5-Histoire

Le rocher de Pèire l’Ancien

5-1-Histoire du catharisme
65 vue(s)
Le rocher
La croix est destinée à rappeler l’imposition dans le sang du pouvoir catholique. © É. Delmas

Le rocher de Pèire l’Ancien

Le temps du rocher.

Pour présenter ce rocher, aujourd’hui « chaînon » de la mémoire cathare, et le situer dans un espace spatio-temporel, j’ai revisité les deux temps forts de l’Histoire cathare médiévale. 

Le premier temps, celui de l’implantation et du rayonnement cathare qui recouvre tout le treizième siècle, contient en lui-même deux périodes distinctes; celle du libre épanouissement spirituel d’avant la croisade, et celle de la réorganisation de l’Église cathare après la croisade (1220- 1228). [1]

Le deuxième temps est celui de la reconquête spirituelle par l’Église de l’Ancien, Pèire Autier qui couvre la première décennie du XIVe siècle. L’histoire du rocher s’inscrit dans ce temps-là, celui de la religion clandestine persécutée par l’Inquisition. Le troisième reste à écrire, c’est le notre.

Tout au long de ces deux siècles, il est frappant de constater la force de  la foi qui portait cette religion et qui lui permit de venir à bout   des grands chamboulements sociologiques subis  par l’action délibérée et  destructrice du pouvoir inquisitorial. Mise en place dans le seul but d’anéantir l’hérésie cathare, si l’Inquisition tua en un siècle moins que les croisés de Simon de Montfort en dix mois [2] elle exerça, en revanche, sur la «société cathare» un démantèlement systématique tel que son Église dut recréer  dans la clandestinité une nouvelle cohésion sociale. Malgré les difficultés inhérentes à cette situation, le catharisme parvint néanmoins à conserver toute sa cohérence religieuse et institutionnelle. Je n’engagerai que moi pour affirmer aujourd’hui que,  seul, un « génocide spirituel» put alors mettre à bas pour plus de sept siècles la religion cathare.

Dans la singulière société occitane médiévale qui, selon l’heureuse formule de A. Brenon, «transcende les clivages de classes», une des particularités du catharisme a été de puiser sa force dans la tradition familiale, véritable ciment des communautés depuis plusieurs générations. Les réseaux de solidarité eurent toujours pour noyau un clan familial, nobiliaire et souvent matriarcal dans le premier temps, puis bourgeois et populaire au XIVe siècle. Ces réseaux savamment réactivés par l’Église de l’Ancien, alors composée d’une quinzaine de Bons Hommes pour évangéliser des Pyrénées au Bas-Quercy, furent alors la figure de proue du catharisme clandestin.

Les «maisons de l’Église».

Ces maisons remplacèrent, dans un nouveau contexte social, les maisons cathares de la période du rayonnement. S’inscrivant dans la nouvelle sociabilité imposée par les circonstances , leur rôle alors fut évidemment diversifié et plus complexe: maisons de ville (comme la rue de l’étoile à Toulouse), de bourgs (comme la maison des Francès à Limoux) [3],  de hameaux (comme la borde des Bourguignons près de Bouillac), etc.  Mises en place très tôt, elles furent nombreuses et sans cesse réinventées en fonction de la progression des enquêtes inquisitoriales, à la fois points d’ancrage, relais, gîtes protecteurs, au rythme des  déplacements périlleux des Bons Hommes en activité [4]. Ces  foyers de croyants de la première heure, mais aussi de nouveaux croyants, pouvaient être des haltes d’un jour pour rythmer une trop longue marche, ou maison amie sûre pour  de plus longs séjours pouvant abriter alors les ordinations, les prêches et l’ enseignement aux croyants. Ces gîtes clandestins étaient tenus par des familles dont, la plupart  du temps, tous les membres participaient  en tant qu »hôtesses,   passeurs, agents,  guides, voire pouvaient même  jouer plusieurs rôles à la fois. Leurs noms, tels les Doumenc, les Hugou, les Isabe, les Lantar, et bien d’autres encore,  résonnent  dans le  » biopic » « Le dernier des cathares, Pèire Autier».

Larnat, un refuge sûr.

Larnat. © B. Joulia

Comme il y avait à Ax, à Tarascon, à Lordat, la demeure des Issaura  à Larnat fut une de ces maisons sûres  et accueillantes  pour les chrétiens, et  un lieu de contact assuré avec  ces derniers pour les croyants en demande.

Aux alentours du 29 septembre 1299, le croyant Guilhem de Luzenac fit savoir que Pèire Autier avait besoin de prendre du repos dans un endroit sûr. Ce soir-là Raimond et Pèire Issaura attendaient Guilhem de Luzenac au milieu de la côte sous Larnat. L’Ancien resta un mois  dans la maison refuge avant de repartir avec le Bon Homme Pèire Amiel, car il était réclamé à Mérens. Ce fut probablement, selon Anne Brenon, le plus long séjour de l’Ancien dans la maison Issaura.

Dès le  début du XIVe siècle, la famille Issaura de Larnat, famille de la noblesse du Haut-Comté de Foix, avait rassemblé sa foi et son courage pour venir en aide  à l’Église cathare.  Dans les mois qui suivirent le retour de Lombardie des frères Autier nouvellement consolés, leur maison devint  un des refuges privilégiés pour les Bons Hommes du Sabarthès [5]. Arnaud Issaura, le père, et particulièrement ses fils servaient de guides aux chrétiens, les accompagnant le plus souvent la nuit. Père et fils témoignèrent devant Jacques Fournier:

Arnaud: Pèire Autier et son fils Jaume venaient plus souvent que les autres hérétiques.
Pèire Issaura: C’étaient nos plus grands amis.

Pèire et Jaume Autier revinrent fréquemment, seuls ou avec d’autres compagnons.

Larnat, lieu d’ordination.

Dans la maison Issaura eurent lieu  l’ ordination des derniers ministres cathares du Haut-Comté:

-Vers 1301, ce fut l’ordination de  Jaume Autier et Pons Baille d’Ax-les-Thermes devant toute la famille Issaura.

-Vers 1302, Géraut de Rodès, dans sa déposition, [6] signale deux autres ordinations tout en affirmant  devant l’inquisiteur ne pas se rappeler les noms des nouveaux chrétiens.

– En 1303, Pons de Na Rica fut ordonné sous le nom de Pons d’Avignonet.

Il s’agit là des seules ordinations faites en Sabarthès. D’autres chrétiens furent ordonnés dans d’autres lieux protégés les années suivantes.

Larnat, un lieu pour faire sa« bonne fin».

Aux temps de la paix,  on pouvait amener facilement les mourants dans les maisons cathares tenues par les Bonnes Dames et les Bons Hommes pour recevoir la Consolation, » viatique » cathare de la bonne fin. De même, les chrétiens pouvaient-ils se déplacer librement pour apporter la Consolation à leurs croyants. Aux temps de l’Église de la clandestinité,  les Bons Hommes,  voyageant le plus souvent de nuit, accompagnés de guides ou passeurs, pour répondre à la demande de leurs croyants devaient affronter tous les risques;  délation, piège, arrestation. On a l’exemple de Jaume Autier et Andrieu , en chemin pour consoler une prétendue mourante, arrêtés sur traitrise de Guilhem Pèire-Cavaillé [7].

Pour vous donner une image un peu plus panoramique de la période, voici ce qu’en dit Anne Brenon dans «Les femmes cathares»:

À partir de maisons secrètes, à Toulouse, à Rabastens, dans les confins de l’Albigeois, du Toulousain, de la Lomagne, à partir des foyers amis et sûrs, comme celui des Francès de Limoux, ou le logis de Sybille Baille d’Ax, les pasteurs clandestins, par équipe de deux, se faisaient conduire dans les caves, les granges, les soliers, pour consoler les mourants ou prêcher au coin du feu.

