catharisme

Chronologie du catharisme

1-Connaître le catharisme
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Chronologie du catharisme

La plupart des chronologies du catharisme ne mettent en avant que la période médiévale. Cela fait l’impasse sur ses origines et sur sa filiation. C’est pourquoi je vous propose cette chronologie qui se pense plus complète.

Première inspiration christique

15 de Tibère Apparition de Jésus, apparence d’homme d’une trentaine d’années, au lac de Tibériade.
Ascension Jésus disparaît mystérieusement
Pentecôte Les apôtres reçoivent le baptême du Saint-Esprit sous forme de langues de feu
Étienne jeune apôtre est lapidé pour blasphème. Une partie de la communauté fuit en Judée, Samarie et même en Syrie. Pierre et Jean sont innocentés par le Sanhedrin. Jacques, frère de Jésus n’est pas convoqué.

Seconde inspiration christique

Paul de Tarse est appelé par Christ et se fait baptiser à Damas par Ananias membre de la communauté en exil.
Schisme d’Antioche Paul s’oppose à Pierre et à Jacques sur le baptême des non-Juifs. Un concile organisé à Jérusalem décide que Pierre, Jacques et Jean seront les apôtres des Juifs chrétiens et Paul des païens chrétiens.
Apollos de Corinthe (venu d’Alexandrie), disciple de Paul est critiqué par ce dernier. Peut-être son « radicalisme » par rapport à Paul pourrait faire d’Apollos l’auteur de l’Évangile selon Jean.

Filiation marcionnite

Satornil (Saturnin) enseigne que Dieu n’a pas créé le monde. Il sera le maître de Marcion et de Valentin.
140 Marcion de Sinope excommunié par la communauté judéo-chrétienne de Sinope s’installe à Rome et entreprend la rédaction de trois documents : les antithèses, l’Évangélion et l’Apostolicon faisant de Paul le premier évangéliste et démontrant l’opposition entre le Dieu des Juifs et celui de Christ.
144 Rejeté par la communauté judéo-chrétienne de Rome Marcion fonde sa propre Église selon la voie de Paul.
Valentin semble vouloir concilier l’approche pagano-chrétienne de Satornil et celle de l’Église de Rome. Il pourrait être l’auteur de l’Évangile selon Thomas. Après sa mort, ses disciples créent une religion mystique : le Gnosticisme.
324 Constantin Ier fait du christianisme romain sa religion personnelle. L’année suivante il organise le premier Concile œcuménique. Carcassonne est déjà entourée de murailles de pierre.
388 Théodose Ier fait du christianisme romain la seule religion de l’Empire et lui donne pouvoir de répression des « hérétiques ».
396 Priscillien d’Avila est décapité avec ses moines pour hérésie.
Ve siècle : Les Marcionites quittent les villes pour échapper à la répression. Ils disparaissent peu à peu d’Occident mais demeurent en Orient (Europe orientale).

Filiation paulicienne

Mi VIIe siècle Un diacre libéré de prison en Syrie convertit un païen à Mananalis et lui remet l’Évangile et l’Apôtre. Ce païen, Constantin, fonde une Église théologiquement proche du marcionisme : le Paulicianisme. Début de l’Islam (Égire).
VIIIe siècle Les Pauliciens, dont les chefs religieux portent des noms de disciples de Paul, luttent contre les chrétiens d’Orient et subissent une lourde défaite à l’issue de laquelle une partie d’entre eux est exilée en Thrace. Exil volontaire possible car accord sur l’iconoclasme. Ils luttent aussi contre les musulmans.
IXe siècle Les Pauliciens luttent contre les Chrétiens d’Orient devenus iconodoules.
En 878, ils sont vaincus et sont dispersés dans l’Empire. Le plus grand nombre est exilé en Thrace et à la frontière bulgare (Philippopoulos-Plovdiv).
Xe siècle Les Pauliciens au contact des païens locaux favorisent l’émergence d’une Église paulicienne bulgare qui serait à l’origine du Bogomilisme. Vers 969, Cosmas le prêtre dénonce la religion du prêtre Bogomile dont la doctrine ressemble beaucoup au paulicianisme. Les dernières traces du marcionisme apparaissent dans les écrits arabes.
Le bogomilisme peut avoir suivi les voies commerciales qui remontent en Allemagne et passent en Champagne et en Flandre.

Catharisme européen

Xe et XIe siècles Des foyers d’hérésie pouvant faire penser au catharisme sont décrits et combattus dans diverses régions du Nord de la France actuelles et se répandent jusqu’à Toulouse. Ils cohabitent avec des opposants au catholicisme qui eux n’ont pas la même doctrine.
1022 12 chanoines brûlés à Orléans, premier bûcher de l’histoire. Leur procès montre des éléments doctrinaux cathares.
1025 Bûchers à Turin, à Toulouse et en Aquitaine.

1095 – 1105 Première croisade. Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse intègre à son armée des troupes de l’empereur Alexis Ier Comnène dont certains éléments sont des Pauliciens. À sa mort, ces troupes ont pu revenir en toulousain. D’autres Pauliciens combattent en Italie du sud.
1135 Bûchers à Liège. Première mention de communautés cathares avec une hiérarchie épiscopale.
1145 Mission de Bernard de Clairvaux en Toulousain et Albigeois. Présence de communautés hérétiques dans les bourgades. Le nom d’albigeois est donné aux hérétiques réfractaires à la prédication de Bernard.
1157 Concile de Reims contre l’hérésie.
1163 Bûcher à Cologne. Eckbert de Schönau crée l’appellation cathare.
1165 Conférence de Lombers, en Albigeois. Présence d’un évêque cathare occitan (Sicerd Cellerier).
1167 Assemblée de Saint Félix en Laurageois. Organisation de quatre évêchés cathares occitans.
1178-1181 Mission cistercienne en Toulousain et Albigeois. Origine du nom albigeois attribué aux cathares.
1184 Décrétale de Vérone. Mesures anti-hérétiques à l’échelle européenne.
1194-1222 Raymond VI de Toulouse. Apogée du catharisme occitan.

