Chronographie d’un massacre

Chronographie d’un massacre

Une approche inédite qui renverse les certitudes à propos du raid meurtrier des faidits de Montségur sur Avignonet-Lauragais en mai 1242.

Étude des déplacements grâce à la chronographie[1]

Les analyses approfondies du contexte politique, de l’activité de l’inquisition au moment de l’attentat, des raisons et des conséquences directes ou indirectes de l’attaque, ayant été réalisées par d’autres et mieux que je n’aurais su le faire, je me suis essentiellement attaché à retracer le déroulement du périple effectué par le commando.

L’observation attentive des cartes topographiques, les estimations des distances et des durées mises pour les parcourir, la détermination des heures selon l’heure solaire, des détails contenus dans les dépositions faites devant l’inquisition, des éléments puisés dans les notices historiques des localités et du secteur concerné, m’ont permis de reconstituer un itinéraire et une chronographie les plus précis et plausibles possible.

Pour une meilleure « visualisation » du parcours du commando, je conseille au lecteur de combiner le texte avec un suivi sur les cartes IGN Classiques du site Géoportail.

Prologue

À peine avait-il signé le traité de Paris en 1229 — qui mettait fin aux croisades et amputait son comté de vastes territoires — que Raymond VII songeait déjà à reprendre ses possessions perdues. L’échec de la révolte du fils de Trencavel devant Carcassonne en 1240, la reprise des tournées d’Inquisition en 1240-1241[2], ainsi que la situation politique du moment, poussèrent le comte de Toulouse à fomenter un complot visant à récupérer les terres annexées par le roi de France, Louis IX, en provoquant un soulèvement général de la région.

Pour accroître ses chances, il forma une coalition internationale comprenant le seigneur de Lusignan, comte de la Marche en Poitou, mécontent de devoir rendre hommage à Alphonse de Poitiers, frère du roi, Henri III d’Angleterre, son cousin, désireux de reprendre des terres en Aquitaine, probablement aussi les rois de Castille et de Navarre, sans oublier ses grands vassaux, nombreux à avoir été dépossédés par le traité de 1229.

Bientôt, de Bordeaux à Narbonne et de Rodez aux Pyrénées, toute la région se mit sur le pied de guerre, attendant un événement au grand retentissement, qui servirait de signal au déclenchement de l’insurrection. Selon le plan arrêté, l’armée d’Henri III d’Angleterre débarqua à Royan le 20 mai. Quelques jours plus tard, un messager se présenta aux portes du castrum du Mont-Sûr (Montségur).

De Montségur (09) à la force de Genebrières (Saint-Amans 11)

Château de Montségur

Michel Roquebert nous dit que Guillaume de Plaigne arrive le 26 mai à Montségur[3] (sans autre précision concernant l’heure, on peut supposer que ce dernier arrive en fin d’après-midi après avoir voyagé incognito). Il est porteur d’une lettre de Raymond d’Alfaro (bayle de Raymond VII à Avignonet), pour Pierre-Roger de Mirepoix. Sans dévoiler la teneur du message, le chef militaire du pog forme alors un commando, auquel il déclare, pour attiser les convoitises, qu’il y aura grand butin pour qui voudra le suivre. Puis concernant le départ de la troupe, Alzieu de Massabrac déclare (à l’inquisiteur Ferrer le 3 mai 1244): «…Mais le lendemain, Pierre-Roger quitta Montségur avec moi-même, Arnaud-Roger, Guiraud de Rabat et Raymond de Rabat son frère naturel, Bernard de Saint-Martin, etc. »[4]. Cependant s’il est bien affirmé que les faidits quittent le Pog dans la journée du 27 mai, rien n’indique le moment du départ au cours de celle-ci[5]. Toutefois afin d’éviter de se faire repérer, la troupe devra obligatoirement voyager de nuit, et donc partir, au vu des distances à franchir, en tout début de soirée. Je rappelle qu’en 1232, lors de la fuite de Guilhabert de Castres et d’une partie de la hiérarchie cathare vers Montségur, l’escorte avait opté pour un cheminement nocturne[6]. A la différence des autres auteurs qui ont fait le récit de l’attentat, j’ai pensé que Pierre-Roger de Mirepoix avait également fait ce choix tactique. On peut donc présumer, que la majeure partie du 27 mai, sera consacrée à la constitution du commando, aux divers préparatifs, et au repos avant le départ de l’expédition. Ayant une bonne soixantaine de kms[7], à parcourir avant d’arriver en forêt de Gaja-la-Selve (11), la troupe partira du pog aux alentours de 18h00. Après 1h30 de marche, (certains sergents allaient semble-t-il à pied)[8] les faidits franchissent le Pas de l’Ecluse[9] à la nuit tombée, c’est à dire aux alentours de 19h30[10], sortant de leur zone de sécurité (le plateau de Bénaix/Massabrac) pour entrer sur les terres de Guy II de Lévis-Mirepoix. Après être passé par ou aux abords de l’Aiguillon (09), Lesparrou (09), La Bastide-sur-l’Hers (09), Léran (09), Belloc (09)[11], avoir fait halte à Queille (09), (une des deux étapes avec Gaja (-la-Selve 11) sur le chemin des Bonhommes se rendant du pog en Lauragais)[12], le commando ayant traversé le Touyre et débordé Saint-Quentin-la-Tour (09) ainsi que La Bastide-de-Bousignac (09), fait route vers le nord. Ensuite, ayant franchi l’Hers à l’est de Mirepoix (09), suivi l’actuelle D6A/D6 via Sainte-Foi (09) et Plavilla (11) puis passé la Vixiège, les insurgés arrivent, pour faire étape, vers les 06h00 du matin le 28 mai à la force de Genebrières[13], dans la forêt au nord de Gaja. La marche aura duré, entrecoupée d’une heure de pause, environ 12 heures ![14]