Pour les croyants du Sabarthès, Larnat représenta alors, à  l’instar de Montségur entre 1232 et 1242, ce  lieu où l’ on pouvait   faire sa bonne fin.

-En 1302, Guillelme Cathala de Larnat transportée mourante dans une couverture par les frères Issaura, venait demander la Consolation aux Bons Hommes Pèire et Guilhem Autier [8]. Leur témoignage est précieux car il nous révèle le sens profond de la Consolation. Au moment de la ramener chez elle, l’Ancien recommanda alors aux deux frères de ne pas toucher la consolée à peau nue. En effet, cette dernière, devenue   Bonne Dame, aurait compromis  sa chasteté, et par voie de conséquence aurait rompu ses vœux.

-Durant le carême de la même année probablement, Guilhem Sabatier fils accompagné d’un ami, Berna Mounier, amenaient le vieux croyant Guilhem Sabatier de Limoux, son père,  pour faire sa bonne fin entre les mains d’un chrétien ( Pèire ou Guilhem Autier).

– Vers 1303, l’Ancien assisté de son frère Guilhem, consolait sur son lit de mort, Dame Huga de Larnat [9], épouse de Félip Issaura. Ce témoignage aussi revêt une importance particulière car il décrit les derniers instants partagés entre croyants et  chrétiens, et  comment ces   derniers veillaient au Salut des âmes des premiers.   La bonne fin de Dame Huga nous est connue par la prolixe et non croyante Sébélia Pèire, épouse de Guilhem Pèire-Cavaillé.[10]. Les détails qu’elle livre alors à l’inquisiteur lui venaient des confidences mêmes de l’Ancien . Dans sa confession, on y apprend qu’ après la consolation, la mourante alors en endura fut transportée dans un cellier, afin que le Bon Homme qui l’avait déliée de ses péchés pût demeurer jusqu’au bout avec elle,  afin de veiller à sa bonne fin. Ainsi le comprit Sébélia Pèire: « C’était pour que, si elle avait à nouveau besoin d’être reçue et consolée par eux, elle le fût».

-En juin 1306, ce fut le fils aîné de la famille qui fit sa bonne fin à Larnat entre les mains d’Amiel de Perles.

– Aux environs de septembre 1307, aucun Bon Homme ne se trouvait à Larnat pour Ermengarde la mère de famille. Elle mourut  sans pouvoir être consolée, le chrétien Felip de Talairac ayant été contacté trop tard [11]. Vers 1311-1312, après un passage au Mur et des peines commuées en port de croix, on pouvait rencontrer  Pèire et Raimond, tout deux  relaps,   dans l’entourage de Guilhem Bélibaste, en Espagne. Dans le même temps, en France , dans les villages occitans, le crieur public annonçait la mise à prix de la tête de Raimond pour 50 livres tournois. André Delpech souligne  l’importance de cette somme , comparée à la valeur de la maison ariégeoise de l’époque qui était de 40 livres tournois. On est heureux de penser que les deux frères purent apparemment échapper à l’Inquisition alors que vous vous en doutez bien, la belle maison Issaura fut brûlée au même titre que le corps exhumé du fils aîné Guilhem.

Ces témoignages nous éclairent donc suffisamment  sur la présence fréquente des Bons Hommes à Larnat.

Le rocher dans la clairière des prêches. © B. Joulia

Le rocher de Larnat,  lieu de prêches?

Lorsque en temps de paix, l’Église cathare jouissait de la sécurité et d’une large adhésion, le prêche pouvait être une cérémonie régulière à laquelle participait une importante assistance; on nota, à plusieurs reprises, une centaine de personnes en Lauragais dans les domiciles nobles (M S 609. Toulouse). On sait aussi qu’à Montségur, les évêques prêchaient à intervalles réguliers dans leurs maisons pour toute la population, garnison , croyants et revêtus[12].

Dans les récits citadins de la clandestinité,  les témoignages de Joana de Sainte Foy [13] et celui encore plus étonnant de Géraude de Toulouse [14] nous renseignent sur deux prêches connus: un jour de 1304,  Joana et sa mère, se rendirent dans un jardin de Saint-Cyprien ( un quartier  de Toulouse) pour y entendre prêcher l’Ancien Pèire Autier et son fils, guidés par Raimond des Hugous. Ce prêche de Saint-Cyprien est d’ailleurs  mentionné dans plusieurs culpae du registre de Bernard Gui. Quant à Géraude, elle confessa à l’inquisiteur avoir assisté une nuit  à un prêche libre de Jaume Autier dans l’église conventuelle de  la Sainte-Croix (située hors des murs de Toulouse).  Une  assemblée clandestine probablement appuyée, comme le remarque A. Brenon,  par des sympathisants extérieurs à l’Église cathare. Cette scène quelque peu surréaliste fait écho à la célèbre remarque du Bon Homme Guilhem Bélibaste:

Après tout, on peut prier Dieu dans une église aussi bien qu’ailleurs…

Dans les campagnes,  remarque Anne, c’est pendant les séjours prolongés dans les gîtes moins exposés que les chrétiens avaient le plus de latitude pour prêcher et enseigner l’Évangile aux croyants.  Les hauts villages perchés accessibles seulement par des chemins pentus et  arpentés surtout par les fidèles, étaient les gîtes alors les plus sûrs. Larnat, ici encore semble avoir pleinement rempli son rôle. Le village, suspendu sur une crête au-dessus de la vallée du Sabarthès et du village de Bouan, était accessible alors par un unique chemin  escarpé. Ce chemin, encadré de deux murettes de pierre, s’élance raide vers le col en direction de Miglos et du Vicdessos. Cheminons un moment sur les pas de Anne:

…à la hauteur des champs de Prado lonc, le chemin s’évase, la ligne des blocs de pierre s’incurve, délimite une petite aire qui surplombe directement les toits du village, autour d’un gros rocher arrondi, surmonté d’une croix de métal forgé [15].

Tout marcheur en quête du passé, et arrivé jusque  là, se demande alors s’il se trouve en présence du rocher au pied duquel prêcha, dit-on, l’Ancien.   Si aucun texte ne permet aujourd’hui de l’affirmer , diverses informations permettent de sérieuses hypothèses. André Delpech écrivait dans le numéro 16 de la revue Heresis :

« Grâce à l’aimable collaboration de monsieur Sylvain Gouzy, maire de Larnat, nous avons appris que lors de la construction de la route pastorale, sur le même vieux chemin de Miglos, fut détruit un rocher. Ce dernier était à environ quarante mètres au-dessus du rocher portant la croix. Il fut brisé sur place et par là-même, en servant de soubassement à la route, il obstrue depuis le vieux chemin. Son emplacement nous semble, toutefois trop éloigné du village pour en faire  le «rocher de Pèire Autier». Près du ruisseau d’Antignac, un groupe de rochers, dont un assez important peut correspondre  aux écrits. Mais cette fois, nous l’estimons trop proche du village. Le rocher avec la croix, bien que situé sur le chemin principal, se trouvait en quelque sorte aux écarts. En effet, les habitants de Larnat lorsqu’ils n’étaient pas accompagnés de bétail, coupaient habituellement à travers prés pour rejoindre le chemin de Miglos dans les environs du rocher détruit. Pèire Autier et ses croyants étaient là, à l’abri des regards, dissimulés dans le creux du chemin, tout en ayant la possibilité de surveiller les abords. À la moindre alerte, il était facile au Bon Homme de fuir, les croyants faisant semblant de continuer la route».

