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Non-violence et pouvoir

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Non-violence et pouvoir

« Magnifiques les doux, car ils hériteront de la terre. » (Matthieu : 5,5)
« Magnifiques les pacifiques, car on les appellera fils de Dieu. » (Matthieu : 5,9)

La violence et le monde

Ce qui régit la vie dans le monde est la survie. Chaque espèce, animale ou végétale, cherche par tous les moyens à survivre suffisamment longtemps pour se reproduire et assurer ainsi la persistance de son groupe.
Pour survivre il est nécessaire de trouver un moyen de retarder l’échéance de sa mort, soit en évitant les dangers (fuite, dissimulation), soit par la fécondité, soit en attaquant.
Il est clair que ce monde est violent, et les rares moments de gentillesse que l’on observe ne sont que des pauses.

L’homme a d’abord dû lutter contre des prédateurs qui lui étaient supérieurs. Grâce à ses capacités d’adaptation et d’invention, il a petit à petit surmonté ses handicaps pour devenir un prédateur féroce. Je ne doute pas qu’ayant acquis cette conscience de son pouvoir sur la nature et ses habitants, il a ensuite voulu faire de même au sein de son groupe. René Girard nous l’explique très bien dans son live : « Des choses cachées depuis la fondation du monde », l’homme s’est très vite hiérarchisé sur un groupe nucléaire dominé par le mâle reproducteur et principal pourvoyeur de nourriture. Mais la nécessité de l’agressivité des autres prédateurs l’a conduit à se regrouper, au prix d’adaptations, afin de mutualiser ses moyens productifs et défensifs en évitant violence mimétique.
L’évolution n’a rien changé et l’apparente sérénité de nos sociétés cède vite la place au constat d’une violence toujours présente. Souvent, elle ne s’exprime plus directement et physiquement, mais par des biais liés à des formes de pouvoir qui remplacent la stricte violence physique.

Il faut donc bien comprendre que la violence et le pouvoir sont les marqueurs fondamentaux de ce monde.

La violence est multiforme

Quand on parle de violence, on ne se rend pas toujours compte de son étendue et de ses domaines d’application.
Nous connaissons la violence physique et, depuis relativement peu, la violence mentale. Mais il existe aussi des formes de violences qui s’exercent dans tous les domaines de la vie : sociale, religieuse, financière, politique, etc.
La violence physique est plus simple, quand elle n’est pas directement liée à une autre forme. Elle vise à soulager son auteur d’une frustration qui le fait se sentir proie et qui pense que sa violence va en faire un prédateur. Le choix de la violence est dès lors plus instinctif que réfléchi.
La violence mentale est elle aussi directement lié à un problème de représentation. Son auteur veut affirmer sa suprématie sur sa victime, mais sa propre lâcheté l’amène à choisir le harcèlement et la manipulation pour ne pas prendre de risque personnel, ce qui confirme son manque d’assurance.
La violence sociale vise à l’exercice d’un pouvoir en vue d’une volonté de domination et/ou d’une représentation vis-à-vis de la société et des victimes. Elle s’exerce souvent via une utilisation fallacieuse du système législatif et réglementaire dont les failles permettent son exercice tout en protégeant ses auteurs.
La violence religieuse est avant tout une recherche de représentation. Le groupe qui l’exerce vise à apparaître comme supérieur à ceux qu’il se choisit comme victimes, ce qui dénote son inquiétude, qu’il cherche à effacer dans sa propre image.
La violence financière est plus un outil qu’une violence à part entière. Depuis que l’argent a cessé de n’être qu’un outil facilitant le troc permettant d’échanger des biens, des services, un travail, pour devenir une quête en soi permettant d’affirmer une représentation, il a perdu son caractère bénéfique pour devenir une sorte de représentation maligne que l’on peut voir comme le moyen ou l’affirmation de l’Antéchrist.
La violence politique est une manière d’exercer un pouvoir, ce qui dévoile un sentiment d’infériorité. La représentation en est quasiment absente, car le monde politique est extrêmement dévalorisé dans l’opinion publique.

