Qui peut être sauvé ?

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Qui peut être sauvé ?

Un chef pour Luc, un jeune homme pour Marc et Matthieu demandent à Jésus que faire, non seulement pour être dans la droite ligne des commandements vétérotestamentaires, mais surtout pour être sauvé selon ce que Jésus propose.
La réponse leur paraît trop violente, car elle nécessite l’abandon de toute possession terrestre et un lâcher prise des attaches contractées en ce monde.
Jésus le comprend et dit à ceux qui l’entourent :

Luc 18,
24 – Jésus le vit et dit : Comme il est difficile à ceux qui ont des richesses d’entrer dans le règne de Dieu !
25 – Il est en effet plus facile à un chameau d’entrer par un trou d’aiguille, qu’à un riche d’entrer dans le règne de Dieu.
26 – Ceux qui l’écoutaient lui dirent : Et qui peut être sauvé ?
27 – Il dit : Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu.

Marc 10,
23 – Jésus regarda tout autour et dit à ses disciples : Comme il va être difficile à ceux qui ont des richesses d’entrer dans le règne de Dieu !
24 – À ces paroles les disciples furent saisis. Et Jésus leur dit à part : Mes enfants, comme il est difficile d’entrer dans le règne de Dieu !
25 – Il est plus facile à un chameau de passer par la fente de l’aiguille, qu’à un riche d’entrer dans le règne de Dieu.
26 – De plus en plus frappés ils se disaient entre eux : Qui peut donc être sauvé ?
27 – Jésus les regarde et dit : C’est impossible aux hommes, mais non à Dieu, car tout est possible à Dieu.

Matthieu 19,
23 – Et Jésus dit à ses disciples : Oui je vous le dis, un riche entre difficilement dans le règne des cieux.
24 – Je vous le dis encore, il est plus facile à un chameau d’entrer par un trou d’aiguille, qu’à un riche d’entrer dans le règne de Dieu.
25 – Les disciples furent très frappés d’entendre cela, ils dirent : Qui peut donc être sauvé ?
26 – Jésus les regarda et leur dit : Aux hommes c’est impossible, mais à Dieu tout est possible.

Que penser de ce texte ?

Même si nous nous doutons que ce texte ne relate pas une histoire vraie, il n’en reste pas moins que ceux qui l’ont écrit l’ont fait dans un but précis.
Que l’interrogateur de Jésus se soit enfui, en apprenant que le suivre était autrement difficile que d’observer la loi mosaïque, ne nous étonne pas, nous le savons déjà. Mais la réaction des disciples est plus étonnante. En effet, tout se présente comme si la fréquentation de Jésus que leur prêtent les textes judéo-chrétiens ne leur avait rien appris.
En fait, les disciples nous représentent. Ce texte est à visée didactique et pas le moins du monde une relation d’un événement qui se serait réellement produit.

C’est bien pour cela que la question qui se pose est : Qui peut donc être sauvé ?
Certes, comme le dit Jésus dans le texte, pour des hommes être sauvé est impossible. Mais là encore, il faut comprendre ce qui est dit. Il est impossible d’être sauvé si nous demeurons dans notre incarnation. C’est d’ailleurs le sens exact de la résurrection. Il faut laisser l’Adam originel (l’homme attaché au monde) mourir en nous et permettre la résurrection du Christ (l’expression de la part spirituelle) en chacun de nous si l’on veut être sauvé. Cela les cathares l’appelaient l’éveil.
Une fois notre mondanité mise à l’écart, ce n’est pas suffisant. Il faut aussi que cet éveil ne soit pas stérile. D’où la nécessité du cheminement, du croyant d’abord, puis du novice et enfin du chrétien consolé. Et plus on suit ce cheminement plus notre part divine s’extrait de sa gangue mondaine, ce qui explique la fin de la phrase de Jésus : « Mais à Dieu tout est possible ». En effet, notre divinité s’affirme au fur et à mesure de notre cheminement et, à la fin, Dieu nous reconnaîtra comme siens et nous accordera sa grâce.

Qui peut donc être sauvé ?

