5-Histoire

Découvrir l’histoire du catharisme

5-1-Histoire du catharisme
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Une approche de l’histoire du catharisme inédite

Si vous arrivez sur ce site par hasard il est possible que vous ayez déjà une idée préconçue du catharisme.

Vous découvrez ce site et vous désirez savoir ce qu’est ce catharisme dont on entend parler régulièrement dans des domaines très différents. Cela va du tourisme (les châteaux cathares) à l’accusation d’hérésie, voire à sa négation.

Les historiens ont limité leurs recherches à la période du Moyen-Âge pour ne pas trop s’aventurer dans le domaine — forcément sulfureux — de l’étude doctrinale du christianisme. Aujourd’hui, certains essaient même d’effacer le catharisme des livres d’histoire, comme le bolchéviques gommaient d’une photo, un des leurs tombé en disgrâce.

Face à ce constat où l’acculturation le dispute au négationnisme, ce site veut vous donner toutes les informations nécessaires pour vous permettre de comprendre ce christianisme authentique du point de vue historique et dans le domaine de sa doctrine et de sa pratique. À partir de ces bases il vous reviendra d’abandonner si cela ne vous intéresse pas ou de vous abonner si vous voulez approfondir le sujet.

Histoire du christianisme et genèse du catharisme

Histoire du catharisme des origines au Moyen Âge

Même les historiens les plus honnêtes ont arrêté leur étude des origines du catharisme au 10e siècle, en se basant sur un document qui laissait déjà entrevoir une ancienneté plus lointaine.
Il était donc nécessaire de quitter les voies étroites de la recherche historique qui s’accordent mal avec l’étude d’une religion, pour essayer un savant mélange entre étude historique et étude doctrinale et théologique.

Les articles que vous trouverez ci-dessous ont tenté cette difficile alchimie :

  1. Préhistoire et Antiquité
  2. Pré et Proto-christianisme :
    1. du judaïsme à Jésus
    2. Paul, Marcion et les autres
  3. Période médiévale
    1. les pauliciens
    2. les bogomiles
    3. le «catharisme» occidental

La période du 12e au 15e siècle n’a pas été traitée, car c’est celle qui est la mieux documentée par les historiens modernes (Michel Roquebert, Jean Duvernoy, Anne Brenon, etc.). Il vous suffit de vous procurer leurs ouvrages pour la découvrir à votre rythme.

Histoire du catharisme du 19e au 21e siècle

Beaucoup de tentative de compréhension du catharisme ont eu lieu depuis qu’il est redevenu un sujet d’intérêt pour les chercheurs.
De grands noms s’y sont essayés et nous tenterons de vous les présenter, avec leurs atouts et leurs faiblesses.

Pour commencer il me semble important de vous conseiller d’appréhender ces travaux avec la distance nécessaire, car notre époque fourmille de candidats à l’intoxication intellectuelle, notamment en raison de la facilité qu’il y a à occuper une place sur certains sites internet et réseaux sociaux sans avoir jamais fait la preuve de ses compétences.

Comprendre l’Histoire

Le catharisme aujourd’hui

L’Église cathare de France. Rien n’interdit au catharisme de reprendre une position sociale dans le monde d’aujourd’hui. Une association s’est créée dans ce but et demandera sa reconnaissance selon la loi de 1905, dès qu’elle remplira les conditions requises. Cependant, elle ne peut vivre sans que les  croyants et les sympathisants n’y participent. L’Église c’est avant tout l’ecclésia, c’est-à-dire l’assemblée des fidèles.
Au-delà de cette présentation, vous trouverez les études et les travaux concernant l’aspect religieux dans le menu qui lui est dédié.

Autres documents

Visiter les sites en lien avec le catharisme

Dans cette rubrique nous vous proposerons des circuits de visite grâce auxquels vous pourrez toucher du doigt l’histoire du catharisme. En effet, les articles présenteront des lieux en rapport avec un moment qui a marqué l’histoire du catharisme dans la région occitane et vous donneront la possibilité d’y accéder, même si les vestiges sont rares. Enfin, au lieu de traiter des grands moments historiques, largement présentés dans la littérature, nous vous révèlerons des anecdotes qui n’ont pas forcément intéressées les historiens.

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La fuite de Guilhabert de Castres de Fanjeaux à Montségur

5-3-Histoire des sites
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La fuite de Guilhabert de Castres de Fanjeaux vers Montségur

La topographie et la toponymie au service de l’histoire de l’installation de l’Église cathare à Montségur.

Comment suivre le parcours des fugitifs dans les environs de Lavelanet et de Laroque d’Olmes ?

Intrigué par le fait — révélé lors de mes lectures—, qu’aucun auteur n’ait pu situer avec précision le lieu-dit le Pas de las Portas, je me suis mis en quête d’élucider cette question. Voici le résultat de mes recherches.Read more

Déposition de Pierre Maury de Montaillou

5-1-Histoire du catharisme
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Pierre Maury de Montaillou, dont l’histoire nous est relatée dans sa déposition, faite devant l’inquisiteur de Carcassonne, nous donne le meilleur témoignage disponible à ce jour des derniers temps du catharisme en Languedoc. Faite en juillet 1323, soit presque deux ans après la mort de Guilhem Bélibaste, elle relate la vie des communautés de croyants cathares exilés en Aragon qui se désagrègeront petit à petit sous les coups de butoir de cette arme terrible que fut l’Inquisition papale.

Au début de sa déposition, Pierre Maury reconnaît avoir été croyant des cathares pendant 17 à 18 ans.

Quinze jours après que j’aie commencé à demeurer avec Raimond Peyre, il m’adressa la parole par ces mots : « Pierre, que penses-tu des deux Églises ? Il y a en effet deux Églises, l’une qui fuit et pardonne, l’autre qui possède et qui écorche. Laquelle des deux crois-tu être la meilleure ? » Je répondis qu’il me semblait que celle qui pardonne devait être meilleure que celle qui écorche. Il ajouta : « C’est celle-là que nous considérons et qui est la nôtre ». Je dis : « Moi, je ne sais pas ce que c’est, mais je crois Dieu et les saints apôtres ». Raimond Peyre répondit : « Et nous aussi, nous croyons Dieu et les saints apôtres ».

Nous voyons ici l’origine de cette phrase qui fut prononcée par un croyant cathare en charge de l’éducation cathare de Pierre Maury.
Il est ensuite mis en présence de Pierre Authié, ancien notaire du comte de Foix, parti en Italie faire son nociviat avec son frère Guilhem, puis revenu auprès des croyants du Languedoc afin d’assurer la mission apostolique qui s’imposait aux chrétiens cathares consolés.

