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Qu’as-tu fait de ton talent ?

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Qu’as-tu fait de ton talent ?

Nous connaissons tous la parabole des talents que l’on trouve dans le Nouveau Testament chez Matthieu1. Le problème est qu’elle est souvent comprise à l’envers car le formatage judéo-chrétien nous pousse souvent à trouver correct le contraire de ce que nous dicte la logique.

Dans cette parabole pourtant, les choses sont clairement dites. « Un homme partant en voyage a appelé ses esclaves… » Les choses sont claires concernant les rapports entre les hommes de l’histoire, l’un est le maître absolu des autres. Il ne s’agit pas d’un père et de ses enfants mais d’un maître et de ses esclaves. Il leur distribue ses talents — qui sont la plus forte monnaie romaine, dont la valeur est par comparaison équivalente à 6000 drachmes — de façon non pas égale mais « à chacun selon sa force » nous dit le texte. Donc, le maître ne traite pas ses esclaves sur un pied d’égalité mais en fonction du retour qu’il en espère… et il ne sera pas déçu.

Les deux premiers esclaves cultivent et développent le talent donné par leur maître de façon à lui rendre deux fois ce qu’ils ont reçu mais le troisième enterre l’argent afin de rendre exactement ce qu’il a reçu.

À son retour le maître établit son jugement selon ce critère de rentabilité. À celui qui lui rend le plus de talents il promet le pouvoir sur beaucoup, au deuxième également qui rapporte moins mais qui avait moins au départ. Quant au dernier, il adresse une remarque peu compatible avec son état d’esclave : « Seigneur, je te connais, tu es un homme dur, tu moissonnes là où tu n’as pas ensemencé, tu ramasses là où tu n’as pas semé. Effrayé, je m’en suis allé cacher ton talent dans la terre ; vois, tu as ce qui est à toi. ». La réponse du maître est sans équivoque. D’une part il manifeste sa surprise d’avoir été percé à jour sur sa propre malhonnêteté que vient de lui révéler l’esclave : « Tu savais que je moissonne là où je n’ai pas ensemencé et que je ramasse là où je n’ai pas semé ? ». L’esclave n’est donc pas aveugle et ne s’en laisse pas conter par la différence de niveau social ; il a jaugé son maître et lui administre une appréciation froidement réaliste. Ensuite, il reproche à cet esclave de n’avoir pas déposé cet argent en banque pour garantir a minima un petit intérêt à son maître. Alors le maître finit de révéler sa nature en exigeant que l’on retire le talent de cet esclave pour le donner à celui qui en a le plus.

Vous l’avez compris, contrairement à ce que les religions judéo-chrétiennes disent de cette parabole, le chrétien cathare dit que ce maître n’est pas Dieu mais le démiurge, c’est-à-dire le diable, que les deux premiers esclaves sont des hommes qui n’ont pas encore connu l’éveil et qui suivent les ordres de leur maître comme le dit l’Évangile selon Jean : « Vous avez pour père le diable et vous voulez ce que désire votre père. »3. Le troisième esclave est manifestement un éveillé qui ne se laisse mener ni par la ruse, ni par la crainte. Il dit son fait à son maître et agit ainsi qu’il le doit pour rester conforme à sa conception des rapports qu’il faut entretenir avec un tel maître. Pour résumer son action on peut la décomposer. D’abord, il est esclave et accepte son état sans regimber. Il prend ce que son maître lui donne mais là s’arrête son apparente passivité. Sachant la vraie valeur de ce que son maître lui donne et comprenant le piège qui lui est tendu, il veille à la fois à ne pas faire croître ce qui lui est remis et à ne pas le dégrader. Il le conserve donc en état et le rend tel qu’il l’a reçu. Ensuite, il montre bien par son discours que ce n’est pas par incompétence ou par paresse — contrairement à ce que dit son maître pour sauver la face — qu’il a agi, mais en pleine conscience et en toute volonté. Ce qui revient à dire qu’il est conscient de son état mais qu’il n’en a cure car en fait il est le plus libre des trois.

Que nous donne le maître ?

Il est intéressant que la monnaie romaine ait donné lieu à la création d’un substantif homonyme désignant une qualité personnelle spécifique à chacun. Ce n’est pas par hasard me semble-t-il, mais dénote bien à quel point cette parabole fut mal comprise en son temps. En effet, cette monnaie qui brûle les doigts devient une qualité dans notre langage courant.

Passons. Que sont ces talents que nous donne le démiurge ? En fait ils ont une sorte de point commun qui montre bien leur origine à qui fait preuve d’attention. Ils semblent toujours venir de nous, voire ils pourraient parfois sembler venir du Dieu d’amour car ils peuvent faire le bien, et à aucun moment le maître ne se montre en face. D’ailleurs il est amusant de constater comment l’imagerie collective, que ce soit dans des œuvres littéraires ou cinématographiques, tend à montrer d’autres talents qui eux affichent clairement leur caractère maléfique et qui sont d’ailleurs souvent contrés à la fin.

Non, nos talents nous sont toujours présentés sous un jour positif — le Mal est bon vendeur — et nous laisse croire que les utiliser et les développer ne peut nous mener qu’au service du bien.

Cela est vrai des talents immédiatement identifiés de façon positive. Tel a le talent de créer des objets ou des œuvres d’art qui sont utiles à ses contemporains ou qui leur ravissent les sens. Tel a le talent de soulager les souffrances morales ou physiques, de corriger les handicaps ou les effets de la maladie et tous y voient quasiment un miracle divin. Tel a le talent de dépasser sa condition matérielle et de se projeter dans un monde extra-sensoriel d’où il pourra accéder à des connaissances susceptibles de l’aider à corriger chez d’autres ce qui apparaît comme injuste et malveillant. Qui ne pourrait dire que de tels talents sont universellement ressentis comme positifs ?

D’autres talents sont ambigus et sont appréciés différemment selon le point de vue de chacun. Le talent de réaliser des fortunes qui serviront ensuite à aider les démunis, celui d’inventer ou de créer des moyens qui permettront à l’humanité de progresser dans sa maîtrise de l’environnement serviront aussi au bien-être général. Mais en fait il est facile de comprendre le côté sombre de ces talents. La richesse ne s’acquiert qu’au détriment d’un autre que l’on vole ou que l’on appauvrit. Les découvertes positives sont le plus souvent des ouvertures à des utilisations mauvaises et destructrices de l’homme et de son environnement.