De la force de Genebrières à Avignonet (-Lauragais 31)

Antioche, aujourd’hui La Tour (Payra-sur-l’Hers 11).

Ici, nous savons que Pierre de Mazerolles, accompagné de Jourdain du Villar, Pierre Roger de la Tour de Lissac, Roger d’Aragon de Brousses, Pierre Vieil, l’arbalétrier Versiège et Jourdain du Mas junior,[15] amène des renforts armés de haches, du ravitaillement et converse secrètement avec le chef des faidits. Pierre-Roger de Mirepoix. Pendant ce temps, en réparation du chemin parcouru et en prévision de celui à parcourir, tout le monde se restaure et se repose du mieux qu’il peut, puis aux environs de 13h30 se dirige, sous le couvert des arbres, vers Antioche[16] distant à vol d’oiseau de 3,7 kms.à peine. Moins d’une heure plus tard, après avoir cheminé à l’est de Saint-Amans (11), la troupe est rendue au petit castrum propriété de Guillaume du Mas (-Saintes-Puelles 11). Une fois réglé les derniers détails, et reçu les ultimes consignes de son commandant, la colonne des rebelles s’ébranle en direction d’Avignonet (-Lauragais 31), vers 15h00. Celle-ci se dirige alors vers le nord, passant par les fermes de Borde Neuve et de Payranel. Puis près de la route d’accès à la borde de Saint-Henri, elle emprunte une sente qui rejoint la rive droite du ruisseau de la Péguille, qu’elle suit jusqu’à sa confluence avec celui du Brésil. Après avoir sauté et longé ce dernier en direction de l’ouest sur environ 900m, la troupe gagne, à proximité de la borde de la Ganguise, le chemin — appelé aujourd’hui chemin de la Tour— qui la mène à une croisée de sentiers au sommet d’une colline[17]. De cette intersection[18], située au sud du lieu-dit Bernard Peyre, après que Jourdain du Mas a rallié les insurgés, le commando s’engage sur une piste partant vers le nord-ouest. Il passe ainsi successivement auprès des fermes de Labexen et de Bigorre, traverse la D 33, continue son trajet en passant près de la borde de Montalivet et du Bois du Marchand, puis, à partir de la Croix de St-Jean, poursuit sur la D 517 située au sud du village de Baraigne (11). Enfin, après avoir progressé sur cette même route — qui devient la D 1517 dans le département de la Haute-Garonne — et avoir traversé les campagnes de la Cacherolle, et des Combes, la troupe atteint le voisinage de la borde des Brougues, où elle se dissimule en attendant le crépuscule. À la nuit tombée, les conjurés, descendant des collines par la borde de Marbail Haut arrivent sur le lieu de l’attentat[19] aux alentours de 20h30 (soit environ 45 minutes après le coucher du soleil) sans avoir éveillé les soupçons. Le commando stationne alors dans l’attente du signal l’invitant à entrer dans l’enceinte castrale, à la maselariá (abattoir) située près de la fontaine du Barry[20] ; Guillaume-Raymond Golairan[21] guettant le moment où les inquisiteurs, après avoir soupé, soient profondément endormis pour autoriser l’ouverture des portes de la ville[22]. On peut raisonnablement estimer que la durée de cette « pause forcée » a été d’environ 02h15[23], après laquelle, selon dom Devic et dom Vaissette:

