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Sur le chemin cathare : la règle de justice et de vérité

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Sur le chemin cathare : la règle de justice et de vérité

Justice et vérité, rappelle Anne Brenon dans son fascicule « Les mots du catharisme », sont d’abord les attributs de Dieu lui-même. Cette voie, ou règle, rassemble donc les valeurs du Bien, celles des Préceptes qui forment la règle de l’Évangile. C’est la voie qui peut permettre le salut.
La Vérité, valeur cardinale cathare nous relie aux apôtres « ceux qui ne mentaient pas » en opposition à la fois, à l’Église catholique romaine, et au diable qui lui en a fait son essence première. On saisit, de prime abord , l’importance du voeu de vérité cathare qui est, me semble-t-il, le plus accessible et le plus fécond parmi les premiers voeux du croyant en chemin.
La justice, autre valeur suprême du Bien, s’exprime, elle, par l’Amour ou Bienveillance et la miséricorde à l’égard de toute vie et va produire la non-violence. Des fondamentaux de cette voie, les préceptes doctrinaux, on le voit, coulent de source.
La règle de justice et de vérité s’adresse à la conscience de chacun. Si elle est destinée à l’usage des Consolés, elle représente néanmoins le modèle moral essentiel à tout croyant cathare pour mettre en oeuvre sa spiritualité. C’est en étudiant tout d’abord, puis en adoptant progressivement chaque élément de la règle de justice et de vérité que tout croyant pourra cheminer vers son noviciat puis sa Consolation.
Cette règle chrétienne rappelle la ligne de conduite morale et sociale qui anime les chrétiens (ou Consolés) .
Je m’appuie, vous vous en doutez, sur les divers travaux de Guilhem pour effectuer mon propre travail.

L’Amour

Le commandement premier est, nous le savons tous, l’Amour, l’Amour universel, nommé Bienveillance par Guilhem, l’Amour tel qu’il est décrit par Jean .
Jean, (14. 34-35) « Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. À ceci tous vous reconnaîtront pour mes disciples : à l’amour que vous aurez les uns pour les autres. »

Il faut être dépourvu de toute étincelle divine pour ne pas comprendre et tenter d’appliquer, même si ce n’est qu’en discontinu, cette quintessence de la Parole. En tout être humain socialisé, existe la propension à aimer, à aimer ses semblables, à vouloir s’en rapprocher, à éprouver le besoin de partager. Mais la noblesse de l’âme, c’est de diffuser cet amour à tout instant, de manière constante, et à tout ce qui vit. C’est en même temps bannir la haine de son cœur. Face à la violence physique ou morale constatée ou subie, ne plus éprouver de haine : voilà un vrai défi à se donner ! Nous avons bien peu d’exemples concrets d’êtres humains ayant élevé ainsi leur âme spirituelle, alors que les transmigrations d’âmes sont notre lot.

Les cathares, selon l’exemple de Christ, se sont donné cette règle de vie, ayant compris l’importance de ce concept incontournable. Pratiquer la Bienveillance, c’est bannir la haine en nous, c’est par voie de conséquence bannir la violence inhérente à notre nature imparfaite. Cet unique chemin pour parvenir à notre bonne fin met bien en lumière en même temps la pureté de la quête et la difficulté à l’atteindre.

Cette Bienveillance émanation du principe du Bien, totalement ignorante de son contraire, est lisible à l’envi dans le Nouveau Testament :
Matthieu rapporte ces autres paroles de Jésus (5. 44-45) : « Et moi, je vous dis : Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons… » Il s’agit bien de l’Amour universel prodigué par le principe du Bien, totalement ignorant de son contraire.

Il est important, me semble-t-il, de s’interroger sur notre position personnelle quant à ces deux versets. En toute sincérité, il nous apparaîtra assez vite qu’il sont déjà bien plus difficiles à appliquer que ce que pouvaient nous laisser croire les versets de Jean.
En effet, puis-je vraiment dire que je ne ressens plus de rancoeur à l’égard de la personne qui m’a blessée, que je n’éprouve aucune colère contre les actes de violence et d’injustice dont je suis témoin, ou encore aucune haine à l’égard d’un tyran agissant impunément au vu et au su de tous ? Je comprends alors très vite que la Bienveillance est un très long apprentissage, une quête sans fin mais aussi la lumière qui éclaire mon chemin. La Bienveillance n’étant pas de ce monde, elle y est toujours à parfaire.

Pour conclure cette réflexion sur l’Amour universel, je dirai que le plus beau texte que je connaisse aujourd’hui se trouve lui aussi dans le Nouveau Testament, dans la première épître de Paul aux corinthiens (13, 1-7) :

Quand je parlerais en langues, celle des hommes et celle des anges, s’il me manque l’amour, je suis un métal qui résonne, une cymbale retentissante.
Quand j’aurais le don de prophétie, la connaissance de tous les mystères et de toute la science.
Quand j’aurais la foi la plus totale, celle qui transporte les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien.
Quand je distribuerais tous mes biens aux affamés, quand je livrerais mon corps aux flammes, s’il me manque l’amour, je n’y gagne rien.
L’amour prend patience, l’amour rend service, il ne jalouse pas, il ne plastronne pas, il ne s’enfle pas d’orgueil, il ne fait rien de laid, il ne cherche pas son intérêt, il ne s’irrite pas, il n’entretient pas de rancune, il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il trouve sa joie dans la vérité, il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout. »

De cette praxis de la Bienveillance deux applications directes en découlent. Nommés encore les fondamentaux, ce sont la non-violence et l’humilité.

La non-violence

Le concept de non-violence, lorsqu’on se donne la peine de l’étudier vraiment a vite fait de nous prouver nos limites . Qui en toute honnêteté peut se dire absolument « non violent » ? La réponse sans aucune ambiguïté est tout à fait incertaine.
Si la Bienveillance est si peu de ce monde, c’est bien parce que la violence en occupe presque toute la place. Il faut, je crois une longue pratique de maîtrise de soi et une grande humilité aussi pour résister à répondre à la violence. Ce qui nous permet par ailleurs de comprendre comment ces concepts fondamentaux se croisent, s’interpénètrent, s’enrichissent les uns les autres.
Il y a peu de Gandhi, peu de Térésa dans le genre humain !
En effet, qui peut sincèrement prétendre parvenir à cette injonction de Jésus ?

Matthieu, 5-39 : « Et moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Au contraire, si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre. »

Dans le catharisme, la violence légitime n’existe pas. Le cathare peut seulement s’interposer pour essayer de calmer la violence car il s’agit de pratiquer la non-violence absolue, c’est-à-dire qu’il s’agit d’évacuer tout concept de violence de notre nature spirituelle. C’est pour cela que si nous voulons vraiment nous assurer qu’aucune de nos actions ne puisse nuire à quiconque nous devons l’étudier consciencieusement. La tâche, alors, paraît vite insurmontable dans ce monde. Notre Bienveillance doit ainsi s’appliquer envers toute forme de vie consciente selon une graduation précisément décrite par Guilhem dans son article du 23 juin 2019 (Les fondamentaux de la doctrine et de la praxis cathare).

Si j’étudie sérieusement ma position personnelle quant à la violence, au-delà de mes inhibitions « naturelles » qui me font exclure, de manière générale, la violence physique sans effort particulier, je dois bien m’avouer que, guidée par la colère ou la révolte, je peux être violente par mes paroles et que malgré mon prétendu amour pour les animaux, je ne donne pas sa chance au moustique gênant, ne tolère pas l’araignée près de mon lit, et pis encore, j’ai fini par utiliser un répulsif pour chasser la taupe du jardin. Le constat moral est instructif : Je suis loin de pouvoir me prétendre non-violente .
C’est en pratiquant quotidiennement la non-violence, dans nos relations aux autres, comme dans notre alimentation, nos actes quotidiens, que nous pouvons ressentir la joie de cheminer vers la pureté désirée. Tout acte simple et volontaire de ne pas gaspiller, ne pas s’imposer, ne pas désirer, ne pas marquer notre passage est tellement libérateur !
Comme le rappelle Guilhem, pour le chrétien, « il ne suffit pas d’éviter tout acte violent à l’égard des animaux, il s’agit bien de ne plus consommer la chair animale. »
J’ai peur parfois de me tromper moi-même quant à la réelle valeur de mes avancées dans cette démarche.
Cesser de manger de la viande m’a demandé quasiment pas d’effort, et mon âme en est plus légère depuis dix ans, mais je n’ai toujours pas mis en pratique un régime végétalien et je bois du lait comme une enfant ! Ma tunique de croyante est cousue d’énormes paradoxes qui me donnent l’impression de ne gagner du chemin que dans la facilité, autant dire l’impression de ne pas avancer ou bien, au mieux, de ne pas avancer au rythme qu’il me plairait de tenir. Je ne perds néanmoins pas courage en me rappelant que l’impatience est un mal déguisé offert par le démiurge pour me faire chuter.
Consommer la chair animale participe de la violence cachée mais néanmoins réelle, puisque en mangeant cette chair, le mangeur devient complice de la maltraitance due à l’élevage intensif et de la mise à mort qui en résulte.
Pour ces mêmes raisons, le croyant ne peut se voiler la face, et doit lui aussi adopter le régime végétalien s’il veut pouvoir poursuivre son cheminement.

Quant à la violence que l’on peut ressentir pour nos semblables, elle se présente sous de nombreuses formes déclinant une impressionnante palette de sentiments créés par notre faible âme humaine, ou pire encore par notre ego.
Quand on entre dans le domaine des sentiments et de la psychologie, quand il s’agit par exemple d’oublier les conflits passés, d’apaiser des relations, de faire table rase de ces émotions que l’on sait subversives, on saisit très vite la faiblesse de notre âme mondaine et le pouvoir insoupçonné de notre égo.

Jésus nous rassure quand, emporté par sa colère, il chasse les marchands du temple.
Jean (3. 15-16) : « Alors s’étant fait un fouet avec des cordes, il les chassa tous du temple, et les brebis et les boeufs ; il dispersa la monnaie des changeurs, renversa leurs tables ; et il dit aux marchands de colombes : « Ôtez tout cela d’ici et ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic ». »
Bien sûr, il ne s’agit en aucun cas d’utiliser cet acte violent (unique par ailleurs) de Jésus pour nous dédouaner de nos propres actes de violence. Son geste de colère nous rassure dans le sens où il nous renvoie notre propre faiblesse, nous rappelle que la non-violence absolue, participe, comme les autres fondamentaux, à la mort de l’Adam en nous, et que cette mort libératrice ne peut se faire que lentement par une pratique consciente et permanente de notre part. La violence du monde « habite » notre tunique d’oubli sans que nous en ayons même conscience.

Nos ancêtres cathares médiévaux l’avaient bien compris quand ils s’attribuaient jusqu’à la faute de la violence inconsciente comme par exemple dans le fait d’écraser quelque insecte par mégarde.

L’humilité

Le deuxième concept fondamental de la règle de justice et de vérité est l’humilité.