Face à ces violences nous allons voir que seule une non-violence globale est possible, sinon elle deviendrait vite une contre-violence qui n’est rien d’autre qu’une autre violence.

La contre-violence est un piège

Quand on subit la violence, la réaction naturelle est de vouloir s’y opposer par des moyens identiques : c’est la contre-violence.
Dans une démocratie et pour un individu moralement respectable, la contre-violence est un piège, car elle est obligée de dériver rapidement en violence aveugle à son tour. En effet, la contre-violence, qui n’est rien d’autre qu’une violence réactionnelle ne peut faire cesser la violence que par l’élimination de la violence initiale sans lui apporter la démonstration de son injustice. Elle met uniquement en avant sa plus grande puissance, ce qui crée forcément une frustration et qui laisse penser que la violence initiale était finalement justifiée. C’est d’ailleurs pour cela que les auteurs de violences s’attaquent à des victimes évidemment reconnues comme innocentes, car ils savent que cela engendrera une contre-violence plus forte et plus aveugle que s’ils n’avaient attaqué que des corps constitués destinés à recevoir des violences attendues auxquelles ils savent répondre de façon proportionnée. C’est le propre du terrorisme qui par-là cherche à provoquer la panique liée à l’incertitude des cibles visées, le rejet de l’autre sans distinction de sa réelle responsabilité et une réaction violente qui favorisera la radicalisation de part et d’autre.
Il n’y a donc aucune échappatoire au piège de la contre-violence et son risque évident est l’escalade qui peut très bien se terminer par un drame au plan individuel et par un abandon de la démocratie au plan social et politique.
En effet, la démocratie est un système de gouvernement très fragile. Winston Churchill disait même qu’elle « est le pire système de gouvernement… à l’exclusion de tous les autres. ». La seule solution pour une démocratie de répondre à une violence est de renforcer visiblement son caractère démocratique.

La non-violence cathare

Les Églises ne sont pas à l’abri de la violence et de la contre-violence. Quand leurs dirigeants sont mal choisis et qu’ils sont tournés vers le monde, ils sont souvent tentés par la violence, vécue comme un moyen simple de résoudre rapidement une problématique de pouvoir et de représentation.
Alors qu’ils avaient subi conjointement et côte à côte les violences des romains, les judéo-chrétiens, une fois investis du pouvoir de justice religieuse par l’empereur, vont se retourner contre leurs anciens coreligionnaires chrétiens, les pagano-chrétiens, qu’ils vont martyriser à leur tour.
Et cela peut être décliné à l’envi tout au long de l’histoire pour presque toutes les religions. Même les parangons de la non-violence, les bouddhistes, voient certains de leurs membres s’abandonner à la violence religieuse contre les musulmans. Ils ont même assassiné leur coreligionnaire Gandhi au nom de leur vision étriquée de leur religion.

Qu’est-ce que la non-violence ?

Chaque fois que j’ai eu l’occasion de parler de la non-violence dans un rendez-vous réunissant des personnes, a priori empreinte de l’esprit du catharisme, j’ai obtenu des débats très animés et des réactions émotionnelles puissantes, en raison de ce que la non-violence cathare évoquait comme souffrance pour beaucoup de participants.
La raison principale est simple : la non-violence est avant tout un abandon de sa condition humaine.
Comme l’Être et le non-Être ne peuvent se comparer, la non-violence et la violence ne se comprennent pas sur le même plan d’intelligence. La non-violence est un avant-goût de la divinité. C’est bien pour cela qu’il s’agit d’un fondamental du catharisme. Si l’humilité nous ramène à notre condition mondaine, la non-violence nous élève à notre condition spirituelle.
La non-violence nous enseigne que nous devons rester neutres face à la violence du monde ; elle ne nous concerne plus parce que nous sommes convaincus de ne plus être de ce monde. C’est un détachement, non pas sensuel comme l’ataraxie, mais intellectuel. Le non-violent se refuse à considérer la violence mondaine qu’il s’agisse de la justifier, de la rejeter ou même de la combattre.