Ceux qui étoient armez de haches se joignent alors à quelques habitans d’Avignonet, armez aussi de haches et de bâtons; et Raymond d’Alfaro s’étant mis à leur tête ils vont ensemble à l’appartement des inquisiteurs, brisent les portes de la salle où ils étoient couchez, et massacrent impitoyablement frere Guillaume Arnaud, à qui ils en vouloient principalement à cause de sa fermeté, frere Etienne, l’archidiacre de Lezat, le prieur d’Avignonet, freres Bernard de Roquefort et Garsias d’Aurc, de l’ordre des freres Prêcheurs, compagnons de frere Guillaume Arnaud, frere Raymond Carbonerii de l’ordre des freres Mineurs, compagnons de frere Etienne, Bernard clerc de l’archidiacre de Lezat, Pierre Arnaud notaire ou greffier de l’inquisition Fortanier et Ademar nonce sou appariteurs de ce tribunal, lesquels se laisserent tous égorger sans se défendre, et en chantant le Te Deum on pilla ensuite leurs meubles et leurs papiers. On assure que Raymond d’Alfaro, qui étoit revétu d’un pourpoint blanc, se vanta d’avoir frappé le premier les inquisiteurs avec une massue de bois que les deux nonces ou domestiques des inquisiteurs étant montez au bruit pour donner du secours à leurs maitres, furent tuez et jetez par les fenêtres; qu’un des assassins coupa la langue de frere Guillaume Arnaud; et que Raymond d’Alfaro étant venu joindre ensuite aux flambeaux le reste de la troupe, il leur raconta la manière dont les choses s’étoient passées, et les congédia.[…] Telles sont les circonstances de cette scène tragique tirées pour la plupart des registres de l’inquisition de Carcassonne, et attestées par ceux qui étoient présents. L’un d’eux témoigne qu’après le meurtre, les assassins emportèrent les habits, les hardes et les papiers des inquisiteurs qu’ils furent tuez l’un d’un coup de flèche, l’autre d’un coup de hache, un troisième d’un coup de lance et un quatrième d’un coup de couteau[24] […]

Ainsi, au regard du déroulement de l’attaque, il est vraisemblable que l’assassinat des inquisiteurs se soit produit vers 23 h, le 28 mai 1242, veille de l’Ascension. Puis le massacre perpétré, en exécution des ordres reçus, quelqu’un envoya un messager prévenir la petite section de cavaliers armés positionnée à l’Est de Castelnaudary[25], que le tribunal d’Inquisition ayant été éliminé, elle pouvait décrocher. La topographie du secteur, nous autorise à penser que l’escouade s’est probablement postée sur la Bosse (boisée) de Montmer, dans l’attente du passage des inquisiteurs et de leur suite, le 29 mai, dans le cas où ceux-ci n’auraient pu être supprimés la veille. Puis bien au-delà de minuit, l’heure du départ ayant sonné, la troupe s’évanouit dans la nuit.

D’Avignonet à Saint-Félix (-de-Tournegat 09)