Ce concept d’humilité, est illustré de nombreuses fois dans le Nouveau Testament, mais l’exemple le plus beau de cette vertu est, sans nul doute, la kénose du Christ telle qu’elle est comprise par la cosmogonie cathare. Ce signe d’humiliation individuelle de la part de Christ qui met de côté ses attributs divins en s’abaissant à l’état inférieur d’humain pour ne pas faillir à sa mission est, me semble-t-il, la quintessence de l’humilité. Il ne peut perdre son statut divin sans tomber sous l’emprise du Mal (exactement comme nous) mais il ne peut non plus révéler cette nature n’ayant aucune arme pour se défendre face à son adversaire. C’est ainsi qu’il prend une apparence d’homme sans se faire homme. Cette vision cathare a, en outre, l’avantage de questionner l’existence historique, encore jamais prouvée de Jésus (Docétisme).
La kénose signifie aussi, ne l’oublions pas, le refus, si important dans le catharisme, de toute hiérarchie.

« L’humilité, c’est refuser de se croire supérieur à quiconque […] Il s’agit de considérer que l’on est une parcelle de l’Esprit Unique tombée en ce monde, qui n’a rien de plus ou de moins que les autres, qu’elles soient tombées ou qu’elles soient demeurées fermes dans l’empyrée céleste. » rappelle Guilhem dans son prêche. Alors que Christ, dans son essence divine, a parfaitement réussi ce défi, serait-ce la puissance de notre ego qui nous maintiendrait dans l’incapacité  de pratiquer cette noble attitude ?

L’Évangile de Jean rappelle que nul n’est suffisamment pur pour ne pas être humble au service de ses semblables (13.12-15) : « Lorsqu’il eut achevé de leur laver les pieds, Jésus prit son vêtement, se remit à table et leur dit : « Comprenez-vous ce que j’ai fait pour vous ? Vous m’appelez le Maître et le Seigneur et vous dites bien, car je le suis. Dès lors, si je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres ; car c’est un exemple que je vous ai donné: ce que j’ai fait pour vous, faites-le vous aussi. »

Le maître, en se mettant en position de serviteur, démontre donc la vanité des rapports hiérarchiques entre les humains tout en donnant l’exemple à suivre pour « épouiller » la vanité de notre tunique de chair. L’humilité devient alors la règle incontournable pour cheminer vers le Salut. C’est, précise Guilhem, ( 23 juin 2019 « Les fondamentaux de la doctrine et de la praxis cathare1 »,  « un état intérieur et personnel qui signifie la spiritualité » à mettre en opposition avec la vanité, expression, elle, de notre mondanité. Là encore, c’est par une constance vigilante que nous pourrons inverser ces valeurs en nous, car s’il est une vertu obsolète, voire dépréciée dans ce monde, c’est probablement l’humilité, et c’est donc seulement avec une conscience aigüe, en éveil permanent, que nous pourrons appréhender nos moindres erreurs. En cela, il est vrai que l’on peut comparer le cheminement du croyant au parcours du marathonien!
Si l’apprentissage de l’humilité est indispensable au croyant débutant pour éveiller sa spiritualité, elle  permet au novice de ne pas se croire trop vite arrivé, et devient à l’instar de la non-violence, partie intégrante du chrétien afin qu’il se maintienne en état de recevoir la grâce divine. L’humilité consiste aussi, pour le croyant débutant à prendre le temps nécessaire  à une véritable introspection afin de pouvoir apprécier le plus clairement possible sa position sur le  » chemin ». Bien peu pratiqué dans notre vie mondaine, cet acte pourtant essentiel n’est pas des plus simples. Il s’agit bien de faire honnêtement sa propre auto-critique, de démasquer notre ego afin de le mieux combattre.
Des actes plus simples d’humilité peuvent être pratiqués dans notre vie quotidienne et  nous aider à nous détacher de la vie mondaine ; prendre conscience de nos besoins essentiels et refuser d’entrer dans la course folle du consumérisme sans compter, faire attention à notre consommation d’eau quand on sait qu’elle se fait rare pour nos semblables sur certains points de la planète, et d’autres actions toute simples qui nous aident à ne pas « nous imposer » sur cette terre. Cela me gêne un peu , d’ailleurs, de  considérer ces petites actions quotidiennes comme des actes d’humilité, car ils apportent une réelle satisfaction lorsqu’ils nous font entrevoir  la liberté qu’ils nous font gagner. Pour bien appréhender ce qu’est l’humilité, je préfère me référer aux textes du Nouveau Testament, les évangélistes maîtrisant bien ce sujet. J’aime particulièrement relire certains passages utiles à l’appréhension de cette notion d’humilité.  Paul définit l’humilité en l’associant à la Bienveillance mais aussi à d’autres sentiments humains qui sont plus répandus, qui nous « parlent » peut- être plus comme la compassion et l’empathie, tout en rappelant que nous sommes tous égaux :

Lettre aux Éphésiens, 4. 1-3 : Je vous y exhorte donc dans le Seigneur, moi qui suis prisonnier : accordez votre vie à l’appel que vous avez reçu ; en toute humilité et douceur, avec patience, supportez-vous les uns les autres dans l’amour ; appliquez-vous à garder l’unité de l’esprit par le lien de la paix.
Lettre aux Colossiens, 3. 12-14 : Puisque vous êtes élus, sanctifiés, aimés par Dieu, revêtez donc des sentiments de compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience. Supportez-vous les uns les autres, et si l’un a un grief contre l’autre, pardonnez-vous mutuellement, comme le Seigneur vous a pardonnés, faites de même, vous aussi.
Lettre aux Romains, 12.14-16 : Réjouissez-vous avec ceux qui sont dans la joie, pleurez avec ceux qui pleurent. Soyez bien d’accord entre vous ; n’ayez pas le goût des grandeurs, mais laissez-vous attirer par ce qui est humble.

Avec Luc, tout timide peut se reconnaître et reconnaître aussi que de son « handicap », il peut faire une force  à moindre frais.

Luc. 14. 7-11 : Jésus dit aux invités une parabole, parce qu’il remarquait qu’ils choisissaient les premières places ; il leur dit : « Quand tu es invité à des noces, ne va pas te mettre à la première place, de peur qu’on ait invité quelqu’un de plus important que toi, et que celui qui vous a invités, toi et lui, ne vienne te dire : Cède-lui la place ; alors tu irais tout confus prendre la dernière place. Au contraire  quand tu es invité, va te mettre à la dernière place, afin qu’à son arrivée celui qui t’a invité te dise : Mon ami, avance plus haut. Alors ce sera pour toi un honneur devant tous ceux qui seront à table avec toi. Car tout homme qui s’élève sera abaissé et celui qui s’abaisse, sera élevé. »

Le timide ne fait pas de tel calcul, il ne se met pas à la première place, car il est timide, il manque d’assurance. Il a ainsi l’avantage de ne pas se croire, la plupart du temps en tout cas, au-dessus des  autres . Mais, de ce fait pour lui, il n’y a pas non plus, matière à se satisfaire  d’une épreuve évitée  « À  vaincre sans péril… » . Ce qui est rassurant sur cette difficile acquisition d’une telle vertu, c’est qu’elle découle directement de la Bienveillance. Si nous nous appliquons alors à faire grandir la Bienveillance en nous, notre humilité, à son tour, devrait grandir en chemin. Ce qui m’interroge davantage et me met en garde contre mes propres  faiblesses, ce sont les associations faites par notre Chrétien :
Il faut associer à  l’humilité constance et conviction pour cheminer vers le Bien.

La constance

La constance est une vertu qui m’est vraiment difficile à mettre en pratique. Étant fâchée avec le temps qui passe, dilettante incorrigible,  distraite par nature, je me disperse sans compter dans plusieurs lectures comme dans plusieurs actions à la fois au détriment de la qualité de mes engagements. Il m’est douloureux, au final, de me rendre compte que je n’ai pas mené à bien une simple petite règle que je m’étais donnée (par exemple sur mon régime alimentaire, sur l’organisation de mes lectures etc…) et J’ai beau jeu ensuite d’accuser ma faible nature. Or, si je ne cherche pas de moyen pour remédier à la situation d’échec qui en découle, je suis bien obligée de  constater que je n’avance pas dans mon cheminement. Comment combattre ses propres faiblesses ? Le sujet est inépuisable et passionnant. Trouver un palliatif dans ses propres ressources, une autre « qualité » qu’on est sincèrement sûr de posséder, au moins en partie, peut alors probablement nous aider. Je pencherais pour la fidélité, car je pense en effet  en être pourvue. Le chemin est devant moi.

La continence sexuelle

Depuis avril dernier, j’ai fait mien un autre élément doctrinal de la règle qui, encore une fois, ne m’a rien « coûté ».  Il est aisé en effet je pense,  la soixantaine passée, de pratiquer l’abstinence sexuelle, bien plus certainement que lorsqu’on est plus jeune. D’autant plus facile encore si l’on partage sa vie avec une âme-sœur. Il y a entre deux âmes-sœurs d’autres liens tout autres, moins vains, plus solides et continus.

Vous avez sûrement rencontré, vous aussi cette phrase (in « catharisme d’aujourd’hui ») : « Le détachement de l’appétence pour la sexualité  se manifeste de toute façon dès que le développement spirituel atteint un niveau où l’esprit devient premier. » Je ne veux pas me mentir en pensant que cela s’est produit ainsi pour moi. Je n’ai pas  atteint ce niveau spirituel. J’ai juste, au fond de moi ce vieux désir, devenu avec le temps, de plus en plus impérieux  de purification spirituelle.  

Le mensonge

Cet élément doctrinal sera le dernier que je me propose d’étudier pour le moment. Pour celui-ci, je peux parler d’une réflexion  très ancienne. Je me rappelle parfaitement que lorsque je découvris l’histoire des cathares pour la première fois, le fait qu’ils rejettent toute forme de  mensonge fut ce qui m’émut le plus, et je ne saurais dire pourquoi. Je n’ai pas vraiment prêté attention à ce que disent les évangiles à ce sujet, mais c’est bien mon père, empreint de culture judéo-chrétienne avant de la rejeter (en partie) qui m’a sensibilisée très tôt  à cette faute. Il est vrai que dans ma famille nous étions entourés de menteurs, et même de quelques mythomanes !  S’il a quitté cette terre depuis cinq ans, j’entends toujours aussi nettement sa voix : « Je hais le mensonge ! » Comme lui, je hais le mensonge, je peux même dire qu’il me coûte de mentir. Ma conviction profonde est, que c’est avant tout au niveau personnel que l’on doit analyser cet horripilant penchant. Il est facile de se mentir, en  tentant de  minimiser par exemple nos actions « douteuses », ou en   cherchant des excuses à nos erreurs,  dans le but d’ avoir la paix avec notre  conscience. La vigilance est de mise !  Quant à mentir aux autres, c’est leur manquer d’amour et/ou d’estime. Il me semble bien que chaque mensonge que j’ai pu faire m’a aussitôt coûté une douloureuse culpabilité. En ce qui concerne notre propre spiritualité, se tromper ou se mentir est bien probablement  le plus odieux des mensonges. Ma quête d’Amour et de paix est étroitement liée à la vérité, la vérité de mon être que je ne connais pas, la connaissance des autres et  de tout ce qui vit, avec l’espoir de réussir à  éliminer toute illusion mondaine ou mensonge.

