consolation

Le cheminement cathare

8-4-ecf- cultes publics
32 vue(s)

Le cheminement cathare

Nous avons vu le mois dernier que l’éveil est ce qui détermine l’état de croyant cathare. Je voudrais vous parler aujourd’hui de la façon dont se fait le cheminement qui peut mener de sympathisant à l’état de croyant et ensuite à atteindre l’état de consolé.Read more

Rituels et sacrement

1-1-Sujets principaux
1 525 vue(s)

Rituels et sacrement

Le catharisme est un christianisme qui a réduit les activités rituelles au strict minimum en se basant sur ce que les Écritures nous disent de la pratique de christ.

À l’exception notable du Baiser de paix (caretas), tous les rituels nécessitent la présence d’un chrétien consolé. Ils sont normalement réalisés par le consolé le plus ancien présent au moment donné : ancien, diacre, Fils et bien entendu évêque.

Certains relèvent de la vie évangélique de la communauté vivant dans la maison cathare et les autres sont destinés à marquer l’appartenance à la communauté ecclésiale qui réunit les croyants vivants dans le monde et les communautés évangéliques.

Les rituels concernant les croyants

Certains rituels incluent les croyants, seuls ou associés à des consolés. D’autres sont réservés aux consolés, accompagnés ou non des novices. Parmi ces derniers certains acceptent des croyants, voire des sympathisants comme témoins muets.

Le Baiser de paix[1]

C’est le seul rituel qui ne nécessite pas la présence et la participation d’un consolé. Les croyants peuvent donc le pratiquer ensemble à l’occasion d’un temps de concentration spirituelle. Par exemple, si des croyants prient ensemble avec le Père saint, ils peuvent conclure ce temps par un Baiser de paix.

Ce rituel permet aux membres de la communauté de manifester ostensiblement, les uns envers les autres, leur appartenance et leur cohésion.

La pratique en est simple et rappelle ce qui se passe dans les communautés judéo-chrétiennes.

D’abord, le rituel ne peut s’effectuer qu’entre membres de même sexe. Il se compose de trois accolades alternées sur chaque épaule et se termine par un baiser, à bouche fermée, effectué en inclinant la tête de façon à ce que les lèvres de rejoignent de façon perpendiculaire. Il se conclue par un baiser donné au Nouveau Testament que chaque groupe fait circuler.

En présence d’un consolé, les membres de même sexe que lui (ou elle) le pratiquant prononce à chaque accolade : « Bénissez-moi. » et après le baiser, il dit : « Priez Dieu pour nous. », ce à quoi le consolé répond : « Que Dieu en soit prié. ».

L’Amélioration[2]

C’est sans doute le rituel le plus important au sein de la communauté ecclésiale. Il manifeste l’appartenance à la communauté et l’obéissance du croyant ou des consolés envers le Saint-Esprit paraclet représenté par l’ancien de la communauté évangélique.

C’est un rituel intime qu’on ne pratique pas en public, mais uniquement si l’assistance est composée de consolés et de croyants.

Il se décompose en deux temps :

La révérence

Le croyant ou le consolé qui pratique se met face au consolé qui officie. Il joint ses mains à plat, pouces collés si possible contre sa poitrine. Il incline la tête et le buste pour manifester. Aucun mot n’est prononcé de part et d’autre.

La prosternation

Sans pause, le pratiquant se met à genoux et adresse sa demande à l’officiant : « Bon-chrétien (ou Bonne Dame), la bénédiction de Dieu et la vôtre. »

L’officiant étend sa main au-dessus de la tête du pratiquant et répond : « La bénédiction de Dieu et la nôtre. »

Le pratiquant met alors ses mains à plat sur le sol et se prosterne en les touchant du front. Puis il revient à la position antérieure et renouvelle sa demande. L’officiant lui répond de même. La troisième fois, le pratiquant dit : « Priez pour nous pécheurs, afin qu’il fasse de nous de bons chrétiens et nous conduise à bonne fin. », ce à quoi le consolé répond : « Que Dieu vous bénisse et veuille faire de vous de bons chrétiens pour vous conduire à bonne fin. ».

Le pratiquant se relève et le rituel se termine par le Baiser de paix.

La Tradition du pain de la sainte Oraison

Lorsque des consolés et des croyants se trouvent ensemble à table, le plus ancien des consolés (ancien, diacre, Fils, évêque) va reproduire la gestuelle, attribuée à Jésus, de partage du pain de la Cène sans que cela ait la prétention de signifier quoi que ce soit de comparable avec l’eucharistie judéo-chrétienne. Il s’agit juste de commémorer des agapes.

Au début du repas, le consolé place sur son épaule (inverse de sa main dominante) une serviette blanche et y pose du pain en le maintenant, à travers la serviette, avec l’autre main.

Puis, il prononce quelques mots, pendant une durée estimée à celle nécessaire pour dire deux Notre Père. Que dit-il ? Personne ne l’a rapporté de façon claire, mais on peut considérer qu’il y avait sans doute un Pater, et que les quelques mots dit à voix basse, servaient au consolé à confirmer que cette réunion se faisait pour manifester la présence de l’ecclésia.

Ensuite, il découpe le pain en autant de parts que de convives. Il les distribue en respectant l’ordre d’ancienneté dans la croyance. Enfin, chacun mange son pain sans rien n’en laisser perdre.

Aujourd’hui cela peut s’envisager avec des tranches de pain déjà découpées pour simplifier les choses.

Les deux prières des croyants

Si je vous parle de cela c’est que les consolés ont des rituels de prières qui leur sont réservés. Les croyants n’en ont pas, mais ils disposent de prières qui leur sont autorisées, contrairement au Pater.

Le Père saint

« Père saint, Dieu légitime des bons esprits.
Toi qui n’as jamais trompé, ni menti, ni erré, ni hésité ;
Par peur à venir trouver la mort dans le monde du Dieu étranger,
Puisque nous ne sommes pas du monde et que le monde n’est pas de nous,
Donne-nous connaître ce que tu connais et d’aimer ce que tu aimes. Amen.
 »

Ce texte est suivi d’un anathème, tiré de l’Évangile selon Matthieu, écrit en réaction à l’éviction des juifs chrétiens des synagogues par les juifs (pharisiens et sadducéens) qui leur faisaient porter la responsabilité de la chute du Temple de Jérusalem en 70.

Bénédicité

Pour les instants à risque, un texte plus court est proposé à la demande des croyants :

« Bénédicité, seigneur Dieu, père des bons esprits, aide-nous dans tout ce que nous voudrons faire. »

Les rituels concernant les consolés

En plus des rituels ci-dessus, les consolés ont des rituels qui leur sont spécifiques et dont certains se pratiquent à l’abri des maisons cathares, c’est-à-dire sans que les croyants y assistent.

Le rituel des Heures

Ce rituel s’inscrit dans la vie quotidienne des consolés et, dans une moindre mesure, des novices.

Il s’agit de pratiquer un rituel simple ou double à certaines heures de la journée et de la nuit. Le rituel double enchaîne deux rituels simples.

Ils sont répartis comme suit :

  • Matines : rituel double exécuté dans l’heure qui précède le lever du jour ;
  • Laudes : rituel double exécuté dans la première heure du jour ;
  • Prime : rituel simple exécuté à la suite du précédent ;
  • Tierce : rituel simple de la troisième heure du jour ;
  • Sexte : rituel simple de la sixième heure du jour ;
  • Vêpres : rituel double exécuté à la douzième heure du jour ;
  • Complies : rituel double exécuté avant le coucher.

Le rituel se compose d’une série d’éléments récités et d’éléments gestuels. Dans l’ordre :

  • Benedicite : « Bénissez-nous, épargnez-nous. Quel Père, le Christ et le Saint-Esprit nous remettent et nous épargnent tous nos manquements.»
  • Adoremus : pratique appelée veniae (pl. venias) visant à se prosterner à trois reprises, mains à plat sur le sol et tête appuyée sur les mains, précédée du récitatif suivant : « Prions devant le Père, le Christ et le Saint-Esprit ; cela est digne et juste. » ;
  • Pater : 13 sont dits en commun et un est dit par l’ancien qui dirige le rituel ;
  • Adoremus : 3 venias identiques aux précédentes ;
  • Pater : 1 dit en commun et 3 dits par l’ancien ;
  • Adoremus : 1 veniae identique aux précédentes ;
  • Gracia : « Que la grâce du Christ, notre sauveur, soit toujours avec nous.»
  • Benedicite : identique au premier.

Le rituel est obligatoirement suivi d’une période de réflexion et d’étude de même durée.

Les novices, qui ne peuvent dire le Pater peuvent participer aux rituels simples et prononcer les phrases relatives aux autres parties du rituel. S’ils n’ont pas encore été admis à la pratique de la sainte oraison dominicale, ils ne peuvent assister aux rituels doubles, mais peuvent profiter de la période d’étude qui les suit.

Le Pater des cathares d’aujourd’hui

Après avoir étudié plusieurs versions du Pater anciens et modernes et en avoir fait l’exégèse, j’en suis arrivé à proposer une version moderne qui permette de mettre en avant les éléments importants de la doctrine cathare tout en conservant la forme initiale :

Père tout-puissant, principe des esprits-saints,
Ta volonté agit sur tout le Bien.
Ton Saint-Esprit nous guide comme il te plaît,
Pour que ta grâce puisse nous être accordée.
Donne-nous chaque jour, la nourriture
Que ta Parole et ton Amour procurent.
Remets-nous nos fautes et nos manquements,
Comme pour nos frères nous en faisons autant.
Et soutiens-nous dans les difficultés,
Afin de nous délivrer du Mauvais.
Amen.

Le rituel des Jours

Les consolés et les novices pratiquent des jeûnes rituels qui sont organisés de la façon suivante :

  • Jeûne strict comportant 100 g de pain et des boissons claires, froides ou chaudes à volonté. Il se pratique les lundis, mercredi et vendredi tout au long de l’année. Il se pratique également les mardi et jeudi de la première et de la dernière semaine de carême, ainsi que le samedi et le dimanche de la première semaine de carême.
  • Jeûne simple qui demande une restriction alimentaire portant sur les corps gras et sur les produits alimentaires de type récréatifs (gâteaux, confiserie, desserts sucrés, etc.). Il se pratique les mardi, jeudi et samedi de la deuxième à la cinquième semaine de carême inclus et le samedi et le dimanche de la sixième.

Des Jours peuvent être pratiqués en sus de ceux indiqués en contrition d’un manquement que la communauté aura avoué lors du rituel du Service.

Le Service[3]

Les consolés considèrent que le vrai péché est celui que l’on commet en se départissant du chemin qui mène au Bien.
Donc, seuls ceux qui ont connaissance du Bien, les consolés, peuvent vraiment pécher.
Cela imposait logiquement de manifester ouvertement sa contrition pour tous les péchés commis : volontaires, conscients, involontaires et inconscients.
Pour cela, une cérémonie rituelle était organisée chaque mois, en présence des croyants, aux cours de laquelle le diacre dont dépendait la maison cathare concernée, venait recevoir ce Service de la part des anciens des maisons cathares concernées.