S’il est une chose qui distingue le catharisme de la plupart des autres spiritualités, et notamment des spiritualités ésotériques, c’est la certitude qu’il n’est pas la seule voie de salut.
Pour être sauvé, peu importe la chapelle ou l’absence de chapelle. Chacun, par sa prise de conscience, par sa sincère volonté de faire mieux et d’être meilleur, est accessible au salut ; et je dirai, même les athées, ce qui sembler surprenant, voire paradoxal.
Cette certitude s’appuie sur les fondamentaux du catharisme. Comment imaginer un principe du Bien, par définition parfait dans le Bien, sans aucune trace de malignité, qui pourrait envisager laisser perdre une seule partie de son émanation substantielle ? Cela est d’ailleurs très bien imagé par les écrits chrétiens avec les paraboles de la brebis perdue (Lc 15, 3-7 et Mt. 18, 12-14) et de la drachme perdue (Lc 15, 8-10) qui sont, contrairement à ce que certaines exégèse ont pu laisser croire, la représentation de la part divine emprisonnée ici-bas (Jn 17, 12) et non pas une individualisation de chacun de nous.
C’est pourquoi le catharisme n’a pas besoin de faire preuve de prosélytisme ; peu importe la voie choisie par chacun, le salut est possible pour peu que les fondamentaux de Bienveillance, d’humilité et de bonne volonté soient réunis.
Ces fondamentaux ne peuvent être suffisant sans l’éveil qui marque la mort de l’Adam qui nous contraint et la résurrection du Christ que nous sommes réellement.
C’est là que les disciples de l’histoire initiale ont tort. À la question : qui peut être sauvé ? Christ répond : tout le monde pour peu que chacun en manifeste la réelle volonté et s’en donne les moyens.

Paul l’avait compris dès le début et c’est pour cela qu’il refusait de réserver l’Évangile de Christ aux seuls juifs pratiquants. C’est cela que les cathares avaient compris quand ils comprenaient la parole de l’Évangile selon Jean : « Il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon Père… », qu’ils expliquaient comme l’affirmation que beaucoup de chemins menaient au Père sans qu’aucun ne soit exclusivement celui du Père.

Que faut-il en tirer comme enseignement ?

Si le salut ne tient pas à la chapelle à laquelle nous avons choisi d’être rattaché, c’est qu’il ne dépend que de nous.
Il ne faut donc pas se tromper de mission. C’est en nous que nous devons trouver les ressources qui nous permettront d’avancer dans cette voie qui fera émerger notre part de divinité. Cela aura sans doute pour effet de nous amener à nous interroger sur les motivations qui nous ont poussé vers telle ou telle orientation spirituelle ou philosophique. Nous verrons ainsi que bien souvent un choix initial s’avère inadapté. Que ce soit une découverte personnelle issue de notre réflexion ou qu’un événement extérieur nous ait ouvert les yeux, peu importe ; ce qui est merveilleux c’est que nous sommes alors capables de comprendre la vanité de l’attachement à un groupe dont nous ne partageons pas toutes les valeurs et dont les enseignements ne nous conviennent pas. Ce ne sera pas un jugement, juste un constat. Mais nous pouvons aussi conforter notre choix originel grâce à cette introspection. L’important est de ne plus errer sur des critères mondains ou par sensibilité personnelle. C’est le fonds qui compte, pas la forme.

Une fois conforté dans notre choix d’avancement, entouré ou seul peu importe, nous devrons choisir comment avancer, car il ne peut s’agir d’un simple engagement intellectuel. Cette foi qui nous porte nous conduit le plus souvent à modifier profondément notre façon de vivre. Dans un monde ou la possession vaut valeur, le choix du détachement provoque un séisme. Dans un monde ou la volonté et le paraître sont les piliers de l’existence de chacun, le choix de la modestie et de l’humilité dans le renoncement nous place aux yeux de beaucoup en position de proie.
Notre but sera donc de mener une vie calme et respectueuse des autres, tout en conservant une juste place que nous justifierons, si besoin, auprès de ceux qui n’auraient pas compris notre démarche.
Faire partie d’une famille spirituelle peut nous aider à avancer, mais le cheminement est de toute façon toujours solitaire. Ce qui nous convient n’est pas adapté aux autres et nous ne pouvons pas quitter la voie qui est la nôtre.

La bonne question qui aurait due être posée n’était donc pas : Qui peut être sauvé ?
Ce que les disciples et nous même devons demander, c’est comment puis-je être sauvé ? Et à cela la réponse est donnée : Débarrasse-toi du superflu en en faisant profiter ceux qui n’ont pas le nécessaire et suis l’enseignement de Bienveillance, de non-violence et d’humilité que Christ nous a montré.

Éric Delmas, 27 janvier 2019.

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