Dans cette règle de justice et de vérité, il y a d’autres éléments qui me tiennent à coeur d’étudier, comme le détachement, la dépossession, le retrait du monde , ou encore l’ascèse. Mais, cet essai de mise à jour sur mon cheminement personnel me rappelle mes priorités, priorités pour lesquelles, (une chance pour moi!) mon enthousiasme ne faiblit jamais, à savoir mes chères études. Puissé-je puiser en elles la constance nécessaire pour continuer ma belle aventure sur mon chemin cathare.

Chantal Benne

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1. in Église cathare de France, sous- menu « spiritualité et pratique »

L’humilité et la vanité

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L’humilité et la vanité

Prêche de Guilhem de Carcassonne, le 10 octobre 2021

L’humilité vient de la Bienveillance

Je vous ai parlé, le mois dernier, du fondement du christianisme : le nouveau commandement qui nous fut donné par Christ : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. »
Ce commandement qui invalidait la loi mosaïque, qui faisait du peuple juif le peuple élu de Dieu, introduisait une notion très étrangère aux hommes : l’idée que nous ne sommes pas supérieurs aux autres et que Dieu n’a pas de préférence parmi ses « enfants ».

C’est par anthropomorphisme que nous prêtons à Dieu l’idée qu’il puisse considérer ce qui émane de Lui selon une échelle hiérarchique.
Ce refus de peuple ou de groupe préféré de Dieu introduit une notion qui nous est souvent étrangère, et qui constitue l’un des deux concepts fondamentaux du catharisme : l’humilité.

Notre monde est fondé et ne fonctionne que par la loi de la domination qui s’exerce par la violence. C’est parce que nous nous croyons supérieurs aux autres, ou mieux appréciés de Dieu, que nous sommes prêts à les tuer pour affirmer la validité de cette thèse. Mais Dieu, ne peut être Dieu que s’il ne choisit pas. Il aime absolument et également tout ce qui émane de Lui et il n’a pas de mal à opposer au Mal.
Accepter cette égalité dans l’amour de Dieu nécessite de refuser de se croire supérieur à quiconque. Cela s’appelle l’humilité.

L’humilité est la marque d’un esprit tourné vers Dieu comme son opposée, la vanité est la marque d’un esprit tourné vers le Mal.
J’ai traité ce sujet de l’humilité dans mon article du 29 décembre 2013, mais voudrais aujourd’hui vous la présenter de façon plus simple afin qu’elle puisse s’adresser au plus grand nombre, croyants cathares ou non, spirituels ou non, mais tout simplement hommes et femmes de bonne volonté.

Dans son livre : « L’armée des ombres » écrit en 1943, Joseph Kessel met en avant une forme d’humilité qui s’oppose à la vanité et la volonté de vivre. Si vous n’avez pas lu le livre, peut-être avez-vous vu le film éponyme de Jean-Pierre Melville, dans lequel le héros, joué par Lino Ventura, vit deux fois le même événement dramatique. En effet, capturé une première fois par les nazis, il se retrouve dans un stand de tir avec d’autres prisonniers et le responsable nazi offre la vie sauve à celui qui arrivera au bout du stand d’une centaine de mètres malgré les tirs nourris d’une mitrailleuse située à l’autre extrémité. Comme les autres et malgré lui, le héros finit par choisir de courir et est sauvé à mi-chemin par ses amis venus le libérer à l’aide d’une échelle de corde jetée par une trappe au plafond. À la fin de l’histoire, il se retrouve encore prisonnier et soumis à la même épreuve. Entre temps, il a vécu des événements qui lui ont montré combien la guerre est vaine et que l’humilité est le vrai remède à la folie des hommes. Aussi, et c’est sur cette image que se termine le film, au moment du top départ donné par le responsable nazi, il ne bouge pas et la dernière phrase du film, dite sur écran noir, est : « Cette fois il n’a pas couru ».

L’humilité est contre-nature

En effet, la volonté de vivre est de ce monde et elle se manifeste partout, aussi bien dans le monde animal que végétal. Elle détruit en nous la part spirituelle et nous force à refuser l’idée que nous sommes identique aux autres, même quand tout espoir est impossible. Dans les récits des camps de concentration, il est dit qu’après avoir gazé des victimes par dizaine, les nazis qui ouvraient les portes des chambres à gaz observaient que les corps n’étaient pas répartis dans la pièce, mais qu’ils étaient entassés en pyramide sous la bouche d’aération, car les victimes croyaient pouvoir s’y rapprocher de l’air frais en se servant des plus faibles comme escalier, alors qu’ils savaient bien qu’ils mourraient aussi, mais quelques secondes plus tard. Cette volonté de vivre apparaît dans sa totale absurdité.

Le monde, que nous cathares considérons comme l’œuvre du démiurge au service du principe du Mal, est entièrement organisé sous la loi de la lutte entre prédateurs et proies.
L’homme, d’abord proie, est devenu prédateur en utilisant son intelligence et en compensant sa faiblesse individuelle par un regroupement et une mise en commun des compétences. Mais, plus il dominait le monde, plus il a choisi de retourner sa volonté de vivre contre ses semblables. Car, à côté de la volonté de vivre s’est établie la nécessité de représentation, c’est-à-dire de reconnaissance de sa supériorité.
À ces notions il faut ajouter, comme le fit le philosophe Shopenhauer dans son œuvre : « Le monde comme volonté et comme représentation. », celle d’absurdité du monde qui n’est qu’une illusion qui nous est imposée comme un magicien cynique nous jetterait de la poudre aux yeux. Je pense que s’il avait eu connaissance du catharisme, il n’aurait pas choisi de se tourner vers le bouddhisme.

Dans ce monde qui n’est qu’une illusion, nous sommes manipulés dans notre chair par des choix impérieux qui vont au-delà de notre nature spirituelle et qui servent avant tout à nous maintenir dans l’ignorance de notre origine pour mieux nous empêcher de chercher à la retrouver.

Après avoir ainsi montré le cadre qui nous contraint, je voudrais maintenant me concentrer sur ce fondamental cathare qu’est l’humilité.
L’humilité n’est pas un choix naturel pour l’homme, car elle nous met en position de faiblesse vis-à-vis de ceux qui sont motivés par la vanité. En effet, comme je l’ai dit, si nous refusons d’agir en prédateurs, les autres vont très vite penser que nous sommes des proies, a priori faciles.
L’humilité commence à s’exprimer quand nous faisons le choix de ne plus participer à cette course à l’échalote du pouvoir. En effet, quitter la course alors que rien ne nous dit que nous allons la perdre exige une prise de conscience importante ; celle que la loi de ce monde est un mensonge. En effet, il faut avoir compris que les dés sont pipés pour refuser de jouer à un jeu que nous pensons pouvoir gagner. Sinon, ce serait de la folie comme le pensent ceux qui nous regardent agir et qui, ne comprenant pas notre choix, nous qualifient de cette épithète. En effet l’humilité est contre-naturelle, c’est-à-dire contraire à la nature mondaine, ce qui confirme qu’elle est spirituelle, même si nous n’en avons pas toujours conscience.

L’humilité nous mène à la spiritualité

Comme le prisonnier qui parvient enfin à détacher ses chaînes tout en sachant qu’il lui faut encore sortir de sa cellule, puis de la prison et enfin rejoindre un lieu sûr, l’humilité confirme que nous avons compris le message de Bienveillance, mais qu’il nous reste encore beaucoup de chemin à parcourir avant d’atteindre le salut.

Comme l’homme libéré de ses chaînes dans la caverne de Platon, qui s’abstient de juger les autres, quel que soit leur situation, celui qui comprend l’importance de l’humilité sait qu’il faut la mettre en œuvre pour qu’elle nous permette de cheminer vers notre salut. Elle n’est pas une fin en soi, mais la première marche vers un possible salut.
Elle va nous révéler l’incohérence du monde, basé sur la vanité, et nous rappeler que nous devons être clairs dans nos choix et nos actions sans oublier que nous cheminons bien si nous ne sommes pas seuls.

Si nous acceptons le concept selon lequel nous ne sommes pas supérieurs aux autres, mais seulement égaux, nous ne pouvons qu’abandonner l’idée de compétition au profit de l’idée de coopération.
Cette coopération veut dire que nous devons unir nos capacités, liées à notre niveau d’avancement spirituel, sans croire que nous devons compter sur le travail des autres pour acquérir notre salut.
Dans le catharisme, chacun est seul apte à assurer les conditions de son salut. Pas de Jésus mourant en croix pour racheter nos péchés, pas de martyrs déchiquetés dans les arènes pour nous ouvrir la voie et pas de religieux se retirant du monde pour vivre la foi à notre place.
La coopération avec les autres, qu’ils partagent notre foi ou pas, vise à éviter les pièges que nous tend le monde et à nous soutenir les uns les autres quand la motivation faiblit.

L’humilité est le bâton qui nous permet de progresser sur le chemin escarpé et inégal qui mène au salut. Nous devons toujours nous appuyer sur elle, car nous pouvons toujours trébucher et tomber. C’est pourquoi, comme l’aveugle qui sonde le chemin devant lui à l’aide de sa canne, nous devons en permanence analyser les choix qui se présentent à nous à l’aune de l’humilité pour savoir lequel est spirituel et lequel est mondain.
Ainsi, nous verrons rapidement que les chemins de l’humilité nous élèvent au-dessus du monde et nous poussent à choisir les voies spirituelles. Bien entendu, l’humilité n’est pas l’alpha et l’oméga, mais elle est un pilier fondamental.
En nous poussant à cesser de nous comparer aux autres, celle nous convaincra de nous analyser nous-même sans complaisance mais en toute Bienveillance. En nous poussant à rejeter ce qui nous rattache au monde, elle nous aide à alléger la charge mondaine qui nous empêcher d’avancer sur le chemin du salut. En nous obligeant à préférer l’essentiel au superflu elle nous donnera la clé du choix juste et vrai dans notre avancement.
À l’inverse, en recherchant la vanité dans les choix qui se présentent à nous, nous saurons identifier les faux choix, pourtant plus faciles, et nous saurons séparer ce qui vient du monde de ce qui vient du Père.