Pour autant, faut-il faire fructifier les premiers et rejeter les seconds ? Ma réponse va sans doute en surprendre beaucoup.

En fait, je voudrais d’abord vous faire comprendre que, de mon point de vue, il n’y a pas de bon talent. Tous les talents mondains — les extra-sensoriels inclus — sont de nature mondaine, donc maligne. Dieu ne nous donne pas de talent, car il n’intervient pas en ce monde et surtout il n’a pas la possibilité d’intervenir sur la part mauvaise de ce monde4. Nos talents provoquent des destructions visibles ou non sur les autres mais surtout sur nous. D’abord, contrairement au troisième esclave, nous nous laissons endormir par nos talents. Ils flattent notre ego car ils nous font différent des autres. Or, ce que nous enseigne le christianisme c’est que nous sommes tous membres égaux d’un tout unique. Ils nous valorisent en nous laissant croire que nous bénéficions d’une attention particulière de Dieu alors qu’en fait le diable ne fait qu’agiter le fil de la marionnette que nous sommes et cette agitation nous avons même tendance à l’amplifier, comme les deux premiers esclaves augmentent le bien du maître. Nous faisons du bien avec notre talent ? Oui, surtout à nous, mais en fait ce bien qui ne vient au mieux qu’atténuer un peu du mal de ce monde vient surtout resserrer les chaînes des uns et des autres. Quand nous soignons un corps malade, nous soulageons une souffrance en créant deux maux. Le premier nous place en situation de pouvoir face à celui que nous soulageons, que nous le voulions ou pas, d’autant que ce sentiment est souvent partagé par celui que nous soulageons et, là-dessus nous n’avons pas la capacité de faire admettre la réalité. Le second est que nous transformons en faux bien ce qui est un vrai mal5. Le troisième esclave lui ne s’en laisse pas conter. Il ne cherche pas à soulager la souffrance qui l’entoure avec le talent du maître. Non, il l’enterre et le laisse là où il espère que ce talent aura le moins d’interactions possible avant le rendre à son propriétaire. Si je soigne un corps je révèle que ce corps est imparfait dans sa conception, que son concepteur est lui-même imparfait et au lieu de provoquer une prise de conscience chez celui qui est la première victime de cette imperfection, je provoque au contraire l’émerveillement quant au talent que j’ai reçu et le fond du problème est ainsi masqué. C’est un peu comme dans la fameuse histoire de la « Disputatio de Fanjeaux »6 où face à l’impossibilité de départager le clan judéo-chrétien représenté par Dominique de Guzman du clan cathare, l’historiographie catholique proposa une fable prétendant que les deux clans auraient accepté de jeter leurs argumentaires écrits dans un feu et que ce feu aurait refusé de consumer les écrits de Dominique. Cette ordalie prétend cacher le fond. Les arguments de Dominique ne sont pas de la qualité que l’on voudrait nous faire croire puisqu’ils n’arrivent pas à emporter l’adhésion générale. Le Dieu de Dominique, pourtant hyperactif et tout puissant en ce monde se heurte à des individus qui agissent seuls au nom d’un Dieu étranger et inconnu qui lui ne leur prête pas main forte en ce monde. On fait donc appel à ce miracle dont l’analyse ne manquerait pas de faire rire un croyant cathare bien informé7.

Donc, nos talents, apparemment bons ou clairement douteux, sont en fait identiques. Mais faut-il pour autant refuser de les utiliser comme l’esclave le fait dans la parabole ?

Que devons-nous faire de nos talents ?

En fait, j’ai oublié de préciser qu’il est un talent qui nous est donné à tous de façon égale. Si je ne l’ai pas cité c’est que les croyants cathares sont loin d’y voir un talent. Il s’agit en fait de notre enveloppe charnelle que l’on appelle aussi : la vie ! En effet, pour la plupart, la vie est un don du ciel, un merveilleux talent mais pour nous c’est une prison.

Ce talent est celui cité dans la parabole. C’est celui-là que l’esclave enterre et rend identique à ce qu’il a reçu à son maître. Comme lui il convient que nous le préservions, sans le détruire et sans le valoriser, jusqu’au moment où le maître de ce monde nous le reprendra pour le donner à un autre.

Pour nos autres talents, nous pouvons essayer de les mettre au service de l’esprit, mais le plus important est la lucidité. 
Il faut à tout prix éviter de se laisser tromper par les intentions du maître. Ces talents sont comme un cheval fougueux qui nous est remis sans nous dire qu’en fait il dépasse nos compétences à le mener. Notre talent ne demande qu’à nous échapper pour provoquer d’immenses dégâts dans notre cheminement spirituel.

Il faut donc utiliser nos talents positifs au regard du monde pour essayer d’atténuer les souffrances ou le mal sans céder à l’illusion que nous sommes maître de ces talents, sans laisser notre sensualité (j’entends par là nos cinq sens) prendre le dessus afin de nous valoriser de ce que nous réalisons grâce à nos talents et sans nous croire propriétaire de ce qui nous est donné par le mauvais maître. Soyons « l’esclave inutile »8 que le maître souhaite envoyer dans le pire endroit possible. Plus le maître du monde, et par extension le monde lui-même, nous détestera, plus nous pourrons croire suivre la bonne route.
 En effet, quel pire camouflet pour lui que de nous voir utiliser les talents qu’il nous a remis pour permettre à l’esprit qui nous habite de contrecarrer partiellement son œuvre ? Enfin, viendra le jour où il nous demandera à nous aussi ce que nous avons fait de nos talents et nous pourrons lui rendre le talent ultime que nous tenons de lui : notre enveloppe charnelle, en lui disant enfin ses quatre vérités qui accompliront la révélation de notre parfaite lucidité qui nous ouvrira le chemin de retour vers l’empyrée divin d’où nous sommes éloignés depuis si longtemps.

Voilà le seul message que je souhaite vous transmettre. Gardons notre totale lucidité sur nos talents et n’oublions pas que tout ce qui brille n’est pas d’or et que ce qui valorise notre sensualité est forcément mondain, aussi extraordinaire que cela puisse nous paraître.

Guilhem de Carcassonne.


