé des Monts-jumeaux, profond et obscur, que le soleil empruntait chaque jour pour venir éclairer le monde. C’est précisément ce passage que contrôlent les hommes-scorpions, apostés là pour empêcher quiconque de passer et c’est précisément par ce défilé que doit passer Gilgamesh pour continuer son voyage. De même la grotte pour le jeune homme est un passage obligé pour faire fortune. Dans les deux récits ce couloir dangereux à traverser est une métaphore du passage du monde à l’Autre Monde, ou passage du connu à l’inconnu (cf. Alice au pays des merveilles tombant dans le puits), ou encore passage du matériel au Spirituel au cours duquel le héros périt ou trouve le Salut. Ces créatures effrayantes, Grand’Bête ou hommes-scorpions sont là pour mettre le héros à l’épreuve, l’aider en quelque sorte à se révéler : c’est le moment où il doit faire montre de toutes ses qualités ; la détermination, la volonté, le courage, la sincérité, et l’humilité pour pouvoir sortir vainqueur de l’épreuve. C’est son « propre moi », sa conscience, qu’il affronte alors avant d’atteindre la dimension spirituelle nécessaire à sa libération.

Dans le mythe d’Œdipe, Œdipe lui aussi affronte une créature hybride : le sphinx ou plus exactement la sphinge. C’est bien d’elle d’ailleurs que la Grand’Bête semble surtout s’être inspirée et pour plusieurs raisons : comme la sphinge elle pose une énigme (ou plusieurs, les versions diffèrent), qui, si elle n’est pas résolue, entraîne la mort, comme la sphinge elle est androphage. Mais les similitudes ne s’arrêtent pas là. Les héros, eux aussi, curieusement se ressemblent : le jeune homme orphelin arrive à cette grotte par amour, Œdipe, abandonné enfant par ses parents à cause d’une prophétie, arrive à Thèbes par amour pour ses parents adoptifs (pensant les épargner de cette funeste prophétie.)

Enfin, nous le verrons plus tard, deux énigmes sur les trois sont empruntées au mythe d’Œdipe. Comme la Grand’Bête dans sa grotte, les hommes-scorpions à l’entrée du défilé, la sphinge à l’entrée de Thèbes (envoyée, selon plusieurs versions, par un dieu pour punir ses habitants de leur impiété) elle aussi joue le rôle de gardien.

Fidèle à l’imagerie des êtres de la montagne selon le bestiaire propre à J-F. Bladé, la Grand’Bête à tête d’homme est grande, anti-chrétienne, friande de chair humaine, riche d’un or inutile, et semble posséder de précieux secrets (cf. L’herbe bleue, L’homme de toutes couleurs.)

Elle a des griffes comme la sphinge mais une tête d’homme. La sphinge, quant à elle, a un corps de lionne, une queue de scorpion, des ailes d’aigle et la tête et le buste d’une femme.

Le lecteur est libre finalement d’imaginer la Grand’Bête à tête d’homme à sa façon, fauve comme la sphinge, ou sauvage comme un centaure.

 Les centaures, personnages que l’on peut encore avoir la chance de croiser dans les contes modernes (cf. le centaure Firenze dans Harry Potter à l’école des sorciers) furent immortalisés par les plus grandes plumes de l’Antiquité ; Ovide, Virgile, Pindare et Homère en ont tous parlé. On peut donc aussi imaginer la Grand’Bête sous les traits d’un centaure car comme eux elle a une tête d’homme.

Les centaures étaient des hybrides à tête, buste et bras d’homme sur un corps de cheval. Vivant dans les montagnes de Thessalie et d’Arcadie, ils étaient prétendus fils d’Ixion, roi des lapithes. Pour Homère (premier chant de l’Iliade) les centaures des montagnes étaient les plus braves des combattants. Se nourrissant de chair crue, vivant dans une ivresse permanente, esclaves de leurs sens, ils symbolisaient la violence naturelle et la sauvagerie dont le peintre Rubens a fait une allégorie saisissante en les imaginant dans les deux genres (Les amours des centaures, env. 1635).

Deux centaures atypiques sont parvenus cependant à se distinguer ; Chiron, le seul centaure immortel, connu pour sa sagesse (précepteur de plusieurs héros dont Achille, Héraclès, Asclépios, les Dioscures) et Pholos, le centaure ami d’Héraclès.

Finalement, ce qu’il nous suffit de savoir quant à la Bête, c’est que c’est bien elle qui symbolise ici le Mal dans tout ce qu’il a de primaire, de sauvage et de corrompu. Elle pourrait encore tout aussi bien être la caricature d’une monstrueuse idole païenne telle celle évoquée dans l’Exode : Le veau d’or ; « Aaron reçut l’or de leurs mains, le fit fondre dans un moule et fit une statue de veau ; alors, ils dirent : « Voici ton Dieu, Israël, celui qui t’a fait monter du pays d’Égypte. » […] Le lendemain, ils se levèrent de bon matin, ils offrirent des holocaustes et apportèrent des sacrifices de communion… »

L’épreuve.