L’humilité dans le Nouveau Testament

On trouve de nombreux exemples de référence à l’humilité dans le Nouveau Testament :

Lettre de Paul aux Éphésiens (4, 1-2) : « Je vous exhorte donc, […] à marcher dignes […] en toute humilité et douceur et avec générosité, vous supportant les uns les autres avec amour. »

Év. Selon Luc (14, 10-11) : « Mais quand tu es invité, va t’étendre à la dernière place, […] car quiconque se hausse sera abaissé et quiconque s’abaisse sera haussé. »

Lettre de Paul aux Colossiens (3, 12) : « Comme de saints et chers élus de Dieu, revêtez-vous donc de tendresse, de prévenance, d’humilité, de douceur et de générosité. »

Première lettre de Pierre (5, 5) : « […] Mais tous, sanglez-vous d’humilité les uns envers les autres, car Dieu s’oppose aux outrecuidants et donne, au contraire, sa grâce aux humbles. »

Év. Selon Matthieu (5, 3) Sermon sur la montagne : « Magnifiques les pauvres par esprit car le règne des cieux est à eux. »

(6, 3) : « Toi, quand tu fais l’aumône, que ta gauche ignore ce que fait ta droite. »

Év. Selon Jean (10, 15) : « Oui je vous le dis, quiconque n’accueille pas le règne de Dieu comme un enfant n’y entrera pas. »

Ces quelques citations doivent nous faire toucher à l’universalité de ce fondamental doctrinal qu’est l’humilité.
Je vous invite à reprendre une lecture attentive de votre propre Nouveau Testament et à y annoter (ou surligner) les passages qui vous montrent cet enseignement.

L’humilité est le marchepied du salut

L’humilité est donc l’outil qui permet de comprendre le monde, mais aussi de voir la route à suivre et celui qui permet de la suivre en sécurité.
Pour autant elle est fragile et la vanité, bien plus puissante, tend régulièrement ses pièges devant nos pas. Il faut donc associer à l’humilité la constance et la conviction pour que nous puissions cheminer vers le Bien.
Mais sans humilité il n’y aucun espoir de pouvoir trouver le début du chemin, ce qui la rend indispensable à mettre en œuvre en premier. Donc, le croyant cathare doit commencer par cela s’il veut avoir une chance d’avancer et celui qui est plus avancé dans sa foi doit la maintenir vive, car la perdre revient à tirer une carte « prison » au Monopoly™ qui nous maintiendra hors du chemin jusqu’à ce que nous l’ayons retrouvée.
C’est pour cela que j’ai classé l’humilité comme un des fondamentaux du catharisme. La négliger reviendrait à construire sa maison sans fondation, comme sur du sable, et plus elle s’élèverait, plus elle glisserait vers le gouffre qui l’anéantirait.

N’hésitez pas à venir poursuivre vos réflexions sur les forums du site Catharisme d’aujourd’hui afin de trouver l’altérité nécessaire à un cheminement efficace.

Avec toute ma Bienveillance.

Qui peut être sauvé ?

3-1-Doctrine cathare
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Qui peut être sauvé ?

Un chef pour Luc, un jeune homme pour Marc et Matthieu demandent à Jésus que faire, non seulement pour être dans la droite ligne des commandements vétérotestamentaires, mais surtout pour être sauvé selon ce que Jésus propose.
La réponse leur paraît trop violente, car elle nécessite l’abandon de toute possession terrestre et un lâcher prise des attaches contractées en ce monde.
Jésus le comprend et dit à ceux qui l’entourent :Read more

L’Esprit

3-1-Doctrine cathare
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L’Esprit

Qu’est-ce que l’Esprit ?

La grande force de la mondanité est de nous enfermer dans un carcan quasiment impossible à briser. Ce carcan nous impose le monde comme seule référence pour notre compréhension et notre expression. Cela se révèle particulièrement quand nous essayons d’exprimer des concepts spirituels, car alors nous en sommes réduits à les comparer à des concepts matériels.
Dans mon livre, je montrais que les religions s’étaient toujours ingéniées à chercher des solutions pour concevoir comment les hommes avaient été dotés d’une âme. Les créationnistes considèrent que Dieu crée simultanément un corps et une âme et que, lorsque le corps meurt, cette âme est jugée et envoyée au paradis ou en enfer. Les traducianistes, s’appuyant sur la Genèse, considéraient que Dieu n’avait soufflé l’esprit que dans Adam. Donc, Ève ayant été faite à partir d’une partie d’Adam en avait hérité, mais leurs enfants ne pouvaient être dotés d’une âme qu’à condition que l’esprit d’Adam se divise à leur conception. Cela avait pour nécessité de considérer que Dieu avait une part de responsabilité dans la création mondaine, ce qu’admettaient les Pères de l’Église de Rome partisans de cette hypothèse, mais aussi les cathares monarchiens (mitigés).
Pour les cathares dyarchiens (dits absolus), Dieu devait être exonéré de toute responsabilité dans la création. Donc, ils prirent fait et cause pour la chute globale des esprits par la faute du démiurge. L’esprit serait donc entré dans les corps humains préexistants et changerait de corps à chaque mort du corps précédent jusqu’à parvenir à échapper totalement à cette emprise mondaine. Je partage ce point de vue, mais il est temps de le peaufiner et de mieux l’expliquer.

L’Esprit est-il divisible ?

Cette dernière hypothèse pourrait donner à croire qu’il y a une multitude d’esprits dont certains sont tombés et pas les autres. Une partie des dyarchiens essayaient de pallier à cette idée un peu naïve en parlant de la tierce partie, c’est-à-dire l’âme spirituelle (par opposition à l’âme mondaine) qui en tombant serait devenue l’esprit prisonnier du corps mondain.
J’avais déjà tenté de modérer cette lecture matérialiste en proposant de comparer l’Esprit à un récipient rempli d’eau. L’Esprit est Un et non divisé. C’est le prisme de la mondanité qui nous donne à le voir divisé. En effet, si nous disposons d’un récipient rempli d’eau, la masse hydrique est uniforme. Introduisons maintenant dans ce récipient des séparateurs adaptés qui permettent de séparer le récipient en compartiments étanches. La masse hydrique va apparaître comme divisée. Elle l’est assurément et pourtant, dès que l’on retire les compartiments la masse redevient unique et ne conserve aucune trace de la séparation.
Alors, l’eau est-elle divisible ? Apparemment oui, mais en réalité elle demeure unitaire puisque chaque fois qu’elle en a l’occasion elle retrouve son unité. Très bien, mais une fois encore nous sommes amenés à utiliser des référentiels mondains qui dénaturent l’explication recherchée. C’est là le point de séparation entre le concept exotérique (l’eau) et le concept ésotérique (l’Esprit).

Comprendre un concept ésotérique

À l’instar de ce qui se produit dans le film Matrix®, l’éveil est le déclic qui nous permet de commencer à pouvoir comprendre des concepts ésotériques, car nous commençons à nous détacher de la mondanité. Comprenant la vanité du monde, nous commençons à chercher d’autres référentiels.
L’ésotérisme est le moment où nous n’avons plus besoin de référentiels mondains pour comprendre des notions spirituelles. Or, l’Esprit est un concept spirituel par nature et doit se comprendre de façon ésotérique. Mais pour l’exprimer nous en sommes réduits à utiliser des mots de ce monde, c’est-à-dire fort limités en sens eut égard à la profondeur de ce que nous voulons faire passer comme message. On comprend mieux ici le trouble de Pierre à qui Jésus demande à trois reprises : « Pierre, m’aimes-tu ? » et qui ne sait plus comment répondre. L’Amour spirituel, la Bienveillance, est un concept spirituel que le dictionnaire amoindrit en faisant un système réciproque dans sa définition de la dilection : « Amour tendre et spirituel envers son prochain et de Dieu envers ses créatures ». Non, la Bienveillance ne se décrit pas, elle se vit ! Vouloir le Bien a l’avantage de ne pas donner le flanc à une description entomologique, car elle se réfère elle aussi à un concept ésotérique : le Bien. Et comme le Bien est ce qui définit la divinité, le système est bouclé !
Essayons de réfléchir à la manière ésotérique, sans tomber dans la facilité de bien des groupes — dits ésotériques — qui manipulent le langage en associant ou divisant des termes de façon à ne pas avoir à s’expliquer clairement sur leurs propos.
L’Esprit est unique car il est divin. Dieu est esprit, lit-on dans les ouvrages de catéchisme. En effet, c’est l’explication la plus courte que l’on puisse proposer. Il Est et il définit l’Esprit. Il est en cela qu’il ne peut pas y avoir en lui quoi que ce soit d’amoindri, sous peine de perdre son statut divin. Par opposition à l’Être, nous connaissons le néant d’Être, c’est-à-dire le Mal. Le Bien et le Mal sont éternels car ils sont des principes. Un principe ne peut être matérialisé et pourtant tout ce qui porte sa marque découle de lui. En cela l’Esprit découle de Dieu et c’est pour cela que nous nous disons consubstantiels au principe du Bien, même si je vous l’accorde se dire consubstantiel à ce qui n’a pas de substance montre bien nos limites d’expression. L’Esprit est donc à la fois le principe et la qualité du principe. L’esprit dispose de l’Être, comme le principe, car le principe du Bien étant parfait, ce qui découle de lui ne peut être amoindrit en aucune façon.
Le fait que nous soyons imparfaits dans notre prison mondaine ne provient pas de l’Esprit qui est en nous — et qui d’une façon plus juste est nous —, mais provient de la prison. De même si un prisonnier a froid ce n’est pas parce qu’il est un homme emprisonné, mais parce que la prison est froide. Si la prison était chaude, tout prisonnier qu’il soit, il aurait chaud. Notre imperfection est donc liée à ce qui nous emprisonne ; nous sommes comme le principe parfait totalement innocents de notre imperfection.

L’Esprit unique et divisé

Diviser l’Esprit serait l’amoindrir. Donc, il faut accepter que l’Esprit soit unique. Pourtant chacun de nous est différent de son voisin et avance de façon personnelle et différente des autres dans son cheminement. Ces différences sont dues à la prison de chair, qui inclut l’intellect, l’intelligence, la psychée (le psychisme) et l’âme mondaine. Donc, en fait nous sommes l’expression d’un seul Esprit, c’est-à-dire que nous ici-bas des entités spirituelles identiques à ce que nous sommes dans l’espace spirituel du bon principe et que nous sommes comme lui, pur esprit et éternels.
Notre division nous donne un sentiment de différence selon l’état de profondeur de notre emprisonnement. C’est pour cela que j’exprime notre état en ce monde en utilisant le terme esprits saints alors que quand je parle du paraclet, j’emploie le terme de Saint Esprit, qui nous rappelle qu’il est une émanation spirituelle de l’Esprit unique.
Cette division apparente ne peut se résoudre qu’en mettant à l’écart ce qui relève du monde de ce qui relève du spirituel. Cela est très difficile, douloureux souvent, car notre emprisonnement est ancien et nous est devenu familier. Comme dans l’allégorie de la caverne de Platon, monter vers la lumière est douloureux et provoque l’incompréhension, voire le rejet de ceux qui se satisfont de leur état de dépendance.
L’étape initiale de cette séparation est d’en reconnaître l’existence. C’est-à-dire de reconnaître que nous ne sommes pas une entité simple mais un mélange hétérogène dont les deux éléments ne sont pas miscibles, même si comme la mayonnaise l’apparence peut sembler uniforme. Mais, à la différence de la mayonnaise, un simple temps de repos ne suffit pas à séparer les matières non miscibles. La séparation entre la part mondaine et la part spirituelle est difficile, douloureuse et longue à mener à bien. En outre, elle ne peut être que partielle tant que nous sommes prisonniers du corps qui nous enferme. La seule victoire que nous pouvons revendiquer est d’avoir retrouvé la mémoire de notre état réel.
Dans mon livre, volontairement et forcément exotérique, je parle également des esprits particuliers. Il va sans dire que ce n’est qu’une facilité langagière. Quand l’Esprit n’est pas divisé dans la matière il est libre et unique, mais il agit pour retrouver ce qui semble éloigné, comme le berger de la parabole va chercher la centième brebis et laisse confiant le troupeau unifié. L’Esprit unique aspire, tout comme nous — même si nous n’en avons pas toujours conscience —, à retrouver ce qui est éloigné de lui et quand cela advient l’unité apparaît de façon évidente au point que les cathares avaient trouvé un terme adapté pour le décrire : le mariage mystique. En effet, comme un couple, mais mieux encore que lui car n’étant pas composé d’éléments différents, l’Esprit qui se libère d’une prison charnelle constate qu’il n’a jamais été dissocié, contrairement à ce que leurre mondain cherchait à lui faire accroire.