1. Évangile selon Matthieu XXV – 14, 30
2. C’est la source principale de l’erreur que commettent les exégètes qui confondent la monnaie romaine et la compétence innée ou acquise.
3. Évangile selon Jean, en VIII-44.
4. Dieu, surtout, ne favorise pas une part de l’Esprit unique au détriment des autres.
5. En soignant les corps nous entretenons la prison mondaine qui est appelée à disparaître en libérant l’esprit saint qu’elle emprisonne.
6. Petit livre sur le commencement de l’Ordre des Prêcheurs (libellus de principiis ordinis Prædicatorum par Jourdain de Saxe – 1233-1234 (Bologne ou Milan).
7. En effet, pour les cathares, le feu étant une création mondaine, donc maligne, a protégé l’œuvre du serviteur involontaire du démiurge.
8. Évangile selon Matthieu : XXV-30

L’Église cathare de France

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L’Église cathare de France

Nous savons qu’au Moyen Âge (1167) s’est tenue une assemblée à Saint-Félix Caraman (aujourd’hui de Lauraguais) qui réunissait les représentants du catharisme de France et d’Occitanie. Parmi eux, voici ceux dont nous avons conservé les noms : Sicard Cellerier, « évêque d’Albi » – Marc, de Lombardie (qui appartenait alors à l’Occitanie) – Bernard Raimond, de Toulouse – Guiraud Mercier, de Carcassonne – Raimond de Casalis, d’Agen et Robert d’Épernon, « évêque des Français », sans que soit précisé si ce dernier était attaché à une région particulière ou s’il portait ce titre faute d’avoir pu s’implanter de façon précise dans un royaume où les « cathares » connaissaient invariablement un sort funeste.Read more

Un mythe qui a la vie dure

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Voici ma réponse aux deux articles publiés dans le Figaro-Magazine du 2 août 2019.

Madame, Monsieur,

Je vous adresse ce courrier pour demander un droit de réponse aux deux articles publiés dans votre édition du 2 août dernier concernant le catharisme, ou plutôt sa négation devrais-je dire.

Le texte de l’article « Splendeurs et mystères du Pays cathare », écrit par M. Nicolas Ungemuth est littéralement pitoyable. Ce monsieur a sans doute fouillé les poubelles du web pour se « documenter ». En effet, il fait encore référence à l’apparentement du catharisme au manichéisme, théorie amplement et brillamment démontée par M. Jean Duvernoy dans son ouvrage « La religion des cathares » paru en… 1976 ! Ses allusions nauséabondes sur l’intérêt des nazis pour le catharisme, mériteraient quant à elles la lecture de M. Christian Bernadac sur Otto Rahn.

Pour essayer de m’élever un peu au-dessus de cette boue, je voudrais rappeler à ce monsieur, qu’effectivement les cathares ne se sont jamais appelés ainsi eux-mêmes. De même que les premiers chrétiens ne s’appelaient pas chrétiens ou que les protestants des Cévennes n’avaient pas choisi le sobriquet de parpaillots qui leur fut attribué. Ces termes sont des insultes provenant de leurs ennemis qui finissent souvent par être adoptés quand les personnes concernées surmontent les obstacles jetés sur leur route. Le mot cathare vient effectivement des catholiques, plus précisément d’un moine rhénan — Eckbert de Schönau — qui fit un jeu de mot visant à associer les hérétiques qu’il avait en face de lui à des adorateurs du diable ! Mais ce mot fut repris à de nombreuses occasions par les responsables de l’Église catholique pour désigner une catégorie bien précise d’hérétiques dont la doctrine était fondamentalement opposée à la leur. Je vous signale à l’occasion que le terme chrétien n’était pas la propriété exclusive des catholiques dans les premiers siècles. Comme nous le dit Walter Bauer dans son livre « Orthodoxie et hérésie au début du christianisme » (éd. Du Cerf), à Édesse au 2esiècle, ce sont les marcionites que l’on appelait chrétiens, car ils étaient les plus nombreux. Les catholiques locaux étaient appelés palutiens, du nom de leur évêque (Palut). Comme quoi se baser sur un nom pour établir une réalité historique est un manque de jugeotte. Votre « journaliste » met involontairement le doigt sur le point crucial de la campagne négationniste que connaît le catharisme. La volonté de développer le tourisme dans une région, longtemps sinistrée, conduit à vouloir transformer le catharisme en produit de consommation, ce qui implique de lui ôter tout caractère de réalité gênante. En effet, que dirait-on si l’Allemagne organisait un tourisme autour de la Shoah ? Mais le catharisme n’a plus une population fortement choquée par son éradication pour le défendre. Aussi est-il moins risqué pour de courageux historiens, politiques et journalistes de s’en prendre à lui. Bien entendu le « Pays cathare » est une invention du département de l’Aude, peu soucieux de s’attribuer un phénomène qui s’est manifesté dans bien d’autres lieux (Ariège, Haute-Garonne, Hérault, mais aussi Champagne, Orléanais, Flandres, Rhénanie, Bosnie, etc.).

Le plus triste est l’intervention d’un autre journaliste, M. Jean Sévillia, sous le titre « Un mythe qui a la vie dure ».

Ce monsieur se réfère à une exposition itinérante, organisée par Mme Alissia Trivellone, universitaire à Montpellier, mais aussi membre d’un groupe actif dans la négation du catharisme, le GIS HéPoS (groupement d’intérêt scientifique Hérésie, Pouvoirs, Sociétés – Antiquité, Moyen Âge et Époque moderne) qui tente de poursuivre l’œuvre de révisionnisme amorcée à Nice par Mme Monique Zerner, largement démontée par MM. Duvernoy et Roquebert, entre autres. Comme elle, il joue sur les mots et tente de tromper le lecteur en faisant des raccourcis. Mme Trivellone a bénéficié de réponses hautement argumentées à ses assertions, auxquelles elle a évité de répondre dans le détail. On la comprend !

Si les cathares ne se sont jamais appelés cathares eux-mêmes — c’est l’Église catholique, pape en tête, qui les appelait ainsi —, l’étymologie grecque « katharos = purs » est douteuse, car on imagine mal les catholiques traiter leurs adversaires de purs, ce qui sous-entendrait que les autres chrétiens ne le sont pas ! Effectivement, les catholiques affublaient les cathares de noms variés et parfois fleuris, selon les régions où ils étaient repérés : piphles, tisserands, patarins, albigeois, bougres. Ces termes les désignant soit par leur activité principale, soit par leur zone géographique, voire en les traitant de menteurs (piphle = pipeau) ou de sodomites (bougre = bulgare = sodomite), permettait de les identifier et de les dissocier des groupes dissidents catholiques que la réforme grégorienne avait suscités, mais aussi de marquer l’incompréhension d’une religion dogmatique envers une religion disposant d’une certaine plasticité doctrinale. Mais notre culture judéo-chrétienne nous laisse croire que le christianisme est uniforme alors qu’il est divers depuis le premier siècle qui vit un schisme séparer ceux qui voulaient associer judaïsme et christianisme (judéo-chrétiens dont font partie les catholiques, les protestants et les orthodoxes d’aujourd’hui) et ceux qui voulaient ouvrir le christianisme à tous les peuples comme nouvelle religion émergente (pagano-chrétiens dont font partie les cathares).