Première croisade contre les albigeois

1198-1216 Pontificat d’Innocent III.
1206 Début de la contre-prédication de Dominique. Fondation du monastère de Prouille.
1208 Assassinat du légat Pierre de Castelnau. Appel du pape à la croisade contre les hérétiques.
1209 Début de la première croisade.
Massacre de Béziers, prise de Carcassonne, mort de Raymond Roger Trencavel. Simon de Montfort vicomte de Carcassonne. Bûcher de Casseneuil.
1210 Prise et bûcher de Minerve (140 victimes). Prise de Termes par Simon de Montfort.
1211 Victoire du comte de Foix à Montgey. Prise de Lavaur par Simon de Montfort. 80 chevaliers égorgés, 400 hérétiques brûlés. Bûcher des Cassés (60 brûlés) Bataille de Castelnaudary.
1212 Conquête de l’Agenais et du Quercy par Simon de Montfort.
1213 Hommage de Raymond VI de Toulouse au roi Pierre d’Aragon. Bataille de Muret. Mort du roi d’Aragon. Déroute occitano-aragonaise.
1215 Quatrième concile de Latran : investiture du comté de Toulouse à Simon de Montfort. Fondation de l’ordre des frères prêcheurs ou dominicains. Toulouse.
1216 Début de la reconquête de Raymond VI de Toulouse et de son fils.
1218 Simon de Montfort meurt en assiégeant Toulouse.
1219 Croisade du prince Louis de France, massacre de Marmande.
1220-1221 Reconquête du comté de Toulouse, rétablissement de l’Église cathare.
1221 Mort de Dominique à Bologne.
1222 Mort de Raymond VI, comte de Toulouse.
1222-1249 Raymond VII, comte de Toulouse.
1223 Reconquête de Carcassonne par Raymond Trencavel.
1224 Armaury de Montfort, vaincu, regagne Paris et cède ses droits à la couronne de France.

Seconde croisade contre les albigeois

1226 Croisade royale de Louis VII. Soumission de nombreux vassaux de Raymond VII.
Concile cathare de Pieuse et création de l’évêché de Razes.
Bûcher de Pierre Isarn, évêque de Carcassès, à Caunes Minervois.
Mort de François d’Assise.
1226-1270 Louis IX (Saint Louis) roi de France.
1227-1229 Guerres de Cabaret et de Limoux.
1229 Traité de Paris.
Fin de la croisade contre les albigeois. Capitulation de Raymond VII. Création de l’université de Toulouse, confiée aux frères prêcheurs et codification de la répression anti-hérétique.
Sénéchaussées royales françaises à Carcassonne, à Béziers, à Beaucaire, Nîmes. Les églises sont clandestines.
1232 À la demande de Guilhabert de Castres, Montségur devient «la tête et le siège» de l’Église interdite.

Inquisition pontificale

1233 Fondation par Grégoire IX de l’Inquisition confiée aux ordres mendiants. Deux tribunaux mis en place à Toulouse et Carcassonne.
1234 Soulèvements contre l’Inquisition à Toulouse, Albi et Narbonne.
1239 Le 13 mai : bûcher du Mont Aimé en Champagne (180 brûlés). Destruction de l’Église cathare de France.
1242 Attentat d’Avignonet contre l’Inquisition par les chevaliers de Montségur, signal de l’entrée en guerre de Raymond VII. Le pays se soulève.
1243 Les alliés de Raymond VII sont battus. Traité de Lorris. Début du siège de Montségur.
1244 Le 16 mars : bûcher de Montségur (225 brûlés). Fin des églises cathares organisées en Occitanie. Systématisation de l’Inquisition à partir de ses sièges de Carcassonne, Albi et Toulouse.
1249 80 croyants Cathares brûlés à Agen. Mort de Raymond VII, son gendre Alphonse de Poitiers lui succède.
1255 Chabert de Barbaira rend Queribus, dernière place forte cathare.
1258 Traité de Corbeil qui définit la frontière entre les royaumes de France et d’Aragon.
1270 Mort de Lois IX, lors de la huitième croisade, devant Tunis.
1271 Mort de Jeanne de Toulouse et d’Alphonse de Poitiers. Rattachement du comité de Toulouse au domaine royal.
1280-1285 Procédures irrégulières de l’Inquisition à Carcassonne et Albi. Complot contre les archives de l’Inquisition à Carcassonne.
1295 Pierre et Guilhem Authié rejoignent l’Église occitane en Italie où ils sont consolés et reviennent en Languedoc au début du 14e siècle.
Soulèvement contre l’Inquisition (rage carcassonnaise) sous l’égide de Bernard Délicieux.
Suspension de l’Inquisition par le roi. Mais après avoir démis Bernard Délicieux, l’Inquistion reprend son activité contre le sursaut de l’Église cathare mené par les frères Authié.

