La Genèse : une affaire d’interprétation

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La Genèse : une affaire d’interprétation

Avertissement. Le document ci-dessous est tiré de mon livre Catharisme d’aujourd’hui. Pour ne pas léser les acheteurs du livre, il ne comporte aucune note de bas de page contenant des enrichissements aux informations données et des références de sources.

Nous le savons tous, les textes relatant la création du monde et de l’homme dans l’Ancien Testament souffrent de plusieurs tares.
D’abord, nul ne saurait dire quand et qui les a écrit.
Il est même plus que vraisemblable qu’ils furent écrits sur une très longue période et par de nombreuses mains.
Ensuite, leur contenu se retrouve dans des écrits plus anciens provenant d’autres civilisations, notamment Sumer.
Cela remet largement en cause leur supposée origine divine et confirme l’habitude d’emprunt que les peuples de l’époque pratiquaient à l’égard de peuples étrangers à l’occasion d’assimilation, suite à des conflits ou à des rencontres.
Enfin, leur traduction a permit nombre d’interprétations selon les désirs des uns et des autres.
En clair, ces textes devraient, au mieux, être considérés comme une légende, et, au pire, comme une fable.

En outre, il s’agit peut-être aussi d’une extraordinaire mystification.
Car, la lecture qui nous en est donnée vise à faire de ces textes la référence de l’origine préférentielle d’un peuple qui s’est toujours désigné comme élu de Dieu.
Le fait que le christianisme naissant ait voulu s’approprier ces textes pour se donner une légitimité historique, n’a fait qu’en renforcer la puissance.

Cependant, l’analyse du texte montre des incohérences et une autre interprétation permettrait de les lever.

En clair, ces textes devraient, au mieux, être considérés comme une légende, et, au pire, comme une fable.

Mais voyons cela en détail :

Genèse 1
1.1 – Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre.
 1.2 – La terre était informe et vide: il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme, et l’esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux.
 1.3 – Dieu dit: Que la lumière soit! Et la lumière fut.
 1.4 – Dieu vit que la lumière était bonne; et Dieu sépara la lumière d’avec les ténèbres. 
1.5 – Dieu appela la lumière jour, et il appela les ténèbres nuit. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le premier jour.

 Deux choses attirent le regard dans cette partie.
 D’abord, Dieu se contente de désirer quelque chose pour que cela se produise. C’est le principe même de la création. Cela aura son importance dans la création d’Adam et d’Ève. 
Ensuite, Dieu semble ne pas pouvoir créer d’emblée la lumière. Il crée les cieux et la terre, mais, celle-ci est couverte de ténèbres.
 Ce n’est que dans un second temps qu’Il crée la lumière et la sépare des ténèbres.
 Cela remet gravement en cause les compétences de Dieu en terme de création.
 En quoi la création d’un système parfait d’emblée semble-t-elle échapper à la compétence de Dieu ?
 Si la lumière est bonne, pourquoi avoir d’abord créé les ténèbres ? 
Si les ténèbres sont une création de Dieu – puisqu’apparues en même temps que la terre – pourquoi ne sont-elles pas déclarées bonnes ?

1.20 – Dieu dit: Que les eaux produisent en abondance des animaux vivants, et que des oiseaux volent sur la terre vers l’étendue du ciel.
 1.21 – Dieu créa les grands poissons et tous les animaux vivants qui se meuvent, et que les eaux produisirent en abondance selon leur espèce; il créa aussi tout oiseau ailé selon son espèce. Dieu vit que cela était bon.
 1.22 – Dieu les bénit, en disant: Soyez féconds, multipliez, et remplissez les eaux des mers; et que les oiseaux multiplient sur la terre.
 1.23 – Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le cinquième jour.
 1.24 – Dieu dit: Que la terre produise des animaux vivants selon leur espèce, du bétail, des reptiles et des animaux terrestres, selon leur espèce. Et cela fut ainsi.
 1.25 – Dieu fit les animaux de la terre selon leur espèce, le bétail selon son espèce, et tous les reptiles de la terre selon leur espèce. Dieu vit que cela était bon.