Le texte de ce Service met en avant la conscience des consolés de n’avoir pas pu observer leur règle de façon stricte et efficace, en raison des fautes que leur nature mondaine provoque. À l’issue de cette contrition commune et publique, l’ancien annonce la mesure d’ascèse que sa communauté évangélique a décidé d’observer de façon à approfondir la bonne pratique de sa maison cathare. Le diacre écoute, mais ne se prononce pas, car le consolé a toute latitude pour évaluer son respect de la règle et définir ce qu’il doit faire pour rattraper le droit fil de son cheminement. Cette cérémonie était éventuellement l’occasion d’une confession privée d’un consolé au diacre, quand son ancien considérait que cela dépassait le cadre du Service commun. Là encore, le diacre, après avoir écouté la confession, demandait au consolé de définir la ou les mesures que ce dernier pense nécessaires à s’appliquer. Il pouvait, si besoin, modérer ou aggraver ces mesures, s’il pensait que le consolé n’avait pas su tirer les bonnes conclusions de son manquement ou de sa faute.

La cérémonie est codifiée et nous en avons une présentation détaillée dans le rituel cathare du Nouveau Testament occitan de Lyon.

Concernant les novices

Les novices en formation en vue de devenir des consolés avaient deux étapes fondamentales à passer.

On note que ces cérémonies comportent un temps d’admonestation de l’officiant envers le bénéficiaire qui vise à lui faire prendre pleinement conscient de l’importance de l’étape qu’il s’apprête à franchir.

Rituel de la sainte Oraison dominicale

Quand le novice avait atteint un niveau d’avancement dans sa formation qu’il considérait comme suffisant, sous réserve que les consolés l’ayant suivi soient d’accord avec lui, il pouvait demander à bénéficier de l’autorisation de participer pleinement aux rituels des Heures.
Cela revenait à l’autoriser à dire le Pater et à participer, comme les consolés, à l’ensemble des Heures, simples et doubles.

En général, ce rituel intervenait à la fin de la première année complète de noviciat, incluant trois carêmes. Dans la plupart des cas, les sources nous disent que ce rituel était associé au sacrement de la Consolation.
En effet, les novices qui n’étaient pas destinés à des missions de prédication, avaient reçu au cours de cette année de noviciat, les bases suffisantes pour mener une vie de consolé en maison cathare.
Par contre, les novices destinés à une mission de prédication pouvaient, soit ne pas être consolés immédiatement, soit l’être, mais ils continuaient leur formation en compagnonnage avec différents prédicateurs qui leur montraient ainsi les différentes pratiques apostoliques et complétaient leur connaissance des textes et des pratiques rhétoriques nécessaires à la bonne diffusion des prêches cathares. Une fois cette formation supplémentaire terminée, qui pouvait durer plusieurs années, ils étaient consolés et devenaient donc des prédicateurs associés à un plus ancien. S’ils avaient été consolés comme les autres, à la suite du rituel de la sainte Oraison dominicale, ils étaient re-consolés une nouvelle fois.

La cérémonie est codifiée et nous en avons une présentation détaillée dans le rituel cathare du Nouveau Testament occitan de Lyon.

Sacrement de la Consolation

C’est le seul et unique sacrement du christianisme cathare, car c’est le seul sacrement dont les textes nous disent qu’il aurait été pratiqué par le christ.

Il s’agit d’un baptême d’esprit, réalisé par imposition des mains. Il est réservé à des personnes ayant été formées dans le cadre d’un noviciat cathare et estimées prêtes à le recevoir. Il faut noter que ce sacrement n’est pas imposé par les formateurs du novice, mais que c’est ce dernier qui ressent en son for intérieur qu’il est temps pour lui de franchir cette étape dans son cheminement. Ce ressenti est en fait la vraie Consolation spirituelle par laquelle le Saint-Esprit consolateur baptise le novice. La cérémonie qui suit n’est qu’une reconnaissance ecclésiale de l’état de baptisé de l’ancien novice. Bien entendu, il peut y avoir confusion de la part du novice ; c’est pour cela que l’avis des consolés de la communauté où vit le novice est nécessaire à la mise en place de la cérémonie.

La cérémonie est codifiée et nous en avons une présentation détaillée dans le rituel cathare du Nouveau Testament occitan de Lyon.

La Consolation[4] n’est pas un rituel figé, comme l’est par exemple le baptême chez les catholiques. Elle était donc renouvelée à l’occasion d’étapes importantes de la vie d’un consolé, comme lors de l’attribution de charges importantes (diaconat, désignation comme Fils ou évêque). Elle pouvait aussi être renouvelée quand le consolé avait perdu son état, à l’occasion d’un départ volontaire de la communauté ou lors d’une faute ayant entraîné la perte de l’état de chrétien.
Au cours de la cérémonie, le novice se voit remis ses péchés antérieurs et choisi un prénom qui le désignera désormais au sein de la communauté, associé au nom de la commune où il s’est éveillé au catharisme.

La Consolation au mourant

Il était admis que les croyants, n’ayant pas eu la possibilité de se former lors d’un noviciat, s’ils se retrouvaient au seuil de la mort, pouvaient recevoir une Consolation in extremis. Cela rappelait que les cathares ne s’arrogeaient pas le droit de décider qui serait sauvé ou pas. Ils laissaient cela à l’appréciation du Saint-Esprit paraclet et de Dieu.
Cette Consolation n’était donc pas une garantie de salut, mais elle mettait le croyant dans les meilleures dispositions nécessaire à sa survenue. Si le croyant ne mourait pas, il devait, soit renoncer à son vœu d’être consolé, soit entrer en maison cathare pour suivre un noviciat suivi d’une nouvelle et complète Consolation. La cérémonie est codifiée et nous en avons une présentation détaillée dans le rituel cathare du Nouveau Testament occitan de Lyon.

La Convention

Les contraintes imposées par la croisade et l’Inquisition, qui rendaient plus difficile le recours à un consolé pour administrer la Consolation à un mourant, conduisit l’Église cathare à mettre en place un système de dédoublement de ce sacrement, une partie étant réalisée à distance de l’échéance et l’autre l’étant à son chevet, même s’il n’était pas conscient.
Il faut comprendre que la Consolation n’est possible que si le bénéficiaire est capable de répondre en pleine conscience aux demandes et interrogations de l’officiant.
Donc, quand la venue rapide d’un officiant s’est avérée plus aléatoire, l’idée de diviser la cérémonie en deux temps, un premier où le croyant indique clairement sa volonté pleine et entière d’être reçu, le moment venu dans la communauté évangélique comme baptisé, le second où l’officiant valide et finalise la Consolation sur un croyant incapable de lui répondre consciemment. Cependant, cela ne peut être considéré à l’instar des derniers sacrements catholiques, puisque le croyant, quoique inconscient, doit être vivant.

De nos jours, ce système peut être remis en place tant que l’Église sera faible en membres et dispersée sur le territoire.

Exprimez-vous dans le forum dédié à ce sujet.


[1] Appelé caretas dans les documents qui en parlent.

[2] Appelé melhoramentum, melhorament ou meliorer

[3] Il est appelé Apparelhment dans les textes.

[4] Elle est appelée Consolament dans les textes.

L’entendement du Bien

3-1-Doctrine cathare
598 vue(s)

L’entendement du Bien

« Avoir l’entendement du Bien » est une formule consacrée, tant par les croyants à destination des consolés cathares que par ceux-ci pour définir ce qui les sépare des croyants. Mais, pourquoi user d’une formule quelque peu alambiquée au lieu de choisir quelque chose de plus simple comme : « Connaître le Bien » ?

Je vais essayer de vous présenter ma compréhension de cette particularité selon mon niveau d’avancement dans cet entendement du Bien justement.

Pour mieux comprendre ce sujet, je vous conseille la lecture de l’article : Le principe du Bien et la création divine, disponible sur le site (pour les abonnés) et dans mon livre : Catharisme d’aujourd’hui.

Approche intellectuelle

Tout d’abord, afin de nous mettre sur un même plan de raisonnement, voyons ce que nous disent les dictionnaires sur le substantif, entendement :
Larousse : façon de comprendre, distincte de la sensibilité.
Robert : ensemble des capacités intellectuelles.
Donc, l’entendement est une forme de compréhension — faisant appel à l’intellect — qui dépasse le niveau sensible de notre approche globale habituelle. C’est, au-delà de la connaissance d’un sujet ; l’approche intelligible du sujet. En d’autres termes, c’est l’éveil de notre part spirituelle à un sujet qui la dépasse totalement dans sa dimension mondaine.

Il faut dire que l’intellect humain est très limité dans sa capacité à comprendre ce qui le dépasse. Notre imagination est si médiocre que nous tentons de tout ramener à notre niveau plutôt que de chercher à nous élever. Seules quelques rares personnes parviennent à s’élever un peu au-dessus de ce niveau basique. C’est le cas des auteurs de science-fiction, mais même eux, comme on le constate souvent, attribue à leurs visions futuristes des critères de leur époque. Le sous-marin du capitaine Némo est meublé comme la société de l’époque de Jules Verne ; la quasi-totalité des extraterrestres — et même leurs robots —, ont des formes humanoïdes, etc.

Alors, imaginer un domaine totalement spirituel hébergeant un Esprit unique émanant d’un principe absolu relève de la chimère.

C’est pourquoi, essayer d’avoir la connaissance du Bien dépasse largement nos capacités. Et l’erreur commune est d’essayer de le faire en lui appliquant les critères mondains, y compris ceux d’une naissance classique en ce monde. Comment ne pas comprendre que, plus nous essayons de créer une connaissance de Dieu, plus nous nous éloignons de sa réalité. Seule la philosophie peut s’y essayer. Le Larousse de la philosophie nous dit que l’entendement est aux idées ce que la sensibilité est au corps. C’est donc une perception des idées qui n’est pas forcément juste, mais qui dépend de l’individu. L’entendement du Bien serait l’idée que l’on se fait de Dieu et de son message à notre intention. Pour un cathare, c’est donc une compréhension de Dieu, totalement détachée du monde, étrangère et inconnue des hommes.

Approche doctrinale

Comme je l’explique dans mon livre, pour les cathares, le principe du Bien est au début de toutes choses, éternel, incorruptible et incapable d’états contraires et d’effets contradictoires. Il est parfait dans le Bien, bon, patient, miséricordieux et indissociablement attaché à ce qui émane de lui. Ce qui émane de lui est également parfait dans le Bien, ce qui justifie l’expression selon laquelle l’émanation divine est consubstantielle au principe lui-même. Mais, si la part de l’Esprit unique qui est restée ferme obéit strictement à cette description, les esprits saints tombés dans la matière sont dominés par leurs prisons de chair et par l’âme mondaine qui veille à les empêcher de retourner à leur origine.