Reprise de l’apostolat en Languedoc

1300-1310 Tentative de la petite église des frères Authié.
1303 Geoffroy d’Ablis nommé inquisiteur à Carcassonne.
1307 Bernard Gui nommé inquisiteur à Toulouse.
1309 Jacques et Guilhem Authié, Arnaud Marty, Prades Tavernier, Amiel de Perles, Philippe d’Alairac et Raymond Fabre, capturés et brûlés.
Guilhem Bélibaste s’enfuit de l’autre côté des Pyrénées.
1310
Pierre Authié est brûlé à Toulouse.
1318-1325 Campagne d’Inquisition de Jacques Fournier, évêque de Pamiers.
1321 Bûcher de Guilhem Bélibaste à Villerouge-Termenes.
1325 Bûcher d’une croyante cathare à Carcassonne.
1329 Bûcher de 3 croyants cathares à Carcassonne.
1412 Dernières sentences contre les cathares italiens.

1463 Conquête de la Bosnie par les Turcs : fin du catharisme bosniaque.

Résurgence du catharisme ?

28 mars 2016 Annonce d’une maison cathare à Carcassonne et début de noviciat
23 mai 2021 ? Première Consolation de l’ère moderne ?

La Résurgence du catharisme est-elle crédible ?

8-1-Église cathare - généralités
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La Résurgence du catharisme est-elle crédible ?

Cela fait 20, 30, voire 40 ans que vous en entendez parler. Aujourd’hui encore, maintes personnes tentent de convaincre qu’elles sont porteuses d’une vision du catharisme. Pourtant, à chaque fois ces espoirs ont été déçus, soit par l’abandon de leur projet, soit par un dévoiement lié le plus souvent à un manque d’étude approfondie du sujet. Il faut dire que notre époque ne valorise pas l’étude patiente et minutieuse et lui oppose souvent l’attrait de la nouveauté, y compris par une destruction de ce qui est ancien.

Comment s’étonner alors que beaucoup d’entre vous hésitent à s’intéresser à ces projets visant à redonner au catharisme la place qui est la sienne dans ce monde. Car, si le catharisme est avant tout une spiritualité, il s’est toujours exprimé dans un cadre ecclésial réunissant celles et ceux qui voulaient avancer dans leur foi ensemble. En effet, nous savons que l’isolement est la pire des choses tant la prégnance mondaine, a tôt fait de nous faire dériver de la voie qui mène au salut.

Qu’est-ce qui définit le catharisme aujourd’hui ?

Comme toujours, quand plusieurs voix se réclament d’une appartenance à une doctrine religieuse, il est difficile à celles et ceux qui ne sont pas des experts, de deviner laquelle est la plus à même de représenter le courant ecclésial moderne de ce que les cathares vivaient et pratiquaient à leur époque.

Et la tentation est grande pour beaucoup — rarement par malignité, mais souvent par manque de connaissance —, de se focaliser sur tel ou tel point doctrinal et de le mettre en avant dans une compréhension souvent incomplète ou inexacte, au risque de malmener les autres points de la doctrine.

La base du catharisme d’aujourd’hui est donc de connaître la doctrine et la praxis des cathares médiévaux, afin de voir comment les mettre en œuvre aujourd’hui. L’étude nous démontre que la plus grande partie est parfaitement adaptée à notre époque, même si cela nous amène à reconsidérer quelques habitudes prises dans le confort d’une mondanité égoïste et vaniteuse. Cependant, de rares éléments doivent être adaptés, sans renier les fondamentaux et les grands principes, en raison de connaissances plus approfondies de nos jours ou de situations sociales et sociétales très différentes du Moyen Âge.

Je ne vais pas vous faire l’affront de lister ici tous ces points qui figurent dans ce site et dans mon livre avec tous les argumentaires nécessaires pour les expliquer et les sources ayant servies à bâtir ces argumentaires.

 Ce travail d’acquisition de connaissances permet à tout un chacun de faire le tri dans les propositions qui se veulent héritières du catharisme.

Mais, cela ne permet pas d’estimer les chances de pérennité de la démarche qui vous semblera la plus exacte. C’est pourquoi je vais tenter de vous expliquer pourquoi la voie que je suis est en mesure de réussir ce cheminement vers une réapparition de l’Église cathare de France.

La durée par la simplicité

Si le catharisme a réussi à se maintenir, au travers de plusieurs groupes religieux qui sont ses fondateurs, pendant plus de mille ans alors qu’il était sans cesse pourchassé et martyrisé, c’est en raison de la simplicité de sa doctrine. Contrairement à son principal rival, le catholicisme, il n’a pas cherché à suivre les soubresauts du monde pour y occuper une place de choix. Fidèle à la prédication christique, il a fait de l’humilité et de la modestie sa base de travail et il a maintenu sans fléchir le choix d’une doctrine simple, facile à comprendre et à comparer aux choix de vie de son époque, quelle qu’elle soit.

En se concentrant sur le seul commandement de christ : « Aimez-vous les uns les autres », il n’a eu aucun mal à se répandre malgré les vicissitudes dont il était l’objet. C’est aussi cette simplicité qui attire les personnes à la recherche d’une spiritualité détachée des religions dont elles ont du mal à comprendre la cohérence, tant la partie rituelle prend le dessus sur le fond doctrinal.

Aujourd’hui, c’est encore cette simplicité qui doit être mise en avant, sans tomber dans le biais d’une pratique isolationniste et sans chercher à l’étoffer d’éléments extérieurs au catharisme, voire même au christianisme.