La nuit de ce jour-là, ledit Raimond m’amena à une chambre de sa maison où se trouvait Pierre Authié, l’hérésiarque (cathare consolé dans le langage inquisitorial), qui me reçut d’un air riant et avec bienveillance, et me demanda si je voulais être croyant, de lui-même et des autres de sa secte (Église cathare selon le langage inquisitorial). Finalement, je le lui accordai. Et Pierre Authié me dit que je ne pouvais pas être croyant, à moins de lui témoigner la révérence que les croyants sont tenus de témoigner aux principaux de sa secte. Et il me dit qu’il était un saint homme, et vivait d’une vie sainte, au point qu’il ne disait jamais un mensonge ; s’il lui arrivait de mentir, il lui faudrait jeûner trois jours de sorte qu’il ne mangerait ni ne boirait pendant ces trois jours (endura) ; et s’il lui arrivait de toucher une femme, il lui faudrait jeûner neuf jours de suite au pain et à l’eau. Lui ne faisait pas comme les Prêcheurs et les Mineurs, et les autres qui sont de cette Église qui possède et écorche. (car eux tournent tout à leur intérêt ; ils écorchent et n’épargnent personne. Mais lui, il ne veut rien de personne, il épargne (les gens) et il remet à tous les péchés.
Je lui demandai quelle révérence il voulait que je lui témoigne. Et alors, sur l’ordre et les instructions de ce Pierre Authié, je fléchis les genoux et adorai, disant ces mots dont j’avais été instruit par lui : « Bon crestia, la benedictio de Dieu e de vos ». Et il répondit : « De Dieu la haiatz e de nos ». Et alors il m’embrassa.

Puis Peyre Maury va être mis en présence de Pierre Authié qui lui tint ce prêche :

L’hérétique me dit alors : « Pierre, cela me fait un grand plaisir ! On m’a dit que tu seras bon croyant, si Dieu le veut, et moi, je te mettrai dans la voie du salut de Dieu, si tu veux me croire, comme le Christ (y) a mis ses apôtres, qui ne mentaient ne trompaient. C’est nous qui tenons cette voie, et je vais te dire la raison pour laquelle on nous appelle hérétiques : c’est parce que le monde nous hait, et il n’est pas étonnant que le monde nous haïsse car il a haï aussi notre Seigneur, qu’il a persécuté, ainsi que ses apôtres. Nous sommes haïs et persécutés à cause de sa loi, que nous gardons fermement. Ceux qui sont bons et veulent garder une foi constante se laissent crucifier et lapider quand ils tombent au pouvoir de leurs ennemis, comme le firent les apôtres, et ils ne veulent pas renier un mot de la foi constante qu’ils gardent. C’est qu’il y a deux Églises : l’une fuit et pardonne, 1’autre retient et écorche. Celle qui fuit et pardonne suit la droite voie des apôtres, elle ne ment ni ne trompe. Et cette Église qui retient et écorche est 1’Église romaine. »

Et l’hérétique me demanda laquelle de ces Églises je tenais pour la meilleure. Je lui répondis qu’il était mal de retenir et d’écorcher. Il ajouta alors : « Nous sommes donc ceux qui suivent la voie de la vérité, nous qui fuyons et pardonnons ! » Je lui répondis : « Si vous suivez la voie de la vérité et des apôtres, pourquoi ne prêchez-vous pas, comme le font les curés, clans les églises ? » Il me répondit : « Si nous prêchions dans les églises, comme les curés, nous serions aussitôt brûlés par l’Église romaine, qui a une grande haine pour nous. » Je répondis : « Et pourquoi l’Église romaine vous hait-elle ainsi ? » Il répondit : « Parce que si nous allions en public et si nous prêchions, l’Église romaine ne serait pas estimée ; les gens préféreraient notre foi à la sienne, car nous ne disons et prêchons que la vérité, mais l’Église romaine dit de grands mensonges. »

Concernant le baptême, voici l’opinion de Pierre Authié :

Pour cette raison, disait l’hérétique, il n’accordait aucune valeur au baptême de l’Église romaine, car ce n’était pas l’enfant en personne qui promettait d’être bon et fidèle chrétien, mais un autre pour lui. Et ainsi, ceux de l’Église romaine disent de grands mensonges. « Mais (chez) nous, quand un homme a déjà 12 ans, et nous préférons qu’il en ait 18, quand il peut avoir l’intelligence du bien et du mal, veut recevoir notre bonne foi et être notre croyant, après avoir reçu de lui la promesse qu’il sera notre croyant, nous lui disons nos bonnes et solides paroles. Il nous promet alors d’être bon et fidèle pour nous, de nous procurer le bien et non le mal, et de faire son possible, par lui-même et par d’autres, pour que de nombreux croyants et croyantes soient amenés à notre Église, qui se tient dans la justice et la vérité. » Car, disait-il, c’était un grand bien que développer leur Église, et un tel baptême était bon et solide, car c’était le croyant lui-même qui promettait de leur être bon et fidèle.

Voilà un court extrait de cet échange destiné à vous faire comprendre la logique de la prédication cathare. Ici, pas de bourrage de crâne ; l’auditeur peut intervenir et donner son avis et le chrétien  s’en sert pour argumenter son point de vue.

Voilà une façon de faire pour ne pas choquer les sympathisants.

Guilhem de Carcassonne.

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Concile de Latran III – 1179

5-2-Histoire du christianisme
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Concile de Latran III – 1179 – onzième concile œcuménique

Extrait du Dictionnaire universel et complet des conciles (deux tomes) du chanoine Adolphe-Charles Peltier (tome I, colonnes 1053 à 1058).
Publié dans l’Encyclopédie théologique de l’abbé Jacques-Paul Migne (1847), dont il constitue les tomes 13 et 14.

Latran (Concile général de), XIe œcuménique, l’an 1179.

Le pape Alexandre III, s’étant réconcilié avec l’empereur Frédéric, convoqua ce XIe concile général pour trois raisons importantes : la première, de détruire les restes du schisme ; la seconde, de condamner l’hérésie des Vaudois ; la troisième, de rétablir la discipline ecclésiastique, qui avait beaucoup souffert pendant un si long schisme. Il s’y trouva en tout, tant de l’Orient que de l’Occident, trois cent deux évêques avec un nombre proportionné d’abbés et d’autres prélats. Il y avait dans ce nombre dix-neuf évêques d’Espagne, six d’Irlande, un d’Écosse, sept d’Angleterre, cinquante-neuf de France, dix-sept d’Allemagne, dont trois de la province de Magdebourg et un de celle de Brême, un évêque de Danemark, un de Hongrie, et huit des diocèses latins d’Orient, parmi lesquels le plus illustre était Guillaume, archevêque de Tyr. Les évêques d’Irlande avaient à leur tête saint Laurent, archevêque de Dublin. Dans le concile même le pape sacra deux évêques anglais et deux écossais, dont l’un était venu à Rome avec un seul cheval, l’autre à pied avec un seul compagnon. Il s’y trouva aussi un évêque irlandais, qui n’avait d’autre revenu que le lait de trois vaches, et quand elles manquaient de lait, ses diocésains lui en fournissaient trois autres. Parmi les prélats de France on distinguait Guillaume, archevêque de Reims, beau-frère du roi, et Henri, abbé ; le pape les fit tous deux cardinaux : Guillaume, de Sainte-Sabine, et Henri, cardinal-évêque d’Albane.