Donc, oui les cathares sont des hérétiques si on les regarde du côté catholique de l’époque, mais ils ne sont pas des dissidents, car leur doctrine est depuis toujours fortement opposée sur beaucoup de fondamentaux, à celle des judéo-chrétiens. Si les cathares médiévaux n’avaient pas été une Église efficace et structurée, croyez-vous que les catholiques auraient ressenti la nécessité de créer des ordres religieux adaptés, comme les dominicains, pour s’opposer à eux sur le terrain des Écritures ?

Si votre journaliste avait lu M. Roquebert, il saurait que Simon de Montfort n’a pas mené la croisade, du moins pas avant Carcassonne où les conditions de la capture du vicomte Trencavel furent si peu glorieuses que les seigneurs, qui avaient prééminence sur lui, refusèrent tous ce cadeau jugé dégradant. Le légat a-t-il prononcé cette phrase ? nul ne peut l’affirmer ni le nier. Par contre, ce qu’il a dit aux chevaliers fut tout aussi clair à la vue du résultat sur la ville martyre de Béziers. Si la violence fut tout autant du côté des croisés que de celui des occitans, deux choses doivent être dites. D’une part la violence de l’agresseur est moins justifiable que celle des défenseurs, et d’autre part les cathares n’y ont jamais pris part, leurs vœux leur interdisant tout violence fut-ce à l’encontre d’un animal. Le valdéisme n’a pas remplacé le catharisme, car ils étaient concomitants ; il y eut même une dispute théologique les réunissant. Oui, la société médiévale, entièrement organisée autour du catholicisme, n’avait pas les moyens de répondre au catharisme qui prônait l’égalité des sexes, la non domination des classes sociales, le partage des biens, le travail de tous, etc. Ces idées, dont beaucoup sont encore utopiques de nos jours ne pouvaient obtenir de réponse et, les risques sociaux qu’elles faisaient encourir aux classes dominantes de l’époque portaient le germe de la violence qui s’est déchaînée contre elles.

Mais dire cela ne justifie pas le si piètre travail de gens dont la haute mission sociale est d’analyser et de présenter les choses de façon à éduquer la population, pas à servir ceux qui veulent l’abêtir pour libérer du « temps de cerveau » aux annonceurs publicitaires.

Je vous remercie de ne pas caviarder ma réponse.

Sincères salutations.

Éric Delmas, Président de Culture et études cathares, chercheur en catharisme et auteur de Catharisme d’aujourd’hui.

Vous avez dit « Cathare » ?

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Voici, ci-dessous, la réaction de M. Michel Roquebert, historien du catharisme incontesté depuis  de longues années et également connu pour ses interventions à l’encontre des nombreuses tentatives révisionnistes anti-cathares qui deviennent maintenant du négationnisme à l’encontre de cette religion.

VOUS AVEZ DIT « CATHARE » ?

Sur quelques interviews d’Alessia Trivellone

Le 5 octobre 2018, trois mois après la parution chez Perrin de mon ouvrage « Figures du catharisme », Mme Alessia Trivellone, Maître de conférence en Histoire médiévale à l’Université Paul-Valéry de Montpellier, donnait au quotidien L’INDEPENDANT une interview pour annoncer l’exposition qu’elle allait présenter du 6 au 13 dans les locaux de ladite université, sous le titre « Le catharisme : une idée reçue ». Car, explique-t-elle, ce n’est qu’un mythe né au XIXe siècle, les prétendus « cathares » ayant servi « comme catalyseurs d’une identité régionale ». Et Mme Trivellone de s’étonner qu’encore aujourd’hui tant de personnes se reconnaissent « dans ces figures d’une histoire fantasmée ». Elle revint à la charge le 28 octobre, dans les colonnes de LA DEPECHE DU MIDI, pour reprendre l’idée que l’histoire du catharisme est une pure « mythologie contemporaine », mais expliquant cette fois que le mythe « est né au Moyen Age même », le XIXe siècle n’ayant fait que le récupérer pour en nourrir en quelque sorte la quête, dans le Midi, d’une identité régionale

Si la position de Mme Trivellone est claire, les arguments sur lesquels elle s’appuie sont en revanche bien étranges.

Aucune source historique, affirme-t-elle, ne parle des « cathares » à propos du Midi ; les procès-verbaux de l’Inquisition parlent seulement d’« hérétiques », mais « c’est en extrapolant des données de ces procès-verbaux que des historiens ont voulu voir l’existence d’une Eglise hérétique organisée en communautés ». Ces procès-verbaux posent en effet un problème : « Il s’agit de dépositions d’accusés privés des droits fondamentaux de défense, extorquées parfois sous la torture, par des inquisiteurs à la fois accusateurs et juges. On a le devoir d’être sceptiques, d’autant plus que ces mystérieux « hérétiques » ne nous ont laissé aucune source de leur côté ».