La simplicité permet également un redémarrage en conditions dégradées qu’une pratique complexe ne permettrait pas. Depuis cinq ans que j’associe mon travail sur la doctrine à une pratique rituelle complète, malgré mon isolement relatif je constate, par les retours de celles et ceux qui suivent mon travail, que le message que je leur adresse est clairement et pleinement compris. Mais la simplicité ne suffit pas ; il faut aussi rester cohérent avec la doctrine et la pratique à laquelle nous nous référons quand nous nous affirmons cathares !

La fiabilité par l’obéissance

Cette cohérence relève d’un élément de la règle de justice et de vérité qui a du mal à être reçu et compris de nos jours. En effet, la pratique religieuse nécessite un accompagnement et un strict respect des éléments doctrinaux et pratiques que nous ont « légué » les cathares médiévaux.

La vie quotidienne cathare n’est pas basée sur une société démocratique, voire anarchiste. Il faut accepter dans le respect de ce que je disais plus haut, que nous ne sommes pas forcément suffisamment avancés dans notre foi pour agir en toute indépendance. Suivre un guide bienveillant, qui remplacera l’autorité par le soutien, nécessite de lui faire confiance et de respecter ses indictions. La démocratie s’arrête à partir du moment où l’on a choisi à qui l’on se confier. Ensuite, comme dans une famille, le plus jeune en religion doit accepter de suivre les conseils du plus ancien, et ses éventuelles critiques ou recadrage quand nous avons tendance à nous écarter de la voie droite.

Ainsi, tant du point de vue doctrinal que nos pratiques, nous serons assurés de la fiabilité de notre cheminement. Or, justement, c’est ce problème de la fiabilité qui se pose aujourd’hui dans de nombreuses actions entreprises sous l’étiquette cathare. Je suis convaincu que, le plus souvent, les dérives de ces personnes sont dues avant tout à un défaut de connaissance approfondie du sujet. En effet, l’accès à la connaissance demande de l’effort, de l’approfondissement, donc du temps. Et notre époque est malheureusement celle où tout un chacun considère que le temps est la denrée la plus rare. Cela me surprend beaucoup et même me fait sourire. En effet, quand Paul de Tarse voyageait pour diffuser sa compréhension du message christique, il consommait de grandes quantités de temps en raison des conditions de déplacement de l’époque, alors même que l’espérance de vie qui fut la sienne était aux environs des deux-tiers de ce qu’un homme d’aujourd’hui peut espérer. Si nous étions capables de réaliser la moitié de son travail avec les facilités modernes en termes de transport et notre espérance de vie, nous serions déjà contents. Donc, si nous pensons manquer de temps c’est qu’en fait nous l’utilisons mal.

La croissance par l’organisation

Notre vie en accélération constante aboutit à l’inverse de ce que nous voudrions, à savoir vivre mieux. « Il faut manger pour vivre et non vivre pour manger ». Cette remarque caricaturale, mise dans la bouche de l’avare Harpagon par Molière, comportait cependant une part de sagesse. L’accumulation de biens et d’expériences aboutiront toujours au même résultat : leur disparition dans la mort de notre corps mondain. C’est comme pour la nourriture ; les mets les plus délicats, les plus chers et les plus sophistiqués finiront au même endroit que la bouillie ou le rata des moins nantis. Cela ne veut pas dire qu’il faut tout dédaigner, mais qu’il user avec parcimonie et sans oublier que la satisfaction de nos sens va à l’encontre de l’élévation de notre part spirituelle. Rappelons-nous la parole de l’apôtre : « Tout m’est permis, mais tout ne profite pas. Tout m’est permis, mais rien n’aura pouvoir sur moi. » (Première lettre de Paul aux Corinthiens). Cette lucidité individuelle doit nous permettre de penser notre cheminement de façon logique.

Le sympathisant doit avoir la volonté de s’instruire et d’améliorer ses connaissances, non seulement sur le catharisme, mais aussi sur l’histoire, la philosophie, les doctrines religieuses principales et ne pas oublier l’étude de l’humain (psychologie, sociologie, anthropologie) qui lui apportera la connaissance de notre mondanité.

Le croyant, qui a dépassé ce stade, devra se concentrer sur l’émergence de sa part spirituelle. Il apprendra à étudier les textes chrétiens et à comprendre l’analyse qu’en faisaient les cathares médiévaux et qu’en font les cathares modernes.

Tous devront préparer la structuration de notre Église, car le catharisme est clair : pour aller à bonne fin, il faut permettre à cette dernière de remplir sa mission apostolique et formatrice de futurs ministres du culte que nous appelons les consolés ou les Bons-Chrétiens.

La résurgence par l’agrégation

Cela fait des années que nous constatons que des personnes manifestent leur intérêt pour le catharisme et disparaissent des radars après un ou deux contacts. D’autres, inconnus de tous se manifestent maintenant tout en reconnaissant suivre le sujet depuis plusieurs années. Qu’est-ce que cela nous enseigne ?

Certes, on peut croire qu’une partie s’est précipité un peu vite avant d’abandonner en voyant que cela ne correspond pas à ses aspirations. Mais je crois qu’une partie est dans l’inquiétude de devoir subir une nouvelle déception, tant il est vrai que jusque-là aucun mouvement visant à restaurer le catharisme n’a réussi.

C’est un cercle vicieux, car si vous hésitez à vous engager de peur de voir le mouvement échouer, votre refus de rejoindre ceux qui essaient de faire fonctionner le processus, va aboutir à leur échec et à votre déception.

