Corinthiens

Dédicace de la basilique Saint Jean de Latran

4-4-Année liturgique
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Lecture des textes de la liturgie catholique

Comme chaque Dimanche et pour les principales fêtes catholiques, je reprends la tradition cathare qui consistait en l’analyse des textes de la messe catholique et leur compréhension du point de vue cathare. Il n’y a là nulle intention malveillante mais un simple exercice de style visant à montrer que la compréhension des textes est aussi affaire de doctrine.

Messe de la Dédicace de la basilique Saint Jean de Latran

La basilique Saint-Jean-de-Latran est la première et l’une des quatre basiliques majeures de Rome, édifiée sur le mont Latran. Son titre exact est basilique du Très-Saint-Sauveur et des saints Jean Baptiste et Jean l’Évangéliste, au Latran.
Construite à partir de 320, elle est l’église cathédrale de l’évêque de Rome, le pape. Elle porte le titre, inscrit sur le fronton, de « omnium urbis et orbis ecclesiarum mater et caput », qui signifie « mère et tête de toutes les églises de la ville et du monde ».
Première église à être publiquement consacrée — le 9 novembre 324 par le pape Sylvestre Ier — elle prit progressivement (à partir du XIIe siècle) le nom de basilique Saint-Jean par association à son important baptistère voisin, dédié à saint Jean-Baptiste, le plus ancien de Rome.>
Pendant plus de dix siècles, les papes (évêques de Rome) résidèrent dans le palais du Latran voisin. Dans les murs de la basilique se réunirent plus de 250 conciles, dont les cinq conciles œcuméniques du Latran.

C’est lors du 11e concile œcuménique qui s’y tint en trois sessions : les 5, 7 (ou 14) et 19 (ou 22) mars 1179, que les 200 pères conciliaires prirent le canon n° 27 ainsi rédigé :
Quoique l’Église, suivant que le dit saint Léon, rejette les exécutions sanglantes, elle ne laisse pas d’être aidée par les lois des princes chrétiens, en ce que la crainte du supplice corporel fait quelquefois recourir au remède spirituel ; c’est pourquoi nous anathématisons les hérétiques nommés cathares, patarins ou publicains, les albigeois et autres qui enseignent publiquement leurs erreurs, et ceux qui leur donnent protection ou retraite, défendant, en cas qu’ils viennent à mourir dans leur péché, de faire des oblations pour eux, et de leur donner la sépulture entre les chrétiens. Le concile ordonne de dénoncer excommuniés, dans les églises, les jours de dimanches et de fêtes, les brabançons, les cotteraux, etc., qui portaient la désolation partout. Il permet même de prendre les armes contre eux, et reçoit ceux qui les attaqueront sous la protection de l’Église, comme ceux qui visitent le saint sépulcre. Ces cotteraux ou roturiers étaient des troupes ramassées dont les seigneurs se servaient pour leurs guerres particulières, et qui vivaient sans discipline et sans religion. Labb. X ; Anal. des conc.

Mon analyse :
Comme on le voit, avant même l’arrivée à la tête de l’Église de Rome de innocent III, les cathares étaient dans la ligne de mire des Catholiques. Notons au passage que, contrairement à ce qu’affirment aujourd’hui certains historiens, le terme cathare est bien employé à l’époque et mis en parallèle avec d’autres termes désignant les mêmes « hérétiques », comme patarins et publicains.

Le quatrième concile de Latran (douzième dans l’ordre œcuménique) s’y tint en trois séances solennelles, les 11, 20 et 30 novembre 1215 sur l’initiative du pape Innocent III dans le but de prêcher la croisade et de parler de la réforme de l’Église. Ainsi, la bulle d’indiction du concile, Vineam Domini Sabaoth, est publiée le 19 avril 1213, le même jour que celle de croisade (Quia major nunc). Il renforce les mesures contre les hérésies et notamment le Catharisme en destituant Raymond Vi, comte de Toulouse et en renforçant le pouvoir des évêques.

1re lecture :

Ézéchiel 47, 1-2. 8-9. 12

1 – Il me ramena à l’entrée de la Maison et voici que de l’eau sortait de dessous le seuil de la Maison, vers l’orient ; la façade de la Maison était, en effet, à l’orient. L’eau descendait par en dessous du côté sud de la Maison, au sud de l’autel.
2 – Puis il me fit sortir par l’itinéraire de la porte nord et me fit faire le tour par l’itinéraire extérieur jusqu’à la porte extérieure qui fait face à la direction de l’orient, et voici que l’eau coulait du côté méridional.
8 – Il me dit : « Cette eau s’en va vers le district oriental ; elle descend dans la Arabah, débouche dans la mer, dans l’eau nauséabonde et l’eau sera assainie.
9 – Tout animal vivant qui foisonne vivra partout où le torrent parviendra ; le poisson sera très nombreux quand cette eau parviendra là ; et [l’eau de mer] sera assainie ; il y aura de la vie partout où parviendra le torrent.
12 – Près du torrent, sur ses rives, de part et d’autre, pousseront toutes sortes d’arbres fruitiers dont le feuillage ne se flétrira pas et dont les fruits ne s’épuiseront pas : chaque mois ils produiront de nouveaux fruits, car leurs eaux proviennent du sanctuaire ; leurs fruits serviront de nourriture et leur feuillage de remède.