 Dans le conte qui nous intéresse ici, comme dans le mythe d’Œdipe, comme dans la mythologie moderne de J-R-R. Tolkien (Le hobbit : un voyage inattendu) l’épreuve se déroule toujours de la même façon. Si le héros échoue, il sera anéanti, dévoré par la créature androphage. Si le héros se montre plus fort que la créature, il pourra aller au bout de sa quête.

L’archevêque prévient : « Tu seras mangé tout vif, si tu demeures muet. »

L’avertissement est le même dans le conte de Tolkien. Gollum, le hobbit métamorphosé par l’anneau maléfique propose au héros, Bilbo : « Si le trésor (lui, Gollum) demande et que ça (Bilbo) répond pas, nous le mangerons, mon trésor. Si ça nous demande et que nous ne répondons pas, nous donnons un cadeau, Gollum. »

Les énigmes posées par la Grand’Bête.

Énigme 1 : « Il va vite comme les oiseaux, plus vite que le vent, plus vite que l’éclair.

Le jeune homme n’hésite pas une seconde pour répondre : « L’œil va plus vite que les oiseaux, plus vite que le vent, plus vite que l’éclair. »

Énigme 2 : Le frère est blanc, la sœur est noire. Chaque matin, le frère tue la sœur. Chaque soir, la sœur tue le frère. Pourtant, ils ne meurent jamais. »

Cette fois encore, le jeune homme répond sans peine : « Le jour et la nuit. »

Dans le mythe, cette énigme rarement évoquée, ne se différencie de la version gasconne que par le genre des substantifs, jour et nuit étant tout deux féminins en grec. Il s’agit donc bien d’un emprunt, l’original étant : « Il y a deux sœurs ; l’une donne naissance à l’autre, et elle, à son tour donne naissance à la première. »

Énigme 3 : «  Il rampe au soleil levant, comme les serpents et les vers. Il marche à midi sur deux jambes, comme les oiseaux. Il s’en va sur trois jambes au soleil couchant. »

Encore un nouvel emprunt au mythe d’Œdipe pour cette troisième énigme que la sphinge formulait ainsi : « Quel être, pourvu d’une seule voix, a d’abord quatre jambes le matin, puis deux jambes le midi, et trois jambes le soir ? »

La réponse ne se fait pas attendre : « Quand il est petit, l’homme… »

La Grand’Bête respecte alors le contrat/ « Prends la moitié de mon or. »

Mais le héros décide à ce moment précis, sans aucune hésitation, de poursuivre l’affrontement. Si la Grand’Bête ne peut répondre, il aura la possibilité de la faire disparaître à jamais, libérant ainsi ses semblables de la violence. C’est un moment de grande solitude qui va déboucher sur une décision irréversible. C’est le « lâcher-prise » qui ne tolère aucun retournement, aucune erreur possible non plus. Le jeune homme doit rassembler toutes ses connaissances pour inventer les énigmes qui pourront être insolubles tout en restant humble pour garder la clairvoyance de ses aptitudes. Ce lâcher-prise selon le concept cathare est nommé dans le vocable ethnologique la liminarité, que nous aborderons un peu plus loin.

Les énigmes posées par le jeune homme.

Ses deux premières énigmes sont vraiment sibyllines et régies, semble-t-il, par des règles autres que celles proposées dès le début du ‘‘jeu ’’. Les limites de l’imaginaire sont repoussées, la Grand’Bête est piégée.

La naïveté de l’image du monde représenté de manière linéaire, avec ses deux bouts, peut nous faire sourire tout en nous donnant une possible indication sur les premières moutures de ce conte. On pourra aussi rester longtemps perplexe sur les réponses proposées à ces deux premières énigmes qui semblent plutôt à des ‘‘mises en abyme d’énigmes’’ suscitant de nouvelles questions. Qui peut être ce roi couronné qui ne voit rien venir ? Et ce grand corbeau noir, savant muet vieux de sept mille ans ?

Pour parfaire sa victoire sur le Néant et l’obscurantisme quoi de plus évident pour le héros que d’aller chercher sa dernière énigme dans la Passion ? La Bête aurait-elle une infime chance d’y répondre, étant « dépourvue d’âme » et de foi ? Pour cela, elle sera d’ailleurs enterrée sans être accompagnée d’une prière.

Énigme 3 : « Dis-moi ce que chante le rossignolet sauvage le Vendredi saint. Dis-moi ce qu’il chante le Samedi saint. Dis-moi ce qu’il chante au soleil levant, le jour de la Pâques. »

Bien entendu, cette mécréante de Bête n’est pas en mesure de répondre, et reste donc muette.

La  mort de la Grand’Bête ou la fin d’un temps et le début d’un autre.

Dans le conte comme dans le mythe, le perdant doit disparaître.

Le jeune homme tue la créature, Œdipe tue la sphinge, ou bien la sphinge se suicide en se jetant de son rocher, ou encore elle se dévore elle-même selon les diverses versions.