Les cathares insistaient beaucoup sur la nécessité de ne pas cheminer seul. Cela ne veut pas dire que c’est absolument impossible, mais que cela aggrave infiniment la difficulté du cheminement et nécessite de tels efforts que beaucoup abandonnent, ou se fourvoient.

De même, si vous êtes croyant cathare, c’est-à-dire si vous considérez que le catharisme est la voie de salut qui vous correspond, empêcher ou retarder sa résurgence vous mettra, le moment venu, dans l’impossibilité de recevoir la Consolation. Cela peut vous obliger à demeurer encore plus longtemps dans ce monde, faute d’avoir pu bénéficier de l’accompagnement nécessaire.

Donc, l’agrégation n’est pas indispensable dans le seul but de disposer d’une altérité dans son propre cheminement. Elle l’est aussi pour que l’Église puisse exister et offrir une formation, un accompagnement et une voie vers le salut pour les sympathisants et les croyants.

J’espère avoir réussi à vous faire toucher du doigt l’importance qu’il y a, pour les personnes désireuses de voir le catharisme perdurer et prospérer, de participer à cet élan et, si besoin, d’avoir pour soi une aide à son propre cheminement.

Éric Delmas, 15 janvier 2021.

Les bornages du catharisme

1-1-Sujets principaux
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Les bornages du catharisme

Les bornages dans le monde

À tout moment dans la vie mondaine nous sommes soumis à des bornages. Ils sont pour la plupart du temps mis en place a posteriori et ont généralement un caractère de jugement et de comparaison.

Le but des bornages dans ce monde est de différencier les individus en valorisant les uns et en dévalorisant les autres. Même si nous ne savons plus les reconnaître, nous n’y échappons pas. Pour certains d’entre nous ils sont bénins et pour d’autres ils sont insurmontables. Cela commence dès la petite enfance :

  • À l’école, le passage de classe en classe dépend d’une évaluation de l’année précédente, voire d’un examen qui sanctionne un niveau d’étude ;
  • Pour conduite un véhicule à moteur, cyclomoteur ou voiture, une évaluation sanctionne un niveau de connaissance et de pratique ;
  • Bien entendu, pour accéder à de nombreux métiers, une formation est requise et est sanctionnée par des examens
  • Dans l’exercice professionnel il n’est pas rare de devoir, là aussi, subir des évaluations de la part de son encadrement, voire des examens et des formations validant.

Notre vie est bornée à posteriori, c’est-à-dire qu’un jugement est porté sur nous après une étape, pour décider de la possibilité de passer à une autre.

Certains bornages sont formels, mais nous en subissons d’autres qui sont plus discrets, voire pernicieux :

  • L’inclusion dans un groupe social (ami, relations, etc.) dépend souvent de critères précis ou intuitifs qui définissent la confiance qui nous sera accordée.
  • La relation de couple dépend aussi d’une période d’évaluation que notre partenaire potentiel mettra à profit pour savoir s’il est possible d’envisager une vie à deux ;
  • Nous sommes également portés à évaluer les autres avant de leur permettre d’accéder à des zones intimes.

Même si ces bornages sont réalisés a posteriori, rien ne garantit qu’ils soient infaillibles et il n’est pas rare qu’ils puissent être remis en cause, le plus souvent par les autres.

Il n’y a guère que dans le domaine intime que les bornages peuvent se faire éventuellement a priori en se basant généralement sur l’appartenance à un groupe social, familial, ethnique ou autre.

Ces bornages servent à valider des compétences et à organiser la société en plaçant chacun de ses membres à la place estimée la plus profitable au groupe. Le problème est qu’ils sont souvent basés sur des niveaux de compétences généraux et qu’ils ne peuvent donc pas vraiment prendre en compte les particularismes de chacun.

Ils créent aussi des jugements de valeur, donnant à chaque catégorie des qualités ou des défauts plus ou moins justement évalués. Ainsi on constate régulièrement qu’un des paramètres qualitatifs de classement est celui de l’argent. Que ce soit l’argent généré en positif, comme le salaire ou des revenus autres, mais que ce soit aussi de l’argent dépensé pour la catégorie, comme les coût des allocations diverses.

Si le prologue de la Constitution indique que : « Les hommes naissent libres et égaux en droit. », il semble bien que la société se chargent très tôt de détruire cette égalité au profit d’un classement qualitatif qui va créer des catégories difficiles à dépasser, malgré l’inscription de l’égalité dans notre devise nationale.

Ces bornages ne remplissent pas leur fonction d’utilité sociale, car nous voyons qu’ils ne conduisent pas à valoriser ce qui est le plus important pour le groupe : la situation des personnels de santé, entre autres, le montre malheureusement bien.

Ces bornages sont donc bien en phase avec ce monde imparfait et souvent malin, qui nuit plus qu’il ne sert l’humanité qui en subit les conséquences.

Comment le catharisme fonctionne-t-il de ce point de vue ?

La particularité du catharisme est qu’il n’a pas besoin de classer la population puisqu’il considère que chaque être humain est une parcelle de l’Esprit unique, émanation divine artificiellement divisée.

Par contre, ceux qui s’intéressent au catharisme et veulent progresser en son sein ressentent le besoin de se situer. Mais la doctrine cathare ne permet pas de juger, donc de séparer les hommes sur quelque critère que ce soit. La manifestation des choix doit donc obéir à une autre forme.