Mon commentaire :
Le prophète décrit la vision au cours de laquelle Iahvé donne ses ordres concernant l’organisation de la vie en Israël. Après les obligations décrites plus tôt dans le texte, voici la récompense promise. Les eaux sacrées coulant du sanctuaire assainissent la Mer morte et lui rendent la vie. C’est le système contractuel que nous connaissons bien.

Mais la liturgie nous propose un autre texte au choix :

Première lettre de Paul aux Corinthiens : 3, 9c-11. 16-17

9 – Car nous sommes les collaborateurs de Dieu. Vous, vous êtes le labour de Dieu, la bâtisse de Dieu.
10 – Selon la grâce que Dieu m’a donnée j’ai, en bon architecte, établi les fondations, un autre bâtit dessus ; à chacun de voir comment il bâtit.
11 – Car nul ne peut établir d’autres fondations que celles qui sont, c’est-à-dire Jésus Christ.

Mon commentaire :
Ce choix, qui astucieusement joue lui aussi sur le thème de la maison, montre Paul en train de critiquer Apollos dont la prédication le gêne. D’abord, il commence par une approche humble : nous sommes tous deux des serviteurs. Il indique quand même son antériorité en précisant que c’est lui qui a planté. Le verset 10 fait de Paul quelqu’un de plus important (l’architecte) et d’Apollos un simple constructeur. Et encore, Paul introduit un doute sur la qualité de sa construction. Ensuite, il semble se contredire en précisant que les fondations sont déjà préexistantes, ce qui revient à dire que lui n’a pas établi de fondations, tout au plus les a-t-il révélées.

16 – Ne savez-vous pas que vous êtes le sanctuaire de Dieu et que l’esprit de Dieu habite en vous ?
17 – Si quelqu’un détruit le sanctuaire de Dieu, Dieu le détruira, car le sanctuaire de Dieu est saint ; c’est ce que vous êtes.

Mon commentaire :
Le verset 17, remanié par le scribe comme le rappelle Paul-Louis Couchoud, fait de Dieu un vengeur alors que la version de Marcion dit simplement : « 
Il sera détruit » et non : « Dieu le détruira ». Paul dit simplement que ceux qui pervertissent les hommes en train de suivre la voie de Christ commettent un péché si grave que le salut leur sera refusé. C’est une accusation à demi-mot contre Apollos que Paul accuse de pervertir son message.

Psaumes : 46 (Vulgate 45), 2-3, 5-6, 8-9a.10a

2 – Élohim est pour nous un refuge, une force, un secours qu’on trouve toujours dans les angoisses.
3 – C’est pourquoi nous n’avons pas peur, si la terre change, si les montagnes s’ébranlent au sein de la mer,
5 – D’un fleuve les canaux réjouissent la cité d’Élohim, la plus sainte des demeures du Très-Haut.
6 – Élohim est au milieu d’elle, elle ne sera pas ébranlée, Élohim la secourt à l’approche du matin.
8 – Iahvé des armées est avec nous, le Dieu de Jacob est une citadelle pour nous.
9 – Venez voir les œuvres d’Élohim,

Mon commentaire :
Outre l’apparent polythéisme (Élohim, Iahvé), on note le choix de présenter ce dieu sous un aspect positif en retirant du texte initial tout ce qui peut choquer.

2e lecture :

Évangile selon Jean : 2, 13-22

13 – La Pâque des Juifs était proche et Jésus monta à Jérusalem.
14 – Il trouva dans le temple les vendeurs de bœufs, de brebis et de colombes, et changeurs installés.
15 – Faisant un fouet avec des cordes, il les expulsa tous du temple, et les brebis et les bœufs, et il renversa la monnaie des changeurs et retourna leurs tables.
16 – Et il dit aux vendeurs de colombes : Enlevez cela d’ici, ne faites pas de la maison de mon père une maison de négoce.
17 – Ses disciples se souvinrent qu’il est écrit : Le zèle de ta maison me dévore.

Mon commentaire :
Cette version est une des moins violente de celles qui nous sont parvenues. Je note que Jésus chasse manuellement les vendeurs d’offrandes les plus chères (bœufs et brebis) ainsi que ceux qui manipulent directement l’argent mais qu’il se contente du raisonnement pour faire partir ceux qui vendent les offrandes modestes (colombes) aux plus pauvres. Ce faisant, ce n’est pas seulement aux vendeurs qu’il s’en prend mais à la classe sacerdotale des lévites et des prêtres qui sont rémunérés exclusivement par une part prise sur les ventes des offrandes. On comprend pourquoi les cathares attachaient de l’importance à gagner eux-mêmes leur subsistance et à ne pas dépendre d’une forme quelconque de mendicité. En supprimant le recours à l’argent, il replace la prière simple et personnelle au centre de la relation spirituelle.

18 – Alors les Juifs lui demandèrent : Quel signe nous montres-tu pour agir de la sorte ?
19 – Jésus leur répondit : Défaites ce sanctuaire, et dans trois jours je le relèverai.
20 – Les Juifs lui dirent : Voilà quarante-six ans qu’on bâtit ce sanctuaire, et toi, tu le relèves dans trois jours ?
21 – Mais il parlait du sanctuaire de son corps.
22 – Quand il fut relevé d’entre les morts, ses disciples se souvinrent qu’il en avait parlé et ils se fièrent à l’écriture et à la parole que Jésus avait dite.