Le concile eut trois sessions : la première, le 5 mars ; la seconde, le 14, et la troisième, le 19 du même mois. On s’occupa, dans ces trois sessions, à régler les choses qui en avaient occasionné la convocation ; et ce fut la matière de vingt-sept canons. La chronique de Gervais n’en compte que vingt-six ; mais c’est que de deux elle n’en fait qu’un.

  1. Si, dans l’élection d’un pape, les cardinaux ne se trouvent pas d’un sentiment unanime, on reconnaîtra pour pape celui qui aura les deux tiers des voix ; et si celui qui n’en a obtenu que le tiers ou au-dessous prend le nom de pape, il sera privé de tout ordre et excommunié, de même que ceux qui le reconnaîtront pour pape.

C’est ici le premier canon qui déroge à la forme ordinaire des élections, selon laquelle celui qui avait été choisi par la plus grande et la plus saine partie des électeurs était véritablement élu.

  1. Le concile déclare nulles les ordinations faites par les antipapes Octavien, Gui de Crême et Jean de Strum, et veut que ceux qui ont reçu d’eux des dignités ecclésiastiques ou des bénéfices, en soient privés.
  2. Aucun ne sera élu évêque, qu’il n’ait trente ans accomplis, qu’il ne soit né en légitime mariage, et recommandable par ses mœurs et sa doctrine. Aussitôt que son élection aura été confirmée et qu’il aura l’administration des biens de l’Église, les bénéfices qu’il possédait pourront être librement conférés par celui à qui la collation en appartient. A l’égard des dignités inférieures, comme doyenné, archidiaconé et autres bénéfices à charge d’âmes, personne ne pourra en être pourvu, qu’il n’ait atteint l’âge de vingt-cinq ans ; et il en sera privé si, dans le temps marqué par les canons, il n’est promu aux ordres convenables : savoir, le diaconat pour les archidiacres, la prêtrise pour les autres. Les clercs qui auront fait une élection contre cette règle seront privés du droit d’élire, et suspens de leurs bénéfices pour trois ans : l’évêque qui y aura consenti perdra le droit de conférer ces dignités.
  3. Le concile ordonne, que les archevêques, dans leurs visites, auront tout au plus quarante ou cinquante chevaux ; les cardinaux, vingt-cinq ; les évêques, vingt ou trente ; les archidiacres, sept ; les doyens et leurs inférieurs, deux ; qu’ils ne mèneront point de chiens ni d’oiseaux pour la chasse, et se contenteront pour leur table d’être servis suffisamment et modestement. Il leur défend aussi d’imposer ni tailles ni exactions sur leur clergé ; mais il leur permet de lui demander en cas de besoin un secours charitable.

Ce règlement fut fait à l’occasion des dépenses énormes que plusieurs évêques faisaient dans leurs visites, ce qui obligeait souvent leurs inférieurs de vendre jusqu’aux ornements de l’Église pour y subvenir. Au reste, ce grand train de chevaux n’est qu’une simple tolérance de la part du concile ; et, s’il en tolère un plus grand nombre dans les archevêques et les évêques que dans les cardinaux, c’est que la dignité de cardinal n’était pas encore ce qu’elle a été depuis.