La désignation a posteriori est forcément basée sur le jugement puisqu’elle se sert de l’expérience accumulée pour évaluer la compétence et le niveau atteint. Elle est donc impossible dans le catharisme.

La désignation a priori rencontre le même problème. Dire d’une personne qu’elle est apte à ceci ou cela est un jugement et le fait qu’il ne s’appuie pas sur des éléments objectifs ne lui ôte pas cet aspect de jugement.

C’est pour cela que le catharisme a choisi de retirer à son système de bornage ce qui lui posait problème : l’estimation extérieure.

Mais il n’en reste pas moins qu’il y a des étapes dans l’avancement en catharisme et que ces étapes constituent un système de bornage de l’évolution au sein de cette spiritualité. Nous pouvons en définir trois de façon précise :

Tout d’abord, quand une personne découvre le catharisme, grâce à des apports de connaissance personnels (lecture, contact avec des croyants, etc.) elle peut, soit n’y voir qu’un sujet comme un autre et le laisser de côté une fois que sa curiosité aura été satisfaite. On peut dire sans exagérer que cela représente l’immense majorité des cas. Cependant, il arrive que cette personne ressente le désir d’aller plus loin dans sa connaissance, notamment dans le domaine spirituel, soit parce qu’elle n’est pas satisfaite de ce qu’elle a déjà appris, soit parce que cela éveille en elle des sentiments liés à d’autres connaissances qu’elle possède déjà. Le fait de vouloir approfondir ses connaissances, surtout s’il s’accompagne d’une empathie envers le catharisme, voire d’une sympathie plus profonde, marque le franchissement d’une borne entre le statut de curieux et celui de sympathisant.

Le sympathisant va poursuivre ses études et améliorer ses connaissances, ce qui lui permettra de faire un tri dans les données circulant sur le catharisme et qui sont, dans une grande majorité, erronées, voire pires. De ces études il retirera, soit une connaissance améliorée sans qu’elle n’éveille rien de particulier en lui, soit le sentiment que cette voie spirituelle semble être celle qui peut assurer le salut.

Si le sympathisant adhère à la doctrine cathare au point de considérer que c’est la meilleure voie possible pour atteindre le salut, il va continuer à l’étudier et, parallèlement il suivra l’enseignement des chrétiens cathares qui l’aideront à mieux appréhender le christianisme. Si cela l’imprègne réellement, il finira par atteindre l’éveil qui se manifestera pour lui par l’impérieux besoin d’aller au bout de ce cheminement pour faire sa bonne fin. Cela s’appelle l’éveil et fait de ce sympathisant un croyant cathare. Une fois qu’il l’aura compris, le croyant recherchera les chrétiens cathares consolés et leur manifestera son état en leur demandant leur aide pour son cheminement par le biais de l’Amélioration. Il marquera ainsi le bornage de son nouvel état.

On le voit dans ces deux cas, le bornage peut n’être visible que de l’intéressé ou bien se manifester ouvertement envers l’Église cathare. Il n’intervient que pour confirmer un état déjà acquis et n’est évalué que par l’intéressé. Pas de jugement, pas de sanction, pas de marque extérieure publique ; même l’Amélioration ne peut se faire qu’en comité restreint. De même, l’engagement pris est sans cesse remis en question et l’intéressé peut abandonner son cheminement s’il considère s’être trompé. Là encore, il est seul juge de son état réel.

Le croyant manifeste son état dans sa pratique intime et dans sa volonté de participer à la mise en place des conditions qui lui permettront d’assurer son salut, à savoir disposer en temps voulus d’une maison cathare où faire son noviciat et recevoir sa Consolation. En attendant d’en arriver là, surtout si des contraintes mondaines l’empêchent de se libérer, il va approfondir son cheminement par l’étude, par les pratiques spirituelles et par une adaptation de sa vie mondaine, afin de la rendre la plus compatible possible avec la règle de justice et de vérité. La préparation spirituelle peut se faire aider par un accompagnement dans l’étude des textes et dans les pratiques spirituelles. Aujourd’hui, plutôt que des participations à des prêches réguliers, qui n’est pas forcément facile étant donné l’éloignement entre les membres de l’Église, il peut entamer une préparation au noviciat.

Au cours de cette période de préparation, non seulement le croyant va améliorer ses capacités spirituelles et pratiques, mais il va également travailler aux conditions de règlement des contraintes qui le retiennent encore dans ce monde. Cela passe par des échanges avec les personnes qui lui sont attachées pour expliquer ses choix et son désir d’avancement. Cela permettra de voir si les autres sont encore dans une dépendance envers lui qui l’empêche de partir ou si ces personnes sont plus dans une démarche visant à le bloquer dans ses choix. Dans cette dernière hypothèse il est clair que ses engagements ne seront plus de même nature. De même, s’il a des enfants, il convient de voir selon leurs capacités à appréhender la situation, si des aménagements sont possibles (déménagement à proximité d’une maison cathare, séparation de corps avec le conjoint avec maintien d’un lien quotidien avec les enfants, etc.). En effet, la plasticité du catharisme permet bien des aménagements propres à favoriser l’entrée en noviciat sans nuire à l’entourage. Le choix d’entrée en noviciat va constituer un nouveau bornage dont le croyant seul peut définir le moment opportun.