Le catharisme et la non-violence

Comme je viens de le dire, le catharisme considère la non-violence comme un fondamental de sa doctrine. En clair, nul ne peut envisager cheminer par la voie cathare s’il ne se sent pas capable d’éliminer la violence de son rapport aux autres.
Mais dans un monde où la violence est l’alpha et l’oméga des rapports humains, comment un cathare peut-il vivre sans s’isoler de la société ?
C’est avant une question de priorité. Le cathare s’interroge sur ce qui est sa priorité : doit-il vivre dans ce monde et en accepter les règles ou préfère-t-il vivre un avant-goût de son salut en acceptant les risques que cela implique en ce monde ?
Notre choix est vite fait, mais contrairement aux premiers chrétiens qui faisaient du martyre une condition du salut, les cathares en acceptent l’augure s’il n’y a pas moyen d’agir autrement, mais ils ne le recherchent pas.
Par contre, ils se concentrent plus sur la violence qu’ils sont susceptibles d’infliger que sur celles qu’ils pourraient recevoir. En effet, nous sommes violents en permanence et le plus souvent sans en avoir conscience. Or, le cathare, de par sa Consolation qui l’a affranchi de ses fautes passées et qui lui a ouvert la connaissance fine et claire du Bien, est devenu un véritable pécheur devant tous, car il n’a plus l’excuse de l’ignorance.
C’est pourquoi la non-violence est si importante pour les cathares et qu’elle demande autant d’effort d’apprentissage de la part du croyant débutant jusqu’au cathare consolé près à rejoindre l’Esprit unique.

La non-violence face à la violence

La question habituelle est de savoir comment le catharisme prône à ses membres une action adaptée face à une violence les concernant directement ou pas. L’évitement est la réponse la plus simple, même s’il n’est pas toujours possible.
L’évitement consiste à se soustraire, préventivement ou pas, à un risque de violence. Il faut donc être capable d’identifier les situations susceptibles de déboucher sur un conflit mimétique notamment pour désarmer toute tentation de dérive violente de la part des autres. Quand on n’y est pas parvenu, il convient de laisser le champ libre si c’est possible.
Parfois la violence crée une situation de confrontation inévitable. La meilleure solution est alors de tenter de désarmer la violence de l’autre par une attitude de calme résolution et de renvoi cohérent à l’inadéquation de la violence que l’autre met en avant. Cela peut être le cas dans un cadre professionnel où un collègue essaie d’abuser de votre non-violence qu’il aurait confondue avec une attitude victimaire. Le rappel des règles légales et réglementaire peut le faire reculer, car le violent est rarement courageux. L’affirmation calme de votre résolution à porter l’affaire devant les instances appropriées avec le risque de sanctions à venir pour votre agresseur est souvent suffisant. Il préfèrera alors abandonner sur une pirouette stylistique qu’il croira suffisante à lui donner le beau rôle.
Dans un cas extrême, la violence est impossible à éviter ou à faire cesser. Le plus dur est alors de l’accepter, à charge pour votre agresseur de rendre des comptes, voire de l’endosser si vous n’êtes pas la victime initialement visée. Il est important de ne pas céder aux tentatives de l’agresseur visant à se décharger de sa responsabilité. Les « tu vas m’obliger à te faire ceci » ou « tu seras responsable de ce qui va arriver » doivent systématiquement impliquer une réponse claire quant au refus d’endosser la responsabilité de l’acte à commettre. Cela peut nous ramener au cas précédent où l’agresseur peut finalement choisir de renoncer.
Enfin, et c’est souvent là que le bât blesse pour beaucoup, il faut se convaincre qu’il n’existe pas de violence légitime. Combien de fois ai-je dû répondre à des remarques ultimes sur le ton voulant dire que la violence envers un monstre pouvait sauver de nombreuses vies ! C’est un biais intellectuel erroné. Nous ne sommes pas comptables des vies des autres, puisque nous ignorons tout des tenants et aboutissants de nos actes. Faute d’un véritable libre-arbitre, nous devons gérer l’instant présent à la valeur de ce qu’il représente. Quelque violence que ce soit est inacceptable envers qui que ce soit. C’est un peu comme le serment des soignants de ne pas laisser leur opinion interférer avec leur pratique soignante.