 Là, nous voyons clairement que Dieu est parfaitement capable de créer – de son seul désir – toute forme de vie.

1.26 – Puis Dieu dit: Faisons l’homme à notre image, selon notre ressem­blance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre.
 1.27 – Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu, il créa l’homme et la femme.
 1.28 – Dieu les bénit, et Dieu leur dit: Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l’assujettissez; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre. 1.29 – Et Dieu dit: Voici, je vous donne toute herbe portant de la semence et qui est à la surface de toute la terre, et tout arbre ayant en lui du fruit d’arbre et portant de la semence: ce sera votre nourriture. 
1.30 – Et à tout animal de la terre, à tout oiseau du ciel, et à tout ce qui se meut sur la terre, ayant en soi un souffle de vie, je donne toute herbe verte pour nourriture. Et cela fut ainsi.
 1.31 – Dieu vit tout ce qu’il avait fait et voici, cela était très bon. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le sixième jour.

 Donc, pour cet auteur, Dieu a créé l’homme et la femme de sa seule volonté. Cela est cohérent avec le texte précédent.

Genèse 2

2.1 – Ainsi furent achevés les cieux et la terre, et toute leur armée.
 2.2 – Dieu acheva au septième jour son œuvre, qu’il avait faite: et il se reposa au sep­tième jour de toute son œuvre, qu’il avait faite.
 2.3 – Dieu bénit le septième jour, et il le sanctifia, parce qu’en ce jour il se reposa de toute son œuvre qu’il avait créée en la faisant.
 2.4 – Voici les origines des cieux et de la terre, quand ils furent créés.
 2.5 – Lorsque l’Éternel Dieu fit une terre et des cieux, aucun arbuste des champs n’était encore sur la terre, et aucune herbe des champs ne germait encore: car l’Éternel Dieu n’avait pas fait pleuvoir sur la terre, et il n’y avait point d’homme pour cultiver le sol.
 2.6 – Mais une vapeur s’éleva de la terre, et arrosa toute la surface du sol.

Là encore, la logique est sauve. Dieu parachève son œuvre.
 Mais, voilà que cela se gâte.

2.7 – L’Éternel Dieu forma l’homme de la poussière de la terre, il souffla dans ses narines un souffle de vie et l’homme devint un être vivant.

Comment ! En 1.27, Dieu crée l’homme et la femme et là, il recommence !
 En outre, il ne le crée plus de sa seule volonté, mais à partir de matière et il l’anime en y insufflant quelque chose.
 Voilà une façon de faire peut compatible avec l’image d’un dieu tout puissant.
 Comment ne pas imaginer que ce que ce dieu insuffle dans la matière façonnée puisse être étranger à la création de ce dieu ?
 Ce qui semble incohérent dans l’optique judéo-chrétienne est parfaitement cohérent dans celle du Christianisme cathare.
 Ce dieu est, soit le mauvais principe en train de mettre en place une création qu’il veut comparable à celle de Dieu, soit le premier esprit corrompu (c’est-à-dire dérobé à la création divine et amoindri pour en faire son serviteur) que l’on peut appeler comme on veut (Satan, Lucifer, etc.).
 Effectivement, cette présentation des choses explique que les ténèbres préexistent sur la lumière et que l’homme soit fait de deux pièces, une issue de la matière et l’autre un souffle (un esprit dérobé à la création divine).

2.8 – Puis l’Éternel Dieu planta un jardin en Éden, du côté de l’orient, et il y mit l’homme qu’il avait formé.
 2.9 – L’Éternel Dieu fit pousser du sol des arbres de toute espèce, agréables à voir et bons à manger, et l’arbre de la vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal.