Faut-il s’attarder à répondre aux deux derniers arguments, celui qui concerne le crédit à accorder aux sources inquisitoriales, et celui qui nie l’existence de sources « hérétiques » ? Personne ne croira jamais que Mme Trivellone ignore que quiconque est un peu familiarisé avec les interrogatoires conservés, qui s’étalent de l’enquête de Bernard de Caux et Jean de Saint-Pierre sur le Lauragais en 1245 et 1246 aux procédures conduites par Jacques Fournier en comté de Foix entre 1318 et 1325, sait à peu de choses près mesurer le degré de fiabilité des dépositions. Qui prendrait par exemple pour argent comptant toutes celles faites devant Jean Galand puis Guillaume de Saint-Seine, de 1283 à 1291 ? Qui récuserait Bernard de Caux ou Jacques Fournier sous prétexte qu’ils auraient pu, peut-être, faire torturer leurs « témoins » ? Mais admettons qu’une interview donnée à un quotidien ne laisse pas le temps d’entrer dans les détails et condamne peu ou prou à grossir le trait. A beaucoup plus de perplexité nous conduit l’affirmation péremptoire que les hérétiques « ne nous ont laissé aucune source de leur côté ». Mme Trivellone jette-t-elle donc aux orties le Livre des deux principes, le Traité cathare anonyme, le Rituel latin de Florence, édités et étudiés par Christine Thouzellier, le Rituel occitan de Lyon, le Traité de l Eglise de Dieu et la Glose du Pater, en occitan eux aussi, qui ont curieusement échoué à Dublin, tous textes savamment édités, traduits et étudiés par René Nelli, Jean Duvernoy, Anne Brenon, Enrico Riparelli et bien d’autres ? Mais comme il serait absolument impensable qu’elle n’en ait jamais entendu parler, essayons encore de lui accorder le bénéfice du doute : peut-être a-t-elle voulu dire que les hérétiques méridionaux qu’on appelle – à tort, selon elle – « cathares », n’ont laissé aucun écrit, tous les textes que nous avons cités provenant peut-être, dans son esprit, de pays autres que le Midi. Hélas ! il est impossible de lui faire cette concession, car d’où peuvent provenir les textes occitans, si ce n’est du pays d’Oc ? « Oublier » les preuves qui contredisent votre thèse est quand même une bien étrange pratique, surtout quand on prétend, comme les tenants de la « Nouvelle Histoire », avoir enfin découvert la vérité, ce qui rend définitivement obsolète tout ce qui a été écrit avant vous. Or c’est à propos de l’appellation même de « cathares » que Mme Trivellone commet les oublis les plus incompréhensibles.

Tout le monde sait, depuis longtemps, que les hérétiques de cette Provincia qu’on nommera Languedoc ou Midi de la France ne se sont jamais appelés entre eux « cathares ». De là à croire que personne ne les a appelés ainsi, il y a loin ! Rappelons les sources qui montrent que le mot était loin d’être inconnu quand il s’agissait de désigner les hérétiques du pays d’Oc :

1°) – Canon 27 du IIIe Concile œcuménique du Latran (mars 1179) : « Dans la Gascogne albigeoise, le Toulousain, et en d’autres lieux, la damnable perversion des hérétiques dénommés par les uns cathares (catharos), par d’autres patarins, publicains, ou autrement encore, a fait de si considérables progrès… » (Texte dans J.D. Mansi, Sacrorum conciliorum nova et amplissima collectio, t. XXII, 231 .Traduction française par Raymonde Foreville dans Histoire des conciles œcuméniques, Paris, l’Orante, 1965, t. VI, p. 222.)

2°) – Le 21 avril 1198, le pape Innocent III écrit aux archevêques d’Aix, Narbonne, Auch, Vienne, Arles, Embrun, Tarragone, Lyon, et à leurs suffragants : « Nous savons que ceux que dans votre province on nomme vaudois, cathares (catari), patarins… ». Or cette bulle pontificale s’adresse à des prélats qui sont tous en exercice au sud de la Bourgogne ; il est bien évident, comme le notent d’ailleurs les plus récents éditeurs allemands de la correspondance d’Innocent III, que le mot de ., catari est dès cette époque une Allgemeinbezeichnungfùr die Hâretiker des 12. und 13. Jh,, une appellation générique pour désigner les hérétiques des XIIe et XIIIe siècles, et appliquée ici à ceux du pays d’oc. (Texte dans Migne, Patrologie latine, t. 214, col. 82, et dansO. Hageneder et A. Haidacher, Die Register Innozens ‘III, vol. I, Graz/Cologne, 1964, bulle n° 94, p. 135-138. Cf. p. 136, note 4).

3°) – Dans le Liber contra Manicheos, attribué (sous les réserves formulées par Annie Cazenave) à Durand de Huesca, on trouve : « … les manichéens, c’est-à-dire les modernes cathares qui habitent dans les diocèses d’Albi, de Toulouse et de Carcassonne… » (« … manichei, id est moderni kathari qui in albiensi et tolosanensi et carcassonensi diocesibus commorantur. » Texte édité par Christine Thouzellier, Une somme anti-cathare : le Liber contra manicheos de Durand de Huesca, Louvain, 1964, p.217.)

4°) – On a confirmation, à la fois, de l’emploi du mot « cathares » à propos des hérétiques languedociens, et de sa signification générique, puisqu’il s’adresse aussi aux cathares d’Italie et « de France », dans la Summa de Rainier Sacconi ; après avoir dénoncé les erreurs de l’Eglise des cathares de Concorezzo, l’ancien dignitaire cathare repenti, entré chez les Frères Prêcheurs, titre un des derniers paragraphes de son ouvrage : Des Cathares toulousains, albigeois et carcassonnais. Il enchaîne : « Pour finir, il faut noter que les cathares de l’Eglise toulousaine, de l’albigeoise et de la carcassonnaise tiennent les erreurs de Balesmanza et des vieux Albanistes » etc. (« Ultimo notendum est quod Cathari ecclesiae tholosanae, et albigensis et carcassonensis tenent errores Belezinansae. », Summa de Catharis, édit. Franjo Sanjek, in Archivum Fratrum Praedicatorum, n° 44, 1974.)

5°) – On citera enfin le théologien cistercien Alain de Lille, qui enseignait à Paris, mais qui fit vers 1200 un séjour à Montpellier. Ce fut alors, vraisemblablement, qu’il écrivit sa Summa quadripartita, cette « Somme en quatre parties » intitulée Sur la foi catholique, qu’il dédia au seigneur des lieux, Guilhem VIII. S’il a pris soin, dans le Livre I de son ouvrage, de rechercher l’étymologie du mot cathare afin d’en saisir le sens exact, c’est que ce mot lui était familier, mais ne manquait pas de l’intriguer. Rien n’indique cependant, dans son texte, qu’il parle uniquement d’hérétiques étrangers au pays où il séjourne. Le plus probable même, c’est qu’il s’est intéressé à ce vocable parce qu’il l’a entendu prononcer à propos des hérétiques locaux.