L’important est que la créature, symbole d’un autre temps, disparaisse. Le jeune homme, à l’instar d’Œdipe, peut être reconnu comme une figure de liminarité, contribuant à effectuer la transition entre les anciennes pratiques religieuses païennes représentées par la mort de la Grand’Bête (de la sphinge dans le mythe), et l’arrivée du christianisme (des nouveaux dieux de l’Olympe pour le mythe).

L’épreuve de l’énigme se trouve ici être pour le héros un rite de passage tel que l’a conceptualisé Arnold Van Gennep[2].

Les rites de passage, selon la définition de l’ethnologue, accompagnent les changements de lieu, d’état, d’occupation, de situation sociale, d’âge. Ils rythment le déroulement de la vie humaine « du berceau à la tombe ». Ce rite se déroule en trois étapes qui se succèdent :

La première étape est la séparation de l’individu par rapport à son groupe : le jeune homme part seul dans la grotte pour affronter la créature. Œdipe, quittant ses parents, part seul pour Thèbes. On peut rapprocher ce moment à celui de l’éveil du croyant cathare, seul face à sa ‘‘découverte’’.

La deuxième étape est la liminarité : c’est la période pendant laquelle l’individu n’a plus son ancien statut et pas encore son nouveau : le jeune homme n’est plus le pauvre mais il n’est pas encore riche. Œdipe a fui le trône de Corinthe mais il sera roi de Thèbes.

Cette étape transitionnelle est un moment crucial du rite, car elle est caractérisée par l’indétermination. Il s’agit de réussir ou de mourir. Dans la perspective cathare, nous dirons plutôt qu’il s’agit de choisir, soit de se préparer pour sa « bonne fin », soit de risquer de nouveaux errements vers une nouvelle et énième transmigration. C’est le moment du choix en pleine conscience, du premier possible ‘‘lâcher-prise’’.

Sur le chemin cathare, le « lâcher-prise » est un long, très long processus qui commence à l’éveil et peut se poursuivre ensuite par étapes successives et différentes selon la foi et la détermination de chacun(e).

La troisième étape est la réincorporation, c’est-à-dire le retour de l’individu parmi les siens avec un nouveau statut : le jeune homme désormais riche peut épouser sa belle. Œdipe sera proclamé roi.

Le croyant cathare, quant à lui, poursuit son chemin dans la mondanité en prenant soin de garder cette petite flamme intérieure et   fragile toujours allumée, et, en s’efforçant de la faire grandir.

La mort de la Grand’Bête, telle qu’elle nous est contée, est saisissante par sa sauvagerie et son réalisme cru. Si elle est là pour marquer la fin du paganisme, c’est dans une surenchère de détails qui ne sont pas sans rappeler la violence aveugle telle qu’elle apparaît dans « La victoire » d’Andrea Mantegna où l’on voit David brandissant la tête de Goliath.

Surenchère de même dans les paroles de la Bête mourant comme un guerrier viking et s’exprimant comme un oracle antique. Il faut se rappeler à ce sujet que les créatures de la montagne dans la mythologie propre à J.-F. Bladé, bien que dangereuses pour l’humain, savent une fois vaincue se montrer ‘‘bienveillantes ’’ en prenant le temps d’aider leur vainqueur avant de disparaître (cf ; Corps sans âme dans « L’homme de toutes couleurs »).

« Bois mon sang. Suce mes yeux et ma cervelle. Ainsi, tu deviendras fort et hardi comme Samson, et tu ne craindras personne sur terre. Arrache-moi le cœur… » Nous pouvons nous épargner la suite. Ce ‘‘syncrétisme ’’ final est d’autant plus déroutant que nous aurions pu espérer un comportement plus raffiné de la part d’un vainqueur de la ‘‘barbarie’’. Lorsqu’il fait manger le cœur cru de la Bête à son épouse, on se retrouve de nouveau face à la foi chancelante du peuple juif qui avec le « veau d’or » retourne à ses anciennes idoles.

Les lieux du conte.

Du Gers au Pyrénées, nous sommes bien dans ‘‘le pays” de J.-F. Bladé.

L’histoire commence à Castres, lieu de résidence du jeune homme et se poursuit dans la région de Auch, via le château de Roquefort où habite sa promise. Il se rend ensuite à la cathédrale de Auch avant de commencer sa quête. L’intrigue se passe dans la montagne, lieu de prédilection pour les aventures (les Pyrénées) et le nœud de l’histoire se déroule dans la grotte, autre lieu tout aussi riche de sens.

Les villes de Castres, d’Auch et le château signifient seulement la situation initiale du conte, la mondanité au quotidien. La montagne et la grotte sous-tendent une sémantique beaucoup plus profonde.