Comment nous rapprocher de l’état d’Esprit unique ?

Les étapes de l’avancement

Comme le géographe qui tente d’imaginer le continent sur lequel il se trouve, je suis mal placé pour prétendre vous donner un mode d’emploi que je découvre, petit à petit, moi même.
Cependant quelques jalons peuvent être identifiés.
D’abord, nous devons savoir si nous sommes dans l’éveil ou seulement dans ses prémices. Bien des personnes se disent croyantes, mais n’en sont encore qu’au stade du sympathisant. Ce désir d’avancement est lié à un défaut bien mondain, l’impatience. Nous voudrions être arrivés avant même d’avoir pris le départ. L’éveil est une révélation comparable à celle de Paul. Elle a sa fulgurance sans avoir forcément sa violence. Je me méfie d’ailleurs des personnes qui parlent d’une révélation instantanée et brutale, car il s’agit le plus souvent d’une bouffée d’impatience. La révélation est fulgurante en cela qu’elle renverse des certitudes profondément ancrées en nous. Nous passons d’un système de valeurs à son exact opposé. L’homme de la caverne se croit libre et supérieur aux autres qu’il voit enchaînés et idiots de prendre des ombres pour de la réalité, mais il ne se rend pas compte qu’il est lui-même enfermé et la vraie connaissance est, là-haut, dans la lumière crue qu’il entrevoit sans vouloir s’en approcher.
Une fois assurés de notre éveil, s’impose à nous la volonté d’aller vers la bonne fin, donc la nécessité d’en mettre en œuvre les moyens indispensables. C’est le second écueil de ceux dont l’éveil est incomplet ou qui préfèrent retomber dans le sommeil. Le film Matrix®, nous donne à voir cet homme qui trahit pour pouvoir retourner à son étant antérieur, qu’il juge plus confortable que l’état d’homme libre. C’est un écueil fréquent qui nous pousse à suivre les règles d’un monde qui nous pousse à la facilité et au confort quand le chemin est étroit et rocailleux. Combien, qui se disaient et se croyaient éveillés, ont finalement renoncé et ont repris la distance mondaine que l’observateur préfère à l’acteur ?
Quand ces deux étapes sont franchies, il faut surmonter les obstacles du cheminement. Là deux situations s’imposent à nous. La première est finalement la plus simple ; c’est celle que j’ai pu choisir : la voie du noviciat. En effet, comment mieux avancer que lorsque nous pouvons consacrer toute notre attention à notre cheminement ? Même si cela peut paraître ardu parfois, c’est quand même la voie royale puisque nous n’avons à nous préoccuper de rien d’autre. La seconde est celle de ceux qui sont engagés moralement dans le monde. En effet, même si les personnes envers qui nous sommes engagés sont compatissantes, nous leur devons de respecter notre parole aussi longtemps qu’elles en ressentiront le besoin. Elles seules pourront éventuellement nous libérer ou nous rejoindre si elles accèdent à l’éveil. Quand l’engagement est pris envers des personnes indifférentes ou opposantes à nos choix spirituels, c’est encore plus difficile. En effet, l’engagement nous force à concilier l’inconciliable : des obligations mondaines prenantes et un besoin de spiritualité souvent réduite à la portion congrue.
L’étape suivante, je ne peux vous en parler puisque je ne la connais pas. Quand après un noviciat complet, le croyant accède à la Consolation — pas seulement le sacrement mondain —, mais la véritable entrevue entre lui et le Saint Esprit paraclet, qui lui donne à voir ce qu’il a perdu et qu’il peut enfin aspirer à retrouver, il entre dans une phase de détachement tel qu’il devient insensible aux rigueurs du monde : c’est l’ataraxie. Attention, nous parlons bien du détachement de la plus grande part de son état spirituel et non pas d’un état psychologique qui le conduit à ne pas se préoccuper du monde et notamment des autre ; l’ataraxie n’est pas l’indifférence.

Les moyens de l’avancement

N’étant moi-même que très partiellement en chemin, je ne peux prétendre vous révéler ce qu’il me reste à apprendre. Cependant, l’avancement étant la façon dont l’Esprit en nous se dépouille peu à peu des chaînes de sa prison et parvient ainsi à se rapprocher un peu plus de la lumière, je peux au moins vous indiquer ce qui me semble en faciliter l’expression.
Comme tout marcheur en situation difficile, le croyant ne doit pas considérer qu’une fois révélée à lui la certitude du salut, celui-ci va aller de soi. Notre présence aujourd’hui en ce monde est la preuve flagrante que soit nous n’avons jamais été en situation de pouvoir nous éveiller en raison d’un attachement au monde viscéral, soit nous avons échoué par manque de rigueur et d’humilité. Comme l’alpiniste nous devons donc développer notre humilité, qui est une manifestation de la Bienveillance et faire taire notre vanité qui est la marque de la mondanité. Quel que soit notre niveau d’avancement, le plus dur est toujours devant nous. Penser le contraire nous poussera, comme l’alpiniste qui voit la dernière prise au bout de ses doigts et qui décide de lâcher les autres prises pour prendre celle qui le tente, à tenter des choix qui satisferont peut-être notre égo, mais qui nous feront tomber et nous obligeront, si nous parvenons à l’accepter, à repartir à zéro. Or, tout est vanité, c’est-à-dire désir du néant. C’est quand nous avancerons courbés comme le pénitent , les yeux sans cesse rivés devant nos pieds comme le marcheur avançant sur un lit de cailloux, que nous pourront nous interroger sur le bien-fondé du prochain pas que nous nous préparons à accomplir : est-il justifié ? sommes-nous prêts à le franchir ? avons-nous bien effectué les pas précédents ?
La Bienveillance est indispensable car elle nous permet de calmer l’impatience. En étant Bienveillant envers les autres nous reconnaissons que nous ne sommes pas forcément les plus avancés et les plus à même de franchir le pas suivant. En acceptant d’envisager cela nous devenons patients et donc capable d’avancer à un rythme plus adapté à nos compétences. Sans Bienveillance se développe un esprit de compétition qui nous fait perdre toute prudence et nous fait expérimenter des chemins attrayants qui se terminent en cul-de-sac.
L’obéissance est le troisième point essentiel. Si l’humilité peut être comparée aux bonnes chaussures du marcheur et la Bienveillance à la position dans la cordée, l’obéissance est la corde qui nous relie à ceux qui nous précèdent et dont nous suivons les instructions pour avancer en sécurité.
Soit nous considérons ne pas reconnaître chez ceux qui nous ont précédés les qualités pour nous guider, et nous décidons de cheminer seuls, comme le randonneur dans le désert qui, refusant la boussole, dérive en rond jusqu’à l’épuisement. Soit nous reconnaissons parmi nos prédécesseurs des personnes qui nous proposent un cheminement qui correspond à nos attentes, et nous devons alors suivre leurs instructions sans jamais en dévier ou les critiquer. Il y a de nombreux choix possibles, constituant autant d’Églises et de groupes spirituels, pour que nous puissions définir qui sera notre premier de cordée. Mais une fois déterminés, nous devons suivre ses instructions ou bien accepter de nous détacher pour rejoindre un autre groupe ou continuer seul.
Mais notre époque, tout particulièrement, nous enseigne que la nouveauté prime sur l’expérience et que les enseignements des autres sont sans valeur pour nous. « Les cathares avaient faits tels choix ? » Certes, mais c’était au Moye Âge et nous les estimons donc sans valeur aujourd’hui. Comme si une démarche spirituelle pouvait être contrainte par le temps. « Leur règle fixait telles pratiques et contraintes ? » Certes, mais nous sommes des esprits jeunes et forcément plus malins qu’eux. Ne tenant aucun compte de leur avancement, infiniment plus important que le nôtre, nous sommes certains de pouvoir éviter les embûches et nous jetons de Charybde en Sylla avec délectation.
Nous devons accepter l’idée que nous ne pouvons pas comprendre la justification de choix émanant de personnes bien plus avancées que nous et leur obéir aveuglement en attendant d’avoir atteint leur niveau, qui nous révèlera la justesse de leurs choix. Nous sommes des adolescents, convaincus de savoir ce qu’est la vie, méprisant les conseils d’adultes qui eux, savent ce qu’est l’adolescence.
Le reste, qui nous impressionne souvent plus, l’ascèse alimentaire et sexuelle, la dépossession matérielle ne sont que les conséquences des pratiques citée précédemment, pas les moyens d’atteindre au but.

Voilà ce que je crois pouvoir vous dire sur l’Esprit et ce que sa découverte implique pour nous. Nous verrons, je l’espère, si je ne m’étais pas trop trompé dans quelques années.

Avec toute ma Bienveillance.

Réussir sans efforts

2-1-Philosophie, sociologie
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Réussir sans effort

Le monde du virtuel

Notre monde est sans cesse mû par un désir de fuite en avant, persuadé qu’il est qu’il faut tout vivre tout de suite et que la patience est une perte de temps. Dans cet esprit, l’idée même d’un apprentissage est considérée comme obsolète et il n’est pas surprenant que les activités demandant justement de longs apprentissages soient dévalorisées.

Qui aujourd’hui serait prêt à consacrer des années à apprendre à confectionner et réparer un instrument de musique ? Qui voudrait mettre sa vie entre parenthèse le temps d’acquérir les compétences liées à une formation de médecin, de pilote de ligne, de souffleur de verre, de compagnon charpentier ? Personne, ou presque plus personne. Aujourd’hui ce qui est valorisé c’est la réalisation immédiate, l’accomplissement sans effort, la réussite liée au hasard et non à la compétence. Je ne sais pas réaliser un objet complexe, qu’importe, une imprimante 3 D le fera à ma place. Je n’ai pas envie de consacrer ma vie à bâtir une situation sociale, qu’importe, un ticket de Loto® m’apportera immédiatement la possibilité de réaliser mes rêves.