  1. Si un évêque ordonne un prêtre ou un diacre, sans lui assigner un titre certain dont il puisse subsister, il lui donnera de quoi vivre jusqu’à ce qu’il lui assigne un revenu ecclésiastique, à moins que le clerc ne puisse vivre de son patrimoine. C’est le premier canon qui parle de patrimoine ou de titre patrimonial, comme on a dit depuis, au lieu de titre ecclésiastique.
  2. Les évêques et les archidiacres ne prononceront point de sentences de suspense ou d’excommunication sans trois monitions canoniques préalables, si ce n’est pour les fautes qui de leur nature emportent excommunication ; et les inférieurs n’appelleront pas sans griefs ni avant l’entrée en la cause. Si l’appelant ne vient poursuivre son appel, il sera condamné aux dépens envers l’intimé qui se sera présenté. Il est défendu en particulier aux moines et aux autres religieux d’appeler des corrections de discipline imposées par leur supérieurs ou leurs chapitres.
  3. Défense de rien exiger pour l’intronisation des évêques ou des abbés, pour l’installation des autres ecclésiastiques ou la prise de possession des curés, pour les sépultures, les mariages et les autres sacrements, en sorte qu’on les refuse à ceux qui n’ont pas de quoi donner. On défend aussi aux évêques et aux abbés d’imposer aux églises de nouveaux cens, ou de s’approprier une partie de leurs revenus, sous peine de cassation des actes qu’ils auront faits à cet égard.
  4. Défense de conférer ou de promettre les bénéfices avant qu’ils vaquent, pour ne pas donner lieu de souhaiter la mort du titulaire. Les bénéfices vacants seront conférés dans six mois ; autrement, le chapitre suppléera à la négligence de l’évêque, l’évêque à celle du chapitre, et le métropolitain à celle de l’un et de l’autre.
  5. Sur les plaintes formées par les évêques que les nouveaux ordres militaires des templiers et des hospitaliers recevaient des églises de la main des laïques ; que dans les leurs ils instituaient et destituaient des prêtres à l’insu des évêques ; qu’ils admettaient aux sacrements les excommuniés et les interdits, et leur donnaient la sépulture ; qu’ils abusaient de la permission donnée à leurs frères envoyés pour quêter, de faire ouvrir, une fois l’an, les églises interdites, et d’y faire célébrer l’office divin, d’où plusieurs de ces quêteurs prenaient occasion d’aller eux-mêmes aux lieux interdits, et de s’associer des confrères en plusieurs de ces lieux, à qui ils communiquaient leurs privilèges ; le concile condamne tous ces abus, non seulement à l’égard des ordres militaires, mais de tous les autres religieux.
  6. Les moines, ou tous autres religieux, ne seront point reçus pour de l’argent, sous peine au supérieur de privation de sa charge, et au particulier, de n’être jamais promu aux ordres sacrés. On ne permettra pas à un religieux d’avoir du pécule, si ce n’est pour l’exercice de son obédience. Celui qui sera trouvé avoir un pécule sera excommunié et privé de la sépulture commune, et on ne fera point d’oblation pour lui. L’abbé trouvé négligent sur ce point sera déposé. On ne donnera point pour de l’argent les prieurés ou les obédiences ; et on ne changera point les prieurs conventuels, sinon pour des causes graves, ou pour les élever à un plus haut rang.
  7. Les clercs constitués dans les ordres sacrés, qui ont chez eux des femmes notées d’incontinence, les chasseront et vivront chastement, sous peine de privation de leur bénéfice ecclésiastique et de leur office. Même peine pour le clerc qui, sans une cause manifeste et nécessaire, fréquentera les monastères des filles, après la défense de l’évêque. Un laïque coupable d’un crime contre nature sera excommunié et chassé de l’assemblée des fidèles. Si c’est un clerc, il sera ou chassé du clergé, ou enfermé dans un monastère pour y faire pénitence.
  8. Défense à tous les clercs sans exception de se charger d’affaires temporelles, comme d’intendance de terres, de juridiction séculière, ou de la fonction d’avocat devant les juges laïques.
  9. Défense aux ecclésiastiques de posséder plusieurs bénéfices, et aux laïques d’instituer ou de destituer des clercs dans les églises, sans l’autorité de l’évêque, ou d’obliger les ecclésiastiques à comparaître en jugement devant eux. Le concile défend ces choses aux laïques sous peine d’être privés de la communion des fidèles.
  10. Il prive aussi de la sépulture ecclésiastique ceux des laïques qui transfèrent à d’autres laïques les dîmes qu’ils possèdent au péril de leurs âmes. C’est sur ce fondement que l’on conservait aux laïques jusqu’à l’époque de la révolution les dîmes dont on jugeait qu’ils étaient en possession dès le temps de ce concile, et que l’on nommait dîmes inféodées.
  11. Les biens que les clercs ont acquis par le service de l’Église lui demeureront après leur mort, soit qu’ils en aient disposé par testament ou non. Défense d’établir à certain prix des doyens pour exercer leur juridiction, sous peine de privation d’offices aux doyens, et, à l’évêque, sous peine de privation du pouvoir de conférer l’office de doyen.
  12. Dans la disposition des affaires communes, on suivra toujours la conclusion de la plus grande et de la plus saine partie du chapitre, nonobstant tout serment et coutume contraire ; si ce n’est que l’autre partie propose quelque chose qu’elle fasse voir être raisonnable.
  13. Lorsqu’il y a plusieurs patrons pour présenter à un bénéfice, et qu’ils s’accordent tous dans leur présentation, celui-là aura le bénéfice, qui sera présenté par tous ; sinon celui-là sera préféré, qui aura la pluralité des suffrages ; autrement, l’évêque y pourvoira ; comme aussi, en cas de question pour le droit de patronage, qui ne soit pas terminée dans trois mois.
  14. L’Église étant obligée, comme une bonne mère, de pourvoir aux besoins corporels et spirituels des pauvres, le concile ordonne qu’il y aura, pour l’instruction des pauvres clercs, en chaque église cathédrale, un maître à qui l’on assignera un bénéfice suffisant, et qui enseignera gratuitement ; que l’on rétablira les écoles dans les autres églises et dans les monastères, où il y a eu autrefois quelque fonds destiné à cet effet ; qu’on n’exigera rien pour la permission d’enseigner, et qu’on ne la refusera pas à celui qui en sera capable, parce que ce serait empêcher l’utilité de l’Église.
  15. Défense, sous peine d’anathème, aux recteurs, consuls ou autres magistrats des villes, d’obliger les églises à aucune charge publique, soit pour fournir aux fortifications ou expéditions de guerre, soit autrement ; et de diminuer la juridiction (temporelle) des évêques et des autres prélats sur leurs sujets. On permet néanmoins au clergé d’accorder quelque subside volontaire, pour subvenir aux nécessités publiques, quand les facultés des laïques n’y suffisent pas.
  16. On défend, sous peine de privation de la sépulture ecclésiastique, les tournois ou foires, auxquels se trouvaient des soldats qui, pour montre de leur force et de leur bravoure, se battaient avec d’autres, au péril de leur âme et de leur corps.
  17. On ordonne d’observer la trêve de Dieu, qui consistait à n’attaquer personne depuis le coucher du soleil le mercredi jusqu’au lever du soleil le lundi, depuis l’Avent jusqu’à l’octave de l’Épiphanie, et depuis la Septuagésime jusqu’à l’octave de Pâques : le tout sous peine d’excommunication.
  18. Défense d’inquiéter, de maltraiter les moines, les clercs, les pèlerins, les marchands, les paysans allant en voyage, ou occupés à l’agriculture, les animaux employés au labourage. On défend aussi d’établir de nouveaux péages ou d’autres exactions sans l’autorité des souverains. C’est que chaque petit seigneur s’en donnait l’autorité.
  19. Partout où les lépreux seront en assez grand nombre, vivant en commun, pour avoir une église, un cimetière et un prêtre particulier, on ne fera aucune difficulté de le leur permettre ; et ils seront exempts de donner la dîme des fruits de leurs jardins et des bestiaux qu’ils nourrissent.
  20. Défense aux chrétiens, sous peine d’excommunication, de porter aux Sarrasins des armes, du fer ou du bois pour la construction des galères ; comme aussi d’être patrons ou pilotes sur leurs bâtiments. On excommuniera aussi ceux qui prendront ou dépouilleront les chrétiens allant sur mer pour le commerce ou pour d’autres causes légitimes, ou qui pilleront ceux qui ont fait naufrage, s’ils ne restituent.
  21. On renouvelle l’excommunication si souvent prononcée contre les usuriers, avec défense de recevoir les offrandes des usuriers manifestes, de les admettre à la communion et de leur donner la sépulture ; renvoyant au jugement de l’évêque le prêtre qui aura contrevenu à ce décret.
  22. On défend aux juifs et aux sarrasins d’avoir chez eux des esclaves chrétiens sous quelque prétexte que ce soit. On permet néanmoins de recevoir en témoignage les chrétiens contre les juifs, et les juifs contre les chrétiens. On ordonne de conserver les biens aux juifs convertis, avec défense, sous peine d’excommunication, aux seigneurs et aux magistrats de leur en rien ôter.
  23. Quoique l’Église, suivant que le dit saint Léon, rejette les exécutions sanglantes, elle ne laisse pas d’être aidée par les lois des princes chrétiens, en ce que la crainte du supplice corporel fait quelquefois recourir au remède spirituel ; c’est pourquoi nous anathématisons les hérétiques nommés cathares, patarins ou publicains, les albigeois et autres qui enseignent publiquement leurs erreurs, et ceux qui leur donnent protection ou retraite, défendant, en cas qu’ils viennent à mourir dans leur péché, de faire des oblations pour eux, et de leur donner la sépulture entre les chrétiens. Le concile ordonne de dénoncer excommuniés, dans les églises, les jours de dimanches et de fêtes, les brabançons, les cotteraux, etc., qui portaient la désolation partout. Il permet même de prendre les armes contre eux, et reçoit ceux qui les attaqueront sous la protection de l’Église, comme ceux qui visitent le saint sépulcre. Ces cotteraux ou roturiers étaient des troupes ramassées dont les seigneurs se servaient pour leurs guerres particulières, et qui vivaient sans discipline et sans religion. Labb. X ; Anal. des conc.

Période médiévale – Le «catharisme» occidental

5-1-Histoire du catharisme
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3 – 3 – Période médiévale

Il est impossible de comprendre quoi que ce soit au christianisme et aux religions qui s’en réclament si l’on n’étudie pas l’histoire et les religions qui ont participé à son avènement.