On peut penser en effet que cet endroit  protecteur pour des prêcheurs traqués fut un espace  rassurant pour pouvoir poursuivre leurs activités apostoliques . Le long séjour d’un mois pour l’Ancien put alors  être pour lui l’occasion de rendre des visites d’amitié à la Dame Sébélia de Larnat et de rencontrer ses croyants comme il le laissa d’ailleurs lui-même entendre à Sébélia Peyre. En effet, cette dernière dans sa déposition devant Jacques Fournier, raconta:

Il (Pèire Autier) me disait, en faisant l’éloge de sa secte et de sa foi, qu’Esperte d’en Baby de Miglos et son fils, venait souvent de chez Félip de Larnat, en passant le col entre Miglos et Larnat et ils parlaient de la foi et de la secte des hérétiques avec la Dame Sébélia, mère du damoiseau Félip qui était une de  leurs bonnes croyantes. Et cette Esperte et son fils étaient si attachés à connaître la foi des hérétiques qu’ils venaient avec Sébélia sous un caire ou un rocher qui est au-dessus de Larnat au lieudit A. Prado lonc.

Nous ne possédons, à ce jour, aucune déposition directe relatant le souvenir d’un prêche de l’Ancien sous ce fameux rocher, et cette déposition ne donnant pas plus d’information, nous savons simplement que ces croyants  se rassemblaient là . De plus leur prédicateur était là, lui aussi, et, Matthieu faisant dire à Jésus…

Là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux (Mat.18, 19)

… alors, malgré la toujours cartésienne pensée cathare qui se défie de tout  symbole, icône et relique en tous genres, pensée libre de tout lieu sacré,  et malgré cette horrible croix comble de l’ironie, le rocher de Larnat prend forcément une dimension particulière dans nos pensées. Je sais que sur le chemin qui me conduira au rocher, c’est ce besoin indicible et irrépressible de connexion avec ces esprits purs qui me guidera. Eux seuls avaient compris le message de Christ, le simple message d’Amour. En apôtres de ce dernier, ils le vécurent totalement en le pratiquant sans restriction au-delà des persécutions, au-delà de la mort. C’est aussi grâce à l’exemple inestimable du «chemin de vie» qu’ils nous ont laissé que le message a gardé toute sa force. En mettant en pratique les préceptes de Christ, ils ont su nous montrer, au-delà de l’espace et du temps, qu’aucune force aussi mauvaise soit-elle ne pourra jamais écorner ce message d’Amour universel, essence même de l’Être, émanation du principe du Bien. Alors sur le chemin du retour, comme l’agnostique Anne [16], d’un geste païen irréfléchi, je ne résisterai pas à la tentation de cueillir un tout petit caillou et le glisserai dans ma poche comme gage dérisoire de ma connexion continue avec ces purs esprits passés par là, avant moi, il y a plus de sept-cent ans déjà…Car le chemin se fait en cheminant…


NOTES

  1.  Michel Roquebert in «L’épopée cathare,T4. Mourir à Montségur»: « Malgré un clergé saigné à blanc par les bûchers de 1210-1211, une Église complètement désorganisée et atteinte dans ses bases économiques, avec la destruction des maisons cathares, l’Église fut pourtant restaurée avec une rapidité déconcertante entre 1220 et 1226: réouverture des maisons sous la direction d’un ancien ou d’une supérieure et reconstitution de diaconés», l’auteur attribuant l’essentiel de l’action à Guilhabert de Castres.
  2. De l’été 1210 au printemps 1211, les bûchers de Minerve, de Lavaur et des Cassès ont fait de 500 à 600 victimes: ( M Roquebert, «Mourir à Montségur», note 30, p 564).
  3. Dans l’année 1301, Pèire Autier y présidera une grande assemblée de son Église, chronologie de A. Brenon in «Le dernier des cathares…»
  4. Pour suivre les pas des Bons Hommes du XIVe siècle: «Le dernier des cathares, Pèire Autier» de Anne Brenon.
  5. Terroir pyrénéen structuré par la haute vallée de l’Ariège en amont du pays de Foix avec Tarascon-sur-Ariège comme ville principale. (Wikipédia). Ax, Lordat, Rabat, Quié, Château-Verdun, Bompas, Niaux, Sabart, Lujat et Issaura… étaient des seigneuries de la haute vallée selon la carte de Florence Guillot, «Haute vallée de l’Ariège aux XIe et XIIe siècles».
  6. Géraut de Rodès, «L’inquisiteur Geoffroy d’Ablis et les cathares en comté de Foix»,Ed. Annette  Palès Gobilliard , 98-101.
  7. Anne Brenon, «Le dernier des cathares, Pèire Autier», p 367.
  8. op cité p 206.
  9. Pèire Issaura,  op cité note 6,  «L’inquisiteur G.A et les cathares en comté de Foix»
  10. Sébélia Pèire, Registre de Jacques Fournier. 584.
  11. «La famille Issaura de Larnat» André Delpech, Heresis, n°16, juin 1991, p 1 à 20
  12. Registre de Ferrier, Doat XXII
  13. Culpa de Joana de Sainte-Foy, Mur, Sentences de  Bernard Gui, Ed P. A. Limborch .
  14. Culpa posthume de Géraude de Toulouse, op cité.
  15. A. Brenon, «Les femmes cathares», p 303.
  16. A. Brenon, «Les femmes cathares», p 305.
Pannonceau d’information actuel

Voici le texte que m’a envoyé notre guide touristico-historique, Bruno Joulia. Belle marche méditative à vous.

Pour se rendre à la Pierre Ronde:
Depuis le centre du village, prendre la rue de la fontaine/lavoir Antignac, qui se dirige vers le sud. Après avoir dépassé les dernières maisons, dans le tournant qui se présente à vous, empruntez le sentier qui monte en direction de l’ouest (à l’entrée duquel se trouve un petit panneau didactique) puis parcourez, sous le couvert des arbres, un peu plus d’une centaine de mètres avant d’arriver en vue du rocher recherché.

Chantal Benne.

Vidorles ou Bidorle ?

5-1-Histoire du catharisme
95 vue(s)

Vidorles ou Bidorle ?

Pourquoi le Vidorles (Belvis [11]) ne peut pas être le Bidorle

Dans l’histoire du siège de Montségur (1243-1244) il est évoqué un épisode qui nous parle de feux qui ont été allumés sur le Bidorle, à l’adresse des assiégés, par le sergent Escot de Belcaire.Read more

Historiens, théologiens et polémistes de l’histoire du catharisme

5-1-Histoire du catharisme
40 vue(s)

Les historiens, théologiens et polémistes de l’histoire du catharisme

C’est personnages ont participé à la construction de l’histoire du catharisme, même s’ils ne sont les mieux connus aujourd’hui. Il semble important de les connaître afin de comprendre comment leur témoignage a pu être inspiré par leur parcours personnel et par leur époque.

XIXe siècle

Charles Schmidt (alsacien)

Publications : Histoire et doctrine de la secte des cathares ou albigeois (1848)

Opinions : Ne remet pas en cause le contenu dualiste et refuse la filiation directe des cathares avec les manichéens anciens. Refuse aussi tout lien entre catharisme et les dualismes qui l’ont précédé.

Personnalité : Théologien luthérien.

J. Hefele (allemand)

Publications : Conciliengeschichte (1863)

Opinions : Les cathares ne se situaient pas sur le terrain du christianisme, seule l’apparence était chrétienne pas le contenu, ni les idées.

Johan Josef Ignaz von Döllinger (allemand)

Publications : Contribution à l’histoire des sectes du Moyen Âge (1889)

Opinions : Comptabilise les cathares parmi les sectes gnostico-manichéennes. Les cathares mitigés seraient d’inspiration gnostique et les cathares absolus d’inspiration manichéenne. Ces derniers seraient étrangers au christianisme.

Personnalité : Historien des religions et prêtre catholique, il fut excommunié en 1870 par refus de se plier à certains dogmes (Immaculée conception, infaillibilité papale) et aux décisions du Concile Vatican I. Ayant refusé de devenir l’évêque de l’Église vieille-catholique des Pays-Bas, il consacre la fin de sa vie à tenter de réconcilier cette dernière avec l’Église anglicane et certaines églises orientales.