Non-violence et pouvoir

Un dernier point, qui me semble important. Comme nous l’avons vu, la violence est souvent un vecteur de la volonté de représentation. Exercer un pouvoir revient donc à prendre le risque de la violence, directe ou non et la non-violence refuse le pouvoir. Comme l’humilité, parce qu’elle rejette la publicité nous enjoint à ne pas faire connaître nos actes positifs, la non-violence nous enjoint à refuser toute position de pouvoir, y compris le plus social qu’il soit. Nous devons donc rester à distance des jeux du pouvoir humain, à quelque niveau qu’il se situe.

Avec toute ma Bienveillance.

Prêche du 14 novembre 2021 par Guilhem de Carcassonne.

Cultes publics de l’Église cathare de France

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Cultes publics de l’Église cathare de France

Au regard de la loi, notre objectif doit être nécessairement d’assurer des cultes publics.
Certes, la loi relative aux Églises est calquée sur la référence catholique, mais la catharisme peut très facilement s’y adapter.
En effet, nous savons que les apôtres cathares du Moyen Âge allaient régulièrement de village en village et de maison en maison pour venir assurer les rituels concernant les croyants et pour prêcher.

Aujourd’hui, la communauté ecclésiale est très dispersée et il ne m’est pas possible d’aller prêcher physiquement auprès de chaque croyant. Par contre, la technologie me permet de toucher tout le monde à distance grâce aux systèmes de vidéo. J’ai donc donc choisi d’effectuer des cultes cathares qui prennent la forme d’un prêche encadré d’un Père saint, pour que les croyants puissent participer, et d’un Pater, pour que je puisse y apporter ma pierre.

Vous trouverez ci-dessous la liste des prêches avec le lien vers la chaîne Youtube® où ils seront publiés.

Pour ne pas interférer avec les Rendez-vous de Carcassonne, qui se tiennent le premier samedi (si ≥ au 5) du mois, je programme le culte le dimanche suivant, dans les mêmes conditions.
Sa durée est d’environ 15 à 20 minutes, ce qui peut justifier de répartir chaque sujet sur plusieurs prêches.

Vous êtes invités à les suivre, quel que soit votre position personnelle vis-à-vis du catharisme, et à poster un commentaire sur Youtube ou dans les forums du site.

Avec toute ma Bienveillance.

Guilhem de Carcassonne.

Sommaire

Vous trouverez ci-dessous les date et thèmes des prêches réalisés sur notre chaîne Youtube®. Une fois publiés, vous disposerez d’un lien vous permettant de les revoir. Quelques temps ensuite, vous pourrez lire le texte ici à partir de 8h00 le jour indiqué.