Château d’Avignonet

Alors que quelques-uns des auteurs et des complices de l’attentat s’esquivent de leur côté (Bertrand de Quiders, Pierre de Beauville, Guillaume-Raymond Golairan…), la colonne ayant emprunté à rebours le chemin pris à l’aller, arrive à Antioche, où Pierre-Roger de Mirepoix est resté superviser l’opération, à l’aube du 29 mai[26]. De là, après avoir rendu compte du déroulement de la mission à leur chef[27], pris quelque repos et mangé, les faidits filent alors vers l’Ouest. Pour l’heure, la distance à parcourir (ainsi de jour, mais sur les terres amies des comtés de Toulouse[28] et de Foix), pour se rendre d’Antioche à Saint-Félix-de-Tournegat (09), par la plaine de Mazères (09), est d’une quarantaine de kilomètres. Environ 7h30 de marche et une ou deux pauses plus tard, la troupe parvient en fin de journée à destination. Pour ce faire, le commando passa dans les parages de Mayreville (11), de Saint-Sernin (11), du hameau de la Bastide de Couloumat (11) et après être descendu des coteaux, franchit l’Hers à proximité de Mazères (qui n’était qu’un village et pas encore une bastide)[29]. Après quoi, la colonne contourna Belpech (11) et Gaudiès (09) par l’Ouest, puis remonta la rive gauche de la rivière traversée plutôt, pour passer à nouveau cette dernière en amont et enfin arriver à la susdite localité. Tout ceci est évidemment bien hypothétique, puisque nous n’avons aucun détail sur les trajets suivis lors de l’opération. Cependant, on ne peut s’empêcher de penser que le repli par l’Ouest et que la halte à Saint-Félix-de-Tournegat ne sont pas les fruits du hasard. Le détour a été pensé pour se préserver d’une éventuelle poursuite (sinon pourquoi passer par le comté de Foix ?)[30]. Quant au castrum de Saint-Félix-de-Tournegat, Pierre-Roger de Mirepoix savait certainement y trouver un refuge sûr, malgré que la localité se trouvât à la limite, mais dans la terre dite du Maréchal. Imbert de Salles nous dit: « Nous allâmes tous à la garrigue de Mazères de Boulbonne, puis de là au castrum de Saint-Félix, dont les gens nous donnèrent à manger, à moi et aux autres sergents. Le curé du castrum donna à manger à Pierre-Roger et à un de ses compagnons. Il savait bien, et les gens du castrum aussi, que les Frères inquisiteurs avaient été tués par les compagnons de Pierre-Roger. »[31]. Conforté par l’accueil que lui a réservé la population du bourg, Pierre-Roger de Mirepoix se sachant parfaitement en sécurité, décide d’y passer non seulement la nuit, mais également la journée du 30 mai. Ayant déjà parcouru une quarantaine de kilomètres dans la journée du 29, il ne pouvait raisonnablement repartir pour un long périple (une bonne soixantaine de kilomètres) dans la nuit qui suivait. Devant à nouveau traverser la seigneurie de Mirepoix pour rejoindre Montségur et voulant comme à l’aller marcher sous le couvert de l’obscurité, il est donc contraint d’attendre la nuit du 30 au 31 mai.

De Saint-Félix-de-Tournegat à Montségur

St Félix de Tournegat

Le commando quitte par conséquent, probablement, Saint-Félix-de-Tournegat le 30 mai vers 18h30. Il prend alors la direction du Sud, pour trouver l’actuel GR78, qui va le mener jusqu’à Vals (09), puis à 1200 mètres à l’est de cette localité, au gué sur l’Hers du lieu-dit (aujourd’hui) Ricardel (Teilhet 09). La rivière passée, la troupe évite Rieucros (09) et débouche sur la plaine actuellement traversée d’Est en Ouest par la D119. Marchant toujours vers le levant, les rebelles après être passés aux abords de Tourtrol (09), Coutens (09) et Besset (09), vont retrouver au sud-est de Mirepoix[32], le chemin qui les avait menés, à Gaja-la-Selve (11) au début de leur mission. Puis ayant fait route encore une heure, mais dorénavant en direction du pog, les faidits font une halte (comme à l’aller) au castrum de Queille (09). Il est alors sensiblement autour de 01h30 du matin. La pause terminée, le commando reprend sa marche, pour, une vingtaine de kms plus loin, après avoir traversé en sens inverse les localités rencontrées au départ, franchir le Pas de l’Écluse et entrer sur le plateau de Bénaix/Massabrac, où il arrive aux environs de 6h30. Enfin hors de danger, les insurgés regagnent alors tranquillement Montségur par l’actuel GR7B auquel ils parviennent vers 08h30, le matin du 31 mai 1242[33] .

Épilogue

L’opération est une réussite et le pays se croit définitivement débarrassé de l’Inquisition. Pourtant, ses conséquences seront finalement désastreuses pour la cause cathare.

Au début de juin, à la nouvelle du massacre, Raymond VII déclenche ce que l’on appellera « la guerre du comte ». Il reprend rapidement un vaste territoire, d’Agen à la Méditerranée et des confins du Tarn jusqu’aux Pyrénées, à l’exception de Carcassonne.

En juillet, la situation s’inverse : les Anglais, ses alliés, sont vaincus à Taillebourg, ce qui entraîne la capitulation du comte de la Marche. L’armée française, qui progresse en Agenais, s’empare de Penne. Occupé à contenir l’ost royal en Aquitaine, abandonné par le comte de Foix et apprenant l’offensive victorieuse d’Humbert de Beaujeu, envoyé par le roi en Languedoc, Raymond VII se voit contraint de demander à négocier avec Louis IX, futur Saint-Louis.

Un nouveau traité est signé au début de 1243 à Lorris. Il entérine la perte des territoires brièvement reconquis par le comte de Toulouse. Seul Montségur refuse encore de se soumettre.

Désormais, l’élimination de la place cathare ne peut plus être différée. Le siège de la citadelle, surnommée la « Synagogue de Satan », décidé lors du concile catholique de Béziers en avril 1243, peut commencer.