XXe siècle

Paul Alphandéry (français)

Publications : Les idées morales chez les hétérodoxes latins au début du XIIIe siècle. (1903)

Opinions : La doctrine cathare est une « foi philosophique » dont les origines seraient plus gnostiques — marcionites — que manichéennes sans pour autant admettre la survivance du gnosticisme et du manichéisme.

Personnalité : Historien des religions.

 

Herbert Grundmann (allemand)

Publications : Mouvements religieux du Moyen Âge (1935)

Opinions : La fracture entre orthodoxie et hétérodoxie au Moyen Âge disposait de frontières floues.

Arno Borst (allemand)

Publications :Die Katharer (1953)

Opinions : Les cathares sont-ils chrétiens ou gnostiques, hérétiques ou païens ? Ils ne sont rien de tout ça car ils tirent leurs origines de toutes ces formes de pensée et voulaient en faire la synthèse.

Gottfried Koch (allemand)

Publications : Frauebfrage und Ketzrtum im Mittelalter. Die Frauenbewegung im Rahme, des Katarismus und des Waldensertums und ihre sozialen Wurzeln (1962)

Opinions : Le catharisme fut un échec à cause du désaccord entre situation de classe et idéologie appropriée, qui détermina aussi l’éviction de la femme hors du catharisme.

Personnalité : historien marxiste.

Ernst Werner – Martin Erbstösser (allemands)

Publications : Kleriker, Mönches, Ketzer — Das religiöse Leben in Hochmittlealter (1992)

Opinions : Le catharisme eut un rôle historique de progrès. Dans le domaine idéologique il contribua à aiguiser l’opposition entre l’Église féodale et les intérêts citadins-bourgeois.

Gerhard Rottenwörher (allemand)

Publications : Der Katarismus (1993)

Opinions : vol. IV : Le catharisme n’est pas chrétien, ce n’est pas une hétérodoxie chrétienne, et les éléments chrétiens qu’il comporte ne sont pas suffisant à le rattacher au christianisme.
Vol. III : En se détachant des bogomiles via un alignement sur le Nouveau Testament, les cathares ont fondé une hétérodoxie plus chrétienne.

L’habillement médiéval et cathare

5-2-Histoire du christianisme
44 vue(s)

Les spécificités de l’habillement médiéval et cathare

Présentation

Si s’habiller consiste à se protéger du froid et de la chaleur, c’est du point de vue idéologique « La culture des apparences »
Le costume civil, cet ensemble de vêtements et d’accessoires qui forme une tenue entière, évolue peu de l’époque mérovingienne au XIème siècle.

Au XIème siècle

Les hommes portent  une tunique et des braies, tenues avec des lanières et des jambières. Tandis que les femmes portent une tunique et un voile manteau (pour comprendre il suffit de regarder les représentations de la vierge). Sources :

Au XIIème siècle

Le costume évolue de manière unisexe, hommes et femmes portent des tuniques de toile les chainses, en lin pour les riches en chanvre pour les pauvres, aux manches très étroites. Un surcot (tunique longue sans manches) qui se différencie par sa longueur et la présence de fentes sur les côtés pour les femmes, devant et dans le dos pour les hommes (plus commode pour bouger). On ne s’explique pas pourquoi l’on magnifiaient le bras ! Cette partie du corps fait l’objet de toutes les attentions. Les manches sont chauves-souris ou amovibles que l’on accroche avec des lacets. La coupe des vêtements privilégie les formes simples et l’ajout de quilles de tissu pour ne pas gaspiller les étoffes.
Sur la tête les femmes pouvaient porter un touret attaché avec une mentonnière.

« C’est une autre paire de manches » L’expression signifie aujourd’hui « c’est une autre affaire, plus difficile », mais cette formule à une histoire ; au Moyen Age, les manches se détachaient de l’habit. On pouvait en changer, notamment pour changer d’activité : on avait des manches pour la chasse, pour les champs, pour chez soi (Histoire pour tous)

Sources : www.guerriersma.com – https://armstreetfrance.com/ – https://www.pinterest.com/ –

C’est au XIIIe siècle que de grands changements sont survenus ;
C’est à cette époque que les racines de la mode font leurs apparitions en occident. Considérée comme un phénomène social, elle révèle une nouvelle conception du corps vêtu et un nouveau rapport au vêtement. Considéré comme une marque de distinction sociale et une manière de se présenter au monde. La mode apparaît comme un moyen de mettre en évidence un pouvoir, un rôle, une appartenance, à travers des couleurs, des formes, des textures. (Capitoul, juge, roi, seigneur, marchand etc…)
Le vêtement dans son environnement matériel ou dans ses usages, est un objet qui permet de saisir l’ensemble de la réalité sociale et qui révèle la ou les différences entre les groupes comme entre les individus.
Michel Pastoureau écrit « Le vêtement médiéval est une réalité institutionnelle et normative et non pas une réalité individuelle, qu’elle soit affective, esthétique, ludique, psychologique ou phénoménologique. On ne porte pas les vêtements que l’on aime, on porte ceux que l’on doit porter »

Le costume du XIIIème a plusieurs catégories de vêtements

Les vêtements du dessous

La Chainse, une longue tunique portée à la fois par les hommes et les femmes quel que soit leur catégorie sociale, revêtue à même le corps en lin ou en chanvres pour les moins aisés. Elle descend jusqu’au genoux chez les hommes, à mi-mollets chez les femmes avec une fente sur le devant de l’encolure l’amigaut.
Les braies, équivalent médiéval du caleçon long pour les hommes, de même tissu que la Chainse, ils sont serrés à la taille par une ceinture fine le braiel. Celles des nobles sont collantes celle du peuple plus amples, elles descendent jusqu’au mollet ou aux chevilles.

Sources : marchand-medieval.com – https://coeurdemithril.com/ – http://atelierdejenny.fr/
Les chausses, ancêtres des chaussettes, elles se  portent par dessus les braies pour les hommes et à même la peau pour les femmes. En laine, lin ou soie pour les plus riches elles montent très haut (genoux, mi-cuisses, elles sont maintenues par des jarretières ou attachées au braiel).

Les vêtements du dessus

Vêtements de fête ou du quotidien des nobles, des bourgeois, des artisans, des paysans et de l’homme de la rue, c’est surtout la qualité du tissu, les accessoires, la fourrure, la passementerie et la découpe qui font la différence. Leur forme générale et leur liste se retrouvent chez tout le monde. On distingue :

Les vêtements d’intérieur

La cotte : au XIIIe siècle elle remplace le bliaud. Elle s’enfile sur la chemise, elle est en lainage coloré, collante au torse puis s’évase à partir des hanches, avec un amigaut sur le devant. Elle peut être ceinturée. Les manches sont longues très ajustées aux poignets.
Le Pellisson : vêtement sans manche, pour se protéger du froid, composé d’une couche de tissu en lin doublé de peau avec fourrure tournée vers l’intérieur (lapin ou agneau). Il se porte soit entre la chemise et la cotte, soit entre la cotte et le surcot, il descend jusqu’aux cuisses.
Le surcot : porté par dessus la cotte, moins ample et plus court. Il est la plupart du temps sans manche. Le surcot féminin est fendu sur les cotés retenu par des lacets. Celui des hommes est fendu devant et derrière pour monter à cheval, c’est le vêtement le plus visible. Confectionné dans des tissus précieux : camelin, cendal, samit, bordés de fourrure, décoré de galon, il est alors le signe d’une grande richesse.

