La volonté de domination

La volonté de domination

Comme promis, voici le troisième et dernier volet du trépied que je considère être le socle de l’action du démiurge en ce monde, à savoir l’Antéchrist (666).

Pour rappel envers ceux qui n’auraient pas lu les deux autres textes, l’Antéchrist, de mon point de vue, s’appuie sur trois piliers qui sont la volonté de possession, illustrée par l’argent (Mamon), la volonté de paraître, incarnée par l’égo et la volonté de domination que nous allons étudier aujourd’hui.

Pour mieux comprendre ce phénomène mondain, il me semble utile à tout un chacun de lire ou de relire l’excellent ouvrage de René Girard : Des choses cachées depuis la fondation du monde.

Le conflit mimétique et les groupes sociaux

On apprend dans cet ouvrage, entre autres, que depuis que l’être humain a compris la nécessité pour sa survie de s’organiser en société, ce choix a provoqué des troubles auxquels l’homme a cherché sans arrêt des solutions. Le trouble principal est ce que l’on appelle le conflit mimétique. Se trouble provoque une désorganisation sociétale qui met en danger la vie commune et qui impose donc de trouver des solutions pour le faire cesser ou l’empêcher d’apparaître. Une des problématiques est la volonté des hommes de dominer leurs congénères, afin de mettre en avant leur volonté de paraître (égo) et donc d’être reconnus comme supérieurs aux autres.

Trois situations se trouvaient mises en avant : rester dans la moyenne du groupe sans se faire remarquer, se faire remarquer par une particularité qui provoquera le rejet du groupe et devenir la victime, émissaire du groupe afin de bénéficier d’un statut reconnu jusqu’au moment de la mise en œuvre du sacrifice.

Le premier cas de figure interdit tout espoir d’exercer sa domination, mais est pour la plupart des mortels le moyen de rester bien à l’abri au sein du groupe. Cela permet également d’agir en lien avec le reste du groupe de façon à exclure ou à éliminer ceux qui sont accusés de provoquer le conflit mimétique.

Le deuxième cas de figure permet au groupe de désigner celui ou ceux qui seront accusés de la responsabilité du conflit mimétique et dont l’exclusion permettra d’apaiser ce dernier. On y trouve dans la plupart des cultures les différences physiques (roux, gaucher, etc.) et ceux qui se seront fait remarquer en essayant d’exercer leur domination sans y parvenir. Une fois identifiés, il font l’objet de rituels d’exlusion pouvant aller jusqu’à la mise à mort.

Le dernier cas de figure est celui où un groupe décide de choisir en son sein une personnalité qui pourra être, à l’occasion, la victime émissaire permettant de résoudre un conflit mimétique. Tout le problème pour cette personnalité sera de conserver son statut, sans jamais être sacrifiée, car ce statut lui confèrera une supériorité reconnue sur le reste du groupe, lui permettant d’avoir des avantages personnalisés et souvent non négligeables. C’est le cas des chamans par exemple, mais aussi des chefs de tribu ou des rois. La meilleure façon pour eux d’éviter d’être mis en avant en vue d’une exécution est bien entendu de faire porter la responsabilité du conflit mimétique sur une personnalité du deuxième groupe.

La volonté de domination au fil des siècles

Dès que l’être humain est sorti des sociétés indigènes préhistoriques, la société s’est organisée de façon hiérarchique, à la fois dans un but opérationnel et pour satisfaire la volonté de domination de ceux qui se sont avérés capables de manipuler les autres. Cela n’a fait que s’améliorer au fil des siècles et perdure encore aujourd’hui où l’on peut constater facilement que les statuts sociaux ne reflètent pas l’utilité et l’intérêt des individus pour l’ensemble de la société.