Mon commentaire :
Cet épisode semble plus là pour rattacher Jésus à la tradition juive qu’autre chose. Par contre, il est clair que les disciples ne sont pas plus avisés que les autres Juifs. Ils ne comprennent les paroles de Jésus que
a posteriori.

Voici comment je reçois ces textes.

Guilhem de Carcassonne.

Saint Laurent, diacre et martyr

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Lecture des textes de la liturgie catholique

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Saint Philippe et saint Jacques, apôtres

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Saint sacrement

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Comme chaque Dimanche et pour les principales fêtes catholiques, je reprends la tradition cathare qui consistait en l’analyse des textes de la messe catholique et leur compréhension du point de vue cathare. Il n’y a là nulle intention malveillante mais un simple exercice de style visant à montrer que la compréhension des textes est aussi affaire de doctrine.

Saint-sacrement (eucharistie)

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Paul, le marcheur du christianisme

5-1-Histoire du catharisme
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Paul, le marcheur du christianisme

Les affirmations ou hypothèses présentées ci-après sont argumentées et s’appuient sur des sources que vous trouverez listées dans les notes en fin d’article.
Ainsi vous pourrez vérifier par vous-même la validité des propos tenus ici.

Maintenant que nous avons montré que le premier siècle ne fut pas aussi lisse que ce que notre éducation nous a donné à croire, nous allons tenter de démêler le vrai du faux concernant ce courant chrétien, apparu en pleine lumière suite au « schisme » entre la vision judéo-chrétienne et la vision pagano-chrétienne.

Il est très difficile de trouver des auteurs capables de prendre de la distance avec la vision judéo-chrétienne. Nos sources sont donc à étudier finement et à croiser, autant que faire se peut avec d’autres pour éviter les manipulations.

État des lieux

La séparation de fait par accord tacite (48), devenue un « schisme » à l’occasion de l’incident d’Antioche[1] et confirmée par le concile de Jérusalem en 49, nous révèle clairement l’existence de deux groupes distincts de « proto-chrétiens », même si les textes de l’Église chrétienne officielle en minimisent largement la portée, en en faisant plus une licence donnée à Paul et aux païens qu’une véritable rupture. Cela a abouti à la mise en présence de deux visions chrétiennes différentes :

  • Le courant judéo-chrétien s’est imposé par le soutien impérial au début du 4e siècle (Constantin 1er)[2], avant de devenir la loi religieuse incontournable à la fin du même siècle avec la christianisation obligatoire de l’Empire romain (Théodose 1er)[3] et le pouvoir de justice religieuse donné à l’Église de Rome quelques années plus tard[4].
  • Le courant pagano-chrétien a d’abord dominé grâce à son extension large sur tout le bassin méditerranéen, mais la mise en action de la « loi judéo-chrétienne » l’a poussé à la clandestinité et l’a fait disparaître aux yeux de tous. Des initiatives manifesteront sa réalité, mais les chercheurs les traiteront le plus souvent comme des phénomènes isolés et non la continuité d’un mouvement initial.

Vous-mêmes qui suivez cette conférence avez, souvent sans vous en douter, des convictions qui ne sont que la suite logique d’un enseignement et d’une lecture du christianisme qui est totalement infléchie par cette domination quasiment sans faille.

Aussi allons-nous tenter de vous montrer ces failles et de vous éclairer, à travers elles, un chemin différent qui révèle ce christianisme très vite réprimé, mais jamais totalement éteint. Et c’est dans ce christianisme que vous retrouverez, petit à petit les fondamentaux du catharisme.

Deux courants proto-chrétiens

Ces deux groupes sont en fait très différents :

  1. les judéo-chrétiens sont plus des sectaires[5] juifs, comme il en existe de nombreux (esséniens, zélotes, sadducéens, pharisiens, thérapeutes, etc.) qui font de Jésus le messie davidique venue sauver le peuple élu de Iahvé. Ils sont, pour l’essentiel, installés à Jérusalem, puisque jusqu’à la chute du temple, ce dernier était le lieu de culte par excellence des juifs orthodoxes. Ils ne lanceront des missions apostoliques que plus tard.
  2. les pagano-chrétiens sont initialement des juifs qui considèrent que la mission christique étend la portée du message christique à toute l’humanité, ce qui met un terme à la domination de la loi juive et qui ouvre la voie à une autre loi, celle mise en place par le commandement d’Amour absolu initié par Jésus. Ils sont essentiellement issus de la diaspora juive, extérieure à Jérusalem, donc beaucoup moins attachés à l’orthodoxie juive. Leurs rangs se grossissent rapidement de païens — c’est-à-dire de non-juifs — des régions plus éloignées qui rejoignent le groupe, notamment sous l’impulsion de la prédication paulinienne. Leur prédication va se répandre vite et largement puisqu’elle s’adressera sans distinction à tous les peuples.

Paul, que ce certains chercheurs présentent à tort comme le « créateur » du christianisme, n’est pas non plus l’initiateur de ce mouvement.
En effet, il rejoint des communautés déjà installées, à l’occasion de sa conversion sur le chemin de Damas[6].
Elles sont le résultat de l’implantation des proto-chrétiens qui ont fui Jérusalem après la mort d’Étienne.
Mais c’est lui qui va les développer dans les communautés installées tout autour de la Méditerranée, qui se réclament de sa prédication, et il va instaurer une doctrine par ses activités apostoliques que l’on retrouve dans ses lettres.