Sources : https://www.chateau-saintmesmin.com/ – https://armstreetfrance.com/ – https://guerriersma.com/

Les vêtements d’extérieur

Le mantel (chape) : en forme de demi-lune c’est une cape ample qui peut aller jusqu’au sol. Posé sur les épaules, il est maintenu sur le devant par une cordelette ou une fibule (attaché sur l’épaule dans le midi). Lorsqu’il est fait d’étoffes importées d’Orient, de couleur vive, bleu, rouge, vert, doublé de fourrure, brodé de fil d’or, il permet d’étaler sa richesse.
Dans les montagnes, à la campagne,  pour se protéger du froid, de la pluie et pour voyager,  on portait le balandran, long manteau sans manche.
La cale : bonnet de lin  porté par les hommes, nouée sous le menton, elle peut se porter seule ou avec un chapeau ou un chaperon de laine doublé de peau.
Le chaperon (Aumusse) : mini cape, couvrant les épaules avec un capuchon. Sert à se protéger des intempéries, ouvert sur le devant. Porté par les hommes et par les femmes il est fermé par un lacet ou une fibule.

Les coiffures féminines

Le voile : héritage de la tradition antique et adapté aux préceptes chrétiens, devient un accessoire coquet en milieu urbain, mais reste modeste en milieu rural. Il est constitué d’un simple morceau de toile.
La coiffe : en forme de bonnet, maintenu en place par un cordon fixé à l’arrière et ramenée puis croisé sur le devant la tête, elle maintient en tension la poche contenant les cheveux. Les paysannes la portaient seule pour travailler.
La touaille : morceau de tissu à tout faire dont les plis savamment drapés étaient maintenus par des épingles.
La barbette : bande de tissu qui passe sous le menton et qui se porte sous la coiffe.
Les cheveux pouvaient être enserrés dans une résille appelée crépinette, visible seulement à l’arrière.
Les autres éléments de coiffure sont : la guimpe, le gorget, le touret, le bourrelet. Les jeunes filles portent parfois un bandeau cercle de métal précieux ou de tissu qui enserre le front, les veuves et  les religieuses commencent à porter un voile avec une guimpe.

Les prostituées avaient interdiction de porter la coiffe ou le voile dans le Sud (en Arles) ; toute femme qui reconnaissait une prostituée portant le voile sur la place publique à le droit, voire l’obligation de le lui arracher. « l’autre parole collectif féministe chrétien » (Sharon Hackett).

Les chaussures

C’est un objet du quotidien, en cuir (en corde pour les pauvres), elles sont portées par tous que l’on soit noble ou petit paysan. Les nobles ayant les moyens ne se privent pas de faire ajouter des décorations. Les chaussures méridionales, sont pour la grande majorité, basses. Ce sont des chaussures à laçage latéral, positionné du coté intérieur des  chevilles. On porte aussi des chaussures montantes (au dessus de la cheville) avec un laçage à plusieurs niveaux, qui assure un bon maintien durant la marche.
Les socques sont des semelles de bois que l’on fixe à ses chaussures au moyen de sangles. Elles permettent de limiter l’usure des semelles en cuir et d’isoler de l’humidité et du froid. Très utiles pour les longs voyages.

L’origine des espadrilles : les chaussures en toile avec une semelle en jute ou en paille appelées en Catalan espardenya remonte à 1322. Leur nom provient de l’appellation d’une herbe l’esparto servant à confectionner des cordes. Ces simples chaussures étaient principalement portées par les paysans et les pauvres.

Les accessoires

Le fermail : c’est l’un des accessoires les plus visibles des costumes nobles. Il permet de fixer l’amigaut de la cotte, du surcot ou d’attacher le mantel. Les fermaux les plus riches sont fabriqués en métal précieux comme l’or ou l’argent, ornés de pierres précieuses.
La ceinture est portée par tout le monde. La différence réside dans la qualité et les décorations. Elle sont faites de cuir, soie, lin, laine ou de chanvre. Rien ne semble indiquer qu’il y ait eu des modèles destinés aux hommes ou aux femmes.

La ceinture mettrait en exergue les hanches des jeunes filles comme dans une volonté de sensualité. Le prédicateur dominicain Étienne de Bourbon (1180 – 1260) dénonce l’usage de la ceinture : « Le port de tels ornements qui ne font que ceindre le vase de l’impulsion sensuelle et de la putrescence que sont les reins » est, pour lui particulièrement répréhensible. C’est une des raisons pour laquelle la ceinture commence à ne plus se porter sur le surcot.

Les lois somptuaires

C’est en 1294 que Philippe de France institue les lois somptuaires.
Elles renseignent sur les pratiques vestimentaires au niveau local ; certaines ont été faites spécialement pour l’Occitanie. Il s’agit de lois qui visent à réguler le luxe et dans le cas présent  l’apparence. Durant la croisade contre les albigeois ce type de sanction a été appliqué envers de grands seigneurs méridionaux. Les sanctions adressées en janvier 1211 à l’encontre de Raymond VI de Toulouse et de ses vassaux, illustre bien le propos : « ni se vêtir d’étoffes de prix ; seules de grossières capes brunes, qui leur dureront plus longtemps » La législation reflète l’esprit de la réforme qui englobe d’un côté la formation de l’ordre des franciscains et de l’autre la persécution des cathares. L’Église voulait les punir sévèrement, jusqu’à retirer leurs apparence noble et les contraindre à vivre comme des paysans.
L’Église souhaite aussi réguler le luxe des costumes, mais aussi d’exploiter ces lois somptuaires du Languedoc comme indice d’un particularisme régional dans la mode méridionale. La plus ancienne loi somptuaire qui traite de la région remonte à 1195 à Montpellier. Le légat du pape interdit les vêtements lacés et à découpes ; la loi s’applique aux deux sexes ainsi que les longues traines sur les cottes des femmes. l’Église voit d’un mauvais œil que les laïcs de Montpellier et du Languedoc  investissent dans ces vêtements, tout cela n’est pas productif ! Elle souhaiterait pour des raisons économiques et militaires que leur argent soit employé à soutenir la Reconquista et les croisades.
Aujourd’hui les lois somptuaires survivent plus dans les codes culturels non formalisés, mais sont absentes du code juridique contemporain. Dans notre société de consommation, ces lois ont été remplacées par la fiscalité : les produits de luxe sont plus taxés que les produits de consommation courante.

Les Tissus

Le Languedoc médiéval vit un essor économique grâce à la draperie. Cette grande industrie ne s’est pas développée par hasard ; l’importance très ancienne de l’élevage des moutons à laine fine et de haute qualité dans toute cette région et la présence sur place de la matière première essentielle de toute draperie : la laine, ont favorisé cet essor.
L’historienne Dominique Cardon emploie l’expression de « croissant drapier du Nord-Ouest méditerranéen » pour désigner une plus large zone géographique liée à la laine. Sur cette zone, c’est à partir du XIIIe siècle que la grande exploitation des tissus de laine est principalement consacrée à l’exportation.
L’industrie de la laine n’est pas la seule production de matériel textile, il y également la soie dont le fil est importé d’Orient dès le XIe siècle. L’élevage du ver à soie et la fabrication de fil de soie semblent avoir existé dans les Cévennes dès la fin du XIIIe siècle[1]. Les textes médiévaux mentionnent plusieurs types de tissus de soie, le taffetas, le cendal, le samit.
Une pièce de drap mesure environ = 15 cannes, constitué elle même de 8 pans ou empans. (0,224m à Toulouse)
Canne : ancienne mesure de longueur en usage dans diffèrent pays particulièrement dans le midi de la France et en Italie variant de 1,70m à 3m suivant les régions et les villes (Toulouse : 1,79m ; Carcassonne : 1, 78)
Pan ou empan : 22,4cm à Toulouse.

Le chanvre fut une des première sources de textile pour notre humanité, pendant 6 000 ans. Les fibres de chanvre ont permis de produire un textile quasiment inusable, résistant à l’humidité, aux rayons UV et reconnu comme étant le mieux adapté à la peau humaine. Il était utilisé pour fabriquer des vêtements, du linge, de la toile, des cordes et cordages, des voiles de bateau, des tentes, draperies, sacs etc. Plus il est lavé, plus il s’adoucit au toucher ; le chanvre se démarque des autres tissus par sa grande douceur. Les fibres de chanvre vont du blond très clair au marron foncé.