Et c’est d’ailleurs dans cette nature que la malignité de la volonté de domination s’exprime pleinement. En effet, notre culture nous pousse systématiquement à atteindre un statut de domination qui nous permettra, comme nous l’espérons, d’être assuré d’une vie sereine, disposant de tout le confort souhaité et d’une reconnaissance générale qui ne seront pas toujours liés à notre intérêt et à notre utilité pour la société. Les critères qui vont définir ce statut social ne sont pas plus justes et honnêtes que le statut finalement obtenu.

La naissance

Le premier critère est celui de la naissance. Le moins que l’on puisse dire est que ce critère ne repose sur rien d’utile pour la société et que l’individu concerné n’y participe pas. Néanmoins, pour la plupart d’entre nous, il va déterminer notre position sociale et limiter nos possibilités de progression selon des critères qui vont être variables au sein des groupes sociaux, y compris familiaux.

Nous observons facilement qu’être né dans une famille favorisée, qui peut être selon les cas et les périodes, une famille issue de la noblesse, du monde de l’argent, de parents très instruit ou au contraire d’une famille défavorisée : pauvre, intellectuellement limitée, va définir en grande partie notre capacité d’évolution. L’expression « plafond de verre » est révélatrice de ce concept bien ancré dans notre société.

Pour autant, ce critère n’est pas absolu ni insurmontable. En effet, nous avons des exemples de personnes qui, quoique bien nées, sont cependant tombées au plus bas de la société, de même que des personnes pauvres qui par leurs efforts ont réussi à surmonter ce handicap et à accéder à des postes de responsabilité. Par contre, cela a souvent provoqué des problèmes au sein de leur groupe familial, au point qu’il est courant de dire que l’enfant qui dépasse le statut de ses parents de plus de deux niveaux est d’une certaine façon rejetée par sa famille d’origine. De même, il est courant de dire qu’au sein d’une famille, le premier, pauvre, va construire la fortune familiale, le deuxième, poussé par cet effort paternel va l’asseoir définitivement et, à partir du troisième, en une ou deux générations, les enfants vont se charger de la dilapider au point parfois de revenir au statut initial.

L’instruction

Un autre critère bien connu est celui de l’instruction qui permet d’accéder à des postes de domination permettant de se différencier du reste du groupe, soit par les compétences qu’elle va nous conférer, soit par la possibilité d’imposer sa domination à d’autres qui ont plus de compétences que nous. Même dans nos sociétés modernes et démocratiques, nous pouvons facilement constater que l’accès à l’instruction est néanmoins limité pour les catégories sociales les plus défavorisées, ce qui revient à appliquer le premier critère à celui-ci.

En effet, l’instruction ne peut aider à progresser dans le statut social que si son objectif n’est pas seulement d’acquérir des compétences utiles à la société. Cela est notamment dû à la corruption de l’argent. On se rend compte que certaines professions, pourtant largement reconnues comme indispensables à la société, ne permettent pas à ceux qui les exercent d’avoir un statut social supérieur. À l’inverse, il ne manque pas de professions dont on peut se demander quelle est leur utilité réelle pour la société, alors que leurs membres ne se privent pas de s’attribuer un statut social et des revenus largement supérieurs à ce qui serait logique qu’ils se voient attribuer. Je laisse à chacun, selon ses idées personnelles, le soin de faire le tri qu’il jugera le plus adapté.

L’intelligence

Il faut aussi ajouter à ce critère de l’instruction un autre critère, qui lui relève des particularités intellectuelles et psychologiques de chacun, qui vont lui permettre de choisir la voie la plus favorable à son ascension sociale. Il s’agit de l’intelligence qui, dans sa définition exacte, est la capacité d’un individu, humain ou animal au demeurant, à s’adapter à son environnement.

C’est sur ce point que l’on verra le plus la puissance de l’ego et la malignité s’exercer. Contrairement à l’animal, l’humain est capable d’utiliser son intelligence à des fins qui ne lui apportent pas un bénéfice tangible pour sa vie quotidienne, mais qui lui permettent de rechercher la nuisance envers les autres afin d’asseoir sa domination.