Le « catharisme » occidental

Nous l’avons vu, le développement du catharisme en Europe occidentale semble avoir suivi deux voies de propagation. L’une fut le fait des pauliciens intégrés aux armées grecques en Italie du sud et à celle de Raymond IV en Languedoc. L’autre semble avoir suivi les routes commerciales entre Europe centrale et Europe de l’ouest. C’est celle qui est le mieux documentée et qui sert de référence aux historiens modernes. Elle passe de Bulgarie en Rhénanie, puis en Champagne, en Flandre, en Orléanais et en Occitanie. C’est cette vision qui fit croire à ces historiens que le courant mitigé[1] fut premier et qu’il fut ensuite supplanté par le courant absolu. Pour cette même raison, il fut admis que l’Italie du Nord fut touchée avant le Languedoc.

Je pense pour ma part qu’un courant absolu était déjà en place avant l’arrivée des « cathares » du nord de la France. Pour ce qui est de l’Italie du Nord, on peut imaginer aussi qu’une partie des pauliciens de l’armée de Raymond IV, revenue soutenir son héritier après sa mort en Terre Sainte, ait pu essaimer dans cette zone forcément traversée sur le chemin du retour. Mais il est aussi possible que ceux qui étaient installés en Occitanie aient diffusé à l’est compte tenu de l’appartenance de l’Italie du Nord à l’Occitanie. Peu importe en fait. Ce qui compte c’est que la tendance mitigée ne semble pas avoir touché le Languedoc alors qu’elle provoqua de nombreux remous en Italie du Nord où elle divisa l’Église de Concorezzo. Cela ne peut m’empêcher de comparer le mouvement mitigé italien avec celui de Valentin. Là aussi, face à un dualisme strict, il semble bien que Valentin ait introduit une approche plus conciliante avec l’orthodoxie catholique de son époque. Et même si cette approche ne connut pas de lendemain en raison de la dérive gnostique de ses successeurs, elle signe une volonté de retour à la « norme », d’une partie des chrétiens authentiques, peut-être un peu inquiets face à l’orthodoxie catholique dont la doctrine était en outre moins contraignante.

Mais plus que les tribulations du catharisme italien, je voudrais insister sur le fait qu’en France on observa divers épisodes que les historiens ont rapprochés du catharisme sur le simple critère de leur opposition au catholicisme.

XIe et XIIe siècles

Aux environs de l’an mil, à Vertus en Champagne, un dénommé Leutard[2], paysan analphabète, se fait remarquer en dénigrant l’Église catholique, en répudiant sa femme et en brisant les croix. Condamné et expulsé par l’évêque de Châlons, il se suicida en se jetant dans un puits. Vers 1015 l’évêque de Limoges signale des « manichéens » sans plus de précision. En 1022 un bûcher fut dressé à Toulouse contre des « manichéens » dont nous ne savons malheureusement rien d’autre. Cependant, c’est à Orléans[3], la même année, qu’intervint l’affaire la plus retentissante. Des prélats de haut rang, dont le confesseur de la reine Constance — femme de Robert II le pieux —, propagent une doctrine typiquement cathare. La rumeur voulait que ces idées avaient été introduites en Orléanais par une italienne et un paysan périgourdin. Dénoncés par un chevalier qui avait infiltré leurs rangs, après que leurs agissements furent découverts par un clerc tombé sous leur influence, ils furent interrogés en public par l’évêque de Beauvais à la tête d’un collègue épiscopal réuni pour l’occasion sous l’autorité du roi. Ce dernier les fit périr sur un bûcher le 25 décembre 1022. Leur nombre de dix présente une légère imprécision quant à la présence en leur sein d’une nonne qui n’aurait pas été brûlée, de même qu’un jeune clerc. En 1025 des hérétiques abjurèrent devant le synode d’Arras. En 1027-28 le concile de Charroux (Vienne) dénonça les hérétiques à la demande du duc d’Aquitaine, Guillaume III. En 1049 le concile de Reims prit des mesures de portée générale qui amenèrent à des exécutions à Arras[4] et Châlons. Pourtant en 1048 le prince-évêque de Liège[5], Wason, avait interdit la mise à mort des hérétiques en se basant sur la parabole du bon grain et de l’ivraie (seul Dieu est apte à séparer le bon grain de l’ivraie). Vers 1050 son successeur, Théodwin, prend le contre-pied exact de sa position en en appelant au bras séculier contre Bruno évêque d’Angers et Béranger évêque de Tours convaincus d’hérésie. À Goslar en Allemagne, des hérétiques sont démasqués en 1052 par le test du poulet — soucieux d’observer le commandement divin les hérétiques refusent de tuer, même un poulet — et pendus le jour de Noël. Face à cette violence, le concile de Toulouse (1056) fait place à l’amendement des hérétiques sans préciser ce qu’il faut faire des impénitents et des relaps. Il ne sera pas suivi. Vers 1077 le prêtre Ramihrd[6], vivant à proximité de Douai, est dénoncé par l’évêque de Cambrai comme hérétique, car il refuse les sacrements issus de simoniaques (dont l’évêque lui-même). Il sera brûlé par les gardes et la foule. Il fut soutenu par le pape Grégoire VII qui excommuniera la ville. En 1083 le Pape sermonne le comte de Flandre pour sa collusion avec l’hérésie. La seconde moitié du XIe siècle est quasiment muette sur l’implantation et le développement du catharisme.

Mais ces épisodes ne sont qu’une partie des mouvements qui apparurent au XIe et XIIe siècle, soit en réaction aux comportements de l’Église catholique et de ses membres les moins rigoureux, soit en raison de la réforme grégorienne. Ce qu’il faut distinguer, afin de ne pas attribuer au catharisme ce qui n’en est pas et de ne pas mettre dans un fatras de divergences ce qui constitue une rupture totale avec le judéo-christianisme, c’est le contenu doctrinal. Et alors on constate effectivement que beaucoup des mouvements contestataires sont des mouvements de réforme du catholicisme, car ils conservent les mêmes fondamentaux que l’Église catholique, alors que d’autres sont des mouvements de rupture qui poussent leurs adeptes à changer radicalement de fondamentaux doctrinaux, ce qui revient à changer de religion aussi sûrement que s’ils s’étaient fait juifs ou musulmans. Ainsi le paysan Leutard ne peut en aucune façon être considéré comme cathare alors que les prélats d’Orléans confessent un catharisme indiscutable. Ceux de Goslar sont également fortement suspects de catharisme alors que Ramihrd est vraisemblablement plus un réformateur catholique qu’autre chose.

L’autre question importante est le fait que l’on trouve souvent des clercs catholiques dans les rangs de ceux qui sont jugés pour leurs idées hérétiques. Cela peut-il être un frein au fait que ces religieux aient pu renier leur foi initiale pour embrasser un nouveau christianisme ? Je ne le crois pas, car si la révélation de l’éveil peut toucher tout le monde, les clercs de l’époque étaient les mieux placés pour acquérir la connaissance nécessaire à cette conversion. Il n’est donc pas étonnant qu’ils aient été les premiers touchés, tout comme les historiens n’ont pas manqué de noter la forte proportion de nobles parmi les cathares médiévaux, qui n’est pas liée à un quelconque phénomène de mode, mais bien au fait qu’ils étaient eux aussi en mesure d’acquérir les connaissances nécessaires à leur adhésion.