Le premier drapeau des États-unis sera fait de tissu de chanvre, la toile des peintres est en chanvre, car seul le chanvre résiste à la chaleur, à l’humidité, aux insectes et à la lumière. Les premiers « jeans » de Levis Strauss étaient en en fibres de chanvre. (Nunti Sunya)

Le lin : Pline indique que le lin est cultivé dans la Gaule du Nord, dans le Centre, dans le Sud-Ouest, chez les Rutènes (Rodez), chez les Cadurques (Cahors). Le lin a joué un rôle important au Moyen Âge : la toile était un objet de commerce précieux ; l’industrie de transformation de la plante de lin connut sont apogée au XIIIe siècle. Sa culture se développe dans les Flandres, la Bretagne et l’Anjou, où le lin est employé pour la confection des sous-vêtements, vêtements et draps. Le mot linge est un dérivé étymologique du « lin ». Comme le chanvre c’est une fibre végétale et les différentes opérations qui amènent à la filasse sont identiques ; elles  se divisent  traditionnellement en cinq étapes :

L’égrenage, dans le but de récupérer les semences et les graines comestibles.
Le rouissage, destiné à faciliter la séparation des fibres et des parties ligneuses de la tige se fait de deux façons, par immersion ou à l’air libre ; à l’issue de cette opération on obtient la filasse.

 Des vestiges de bassins de rouissage découvert à Thil, commune de haute Garonne, et dans les noms de certains lieux-dits : « La rouilh » et « En Barouilh » : le suffixe « Rouilh » marquant l’opération de rouissage,  prouve l’existence de cette activité dans la région.

Le broyage sert à casser l’écorce des tiges.
Le teillage sert à débarrasser les fibres des anas. (Anas : fragments de paille récupérés lors du teillage ils représentent environ 50% de la plante. Il sert de paille pour les chevaux.
Le peignage, sert à ordonner les fibres et à en amincir les faisceaux, opération  indispensable à la préparation des fibres avant filage ; à quelques détails près le processus opératoire n’a pas changé entre l’antiquité et l’erre pré-industrielle.

Filer

C’est une activité exclusivement féminine, indispensable dans la société médiévale.
Dominique Cardon évalue à 30, le nombre de fileuses qui fournissent le fil pour un seul métier à tisser. Même si le filage domestique pour l’utilisation au sein du foyer à existé, les femmes qui filent pour les tisserands sont (mal) rémunérées. Au Moyen Âge il n’existe pas de filature, les outils sont très simples : d’abord le fuseau et la quenouille, puis au cours du XIIIe siècle, la roue à  filer (le rouet). Les femmes filent massivement chez elles, aux champs, dans la rue. Le rouet est plus encombrant que la quenouille ce qui occasionne des accidents sur la voie publique.

À Castelnaudary, en 1333, les coutumes de la ville « font défense aux femmes de filer dans la rue principale, de façon à ne pas blesser, ni homme, ni bété ». Elles se replient dans les rues adjacentes ou dans les arrières-cours (patis). (Couleurs Lauragais)

Le tissage

Les premiers métiers à tisser sont apparus vers 3 000 avant l’ère commune (è. c.). Il existe des métiers manuels à bras. Puis le tissage connaît des améliorations techniques entre le Xe et le XIVe siècle avec l’apparition du métier à tisser horizontal à marches et du métier à la tire pour les soieries.
Une famille paysanne était capable d’assurer à elle seule toutes les opérations nécessaires à la confection d’une toile ou d’un drap grossier, mais en ville, chaque opération correspond à un métier avec sa  propre organisation et ses règles de vie. Après le triage, le battage, le dégraissage, le peignage ou le cardage, le filage et le dévidage, viens le tissage sur des métiers de plus en plus perfectionnés. À partir de 1 300, ils deviennent monumentaux et plus pénibles à manier. Tisser devient alors un métier d’homme. C’est à cette époque qu’une parie de la  production drapière est exportée par des marchands drapiers languedociens vers Toulouse et la Gascogne toulousaine et aussi dans les grandes foires de Lunel, Montpellier et Beaucaire. Des draps de Villefranche et du Mas Saintes-Puelles sont vendus à Perpignan. (Couleurs Lauragais).
On évite de fabriquer des étoffes en mélangeant des fibres végétales avec des poils d’animaux. Une réalisation de ce type est le signe de pauvreté (bure, futaines, tiretaine ordinaire) ou la volonté de mettre en avant le statut inférieur, marginal ou réprouvé.

Les Cathares, Tisserands !
Dès le XIIe siècle, le Lauragais est marqué par l’implantation du catharisme dans les états du comte de Toulouse. Or les cathares ne prélèvent aucune dime comme le clergé catholique. Ils vivent du travail de leurs mains, ils se livrent donc, le plus souvent au tissage. Ils tissent dans leurs maisons-ouvroirs communautaires. Les tisserandes et les tisserands cathares développent une véritable industrie drapière : la première véritable industrie du Lauragais. Leur production est destinée à une clientèle locale. Ils parcourent le pays et transportent avec eux des métiers à tisser portatifs pour travailler de ville en village.

La teinture

Au Moyen Âge, teindre relève de la ruse, de la tromperie, du déguisement ou de la magie. Elle est donc associée au diable et entraine un sentiment de méfiance, de peur, mais aussi d’admiration. Le teinturier transforme la matière, la fait passer d’un statut à l’autre, change l’ordre des choses « en captant » par artifice les forces de la nature. Ce métier est interdit au clerc et déconseillé aux honnêtes gens !
La teinture est la dernière étape de réalisation d’une étoffe ; on teint presque toujours le drap tissé, rarement le fil (sauf pour la soie).
Le Mordançage, la première étape : on fait bouillir l’étoffe dans un bain d’eau contenant un mordant (cendres végétales, alun, rouille, vinaigre et même de l’urine) ; ce procédé permet de fixer le colorant.
On distingue deux procédés de teinture, par macération à froid ou fermentation ou par macération à chaud, en faisant bouillir les plantes tinctoriales. Le mélange des couleurs ne se fait pas ; le spectre colorimétrique n’existe pas au Moyen Âge. En général un teinturier est en charge d’une couleur principale, un teinturier du rouge ne s’occupe pas du bleu et vice versa, sous peine de représailles, les règlements sont  stricts. Ainsi les teinturiers du bleu prennent en charge les tons verts, noirs, et les teinturiers du rouge, la gamme des jaunes.
Le monde médiéval en Occident est coloré. Les plus riches laisser éclater les couleurs, mettant en lumière leurs possibilités financières, mais également leur appartenance sociale et politique. Bien au contraire  l’univers vestimentaire des humbles est généralement incolore ou délavé, assez terne évoluant ainsi entre différents tons de beige et de gris, reflets des fibres naturelles. Les teintures régionales prennent une place conséquente dans le commerce. Le kermès des teinturiers est récolté dans la garrigue notamment sur les chênes ou se trouvent des petits insectes remplis de teintures écarlates et cramoisies. Ce sont les femelles qui sont récoltées au moment où elles sont pleines d’œufs non éclos, aussi riches en colorants rouges que le corps de l’insecte adulte. Pour teindre 1kg de laine en rouge écarlate, il faut en moyenne entre 69 000 à 80 000 insectes. Compte tenu des nombres d’insectes nécessaires pour produire un rouge écarlate saturé, le kermès est source de la plus prestigieuse couleur du Moyen Âge. La garance (roya) connue également comme étant le rouge des teinturiers est préparée à partir d’une plante la Rubia tinctorum. La garance n’est pas un produit de luxe, elle permet d’obtenir une vaste gamme de couleurs : orange, vermillon, carmin, grenat, voire encore du pourpre ou violet. Le second exemple de teinture dans le Midi de la France, plus particulièrement sur l’ensemble du pourtour méditerranéen, est la couleur pourpre. Elle est produite grâce à un coquillage le murex. Un gramme de pigment pur correspond à 10 000 mollusques. (la pourpre de Tyr valait plus que sont poids en or)