La montagne, très présente dans les contes de J.-F. ? Bladé, représentée la plupart du temps comme hostile à l’humain, est le lieu possible de tous les dangers, lieu privé de couleur où domine la durée et l’obscurité : « Trois jours après, il arriva dans un pays désert, dans un pays sauvage et noir, où les eaux tombent de mille toises, où les montagnes sont si hautes, si hautes, que les oiseaux n’y peuvent voler, et que la neige n’y fond jamais. » La quête ne peut être un ‘‘long fleuve tranquille’’, la recherche entreprise exige la rupture avec la quiétude du quotidien paisible. Puisqu’il s’agit de devenir autre, de se révéler à soi-même, pour se débarrasser de « sa tunique de chair » il faut aussi abandonner ce qui la nourrit.

Luc, 9. 23-24 : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui-même et prenne sa croix chaque jour, et qu’il me suive. En effet, qui veut sauver sa vie, la perdra ; mais qui perd sa vie à cause de moi, la sauvera. »

La grotte est le lieu du dénouement de l’intrigue. On le sait déjà, c’est sous la terre, monde chtonien, que se trouvent les passages pour se rendre d’un monde à l’autre.

Les cavernes, les puits, les grottes et les souterrains sont, en outre, des entrées vers un univers peuplé de créatures inquiétantes, fantastiques qui gardent des trésors : Grand’Bête à tête d’homme pour notre conte, dragon chez Tolkien, griffon chez Flaubert[3], la littérature fourmille de ces êtres imaginaires.

On l’a vu plus haut, c’est dans ce lieu de passage et de transition que se dénoue l’intrigue à partir de laquelle naîtra le nouvel ‘‘être” et commencera un nouveau temps.

En partant de l’idée grecque de Gaïa, la déesse terre mère des races divines, et en étudiant l’assimilation de la grotte à la matrice (bien connue, dit-elle, en sciences des religions), Anne Marchand[4] a souligné la symbolique de renaissance représentée lors de la sortie de la grotte. C’est bien le cas du jeune homme de notre conte : il sort « autre ». Ayant accompli sa mission de ‘‘guide’’ pour ses semblables, il a ouvert la voie à un autre monde libéré du Mal. Cette interprétation est, on le voit bien, complètement catholique, car les cathares savent bien que chaque être ne peut suivre que son propre chemin, mais tout en sachant que tout le long de ce chemin il est essentiel de partager le seul et unique bien ; l’Amour universel.

N. B. :

 Pour ceux qui n’auraient pas vu, ou lu « Le hobbit : un voyage inattendu », voici deux des trois  énigmes posées par Gollum :

« Sans voix, il hurle, sans aile, il voltige, sans dent il croque, sans bouche, il chuchote. »

« Cette chose, toute chose dévore ; oiseaux, bêtes, arbres, fleurs. Il réduit les cailloux en poussière. Il détruit les rois et détruit les villes. Qui est-ce ? »

Chantal Benne le 25 juillet 2022


[1] Présentation de Bertrand Audouy, rédacteur en chef de Mythologies magazine (Edito n°49) : « L’épopée de Gilgamesh est une œuvre composite transmise oralement puis rédigée sous de nombreuses versions, initialement en sumérien entre le IIIe et le IIe millénaire avant notre ère. Ce serait le plus ancien récit de l’histoire humaine connu à ce jour.
Gilgamesh, jeune roi tyrannique de la cité d’Uruk, impose une domination totale sur son peuple pour satisfaire ses propres plaisirs. A lui seul, il incarne ce pouvoir absolu, cette hybris propre aux autocrates qui ne parviennent pas à s’imposer de limites. Repoussant la passion dévorante de la déesse Ishtar, soumis aux aléas de l’amour et de l’amitié, le héros lutte contre lui-même. Euphorique des exploits accomplis avec son ami Enkidu, (ils tuent Humbaba, le géant de la Forêt des Cèdres, combattent le taureau céleste, etc.) il est à la mort de son compagnon saisi par le doute, et va entreprendre une quête sur le secret de l’immortalité. Accéder à la sagesse en acceptant son statut de mortel, tel sera l’enjeu de son voyage en solitaire. ».
Gilgamesh, lors de son voyage va rencontrer les rescapés du Déluge. Nous avons ici la preuve que ce mythe est bien antérieur à l’A.T.

[2] Arnold Van Gennep (1873-1957) ethnologue folkloriste fut le fondateur du folklore en tant que discipline scientifique. Œuvres essentielles : « Les rites de passage : étude systématique » 1909 et « La formation des légendes » 1910.

[3] Gustave Flaubert : « Je suis le maître des splendeurs profondes. Je connais le secret des tombeaux où dorment les vieux rois. Leurs trésors sont rangés dans des salles, et plus bas, bien au-dessous des tombeaux, après de longs voyages au milieu des ténèbres étonnantes, il y a des fleuves d’or avec des forêts de diamant, des prairies d’escarboucles, des lacs de mercure. Adossé contre la porte du souterrain et la griffe en l’air, j’épie de mes prunelles flamboyantes ceux qui voudraient venir. La plaine immense, jusqu’au fond de l’horizon est toute nue et blanchie par les ossements des voyageurs… » in « La tentation de saint Antoine », 1874.