Paul, le semeur de la foi

Nous avons vu que Paul, né à Tarse, venu à Jérusalem enfant sans doute puisqu’il y est instruit, à un âge qui à l’époque se situait entre 5 et 15 ans, par un rabbi célèbre, mène ensuite la vie d’un pharisien classique, même si l’on peut penser que sa double culture accentuée par un véritable bilinguisme (hébreu et grec), faisait de lui quelqu’un d’assez important.

Mais, nous n’avons pas parlé de son activité missionnaire. Or, Paul est connu pour ses fameux voyages à la rencontre de communautés juives et proto-chrétiennes.
Nous allons rapidement parler de ces trois voyages relatés dans les Actes des apôtres, dans certaines de ses lettres, ainsi que du voyage le menant en captivité à Rome, mais aussi d’un potentiel quatrième voyage missionnaire moins connu.Tout d’abord il faut s’interroger sur un point concernant la vision de Paul dans les Actes des apôtres qui est clairement anti-paulinienne alors que les judéo-chrétiens tentent de faire croire le contraire, notamment en rappelant qu’ils auraient été écrits par Luc, ami de Paul et auteur d’un évangile.

On constate dans les Actes nombre de remarques à l’encontre de Paul et des tentatives visant à faire croire que Paul était soumis à l’autorité des apôtres de Jérusalem (les colonnes), ce qui largement démenti par Paul lui-même.

La manipulation des textes

Ainsi, concernant ce qui suit la conversion de Paul à Damas et son baptême, d’abord par imposition des mains, puis par immersion (Ac. 9, 17-18), il est écrit que Paul se rendit à Jérusalem et, grâce à l’entremise de Barnabé, rencontra les apôtres avec qui il resta quelques temps avant d’être exfiltré vers Césarée et Tarse en raison d’une menace que faisaient peser sur lui les juifs hellénisants de Jérusalem. Que faut-il en penser ? Il est clair qu’il y a là une volonté d’amoindrir Paul en laissant croire qu’il n’arrivait pas à se faire reconnaître et que c’est comme un aspirant, mené par un disciple, qu’il fut mis au contact des apôtres. Ensuite, menacé, c’est toujours grâce à eux qu’il put échapper, non pas aux juifs orthodoxes, mais aux hellénisants, c’est-à-dire à ceux de la diaspora, installés à Jérusalem.

Mais Paul conteste ce récit des événements. Dans l’Épitre aux Galates, il reconnaît son passé de juif orthodoxe et ardent contre la secte chrétienne (Ga. 1, 13-14), mais précise que sa conversion lui vient de christ (Ga. 1, 12) qui le missionne directement (Ga. 1, 15-16) pour un apostolat universel (aux nations), en précisant que cela n’est en aucune façon soumis aux humains (Ga. 1, 15), ce qui veut dire qu’il ne se considère en aucune façon lié aux apôtres de Jérusalem ni au Jésus d’avant la résurrection. C’est de christ ressuscité et de lui seul, qu’il prétend tenir sa légitimité[7]. C’est donc de façon parfaitement logique qu’il indique être parti en Arabie et être revenu à Damas, sans jamais aller à Jérusalem pendant les trois premières années qui suivirent son baptême (Ga. 1, 17). Après ce délai, il indique être effectivement à Jérusalem pour rencontrer Pierre, auprès de qui il est resté deux semaines seulement, ce qui explique qu’il n’ait croisé que Jacques le mineur dans cette période et aucun autre apôtre.

On devine déjà, en filigrane, la volonté de récupération opérée par les responsables de l’Église de Rome quand ils firent rédiger les Actes à la fin du premier siècle, après la mort de l’apôtre. En effet, ses lettres sont antérieures et ne peuvent donc constituer une réaction aux affirmations des Actes. C’est en fait le contraire qui se produisit. Les Actes ne doivent pas être lus comme un livre d’histoire ; ils sont un livre visant à faire la propagande d’un courant proto-chrétien particulier et leur liaison avec le troisième évangile (Luc) n’est sans doute pas un hasard. Là où certains auteurs[8] voient, dans la répétition de l’épisode de l’ascension, sans tenir compte des différences entre les deux textes, une confirmation du lien et de l’auteur unique, je vois plutôt une récupération d’un texte visant à en authentifier un autre. L’adresse à Théophile, surprenante puisque ce personnage est inconnu, pourrait même suggérer que ce livre est une sorte de vade-mecum, rédigé à l’intention des judéo-chrétiens débutants, pour donner une version uniforme de cette période.

Comme dans tout mouvement naissant, le besoin de légitimité pousse à asseoir la littérature sur des personnages importants (pseudépigraphie) et à se référer à des origines lointaines. Le judéo-christianisme a largement pratiqué ainsi, mais les groupes pagano-chrétiens l’ont fait aussi. Il faut donc se méfier à la fois de la tentation de valider les attributions de textes aux personnages qui nous sont indiqués et de prêter fois aux liens faits entre le Nouveau Testament et l’Ancien Testament.

Premier voyage missionnaire (45-49 ?)