Mais quand les compétences s’avèrent néanmoins nécessaires et qu’elles sont liées à un apprentissage considéré comme fastidieux, il reste encore l’option du virtuel. Faire semblant d’être un golfeur d’exception grâce à un logiciel complaisant, faire semblant de savoir piloter un avion grâce à un simulateur qui me leurre pour mieux me satisfaire. Et vous vous en doutez, si je vous parle ainsi c’est que ces comportements sont également visibles dans le domaine de la spiritualité.

La réalité et la fiction

De tous temps il s’est trouvé des personnes pour simuler des situations afin de nous faire passer un message ou pour nous permettre de vivre par procuration des situations passées ou rêvées. Ces personnes, les comédiens, étaient considérées comme faisant l’apologie du mensonge et c’est pourquoi pendant de nombreuses années elles furent dévalorisées par les autorités. Cependant, à cette époque les gens savaient très bien différencier le réel et l’illusion, même si certains menteurs particulièrement adroits arrivaient encore à faire douter de la frontière existant entre ces deux mondes. Les prestidigitateurs, les alchimistes, étaient à la frontières et pouvaient tromper efficacement les foules. Cela expliquait qu’ils étaient également souvent pourchassés.

Malheureusement, de nos jours, la frontière entre réalité et fiction tend à s’atténuer. Georges Méliès, les frères Lumière, Orson Welles quand il raconta l’invasion extraterrestre issue du roman de H. W. Wells, réussirent l’exploit de donner à la fiction une telle consistance que leur public la confondit avec la réalité. Et souvent, cela fut l’occasion de problèmes, voire de drames. De nos jours, la chasse virtuelle de personnages de fiction provoque des accidents réels par le manque d’attention des piétons pris dans leur jeu qui oublient qu’ils se déplacent dans un univers réel et risqué. Des personnes sensibles ou immatures n’arrivent plus à s’extraire de leur monde virtuel et commettent des actes dangereux voire criminels, confondant réalité et fiction.

Ce que révèle tout cela c’est que notre impatience nous fait croire qu’il est nécessaire pour exister de pouvoir vivre plusieurs vies simultanément. Au lieu d’une vie correctement menée, nous essayons d’en vivre mal plusieurs. Pourtant, notre espérance de vie devrait nous donner à penser que nous avons la chance de pouvoir mener à bien, voire de façon plus approfondie, une vie que nos prédécesseurs ont réussi à mener de façon correcte dans les contraintes de leur temps.

Vivre dans le réel

Le monde de la foi

La spiritualité a ceci de spécifique qu’elle n’est pas sensible à l’illusion car elle ne requiert pas le truchement sensoriel pour s’exprimer. Une foi sincère et profonde n’a pas besoin d’artifices et, au contraire, le recours à des faux semblants est la marque d’une foi incomplète. Mais pour atteindre une foi de qualité il faut du temps et de la patience. En effet, notre esprit est tellement bien engoncé dans la matière, tellement éloigné de ses origines spirituelles, qu’il faut un lent et patient travail pour le ramener à sa vie réelle, comme on le fait d’une personnes en hypothermie que l’on réchauffe doucement du cœur vers la périphérie, alors qu’un réchauffement brutal de la périphérie vers le cœur provoquerait sa mort inéluctable.

La foi est un long processus que rien ni personne ne peut forcer ou travestir. S’illusionner sur sa foi c’est s’interdire de l’atteindre. La mimer et la feindre c’est la rendre inaccessible. Prétendre l’avoir atteinte c’est s’enfoncer sur le chemin, pavé de bonnes intentions, qui mène en enfer. Car, ce n’est pas par malice que l’on commet ces erreurs. Souvent c’est dans une intention louable et dans l’espoir d’accélérer un peu les choses que l’on essaie de se convaincre que telle ou telle façon de faire est un bon moyen d’atteindre la foi.

L’Église catholique a institutionnalisé, en quelque sorte, ce genre de comportement. On en a vu et on en voit encore régulièrement le résultat. La mise en place de rituels et de sacrements mal adaptés conduit l’adepte à se croire ce qu’il n’est pas et à agir à contretemps voire à l’opposé de ce qu’il devrait pour progresser.

Les comportements mortifères

En donnant le baptême à un enfant, sous couvert d’un engagement de vie professé par son parrain et sa marraine, alors qu’il est incapable de le faire et d’en comprendre la portée, fait de lui un faux Chrétien dans le but de l’intégrer à une communauté avant qu’il ait eu le temps de réfléchir à ses propres choix. Jalonner sa vie de rituels vides de sens, de prétendus enseignements qui sont autant de bourrage de crâne et de sacrements qui ne sont que des comédies, fait de lui un adepte du mensonge qui se persuade peu à peu qu’il suffit de peu pour compenser une vie très imparfaite. Certains, et je pense notamment aux criminels de la Mafia, ont poussé le concept dans ses limites en croyant qu’il suffisait de quelques donations et d’une piété de façade pour compenser l’effet de leurs crimes sur leur évolution spirituelle.

Mais sans aller aussi loin, comprenons qu’il est aussi grave d’agir impétueusement et impatiemment dans le domaine de la foi pour nous qui rêvons d’être des croyants cathares, voire des Bons-Chrétiens. Certes, au royaume des aveugles les borgnes sont rois nous dit le proverbe. Il est donc facile, même de bonne foi, de se croire parvenu à un stade avancé sur le simple témoignage de personnes ignorantes ou débutantes. Cela m’arrive régulièrement dans bien des domaines. Ainsi, il me suffit de discuter cinq minutes avec quelqu’un en lui expliquant les toutes premières bases de l’histoire médiévale pour qu’elle me demande si je ne suis pas enseignant en histoire ou, à tout le moins, guide touristique. Il me faut alors systématiquement répondre que non car ces professions demandent des compétences et une formation que je n’ai pas et que j’aurais été bien incapable d’acquérir. De la même façon, il m’est aussi arrivé d’entendre dire que j’étais déjà un Bon-Chrétien, simplement parce qu’ayant un peu plus étudié le sujet que la plupart, je dispose d’un vernis de compétence qui éblouit certains de ceux qui n’en ont aucune.

De la même façon que nous savons qu’il est dangereux de prendre les commandes d’un avion avec pour seul bagage quelques heures passées sur un logiciel de simulation de pilotage, nous devons comprendre qu’il ne suffit pas de simuler un état de Bon-Chrétien pour en être un. Faire cela est non seulement mortifère pour celui qui s’y risquerait, mais aussi pour ceux qui le suivraient en se persuadant de sa valeur. Les comédiens dont je parlais précédemment savent parfaitement qu’ils ne sont pas réellement le personnage qu’ils incarnent et leur public le sait également. Mais si l’on vous convainc de la validité d’un placement financier mirobolant, le résultat sera votre ruine. De même quand un gourou — même s’il est convaincu lui-même de sa position spirituelle — vous entraîne à sa suite, c’est votre ruine spirituelle qu’il provoque.

L’apprentissage du Catharisme

Le Catharisme est un Christianisme qui, par sa résurgence moderne présente l’avantage de n’avoir quasiment pas subi cette lente évolution du factice dans le monde réel. Il nous revient donc de ne pas l’y introduire aujourd’hui par nos comportements.

Si l’on est désireux d’approfondir cette spiritualité il faut renoncer aux comportements mondains de notre époque et accepter d’en revenir à des pratiques plus saines que beaucoup ont oubliées. La patience est la vertu cardinale de celui qui veut comprendre le Catharisme, même s’il sent en lui l’appel de la foi. En effet, la foi cathare n’est pas bâtie sur du sable. Elle nécessite une connaissance qui ne peut s’acquérir que par un effort d’étude sérieux et prononcé.

Une fois que la connaissance est là, il faut s’interroger sur ce qu’elle nous révèle en nous. Considère-t-on le Catharisme comme un passionnant sujet d’histoire ou bien cette doctrine et cette philosophie répondent-elles en notre moi intérieur à un questionnement existentiel profond ? Dans ce dernier cas, les propositions du Catharisme fournissent-elles la réponse évidente, logique et seule spirituellement acceptable ? Si oui, on entre dans la famille des croyants et l’on va alors cheminer pour accomplir ce que notre foi nous impose, tenter de devenir en cette vie des Bons-Chrétiens afin qu’au seuil de la mort physique nous soyons en mesure d’espérer la grâce divine et le salut pour notre esprit saint prisonnier.

Il va sans dire qu’un tel cheminement demande beaucoup de travail et de temps. Il faut apprendre les deux choses les plus difficiles pour un individu de notre époque : l’humilité et l’obéissance. L’humilité nous permet de faire preuve de patience et de progresser au rythme nécessaire à un approfondissement correct de notre foi. L’obéissance permet de comprendre que nos prédécesseurs dans ce cheminement ont acquis des compétences que nous n’avons pas encore et que c’est à cause de cette immaturité spirituelle que nous avons tendance à vouloir sans cesse considérer que nos convictions sont de meilleure qualité que leurs enseignements. Ainsi, nous pourrons progresser, lentement sans aucun doute mais plus sûrement, et atteindre un jour le même avancement qu’ils atteignirent en leur temps, afin de pouvoir en finir avec les transmigrations qui nous maintiennent encore prisonniers de l’enfer de ce monde.

Le Catharisme est un long apprentissage qui demande un investissement permanent et une pratique prudente. Il ne suffit pas de quelques journées consacrées à ce sujet pour en acquérir la connaissance nécessaire, tout comme on ne peut pas mimer le Catharisme sans remettre gravement en question l’espoir de le vivre pleinement.

Chacun de nous progresse à son rythme et, comme me le rappelait un ami très cher, il peut être comparé à une échelle où chacun se trouve sur le barreau correspondant à son niveau d’avancement. Croire qu’un autre peut vous hisser à son niveau serait une erreur. Faire comme si l’on était déjà en haut de l’échelle serait une faute. Se hâter dans l’espoir de la gravir plus vite provoquerait la chute. Nous devons gravir les échelons, un à un, à notre rythme et selon nos capacités du moment et nous abstenir de croire que ceux qui sont montés avant nous étaient rétrogrades et incompétents quand ils nous ont laissé leur mode d’emploi de l’échelle. Ce n’est pas non plus en faisant semblant de la gravir que nous y parviendrons dans la vraie vie et si l’on dit qu’un barreau est vermoulu, ce n’est pas en affectant de ne pas le croire que nous réussirons.