Ce n’est qu’au prix d’un effort notable pour se dégager, autant que faire se peut, de cette gangue qui nous tient prisonniers, que nous pouvons espérer entrevoir ce qu’est le Bien. C’est la raison pour laquelle, les croyants qui comprennent le mieux ces concepts, font le choix, quand leurs obligations mondaines le leur permettent, d’entrer en noviciat et d’accéder à la Consolation. En effet, c’est un effort quotidien, permanent et durable qui est nécessaire pour écarter la prégnance mondaine qui nous cache notre part spirituelle. Beaucoup pensent être capables d’y accéder sans effort particulier. Ils se leurrent. L’adolescent se croit déjà adulte confirmé, mais ce n’est qu’une fois bien avancé sur le cheminement de la vie et devenu adulte mûr qu’il s’aperçoit de l’erreur qui était la sienne. De même, le croyant ou le sympathisant peut se croire déjà bien avancé, mais c’est quand il aura effectué un cheminement important et sérieusement approfondi les connaissances nécessaires à son développement spirituel qu’il comprendra son erreur.

L’entendement du Bien est affaire de patience et d’humilité. Et plus on s’en approche plus on saisit l’indignité qui est la nôtre. On comprend alors la parole des Bons Chrétiens quand ils disaient à leurs croyants qu’eux seuls pouvaient commettre un péché puisqu’ils avaient l’entendement du Bien.

Compréhension moderne

L’entendement du Bien est une étape dans l’avancement dans la foi cathare. Il serait possible de le situer vers la fin du noviciat quand le novice a enfin acquis la plupart des connaissances nécessaire à son édification et qu’il les a intégrées à sa progression spirituelle. Rares sont les religions qui mènent de front ces deux niveaux de formation et d’avancement. Pourtant c’est essentiel si l’on veut que le croyant soit capable d’avancer sainement et qu’il puisse déjouer les pièges que le malin ouvre sans cesse sous ses pas.

Le catharisme n’a pas organisé son fonctionnement ecclésial au hasard.

Le croyant qui vit entièrement dans le monde est considéré comme en formation intellectuelle pour qu’il puisse acquérir les connaissances nécessaires qui lui permettront de déjouer les pièges les plus grossiers. En effet, ce monde et notre société sont entièrement régis par une culture qui s’est éloignée du message initial afin de pouvoir assumer sa volonté de domination.

Quand il est prêt à devenir novice, il passe une étape où, tout en continuant à développer sa connaissance et son esprit d’analyse, il va également apprendre à interroger sa spiritualité pour se débarrasser des scories de la culture qui l’imprègnent encore. Au fur et à mesure de son avancement, il améliorera ce travail de façon à remplacer cette culture par celle que le Bien nous demande de suivre ; c’est cela l’entendement du Bien. Parallèlement, il approfondira son développement spirituel et passera l’étape lui permettant d’accéder à la tradition de l’Oraison dominicale, puis à la Consolation.

Tout cela sera fait dans la lumière, car le chrétien refuse le secret et les démarches cachées. On ne met pas le flambeau sous le boisseau et on garde sa lampe allumée jusqu’au bout et ce, quelles qu’en soient les conséquences. Les adeptes du secret font le lit d’un monde où ceux qui ont une connaissance cachée aux autres se pensent supérieurs à eux et envisagent de les dominer.

Comme pour toute démarche spirituelle, la manifestation mondaine, au travers de rituels et de sacrements, n’est qu’une affirmation aux autres de ce qui s’est passé en nous. Mais on ne peut pas se lever un beau matin en s’affirmant consolé si l’on n’a pas auparavant effectué de façon claire et visible tout le cheminement que je viens de décrire. C’est pour cela qu’en l’absence d’une communauté évangélique qui puisse évaluer mon avancement, j’ai choisi de publier régulièrement les étapes de mon propre cheminement.

Aujourd’hui, à moins de trois mois du cinquième anniversaire du début de mon noviciat, j’ai passé ces étapes prudemment, patiemment, en développant mon humilité et c’est sous le regard de tous ceux qui ont bien voulu m’apporter leurs critiques que j’ai pu mesurer mon avancement. C’est grâce à cela que j’ai pu accéder à l’entendement du Bien qui m’a permis de ressentir ce niveau d’avancement où l’on ressent clairement la bienveillante présence du Saint Esprit consolateur. Aussi l’affirmation de cet état qui se fera dans quelques mois ne sera que la face visible aux yeux du monde de cet état.

Guilhem de Carcassonne, le 8 janvier 2021.

Sacrement de la Consolation

8-3-ecf- Rituels
3 600 vue(s)

Sacrement de la Consolation

Présentation

Ce sacrement nous est clairement et précisément transmis par la meilleure source possible. En effet, un Nouveau Testament a échappé aux flammes et à la destruction du temps et se trouve aujourd’hui aux archives de la Bibliothèque municipale de Lyon.
Ce document est très particulier. Non seulement il contient l’ensemble des textes que l’on trouve dans tous les Nouveaux Testaments, mais on y trouve également une lettre de Paul inédite, celle adressée aux Laodicéens.

Read more

Les bornages du catharisme

1-1-Sujets principaux
1 589 vue(s)

Les bornages du catharisme

Les bornages dans le monde

À tout moment dans la vie mondaine nous sommes soumis à des bornages. Ils sont pour la plupart du temps mis en place a posteriori et ont généralement un caractère de jugement et de comparaison.

Le but des bornages dans ce monde est de différencier les individus en valorisant les uns et en dévalorisant les autres. Même si nous ne savons plus les reconnaître, nous n’y échappons pas. Pour certains d’entre nous ils sont bénins et pour d’autres ils sont insurmontables. Cela commence dès la petite enfance :

  • À l’école, le passage de classe en classe dépend d’une évaluation de l’année précédente, voire d’un examen qui sanctionne un niveau d’étude ;
  • Pour conduite un véhicule à moteur, cyclomoteur ou voiture, une évaluation sanctionne un niveau de connaissance et de pratique ;
  • Bien entendu, pour accéder à de nombreux métiers, une formation est requise et est sanctionnée par des examens
  • Dans l’exercice professionnel il n’est pas rare de devoir, là aussi, subir des évaluations de la part de son encadrement, voire des examens et des formations validant.

Notre vie est bornée à posteriori, c’est-à-dire qu’un jugement est porté sur nous après une étape, pour décider de la possibilité de passer à une autre.

Certains bornages sont formels, mais nous en subissons d’autres qui sont plus discrets, voire pernicieux :

  • L’inclusion dans un groupe social (ami, relations, etc.) dépend souvent de critères précis ou intuitifs qui définissent la confiance qui nous sera accordée.
  • La relation de couple dépend aussi d’une période d’évaluation que notre partenaire potentiel mettra à profit pour savoir s’il est possible d’envisager une vie à deux ;
  • Nous sommes également portés à évaluer les autres avant de leur permettre d’accéder à des zones intimes.

Même si ces bornages sont réalisés a posteriori, rien ne garantit qu’ils soient infaillibles et il n’est pas rare qu’ils puissent être remis en cause, le plus souvent par les autres.

Il n’y a guère que dans le domaine intime que les bornages peuvent se faire éventuellement a priori en se basant généralement sur l’appartenance à un groupe social, familial, ethnique ou autre.

Ces bornages servent à valider des compétences et à organiser la société en plaçant chacun de ses membres à la place estimée la plus profitable au groupe. Le problème est qu’ils sont souvent basés sur des niveaux de compétences généraux et qu’ils ne peuvent donc pas vraiment prendre en compte les particularismes de chacun.

Ils créent aussi des jugements de valeur, donnant à chaque catégorie des qualités ou des défauts plus ou moins justement évalués. Ainsi on constate régulièrement qu’un des paramètres qualitatifs de classement est celui de l’argent. Que ce soit l’argent généré en positif, comme le salaire ou des revenus autres, mais que ce soit aussi de l’argent dépensé pour la catégorie, comme les coût des allocations diverses.

Si le prologue de la Constitution indique que : « Les hommes naissent libres et égaux en droit. », il semble bien que la société se chargent très tôt de détruire cette égalité au profit d’un classement qualitatif qui va créer des catégories difficiles à dépasser, malgré l’inscription de l’égalité dans notre devise nationale.

Ces bornages ne remplissent pas leur fonction d’utilité sociale, car nous voyons qu’ils ne conduisent pas à valoriser ce qui est le plus important pour le groupe : la situation des personnels de santé, entre autres, le montre malheureusement bien.

Ces bornages sont donc bien en phase avec ce monde imparfait et souvent malin, qui nuit plus qu’il ne sert l’humanité qui en subit les conséquences.

Comment le catharisme fonctionne-t-il de ce point de vue ?

La particularité du catharisme est qu’il n’a pas besoin de classer la population puisqu’il considère que chaque être humain est une parcelle de l’Esprit unique, émanation divine artificiellement divisée.

Par contre, ceux qui s’intéressent au catharisme et veulent progresser en son sein ressentent le besoin de se situer. Mais la doctrine cathare ne permet pas de juger, donc de séparer les hommes sur quelque critère que ce soit. La manifestation des choix doit donc obéir à une autre forme.

La désignation a posteriori est forcément basée sur le jugement puisqu’elle se sert de l’expérience accumulée pour évaluer la compétence et le niveau atteint. Elle est donc impossible dans le catharisme.

La désignation a priori rencontre le même problème. Dire d’une personne qu’elle est apte à ceci ou cela est un jugement et le fait qu’il ne s’appuie pas sur des éléments objectifs ne lui ôte pas cet aspect de jugement.

C’est pour cela que le catharisme a choisi de retirer à son système de bornage ce qui lui posait problème : l’estimation extérieure.

Mais il n’en reste pas moins qu’il y a des étapes dans l’avancement en catharisme et que ces étapes constituent un système de bornage de l’évolution au sein de cette spiritualité. Nous pouvons en définir trois de façon précise :

Tout d’abord, quand une personne découvre le catharisme, grâce à des apports de connaissance personnels (lecture, contact avec des croyants, etc.) elle peut, soit n’y voir qu’un sujet comme un autre et le laisser de côté une fois que sa curiosité aura été satisfaite. On peut dire sans exagérer que cela représente l’immense majorité des cas. Cependant, il arrive que cette personne ressente le désir d’aller plus loin dans sa connaissance, notamment dans le domaine spirituel, soit parce qu’elle n’est pas satisfaite de ce qu’elle a déjà appris, soit parce que cela éveille en elle des sentiments liés à d’autres connaissances qu’elle possède déjà. Le fait de vouloir approfondir ses connaissances, surtout s’il s’accompagne d’une empathie envers le catharisme, voire d’une sympathie plus profonde, marque le franchissement d’une borne entre le statut de curieux et celui de sympathisant.