La demande de pourpre devint si importante et les coûts si élevés, que cela favorisa la mise en place d’ateliers de production de « fausses pourpres » dans différentes parties du monde. La ville de Castelnaudary était connue pour ses ateliers de teinturerie. Un commerce de tissu propre, teint avec de la garance, s’est mis en place en suivant la route commerciale, Narbonne, Marseille, Gènes jusqu’à Constantinople. Cette concurrence fut possible grâce à la superposition de deux teintures : Le pastel et la garance, moins belle, moins résistante mais moins chère que celle obtenue avec le murex. (Le petit journal.com)

Non loin des teintures pourpres, la couleur qui s’en rapproche le plus est le bleu. Il n’existe qu’une seule plante à indigo indigène, en Europe ou au Moyen Orient, c’est la guède (pastel des teinturiers). C’est une plante herbacée de la famille des brassicacées (le choux et la moutarde), bisannuelle ; elle fleurit jaune d’or. La partie utilisée pour la teinture est la feuille ; en Languedoc on fait cinq récoltes de mi-juin à mi-octobre. Les feuilles sont directement passées sous le moulin pastelier, entrainé par un âne ou un cheval, puis  broyées, égouttées et moulées à la main pour former des « coques » (des boules de la grosseur d’un gros citron). Le pays de cocagne est donc le lieu où on façonne ces fameuses coques ! Elles sont déposées sur des claies, dans une pièce ventilée : un séchoir à pastel, afin qu’’elles sèchent et durcissent. Une année s’écoule entre la cueillette de la feuille et la teinture. Ces coques sont  réduites en poudre que l’on verse dans une cuve (baffe). On ajoute de l’eau croupie et de l’urine afin d’accélérer la fermentation et on obtient  une pâte (de là dérive le mot pastel) qui est  retournée deux fois par semaine avec une pelle. Au bout de quelques mois, voilà une matière bleu-gris foncé l’agrainât (de l’occitan agranar qui veut dire concasser). On met ensuite dans une grande cuve en bois de l’eau et quelques grammes d’agranat, la préparation dure un mois et peut servir à teindre les tissus pendant une semaine. Mélanger les teintures végétales, animales, minérales est très transgressif.

À Castelnaudary on se pince le nez du coté de la baffe. C’est dans ce quartier, à l’est de la ville, que sont regroupés les teinturiers (tennheires en occitan baffa, du latin baphium). Les lieux sont nauséabonds et empuantissent la ville quand souffle le vent d’autan. Les coutumes de la ville, en 1333, désignent, trois colorants naturels destinés à l’industries drapière : le pastel, la gaude (gauda) et la garance (roya). Le pastel donne le bleu, la gaude le jaune et la garance le rouge.

On utilisait le fond des cuves de pastel pour peindre les menuiseries, les charrettes et les cornes des bœufs, car le pastel possède des propriétés fongicides et insecticides.

Les couleurs et l’exclusion

Il y avait au Moyen Âge, des marques de distinction imposées à des personnes par des règlements et des statuts.
Les agots (agotes en langue espagnole) ou cagots ont une histoire liée à celle des sympathisants et croyants cathare et à celle des occitans. Obligés de fuir leurs pays pour échapper aux horreurs de la croisade contre les albigeois et de l’Inquisition, ils furent victimes de ségrégations et de discrimination, du XIIIe siècle au XIXe siècle, dans le pays basque. Les cagots étaient tenus de porter un signe distinctif généralement en forme de patte d’oie ou de canard, coupé dans du drap rouge et cousu sur leur vêtements. Ils vivaient comme des proscrits frappés d’un nombre considérable d’interdits. (Cagots, kaskarots, leur véritable histoire de Képa Arburua Olaïzola)
Les cathares portent sur leurs vêtements « des croix de pénitence » jaunes, en feutre simple ou doubles, voire triples suffisamment grandes (de la longueur moyenne d’une main 17 à 22 cm ou de sa largeur 7 à 10cm) pour être vues de tous. Portées en tout lieux, y compris à l’intérieur de sa propre maison, elles sont cousues sur tous les vêtements portés dessus. Sur la poitrine, dans le dos entre les épaules et même sur les manches. Si elles se déchirent, elles doivent être impérativement raccommodées ou remplacées. Ainsi la marque de l’infamie ne peut échapper à personne.
Pour les juifs, c’est à partir du XIIIème siècle, sous l’impulsion du pape innocent III, que le concile de Latran (1215), les oblige à porter la rouelle, petite pièce d’étoffe de couleur jaune, comme signe vestimentaire distinctif.  Découpées en anneaux, elle symboliser les 30 deniers de Judas, selon l’interprétation traditionnelle. Elle fut adoptée avec beaucoup de réticence en Espagne et dans le Midi de la France. On dit souvent que l’histoire se répète, je pense qu’elle ne fait que continuer en empirant.
Les prostituées doivent être reconnues afin de s’en écarter. Elles portent une aiguillette rouge[2] tombante sur l’épaule en signe d’infamie.

Courir l’aiguillette : mener une vie dissolue, se prostituer, racoler dans la rue.
Être dans de beaux draps signifie se trouver dans une situation compliquée. Les draps ont longtemps désigné les habits autrefois on disait « être dans de beaux draps blancs ». Cette expression décrivait une situation honteuse à causse de la couleur blanche, signe de honte (les accusés étaient présenté au yeux de tous en chemise comme Raymond IV devant le prélat du pape à St Gilles)

Spécificités du vêtement des chrétiens cathares au Moyen Âge et de nos jours

Le noir

Il y a le bon noir, celui de l’humilité, de la modestie, de la tempérance (visible sur l’habit des ordres monastiques, celui des magistrats, celui du deuil), le mauvais noir c’est celui des ténèbres, de l’enfer, du péché, du diable. Pire que le jaune et même que le roux, il est la couleur de la mort. Il est délaissé par les artisans, les paysans et les nobles. Il faut dire qu’obtenir un noir franc et solide en teinture de la laine est une opération délicate et coûteuse[3]. Sur les images du Moyen Âge nous voyons des noirs bien noirs, mais la réalité est bien différente. Ainsi les bénédictins et les cisterciens sont habillés en réalité de brun, de gris ou de bleu. (Voir Michel Pastoureau « l’Église et la couleur des origines à la réforme ». On imagine le noir comme une couleur absolue, dense, opaque, indestructible. Dans la réalité, le noir est relatif, instable, fragile et rarement noir.
Teindre en noir est difficile et coûteux ; il y a plusieurs manières de l’obtenir.
Le noir de fumée et les cendres qui ne tenaient pas au lavage pour les tiretaines et les tissus mélangés.
L’écorce ou la racine de noyer, mais cet arbre avait mauvaise réputation, de ce fait il était peu utilisé, mais  donnait un noir durable avec des reflets bruns et fauves.
L’aulne qui donnait un gris plutôt qu’un noir.
L’épicéa plus bleu que noir.
La noix de galle (excroissance sur les feuilles de chêne à la suite de la piqure d’un insecte parasite) était un produit cher qui nécessitait un mordançage à base de sulfate de fer qui servait principalement à des pigments pour encre et peintures.
La double teinture : d’abord un bain de bleu puis un bain de noir, est proscrite au Moyen Âge.
C’est probablement pour ces raisons que les moines catholiques ont progressivement laissé leur costumes, idéologiquement et emblématiquement noirs, glisser vers des gris, gris bleu, ou même bleu délavé ! Et pour certains, adopter la couleur blanche (cisterciens), enfin plus écrue que blanche, en laissant sécher leurs vêtements en plein champ, au soleil.
Le bleu et le rouge mélangés font du violet ; le bleu et le jaune donnent du vert ; le rouge et le jaune font de l’orange ;
Les trois couleurs mélangées donnent du noir

Pourquoi les bons chrétiens choisissent de se vêtir en noir ?