Conclusion

Bien que l’attentat ait déjà fait l’objet de nombreux récits, une part significative des données concernant l’itinéraire du commando demeurait jusqu’alors mystérieuse. Les recherches menées pour reconstituer son parcours ont permis de mettre au jour plusieurs éléments jusque-là inconnus, tels que la marche de nuit, la durée totale de la mission (5 jours) et les raisons des choix tactiques opérés.

Ces découvertes apportent un éclairage en grande partie inédit sur le cheminement des rebelles lors de cet épisode majeur de l’épopée albigeoise.

© Bruno Joulia (revu et corrigé le 12/01/2026)


[1] Chronographie, étymologie: (XVIe siècle) Du latin chronographia (« chronique, récit par ordre chronologique »), d’après le grec ancien χρονογραφία, khronographía, composé de χρόνος, khrónos (« temps ») et de γραφία, grafía (« écrire »).

[2] Les enquêtes reprirent peu à peu après quelques années d’activité réduite, notamment à la suite de la crise toulousaine de 1235, au cours de laquelle les inquisiteurs avaient été expulsés de la ville par la population en raison de leurs abus. « Mourir à Montségur » tome IV de l’Epopée Cathare par Michel Roquebert, éditions Privat, 1990, chapître 13, page 266 et suivantes.

[3] Mourir à Montségur, ibid . Supra, page 334.

[4] Mourir à Montségur, ibid. Supra, page 331.

[5] Bien qu’aucune des dépositions rassemblées ne précise l’instant exact du départ du commando, plusieurs auteurs ayant relaté l’affaire en détail nous disent que Pierre-Roger de Mirepoix et ses hommes quittèrent Montségur le matin ! « Le dossier de Montségur, Interrogatoires d’Inquisition 1242 – 1247 », textes traduits, annotés et présentés par Jean Duvernoy, Pérégrinateur éditeur, 1998.

[6] Comme nous le révèle le sergent Bernard de Joucou: « Une nuit, moi-même, Raymond de Péreille, Bertrand de Bardenac, Bertrand du Congost, Guillaume de Bouan, et Bertrand Marty (il s’agit du bayle de Raymond de Péreille), nous sommes sortis du castrum de Montségur et nous sommes allés près de l’église Saint-Quirc au Pas de las Portas. Nous y avons trouvé Isarn de Fanjeaux et Pierre de Mazerolles avec plusieurs de leurs compagnons, dont j’ignore les noms. Ils avaient amené là l’évêque Guilhabert de Castres avec vingt autres hérétiques. Quand Raymond de Péreille eut reçu ces derniers, Isarn de Fanjeaux et Pierre de Mazerolles s’en retournèrent avec leurs compagnons. Raymond de Péreille, moi-même et tous ceux avec qui j’étais venu, nous avons adoré les hérétiques, après quoi nous les avons escortés et les avons conduits jusqu’à Montségur…». « Mourir à Montségur » tome IV de l’Epopée Cathare par Michel Roquebert, éditions Privat, 1990, page 163.

[7] Distance mesurée approximativement sur le site Géoportail de l’Institut Géographique National (IGN) – 44 kms -, à laquelle j’ai ajouté, pour un kilométrage plus réaliste, une bonne marge – 22kms – en détours et sinuosités. Cette méthode (personnelle) a été appliquée pour toutes les estimations des longues distances.

[8] « […] et les sergents armés de haches se mirent en route en marchant devant moi, » et « […] alors moi-même et tous les sergents à pied qui étaient venus à Avignonet […]» extraits de la déposition du sergent Imbert de Salles. Mourir à Montségur, ibid. Supra, pages 327 et 328.

[9] L’étroit passage de Lavelanet était contrôlé par une garnison de Gui II de Lévis, seigneur de Mirepoix. C’est la raison pour laquelle, afin de l’éviter, Guilhabert de Castres demanda (en 1232) à Raymond de Péreille de le guider du Pas de las Portas à Montségur. Voir l’article: https://www.catharisme.eu/7-culture-etudes-cathares/7-2-cec-culture/le-catharisme-hors-des-chemins-touristiques-traditionnels/. En outre, Jean Duvernoy nous apprend qu’après le massacre d’Avignonet, lors de la guerre du comte (de Toulouse) à laquelle ils ne participèrent pas: « […] les seigneurs de Montségur se contentèrent de reprendre leurs biens les plus proches, en commençant par Lavelanet, où l’on bâtit en hâte une maison pour l’Ėglise cathare ». « Le dossier de Montségur, interrogatoires d’inquisition 1242-1247 », textes traduits annotés et présentés par Jean Duvernoy, Pérégrinateur éditeur, 1998, page 32. Ne pouvant traverser Lavelanet, le commando passa donc par le Pas de l’Écluse (coordonnées GPS 42°54’42.5″N 1°52’29.4″E). Il est à noter que le Pas de l’Ecluse se trouve toujours, sur le territoire de la commune de Bénaix. Le plateau de Bénaix/Massabrac était pour les résidents du pog une zone de sûreté, voici pourquoi: « Après le traité de 1229, qui donnait à Raymond VII le territoire entier du diocèse de Toulouse, à l’exception de la terre du Maréchal, il pouvait faire valoir ses droits sur Montségur et il le fit ». Le dossier de Montségur, ibid. Supra, page 19. Il n’est pas ici question de Massabrac, cependant le fait que Guilhabert de Castres ait pu y faire une halte en toute sécurité en 1232, prouve que le castrum avec son territoire faisaient également partie du comté raymondin.