Comme j’avais cité les quatre premières sources dans une «réponse» qu’a publiée L’INDEPENDANT, Mme Trivellone n’a pu éviter de les prendre en compte dans le texte qu’elle a donné ensuite à LA DEPECHE. Elle l’a fait dans les termes que voici :

« Les sources produites dans le Midi, comme les procès-verbaux des interrogatoires menés par l’Inquisition ou les chroniques de la croisade contre les Albigeois, ne parlent jamais de « cathares ». Face à ce silence, des « historiens du catharisme » essaient de faire valoir quatre ou cinq sources produites ailleurs. Une poignée de sources écrites ailleurs nomment en effet des cathares dans le Midi, mais ni les milliers de témoins qui parlent devant les inquisiteurs méridionaux ni les chroniqueurs qui suivent les croisés ne voient la trace de ces cathares… N’est-ce pas étonnant ? En réalité, plusieurs historiens ont démontré que ces quelques sources écrites ailleurs ne peuvent pas être prises au pied de la lettre. »

Qu’est-ce à dire ? En citant ces quatre sources, je ne cherchais pas à leur faire dire plus que ce qu’elles disent ; et elles disent clairement que les pères conciliaires de Latran III en 1179, la chancellerie pontificale en 1198, l’auteur du Liber contra Manicheos aux environs de 1225, et l’Italien Rainier Sacconi vers 1250, ont utilisé le mot de « cathares » pour désigner les hérétiques du Midi de la France. Qu’ils l’aient fait à tort, stricto sensu, dans la mesure où le mot n’était pas d’usage courant dans le Midi, où l’on parlait beaucoup plus volontiers d’ « albigeois », n’empêche pas qu’ils se sont crus autorisés à l’utiliser, ce qui est aisément explicable : c’est qu’ils savaient très bien quelles parentés profondes unissaient les églises hérétiques d’Italie — bien connues, elles, sous cette appellation de « cathares » — aux églises hérétiques du pays d’Oc. Ils savaient très bien qu’il s’agissait, à des nuances près, certes, aussi bien dans les positions dogmatiques que dans l’organisation ecclésiale, des variantes régionales d’un vaste mouvement d’évangélisme anti sacerdotal. L’histoire de l’émigration languedocienne en Lombardie sous l’Inquisition, sa vaine résistance aux côtés des cathares lombards à Sirmione, jusqu’à sa fin sur le bûcher de Vérone en 1278 — toutes choses auxquelles, pardonnez-moi Mme Trivellone, je consacre un long chapitre dans mes « Figures du catharisme » — disent assez l’impossibilité de ne pas prendre en compte, par-delà la diversité de fait, l’unité de principe qui n’a pas échappé aux contemporains.

Et puis, une chose encore oubliée par Mme Trivellone : sur la quarantaine d’ouvrages de polémique antihérétique qui nous sont parvenus, dont les rédactions s’étalent de la fin du XIIe siècle à la deuxième moitié du XIIIe, huit au moins s’intitulent Adversus catharos. Personne n’a jamais démontré, ni n’a d’ailleurs cherché à démontrer, qu’ils excluaient de leur attaques les hérétiques languedociens.

En fait, ce débat autour du mot « cathare » me paraît assez puéril. Tout le monde sait de quoi on parle quand on le prononce ou l’écrit. Mais certains auteurs très pointilleux le récusent parce que son emploi donnerait, paraît-il, l’illusion que l’Occident eut à faire face à un vaste mouvement unique de dissidence religieuse, de la Rhénanie et des Flandres à l’Italie et au Languedoc ; c’est-à-dire l’illusion que partout les « cathares » pensaient exactement la même chose et étaient organisés de la même façon, voire qu’ils appartenaient tous à une « Église » unique. C’est là, à coup sûr, une vision tout à fait caricaturale des choses. C’est comme si on pensait que tous les peintres que nous appelons « gothiques » avaient eu les mêmes maîtres et peignaient de la même façon, ou que toutes les églises ainsi nommées elles aussi répondaient à un modèle unique. Au demeurant, aucune dénomination n’est plus artificielle que ce mot de « gothique », ni plus injuste, car, postérieur aux temps « gothiques », il fut à l’origine très dépréciatif, voire méprisant.

Qui aurait cependant l’idée de demander sa suppression en Histoire de l’art ?

Michel ROQUEBERT – Novembre 2018

Quelques notes sur les Cathares et le Catharisme

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Voici un an, Bertran de La Farge m’adressait ce courrier :

« Bonjour Eric,

Je continue à patauger dans les em… ments, avec quelques hauts et beaucoup de bas ! J’essaye d’émerger. Tu trouveras ci-joint une note que j’avais commencée il y a quelques mois. Elle reflète simplement mes pensées sur les éternels semeurs de zizanies et d’anathèmes dont la devises est : « Moi, j’suis contre ! » Cette note se termine par une copieuse liste, volontairement en vrac, de personnes régulièrement visées par les habituels agresseurs pathologiques. J’ai dû involontairement oublier quelques noms « d’amis » et volontairement « oublier » quelques autres… Vérifie quand même cette liste.
Bertran de La Farge »

Voici donc cette note qui retrouve encore plus d’actualité au vu des événements de ces derniers mois.

« Depuis le début de notre XXIe siècle, quelques chercheurs, essentiellement français, s’efforcent de convaincre le public que les Cathares n’ont jamais existé !

Aussi, qu’il me soit permis de porter à leur connaissance un très intéressant document bibliographique, parmi d’autres qui semblent leur faire défaut alors que de tels documents sont archiconnus et authentifiés depuis pas mal de temps (!), par plusieurs générations « d’historiographes ».
Qui a dit ? : « qui de damnata Catharorum heresi sunt vehementer suspecti et graviter infamati » ?
Premier indice : ce document fut rédigé le 21 novembre 1202
Deuxième indice : son auteur a écrit d’autres missives traitant du même sujet avec le même vocabulaire. Et, qui plus est, à la même époque, il ne fut pas le seul. Ce qui devrait nous conduire à déduire que sept années avant la sinistre Croisade (des) Albigeois, l’usage pouvait être d’identifier, de manière indélébile, certains « hérétiques » par le nom de Cathares !
Troisième indice : l’auteur de ces missives rédigées en latin, en 1202, fut un certain Giovanni Lotario de Segni, plus connu sous l’appellation d’Innocent III, 176e Pape, de 1198 à 1216, qui fut, en particulier, tout simplement, l’instigateur de la Croisade (contre) les Albigeois (!) et qui, d’une part, devait savoir de qui et de quoi il parlait et qui, d’autre part, n’avait aucune raison de s’abstenir d’utiliser personnellement, pendant les dix-huit annnées de son pontificat, le mot Cathare (issu du grec et de sa traduction en latin). »