   Si l’on s’en tient à la version de Galates, Paul serait donc parti en Arabie avant de revenir à Damas.
Ce voyage en Arabie — qui comprenait alors toute la péninsule — peut s’expliquer de deux façons individuelles ou concomitantes.
D’abord, cet éloignement favorise la méditation de l’apôtre sur sa mission et la façon de la mener.
Ensuite, l’Arabie est largement dominée par les Nabatéens (capitale Petra), dont le cheik, Arétas roi de Damas, est en guerre avec Hérode Antipas en raison de la répudiation, par ce dernier, de sa première femme, fille du cheik.
Paul est donc à l’abri des poursuites des juifs de Damas qu’il a dû fuir précipitamment.

De retour à Damas, Paul s’installe à Antioche de Syrie où il enseigne avec Barnabé, Syméon, Mucius de Syrène et Manaen (Ac. 13, 1). Antioche est le centre religieux de ceux qui ont fui après la mort d’Étienne (Ac. 11, 19).
Paul qui est toujours dénommé Saul est désigné par l’Esprit saint pour effectuer une mission en compagnie de Barnabé (Ac. 13, 2-3). Ils partent donc à Séleucie où ils s’embarquent pour Salamine (Chypre) d’où ils évangélisent toute l’île jusqu’à Paphos. Là, convoqués par le proconsul Sergius Paulus, Paul aveugle le mage Élymas qui tentait de s’opposer à lui. Cela provoque la conversion du proconsul.
À partir de maintenant, les Actes appellent Saul de son nom romain Paul. Ensuite, Paul et son équipe, dont nous savons qu’elle compte en outre Jean, qui est aussi appelé Marc, s’embarque pour le continent et arrive à Pergé (Pamphylie) où Jean les abandonne et retourne à Jérusalem. La prédication de Paul, à la synagogue le jour du sabbat, connaît un grand succès et leur attire de nombreux adeptes. Il recommencera le sabbat suivant, ce qui finira par créer des jalousies de la part des juifs orthodoxes qui réussirent à les faire chasser de la ville.
Ils se rendirent à Iconium, sans précision sur l’itinéraire emprunté, où leurs prêches leur valent des menaces de mort qui les poussent à se déplacer dans les villes voisines de Lystres et Derbé (Lycaonie).
Là une guérison miraculeuse opérée par Paul amène la foule à les confondre avec leurs dieux greco-romains, ce qui irrite fortement les deux apôtres. Leurs tentatives d’expliquer leur foi aux habitants est mise à profit par des juifs venus d’Antioche et d’Iconium qui persuadèrent la foule de lapider Paul.
Laissé pour mort, hors les murs, il est récupéré par son équipe et partent vers Derbé. Malgré tous ces déboires, ils vont revenir sur leurs pas dans toutes les villes visitées précédemment où cette fois ils seront mieux accueillis.
Ils partent ensuite en Pisidie (Antioche), redescendent en Pamphylie d’où ils s’embarquent à Attali en direction d’Antioche de Syrie. Cela clos ce voyage estimé à 3 ou 4 années.

Deuxième voyage missionnaire (50-52)

Quelques temps après leur retour ils constatent que des envoyés de Judée viennent tenter d’imposer les obligations juives (circoncision) aux membres de leurs communautés. Ils se rendent donc à Jérusalem pour trancher cette question. Pierre les soutient et Jacques le mineur fixe les termes d’un accord autorisant les disciples d’Antioche à ne pas suivre la loi mosaïque. Cette présentation modérée des Actes cache mal en fait une rupture majeure (schisme) dont nous verrons qu’elle perdurera ensuite.

De retour à Antioche, Paul propose à Barnabée de retourner vers les villes évangélisées lors du premier voyage.
Un désaccord concernant Jean, qui les avait laissés à Pergé, provoque la séparation entre Barnabée et Jean d’une part et Paul et Silas d’autre part. Les deux premiers partent pour Chypre alors que Paul et Silas rejoignent la Cilice (Tarse) par voie terrestre.
De là ils se rendent dans les villes de Derbé et Lystres où ils rencontrent Timothée qui s’est fait remarquer des communautés constituées à la suite du premier voyage. Le voyage s’étend vers l’ouest, en Phrygie et en Galatie, semble-t-il en raison d’une forte opposition à leur prédication dans les villes de l’est (Asie) où ils avaient prévu de se rendre initialement.
Également empêchés de se rendre en Bythinie (Nicomédie et Nicée) sur le pont Euxin et en Mysie, ils se rendent directement à Troas située à la frontière sud de cette dernière. À la suite d’un songe, ils s’embarquent pour la Grèce où ils passent par l’île de Samothrace et Néapolis, port de la ville de Philippes en Macédoine. C’est là qu’ils convertissent Lydie et qu’une servante, avec des dons de divination, les loue publiquement sans cesse, au point qu’ils la libèrent de ce don pour qu’elle arrête, de peur que cela puisse leur nuire.
Pourchassés par les maîtres de la servante ainsi privée de ce don, ils sont lynchés et jetés en prison. Miraculeusement libérés dans la nuit, ils convertissent le geôlier et ses proches et, finalement acquittés, ils purent reprendre leur route. Suivant la côte, ils rejoignent Thessalonique (Salonique), capitale de la Macédoine, par Amphipolie et Apollonie. Leurs prêches efficaces leur valurent des poursuites des juifs locaux qui tentent d’ameuter les autorités civiles contre eux. Ils partent donc pour Bérée. Toujours en butte aux juifs de Philippes, Paul est exfiltré vers Athènes où pour la première fois il va également s’adresser aux philosophes grecs locaux en plus des juifs de la synagogue.
Il profite de la découverte d’un autel consacré à un « Dieu inconnu » pour prêcher son Dieu qui n’habite pas dans les sanctuaires des dieux grecs. Son discours passe difficilement en raison du concept de résurrection des morts que les grecs n’entendent pas.
D’Athènes il se rend à Corinthe où il rencontre Aquilas et sa femme Priscille déportés de Rome par édit de Claude évinçant les juifs de Rome. Il prêche les juifs et les grecs locaux, mais sans succès apparemment. Rejoint par Silas et Timothée, il convertit jusqu’au chef de la synagogue. Convaincu par une vision il reste sur place un an et demi pour installer des communautés. Finalement, poursuivi par les juifs locaux qui tentent de le faire condamner sans succès et qui agressent les nouveaux convertis, il choisit de s’embarquer pour la Syrie avec le couple Priscille et Aquilas.
Arrivé à Éphèse, il refuse de rester et s’embarque pour Césarée d’où il rejoignit Antioche de Syrie.