Une fois entré en noviciat, le croyant va cheminer plus profondément dans sa foi au moyen de temps de pratiques et de spiritualités plus nombreux, même si des obligations mondaines demeurent. Plusieurs étapes viendront ponctuer son avancement au sein de la maison cathare et lui permettront de choisir une finalité strictement personnelle ou un parcours plus approfondi en vue de devenir prédicateur. Il va sans dire que de nos jours, les freins à l’accès à des fonctions de responsabilités que connaissaient les femmes cathares médiévales, n’ont plus aucune justification.

Ainsi, au terme d’une évaluation personnelle et d’un approfondissement de son état spirituel, il sera en mesure de ressentir le lien avec le Saint-Esprit consolateur qui lui confirmera la nouvelle étape atteinte. Dès lors, il pourra en parler avec les membres de la maison cathare afin de définir la date de sa Consolation. Ce bornage, considéré à tort par beaucoup comme une fin, lui ouvrira la porte d’un nouveau cheminement qui sera lui aussi ponctué de bornages, visibles ou non, qui le mèneront à terme à sa bonne fin.

Conclusion

On le voit mieux maintenant, le catharisme est lui aussi ponctués de moments-clés, mais ils prennent des formes particulières qui lui sont propres.

D’abord ils ne sont pas forcément formalisés de façon mondaine. Ils sont toujours à l’initiative de la personne concernée qui est la mieux placée pour évaluer son état. Elle peut s’appuyer sur l’avis de personnes plus avancées qu’elle, ce qui ne constitue pas un jugement. Quand une cérémonie ponctue ce bornage, elle peut survenir à distance du moment où le changement s’est opéré. Enfin, les bornages cathares sont systématiquement vécus a posteriori de ce qui les justifie, car le catharisme ne préjuge jamais d’un avenir qui n’est pas écrit dans ce monde.

Éric Delmas, novice cathare à Carcassonne.

Vers une nouvelle interprétation de l’histoire ? !

6-4-Controverses
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Vers une nouvelle interprétation de l’histoire ? !

Polémique !

Jean-Paul Rehr/Julien Théry contre Annie Cazenave/Jean Duvernoy.

ms 609

Voilà qui promet un débat houleux !

D’un côté, cette information, sous forme de non-événement, où l’on apprend que Jean-Paul Rehr prépare une thèse à Lyon dan

s le cadre de Sciences Sociales sous la direction de Julien Théry à partir du Manuscrit 609 (bibliothèque municipale de Toulouse) et, de l’autre, les historiens qui ont déjà travaillé sur la ms609 dont Annie Cazenave, historienne agrégée, médiéviste et qui rappelle à  J.-P. Rehr ce que les historiens doivent à Jean Duvernoy, spécialiste incontesté de l’histoire et de la religion des Cathares et du ms609 en particulier.

Les données de recherches de J.-P. Rehr sont puisées dans le site de l’édition digitale de la bibliothèque municipale de Toulouse : De Heresi.

La ms609 et les documents connexes du XIIIe siècle constituent la base de la thèse en préparation de Jean-Paul Rehr dont le titre est « Hérésie, Inquisition, et politique Toulouse – ms609 et la Grande Inquisition de 1245-46 ».

Cet effet d’annonce d’un travail qui prétend souligner le contexte social des accusations pendant les premières décennies de l’inquisition apparaît immédiatement douteux puisque l’auteur conclut d’ores et déjà à l’instar des Théry et autre Biget, historiens révisionnistes du catharisme, que la vie personnelle, sociale et politique de ces personnes trouvées dans la SP 609 peut être tracée dans d’autres documents de la même période, mais attention ; JeanPaul Rehr, s’empresse d’affirmer que ses travaux devraient changer radicalement notre compréhension de la nature de l’inquisition. Vrai qu’il apparait à certains qu’il faille redorer le blason des inquisiteurs !

Sa transcription de la ms609 devrait être terminée au début de 2021, nous informe l’auteur qui arrive après la bataille puisque la ms 609 n’est pas la « trouvaille inédite » de Jean-Paul Rehr, loin s’en faut, et c’est bien à Jean Duvernoy qu’il faut rendre la paternité des traductions des textes, nous rappelle Annie Cazenave dont nous publions ci-dessous la contribution en forme de réponse à un auteur (J.-P. Rehr) qui selon elle a « l’outrecuidance de se targuer de travailler sur le Manuscrit 609, ce qui bien après les travaux reconnus de Duvernoy est ahurissant et confondant de prétention » !

Patrick du Come, Président de l’association Rencontres de Montségur

Zoom sur un doublon

Le registre d’enquêtes en Lauragais est un document unique, par son originalité et son ampleur, conservé à la Bibliothèque municipale de Toulouse sous la cote ms 609. Son originalité : comme la terre concernée a été déclarée « generaliter corrupta », à l’inverse des autres enquêtes, formées par les interrogatoires personnels de chaque témoin, les deux inquisiteurs procèdent, sur place, village après village, en questionnant tous les habitants, l’un après l’autre, les filles à partir de douze ans et les garçons à partir de quatorze. De ce procédé découle son ampleur. Il présente donc un intérêt exceptionnel.

Jean-Paul Rehr, étudiant de Julien Théry, a entrepris de mettre en ligne le ms 609, avec sa traduction en anglais. Il a présenté son œuvre, qui n‘en est qu’à son tout début, lors du dernier colloque de Fanjeaux. Petit problème : J. Duvernoy, dans son inépuisable générosité, a déjà mis le ms 609 en ligne : http://jean.duvernoy.free.fr/text/pdf/ms609_a.pdf ou http.jean.duvernoy.free.fr/text/listetexte.htm.accessed 2017-08-01

Il suffit de cliquer, on peut à son aise le consulter depuis son ordinateur.