Le sympathisant va poursuivre ses études et améliorer ses connaissances, ce qui lui permettra de faire un tri dans les données circulant sur le catharisme et qui sont, dans une grande majorité, erronées, voire pires. De ces études il retirera, soit une connaissance améliorée sans qu’elle n’éveille rien de particulier en lui, soit le sentiment que cette voie spirituelle semble être celle qui peut assurer le salut.

Si le sympathisant adhère à la doctrine cathare au point de considérer que c’est la meilleure voie possible pour atteindre le salut, il va continuer à l’étudier et, parallèlement il suivra l’enseignement des chrétiens cathares qui l’aideront à mieux appréhender le christianisme. Si cela l’imprègne réellement, il finira par atteindre l’éveil qui se manifestera pour lui par l’impérieux besoin d’aller au bout de ce cheminement pour faire sa bonne fin. Cela s’appelle l’éveil et fait de ce sympathisant un croyant cathare. Une fois qu’il l’aura compris, le croyant recherchera les chrétiens cathares consolés et leur manifestera son état en leur demandant leur aide pour son cheminement par le biais de l’Amélioration. Il marquera ainsi le bornage de son nouvel état.

On le voit dans ces deux cas, le bornage peut n’être visible que de l’intéressé ou bien se manifester ouvertement envers l’Église cathare. Il n’intervient que pour confirmer un état déjà acquis et n’est évalué que par l’intéressé. Pas de jugement, pas de sanction, pas de marque extérieure publique ; même l’Amélioration ne peut se faire qu’en comité restreint. De même, l’engagement pris est sans cesse remis en question et l’intéressé peut abandonner son cheminement s’il considère s’être trompé. Là encore, il est seul juge de son état réel.

Le croyant manifeste son état dans sa pratique intime et dans sa volonté de participer à la mise en place des conditions qui lui permettront d’assurer son salut, à savoir disposer en temps voulus d’une maison cathare où faire son noviciat et recevoir sa Consolation. En attendant d’en arriver là, surtout si des contraintes mondaines l’empêchent de se libérer, il va approfondir son cheminement par l’étude, par les pratiques spirituelles et par une adaptation de sa vie mondaine, afin de la rendre la plus compatible possible avec la règle de justice et de vérité. La préparation spirituelle peut se faire aider par un accompagnement dans l’étude des textes et dans les pratiques spirituelles. Aujourd’hui, plutôt que des participations à des prêches réguliers, qui n’est pas forcément facile étant donné l’éloignement entre les membres de l’Église, il peut entamer une préparation au noviciat.

Au cours de cette période de préparation, non seulement le croyant va améliorer ses capacités spirituelles et pratiques, mais il va également travailler aux conditions de règlement des contraintes qui le retiennent encore dans ce monde. Cela passe par des échanges avec les personnes qui lui sont attachées pour expliquer ses choix et son désir d’avancement. Cela permettra de voir si les autres sont encore dans une dépendance envers lui qui l’empêche de partir ou si ces personnes sont plus dans une démarche visant à le bloquer dans ses choix. Dans cette dernière hypothèse il est clair que ses engagements ne seront plus de même nature. De même, s’il a des enfants, il convient de voir selon leurs capacités à appréhender la situation, si des aménagements sont possibles (déménagement à proximité d’une maison cathare, séparation de corps avec le conjoint avec maintien d’un lien quotidien avec les enfants, etc.). En effet, la plasticité du catharisme permet bien des aménagements propres à favoriser l’entrée en noviciat sans nuire à l’entourage. Le choix d’entrée en noviciat va constituer un nouveau bornage dont le croyant seul peut définir le moment opportun.

Une fois entré en noviciat, le croyant va cheminer plus profondément dans sa foi au moyen de temps de pratiques et de spiritualités plus nombreux, même si des obligations mondaines demeurent. Plusieurs étapes viendront ponctuer son avancement au sein de la maison cathare et lui permettront de choisir une finalité strictement personnelle ou un parcours plus approfondi en vue de devenir prédicateur. Il va sans dire que de nos jours, les freins à l’accès à des fonctions de responsabilités que connaissaient les femmes cathares médiévales, n’ont plus aucune justification.

Ainsi, au terme d’une évaluation personnelle et d’un approfondissement de son état spirituel, il sera en mesure de ressentir le lien avec le Saint-Esprit consolateur qui lui confirmera la nouvelle étape atteinte. Dès lors, il pourra en parler avec les membres de la maison cathare afin de définir la date de sa Consolation. Ce bornage, considéré à tort par beaucoup comme une fin, lui ouvrira la porte d’un nouveau cheminement qui sera lui aussi ponctué de bornages, visibles ou non, qui le mèneront à terme à sa bonne fin.

Conclusion

On le voit mieux maintenant, le catharisme est lui aussi ponctués de moments-clés, mais ils prennent des formes particulières qui lui sont propres.

D’abord ils ne sont pas forcément formalisés de façon mondaine. Ils sont toujours à l’initiative de la personne concernée qui est la mieux placée pour évaluer son état. Elle peut s’appuyer sur l’avis de personnes plus avancées qu’elle, ce qui ne constitue pas un jugement. Quand une cérémonie ponctue ce bornage, elle peut survenir à distance du moment où le changement s’est opéré. Enfin, les bornages cathares sont systématiquement vécus a posteriori de ce qui les justifie, car le catharisme ne préjuge jamais d’un avenir qui n’est pas écrit dans ce monde.

Éric Delmas, novice cathare à Carcassonne.

La Consolation – La convention – L’endura

8-3-ecf- Rituels
4 242 vue(s)

La Consolation

Les cathares ne connaissaient qu’un seul sacrement, car dans leur rigueur à vouloir ne pas dévoyer l’enseignement du christ, ils ne reconnaissaient comme valable que ce que son apparence physique, nommée Jésus, avait fait lors de son ministère. Or, comme cela est précisé dans l’Évangile selon Jean[1], le Christ — après la mort apparente de Jésus —, administre le souffle divin aux disciples réunis après l’annonce de sa résurrection que vient de leur faire Marie Madeleine.Read more

Une Consolation à Carcassonne ?

8-3-ecf- Rituels
1 980 vue(s)

La Consolation (consolamentum)

Comme je l’explique sur mon site, la Consolation se compose de deux temps très différents :

  1. La Consolation spirituelle qui est acquise quand le novice où le mourant parvient à extraire sa part spirituelle de sa part mondaine, de façon suffisamment nette et durable, pour réaliser la résurrection du Christ en lui et réunir sa part spirituelle à l’Esprit unique dont elle a été momentanément détachée (le mariage spirituel).
  2. La Consolation sacramentelle est une manifestation rituelle organisée au sein de l’Église cathare pour confirmer la Consolation spirituelle devant les consolés, les croyants et même les sympathisants. Cela permet d’officialiser ce que chacun ressent face à celui qui s’engage dans la voie du salut en choisissant un cheminement spirituel aussi complet que possible.

Mon noviciat, qui terminera sa quatrième année dans trois mois environ, en est au point où j’ai le sentiment qu’il me reste peu d’attaches mondaines dont je peux me libérer pour atteindre l’état de la Consolation.

C’est pourquoi je me permet de penser qu’il se pourrait bien que je décide de réunir les croyants et les sympathisants qui le souhaitent, lors de notre rendez-vous annuel de la Pentecôte 2021, pour organiser cette Consolation sacramentelle à la maison cathare de Carcassonne.

Si j’en parle de façon aussi précoce c’est à la fois pour indiquer où j’en suis de ce cheminement entrepris voici bientôt quatre ans et pour vous permettre de vous organiser en ce sens.

Il est vrai que depuis quelques temps, certains s’interrogeaient, et m’interrogeaient pour savoir si je comptais demeurer en noviciat jusqu’à ma mort.

Si j’organise une telle cérémonie, il est clair que ce n’est pas pour moi. Ma Consolation spirituelle n’a pas besoin de manifestation mondaine.

Mais je n’oublie pas que je représente pour certain un point de repère de l’évolution de la résurgence cathare et pour les croyants qui se sont manifestés auprès de moi, une sorte de référence dans leur propre cheminement.

Même si j’ai conscience que ces considérations sont un peu excessives, il n’en reste pas moins que la réalité de la résurgence cathare, largement discutée voire niée par nombre de personnes, a besoin d’une manifestation clairement identifiable pour se manifester clairement et sans l’ombre d’un doute sur sa réalité et sa sincérité.

Bien entendu je reste à la disposition de tous pour parler de ce projet et pour en définir les contraintes en terme d’organisation. Les croyants qui souhaiteront participer peuvent me contacter directement afin d’être pleinement partie prenante dans cette cérémonie qui les concerne tout autant que moi.

Avec toute ma Bienveillance

Éric Delmas, 20 février 2020.

Heures communautaires

8-3-ecf- Rituels
8 411 vue(s)

Les Heures communautaires

L’étude du rituel des heures communautaires cathares a donné lieu à des interprétations diverses. Je les ai personnellement présentées dans mon livre[1], mais je n’ai pas précisé les sources sur lesquelles je m’appuyais à l’époque. J’ai présenté ces travaux dans des articles publiés sur ce site, mais là encore ces deux articles étaient davantage axés sur mon analyse et sur la pratique, que sur l’analyse des sources.
Aussi vais-je faire un travail complet sur ce sujet en espérant que vous trouverez mon propos à la fois complet et accessible.

Qu’appelle-t-on Heures communautaires ?

La vie communautaire a pour premier sens de réunir des croyants dans une démarche spirituelle. Cette démarche se manifeste dans les relations des membres entre eux, à l’égard de leur environnement et vis-à-vis des habitants extérieurs à la communauté.
Elle se manifeste aussi par des temps où le groupe se réunit pour exprimer sa foi et développer sa compréhension de la religion au moyen d’études de textes, de formations dispensées par un frère plus compétent en la matière et par un travail personnel d’analyse.
Ces activités ont une place très importante chez les cathares comme dans tous les groupes communautaires de toutes les religions. Elles portent des noms variés dont les plus courants sont Heures monastiques ou canoniales et Heures régulières (pour les moines) ou séculières (pour la communauté ecclésiale).
Pour marquer le particularisme cathare je les ai appelées Heures communautaires.
Chez les judéo-chrétiens, les clercs avaient la mission de prier pour les autres, d’où leur nom médiéval de oratores.
Chez les cathares, on trouve d’autres termes, comme oraison ou prières. Cela désigne le même rituel, mais pour éviter notamment la confusion avec un autre rituel appelé tradition de la sainte Oraison dominicale, je préfère conserver le terme d’Heures. De même la prière est le nom communément donné au Pater, aussi je préfère éviter ce terme mis au pluriel pour désigner les Heures[2].