Pendant ce temps, il semble qu’à Éphèse, Aquilas et Priscille accueillirent un jeune converti d’Alexandrie nommé Apollos. Ses compétences et ses qualités d’orateur compensaient le fait qu’il n’était pas encore baptisé selon le rite de l’imposition des mains. Sur sa demande, il fut mandaté auprès des communautés grecques (Corinthe) où ses compétences furent remarquées.

Troisième voyage missionnaire (53-58)

Paul reparti rapidement en direction de la Galatie et de la Phrygie et finalement revint à Éphèse. Là il convertit et baptise des membres qui n’avaient reçu que le baptême de Jean (par immersion seulement). Il y resta deux ans à faire des miracles et des conversions.
Paul décide de retourner à Athènes par la même voie que lors du voyage précédent, envisageant même d’aller à Rome.
À Éphèse, après des problèmes avec des adorateurs d’Artémis, Paul quitte la ville, passe en Macédoine et descend à Athènes. Au moment de s’embarquer pour la Syrie il est contraint de retourner en Macédoine en raison d’un complot juif contre lui.
De Philippes ils rejoignent Troas où Paul sauve un jeune homme mort lors d’une chute d’un étage d’une maison. Paul rejoint son groupe à Assos d’où ils prennent a mer pour Mitylène, puis Chio, Samos et enfin Milet au sud d’Éphèse. Le voyage par mer reprend en direction de Cos, Rhodes et Patara. Après un changement de navire, Paul repart en direction de Tyr où il demeure une semaine.
Enfin, le bateau les mène à Ptolémaïs et à Césarée où Paul est averti d’une menace l’attendant à Jérusalem, par un juif venu de Judée. Paul s’y rend néanmoins et fait rapport de ses voyages aux apôtres, Jacques en tête. Là le texte nous apprend que les judéo-chrétiens de Jérusalem insistent auprès des juifs locaux sur le fait que Paul ne fait pas respecter les prescriptions mosaïques à ses adeptes.
Comment ne pas penser qu’en fait ce sont les judéo-chrétiens qui ont participé aux troubles qui allaient survenir les jours suivants et qui faillirent coûter la vie à Paul. Arrêté par un tribun romain averti du trouble, Paul obtient de s’adresser au peuple. Il raconte son histoire, mais en invoquant la mission que lui a donné christ envers les nations, il déchaîne de nouveau la colère des juifs présents.
Paul fait valoir sa citoyenneté romaine, ce qui lui vaut le respect des soldats qui le protègent. Le lendemain il est présenté devant le sanhédrin où son discours provoque des troubles importants. Remis à l’abri par les romains, il échappe à une conjuration juive et est envoyé chez le gouverneur Félix à Antipatris.

Voyage et captivité à Rome (58-62)

Devant le gouverneur, Paul est confronté au grand prêtre Ananie venu demander sa condamnation. Paul affirme que les accusations sont sans preuve et qu’il est respectueux de la loi juive.
Paul demeura là deux années durant, assigné à résidence chez le gouverneur Félix. Son successeur organisa un procès à Césarée.
Paul fait encore valoir sa citoyenneté romaine et le gouverneur Festus, ne trouvant rien qui justifie de le livrer au juifs décida de l’envoyer à Rome.
De Césarée, le bateau fait escale à Sidon, puis rejoint Myre en Lycie. Ayant changé de navire, ils font route sous la Crète et s’arrêtent momentanément à Beaux-Ports.
À peine repartis, une tempête menace le navire, mais Paul prophétise que les marins ne mourront pas. Après deux semaines de dérive, ils s’échouent sur l’île de Malte. Là encore Paul réalise des miracles pendant les trois mois d’immobilisation sur place. Ils repartent sur un autre navire en direction de Syracuse. Ils continuent leur route par Rhégium et rejoignent finalement Pouzzoles.
De là ils rejoignent Rome accompagnés par des coreligionnaires de Paul. Paul est alors placé en résidence surveillée chez des partisans pagano-chrétiens.
Cela nous révèle plusieurs choses. D’abord, les charges pesant contre Paul sont faibles et fragiles, ce qui explique qu’il soit placé sous le régime de détention le plus souple, un ou deux soldats seulement assurant sa surveillance dans le lieu où il réside, sans doute des amis ou des coreligionnaires pagano-chrétiens.
Il est libre de ses mouvements et peut recevoir à son aise. Ensuite, cette relative détention est limitée à deux ans qui est le délai légal, prévu par le droit romain, pour que les protagonistes puissent venir plaider leur cause à Rome.
Mais les accusateurs ne viendront pas, car le même droit romain prévoit qu’au cas où l’accusation ne pourrait fournir suffisamment de preuves, l’accusateur sera puni de la peine encourue par l’accusé s’il avait été condamné[9].
Cela explique sans doute que les Actes se terminent de façon inattendue et ne mentionnent ni le procès, ni la mort de l’apôtre.