[4] Anne Marchand : auteure, conteuse et conférencière a publié plusieurs ouvrages de Contes et légendes aux éditions Hesse.

Le dragon doré

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Le dragon doré

Ce conte fonctionne comme un conte-formulaire. Le conte-formulaire est caractérisé par une phrase (ou plusieurs) répétée (s) d’un un bout à l’autre par le personnage principal. Mais les contes-formulaires souvent n’ont pas de fin. Ce qui n’est pas le cas de celui-ci. On peut le classer dans les contes merveilleux, à forte connotation spirituelle avec plusieurs références à la mythologie grecque.

Le titre quant à lui est trompeur car il n’y a aucun dragon dans ce conte. Le terme dragon[1] désigne à l’origine les militaires se déplaçant à cheval mais combattant à pied, bien que certaines périodes de l’histoire aient fait déroger à cette règle dans leur attitude de combat.

Les personnages du conte.

Les parents du prince ont pour rôle de présenter la situation initiale du conte, situation de bonheur partagé et de paix : « Riches et heureux, ils avaient un fils beau comme le soleil, honnête comme l’or et hardi comme Samson » (la phrase rime en gascon).

Le héros est donc le gentilhomme « parfait » à épouser, beau, aimable et courageux.

Un deuxième héros, toutefois est à considérer : le Grand Cheval Ailé, sans qui Dragon Doré n’irait pas bien loin.

Personnages réels et fabuleux coexistent donc dès le début de l’histoire.

Le Mal est personnifié par le Maître de la Nuit, personnage fictif lui aussi, qui peut abuser de ses grands pouvoirs maléfiques, mais uniquement la nuit. La nuit, signifiée ici par son côté obscur comme temps éminemment dangereux, se trouve être toujours malencontreusement le moment de la fuite pour nos héros. Ce sinistre personnage, sadique et cupide, a en outre des auxiliaires tout aussi puissants que lui. Ce sont « tous les Diables de l’Enfer » qu’il peut à tout moment appeler à la rescousse. Sa nature est clairement définie par le fait qu’à l’instar de « Corps sans âme » (personnage rencontré dans « l’Homme de toutes couleurs ») il est condamné à vivre jusqu’au jugement dernier, pour ne pas ressusciter. Nous sommes bien face au Diable. Bien plus redoutable que ce pauvre « Corps sans âme » il est sûr de vaincre, de s’approprier la Demoiselle, et prêt à inventer tous les supplices pour qu’elle flanche et fasse chuter son promis.

Le Bien est personnifié par le grand cheval-volant. Lui aussi, personnage fictif, nous rappelle bien sûr le divin cheval blanc ailé, Pégase[2]. Se déplaçant aussi vite qu’un éclair, connaissant le langage humain comme celui des oiseaux, il déjoue les pièges du Diable, informe, enseigne le héros : il se révèle, en fait, être son guide spirituel.

Le Bien a aussi ses auxiliaires ; les hiboux et chouettes effraies, à la physionomie particulière des animaux censés pouvoir jouer des rôles distincts, voire contradictoires comme on l’a déjà remarqué chez J-F. Bladé. Bien que faisant leur sabbat, ces animaux inquiétants car nocturnes, juchés au sommet du grand chêne, s’avèrent être une aide précieuse pour Grand cheval-volant qui chaque fois, en les écoutant deviser, apprend où la Demoiselle est retenue prisonnière. Gageons que leur savoir est utilisé dans un sabbat de magie blanche !

 Le chêne, lui aussi participe du merveilleux bienveillant : c’est toujours au pied d’un chêne que le héros est invité à se reposer et dormir en toute quiétude avant chaque nouvelle épreuve. On a déjà eu un aperçu de la valeur que J-F. Bladé donne au chêne. Non content d’abriter de nombreux animaux, il peut être aussi la résidence de fées (cf. La fée chevrière dans « l’homme voilé »). Cet arbre était par ailleurs un des sept arbres sacrés du bosquet des druides[3].

 Ce conte fonctionnant comme un conte-formulaire a éveillé mon attention sur cette formule répétée par Grand cheval-volant et j’ai trouvé dans celle-ci une résonance évangélique. Peut-être allez-vous trouver mon écho tiré par les cheveux…

Jean, 21.15-19 : Après le repas, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu plus que ceux-ci ? » Il répondit : « Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime » et Jésus lui dit alors : « Pais mes agneaux. » Une seconde fois, Jésus lui dit : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » Il répondit : « Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime. » Jésus dit : « Sois le berger de mes brebis. » Une troisième fois, il dit : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » Pierre fut attristé de ce que Jésus lui avait dit une troisième fois : « M’aimes-tu ? » Et il reprit : « Seigneur, toi qui connais toutes choses, tu sais bien que je t’aime. » Et Jésus lui dit : « Pais mes brebis. En vérité, en vérité, je te le dis, quand tu étais jeune, tu nouais ta ceinture et tu allais où tu voulais ; lorsque tu seras vieux, tu étendras les mains et c’est un autre qui nouera ta ceinture et qui te conduira où tu ne voudrais pas. » Jésus parla ainsi pour indiquer de quelle mort Pierre devait glorifier Dieu, et sur cette parole il ajouta : « -Suis-moi. »

 Revenons à notre conte.