[10] Les horaires ont été établis approximativement à partir de l’heure solaire. Le décalage par rapport à l’heure solaire en France est d’une heure environ en hiver et de deux heures environ l’été.

[11] Après la croisade contre les cathares au XIIIe siècle, les terres de Belloc, Queille et Saint-Quentin constituent une enclave dans la terre de Mirepoix, en demeurant la possession des comtes de Foix. Il est à noter que cette enclave refuge était opportunément située à peu-près à mi-chemin entre Montségur et Gaja-la-Selve et entre Saint-Félix-de-Tournegat et Montségur.

[12] « Aux confins du Lauragais et du pays de Mirepoix, les Mazerolles, seigneurs de Gaja, sont si accueillants aux parfaits qui vont à Montségur ou en reviennent, que leur village sera rasé. Il faut dire que Gaja -ses maisons, mais aussi sa grande forêt-, est avec Queille plus au sud, l’un des deux relais obligés entre le Lauragais et Montségur. ». Dans : « Histoire des Cathares », par Michel Roquebert, éditions Perrin, collection tempus, 2002, page 361.

[13] Aujourd’hui appelé la Grange : Grange (La), f., cne de Saint-Amans ; anc. propr. du monastère de Prouille depuis 1360. _ Bastida de Genebrarias, 1223 (de Teule, p. 11)._ Forcia de Sancto Martino que vocatur Genebreiras, 1244 (H. L. VIII, pr. 374, 1°). _ De Genebrerio, 1304 (Guiraud, Cartul. De Prouille, I, 95). _ Ad villam de Genebreriis, 1309 (arch. Aude, H 327). _ Bastida a Ginebreras, 1362 (ibid., H 361). _ Quaedam boria vocata de Ginibreras…, Ginibreriae, 1391 (ibid., H 362). _ La grange de Genebrières…, ensemble la Tuilerie, 1635, 1688-1704 (ibid. H 374). Dictionnaire topographique du département de l’Aude : comprenant les noms de lieu anciens et modernes / réd. par l’abbé Sabarthès, Paris, imprimerie nationale, 1912. Pages 170, colonne de gauche et 171, colonne de droite.

[14] Pour le calcul du rapport distance/temps, le commando étant composé de cavaliers et de piétons, la vitesse qui a été retenue est la moyenne entre l’allure d’un cheval au pas (7 km/h) et celle d’un piéton (5 km/h) soit 6 km/h. Toutefois cette vitesse a été réduite à 5 km/h pour les trajets effectués de nuit.
Pour ceux qui s’étonneraient des distances parcourues et du temps mis pour le faire, lire l’article de Jean Duvernoy: « La journée de marche des Ariégeois vers 1300 », actes du XLème Congrès d’Études Régionales 1985, Saint-Girons 1986, pages 105 à 108.

[15] Déposition d’Alzieu de Massabrac «Le dossier de Montségur, Interrogatoires d’Inquisition 1242 – 1247», textes traduits, annotés et présentés par Jean Duvernoy, Pérégrinateur éditeur, 1998, page 123. Jourdain du Mas le Jeune, surnommé Jordanet, dont aucune déposition ne mentionne par la suite la présence à Antioche, dut, après l’accord de Pierre-Roger de Mirepoix quant à sa participation à l’opération et à son installation à Montségur, rentrer chez lui pour « faire ses adieux », prendre un peu d’argent et rassembler quelques affaires. Il intégra le commando lors de son passage sur les hauteurs du Mas-Saintes-Puelles et suivit celui-ci jusqu’à son retour au castrum rebelle.