Étude spirituelle et pratique

Répartition et nombre

Comme le montre le tableau 1, dont les heures affichées sont celles du soleil (ajouter une heure en hiver et deux en été pour la France), l’amplitude solaire est d’environ quatre heures entre le solstice d’été (lever à 4 heures solaire) et le solstice d’hiver (lever à 8 heures solaire). Ce qui fait pour notre système horaire actuel, un lever à 6 heures au solstice d’été et un lever à 9 heures pour le solstice d’hiver. Cette amplitude de trois heures légales contraint à effectuer des adaptations régulières si l’on veut respecter les horaires des périodes rituelles situés aux extrêmes du nycthémère.

La première particularité notable des Heures communautaires est qu’elles sont ancrées dans le nycthémère de façon à respecter un rythme circadien incluant une période de repos de huit heures au moins (heures de nuit), en accord avec le psaume 119, 164 : Sept fois par jour je te loue, à cause de tes jugements de justice.
Il y a donc sept Heures qui se déroulent de jour (temps de veille) et une de nuit (à la fin du temps de repos).

Les Vigiles (ou Matines) sont généralement célébrées à la huitième heure de la nuit, selon la règle de saint Benoît, ce qui correspondait à l’époque à deux heures du matin (heure « solaire »). Elle se déroulait dans l’obscurité, pour ne pas gâcher de chandelle, ce qui accrédite les témoignages parlant de prière au milieu de la nuit.
Les Laudes sont les Heures du lever du jour et servent de repère aux Heures suivantes. La Prime intervient dans l’heure suivante, la Tierce dans la troisième heure, la sexte (ou sixte) dans la sixième et la None dans la neuvième.
Enfin, les Vêpres, qui correspondent à la douzième heure du jour, marquent la fin du travail et sont dites avant le repas du soir. Enfin, les Complies sont dites avant le coucher, c’est-à-dire huit heures avant les prochaines Vigiles.

Cette organisation vise à montrer que le moine prie tout le temps, de jour comme de nuit. Il est clair que cette répartition amenait les dernières Heures à se dérouler de nuit dans les périodes hivernales. En effet, si en été le soleil se levait vers 4 heures du matin, les Complies devaient intervenir avant le coucher, c’est-à-dire vers 19 heures (21h de notre heure d’été), afin de respecter les huit heures de repos avant les prochaines Vigiles. En hiver, le décalage induit par le soleil (lever à 8 heures solaires, soit 9h selon l’heure d’hiver) oblige à reporter d’autant l’heure de coucher. Cela s’adapte selon la zone géographique. Par exemple, Carcassonne a presque une demi-heure de décalage négatif par rapport à Paris.

Source : Lever de soleil à Paris par Poulpy pour fr.wikipedia.org sous licence gnu free documentation licence

Particularités pratiques

Les textes dont nous disposons venant des polémistes pour l’essentiel ne nous renseignent pas très bien sur le détail des pratiques rituelles cathares. Ce qui est certain c’est que ces pratiques sont fréquentes, comme dans les communautés monastiques des autres christianismes, rythmées et qu’elles se pratiquent également de nuit.
Il est plus que probable que les cathares respectaient cette organisation, d’une part car elle s’appuyait sur les psaumes qu’ils ne rejetaient pas dans leur totalité et, d’autre part car elle correspondait également à leur conception de l’obligation de prière du chrétien consolé.

Les cathares se considéraient comme des chrétiens à part entière et l’on sait qu’il est arrivé que des bons chrétiens (hommes et femmes) ont vécu dans des monastères catholiques sans renoncer à leur foi.
Il est plus que probable qu’ils aient calqué, peu ou prou, leur organisation rituelle sur les règles monastiques en vigueur à l’époque. L’occident chrétien était alors sous la règle de Benoît de Nurcie et l’orient chrétien sous celle de Basile de Césaré.

Bien entendu concernant les Heures communautaires, il est bon de préciser quelques points.
Les cathares pratiquaient des rituels décrits comme simples et doubles. Un texte nous précise qu’ils pratiquaient jusqu’à cent génuflexions (venias) par jour. Le total des rituels est énoncé comme variant entre 14 et 15 par jour avec une répartition variable entre le jour et la nuit.
Outre qu’il est fort possible que chaque communauté ait pu adapter ses pratiques à sa convenance, il est clair que les personnes nous les rapportant ne les ont pas vécues de l’intérieur, ce qui explique l’apparente confusion entre les récits.
Ce qui ressort clairement c’est l’importante fréquence des pratiques rituelles.

Nous avons une présentation assez claire des Heures communautaires (oraisons) en vigueur à l’époque, comme de nos jours.

Huit périodes sont décrites et portent des noms précis :
– Les Matines ou Vigiles sont le premier rituel. Elles se tiennent de nuit.
– Les Laudes viennent ensuite, à l’aurore.
Prime correspond à la première heure durant laquelle se lève le jour.
Tierce est le rituel de troisième heure du jour.
Sexte est le rituel de sixième heure du jour.
None est le rituel de neuvième heure du jour.
– Les Vêpres sont le rituel du soir, avant le dernier repas, correspondent à la douzième heure.
– Les Complies sont le rituel précédant le coucher.

Le seul rituel clairement précisé comme devant se dérouler de nuit sont les Vigiles. Les Complies auront lieu de nuit ou de jour selon la saison.

Concernant le fait de dire simple ou double en vigueur chez les cathares, je note que les Heures communautaires comportent quatre temps désignés par un terme écrit au pluriel et quatre par un terme au singulier. Comment ne pas en déduire que les Heures doubles correspondent aux premiers et les simples aux seconds ?
Ce que j’appelle une période rituelle est partagée en deux parties, un rituel à proprement parler dirigé par l’ancien ou par un ministre à la demande de l’ancien et une période d’étude et de discussion en groupe qui correspond à la partie du rituel judéo-chrétien appelé le capitule.

Contrairement aux judéo-chrétiens qui ont une liturgie variée et mouvante empruntant à plusieurs partie de l’Ancien Testament et du Nouveau Testament, les cathares semblaient privilégier une pratique plus répétitive qui n’est pas sans rappeler les pratiques bouddhistes ou chamaniques. On peut envisager que cela visait également à induire une forme de dissociation entre la part mondaine et la part spirituelle par saturation des sens mondains.

Ce rituel nous est apparemment bien rendu par Anselme d’Alexandrie dans son Traité sur les hérétiques (Tractatus de hereticis).
Mais cet inquisiteur ne s’attarde pas trop sur ce sujet qu’il inclut juste après l’appel au repas (chap. 8) et dont il ne fait que citer les temps différents.

Particularités de l’oraison

Si l’on veut rendre cela de façon claire, il faut chercher des informations ailleurs. Malheureusement, le Nouveau Testament occitan, dont le manuscrit conservé à Lyon, contient une partie rituelle ne nous renseigne pas sur la pratique de l’oraison. Il faut être très clair et précis sur les termes que nous employons :

  • un rituel est une cérémonie spécifique à un objectif précis : rituel de l’Oraison dominicale, rituel des Heures, etc.
  • l’oraison est la pratique rituelle visant à prier lors des Heures communautaires.
  • la prière désigne soit le Pater pour les consolés et les novices admis au rituel de l’Oraison dominicale, soit le Père saint pour les croyants et les novices débutants.

En effet, dans le Nouveau Testament (NT) occitan, les deux textes qui parlent de l’oraison sont les deux rituels décrits, à savoir : celui de la tradition de l’Oraison dominicale et celui de la Consolation. Or, on y trouve la remarque « Et puis, que l’ancien dise l’oraison, et que le croyant la suive. » (p. XV éd. Sltakine), dans le rituel de l’Oraison dominicale et « Et qu’ils prient Dieu avec l’oraison, … et l’oraison une fois à haute voix, …» (p. XXI éd. Slatkine). Pourtant des éléments figurant dans l’oraison sont situés avant ou après ces citations. De même, dans la Consolation, on voit apparaître la notion de sixaine dite par l’évêque. Pourquoi l’oraison n’est pas détaillée, mais simplement citée et pourquoi d’autres éléments sont-ils cités ?
La réponse n’est pas simple et plusieurs auteurs s’y sont trompés involontairement, comme Jean Duvernoy et plus récemment Ruben de Labastide. Moi-même je n’avais pas compris la subtilité de ce point jusqu’à la publication du travail de Anne Brenon et David Zbiral (et leurs collègues) concernant ce document écrit par des cathares pour des cathares.
Le NT occitan a été écrit à la fin du 13e siècle par des cathares réfugiés en Italie du Nord, membres des communautés cathares du Languedoc et de France. Il était destiné à accompagner les cathares consolés qui revenaient en terre soumise à l’Inquisition pour soutenir les croyants dépossédés de leur Église depuis la chute de Montségur. Ces cathares n’étaient, ni des diacres, ni des évêques, qui préféraient rester en Italie — relativement protégés des méfaits de l’Inquisition grâce à la résistance des partisans de l’empereur (gibelins) opposés aux partisans du Pape (guelfes).
Les rituels de la tradition de l’Oraison dominicale et de la Consolation étaient normalement dirigés par l’évêque ou, sur autorisation spéciale de ce dernier, par le diacre. Les bons-chrétiens ne pratiquaient pas ce rituel et encore moins le sacrement de baptême. Donc, à titre exceptionnel, ils reçurent l’autorisation de le faire, afin de permettre la renaissance de l’Église en terres occitanes, et il leur fut remis ce document qui détaillait de façon précise ces deux moments forts de la vie liturgique cathare.
En effet, il fallait qu’ils disposent d’un support écrit pour pouvoir dire ce texte sans omission et de façon identique à chaque fois. C’est d’ailleurs confirmé par le la présence dans ces textes des admonestations que faisait l’évêque au novice ou au mourant. Elles sont entièrement rédigées pour être assuré qu’elles seraient dites correctement. En temps normal il est probable que les évêques devaient dire des admonestations de leur crû, ce qui ne pouvait être admis de la part de simples consolés.
Par contre, l’oraison n’est pas détaillée pour la bonne raison que ces bons-chrétiens la pratiquaient quotidiennement et n’avaient aucun mal à se la rappeler.
Nous pouvons donc dire que l’oraison (Heure), à proprement parler, est bien celle dont Anselme d’Alexandrie nous livre le contenu. En effet, cet inquisiteur a interrogé des croyants et sans doute aussi des bons-chrétiens. Il a donc pu entendre le détail de cette oraison, même si son compte-rendu est brouillon, alors qu’il est plus que probable qu’il n’a pas eu droit au récit détaillé d’un rituel de la sainte Oraison dominicale et encore moins d’un sacrement de la Consolation.

La pratique

Il découle de ce travail de recherche la version que j’ai publiée et que j’utilise au quotidien depuis le début de mon noviciat. Je vous le rappelle ci-dessous.