2024

Date Vidéo sur Youtube Date Texte sur le site
09 juin La vie, la mort et le cathare 16 juin La vie, la mort et le cathare
12 mai Mal, violence, souffrance, etc. 19 mai Mal, violence, souffrance
07 avril Mettre le pied à l’étrier 14 avril Mettre le pied à l’étrier
10 mars La fin d’un monde ? 17 mars La fin d’un monde ?
11 février L’écharde dans la chair, un pas vers le salut ? 18 février L’écharde dans la chair, un pas vers le salut ?
07 janvier Pratiquer, enseigner, critiquer 14 janvier Pratiquer, enseigner, critiquer

2023

Date Vidéo sur Youtube Date Texte sur le site
10 décembre L’équilibre 17 décembre L’équilibre
13 novembre Où est Dieu ? 20 novembre Où est Dieu ?
08 octobre Monothéisme et dualisme 15 octobre Monothéisme et dualisme
10 septembre L’auberge espagnole cathare 17 septembre L’auberge espagnole cathare
13 août L’athée, un croyant qui s’ignore ? 20 août L’athée, un croyant qui s’ignore ?
09 juillet Le croyant ne mange pas à la carte 16 juillet Le croyant ne mange pas à la carte
11 juin Les trois mondes 18 juin Les trois mondes
14 mai Comment peut-on être cathare ? 21 mai Comment peut-on être cathare ?
9 avril Le cathare dans le monde 16 avril Le cathare dans le monde
12 mars Le monde, la vie, la mort et les cathares 19 mars Le monde, la vie, la mort et les cathares
12 février Le corps, l’âme et l’esprit saint 19 février Le corps, l’âme et l’esprit saint
15 janvier Confluence, convergence et… confusion 22 janvier Confluence, convergence et… confusion

2022

Date Vidéo sur Youtube Date Texte sur le site
11 décembre La vérité historique : Christ et Jésus 18 décembre La vérité historique : Christ et Jésus
13 novembre Le cheminement cathare 20 novembre Le cheminement cathare
9 octobre L’éveil spirituel cathare 16 octobre L’éveil spirituel cathare
11 septembre Principe du Mal et chute des esprits-saints 20 septembre Principe du Mal et chute des esprits-saints
14 août Dieu, principe du Bien et l’Être 24 août Dieu, principe du Bien et l’Être
10 juillet De la chute au salut 25 juillet De la chute au salut
12 juin Qu’a-tu fait de ton talent ? 27 juin Qu’a-tu fait de ton talent ?
8 mai Les freins à l’éveil : le lâcher-prise 23 mai Le lâcher-prise
10 avril Les freins à l’éveil : le libre arbitre 25 avril Le libre arbitre
13 mars Cosmogonie cathare (2) 28 mars Cosmogonie cathare (2)
13 février Cosmogonie cathare (1) 28 février Cosmogonie cathare (1)
09 janvier Ascèse et simplicité (2) 19 janvier Ascèse et simplicité (2)

2021

Date Vidéo sur Youtube Date Texte sur le site
12 décembre Ascèse et simplicité (1) 22 décembre Ascèse et simplicité (1)
14 novembre Non-violence et pouvoir 24 novembre Non-violence et pouvoir
10 octobre l’humilité et la vanité 10 octobre L’humilité et la vanité
12 septembre L’Amour ou Bienveillance

 

L’humilité et la vanité

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L’humilité et la vanité

Prêche de Guilhem de Carcassonne, le 10 octobre 2021

L’humilité vient de la Bienveillance

Je vous ai parlé, le mois dernier, du fondement du christianisme : le nouveau commandement qui nous fut donné par Christ : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. »
Ce commandement qui invalidait la loi mosaïque, qui faisait du peuple juif le peuple élu de Dieu, introduisait une notion très étrangère aux hommes : l’idée que nous ne sommes pas supérieurs aux autres et que Dieu n’a pas de préférence parmi ses « enfants ».

C’est par anthropomorphisme que nous prêtons à Dieu l’idée qu’il puisse considérer ce qui émane de Lui selon une échelle hiérarchique.
Ce refus de peuple ou de groupe préféré de Dieu introduit une notion qui nous est souvent étrangère, et qui constitue l’un des deux concepts fondamentaux du catharisme : l’humilité.