Alors le grand cheval-volant parla :

« Dragon Doré, m’aimes-tu ?
Oui, je t’aime mon grand cheval-volant.
Dragon Doré, si tu m’aimes, couche-toi sous ce chêne, et dors. Moi, je ferai sentinelle. Dors, jusqu’à ce que je t’éveille. Alors, tu auras des nouvelles de la Demoiselle et du Maître de Nuit. » Une deuxième fois, le Grand cheval-volant interrogea :

« – Dragon Doré, m’aimes-tu ?
– Oui, je t’aime, mon grand cheval-volant. Bien souvent, tu m’as fait service, et tiré de peine à la guerre.
– Dragon Doré, si tu m’aimes, jure-moi, par ton âme, que tu ne me troqueras jamais contre une autre bête. Jure-moi, par ton âme que tu ne me vendras jamais, ni pour or, ni pour argent.
– Mon grand cheval-volant, je te le jure par mon âme. »

 Une troisième fois, le Grand cheval-volant parla :

« – Dragon Doré, m’aimes-tu ?
– Oui, je t’aime, mon grand cheval-volant. Bien souvent, tu m’as fait service, et tiré de peine à la guerre. Je t’ai juré, par mon âme, que je ne te troquerai jamais contre aucune bête. Je t’ai juré, par mon âme, de ne te vendre jamais, ni pour or, ni pour argent.
– Dragon Doré, couche-toi sous ce chêne, et dors. Moi, je ferai sentinelle. Dors, jusqu’à ce que je t’éveille. Alors, tu auras des nouvelles de la Demoiselle et du Maître de la Nuit. »

 Une quatrième et dernière fois, le Grand cheval-volant demanda :

« – Dragon Doré, m’aimes-tu ?
– Oui, je t’aime mon grand cheval-volant. Bien souvent, tu m’as fait service, et tiré de peine à la guerre. Je t’ai juré par mon âme, que je ne te troquerai jamais contre aucune bête ? Je t’ai juré, par mon âme, que je ne te vendrai jamais, ni pour or, ni pour argent.
– Dragon Doré, jure-moi, par ton âme, que jusqu’à ma mort, et pour tant que je mange le foin, le son et l’avoine ne me manqueront jamais.
-Mon grand cheval-volant, je te le jure par mon âme.
-Bon. Et maintenant, Dragon Doré, commande aux valets d’écurie de m’apporter sept sacs d’avoine, et de me tenir prête toute l’eau qu’il me faudra. Dans une heure, moi et toi nous serons partis pour un grand voyage. Tandis que je bourre ma panse, toi, va-t-en courir en ville. Achète une livre de poix chez un cordonnier, une aiguille d’or chez un orfèvre, et reviens au grand galop. »

Le Grand cheval- volant en tant que guide, comme Jésus, se montre ici omniscient : il connaît l’avenir et l’anticipe. Comme Jésus, encore, il demande à son interlocuteur de préciser ses sentiments, de pratiquer une recherche intérieure pour l’aider à mieux se connaître et à éveiller son esprit. L’Amour dénué d’intérêt, sans volonté de posséder l’autre ou ses biens (l’Agapè du héros) est ici comme pour les héroïnes de « La Belle et la Bête » et de « La légende de l’herbe bleue » mise à l’épreuve à l’aune de l’avancement dans la quête personnelle. Il est important de noter que ma mise en parallèle sur l’Amour ne peut aller très loin ; le conte est fortement empreint de la vision judéo-chrétienne : le héros fait plusieurs serments à son guide, et de plus jure par son âme afin de souligner l’importance de ces serments. Un cathare ne pratiquera jamais aucun de ces deux rites !

Si, enfin, l’on « dépouille » le Grand cheval-ailé de ses artifices merveilleux, étant donné le caractère versatile des humains à l’égard des animaux, on peut comprendre qu’il tente de s’assurer gîte et couvert pour ses vieux jours (cf. Les musiciens de la fanfare de Brême).

Les lieux du conte.

En « se baladant » dans les contes de J-F . Bladé, certains de ces lieux nous deviennent familiers :

– Le Bois de Ramier abrite cette fois la maison du Diable. Cette maisonnette lui sert de première prison pour cacher la Demoiselle.
– Le château de La Mothe-Goas est situé dans l’ancien comté compris entre Lectoure et La Sauvetat.
– Le ruisseau de Lauze, qui berce les pleurs de la Demoiselle, est un petit affluent du Gers.
– Pour accéder aux deux dernières prisons de la Demoiselle, les voyages seront tout autres.
– La deuxième épreuve se situe une nouvelle fois au-delà de « la mer grande, grande » pour marquer les difficultés croissantes. Cette mer souvent présente dans les contes de Bladé est le symbole de l’épreuve qui pousse nos héros et héroïnes à se dépasser, et à sortir « différents » un peu comme dans un rite de passage. La récompense vient alors, ici sous la forme d’objets magiques qui permettent la réussite de la dernière entreprise. La tour, sur la cime d’un rocher, construite d’or et d’argent n’est pas sans nous rappeler les prisons dorées de la Belle, et de l’épouse du Corbeau.
– Pour la dernière épreuve, le conteur n’hésite pas à nous envoyer dans les étoiles. La quête est alors au sommet de la spiritualité. Les Trois Bourdons désignent le baudrier d’Orion[4].