L’ancien de la communauté débute ainsi :
Bénissez-nous, épargnez-nous [Benedicite parcite[3] nobis]
À quoi l’assistance répond :
Que le Père, le Fils et le Saint-Esprit nous remettent et nous épargnent tous nos péchés [Pater et Filius et Spiritus sanctus dimittat[4] nobis et parcat omnia peccata nostra]
Ensuite l’ancien dit à haute voix :
Prions devant le Père, le Fils et le Saint-Esprit [Adoremus[5] Patrem et Filium et Spiritum sanctum]
L’assistance répond :
Cela est digne et juste [Dignum et justum est]
À ce moment, tous font une veniæ[6] (ils s’agenouillent et se prosternent, puis se relèvent).
L’ancien recommence à voix basse (Prions devant le Père, le Fils et le Saint-Esprit) et l’assistance répond de même (Cela est digne et juste) et tous font une deuxième veniæ.
Enfin l’ancien réitère à haute voix (Prions devant le Père, le Fils et le Saint-Esprit) et l’assistance répond de même (Cela est digne et juste), puis tous font une troisième veniæ.
Ensuite, tous disent avec l’ancien treize Notre Père. L’ancien en dit un quatorzième seul.
Il reprend immédiatement une série de trois Prions devant le Père, le Fils et le Saint-Esprit avec répons de l’assistance (Cela est digne et juste), ponctués de trois venias (comme précédemment).
Enfin, tous disent avec l’ancien un dernier Notre Père.
L’ancien dit seul une série de trois Notre Père suivis d’un seul Prions devant le Père, le Fils et le Saint-Esprit avec répons de l’assistance (Cela est digne et juste) et une veniæ.
L’ancien dit alors :
Que la grâce à notre Seigneur Jésus Christ soit toujours avec nous [Gracia domini nostri Jesu Christi sit semper cum omnibus nobis].
L’assistance répond : Amen.
Pour finir l’ancien reprend comme au début :
Bénissez-nous, épargnez-nous [Benedicite parcite nobis]
À quoi l’assistance répond :
Que le Père, le Fils et le Saint-Esprit nous remettent et nous épargnent tous nos péchés [Pater et Filius et Spiritus sanctus dimittat nobis et parcat omnia peccata nostra]

La gestuelle associée est double. Pour les parties où l’assemblée se tient debout, les mains sont jointes à plat, doigts serrés et l’on se tient légèrement penché en avant. Pour les Prions devant, chacun commence par s’agenouiller et, posant les mains à plat sur le sol, vient les toucher avec le front[7]. C’est cela que l’on appelle veniæ. Bien entendu, il faut se redresser à chaque fois, ce qui donne une veniæ pour chaque Prions devant.

Le rituel des Heures communautaires d’après les sources

J’ai restitué ce rituel en me basant sur le travail d’Anselme d’Alexandrie et j’ai précisé les points les moins clairs d’après des notions éparses.

Le rituel

Le rituel des Heures comporte deux fois trois Adoremus ponctués chacun par une génuflexion (veniae) plus un autre final. Cela donne 84 venias par jour, proche des 100 génuflexions des témoignages.

Pour que la vie diurne puisse se pratiquer de façon à peu près correcte il faut admettre que les Heures de jour qui viennent s’inclure dans l’activité mondaine doivent être des Heures simples, ne dépassant pas la demi-heure de rituel, ce que semble confirmer leur orthographe mise au singulier (Prime, Tierce, Sexte, None).
Par contre les Vigiles qui marquent l’éveil sont doubles et sont suivie d’une heure de battement pendant laquelle il est possible d’effectuer ses ablutions et de prendre un petit déjeuner, hors période de jeûne.
Ensuite, les Laudes, doubles également se terminent avant la fin de l’heure du lever du soleil. Elles constituent le temps 0 de la journée.
La Prime est dite dès le début de l’heure qui suit, ce qui fait que ce sont un double rituel suivi d’un simple qui se confondent si on y ajoute le temps d’étude (capitule) qui suit obligatoirement chaque Heure.
Ensuite, le rythme est régulier, chaque Heure intervenant trois heures après la précédente, la première étant les Laudes, car la Prime est déjà décalée de son côté. Cela se termine aux Vêpres (douzième heure) qui clôturent les Heures de jour. Les Complies sont calculées par rapport à l’heure des Vigiles (huit heures d’écart).

Les horaires

Pour que les Laudes correspondent à l’heure du lever du soleil, elles doivent donc débuter au plus tôt à 7h30 solaire (8h30) au solstice d’hiver et au plus tard à 4h00 solaire (6 h00) au solstice d’été.
Cela veut dire que les Vigiles débuteraient une heure plus tôt pour être assuré qu’elles aient lieu de nuit.
Mais la variation de l’heure du lever du soleil est régulière (env. une demi-heure par mois), ce qui obligerait à des adaptations au fil de l’année.
Si l’on suit les variations de l’heure légale, on peut envisager deux périodes. De fin octobre à fin mars — le jour se levant entre 8h00 et 7h00 (heure légale), l’amplitude d’une heure permettrait un lever à 6h00 pour une heure de matines entre 6h30 et 7h00. De fin mars à fin octobre — le jour se levant entre 8h00 et 6h00 (heure légale), il faudrait avancer le lever d’une heure (entre 5h00 et 5h30).
Bien entendu l’adaptation se fera à l’usage de façon à équilibrer au mieux les choses. Cette organisation n’a pas vocation à être contraignante.
Au total, Vigiles, Laudes, Vêpres et Complies sont doubles alors que Prime, Tierce, Sexte et None sont simples. Cela représente douze périodes rituelles correspondant à quatre-vingt-quatre venias.
On le voit, cette organisation permettait de vaquer aux occupations quotidiennes internes à la communauté mais si l’on travaille à l’extérieur, Tierce, Sexte et None, sont impossibles à respecter. Certes il est envisageable de faire un rituel simplifié sur son lieu de travail mais la coupure communautaire est néanmoins majeure.

Les sources

À ce jour nous disposons de quatre sources décrivant ce rituel et de mentions marginales.
Jean Duvernoy tente même de les comparer dans son livre[8], malgré les apparentes contradictions qu’il note. Il recense ainsi les écrits de Héribert, de Landulfus senior, de Jacques Fournier, du ms 609 de Toulouse, de Robert de Torigny, de Euthyme Zigabène et d’Anselme d’Alexandrie. Un témoignage spécial existe dans le Nouveau Testament cathare occitan de Lyon. Ce dernier est le seul émanant directement des cathares. En outre, il est sans doute le plus récent puisque écrit à la fin du 13e siècle en Italie du Nord où une forte communauté cathare languedocienne s’était réfugiée. Ces témoignages s’étalent du 10e au 13e siècle. À l’exception de celui attribué à Anselme d’Alexandrie, publiée par Antoine Dondaine et du Nouveau testament occitan, les autres sont très fragmentaires, voire se limitent à de simples remarques marginales.

Par souci d’honnêteté je vais vous présenter ces différents témoignages et vous donner des clés permettant de les interpréter.

Les rituels

Les variations présentes dans les rapports des polémistes et inquisiteurs peuvent se comprendre du fait qu’ils rapportent des témoignages issus de croyants et de témoins les ayants plus ou moins bien compris, selon leur interlocuteurs, et eux mêmes plus ou moins désireux de les magnifier pour indiquer la grande ferveur des bons-chrétiens. Cependant, on note que ces témoignages s’approchent très près de la réalité. Les génuflexions quotidiennes sont au nombre de 84 aujourd’hui, quand Héribert parle de 100[9]. La répartition des Heures est elle aussi proche de la réalité car les comportements des cathares devaient peu différer de ceux des moins catholiques à cette époque. La population avait du mal à les différencier comme le montre certaines discussions entre auditeurs et consolés.
En outre, les clercs catholiques, comme Anselme d’Alexandrie ne faisaient pas œuvre de journalistes. Ils rapportaient des faits destinés à informer une autorité qui ne viendrait pas pinailler sur des détails.
Les cathares, où les hérétiques s’y assimilant, sont présentés comme priant sans cesse et se livrant à la prière et au travail de jour comme de nuit. Cette description indique simplement, qu’à la différence des gens du peuple qui calquaient leur vie active sur la période de jour, les cathares — mais aussi sans doute les religieux catholiques — n’hésitaient pas à s’activer la nuit tombée. Dans son témoignage devant l’inquisiteur Jacques Fournier, Arnaud Sicre précise que le bon croyant Pierre Maury lui avait confié que le consolé Guilhem Bélibaste se levait six fois dans la nuit pour dire ses Heures[10].

Faisons une première analyse de commentaire. Le récit semble dater des environs d’avril 1319, mais le déposant est tellement vague quant aux dates qu’il est difficile de l’affirmer. À supposer que ce témoignage soit précis, à cette période les jours et les nuits s’équilibrent (équinoxe). Le soleil se lève aux alentours de 5h00 et se couche vers 20h30 (calendrier solaire). On sait que les cathares priaient dans l’heure précédant le lever du soleil (donc de nuit). Ils priaient également dans l’heure du lever, qui selon le moment de la saison pouvait très bien commencer de nuit. Or, ces deux prières, comme je vous l’expliquerai plus tard, étaient des « doubles », c’est-à-dire qu’elles regroupaient deux rituels chacune. Cela fait donc potentiellement jusqu’à quatre rituels prononcés de nuit en début de journée. De même, en fin de journée, le coucher se faisant au coucher du soleil, les cathares pouvaient se relever pour faire leur dernier rituel du soir. Donc, on avait bien au moins six rituels prononcés de nuit. Par contre, en été, hormis les deux premiers rituels qui se déroulaient forcément de nuit, les autres couvraient des heures de jour, y compris les deux derniers.

Robert de Torigny[11] et Euthyme Zigabène[12] parlent de 12 rituels s’échelonnant de jour et de nuit, ce qui correspond à la réalité, même si la répartition diurne et nocturne diffère, ce qui peut s’expliquer selon la saison de l’observation. Anselme d’Alexandrie, pour sa part est proche puisqu’il parle de 15 rituels quotidiens[13].

Au final, il faut comprendre que la notion de nuit est différente au Moyen-Âge comparativement à aujourd’hui, surtout chez la population pauvre où l’on ne gaspillait pas les chandelles ou l’huile pour s’éclairer. Il fallait vivre au rythme des saisons et de la course du soleil.

Le contenu et les variantes

Nous le voyons avec Jean Duvernoy, le contenu des rituels diffère d’un auteur à l’autre. Mais deux sont manifestement incomplets et les deux autres comportent une différence fondamentale qui a échappé aux chercheurs.

Il comporte un Benedicite (Anselme, NT Lyon) suivi d’un Parcat, mais le NT de Lyon insère entre les deux un Fiat nobis secundum verbum tuum (Qu’il nous soit fait selon ta parole).
Ensuite suivent trois Adoremus (un seul chez Euthyme), chacun suivi d’un Dignum chez Anselme et Euthyme, mais pas dans le NT de Lyon.
Ensuite vient la série des Pater : 13 ensemble et un par l’ancien en plus (Anselme), six ensemble et un ( ?) par l’ancien (NT Lyon) et un ensemble pour Radosav et Euthyme.
Anselme et le NT Lyon proposent ensuite 3 Adoremus et Radosav[14] un seul.
Le Dignum n’apparaît que chez Anselme et Radosav, mais Anselme est le seul à annoncer un Pater ensemble et 3 par l’ancien en suivant.
Un dernier Adoremus est présent chez Anselme et Radosav, suivi d’un Gratias et d’un Benedicite chez les trois (Anselme, NT Lyon et Radosav).