Notre monde est fondé et ne fonctionne que par la loi de la domination qui s’exerce par la violence. C’est parce que nous nous croyons supérieurs aux autres, ou mieux appréciés de Dieu, que nous sommes prêts à les tuer pour affirmer la validité de cette thèse. Mais Dieu, ne peut être Dieu que s’il ne choisit pas. Il aime absolument et également tout ce qui émane de Lui et il n’a pas de mal à opposer au Mal.
Accepter cette égalité dans l’amour de Dieu nécessite de refuser de se croire supérieur à quiconque. Cela s’appelle l’humilité.

L’humilité est la marque d’un esprit tourné vers Dieu comme son opposée, la vanité est la marque d’un esprit tourné vers le Mal.
J’ai traité ce sujet de l’humilité dans mon article du 29 décembre 2013, mais voudrais aujourd’hui vous la présenter de façon plus simple afin qu’elle puisse s’adresser au plus grand nombre, croyants cathares ou non, spirituels ou non, mais tout simplement hommes et femmes de bonne volonté.

Dans son livre : « L’armée des ombres » écrit en 1943, Joseph Kessel met en avant une forme d’humilité qui s’oppose à la vanité et la volonté de vivre. Si vous n’avez pas lu le livre, peut-être avez-vous vu le film éponyme de Jean-Pierre Melville, dans lequel le héros, joué par Lino Ventura, vit deux fois le même événement dramatique. En effet, capturé une première fois par les nazis, il se retrouve dans un stand de tir avec d’autres prisonniers et le responsable nazi offre la vie sauve à celui qui arrivera au bout du stand d’une centaine de mètres malgré les tirs nourris d’une mitrailleuse située à l’autre extrémité. Comme les autres et malgré lui, le héros finit par choisir de courir et est sauvé à mi-chemin par ses amis venus le libérer à l’aide d’une échelle de corde jetée par une trappe au plafond. À la fin de l’histoire, il se retrouve encore prisonnier et soumis à la même épreuve. Entre temps, il a vécu des événements qui lui ont montré combien la guerre est vaine et que l’humilité est le vrai remède à la folie des hommes. Aussi, et c’est sur cette image que se termine le film, au moment du top départ donné par le responsable nazi, il ne bouge pas et la dernière phrase du film, dite sur écran noir, est : « Cette fois il n’a pas couru ».

L’humilité est contre-nature

En effet, la volonté de vivre est de ce monde et elle se manifeste partout, aussi bien dans le monde animal que végétal. Elle détruit en nous la part spirituelle et nous force à refuser l’idée que nous sommes identique aux autres, même quand tout espoir est impossible. Dans les récits des camps de concentration, il est dit qu’après avoir gazé des victimes par dizaine, les nazis qui ouvraient les portes des chambres à gaz observaient que les corps n’étaient pas répartis dans la pièce, mais qu’ils étaient entassés en pyramide sous la bouche d’aération, car les victimes croyaient pouvoir s’y rapprocher de l’air frais en se servant des plus faibles comme escalier, alors qu’ils savaient bien qu’ils mourraient aussi, mais quelques secondes plus tard. Cette volonté de vivre apparaît dans sa totale absurdité.

Le monde, que nous cathares considérons comme l’œuvre du démiurge au service du principe du Mal, est entièrement organisé sous la loi de la lutte entre prédateurs et proies.
L’homme, d’abord proie, est devenu prédateur en utilisant son intelligence et en compensant sa faiblesse individuelle par un regroupement et une mise en commun des compétences. Mais, plus il dominait le monde, plus il a choisi de retourner sa volonté de vivre contre ses semblables. Car, à côté de la volonté de vivre s’est établie la nécessité de représentation, c’est-à-dire de reconnaissance de sa supériorité.
À ces notions il faut ajouter, comme le fit le philosophe Shopenhauer dans son œuvre : « Le monde comme volonté et comme représentation. », celle d’absurdité du monde qui n’est qu’une illusion qui nous est imposée comme un magicien cynique nous jetterait de la poudre aux yeux. Je pense que s’il avait eu connaissance du catharisme, il n’aurait pas choisi de se tourner vers le bouddhisme.