Partant de ces trois critères principaux, il est simple pour tout un chacun de définir d’autres critères qui vont permettre l’expression de cette volonté de domination et qui peuvent éventuellement changer au cours des siècles, selon le régime social et politique dans lequel on vit.

En effet c’est ainsi que l’on peut se dire que le Mal agit en ce monde, car même pour ceux qui cherchent à utiliser les critères précédemment cités et quelques autres si nécessaire, pour leur propre ascension sociale, il peut arriver que des revers, impliquant la société entière, les jettent à bas de leurs piédestal, alors même qu’ils avaient tout fait pour s’y installer durablement. Cela se voit notamment dans les périodes de troubles de la société où le désir mimétique conduit à des conflits qui modifient durablement et profondément l’organisation sociale, comme c’est le cas lors des révolutions par exemple.

La volonté de domination pour le croyant

D’une façon générale et plus particulièrement au sein du catharisme, le croyant va devoir identifier ce qui dans les règles de la société où il vit constitue ou pas un élément de cette volonté de domination, afin de se positionner de façon à ne pas succomber.

En effet, notre culture nous pousse à considérer que la société ne nous laisse que deux choix : être une proie ou être un prédateur. Le croyant va devoir trouver les moyens de ne succomber à aucun des deux choix, s’il en a la capacité, ou au pire, à supporter le fait d’être une proie. Nul besoin de vous dire que cela est très difficile quand on est totalement inclus dans le système social et que l’on veut mener une vie que l’on juge honnête et respectueuse des autres, car ces derniers et le système lui-même ne cessent de nous imposer le choix que nous ne voulons pas faire.

La seule solution que j’ai trouvé personnellement et que je conseille à ceux qui me posent la question est de se positionner officiellement en dehors de ces deux critères, tout en disant à ceux qui voudraient faire de nous une proie qu’il existe dans la société des règles qui peuvent s’appliquer pour leur rendre leur violence insupportable, voire les faire déchoir du statut qu’ils ont essayé d’obtenir. En effet, ceux qui agressent ceux qui ne cherchent pas à se défendre, ont comme caractère commun la lâcheté. Or si le lâche se sent fort face au faible, il craint fortement l’autorité ou la force. L’annonce préalable d’un recours systématique à l’autorité et à la loi, face à une personne qui voudrait profiter de notre apparente faiblesse, suffit généralement à décourager la plupart des agresseurs qui craignent bien plus que tout de devoir rendre des comptes qui mettraient en évidence leur comportement méprisable. Cela permet donc de se préserver de la grande majorité des pseudos prédateurs qui ne sont rien d’autre que des proies cherchant une proie plus faible qu’elles. Mais il faut éviter tout attitude qui pourrait donner à penser que l’on peut envisager d’entrer dans la catégorie des prédateurs, notamment en accédant à des postes de domination et de responsabilités, car cela ne pourra que provoquer des conflits mimétiques destinés à nous faire déchoir d’un poste en vue de tous.

Conclusion

Je ne vais pas m’étaler davantage sur ce sujet, car je pense que vous avez largement les capacités d’en faire le tour par vous-même et de l’adapter à votre situation personnelle.

Je voudrais par contre vous signaler que les trois éléments que j’ai cités, comme étant ce que j’appelle personnellement l’Antéchrist, sont en fait constitutifs du monde dans lequel nous vivons et que cela confirme bien qu’ils en sont l’architecture qui permet à ce monde d’accomplir la volonté de son maître, à savoir dominer le Bien, même si c’est de façon ponctuelle et locale.

À nous d’en avoir conscience et de faire ce qu’il faut pour ne céder à aucun de ces trois éléments que sont la volonté de possession, la volonté de paraître et la volonté de domination.

@ Guilhem de Carcassonne le 10 mai 2026

Guilhem de Carcassonne

Créateur de ce site.