Le NT Lyon et Radosav ajoutent un Fiat nobis et tous finissent avec un Parcat.

Le plus court de tous est Euthyme qui s’arrête dès le premier Pater. Est-ce parce qu’il est incomplet ? On ne peut le dire. Peut-être est-ce une admonestation sans rapport avec le rituel des Heures.
Radosav est complet dans la seconde partie, mais il semble manquer la première. Peut-être est-ce une version raccourcie, car il n’y a qu’un seul Pater, ce qui semble court pour une oraison.
Anselme et le NT de Lyon sont beaucoup plus complet, mais diffèrent l’un de l’autre sur plusieurs points.

Le NT ne peut être remis en cause puisqu’il s’agit d’un document complet écrit par des cathares. Mais l’oraison qui y figure est celle du sacrement de la Consolation et non celle des Heures quotidiennes en usage dans les maisons cathare. Anselme, lui, nous parle de ce dernier cérémonial.
Il est donc raisonnable d’attribuer ces différences au fait qu’il s’agit de cérémonies différentes.
En effet, dans ce cas tout devient clair. L’oraison, dans la cérémonie de la Consolation n’est pas le fonds du sacrement. Qu’une version réduite ait été choisie afin de ne pas alourdir inutilement la cérémonie semble compréhensible.

C’est pour cela que j’ai dissocié les deux textes, ne gardant que Anselme pour l’oraison des Heures et le NT de Lyon pour la Consolation. Radosav et Euthyme étant trop incomplets, volontairement ou non, ne peuvent être utiles d’autant que leur contenu se retrouve dans les deux autres textes.

Exégèse et analyse

Comme vous le comprenez l’analyse de textes ne peut se faire que dans leur contexte. Il faut comprendre de quoi parlent les auteurs avant de se lancer dans des reconstructions qui peuvent s’avérer hasardeuses.

Il me semble que Ruben de Labastide[15] a commis une erreur dans son analyse en croyant que Jean Duvernoy voulait reconstituer le texte unique en y incluant les phrases éparses dans les autres textes. Ce que Jean Duvernoy dit est : « Le rapprochement de ces quatre sources permet de se faire une idée de la liturgie intégrale, si l’on tient compte du fait que le but des deux Rituels était plus de fournir un exemplaire de chaque élément que de donner une description complète. »
En fait J. Duvernoy dit deux choses en une ; une vraie et l’autre fausse. Oui, les deux Rituels présentés (l’oraison des Heures et le Rituel de la Consolation) sont destinés à fournir un exemplaire de chacun d’eux. On ne peut imaginer que le NT de Lyon puisse être incomplet. En effet, il servait à des consolés qui n’étaient ni diacres, ni évêques pour tenir ce rôle lors de Consolations se déroulant en temps de crise. Il leur fallait donc, tant pour le Rituel de la sainte Oraison dominicale que pour le sacrement de la Consolation — souvent réunis lors de la même cérémonie —, un document complet qu’ils puissent consulter et lire de façon à maintenir cette pratique sans risquer de la dénaturer.
Mais J. Duvernoy se trompe, et Ruben avec lui, quand il pense qu’il existe une version complète qu’aucun des deux textes ne propose. En fait ces textes sont complets, chacun pour son usage.
Anselme d’Alexandrie nous livre un texte issu de la vie interne des consolés et des novices. Ce texte est très bien connu de tous et il a donc pu aisément se le procurer. Par contre, le texte de la Consolation est connu des seuls revêtus en charge de l’administration de l’Église, les évêques et les diacres. Il était donc beaucoup plus difficile pour Anselme d’en avoir connaissance. C’est pour cela qu’il n’en parle pas.

Conclusion

On le voit, les Heures communautaires rythment la vie du groupe comme il convient à une communauté tournée vers l’aspect spirituel de la vie.
Sauf contrainte exceptionnelle elles s’imposent à toute autre activité mondaine.
Elles requièrent la présence régulière des membres, et notamment de l’ancien ou du ministre, afin de maintenir une cohésion dans le déroulé des enseignements qui font partie intégrante de ces Heures communautaires.


[1] La pratique ecclésiale, in Catharisme d’aujourd’hui. Seconde édition 2015 (Carcassonne)

[2] Dans son Livre contre les hérétiques (Liber contra hereticos), attribué à Ermengaud, l’auteur semble faire cette confusion puisqu’il parle du Pater en disant : … ils disent sept oraisons dominicales. Traduction de Ruben de Labastide, éd. lamaisoncathare.org 2015.

[3] Le terme pardon, repris dans les textes français, et même dans l’occitan du Nouveau Testament de Lyon, ne rend pas la notion d’égalité parfaite et de Bienveillance propre à la doctrine cathare. Dans le pardon, il y toujours une supériorité de fait de celui qui pardonne vis-à-vis de celui qui est pardonné. Or, le terme latin ne se traduit pas exactement par pardon mais plutôt par quelque chose qui est du domaine de l’économie (par ex. parcus se traduit par économe ou pingre) et de la protection. En français le terme le plus proche est épargne qui désigne à la fois ce que l’on met de côté sur le plan financier et celui que l’on met de côté pour le protéger, attitude classique d’un fort protégeant un faible.

[4] La traduction de dimittat n’est pas évidente. D’après le dicolatin il s’agit de la troisième personne du singulier du subjonctif du temps actif. Le sens varie de remettre une faute à congédier une assemblée. Dans le cas présent il semble que ce soit la première hypothèse qui convienne le mieux.

[5] Là encore, la traduction directe donne adorons, terme exact dans sa construction mais fortement connoté de nos jours et qui laisse penser à une dévotion extrême proche d’un comportement sectaire. Mais ce n’est pas du tout l’esprit de l’époque où l’on décrit simplement la position de l’orant qui s’agenouille et s’allonge pour signifier sa piété. La locution prions devant est donc plus appropriée.

[6] Cette prosternation (veniæ) est la même que celle décrite et illustrée dans l’Amélioration.

[7] Ruben de Labastide suggère que cela pourrait indiquer que les mains sont posées au sol l’une sur l’autre de façon croisée. Cela n’a rien d’indispensable. Elles peuvent tout aussi bien être posées une à côté de l’autre, le front venant s’appuyer sur les deux. La pratique courante dans la plupart des religions est de poser les mains latéralement et le front vienne toucher le sol entre les deux. Cela me semble plus propice à l’équilibre du pratiquant.

[8] Le catharisme, t. 1 La religion des cathares. Édition Privat 1976 (Toulouse), pp. 184-186.

[9] Héribert : Patrologie latine, 181, c. 1721

[10] Le registre d’Inquisition de Jacques Fournier, t. 3 p. 765. Édition Bibliothèque des introuvables 2006 (Paris).

[11] Robert de Torigny : Annales de Margan, Rerum britannicarum script. Ann. monastici. I, p. 15

[12] Euthyme Zigabène : Patrologie grecque, 130, cc. 1314-1315

[13] Anselme d’Alexandrie : La hiérarchie cathare en Italie, Antoine Dondaine, II, dans Archivum Fratrum Praedicatorum, t. XX, 1950, p. 316

[14] Radosav : Bogomilska crkva Bosanskih crstijana. Édition Mandic, 1962 (Chicago) p. 88-89 et 461-462.

[15] Traité sur les hérétiques, Ruben de Labastide in Sources cathares. Éditions lamaisoncathare.org 2016(lulu.com).

Les carêmes cathares

8-5-ecf-Praxis cathare
7 590 vue(s)

Les carêmes cathares

Présentation

Il y aurait beaucoup de choses à dire sur les carêmes, mais seul le noviciat permet de les découvrir vraiment, au fur et à mesure de la pratique de vie communautaire. Cependant, je vais essayer de vous les présenter, d’un point de vue pratique d’abord, puis d’un point de vue plus spirituel ensuite.Read more

La foi cathare

3-1-Doctrine cathare
2 948 vue(s)

La foi cathare

Le sujet de la foi interroge beaucoup, car en règle générale, il se pose assez peu dans les autres christianismes ; disons plutôt qu’il semble aller de soi. Le catharisme a cette particularité que la foi n’y est pas fournie « clés en mains », mais doit se construire, notamment par la connaissance et l’introspection.
Celui ou celle qui découvre le catharisme entre donc dans un domaine vierge pour lequel il ne dispose d’aucune référence valable, alors que l’ensemble paraît avoir un air de déjà vu.
Je voudrais essayer, à la faible lumière de mon expérience et de mes propres réflexions, de vous présenter la foi cathare de façon suffisamment simple pour que chacun puisse mieux en comprendre les différents stades.
En effet, la foi cathare n’est pas monolithique, mais elle est en évolution permanente et les différents stades que j’ai identifiés me semblent comparable à la vie d’un être humain, à savoir, la petite enfance, l’adolescence, l’âge de la vie active, la maturité et la retraite.

La découverte de sa foi

Habituellement, les gens découvrent le catharisme, s’y intéressent, approfondissent sa connaissance par la sympathie qu’il leur inspire, et parfois, se sentent aspirés par cette religion qui leur paraît répondre à leurs conceptions spirituelles.
Ce premier éveil s’accompagne généralement d’une forme d’exaltation, plus ou moins marquée selon chacun, qui correspond à celle du petit enfant découvrant le monde.
Le croyant est emporté par la joie d’avoir acquis la conviction d’être enfin en accord sur le plan spirituel avec d’autres ; l’entrée dans une ecclesia— une Église — c’est-à-dire une assemblée humaine portée par une identité spirituelle a de quoi nous emporter.
C’est logiquement un moment propice à une frénésie d’apprentissage, de découvertes, de comparaisons et un désir profond d’aller encore plus loin, afin de se rapprocher du but ultime : la Consolation.

C’est aussi l’âge où les erreurs d’orientation doivent être identifiées pour éviter que le cheminement ne s’approfondisse dans l’erreur de route. L’homme a un instinct grégaire qui le pousse à rechercher la compagnie des autres, et ce dans toutes les composantes de sa vie. « Accrocher » le wagon cathare est un comportement logique pour ceux qui se sentent SDF (sans doctrine fixe), mais si ce wagon n’est pas le bon, il faudra du temps pour s’en rendre compte et cela rendra d’autant plus difficile le retour à la gare où le bon wagon sera peut-être déjà parti dans une autre direction qui nous aurait mieux convenue.