Quant à la ville de Bordeaux, elle semble ne représenter qu’une étape pour collecter les objets magiques : La poix, pour confisquer l’ouïe au prince, l’aiguille d’or pour lui confisquer la parole. Le chemin cathare apparaît clairement. Pour gagner en esprit, il s ‘agit de « dompter » ses sens.

La quête du héros.

 Si elle semble classique au départ [il s’agit pour le prince de libérer sa belle], elle s’avère néanmoins être singulière, ne serait-ce que par le choix des référents mythologiques et spirituels.

L’épreuve spirituelle tout d’abord ; l’interdit à ne pas transgresser (plus souvent réservée aux héroïnes (Le Petit Chaperon Rouge, Barbe Bleue, La légende de l’herbe bleue…) nous emmène sur le chemin cathare. Il s’agit pour le héros de nier l’influence de ses sens afin de continuer son chemin sans chuter comme lors des deux premières fuites. Il fuit le Mal qui est censé être bien plus fort que lui, le temps de la nuit, et le Mal bien sûr utilise ses armes les plus efficaces, à savoir les sens trompeurs de notre âme mondaine qui provoquent faiblesses et échecs. Il persécute la Demoiselle, lui inflige des souffrances physiques afin qu’elle appelle son promis à l’aide et le pousse ainsi à la faute, il la terrorise en sortant son épée pour lui laisser croire qu’il va tuer son chevalier alors que son sadisme n’est pas pressé d’en finir. La menace du Diable est très claire : « Jusqu’à la pointe de l’aube, j’ai pouvoir de vous tourmenter. Dis un mot, retourne-toi vers ta belle, je l’emporte ; et tu ne la retrouveras jamais, jamais. » Il s’agit donc d’un double interdit : ne pas parler à son aimée, ne pas la regarder. Les deux premiers échecs de fuite étant analysés, il est temps de prendre la décision qui évitera un nouvel échec. Soumis encore à la mondanité de son âme, il faut donc trouver le moyen de la faire taire ; la solution, bien que provisoire est spectaculaire et quand même violente. Mais je pense en fait que la méthode importe peu, ce qu’il faut retenir c’est qu’avec une détermination et une foi infaillibles chacun, face aux difficultés apparemment infranchissables, peut finalement trouver une solution. Le prince ne manque de courage dans aucun de ses combats face au Diable : « Alors, il tira son épée, et frappa sans peur ni crainte », ou encore « D’un grand coup de pied, le Dragon Doré brisa la porte. » Vainqueur dans chacun de ses combats physiques « Tous deux tirèrent leurs épées, et firent bataille. Enfin, le Dragon Doré porta son ennemi par terre. », c’est dans la fuite du Mal, (alors métaphore de son propre avancement dans le Bien) que le prince trébuche plusieurs fois, comme tout cathare sur son chemin.

Cet interdit s’inspire du magnifique mythe d’Orphée et Eurydice que je prends grand plaisir à vous rappeler ici.

Apollon, dieu grec de la musique, offrit à son fils Orphée une lyre. Celui-ci jouait si bien qu’il surpassait même l’habileté de son père. Lorsque Orphée jouait, les objets qui l’entouraient prenaient vie tant sa musique était envoûtante. C’est en jouant de sa lyre dans un bois qu’Orphée attira la belle nymphe Eurydice. Amoureux, ils se marièrent mais leur bonheur fut de courte durée, interrompu par la disparition tragique d’Eurydice, tuée par un serpent venimeux. Orphée perdit alors le goût de la vie et de la musique. Mais, non résigné, il décida d’aller chercher sa bien-aimée aux Enfers. Charmant avec sa musique les défenseurs des lieux, il réussit à obtenir une audience avec le dieu des Enfers, Hadès tombé lui aussi sous le charme. Ce dernier lui permit de ramener Eurydice à la vie sur terre à condition qu’il respectât une règle : il ne devait pas la regarder avant qu’ils ne fussent tous deux de retour au pays des vivants. On sait bien que la cruauté de ces dieux-là pouvait égaler les pires noirceurs du Diable. Arrivé à la surface, Orphée, heureux se retourna pour embrasser enfin Eurydice lorsqu’il se rendit compte qu’elle n’était pas sortie totalement des Enfers. La règle transgressée, la punition ne se fit pas attendre : Eurydice disparut à jamais. Cette tragique belle histoire symbolise l’amour intense et les limites que les humains sont prêts à franchir pour le garder.

Le temps du conte.