Bizarre. Cet arbre va causer bien des problèmes à ce dieu qui malgré tout le met en place. Quelle surprenante idée de sa toute puissance, lui qui ne peut s’empêcher de semer la graine qui va détruire son édifice.

Je passe sur la création des fleuves.

2.15 – L’Éternel Dieu prit l’homme, et le plaça dans le jardin d’Éden pour le cultiver et pour le garder.
 2.16 – L’Éternel Dieu donna cet ordre à l’homme : Tu pourras manger de tous les arbres du jardin ; 
2.17 – mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras.

L’homme aurait donc pour mission de cultiver (alors que tout semble pousser à loisir) et de garder le jardin. Le garder ? mais, contre qui ?
 Cette attitude méfiante pourrait donner des doutes quant à la véritable nature de ce dieu méfiant.
 Ce dieu affirme que la consommation des fruits de l’arbre de la connaissance provoquera la mort de l’homme. Nous verrons que c’est faux. Donc, méfiant et menteur. À n’en pas douter, un drôle de dieu que voilà.

2.18 – L’Éternel Dieu dit: Il n’est pas bon que l’homme soit seul ; je lui ferai une aide semblable à lui.
 2.19 – L’Éternel Dieu forma de la terre tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel, et il les fit venir vers l’homme, pour voir comment il les appellerait, et afin que tout être vivant portât le nom que lui donnerait l’homme.
 2.20 – Et l’homme donna des noms à tout le bétail, aux oiseaux du ciel et à tous les animaux des champs ; mais, pour l’homme, il ne trouva point d’aide semblable à lui.

Ah bon ? Mais c’était déjà fait semble-t-il (1.20 et suivants). un dieu qui s’y reprend à deux fois pour la même réalisation n’est pas très habile. Méfiant, menteur et maladroit. Le tableau est complet.

2.21 – Alors l’Éternel Dieu fit tomber un profond sommeil sur l’homme, qui s’endormit ; il prit une de ses côtes, et referma la chair à sa place.
 2.22 – L’Éternel Dieu forma une femme de la côte qu’il avait prise de l’homme, et il l’amena vers l’homme.
 2.23 – Et l’homme dit : Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair! on l’appellera femme, parce qu’elle a été prise de l’homme. 
2.24 – C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair. 
2.25 – L’homme et sa femme étaient tous deux nus, et ils n’en avaient point honte.

Maintenant, il recrée la femme et à la manière du Dr Frankeinstein !
 Cela confine à l’Alzheimer d’oublier aussi vite ce que l’on fait.

Genèse 3

3.1 – Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs, que l’Éternel Dieu avait faits. Il dit à la femme : Dieu a-t-il réellement dit : Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin ?
 3.2 – La femme répondit au serpent : Nous mangeons du fruit des arbres du jardin.
 3.3 – Mais quant au fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n’en mangerez point et vous n’y toucherez point, de peur que vous ne mouriez.

Si cet animal est une création de ce dieu, son comportement est bizarre. Il semble être le seul animal à pouvoir s’adresser à la femme et est déjà très indépendant de son créateur.
 Mais on pourrait aussi imaginer qu’il ne soit pas de cette création, ou qu’il soit investi d’un « esprit » issu d’une autre création.
 Ce pourrait être, à l’instar du Christ, un esprit non tombé au pouvoir du mal qui aurait pris l’apparence du serpent pour informer l’homme de la situation.

3.4 – Alors le serpent dit à la femme: Vous ne mourrez point ;
 3.5 – mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et que vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal.

Ce serpent en sait long pour une simple créature terrestre. Et ce dieu est bien craintif et bien puéril, en plus de ses autres qualités.

3.6 – La femme vit que l’arbre était bon à manger et agréable à la vue, et qu’il était précieux pour ouvrir l’intelligence; elle prit de son fruit, et en mangea; elle en donna aussi à son mari, qui était auprès d’elle, et il en mangea.
 3.7 – Les yeux de l’un et de l’autre s’ouvrirent, ils connurent qu’ils étaient nus, et ayant cousu des feuilles de figuier, ils s’en firent des ceintures.