MAIS IL Y A D’AUTRES RAISONS PRINCIPALES, plus anciennes et hautement pertinentes, qui sont tout simplement issues de la langue utilisée par les rédacteurs et les traducteurs des évangiles, en particulier à partir des versions rédigées en grec par les quatre évangélistes et par quelques disciples du Christ. L’important n’est pas le nom donné à ce courant du Christianisme que nous appelons « Catharisme » ou « Christianisme cathare ». L’important est son contenu, Peu importent les noms qui lui sont donnés. Les premières écritures Saintes furent essentiellement rédigées en grec et il coulait de source que chaque fidèle vivant à cette époque s’exprimait alors en grec, ne serait-ce qu’afin de situer le niveau spirituel qu’il souhaitait atteindre ou qu’il avait atteint lors des étapes de l’enseignement de l’Évangile.
C’est ainsi que ce sont des mots grecs qui furent utilisés comme mots clés et comme codes, destinés à jalonner les importants « fils rouges » majeurs de l’Enseignement du Christ (La Bonne Nouvelle ; l’Évangile). L’un de ces CODES MAJEURS est destiné à l’enseignement du thème de la Purification de chacun. Le mot « pur », en français, est la traduction du mot grec « katharos ». Dans le Nouveau Testament, initialement en grec, quatre mots sont dérivés de katharos : katharizo, katharis, katharismos, katharotes (purifier, purification, etc.). Tout lecteur, tout disciple de l’Évangile, en grec, trouvera ce vocabulaire de 5 mots répartis 60 fois dans 60 versets, souvent liés à d’autres mots clés pertinents, comme kardia (cœur), téléios (parfait), ce dernier désignant celui qui a atteint le Salut, l’apothéose de la purification de tout son être et son retour en Dieu.

C’est ainsi, et entre autres, que, pendant les 3 premiers siècles de l’évangélisation, les disciples chrétiens qui étudiaient et pratiquaient la purification de l’être (corps, âme et esprit) étaient qualifiés, en grec, de « katharoï » (« purs ») et de « téléios » (parfaits), en français. C’est ainsi qu’en français, tout comme en anglais et dans d’autres langues, le mot « pur » (« pure ») a été progressivement transformé en un néologisme familier : « Cathare », « Cathar », etc.) d’où quelques siècles plus tard, les appellations de « Cathares », de « Parfaits » et de leurs dérivés.

DU GREC AU LATIN ET AUX LANGUES VERNACULAIRES. Pendant les premiers siècles de notre ère, l’écriture, l’enseignement et la pratique de l’évangile furent essentiellement dispensés en langue grecque. (accompagnés d’écrits en araméen-syriaque et en copte). L’usage quotidien des mots grecs katharos, katharoî et katharismos (cathare, cathares et catharisme) n’a rien d’exceptionnel. Quant au mot grec Téléios signifiant « Parfait », il éclaire significativement l’utilisation de « Pur» et de « Purification » dans 17 versets du Nouveau Testament. Lorsque le latin et d’autres langues vernaculaires vinrent remplacer le grec, les mots de katharos et de katharoï, cessèrent progressivement d’être utilisés et furent remplacés par leurs traduc- tions en diverses langues vernaculaires. Les premières traductions en langue latine apparurent timidement lors du IIe siècle et surtout lors du IVe siècle (Vetus Latina, de Stridon et Vulgate, de Jérôme). Mais d’autres mots prirent leurs places, en d’autres langues, Aussi est-il tendancieux et injustifié de s’acharner, aujourd’hui, contre les mots cathare et catharisme, Mais il est tout à fait acceptable d’utiliser d’autres définitions synonymes qui éclairent la signification de Cathares et de Catharisme, telles que Bons Chrétiens, Bonshommes, Bonnes Dames, ou Amis de Dieu, etc.

Le Catharisme, aujourd’hui et au cours des premiers siècles de la Chrétienté, est et fut un Courant du Christianisme. Mais de grâce, épargnons aux Cathares de tous temps les appellations et contre-sens malveillants et souvent calomnieux d’hérétiques et de dissidents car ils ne le sont ni ne le furent ! En effet les Chrétiens cathares, tout comme les Chrétiens catholiques, ont toujours affirmé leur Christianisme dont ils ne furent et ne sont ni les hérétiques ni les dissidents ! « Mais… qui veut tuer son chien, ne l’accuse-t-il pas de la rage ?! » Hélas !

Enfin, à ceux qui affirment obstinément que les mots Cathare et Catharisme sont des artefacts inventés au cours du XXe siècle par des farfelus qui n’ont aucune compétence en cette matière, nous rappellerons qu’en fait, le mot cathare et la plupart de ses synonymes ont, par exemple, été abondamment répertoriés et utilisés pour signifier : « on les appelait Cathares, c’est-à-dire Purs » (7 occurrences) par Bossuet (1627-1704) et, par quelques milliers de fois par des centaines d’autres chercheurs, théologiens, écrivains et historiens, de 1700 à… aujourd’hui, sans interruption, pendant 3 siècles ! Quant aux offensives actuelles contre le bien-fondé de ces mots, elles prennent, hélas, la forme de curieuses entreprises révisionnistes, négationnistes et même « complotistes » (puisque tout « cela » aurait été fomenté, selon eux, par l’Église catholique elle-même !) Machiavel n’est pas loin !

Rendons plutôt, ci-dessous, hommage aux hommes et aux femmes remarquables : historiens, chercheurs, religieux, philosophes, artistes, militants et romanciers qui, au cours des XIXe, XXe et XXIe siècles, par leur passion, leur foi, leur enthousiasme, leur persévérance, leurs travaux, leurs écrits et diverses réalisations, nous ont permis, nous permettent aujourd’hui et nous permettront demain, de connaître le « vrai visage des Cathares » :