Les Bons Chrétiens sont vêtus de robe de bure noire. Ils sont membres de l’Église cathare. Leurs habits et leur règle de vie sont semblables à ceux des religieux réguliers de l’époque. Ils portent une ceinture avec une sacoche contenant le Nouveau Testament. Ils vivent de leur travail, ne prélèvent aucune dime, et font le choix de l’humilité.
Dans cette époque médiévale où les habits colorés reflètent la richesse et le pouvoir, le bon noir c’est humilité, la modestie et la tempérance. La persistance des bons chrétiens à vouloir garder leurs vêtements noirs n’est pas anodine. Pour l’historien des couleurs, Michel Pastoureau, l’essentiel est dans le nouvel ordre chromatique des couleurs que Newton met en valeur. La couleur que nous voyons correspond aux longueurs d’ondes lumineuses que le matériau réfléchit lorsqu’il est touché par la lumière. Faisant barrage à la lumière, il laisse passer certaine longueur d’onde et s’oppose aux autres ; le noir est visible quand le matériau ne s’est opposé à aucune longueur d’onde et les a toutes laissées passer. Il n’y a plus de place, ni pour le noir, ni pour le blanc : ce ne sont plus des couleurs. Et le noir plus encore que le blanc. Ce dernier, en effet est indirectement concerné par le spectre des couleurs puisqu’il les contient en son sein. Le noir, non. Il se situe désormais hors de tout système chromatique, hors du monde de la couleur. La lumière, considérée comme une expression divine,, le noir la laisse totalement passer Quel plus bel exemple d’humilité que de ne pas vouloir agir sur ce monde, même par le biais de la couleur.

Leur costume

En temps de paix ils portent une robe de bure de couleur noire avec une ceinture et une sacoche contenant le Nouveau testament. Des sandales, peut être des « espadrilles » l’été et des chaussures fermées au-dessus de la cheville l’hiver. Ils portent barbe et chapeau plat circulaire et parfois un manteau ample (le balandran) pour se protéger de la pluie et du froid. Leur trousseau est réduit au strict nécessaire : (« sa baisasse ne contient que deux chemises sales et froissées » Anne Brenon L’impénitente – Éditions La louve)
À l’exception des couleurs leurs habits ressemblent beaucoup à ceux des moines de l’époque, qui se vêtissent d’une coule noire à capuchon pour se rendre aux offices. Pour les travaux,  la robe de bure est  protégée par un scapulaire qui est un vêtement qui couvre la largeur de la poitrine d’une épaule à l’autre, il pend sur le devant et le dos, mais il est ouvert sur les cotés. En extérieur ils portent une cape qui descend jusqu’aux pieds ; avec un capuchon cet habit doit recouvrir la plus grande partie du corps.

La bure est un tissu de laine assez grossier, de couleur brune. Cette étoffe sert de base à la confection de vêtements religieux. Au Moyen Âge, les commerçants prennent l’habitude de recouvrir leur table de travail par un pan de ce tissu grossier qui avait l’avantage d’aplanir les surfaces sans craindre les taches. La bure à donné son nom au mot « bureau ». Aujourd’hui seuls quelques rares producteurs travaillent ce lourd tissu, réservé aux ordres religieux et au théâtre.

Pendant la croisade et l’Inquisition, devant les condamnations et les bûchers, l’Église est en péril ; beaucoup de bons chrétiens circulent comme pèlerins, d’autres se dissimulent dans des groupes de marchands. De ce fait ils adoptent un habillement qui ressemble à une tenue civile. Ils abandonnent les habits noirs pour des couleurs plus passe-partout : le vert foncé et le bleu foncé. Les bons chrétiens et les bonnes chrétiennes n’auraient pu continuer leurs apostolat sans l’aide active que leurs apportaient les croyants.

L’habillement des bons chrétiens et bonnes chrétiennes d’aujourd’hui

Aujourd’hui nous avons avec nous  le premier chrétien Consolé de l’Église cathare de France en la personne de Guilhem de Carcassonne.

La non violence dans le choix des vêtements

L’industrie du vêtement propose des solutions pour se vêtir simplement. Sans recourir à des matières issues de la souffrance animale. Vêtements en fibres végétales (coton, lin, chanvre, bambou) ou synthétiques, chaussures en tissu, ceinture et accessoires sans matière animale. Encore faut-il que leur fabrication se fasse de façon éthique. Sans être dans l’autosuffisance, des alternatives innovantes sont possibles pour des bons chrétiens et bonnes chrétiennes qui souhaiteraient pratiquer une activité compatible avec leur Règle de vie. (recyclage, couture, transformation des vêtements, fabrication et tissage de ceinture de passementerie et bien d’autre choses).

La modestie et la sobriété

C’est la juste suffisance, en réduisant la quantité et la variété de notre garde robe au strict nécessaire. C’est un état d’esprit qui va de pair avec la tempérance et l’humilité et nous fait remettre les vêtements à leur juste place. En  nous concentrant davantage sur l’essentiel, nous n’éprouvons plus autant le besoin d’acheter sans cesse de nouvelles choses. Il suffit de remplacer progressivement ce qui devient inutilisable par des vêtements mieux adaptés. Dans notre cheminement de chrétien, il serait ridicule de ne pas utiliser les vêtements qui sont déjà dans nos armoires.
C’est aussi rechercher des vêtements de seconde main ; c’est un moyen de réduire le gaspillage et de prolonger l’usage d’un produit tout en réduisant notre empreinte mondaine.

La tenue des croyants

Au Moyen Âge, les croyants ne sont tenus à aucune obligation, y compris dans le domaine vestimentaire. Aujourd’hui rien n’est imposé, mais se vêtir de noir est une façon de marquer son engagement dans la foi, cela reste un libre choix individuel.

Conclusion

L’habit ne fait pas le moine. Cela se dit d’un homme dont la conduite, les discours, ne sont pas conformes à son état apparent. Donc ne pas juger les personnes à leur apparence, faisons la différence entre être et paraître. À l’époque médiévale, les cathares consolés étaient nommés par les inquisiteurs, « les revêtus » pour les différencier des croyants. Aujourd’hui je ne suis pas sûre que nous prenions la mesure de cette expression. Recevoir le consolamentum (sacrement du baptême spirituel) ou Consolation, c’est « Revêtir le Christ », c’est aligner notre comportement quotidien avec notre état de chrétien consolé. Cette analyse est aussi valable pour les croyants. C’est devenir en pratique une personne à l’image de christ avec l’aide du saint-Esprit. C’est en modifiant de manière sincère et authentique notre intérieur, que notre comportement s’en trouvera modifié. Quant à notre apparence, elle se transforme petit à petit au gré de notre cheminement. C’est le lâcher-prise, se défaire des diktats sociaux de la mode. Ce programme n’est engageable que parce qu’il est précédé de l’éveil et de la connaissance. (lire l’épitre de l’apôtre Paul au Colossiens III 8- 17).

Élysabeth Vonarb-Bazerque pour les Rencontres cathares (08/10/2023)


[1] Un acte notarié de 1296 cite l’existence d’un certain Raymond de Gaussargues d’Anduze « Trahandier », c’est-à-dire un tireur de soie.(musée de la soie St Hyppolite du Ford 30).

[2] Aiguillette : petit cordon ou ruban ferré aux deux extrémités servant à fermer ou garnir un vêtement.

[3] C’est plus facile pour la soie et les pelleteries

Contenu soumis aux droits d'auteur.