Réussir dans sa voie

J’en terminerai en vous disant qu’après près d’un an consacré exclusivement à mon propre avancement, je me rends compte combien il est difficile de progresser efficacement dans cette voie. J’ai conscience de n’avoir fait qu’un tout petit pas et je me rends compte à quel point j’ai pu m’illusionner dans le passé sur ma capacité à avancer dans ma foi. Aujourd’hui, après quarante semaines de travail, de pratique rituelle respectueuse des indications des Bons-Chrétiens médiévaux, après de nombreux échanges avec les uns et les autres, je commence à peine à entrevoir l’orée du chemin qu’il me reste à parcourir. Nul doute que ma route sera encore longue avant de pouvoir espérer passer un cap de plus. Mais en fait, j’ai appris qu’il ne faut pas agir dans l’espoir d’être mais agir pour mettre sa vie réelle en accord avec sa foi et avec les prescriptions de Christ. Les Bons-Chrétiens les ont développées pour les adapter à notre mondanité et s’il nous demandent de faire ceci ou, au contraire, de ne pas faire cela, ce n’est pas par lubie mais pour nous aider à mieux canaliser nos pulsions mondaines pour avancer efficacement. L’habit ne fait pas le moine, et s’il suffisait de pratiquer tel rituel ou de se donner telle apparence pour être ce que l’on veut être, il y a longtemps que nous serions tous aptes à rejoindre notre espace originel. Ce n’est pas le cas. Aussi devons-nous agir autrement et retrouver l’humilité et la patience qui nous font si cruellement défaut.

Être un Chrétien cathare aujourd’hui

2-3-Le catharisme au quotidien
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Qu’est-ce qu’un Chrétien cathare ?

J’avais traité, voici quelques années, le cas du croyant cathare afin d’en expliquer les particularités. Maintenant que j’ai bouclé les trois-quarts de ma première année de noviciat, malgré mon évidente limitation spirituelle, je voudrais réfléchir à « haute voix » sur la sujet du Chrétien cathare, c’est-à-dire celui qui est revêtu, qui a donc reçu la Consolation du Saint Esprit Paraclet.
Certes, nous avons la mémoire de ceux qui s’appelaient ainsi, ou à peu près, au Moyen Âge. Mais ils étaient des éléments d’une lignée très ancienne dont l’étude ne permettait pas d’identifier avec précision l’élément princeps et, qui sait, l’existence éventuelle d’un chaînon manquant.
En outre, je m’interrogeais sur d’apparentes contradictions. Si l’on admet ce qui était considéré à l’époque, à savoir qu’un Bon-Chrétien — pour reprendre la terminologie des croyants de l’époque — avait l’entendement du Bien, avait reçu l’onction du Saint Esprit et cheminait désormais dans les pas de Christ, comment expliquer la très mauvais opinions qu’ils manifestaient d’eux-mêmes et certains revirements profonds ou certaines attitudes contraires à leur foi ?
C’est pourquoi il me semble important de partager ces réflexions et de présenter ma compréhension de ce statut particulier et si rare.

Statut divin et statut mondain

On a très peu d’explications en provenance des Bons-Chrétiens sur ce qu’ils pensaient être et sur la façon dont ils le sont devenus. La plupart du temps ce sont les croyants qui en parlent et l’on sent bien que leur admiration confinait parfois avec la dévotion, pour ne pas dire l’idolâtrie. En effet, quand on dispose d’une figure déifiée, comme c’était parfois le cas, on se sent privilégié. Je pense notamment à cette femme qui gardait dans son coffre un bout de pain plus que rassis parce qu’il avait été béni autrefois par un Bon-Chrétien, on comprend bien qu’on approche des limites de la foi.
Pourtant, et le rituel de l’Amélioration l’atteste, le Bon-Chrétien est considéré comme une sorte d’intermédiaire entre le croyant et le Saint Esprit Paraclet. Il y a donc quelque chose de divin chez celui qui par ailleurs s’astreint à mener une vie mondaine en parallèle. C’est une particularité du Catharisme cette obligation de mener de front une vie régulière, dans une sorte de clôture moniale, et une vie séculière dans un monde forcément très éloigné des préoccupations majeures de ces hommes et femmes. Et cela m’amène à m’interroger sur le premier point qui m’interpelle, à savoir comment les Bons-Chrétiens se jugeaient-ils eux mêmes ?

Se reconnaître pécheur

Si les Chrétiens cathares insistaient pour vivre au plus près du peuple c’est parce qu’ils ne se voyaient absolument pas comme des êtres exceptionnels. Notre époque en témoigne peut-être encore plus que la leur, ce qui mine notre spiritualité et qui enferme encore plus sûrement notre esprit dans sa gangue de chair c’est la vanité ! Nous sommes incroyablement vaniteux, imbus de nous mêmes, persuadés d’être au-dessus du lot commun, choisis voire présélectionnés pour un destin hors normes. Et cela, même si son expression est plus faible, presque imperceptible, est notre point commun à tous. Dès lors, il est facile de comprendre que nous soyons enclins à parer de toutes les vertus ceux qui sortent apparemment du lot.
Les Chrétiens cathares avaient la certitude d’être des pécheurs. Ils disaient même à l’envi qu’ils étaient plus pécheurs que les autres, croyants y compris, parce qu’ils avaient l’entendement du Bien. Et oui, comme nous l’apprend le dicton : « Un homme averti en vaut deux ! ». Celui qui sait qu’elle devrait être la voie à suivre est plus coupable de ne pas la suivre que celui qui erre sans but. Si les Chrétiens cathares avaient changé de statut en recevant l’imposition des mains, s’ils étaient devenus ces fameux « parfaits » dont on nous rebat les oreilles régulièrement, s’ils avaient quitté la route commune pour emprunter un chemin, certes plus difficile, mais surtout détaché du nôtre, pourquoi faisaient-ils amende honorable tous les mois devant leur diacre à l’occasion de leur Service ?
C’est bien parce qu’ils savaient qu’ils continuaient à pécher comme les autres, qu’ils trimaient sur la même voie et qu’ils étaient terriblement imparfaits. Mais, ils avaient fait un pas de plus, celui de le reconnaître et d’en être persuadés, sans fausse modestie et en pleine conscience, comme on dirait aujourd’hui. Ils avaient fait régresser leur vanité au point de l’empêcher de masque à leurs yeux leur véritable nature de pécheurs impénitents.

Les funambules de la Vérité

Admettons ! Les Chrétiens cathares étaient conscient de leur état de pécheurs mais, quand même, ils étaient bien différents des autres puisqu’ils étaient capables de mener une vie dont personne n’aurait voulu et d’aller jusqu’au bûcher plutôt que de renier leur foi. En sommes-nous si certains ?
Si la Consolation conférait un tel statut, comment expliquer que certains d’entre eux aient choisi — en dehors de toute violence ou souffrance — de renoncer et de retourner dans le monde, ou pire encore, de prendre la voie opposée des persécuteurs, comme le fit Rainier Sacconi ? En effet, le changement de statut s’accorde mal avec de tels revirements. Celui qui est intronisé médecin ne peut pas perdre ses compétences sans événement extérieur extraordinaire. Si le statut de Chrétien conférait à un Cathare une position stable et durable, aucun d’entre eux n’aurait choisi de retourner dans le monde comme celui qui quitta sa maison cathare pour aller combattre les croisés avant de revenir faire un nouveau noviciat, une fois la bataille perdue. Aucun d’entre eux n’aurait renié sa foi au point de devenir un fer de lance du camp adverse et de critiquer, parfois jusqu’au mensonge le plus éhonté, ceux qui furent ses frères auparavant.
La seule explication à tout cela est qu’il n’y a pas de position stable en Christianisme. Devenir Chrétien cathare c’est quitter le plancher des vaches pour monter sur un fil tendu au-dessus du monde et choisir de l’arpenter, en déséquilibre permanent, parce que l’on est persuadé qu’il est le seul moyen d’accéder un jour à la Vérité. Et cela explique qu’il arrive de tomber, poussé par d’autres, comme ce fut le cas de ceux qui hâtèrent leur mort afin d’échapper aux souffrances qu’on leur faisait endurer, ou de leur propre fait comme ceux qui retournèrent leur veste mal ajustée et qui, pour certains, devinrent les tortionnaires de leurs anciens coreligionnaires, comme Conrad de Marbourg dont la brutalité écœura jusqu’au Vatican.
Je reprends un instant ici l’image du film Matrix®, dont je vous ai souvent parlé. Il y a un personnage, Cypher, qui a rejoint Morphéus, le pilote du vaisseau rebelle et qui va le trahir, allant jusqu’à provoquer la mort de quatre de ses compagnons. Il le fait par dépit, déçu de ne plus voir en Morphéus l’être exceptionnel qu’il s’était forgé dans son imagination, et désireux de revenir à une vie plus confortable quand bien même il la sait fausse. il demande même à voir sa mémoire effacée pour ne plus risquer de souffrir de son choix. C’est une bonne image de ces Chrétiens cathares qui ont fait le choix de changer d’orientation, au prix d’une trahison mortelle le plus souvent, afin de casser ce qu’ils avaient peut-être trop idéalisé, mais ce qu’ils voient désormais comme un obstacle à leur désir de vivre. Car la mondanité à ceci de terrible, qu’elle nous insuffle un désir de vivre qui peut nous pousser aux pires extrémités.

Le Chrétien cathare à proprement parler

Alors, maintenant que nous avons un peu déboulonné la statue idéale du Bon-Chrétien, que nous reste-t-il à dire ? Peut-être devons-nous nous interroger sur ce qu’est en définitive un Chrétien cathare, sur ce qui permet de l’identifier, sur ce qu’il pense de lui-même, sur ce que peut lui conférer une Consolation, quelle que soit la manière dont il l’ait reçue et voir si cela est conforme à ce que les textes chrétiens nous apprennent.

Un croyant amélioré ?

Et si le Chrétien cathare n’était rien d’autre qu’un croyant plus avancé que les autres ; un croyant maîtrisant mieux son sujet et donc plus apte à servir les autres ? Un serviteur un peu moins inutile que celui des évangiles. En choisissant la voie difficile du funambule de la foi, le Chrétien cathare ne se hausse pas de lui même mais il se met en difficulté pour essayer de pousser plus loin son cheminement. Il a conscience que plus il reste dans la mondanité permanente, plus il lui sera impossible de faire émerger sa part divine prisonnière.
Donc, il choisit de pousser l’expérience plus loin en devenant novice. Là, à son rythme, car il ne peut y avoir de standard tant nous sommes tous différents, il va progresser en profitant des temps de vie régulière qui le mettent à l’écart des agressions du monde. Mais, comme il n’est pas dupe de cet artifice, il n’en fait pas son unique mode de vie. En revenant régulièrement dans la vie mondaine, il reconnaît sa véritable nature en cette incarnation qui nous contraint. Ainsi, il combat plus efficacement sa vanité que s’il demeurait en clôture moniale au point de finir par croire que le Mal ne peut l’y atteindre.
Ce qui le différencie le plus sûrement des autres croyants, demeurés dans la vie mondaine, ce n’est pas ce qu’il pense avoir acquis — il n’en a pas une conscience aiguë, enfermé qu’il est dans sa démarche — mais ce que les autres lui renvoient comme image de lui même. Ce sont eux qui le voient changer, s’améliorer, s’affiner dans sa compréhension spirituelle et qui peuvent apprécier la qualité de ses pratiques rituelles. Il s’est clairement amélioré vis-à-vis des autres croyants et quand cette amélioration sera considérée par les autres croyants, ou par d’autres Bons-Chrétiens s’il en a autour de lui, comme acquise, ce sont eux qui lui diront voir devant eux un nouveau Chrétien cathare.