[16] Aujourd’hui appelé la Tour : Tour (La), chat, f. et min [moulin] com.de Payra. – Antioca, 1223 (de Teule, p. 11). Antiocha, 1244 (H. L., VIII, col. 1157). – Villa de Antiocha, 1318 (Vidal, p. 134). – Anthioca, 1319 (arch. Aude, E, non invent.). – Villa de Anchiora = Anchioca, 1348 (Guiraud, Cartul. de Prouille, II, 988). – Anchiochia=Antiochia,1391 (arch. Aude, H 362). – La Tour, 1781 (c. dioc. Mirep.). – La Tour d’Entioque, 1790 (Arch. nat., D Ivbis, 4). – La Tour d’Anthioque…, moulin de la Tour, 1807 (arch. Aude, M, stat. Com,). – La Tour à Antioche (cad.) Dictionnaire topographique du département de l’Aude: comprenant les noms de lieu anciens et modernes / réd. par l’abbé Sabarthès, Paris, imprimerie nationale, 1912. Page 446 colonne de droite.

[17] « Guiraud de Rabat, Bernard de Saint-Martin, moi-même et tous les autres susdits vînmes ensemble sur une serre [mont, colline, montagne…] près du château du Mas. Quand nous y fûmes, arriva là Jourdain du Mas junior, seul, qui parla à part à Bernard de Saint-Martin et Balaguier, chevalier de Laurac.» Le dossier de Montségur – interrogatoires d’inquisition 1242-1247, traduction de Jean Duvernoy, Pérégrinateur éditeur, 1998, page 126.

[18] Cette intersection (coordonnées GPS 43°17’58.6″N 1°52’15.2″E) se situe à un peu moins de 2 km, par la route, du centre du Mas-Saintes-Puelles.

[19] « Puis tous, [suite de noms] vinrent à une serre près du Mas, et de là, de nuit, vinrent près du château d’Avignonet ». Alzieu de Massabrac, Le dossier de Montségur, ibid. Supra, page 123.

[20] Certains ont pu relever une divergence quant à la localisation du lieu d’arrivée du commando à Avignonet dans les traductions respectives de Michel Roquebert et de Jean Duvernoy de la déposition du sergent Imbert de Salles devant l’Inquisition. La variation s’explique par la graphie incertaine, au XVIIe siècle, d’un copiste de l’équipe Doat (fonds Doat, BnF, dans lequel se trouve le manuscrit contenant le témoignage) quant à la deuxième lettre du mot occitan maselariá (abattoir) ou meselariá (léproserie). Là où Michel Roquebert a lu un a, Jean Duvernoy aura lu un e. Dans la version latine des Dossiers de Montségur, interrogatoires d’Inquisition 1242-1247, Millau 1998, page 143, Jean Duvernoy écrit ce mot messellarie, mais certainement l’a-t-il traduit directement de l’occitan en latin lors de la retranscription des originaux Doat. Mésellerie, subst. fém.,vx, Lèpre. Léproserie (Lar. 19e, Nouv Lar ill). Étant donné l’arrivée du commando par le sud-est, il semble logique qu’il se soit dirigé vers l’abattoir (la maselariá), situé près de la fontaine du Barry (l’activité d’abattage ayant besoin d’eau), à l’est du castrum, plutôt que vers la léproserie qui se trouvait à l’ouest et plus éloignée de la cité. Voir l’article: https://www.catharisme.eu/5-h/5-1-h-cat/precisions-sur-laffaire-davignonet/

[21] Fervent croyant cathare et complice de Raymond d’Alfaro en cette affaire.

[22] Il s’agit de la porte d’Autan, d’après le plan d’Avignonet au XIIIe siècle, établi par Mr Daniel Bonhoure, présenté dans son ouvrage Avignonet-Lauragais, son histoire, Syndicat d’initiative d’Avignonet-Lauragais – Mairie, Toulouse, 2006, page 34.

[23] Sur cet intermède, l’allégation d’Alzieu de Massabrac laisse entendre (si elle est véridique) que l’attente a dû être suffisamment longue pour permettre aux deux compères de s’endormir: « Puis ceux qui étaient entrés dans le château sortirent […] Raimond de Rabat et moi dormions alors. Nous nous réveillâmes aux clameurs qu’il y eut dans le château […] », Le dossier de Montségur, ibid. Supra, page 123

[24] Histoire générale du Languedoc par dom Devic et dom Vaissette, continuée par le chevalier Du Mège, tome VI, Paya éditeur, Toulouse, 1840-1846, page 38.