Dans ce monde qui n’est qu’une illusion, nous sommes manipulés dans notre chair par des choix impérieux qui vont au-delà de notre nature spirituelle et qui servent avant tout à nous maintenir dans l’ignorance de notre origine pour mieux nous empêcher de chercher à la retrouver.

Après avoir ainsi montré le cadre qui nous contraint, je voudrais maintenant me concentrer sur ce fondamental cathare qu’est l’humilité.
L’humilité n’est pas un choix naturel pour l’homme, car elle nous met en position de faiblesse vis-à-vis de ceux qui sont motivés par la vanité. En effet, comme je l’ai dit, si nous refusons d’agir en prédateurs, les autres vont très vite penser que nous sommes des proies, a priori faciles.
L’humilité commence à s’exprimer quand nous faisons le choix de ne plus participer à cette course à l’échalote du pouvoir. En effet, quitter la course alors que rien ne nous dit que nous allons la perdre exige une prise de conscience importante ; celle que la loi de ce monde est un mensonge. En effet, il faut avoir compris que les dés sont pipés pour refuser de jouer à un jeu que nous pensons pouvoir gagner. Sinon, ce serait de la folie comme le pensent ceux qui nous regardent agir et qui, ne comprenant pas notre choix, nous qualifient de cette épithète. En effet l’humilité est contre-naturelle, c’est-à-dire contraire à la nature mondaine, ce qui confirme qu’elle est spirituelle, même si nous n’en avons pas toujours conscience.

L’humilité nous mène à la spiritualité

Comme le prisonnier qui parvient enfin à détacher ses chaînes tout en sachant qu’il lui faut encore sortir de sa cellule, puis de la prison et enfin rejoindre un lieu sûr, l’humilité confirme que nous avons compris le message de Bienveillance, mais qu’il nous reste encore beaucoup de chemin à parcourir avant d’atteindre le salut.

Comme l’homme libéré de ses chaînes dans la caverne de Platon, qui s’abstient de juger les autres, quel que soit leur situation, celui qui comprend l’importance de l’humilité sait qu’il faut la mettre en œuvre pour qu’elle nous permette de cheminer vers notre salut. Elle n’est pas une fin en soi, mais la première marche vers un possible salut.
Elle va nous révéler l’incohérence du monde, basé sur la vanité, et nous rappeler que nous devons être clairs dans nos choix et nos actions sans oublier que nous cheminons bien si nous ne sommes pas seuls.

Si nous acceptons le concept selon lequel nous ne sommes pas supérieurs aux autres, mais seulement égaux, nous ne pouvons qu’abandonner l’idée de compétition au profit de l’idée de coopération.
Cette coopération veut dire que nous devons unir nos capacités, liées à notre niveau d’avancement spirituel, sans croire que nous devons compter sur le travail des autres pour acquérir notre salut.
Dans le catharisme, chacun est seul apte à assurer les conditions de son salut. Pas de Jésus mourant en croix pour racheter nos péchés, pas de martyrs déchiquetés dans les arènes pour nous ouvrir la voie et pas de religieux se retirant du monde pour vivre la foi à notre place.
La coopération avec les autres, qu’ils partagent notre foi ou pas, vise à éviter les pièges que nous tend le monde et à nous soutenir les uns les autres quand la motivation faiblit.