Le temps ne peut être ici étudié de la même manière que dans d’autres contes. Si l’on nous précise que le prince suivit sa formation militaire pendant trois ans auprès de son roi, le temps va ensuite se dérouler à toute vitesse, à l’image du Grand cheval-volant. Il s’agit de fuir le Mal, et malgré les compétences hors pair de notre cheval, le héros et sa belle sont de simples humains bien fragiles qui chutent par deux fois. La délivrance de la belle puis la fuite effrénée se succèdent alors sans temps d’arrêt. Les pauses, les parenthèses philosophiques et spirituelles sont suggérées par les formules répétées de Grand cheval-volant, dans son questionnement sur l’amour, et, dans celles serinées du Maître de la Nuit, comme une réponse en écho négatif sur l’amour impossible.

Le Grand cheval-ailé : « Dragon Doré, m’aimes-tu ? […] Dragon Doré, si tu m’aimes, jure-moi, par ton âme […] »

Le Maître de la Nuit : «  […] Jusqu’à la pointe de l’aube, j’ai pouvoir de vous tourmenter. Dis un mot, retourne-toi vers ta belle, je l’emporte ; et tu ne la retrouveras jamais, jamais. »

On peut relever aussi que pour exprimer le temps les adverbes et locutions adverbiales ont été choisis avec minutie. On l’a vu, les voyages pour libérer la belle de sa prison et les fuites qui s’en suivent se passent toujours la nuit, temps réservé au Mal, ici Maître de la Nuit, temps de l’obscurité et qui peut connoter aussi le Néant, temps du fini, comme on le voit au dénouement. Les seules expressions choisies et paraphrases, qui dénotent un temps un peu plus long, ajoutent à la poésie du conte : « entre le coucher et le lever du soleil », « avant la pointe de l’aube », « jusqu’au lever du soleil », « jusqu’à sa mort »…

 Mais si ce temps appartient surtout au Mal, malgré son nom prétentieux il n’en est pas vraiment le maître incontesté. En effet, on l’a vu, les bêtes de la nuit dont les humains se méfient souvent, ne sont pas forcément ce que l’on veut croire ; la preuve, ces hiboux et chouettes qui en devisant révèlent de précieuses informations à nos héros dans leur quête. « Ces bêtes qui savent tout ce qui se passe chaque nuit » « devisaient à la cime du chêne ». Les expressions du temps connotent alors la douceur et la civilité : « les effraies menaient toujours leur sabbat, et devisaient, tant que la nuit durait encore ». La nuit, Bien et Mal sont possibles.

Les adverbes dans la bouche du Maître de la Nuit sont tranchants comme des lames, comme pour affirmer peut-être un pouvoir pas si certain : « … et tu ne la retrouveras jamais, jamais. »

 Le point d’orgue se situe, bien sûr, au lever du soleil : «  Jusqu’au lever du soleil, il fit sans se retourner, bataille contre le Maître de la Nuit et tous les Diables de l’enfer. Alors, ce méchant monde s’évanouit comme une brume. »

« jamais » connotait bien le néant d’être du Mal qui devient effectif à « la pointe de l’aube » lorsqu’il disparaît comme une brume, suivi de tous ses démons.

Pour tenter une belle conclusion, je ne peux résister au désir de citer cette enchanteresse phrase cathare chère à Guilhem : « Si le Mal est vainqueur dans le temps, le Bien est vainqueur dans l’éternité. »

Chantal Benne


[1] Les premiers exemples de telles unités remontent à l’Antiquité avec les Dimaques d’Alexandre le Grand ou les Alamans. Au Moyen-Âge, le dragon était considéré comme le symbole de la puissance et de la vaillance, deux qualités qui le rendent invulnérable. C’est ce qui explique que de nombreux chevaliers l’aient placé dans leurs armoiries.

[2] Le cheval ailé divin, généralement blanc, avait pour père Poséidon. Son frère Chrysaor et lui étaient nés du sang de la gorgone Méduse, décapitée par Persée. D’après les poètes gréco-romains, il monta au ciel après sa naissance et se mit au service de Zeus, qui le chargea d’apporter les éclairs et le tonnerre sur l’Olympe. Capturé par Belléphoron, un roi de Corinthe, il aida ce dernier à vaincre la Chimère. Plus tard, il retrouva Zeus qui le transforma en constellation du même nom.

[3] Chez les Celtes, le chêne était un des sept arbres sacrés du bosquet des druides avec l’aulne, le bouleau, le houx, le pommier, le saule et le noisetier.  Le bosquet des druides était un lieu religieux, magique et initiatique, un temple rituellement organisé consacré aux divinités qui parlaient dans leurs branches.

[4] La ceinture du baudrier d’Orion est l’un des astérismes les plus connus. Les astérismes sont ces figures remarquables dessinées par des étoiles particulièrement brillantes. Ce baudrier est composé de 3 supergéantes bleues, Alnitak, Alnilam, Mintaka, point de repère du ciel nocturne et objet de nombreuses références mythologiques et religieuses.

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