Quatrième voyage missionnaire (62-67 ?) et martyre à Rome (68 ?)

Il est donc probable que Paul fut libéré au terme des deux ans requis et qu’il ait quitté Rome.
L’hypothèse qui semble privilégiée est qu’il soit parti pour l’Espagne[10]. Cette hypothèse est détaillée dans Actes de Pierre et de Simon, où Paul reçoit mission christique de se rendre en Espagne et ce malgré le désespoir de ses soutiens romains qui demandent que son voyage ne dure pas plus d’une année[11].
Plusieurs écrits de Pères de l’Église attestent ce voyage qui, s’il commença en Espagne, se serait poursuivi en Asie Mineure[12]. Il est difficile de préciser ces points à partir des Actes, sauf si certaines parties relatent en fait ce dernier voyage.
Les lettres pastorales pourraient être le récit de ce dernier voyage et de l’arrestation de Paul qui, cette fois, se trouve emprisonné dans des conditions beaucoup plus dures. On ne sait si cette seconde arrestation est due aux juifs de Rome ou aux judéo-chrétiens qui revenant à Rome auraient vu l’influence de Paul leur causer des dommages dans leurs propres communautés.
Les Actes évoquent aussi un grief de subversion à l’encontre de l’armée romaine dont certains soldats l’auraient rejoint. Enfin reste le grief de magie et de philosophie que Néron utilisait régulièrement et qu’il aurait pu appliquer à Paul, suspect de ressusciter les morts.
À l’issue d’une première comparution où l’apôtre est abandonné à son sort par la communauté chrétienne de Rome (2 Tm. 4, 16-17), peut-être affolée par l’implication de l’empereur (la gueule du lion), Paul comparaît une seconde fois, signe que les accusations sont graves. Cette comparution aboutit à la condamnation et à l’exécution de l’apôtre.
Le martyre de Paul est évoqué dans les lettres pastorales et celle aux Philippiens. Clément de Rome, dans sa lettre aux Corinthiens[13] en parle également et le détail, fortement romancé, en est donné dans les Actes de Paul (cf infra). L’exécution eut lieu hors les murs de la ville, au lieu-dit Aquae Salviae, sur la Via Laurentina, dit Tre Fontane en raison d’un miracle prétendu selon lequel la tête décapitée rebondissant trois fois sur le sol, aurait provoqué l’émergence de trois fontaines. Une autre tradition parle d’un lieu plus cohérent, sur la Via Ostiensis où il aurait été inhumé. C’est là que fut érigée, deux cent cinquante ans plus tard la basilique à sa mémoire.

Eusèbe de Césarée situe la mort de Paul à la quatorzième année du règne de Néron (68), car la reconstruction de Rome après l’incendie (64) prit du temps et ce n’est qu’après qu’il accusa les chrétiens face à l’hostilité de la population envers sa passivité[14].


[1] Nouveau Testament – Actes des apôtres, chap. 15, 1-31

[2] Constantin 1er conclue un édit de tolérance religieuse avec Licinius à Milan en 313, après la victoire prophétique du pont Milvius (apparition du chrisme de feu) qui selon Eusèbe de Césarée et Lactance provoque sa conversion.

[3] Édit de Thessalonique (380).

[4] Priscillien d’Avila et ses moines furent les premiers exécutés au nom de cette justice pour fait d’hérésie à Trèves en 385.

[5] Le terme secte (sectaire) doit être compris dans son acception originale, à savoir celle d’une séparation au sein d’un groupe élargi. Ne pas confondre avec l’acception moderne d’extrémiste.

[6] ICo 15, 3-8 — Ac 9, 3-19 — Ac 22, 6-11 — Ac 26, 12-19

[7] Sur le christocentrisme de l’Église et le statut des apôtres, lire l’article de Alain Nisus, Sept thèses sur l’autorité dans l’église, in Cahiers de l’école pastorale n°33 (sept. 1999).

[8] Chantal Reynier, Les Actes des Apôtres, éditions du Cerf, coll. Mon ABC de la Bible (2015).

[9] Chantal Reynier, Vie et mort de Paul à Rome, éditions du Cerf (2016).

[10] Fragment (Canon) de Muratori, in Premiers écrits chrétiens, éditions NRF Gallimard, coll. De la Pléiade, sous la direction de Bernard Pouderon, Jean-Marie Salamito et Vincent Zarini (2016).

[11] Actes de Pierre et de Simon, in Écrits apocryphes chrétiens t. 1, éditions NRF Gallimard, coll. De la Pléiade, sous la direction de François Bovon et Pierre Géoltrain (1997).

[12] Ibid. Vie et mort de Paul à Rome, cf supra.