Un pécheur conscient

Mais, même revêtu de cette nouvelle appellation, qu’elle ait été manifestée ou non par le sacrement ritualisé de la Consolation, il sait très bien qu’il n’est qu’un croyant comme un autre. Au contraire, la connaissance acquise du Bien et Mal lui fait plus durement sentir à quel point il ne fait pas le Bien qu’il voudrait alors qu’il fait le mal qu’il ne veut pas, comme disait Paul.
Cette conscience affinée de son état peut l’aider à approfondir son cheminement en renforçant son humilité et en abaissant sa vanité. C’est en cela que l’on comprend combien l’humilité est un élément fondamental de la doctrine cathare. Car, si le nouveau Bon-Chrétien se laisse distraire par cette nouvelle reconnaissance, il risque — comme le funambule — de perdre son équilibre et de chuter. La vanité prendra alors le dessus, l’humilité sera vécue comme une faiblesse et bientôt la certitude d’avoir tout compris et d’être capable de remettre en cause les enseignements anciens le poussera à dériver dans sa foi et dans sa pratique jusqu’à le faire tomber plus bas qu’il n’était parti.
Il est facile de comprendre désormais qu’une reconnaissance trop précoce ou qu’ne mauvaise maîtrise de l’état de Bon-Chrétien sont pires que la situation antérieure de croyant cathare vivant exclusivement dans le monde. Rainier Saconni et bien d’autres de son époque en ont fait l’amère expérience. Aujourd’hui encore, nous ne sommes pas à l’abri car l’absence de Chrétiens cathares avérés et durablement éprouvés met en danger celles et ceux qui essaient d’avancer et qui par vanité personnelle ou par reconnaissance indue de la part des autres, se croient arrivés au bout du chemin alors qu’ils sont en fait en train de le quitter sans s’en apercevoir. Ce qui importe ce n’est pas seulement d’être humble face à ceux qui vous disent que vous êtes à leur yeux un Bon-Chrétien, c’est d’être capable de se dire en soi et en permanence que l’on est un pécheur, comme le faisait l’esclave monté sur le char du triomphe qui — portant la couronne de laurier — murmurait à l’oreille du général triomphant : « Rappelle-toi que tu n’es qu’un homme ».
Prêter une oreille complaisante aux flatteries, même sincères, des autres est aussi dangereux que se gonfler personnellement d’une fausse gloire.

Et la Consolation alors ?

On peut légitimement s’interroger de l’intérêt qu’il pourrait y avoir à maintenir le sacrement de la Consolation au vu de ce que je viens de dire. En effet, quel besoin ou pire, quelle nécessité de formaliser ainsi un statut qui en fait n’existe pas vraiment et dont l’officialisation fait courir un risque à celui qui la reçoit ?
Comme souvent avec les sacrements, et le judéo-christianisme nous en apporte la démonstration flagrante, ils sont plus souvent destinés aux spectateurs qu’ils ne s’adressent en fait aux récipiendaires. Et dans ce dernier cas, c’est davantage une flatterie, une récompense, qu’une annonce statutaire. Bien entendu le summum du ridicule en la matière est le baptême catholique. Comment le nouveau-né que l’on baptise pourrait-il être concerné par le sacrement qu’on lui inflige ? Et je dis bien inflige car il est rare qu’il ne s’insurge pas du mauvais traitement qu’il doit subir dans un bâtiment souvent froid à coup d’onction d’huile et d’arrosage d’eau froide. Les sacrements sont en fait un moyen de maintenir soudée une communauté qui, sans ces rendez-vous réguliers, risquerait de voir ses convictions s’amoindrir.
La Consolation, telle qu’elle était pratiquée à l’époque médiévale notamment, était une manifestation publique destinée à présenter à la foule une personne choisie par les Chrétiens cathares qui apportaient ainsi la double information, au public autorisé, de la perduration d’une structure ecclésiale d’une part et de la disponibilité pour les croyants d’un nouveau membre du groupe chargé de les servir.
Si le récipiendaire avait été correctement choisi, ce n’est pas lui qui pouvait se sentir grandi par cette célébration, car son humilité lui faisait forcément ressentir que cette désignation était sans doute exagérée par rapport à ses propres mérites.
Pour autant, la Consolation aujourd’hui ne serait pas sans valeur. Les hommes sont les mêmes et leurs attentes également. Voir Consolé un nouveau Bon-Chrétien, après des siècles d’absence, mettra du baume au cœur des croyants. Par contre, la Consolation n’a rien d’obligatoire car la reconnaissance de l’avancement d’un croyant et son acceptation de son nouveau rôle au service de la communauté peuvent se faire en toute simplicité. La Consolation reste un sacrement marquant une évolution de statut et c’est bien pour cela qu’elle était renouvelée régulièrement au cours de la vie des Bons-Chrétiens, notamment lors de l’accession à de nouvelles fonctions comme diacre ou évêque.

Ce qui vient d’être expliqué est-il légitime ?

Est-ce que ce que je viens de dire, et qui semble aller à contre courant de ce que pensent de nombreuses Églises chrétiennes, est légitime au vu de ce que nous avons comme trace de la parole de Christ ?
Paul le dit lui même il n’a quasiment jamais circoncis quiconque et, me semble-t-il, n’a jamais immergé personne. Par ailleurs, il a souvent imposé les mains. D’ailleurs on retrouve dans l’imposition des mains toutes proportions gardées, une pratique comparable à l’adoubement du chevalier.
En fait, dans les évangiles, on trouve l’idée que Jésus dit aux disciples qu’il leur donne la permission d’agir en son nom et qu’il validera leur choix. Certes, on peut penser que les textes sont un peu adaptés aux intérêts de ceux qui les ont écrits. Mais on retrouve là cette notion d’intermédiaire si souvent reconnue dans le statut du Bon-Chrétien.
Donc, la Consolation marquerait le passage d’un statut de pratiquant à un statut d’intermédiaire, non pas direct, mais par procuration. C’est en cela qu’il est aussi utile de manifester aux yeux du peuple croyant qui sont les intermédiaires possibles à qui l’on peut s’adresser.
Est-il légitime de conférer une Consolation à quelqu’un dont je viens de dire qu’il était autant, sinon plus, pécheur que les autres ? Si l’on voit ce qui nous est dit dans le Nouveau Testament, les disciples n’étaient pas exempts de fautes et de péché. Et il s’en faut de beaucoup ! Pourtant, ils ont bien reçu la première Consolation de l’histoire juste après l’ascension de Christ. Donc, les pécheurs du moyen Âge étaient aussi légitimes qu’eux et ceux de notre siècle ne le seront pas moins.

Je voudrais terminer sur une note un peu moins pessimiste que ce que vous avez pu ressentir de mon trop long discours.
Il ne faut certes pas se faire une idée trop élevée du statut de Chrétien cathare et l’idéaliser au point de mettre en danger ceux que nous aurons désignés comme tels. Il ne faut pas se précipiter à en désigner dans l’espoir d’avoir enfin un serviteur à notre disposition. Il ne faut pas conforter trop chaleureusement ceux qui voudrais apparaître comme Consolés sans avoir pris le temps de nous assurer de leurs qualités réelles. L’émergence de Bons-Chrétiens aujourd’hui sera, dans un premier temps, avant tout un danger pour la communauté cathare. Le risque de se laisser illusionner en voyant tel ou telle pratiquer des rituels, dont la tenue est réservée aux Bons-Chrétiens, est grand et peut faire prendre un grand retard à la résurgence cathare véritable.
Soyons patients, et nous verrons comment les novices avanceront et c’est seulement dans le suivi d’une pratique rigoureuse et respectueuse de nos anciens que nous pourrons faire émerger un groupe conforme à l’idée qu’ils nous ont léguée de ce que doit être une Chrétien cathare d’aujourd’hui.

Éric Delmas, le 25/01/2017.

Lettre de Paul à Tite – 3

4-2-Bible
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Ce texte est tiré du Nouveau Testament publié dans la collection La Bibliothèque de la Pléiade des éditions NRF Gallimard.
Introduction de Jean Grosjean, textes traduits, présentés et annotés par Jean Grosjean et Michel Léturmy avec la collaboration de Paul Gros.
Afin de respecter le droit d’auteur, l’introduction, les présentations et les annotations ne sont pas reproduites. Je vous invite donc à vous procurer ce livre pour bénéficier pleinement de la grande qualité de cet ouvrage.

Lettre à Tite

Chapitre 3

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Être croyant cathare aujourd’hui

2-3-Le catharisme au quotidien
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Qu’est-ce qu’un croyant cathare ?

Ainsi que cela est le cas dans beaucoup de religions, le terme croyant cathare est souvent employé de façon abusive, généralement par des personnes qui soit ne connaissent pas suffisamment le sujet, soit qui s’illusionnent sur leur état d’avancement.
Le croyant cathare est une personne qui, non seulement est intimement convaincue de la validité de la doctrine cathare qu’elle a appris à connaître finement, mais qui par son éveil, ressent l’absolue nécessité de la pratiquer au mieux de ses possibilités même si son désir de devenir un jour novice et de se faire consoler ne peut être réalisé dans l’immédiat.Read more

Première lettre de Paul aux Thessaloniciens – 2

4-2-Bible
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Ce texte est tiré du Nouveau Testament publié dans la collection La Bibliothèque de la Pléiade des éditions NRF Gallimard.
Introduction de Jean Grosjean, textes traduits, présentés et annotés par Jean Grosjean et Michel Léturmy avec la collaboration de Paul Gros.
Afin de respecter le droit d’auteur, l’introduction, les présentations et les annotations ne sont pas reproduites. Je vous invite donc à vous procurer ce livre pour bénéficier pleinement de la grande qualité de cet ouvrage.

Première lettre aux Thessaloniciens

Chapitre 2

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Lettre de Paul aux Philippiens – 3

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Ce texte est tiré du Nouveau Testament publié dans la collection La Bibliothèque de la Pléiade des éditions NRF Gallimard.
Introduction de Jean Grosjean, textes traduits, présentés et annotés par Jean Grosjean et Michel Léturmy avec la collaboration de Paul Gros.
Afin de respecter le droit d’auteur, l’introduction, les présentations et les annotations ne sont pas reproduites. Je vous invite donc à vous procurer ce livre pour bénéficier pleinement de la grande qualité de cet ouvrage.

Lettre aux Philippiens

Chapitre 3

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