XIIIe et XIVe siècles

Le XIIIe siècle est l’époque la mieux connue du catharisme[7], tant languedocien qu’italien et même français, notamment en Champagne. En Italie, les cathares se répartissent en deux écoles, celle des albanenses (albanistes) qui sont les tenants du christianisme authentique transmis par les pauliciens. L’ouvrage qui présente le mieux leur doctrine nous vient, directement ou non, de leur évêque Jean de Lugio et s’appelle le Livre des deux principes (Liber de duobus principii). L’école de Concorezzo qui semble avoir été instituée par l’Église bogomile de Bulgarie, prône un catharisme mitigé et met en avant un ouvrage qualifié d’apocryphe bogomile : La cène secrète de Jean (Interrogation Johannis). Une troisième école, issue de l’Église de Slavonie, propose une théologie légèrement différente, notamment sur la place de Marie, mais néanmoins rattachée à l’approche bulgare.

La répression fut relativement sporadique pendant tout le siècle en raison de l’opposition entre le pape et l’empereur Frédéric Barberousse, par ailleurs tous deux clairement disposés à éradiquer le catharisme italien. Ce n’est que dans le dernier quart du siècle, suite à la victoire du parti guelfe sur celui des gibelins, que la répression put prendre un tour plus systématique. L’arrestation des cathares de Sirmione et le bûcher de Vérone en 1278 signa la fin du répit pour le catharisme en Italie. Mais nous avions parlé de cathares en Italie du sud et en Sicile. Leur existence débordera sur le XIVe siècle puisque nous savons que de nombreux languedociens s’y rendirent pour être formés, dont Pierre Authier et son frère Guilhem. Pour autant nous disposons de peu d’informations sur son fonctionnement et son développement excepté que, manifestement, elle devait être proche de l’école des albanistes.

En Languedoc le XIIIe siècle est dominé par le début de la répression de l’hérésie cathare. Tout d’abord, objet de tentative de contradictions théologiques par le biais des fameuses disputatio, ces controverses publiques à laquelle participa Dominique de Guzman, le futur créateur de l’ordre des dominicains, elle fut ensuite militaire par l’intermédiaire de la croisade contre les albigeois et enfin religieuse à l’occasion de la mise en place du tribunal de l’Inquisition qui se poursuivra jusqu’à la mort du dernier consolé, Guillaume Bélibaste exécuté à Villerouge en Termenès en 1321. L’association de ces deux derniers modes de répression trouvera son expression la plus forte lors de la reddition de Montségur qui se terminera le 15 mars 1244 après dix mois de siège par l’exécution des derniers représentant de l’Église cathare du Languedoc. Mais, même après la fin de la tentative de reprise de la prédication des consolés mise en place par Pierre Authier, il restait de nombreux croyants et quelques bonshommes, notamment en Quercy où les réseaux étaient mieux segmentés. Que sont-ils devenus ? Les textes manquent à leur sujet. Sont-ils restés sur place ou ont-ils été capturés et éliminés sans que nous le sachions ? Troisième hypothèse ; peut-être sont-ils partis avec leurs croyants dans cet exode commencé dès le début de la croisade par ceux qui n’avaient plus de raison de rester en Occitanie et qui se sont installés à ses frontières sud-ouest, au Pays basque avant de disséminer sur la côte atlantique, en Espagne et même en Amérique du sud sous le nom infamant de cagots ou d’agotes comme l’a si bien expliqué Kepa Olaizola[8] dans son travail de recherche.

J’ai volontairement choisi de ne pas alourdir ce texte en évoquant la (les ?) croisade contre les albigeois, déclenchée à la demande du pape innocent III au début de l’été 1209 et l’Inquisition, créée suite à l’échec partielle de la croisade, en 1233 à Carcassonne et à Toulouse qui éliminera l’hérésie en tuant Guilhem Bélibaste. Il ne manque pas d’excellents ouvrages retraçant ces périodes, notamment la somme historique de Michel Roquebert, l’épopée cathare en cinq volumes.

Conclusion

Les tentatives modernes visant à refuser « l’unité » du mouvement cathare médiéval au motif des variantes cosmogoniques, voire de quelques divergences superficielles dans la doctrine sont donc liées à une totale méconnaissance de l’Église chrétienne authentique que j’espère avoir un peu réduite dans cette présentation des origines. De même, la mode de faire du catharisme médiéval une divergence du catholicisme est totalement ignorante des divergences insurmontables entre les fondamentaux doctrinaux de ces deux christianismes. Fondamentaux qui remontent au premier siècle, même s’ils ne furent finalisés qu’entre le deuxième et le septième siècle. Chercher à subordonner le catharisme au catholicisme est aussi peu sérieux que le fut le fait de l’attacher au manichéisme ou à l’arianisme, voire à l’origénisme.

Comme toujours, vous êtes invités à venir en discuter sur le forum dédié.


[1] Le catharisme fait l’objet de diverses séparations selon les critères doctrinaux touchant à la cosmogonie. Les mitigés considèrent notamment que Dieu a créé la matière que le diable a corrompue et les absolus pensent que c’est le diable le créateur de la matière.

[2]. Edmond Pognon. L’an mille. Œuvres de Raoul Glaber, Adhémar de Chabannes , etc. Éditions NRF Gallimard (Paris) 1947.

[3]. Ibid.

[4]. M. Grisard. Les Cathares dans le Nord de la France in Revue du Nord, tome XLIX, n°194, Juillet-Septembre 1967. Université de Lille.

[5]Ibid.

[6]. M. Grisard. Les Cathares dans le Nord de la France. Op. cit.

[7]. La religion des Cathares et l’histoire des Cathares. Le Catharisme (t. 1 et t. 2) op. cit.

[8]Agot, cagot. L’après Catharisme. Kepa Olaizola. Op. cit.

2 – 2 – Paul, Marcion et les autres

5-2-Histoire du christianisme
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Paul, Marcion et les autres

Nous allons aborder une période extrêmement compliquée à appréhender de l’histoire du proto-christianisme et du début du christianisme, en raison de la pauvreté et du manque de fiabilité des sources disponibles. L’histoire n’est ni une science exacte, ni une science honnête. L’absence d’outils de cadrage et l’obligation de se référer à des documents forcément subjectifs obligent à faire preuve d’une grande prudence dans nos analyses. Bien entendu, cela est valable pour nos propres analyses qui sont soumises à notre subjectivité personnelle.

Le « christianisme » du premier siècle

Les 30 premières années de l’ère commune

Que sait-on de vérifiable sur cette période en Palestine ? Rien, ou à peu près rien. En effet, la plupart des informations disponibles dans les textes chrétiens du Nouveau Testament ne sont pas superposables à des récits émanant d’autres sources. Quand certains points sont conformes à d’autres données historiques, ces dernières sont suffisamment vagues pour n’être en aucune façon décisives. À titre d’exemple, le fait qu’un romancier décrive dans son livre un lieu précis, en respectant scrupuleusement les données connues sur ce lieu, ne permet pas d’affirmer que les événements qu’il y place aient eu lieu.