L’humilité est le bâton qui nous permet de progresser sur le chemin escarpé et inégal qui mène au salut. Nous devons toujours nous appuyer sur elle, car nous pouvons toujours trébucher et tomber. C’est pourquoi, comme l’aveugle qui sonde le chemin devant lui à l’aide de sa canne, nous devons en permanence analyser les choix qui se présentent à nous à l’aune de l’humilité pour savoir lequel est spirituel et lequel est mondain.
Ainsi, nous verrons rapidement que les chemins de l’humilité nous élèvent au-dessus du monde et nous poussent à choisir les voies spirituelles. Bien entendu, l’humilité n’est pas l’alpha et l’oméga, mais elle est un pilier fondamental.
En nous poussant à cesser de nous comparer aux autres, celle nous convaincra de nous analyser nous-même sans complaisance mais en toute Bienveillance. En nous poussant à rejeter ce qui nous rattache au monde, elle nous aide à alléger la charge mondaine qui nous empêcher d’avancer sur le chemin du salut. En nous obligeant à préférer l’essentiel au superflu elle nous donnera la clé du choix juste et vrai dans notre avancement.
À l’inverse, en recherchant la vanité dans les choix qui se présentent à nous, nous saurons identifier les faux choix, pourtant plus faciles, et nous saurons séparer ce qui vient du monde de ce qui vient du Père.

L’humilité dans le Nouveau Testament

On trouve de nombreux exemples de référence à l’humilité dans le Nouveau Testament :

Lettre de Paul aux Éphésiens (4, 1-2) : « Je vous exhorte donc, […] à marcher dignes […] en toute humilité et douceur et avec générosité, vous supportant les uns les autres avec amour. »

Év. Selon Luc (14, 10-11) : « Mais quand tu es invité, va t’étendre à la dernière place, […] car quiconque se hausse sera abaissé et quiconque s’abaisse sera haussé. »

Lettre de Paul aux Colossiens (3, 12) : « Comme de saints et chers élus de Dieu, revêtez-vous donc de tendresse, de prévenance, d’humilité, de douceur et de générosité. »

Première lettre de Pierre (5, 5) : « […] Mais tous, sanglez-vous d’humilité les uns envers les autres, car Dieu s’oppose aux outrecuidants et donne, au contraire, sa grâce aux humbles. »

Év. Selon Matthieu (5, 3) Sermon sur la montagne : « Magnifiques les pauvres par esprit car le règne des cieux est à eux. »

(6, 3) : « Toi, quand tu fais l’aumône, que ta gauche ignore ce que fait ta droite. »

Év. Selon Jean (10, 15) : « Oui je vous le dis, quiconque n’accueille pas le règne de Dieu comme un enfant n’y entrera pas. »

Ces quelques citations doivent nous faire toucher à l’universalité de ce fondamental doctrinal qu’est l’humilité.
Je vous invite à reprendre une lecture attentive de votre propre Nouveau Testament et à y annoter (ou surligner) les passages qui vous montrent cet enseignement.

L’humilité est le marchepied du salut

L’humilité est donc l’outil qui permet de comprendre le monde, mais aussi de voir la route à suivre et celui qui permet de la suivre en sécurité.
Pour autant elle est fragile et la vanité, bien plus puissante, tend régulièrement ses pièges devant nos pas. Il faut donc associer à l’humilité la constance et la conviction pour que nous puissions cheminer vers le Bien.
Mais sans humilité il n’y aucun espoir de pouvoir trouver le début du chemin, ce qui la rend indispensable à mettre en œuvre en premier. Donc, le croyant cathare doit commencer par cela s’il veut avoir une chance d’avancer et celui qui est plus avancé dans sa foi doit la maintenir vive, car la perdre revient à tirer une carte « prison » au Monopoly™ qui nous maintiendra hors du chemin jusqu’à ce que nous l’ayons retrouvée.
C’est pour cela que j’ai classé l’humilité comme un des fondamentaux du catharisme. La négliger reviendrait à construire sa maison sans fondation, comme sur du sable, et plus elle s’élèverait, plus elle glisserait vers le gouffre qui l’anéantirait.

N’hésitez pas à venir poursuivre vos réflexions sur les forums du site Catharisme d’aujourd’hui afin de trouver l’altérité nécessaire à un cheminement efficace.

Avec toute ma Bienveillance.

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