Donc, le serpent avait raison et le dieu avait tort ! 
Ils ont mangé de l’arbre de la connaissance et n’en sont pas morts.
 Cela leur a révélé leur véritable état – ils sont nus – alors qu’avant ils l’ignoraient, aveuglés qu’ils étaient par ce dieu.
 Ce même dieu qui est incapable de faire en sorte que l’arbre de la connaissance et le serpent n’existent, qui leur ment et n’est pas capable de les contrôler.
 Que d’impuissance chez un tout puissant.

En réalité, il faudrait voir les choses autrement. Ce vil imitateur de la création divine est un bricoleur du dimanche.
 Incompétent (il s’y reprend à plusieurs fois pour un même usage), incapable de maîtriser la situation, il ne peut que laisser éclater sa colère et chasser ses créatures de l’enclos où il les avait parqués.

3.8 – Alors ils entendirent la voix de l’Éternel Dieu, qui parcourait le jardin vers le soir, et l’homme et sa femme se cachèrent loin de la face de l’Éternel Dieu, au milieu des arbres du jardin.
 3.9 – Mais l’Éternel Dieu appela l’homme, et lui dit : Où es-tu ?
 3.10 – Il répondit : J’ai entendu ta voix dans le jardin, et j’ai eu peur, parce que je suis nu, et je me suis caché.
 3.11 – Et l’Éternel Dieu dit : Qui t’a appris que tu es nu ? Est-ce que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais défendu de manger ?
 3.12 – L’homme répondit : La femme que tu as mise auprès de moi m’a donné de l’arbre, et j’en ai mangé. 
3.13 – Et l’Éternel Dieu dit à la femme: Pourquoi as-tu fait cela ? La femme répondit : Le serpent m’a séduite, et j’en ai mangé.
 3.14 – L’Éternel Dieu dit au serpent : Puisque tu as fait cela, tu seras maudit entre tout le bétail et entre tous les animaux des champs, tu marcheras sur ton ventre, et tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie.
 3.15 – Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa posté­rité : celle-ci t’écrasera la tête, et tu lui blesseras le talon.
 3.16 – Il dit à la femme : J’augmenterai la souffrance de tes grossesses, tu enfanteras avec douleur, et tes désirs se porteront vers ton mari, mais il dominera sur toi.
 3.17 – Il dit à l’homme : Puisque tu as écouté la voix de ta femme, et que tu as mangé de l’arbre au sujet duquel je t’avais donné cet ordre : Tu n’en mangeras point ! le sol sera maudit à cause de toi. C’est à force de peine que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta vie,
 3.18 – il te produira des épines et des ronces, et tu mangeras de l’herbe des champs.
 3.19 – C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu’à ce que tu retournes dans la terre, d’où tu as été pris; car tu es pous­sière, et tu retourneras dans la poussière.

Il me semble qu’on peut rajouter à la longue liste des défauts de ce dieu, la mauvaise foi (comme s’il ne savait pas ce que l’homme a fait), la colère et la vengeance. Ah, j’allais oublier : une certaine perversion dans le détail des moyens de punition.

Non, décidément, ce dieu ne saurait être Dieu en aucune façon.
 Et sa création ne saurait être confondue avec la création divine, consubstantielle à Lui.

S’il fallait attacher un intérêt quelconque à ce texte, c’est bien celui qui le ferait considérer comme une tentative de mystification par laquelle le mal ou Satan cherche à se faire passer pour Dieu en abusant de la faiblesse de l’esprit qui habite l’homme.

Une fois encore, par leur réflexion logique et cohérente, les Cathares avaient parfaitement déjoué le piège.

Éric Delmas, 19 décembre 2018.

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