Si l’ère commune commence à l’an 0, il ne se trouve plus aujourd’hui grand monde pour affirmer qu’il corresponde à la date précise de la naissance de Jésus. Même l’Église catholique reste floue sur la date précise, voire l’année de sa naissance. Pour d’autres, c’est le fait même de sa naissance, donc de son existence qui est sujette à de nombreux doutes.

Mais il faut bien démarrer quelque part. Alors voyons ce qui s’est passé dans ces premières années de notre ère.

Il est indéniable que des individus de religion juive ont propagé un message qui fut attribué à un être de chair qu’ils ont assimilé au messie davidique des écrits de la Torah. Mais la compréhension de ce message fut très diversement interprétée, allant de ceux qui voyait dans ce message un complément au judaïsme justifiant la mise en place d’une énième secte juive jusqu’à ceux qui y voyait en réalité une rupture et un rejet du judaïsme comme religion de Dieu.

Si l’on connaît assez bien le développement du groupe rattachant le message christique au judaïsme, il en va tout autrement du groupe qui rejetait cette idée.

Le principal document utilisable sur ce sujet est le livre Actes des apôtres dont il est clair qu’il est fortement orienté, à la fois pour rattacher au courant majoritaire les éléments qui l’arrangent ou qui peuvent le valoriser et, pour dénigrer directement ou pas ceux qui ne vont pas dans son sens.

Trois personnages sont à distinguer dans cette période.

Étienne, représentant du pagano-christianisme ?

Étienne, présenté comme un jeune diacre de la communauté judéo-chrétienne qui blasphème le Dieu des juifs et est exécuté par lapidation.

Son comportement est intéressant à double titre :

  • Il fait partie du second cercle, nommé à l’occasion d’une querelle entre juifs chrétiens (Hébreux) et juifs hellénisants (diaspora) ;
  • Il blasphème le Dieu des juifs, comme le fit Jésus, et est exécuté par lapidation, ainsi que le prévoit la loi juive, alors que jésus aurait été crucifié.

La querelle, qui occasionna la mission d’Étienne au service des dirigeants de la communauté, met en avant un comportement des Hébreux qui correspond à l’attitude habituelle des juifs de Jérusalem vis-à-vis des juifs de la diaspora (vivant à distance du Temple de Jérusalem). Si les premiers sont avant tout des juifs cherchant à établir une secte faisant de Jésus leur référence, les seconds sont plus éloignés du judaïsme le plus orthodoxe.

Le comportement d’Étienne nous fait comprendre qu’il est forcément, et au mieux, issu du groupe hellénisant. Pourtant ses idées sont plus radicalement anti-juive que la plupart des autres, ce qui révèle l’existence d’une fracture au sein de ce groupe. Cette fracture porte sur le rejet de la Torah, voire de Iahvé comme référence. En cela, ce groupe préfigure le courant pagano-chrétien. D’ailleurs, après la mort d’Étienne, les Actes nous disent qu’une grande persécution eut lieu contre l’église de Jérusalem. Mais c’est faux ! En effet, si tous les membres furent dispersés, les apôtres sont demeurés. Cela montre qu’aux yeux des juifs il y a bien deux catégories de sectateurs de Jésus : ceux qui l’intègrent au judaïsme et ceux qui en font le pilier d’une nouvelle religion.

Simon le mage, caricature de Paul ?

Dès le chapitre 8 les Actes mettent l’accent sur ceux que les judéo-chrétiens considèrent comme des ennemis. Paul, qui sera appelé Saul jusqu’au chapitre13, y est présenté sous un jour sombre, mais en accord avec sa mission d’alors. Par contre, un nouveau personnage fait son apparition. Il s’agit de Simon que l’on dit capable de magie et qui semble causer des troubles chez les samaritains, juifs considérés comme hérétiques par ceux de Jérusalem. Il reçoit le baptême d’eau de Philippe, mais pas le baptême par imposition des mains. Considérant ce baptême comme supérieur, il demande à en recevoir la compétence de transmission contre de l’argent[1].

Plusieurs auteurs et chercheurs ont cru voir dans la juxtaposition des critiques envers Paul et dans l’histoire de Simon, une volonté de dénigrement de Paul, plus ou moins assimilé à ce personnage dont l’existence réelle n’est pas attestée.

Paul de Tarse

Pour Paul nous avons plusieurs documents pour étayer son existence. Les Actes des apôtres posent problèmes, car ils semblent chercher à donner de Paul une image conforme à la volonté judéo-chrétienne d’amoindrir son influence au profit de celle de Pierre. Les Épitres qui lui sont attribuées sont manipulées, modifiées, remaniées, voire carrément inventées. Trier dedans pour tenter de restituer sa pensée est un véritable travail de… romain !

Les apocryphes sont intéressants, mais forcément entachés de doute.

Si Paul n’a pas créé le groupe des juifs qui se sont éloignés de la « parenté » juive, au point de rejeter Iahvé et la Torah, il l’a rejointe à Damas et en est devenu le porte-parole au point que son travail missionnaire est sans aucun doute à l’origine du premier schisme intervenu en 49 entre judéo-chrétiens et pagano-chrétiens, même si ces qualificatifs n’existaient pas encore.

Il est très difficile d’analyser la vie de Paul à cette époque, parce que les témoignages qui nous sont parvenus sont loin d’être uniformes. D’un côté nous avons un récit attribué à Luc, médecin et un temps ami de Paul, mais cela semble être une ruse, car son contenu est loin d’être celui d’un proche. En effet, on n’y trouve aucune mention des lettres que Paul adressa à des communautés qui s’appuyaient sur son apostolat. De même, on remarque des divergences entre les lettres de Paul et le récit attribué à Luc, notamment concernant la reconnaissance du statut d’apôtre de Paul et la date de sa venue à Jérusalem. Enfin, ce texte (Les Actes des apôtres) ne reconnaît le statut romain de Paul qu’à partir du chapitre 13, alors qu’il est citoyen romain de naissance. Sans parler des épisodes destinés à mettre Paul en difficulté vis-à-vis des communautés chrétiennes. De l’autre côté nous avons les lettres de Paul, appelées Épitres par l’Église romaine, dont nous savons très clairement qu’elles ont été manipulées de diverses façons. Certaines ont été constituées à partir de plusieurs écrits différents (Lettre aux Romains par exemple), toutes ont été partiellement falsifiées par l’ajout d’interpolations de scribes judéo-chrétiens destinées à amoindrir le caractère jugé « hérétique » des écrits pauliniens jusqu’à la mise en place de la compilation appelée Nouveau Testament. Deux autres documents nous sont parvenus, sans être validés par l’Église officielle. Ces apocryphes sont une vie de Paul figurant dans les Actes de Pierre et de Simon et un échange de correspondance avec Sénèque, précepteur de Néron. Il en ressort principalement que Paul fut libéré de prison vers 64 en raison d’un vice de procédure — ses accusateurs juifs ne s’étaient pas présentés devant le tribunal de peur d’être mis en accusation —, et qu’il partit pour un quatrième voyage missionnaire qui le mena de Rome en Espagne et ensuite dans la zone orientale de l’Empire. C’est là qu’il fut de nouveau arrêté et ramené à Rome où il fut exécuté vers 68, sans doute sur ordre de l’empereur Néron, soucieux de se disculper dans les accusations populaires relatives à l’incendie de Rome.