[25]  « J’ai entendu à Avignonet Raimond d’Alfaro dire à Arnaud Roger, à Guiraud de Rabat et à d’autres chevaliers que si les Frères inquisiteurs n’avaient pas été tués à Avignonet, vingt hommes armés à cheval devaient les tuer entre Castelnaudary et Saint-Martin [-Lalande]. Et je l’ai entendu dire après coup à Pierre Roger. ». Imbert de Salles. Le dossier de Montségur, ibid. supra, page 128 et 129. L’allégation du sergent prouve que l’itinéraire et les dates des déplacements des inquisiteurs étaient connus.

[26] « Le lendemain au petit matin, ils revinrent auprès de Pierre-Roger et dirent publiquement qu’ils avaient tué les inquisiteurs » Guillaume Arnaud, homonyme de l’inquisiteur massacré, habitant de Saint-Martin-Lalande (11). «Mourir à Montségur» tome IV de l’Epopée Cathare par Michel Roquebert, éditions Privat, 1990, page 333.

[27] C’est alors que « Pierre-Roger de Mirepoix reprocha aux meurtriers de ne lui avoir pas apporté le crâne de frère Guillaume Arnaud, dont il voulait faire une tasse pour boire, etc.» Histoire générale du Languedoc par dom Devic et dom Vaissette, continuée par le chevalier Du Mège, tome VI, Paya éditeur, Toulouse, 1840-1846, page 38.

[28] Nous savons par la déposition de Fays de Plaigne (femme de Guillaume de Plaigne, le porteur de la lettre de Raymond d’Alfaro à Pierre-Roger de Mirepoix) que l’opération a été commanditée par Raymond VII. Le commando ne risquait donc rien de la part du comte à marcher sur les terres de celui-ci. « Puis Raimond d’Alfaro lui dit que son maître, le comte de Toulouse, ne pouvait trouver ni Pierre de Mazerolles ni les chevaliers de Pennautier qui voulussent tuer Frère Guillaume Arnaud et ses compagnons. C’est pourquoi […] ». « Le dossier de Montségur, interrogatoires d’inquisition 1242-1247 », textes traduits annotés et présentés par Jean Duvernoy, Pérégrinateur éditeur, 1998, page 57.

[29] Le lieu de Mazères […] ce village était situé dans le comté [de Foix]. « Histoire du comté de Foix, depuis les temps anciens jusqu’à nos jours », Tome 1, Henri Castillon d’Aspet, Toulouse, Cazaux, Paris, Garnier et Pamiers, Fuzéré, 1852. Page 330. La bastide de Mazères fut créée en 1253 par l’acte de paréage entre les comtes de Foix et les abbés de l’abbaye de Boulbonne.

[30] Passer par les terres de Roger IV de Foix (comme faire halte à Queille, au cœur de l’enclave du comté située dans la terre du Maréchal), était pour le commando la garantie de se défaire d’hypothétiques poursuivants, car ceux-ci auraient été contraints de s’arrêter aux frontières du territoire. Voilà pourquoi Pierre-Roger de Mirepoix voulut faire un détour par la garrigue de Mazères de Boulbonne — l’abbaye et non par la borde éponyme située au nord de Belpech, comme l’affirment certains auteurs —, avant de se rendre à Saint-Félix-de-Tournegat.

[31] « Mourir à Montségur » tome IV de l’Épopée Cathare par Michel Roquebert, éditions Privat, 1990, page 329.

[32] Mirepoix se situait à cette époque rive droite de l’Hers au pied du château de Terride.

[33] Concernant la durée totale de la mission (du départ à l’arrivée à Montségur), au travers de sa déposition, Bérenger de Lavelanet nous dit: « Puis Pierre Roger de Mirepoix, [une longue suite de noms], et d’autres du château de Montségur dont je ne me souviens pas sortirent du château et restèrent quatre jours en dehors, après lesquels ils revinrent à Montségur. ». « Le dossier de Montségur, interrogatoires d’inquisition 1242-1247 », textes traduits annotés et présentés par Jean Duvernoy, Pérégrinateur éditeur, 1998, page 75. Ainsi une lecture rapide du passage ci-dessus peut nous laisser penser que la mission des faidits, a bien duré au maximum quatre jours. Cependant un examen attentif de l’assertion nous révèle que l’on peut également l’interpréter comme ceci: «…sortirent du château et restèrent quatre jours en dehors, après lesquels [c’est-à-dire le cinquième jour] ils revinrent à Montségur. ». Ce qui donne alors quatre jours et quatre nuits passés par la troupe en dehors du castrum rebelle. Jours: 27, 28, 29, 30, en dehors du pog et arrivée à celui-ci le 31 au matin. Nuits: 27 à 28, 28 à 29, 29 à 30, 30 à 31.

Guilhem de Carcassonne

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