Comme la petite enfance est le moment le plus important de la construction de l’adulte en devenir, ce premier stade de l’éveil est important pour le devenir du futur chrétien cathare. C’est là qu’il devra trouver des guides et des compagnons de route qui sauront lui montrer les écueils les plus graves et qui pourront l’aider à trouver la voie de son propre avancement pour un meilleur cheminement.
En fait, la première chose qu’il devra intégrer c’est que le cheminement demande de l’humilité et beaucoup de patience.

L’entrée réelle dans la foi

Comme l’adolescent qui quitte le monde merveilleux de l’enfance pour affronter les premières difficultés de la vie, les premiers déboires que ses parents ne pourront pas gérer pour lui et les premiers choix essentiels qui vont déterminer son avenir, le croyant cathare va lui aussi rencontrer des épreuves et faire des choix essentiels.
Le croyant qui a su calmer ses impatiences et qui a compris les dangers que la vanité place devant ses pas, va logiquement chercher à affermir sa foi grâce à une bonne connaissance de sa religion. Finies les dérives classiques du début, où l’on cherche à toujours vouloir trouver dans une religion autre chose que ce qu’elle nous propose. Le croyant cathare de ce stade n’en est plus à accumuler les religions possibles ; il a fait son choix et il sait vers où il veut aller. Il sait aussi que la connaissance, au combien indispensable, ne l’empêchera pas de devoir un jour avancer sans garde-fou. Car la foi est justement cette action où l’on avance sans aucune garantie que l’on va trouver du solide sous son pas. J’évoque souvent pour illustrer cela, le moment dans le film : Indiana Jones et la dernière croisade, où le héros doit faire la dernière partie du chemin censé le mener au Graal en passant les épreuves du pénitent qui donne lieu à des pièges physiques dans cette histoire. L’humilité vient en premier, qui le conduit à adopter l’attitude voutée qui le sauve de scies automatiques, puis la marche dans le nom de Dieu qui lui évite de tomber dans les éboulis, etc. Mais le moment suprême est celui où il doit affirmer sa foi. En effet, il se trouve dos à une paroi rocheuse et face à l’entrée de la grotte dont il est séparé par un gouffre immense. Entre les deux, rien ! Pas de pont, pas de corde tendue, aucun moyen de passer normalement. Alors, il se rappelle que la foi est comme un saut dans le vide et il pose son pied au-dessus de ce gouffre. Surprise ! il découvre qu’un pont existe, mais qu’il lui était caché par une illusion d’optique, et ainsi il peut continuer à avancer.
Cette image est excellente. Si l’on a suffisamment acquis de connaissances pour savoir ce qu’est vraiment le catharisme et si l’on a suffisamment étudié sa propre conviction pour savoir ce à quoi notre intuition nous pousse, l’esprit éveillé en nous va nous convaincre de changer de paradigme. Ce ne sont plus les yeux humains, susceptibles d’être trompés par toutes sortes d’illusions, qui peuvent nous guider, mais les yeux de l’esprit qui savent que Dieu ne peut pas nous abandonner. Et nous faisons aussi ce pas au-dessus du gouffre des peurs mondaines pour toucher pour la première fois le « pont » qui nous mène à la foi affermie.
Désormais les choses sérieuses commencent et il faut être certain de notre engagement, car une hésitation ou une erreur que l’on hésiterait à reconnaître nous mènerait à l’erreur qui serait gravissime pour notre salut.

La spiritualité active

Après ce passage difficile, douloureux parfois aussi, vient le moment, où porté par notre foi, nous cheminons sereinement en approfondissant la connaissance des ressorts profonds du catharisme et en ressentons pleinement la spiritualité.
Tout au moins est-ce le début de cette phase. En effet, comme l’adulte qui s’est lancé dans la vie active, le croyant confirmé va rencontrer nombre d’écueils à son cheminement. Bien entendu, le premier est celui de l’humilité aiguisé par la vanité et l’impatience. Le sentiment d’avoir fait un bon bout de chemin peut se transformer en certitude d’être presque arrivé. Le souvenir des difficultés rencontrées peut conduire au désir d’être reconnu comma ayant déjà surmonté toutes les épreuves. L’altérité, c’est-à-dire l’accompagnement d’autres croyants, est le meilleur moyen d’apprendre à tempérer cette attitude.
Mais comme ce jeune adulte, nous sommes amenés à faire des choix dans notre cheminement, à nous positionner, notamment vis-à-vis de nos proches, dans notre vie mondaine et à interroger la force de notre engagement spirituel. Le catharisme n’est pas la religion de la facilité et du laisser-aller. Quand on a compris que le chemin est long et ardu et que les portes qui le jalonnent n’en marquent pas la fin, mais seulement les étapes, il est nécessaire de se poser la question de la validité de son choix spirituel face à cette impression d’être face à un mur et de ne plus bien distinguer ce qu’il y a devant.
Je ne dis pas cela pour faire peur, mais pour vous rassurer au contraire. En effet, ce moment est généralement marqué par le doute. Le doute fait peur, car on y voit la marque d’un engagement insuffisant, d’une possible erreur de cheminement, d’une foi vacillante et faiblarde. En fait, c’est le contraire. Le doute a plein d’avantages. Il nous oblige à revoir de fond en comble notre engagement, ses motifs, sa genèse et son déroulé. Ainsi, la connaissance acquise nous permet de disposer de moyens de confronter nos choix à la réalité du catharisme, afin de savoir si nous nous sommes trompés ou pas. Il nous oblige à vérifier si nous maîtrisons bien les fondamentaux du catharisme. La non-violence est relativement facile à comprendre à ce stade. Elle doit concerner non seulement les autres, mais nous également. L’humilité est toujours le plus difficile à appréhender et à surmonter. Notre mondanité, encore fortement ancrée en nous, nous confronte à un monde profondément vaniteux, égoïste, méprisant, individualiste et aveugle à tout ce qui ne lui importe pas. L’humilité en ce monde est un boulet. Nous devons le traîner et considérer qu’elle ne nous ralentit pas, comme on pourrait le croire à priori, mais qu’elle nous évite d’aller trop vite et donc de courir le risque de quitter la route.

Si nous sommes sur la bonne voie, nous aurons alors logiquement des doutes sur la qualité de notre engagement, sur notre capacité à comprendre et intégrer la doctrine cathare dans nos choix spirituels et à poursuivre en ce monde avec ce bagage apparemment si peu adapté à notre cheminement. L’étude des religions nous montre que bien d’autres avant nous ont eu, eux aussi ces moments de doute intense : Gandhi, mère Teresa, et même un certain Jésus qui, dans la noirceur de sa dernière nuit, espérait encore ne pas devoir boire la coupe. Le doute est fondamental et la peur de l’échec est salvatrice. Certes ; il nous provoque de grandes souffrances et ceux qui le vivent seuls courent le risque d’échouer par abandon.
Mais, comme l’adulte qui finit par assumer ses choix et qui en accepte les conséquences, le croyant qui eu le temps de confirmer la valeur des siens va pouvoir continuer d’avancer.

La maturité

En fonction des choix que l’on fait dans la période précédente, la période de la maturité va revêtir des aspects eux aussi différents.
Entre le croyant avancé en noviciat et celui qui reste dans le monde en raison de ses engagements, la différence peut sembler énorme. Elle ne l’est pas tant que cela. Le premier s’entraîne à l’ascèse pour approfondir la spiritualité cathare dans ses tréfonds et le second la vit de façon moins approfondie, mais la confronte davantage à la mondanité. L’un est apnéiste quand l’autre est un marathonien. Les deux apprennent à séparer le mondain du spirituel pour que l’esprit qui est en eux puisse se détacher de la dépouille de l’Adam qui s’oppose à leur projet de résurrection.
Le novice qui a eu la chance de pouvoir s’extraire du monde à volonté, doit apprendre à explorer la religion cathare en comprenant qu’il n’ira que d’échec en échec, car la vivre dans la perfection n’est pas possible en ce monde. Vu de dehors on pourrait le trouver excessif et injuste envers lui-même dans ses exigences, mais lui sait qu’il n’en est rien. « Le diable est dans les détails » dit-on, et c’est vrai ! Les petites erreurs et les compromissions apparemment sans importance sont le lit de l’infection qui conduit à tout relativiser. Plus le novice sera rigoureux, plus il compensera l’avantage qu’il a de pouvoir tenir le monde à distance plus facilement que d’autres.
Le croyant avancé pris dans le monde, doit accepter son état sans se plaindre. Dieu n’est pas caché dans une maison cathare. On peut suivre sa voie partout et en tout temps. L’application de la règle est certes moins facile et parfois impossible, mais rien n’empêche de l’adapter à son contexte de vie. L’erreur que l’on peut commettre à ce moment est de penser que l’on n’est pas responsable d’une situation qui s’impose à nous et qu’il suffit de laisser le temps filer jusqu’au moment où l’on pourra demander la Consolation aux mourants. Grave erreur ! Ce n’est pas parce que l’on ne peut entrer en noviciat qu’il faut rester les bras croisés. Au contraire, le cheminement que l’on fera jusqu’au moment opportun, soit de rejoindre une communauté pour y vivre ses dernières années, soit de la rejoindre dans son agonie lors d’une Consolation aux mourants, est essentiel à la réussite de ce dernier moment.

Si les trois premières étapes ont aidé à construire la foi, celle-ci la met en pratique.

La retraite

Contrairement à celle que bien des travailleurs, épuisés par une vie de labeur, imaginent, la retraite du croyant est à l’image de celle de nos retraités d’aujourd’hui : particulièrement active.
Difficile pour moi de vous la détailler, car je n’en suis pas encore à ce stade. Je vais donc essayer de vous en dresser un portrait approximatif.

À l’instar de la Consolation qui en marque le commencement, quelle qu’en soit la durée effective ensuite, la retraite du croyant devenu chrétien est active dans la spiritualité. C’est la période où se produit enfin la bascule entre la part mondaine et la part spirituelle du mélange qui nous définit. Le spirituel prend enfin réellement le pas sur le mondain et l’on entre dans ce que les anciens appelaient l’ataraxie.
Le Consolé n’en a pas fini d’approfondir sa foi quotidienne, mais il en appréhende tous les éléments : il n’est plus de ce monde ! Comme Christ disant au jardin de Gethsémani : « Mais que ta volonté soit faite », il s’abandonne enfin totalement à la volonté divine qu’il sert depuis si longtemps. On comprend bien qu’un tel état ne peut survenir ex abrupto et qu’il faut s’y préparer, comme je l’expliquais précédemment.
Certes le Consolé qui va vivre plusieurs années sera toujours en butte aux tentatives déstabilisatrices du monde désireux de le faire échouer, mais il en connaît tous les rouages et rien ne peut plus l’atteindre en ce monde qu’il a quitté volontairement.
Je ne peux pas vous en dire plus, car c’est à peine si j’entrevois ce que je vous décris. Aller plus loin serait manquer d’humilité et faire preuve d’impatience.

Éric Delmas, 26 septembre 2018.

Contenu soumis aux droits d'auteur.

0