On retrouve dans la correspondance de Paul de nombreux éléments doctrinaux et de praxis qui jalonneront les groupes religieux qui suivront et ce jusqu’aux bogomiles et aux cathares. Le lien doctrinal est indiscutable.

Le « christianisme » du deuxième siècle

Les gnostiques

Ce nom, clairement donné par l’Église catholique de Jérusalem, puis de Rome, à ceux qui refusaient de se plier au dogme catholique, regroupe en fait des personnalités et des « écoles » de pensée très diverses, dont certaines ne furent sans doute pas chrétiennes.

Simon, Apollos et Cérinthe

Si Simon le mage dont nous venons de parler a existé, il est clairement le premier des gnostiques et, sans doute pas chrétien. Par contre Apollos de Corinthe[2], qui vivait à Alexandrie avant d’en être ramené et d’être baptisé par imposition des mains à Corinthe, est clairement un chrétien. On connaît de lui sa grande éloquence qui fit de l’ombre à Paul qu’il ne croisa que de façon épisodique. Cependant, installé dans des communautés pauliniennes, il y poussa les théories du maître si loin qu’il semble bien que Paul s’en soit inquiété. Le travail d’Apollos à Corinthe fut si intense que certains chercheurs pensent que le gnostique appelé Cérinthe pourrait bien n’être personne d’autres qu’Apollos et ses théories firent penser à d’autres qu’il pourrait bien être l’auteur de l’Évangile selon Paul, si cher aux cathares. Apollos semble avoir avancé sur l’exclusion de Iahvé comme Dieu des chrétiens et sur le docétisme, c’est-à-dire sur la double nature de Jésus, à la fois Dieu et homme.

Ménandre et Satornil (Saturnin)

Ménandre semble avoir été le premier à proposer que Dieu ne serait pas le créateur du monde, doctrine que son disciple Satornil va faire évoluer jusqu’à proposer que Iahvé serait un ange devenu mauvais. Dieu est par ces théories séparé du démiurge et innocent de ce monde imparfait et mauvais. Ménandre avait proposé que le monde soit la création de sept anges. Cette hypothèse est intéressante quand on se rappelle que le Dieu des juifs est souvent appelé Élohim qui est terme pluriel alors que Iahvé est un singulier.

Cette séparation crée un second schisme, après celui de Paul, et met durablement en place une seconde voie christique, avant même que le mot chrétien ne soit inventé.

Basilide et Carpocrate

Cet autre disciple de Ménandre semble avoir introduit la philosophie platonicienne et aristotélicienne. C’est lui introduit le concept grec de Nous (Intellect, Sagesse) pour désigner le christ. Il partage avec Satornil l’idée du salut par la foi. Il semble bien qu’il ait ouvert la voie à Valentin et au néoplatonisme.

Proche de Satornil pour le rejet de la Torah, Carpocrate n’est pas adepte du docétisme et ne voit en Jésus qu’un homme. Il croit en la puissance de chacun dans sa résistance au Mal. Cela est sans doute à l’origine de l’idée qu’il aurait autorisé ses disciples à se laisser aller à toutes les turpitudes, puisque ces dernières ne concernent que le corps. C’est sans doute une interprétation de leurs opposants.

Valentin

Disciple de Basilide, il se réfère beaucoup à la philosophie grecque et rejette la loi mosaïque. Il n’associe pas le Dieu de la Torah au démiurge et valorise Jacques le mineur, dit frère de Jésus, contrairement aux autres gnostiques. Cette approche peut expliquer à la fois le recentrage de Valentin sur Jésus et son éloignement des racines juives. Ce sont les raisons qui font que certains chercheurs voient en Valentin l’auteur de l’Évangile selon Thomas et que ces disciples ont fini par abandonner le christianisme au profit d’une nouvelle religion qu’ils ont créée, le gnosticisme.

Marcion et le marcionisme

Disciple de Satornil, il appartient clairement à ce courant hétérogène appelé gnostique, mais il va constituer une doctrine chrétienne fidèle aux origines et à la pensée de Paul.

Issu d’une famille christianisée de Sinope (sur la côte sud de la Mer Noire), il semble avoir développé une approche chrétienne jugée hérétique, puisqu’il fut rejeté par la communauté dont son père était l’évêque. Descendu à Rome en 140, il renfloua les caisses de l’Église catholique qui lui permit de travailler quatre ans à l’étude des textes. Mais, ses conclusions rejetant les textes de la Torah, la plupart des autres textes juifs et faisant de Iahvé, non seulement le démiurge créateur du monde, mais aussi Dieu du Mal, firent hurler les responsables judéo-chrétiens locaux. Si l’on ajoute qu’il reprit toutes les lettres de Paul, dénonçant les falsifications, les ajouts et les forgeries et qu’il remania l’Évangile selon Luc pour en faire un évangile de Paul, on comprend aisément qu’il également exclu de l’Église romaine qui préféra lui rembourser ses 200 000 sesterces.

Grâce à sa richesse personnelle liée à son activité d’armateur, il décida de fonder des communautés adeptes de ses théories. Cette nouvelle Église chrétienne prit une telle ampleur qu’elle était considérée au 3e siècle comme la plus importante du monde, avant l’Église de Rome ! Et cette opinion est celle d’un des Pères de l’Église de Rome ! Après sa mort, survenue vers 160, son Église se répandit sur tout le continent, souvent à proximité ou en remplacement des communautés paulinienne. Les marcionites furent si présent qu’au 2e siècle, quad le mot chrétien fut inventé à Antioche de Syrie, c’est à des marcionites qu’il fut appliqué. De même, à Édesse, ce sont les marcionites qu’on appelait chrétiens, alors que les judéo-chrétiens étaient nommés palutiens, du nom de leur évêque Palut.

Quand l’empereur Théodose rendit le christianisme catholique religion d’État et donna à ses cadres le pouvoir de justice religieuse, les choses changèrent. Les marcionites durent entrer dans la clandestinité et furent poursuivi durement, mais à la fin du premier millénaire on trouve encore des récits citant des communautés marcionites clandestines.


[1] C’est de là que vient le terme de simonie qui désigne le fait de monnayer les actes rituels de la religion.

[2] Le nom de la ville accolé au nom de l’apôtre désigne la ville où fut baptisé l’intéressé, selon le rite de l’imposition des mains.

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