[13] Clément de Rome. Épitre aux Corinthiens, in Premiers écrits chrétiens, éditions NRF Gallimard, coll. De la Pléiade, sous la direction de Bernard Pouderon, Jean-Marie Salamito et Vincent Zarini (2016).

[14] Tacite, Annales. XV.

Première lettre de Paul aux Corinthiens – 16

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Première lettre de Paul aux Corinthiens – 16

Ce texte est tiré du Nouveau Testament publié dans la collection La Bibliothèque de la Pléiade des éditions NRF Gallimard.
Introduction de Jean Grosjean, textes traduits, présentés et annotés par Jean Grosjean et Michel Léturmy avec la collaboration de Paul Gros.
Afin de respecter le droit d’auteur, l’introduction, les présentations et les annotations ne sont pas reproduites. Je vous invite donc à vous procurer ce livre pour bénéficier pleinement de la grande qualité de cet ouvrage.

Lettre aux Corinthiens

Chapitre 16

1 – Pour ce qui est de la collecte pour les saints, faites comme j’ai prescrit aux églises de Galatie.
2 – Le premier jour de la semaine, que chacun mette de côté ce qu’il aura pu économiser, pour ne pas avoir à faire de collecte à mon arrivée ;
3 – et quand je serai là, ceux que vous approuverez, je les enverrai avec des lettres, porter votre don à Jérusalem,
4 – et s’il convient que j’y aille aussi, c’est avec moi qu’ils iront.

Mon analyse :
Parmi les engagements que Paul avait pris vis-à-vis de l’Église de Jérusalem lors du schisme d’Antioche, confirmé par le concile de Jérusalem, figurait des dons d’argent pour soutenir les communautés de Palestine. Paul tient à respecter ce marché et à le faire très strictement, pour ne pas se trouver en accusation de la part des apôtres de Jérusalem.

5 – Or je viendrai chez vous après avoir traversé la Macédoine ; je ne ferai que traverser la Macédoine,
6 – et il se peut que je séjourne chez vous ou même que j’y passe l’hiver pour que vous me fassiez cortège où que j’aille ;
7 – car je ne veux pas vous voir qu’en passant et j’espère rester chez vous quelque temps si le Seigneur le permet.
8 – Mais je resterai à Éphèse jusqu’à la Pentecôte
9 – car une porte s’y ouvre grande à mon activité, et nombreux sont les adversaires.

Mon analyse :
Éphèse semble être une ville de forte opportunité pour la prédication pagano-chrétienne. Cela explique l’intérêt de Paul et, peut-être les motifs d’Apollos pour y demeurer plus longtemps. Ce sentiment semble conforté par les travaux de Walter Bauer[1].

10 – Si Timothée vient chez vous, veillez à ce qu’il y soit sans crainte car il travaille comme moi à l’œuvre du Seigneur.
11 – Que personne donc ne le méprise. Faites-lui cortège en paix, qu’il vienne à moi, car je l’attends avec les frères.
12 – Quant à notre frère Apollos, je l’ai beaucoup exhorté à venir chez vous avec les frères, mais il ne veut pas du tout venir maintenant. Il viendra quand il en aura l’occasion.
13 – Soyez vigilants, soyez debout dans la foi, soyez des hommes, soyez forts ;
14 – que tout, chez vous, se fasse dans la charité.

Mon analyse :
Timothée semble souffrir d’un manque d’autorité en raison de son jeune âge. Les contacts de Paul et Apollos à Éphèse semblent confirmés, mais Apollos paraît avoir acquis une certaine autonomie vis-à-vis de Paul. C’est peut-être pour cela que Paul présente son refus non pas comme émis à son encontre, mais plus comme un manque d’intérêt pour Corinthe. Apollos finira par retourner à Corinthe où sa prédication rencontrera un grand succès. Il est possible d’ailleurs que l’histoire mêlera sa personne à la ville et que le gnostique docète Cérinthe soit en réalité Apollos affublé du nom Corinthe légèrement modifié par l’usage verbal.

15 – Encore une exhortation, frères : vous savez que la maison de Stéphanas est les prémices de l’Achaïe et qu’elle s’est vouée au service des saints ;
16 – soyez soumis à de telles personnes et à tous ceux qui partagent leurs travaux et leur fatigue.
17 – Je me réjouis de la venue de Stéphanas, de Fortunat et d’Achaïque parce qu’ils suppléent à votre absence,
18 – car ils ont tranquillisé mon esprit et le vôtre. Sachez donc apprécier de tels hommes.

Mon analyse :
Ces trois personnes sont vraisemblablement celles qui ont porté la lettre de Corinthe à Paul et qu’elles soient de retour avec lui.

19 – Les églises d’Asie vous saluent. Aquilas et Prisca vous saluent bien dans le Seigneur avec l’église qui est chez eux.
20 – Tous les frères vous saluent. Saluez-vous les uns les autres par un saint baiser.
21 – La salutation est de ma main à moi, Paul.
22 – Que celui qui n’aime pas le Seigneur soit maudit. Marana tha.
23 – La grâce du seigneur Jésus soit avec vous.
24 – Je vous aime tous dans le christ Jésus.

Mon analyse :
Paul précise qu’il signe de sa main cette salutation ce qui indique que la lettre est dictée à un secrétaire. Marana tha est, en araméen, un appel à la parousie de Christ.

[1] Orthodoxie et hérésie aux débuts du christianisme (voir dans la Bibiothèque)

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