« L’historien de profession » a traité avec hauteur « l’avocat toulousain » Il semblerait qu’un juriste soit précisément qualifié pour comprendre un document appartenant à l’histoire du droit. Cependant, l’historien se réclame du petit groupe apparu depuis le colloque de Nice de 1999 : « Inventer l’hérésie », ce qui le dispense d’une bibliographie sérieuse. À la suite de Pegg, « historien anthropologue », il adopte en effet une lecture originale pour « démontrer le rôle joué par les cisterciens dans la diabolisation d’une hérésie supposée ». Et nous montre ainsi les 5 500 habitants des 106 villages qui « ont voyagé à pied, à cheval ou en charrette » pour aller se faire interroger à Toulouse. En réalité, ce sont les inquisiteurs qui se sont déplacés : ils ont pris la suite, et le chemin, des inquisiteurs assassinés à Avignonet, justement pour éliminer le danger que leurs enquêtes représentaient aux yeux des insoumis. Les registres des tués ont disparu avec eux.

Les Occitans du XIIIéme s. ignoraient la persévérance de l’administration : ils ont eu droit à leurs successeurs. Ceux-ci commencent à enquêter en 1246, au lendemain de la chute de Montségur, dans une région sous le choc.

Jean-Paul Rehr s’intéresse au manuscrit « conservé dans les coffres de la Bibliothèque municipale de Toulouse ». Mais il rencontre son écueil : « le problème pour l’étude de l’Inquisition est que les Cathares n’ont pas existé ». Sic ! C’est du Ionesco.

Donc il a identifié les Cathares aux faidits. Et ils « n’étaient pas autorisés à entendre les accusations portées contre eux » : car les inquisiteurs « ont construit une contre église, avec ses propres évêques, et ses prêtres », dont ils ne trouvent aucune autre trace sinon  celles qu’ils ont fantasmées. Jean-Paul Rehr a lu les serments prêtés dans les villages en 1243 après l’échec de la rébellion et s’est demandé pourquoi Raimond VII ne s’est pas opposé à cette vaste enquête. Parce qu’il ne le pouvait pas !

Et il y a trouvé les mêmes noms de villageois, dont des boni homines, que la malveillance a transformé en hérétiques, et constaté, surpris, que dans ces villages les habitants étaient plus nombreux que les nobles. Ces « petits groupes de personnes » l’intéressent, à juste titre, et il s’interroge sur « l’orientation des inquisiteurs, qui recherchent des informations spécifiques sur des personnes très spécifiques ». Sic !

Il prend pour exemple la déposition d’Arnaud Granier, qui n’a d’autre intérêt que pratique : située au début du manuscrit, elle est donc connue de lui ; et il en tire une intéressante conclusion : « les formulaires des inquisiteurs deviennent limpides après la lecture de quelques dépositions !… les événements individuels sont pratiquement tous structurés selon le même schéma ! »

Annie Cazenave, Docteur en histoire, Docteur en histoire de l’art, retraitée du CNRS.

Pour en savoir plus sur la côte ms 609

Documents de l’hérésie et de l’Inquisition dans l’Europe du XIIIe siècle

Et la liste des personnes interrogées dans http://medieval-inquisition.huma-num.fr/MS609/list

De Heresi est le foyer de l’édition numérique de ms609 de la Bibliothèque municipale de Toulouse, le plus ancien document original existant de la première génération d’inquisition (inquisitio heretic pravitatis, ou « Inquisition dans la dépravation hérétique » ce manuscrit massif contient le registre de la « Grande Inquisition » de 1245-46, et présente les déclarations des interrogatoires de plus de 5 500 personnes de plus de 100 villages autour de Toulouse. Les dépositions couvrent un large éventail de sujets, de l’hérésie à la vie quotidienne au XIIIe siècle.

De Heresi contient l’édition numérique des sélections d’autres archives pour aider les chercheurs à mieux comprendre le contexte social des personnes soumises aux premières inquisitions. L’architecture de ce site permet aux chercheurs de retracer les personnes, les événements et les idées à travers différents documents.

Ces documents comprennent :

  •  phrases de la même inquisition, trouvées dans MS Latin 9992, Bibliothèque nationale ;
  • autres dépositions connexes du Fonds Doat, Bibliothèque nationale ;
  • chartes et serments du Trésor des Chartes, Archives nationales ;
  • chartes de diverses archives départementales dont la Haute-Garonne et l’Aude.

Tous les documents sont présentés comme des éditions critiques dans leur langue d’origine (latin, parfois occitan), ainsi que des traductions, avec des images haute résolution des documents originaux.

rencontresmontsegur 25/08/2020

Le confinement : une contrainte ou une chance ?

2-3-Le catharisme au quotidien

Le confinement : une contrainte ou une chance ?

Face à l’épreuve

Nous rencontrons tous des épreuves dans notre vie, qu’elles soient physiques, professionnelles, sociales, financières ou intellectuelles. Ces épreuves produisent en général un stress, car elles nous montrent notre fragilité et qu’elles remettent en cause nos éventuels projets.

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Qui est Dieu ?

3-1-Doctrine cathare

Ciel Bleu Et Rayon De Soleil Image stock - Image du sunset ...Qui est Dieu ?

Il est courant de dire que le catharisme n’a pas recours à la théologie puisque la théologie est le discours que l’on tient à propos de Dieu. Or, dans le catharisme, Dieu est étranger au monde et, par conséquent inconnu.

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