« Déodat Roché, René Nelli, Jean Duvernoy, Michel Roquebert, Zoé Oldenbourg, Anne Brenon, Francis Loubatières, Ylva Hagman, Beverly M. Kienzle, Maurice Magre, José Dupré, Lucienne Julien, Christine Thouzellier, Michel Jas, Jordi Ventura i Subirats, Flocel Sabaté, Francesco Zambon, Jordi Savall, Jean-François Laffont, Simone Weil, Édouard de Laportalière, Simone Hannedouche, Jordi Passerat, Marvyn Roy Harris, Peter T. Ricketts, Yvan Roustit, Peter Wunderli, Pilar Jimenez, Edina Bozoky, Krystel Maurin, Peter Vogt, M. le Duc de Lévis-Mirepoix, Bertran de La Farge, Henri Gougaud, Muriel Batbie-Castell, Olivier Cébe, Gérard Le Vot, Annie Cazenave, Jean-Philippe de Tonnac, Franjo Sanjek, Ernst Ulrich Grosse, Magali Husson, David Zbiral, Daniela Müller, Suzanne Nelli, Denis Crépin, Raoul Manselli, Jean Blum, Philippe Contal, Fabrice Chambon, Jean Clergue, Christian Salès, Georges d’Humières, Yves Rouquette, Dominique Baudis, Patrick Lasseube, Claude Sicre, Yves Maris, Fernand Niel, Fernand Costes, Emmanuel Le Roy-Ladurie, Claude Marti, Jean Villotte, Henri Corbin, Charles Delpoux, Alexandre Rougé, Raimonde Reznikov, Philippe Martel, Philippe Roy, Jean Blanc, Prosper Estieu, Stym-Popper, Enrico Riparelli, Roberto Berretta, Gilles-Henri Tardy, Napoléon Peyrat, Antonin Gadal, Auguste Teulié, Georgi Semkov, Arthur Guirdham, Malcolm D. Lambert, Yuri Stoyanov, James McDonald, Paul Lecour, Richard Loiret, Éric Delmas, Jean-Louis Gasc, Alèm Surre-Garcia, Jacques Berlioz, Arno Borst, Ruben Sartori, Martin Aurell, Monique Vidal, José Vidal Tolosa, Marie-Élise Gardel, André Czeski, Charles Schmidt, Roland Poupin, Werner Rhis, Uwe Brunn, Stephen O’Shea, Andrew Phillip Smith, René Weis, Malcolm Barber et bien d’autres (Selon un tri stochastique des listes passées, présentes et à venir, non exhaustives et non limitatives). »

Les carêmes cathares

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Les carêmes cathares

Présentation

Il y aurait beaucoup de choses à dire sur les carêmes, mais seul le noviciat permet de les découvrir vraiment, au fur et à mesure de la pratique de vie communautaire. Cependant, je vais essayer de vous les présenter, d’un point de vue pratique d’abord, puis d’un point de vue plus spirituel ensuite.Read more

Mon cheminement

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Elevé au sein  d’une famille où les pratiques et rituels de l’église catholique romaine encadraient les jours et les visions spirituelles, ce ne fut qu’à l’aube de ma vingtième année, à la lecture d’un livre traitant de la croisade albigeoise, que ce chemin mensongé s’arrêta violemment.

Découvrant, avec une profonde stupeur, les actes orchestrés par cette église à laquelle j’appartenais,  un dégoût, une immense déception et une irrépressible colère m’envahirent. Un lourd sentiment d’avoir été trompé s’imposa à moi. Ayant servi comme enfant de cœur durant de nombreuses années, tout en étant louveteau, puis scout, une large partie de mon enfance prenait un air de fausseté.

S’il me fallut quelques temps pour comprendre que mes parents ignoraient totalement cette page noire de leur église (mon père disait toujours avoir une foi d’enfant) et que leur en vouloir n’était donc nullement justifié, mon ressenti à l’égard de l’église catholique romaine et de ses représentants en fut tout autrement.

Face à ce vide que venait de créer cette douloureuse découverte, je ne tardai à me tourner vers l’AMORC et l’Ordre Martiniste Traditionnel. Mais assez vite cette voie se révéla ne pas être la mienne.

Je commençai à m’intéresser alors à l’histoire de ces cathares et participai à quelques réunions organisées par la Société du Souvenir et des Etudes Cathares à laquelle je venais d’adhérer.

Mais, passionné d’histoire depuis mon adolescence, le chemin pris pour aller à la rencontre de ces Bonnes et Bons Chrétiens se fit exclusivement par le biais historique, me rendant régulièrement, grâce aux livres de Michel Roquebert (L’épopée cathare) sur un grand nombre de sites (hameaux, villes et villages) où vécurent ces femmes et ces hommes dont le « souvenir » me bouleversait. J’avais alors la sensation d’être à la recherche d’ombres du passé.

En parallèle de ce retour sur leurs traces, ma foi se focalisait uniquement sur le message d’Amour de jésus.

Immergé dans le monde des affaires, et menant une vie professionnelle de chaque instant, la sphère financière ne modifiait pas l’homme de foi. Chaque jour je m’efforçais d’habiller, au mieux, mes devoirs et engagements professionnels de respect et d’humanité et ma conscience fut mon guide durant ces deux décennies.

Mais cette vie trop trépidante, sans repos, me conduisit durant deux mois dans un lit d’hôpital, suivi de quinze mois de mise à l’écart de mon travail.

Et ce fut là, que totalement immobilisé sur un lit de douleur que mes yeux se décillèrent. Je venais de rencontrer un homme « dont les pensées étaient miennes » ;  Paul de Tarse ! Moment de révélation pour ma vie intérieure, alors que mon corps n’était que souffrance.

Après avoir occupé une place importante en moi, mais toutefois seconde, l’être spirituel prenait le flambeau pour me guider vers cette fin de vie qui, depuis la fin de mon adolescence, m’appelait.

Mon existence d’homme valide reprit son cour, mais l’homme d’affaires s’effaça. Il y avait urgence à changer de sillon de vie.

Grâce à internet je rencontrai Yves Maris et puis le site Catharisme d’Aujourd’hui. C’était l’époque des forums avec leurs bons et moins bons aspects. Après quelques rares participations, j’optai pour une position d’observateur.

Jusqu’au jour où j’appris, grâce à la découverte d’une passionnée de généalogie, que plusieurs de mes ancêtres, alors de religion protestante en ces temps-là, avaient été, suite  à la révocation de l’Edit de Nantes, contraints de renier leur foi, sous peine de voir leurs enfants confiés à des familles catholiques et leurs biens saisis.

A l’instant même de cette révélation, je sus que je devais modifier mon statut, en passant d’observateur, à participant à la résurgence du catharisme.

Garnier du Lantarès

Présent : le temps des cathares

2-3-Le catharisme au quotidien
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Présent : le temps des cathares

Le rapport au temps

Je me suis déjà exprimé sur le temps et sa conception selon différentes philosophies et cultures, dont celle du christianisme.

Le fait de présenter le temps comme une sorte de ruban crée, de fait, une linéarité qui, dans le cas particulier du christianisme, est marquée par un événement destructeur du temps, la venue du Christ lors de sa première parousie. Cet événement va créer de fait un avant et un après. Le présent est constitué pour sa part de la période de la vie de Jésus et des disciples, telle qu’elle nous est rapportée dans les évangiles synoptiques.Read more

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