Vidorles ou Bidorle ?

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Vidorles ou Bidorle ?

Pourquoi le Vidorles (Belvis [11]) ne peut pas être le Bidorle

Dans l’histoire du siège de Montségur (1243-1244) il est évoqué un épisode qui nous parle de feux qui ont été allumés sur le Bidorle, à l’adresse des assiégés, par le sergent Escot de Belcaire.

Voici la confession du sergent Imbert de Salles devant l’inquisition qui fait mention de ces feux :

« Cet Escout convint alors avec Pierre-Roger de Mirepoix qui si ce même Escout faisait un signal avec du feu à ce même Pierre-Roger, ce dernier saurait que le comte de Toulouse faisait bien ses affaires. Et par la suite ledit Escout fit deux fois un signal sur le pic de Bidorle[1] avec du feu, pour Pierre-Roger et les autres du château de Montségur »[2].

En 1990 dans son « Mourir à Montségur » quatrième tome de l’Épopée Cathare, page 373, Michel Roquebert nous dit :

« Escot resta deux jours et deux nuits à Montségur – y visitant d’ailleurs Bertrand Marty. Avant de partir il convint avec Pierre-Roger de Mirepoix que si lui, Escot, faisait un signal avec du feu, Pierre-Roger saurait que le comte de Toulouse menait bien ses affaires. Par la suite, Escot fit par deux fois un signal à Pierre-Roger et aux autres de Montségur, avec du feu, sur le pic de Bidorte […]

Belcaire est au pays de Sault. Escot de Belcaire vivait en fait à Belvis, mais c’est une bastide qui appartenait aux Niort, seigneurs, on le sait, du Pays de Sault. Et les Niort étaient possessionnés en Lauragais, ce qui leur permettait certainement d’avoir de bonnes informations sur la situation générale. Quant au pech de Bidorta, il a disparu de la toponymie locale, mais avec beaucoup de vraisemblance Napoléon Peyrat l’identifie à la montagne de la Frau, à quatre kilomètres au Sud de Montségur ».

Cependant l’auteur va revenir dans « Histoire des Cathares, Hérésie, Croisade, Inquisition du XIè au XIVè siècle » éditions Perrin, 1999, page 381 (édition condensée des cinq volumes de l’Épopée Cathare), sur l’assertion de la dernière phrase de l’extrait ci-dessus, pour soutenir que le Bidorle est le Vidorles :

« Il fut convenu que si tout allait bien en effet, Escot allumerait un feu sur le Vidorle, un sommet proche de Belvis[3]. Quelques jours plus tard le feu fut allumé, et par deux fois. »

Cependant une raison fait déjà douter que le Vidorles qui se situe au Nord de Belvis (11340), soit le site d’où le sergent de Belcaire a allumé les feux.

La voilà :

– Il existe à l’Ouest de Belvis les vestiges des soubassements d’un « château » du nom des Hortes, mais dont l’emplacement et l’emprise laissent plutôt à penser qu’il s’agissait d’une tour à signaux. Se trouvant à moins de 1400 mètres à vol d’oiseau, au Sud-Ouest du sommet du Vidorles, elle était en contact visuel avec le Pog.

« Le château des Hortes, dont quelques restes sont visibles, était en communication visuelle avec Montségur… Au moyen âge, la commune comptait au nord du village, une paroisse, Bidorles ou Vidorles. Les épidémies de peste vers 1348 ont entrainé son abandon. »[4].

Dès lors la lecture de cette information autorise l’interrogation suivante :

Qu’elle aurait été la justification de l’édification du château ou de la tour à signaux des Hortes si l’on voyait le Pog depuis le Vidorles ?

Puis voici la preuve irréfutable

En tirant un trait, entre le sommet du Sarrat du Vidorle (985m) et le château de Montségur (1207m) distants de 20 kms à vol d’oiseau, sur la carte IGN 2247 OT au 1/25000 ème — Lavelanet, Montségur, Lac de Montbel —, on s’aperçoit que le pic (culminant à 1119 m) situé au Nord-Ouest du Sarrat de Barreng et le Bac de Picaussel font obstacle à la trajectoire visuelle en direction du Pog.

À gauche le Sarrat de Barreng et le pic nord-ouest avec à la droite de celui-ci le Bac de Picaussel vus depuis le chemin d’accès au sommet du Vidorles.

Mais pour en avoir une idée plus précise il faut se rendre au sommet du Vidorles.

Depuis ce dernier on constate au travers des épaisses frondaisons, que la vue en direction du Pog, comme prouvé par les cartes, est bien empêchée par le pic et le Bac indiqués.

La végétation abondante présente sur le lieu de l’observation ne permettant pas de prendre des photos nettes et parlantes de ce que l’on entrevoit depuis celui-ci, des clichés ont donc été pris depuis le chemin qui mène au sommet.

Conclusion

Face à la constatation de l’impossibilité d’un contact visuel avec le Pog de Montségur depuis le sommet du Sarrat de Vidorles, le pic situé au Nord-Ouest du Sarrat de Barreng et le Bac de Picaussel faisant barrage, on ne peut que conclure que le Bidorle d’où, d’après la confession du sergent Imbert de Salles devant l’inquisition Escot de Belcaire aurait allumé des feux à l’adresse des assiégés de la forteresse pyrénéenne, n’est pas le Vidorles.

© Bruno Joulia (2024)


1] Et non Bidorte, lecture courante ; Bidorle est un toponyme attesté (à Dun). Mais un haut lieu pouvant servir pour envoyer des signaux n’est pas identifiable.

[2] Le dossier de Montségur – interrogatoires d’Inquisition 1242-1247, textes traduits, annotés, et présentés par Jean Duvernoy, Pérégrinateur éditeur, 1998, page 130.

[3] Dans Mourir à Montségur, p 373, corriger Bidorte (le pech de la Bidorta de la copie du Manuscrit Doat, traditionnellement identifié sans preuve avec la montagne de la Frau) en Vidorle — qui signifie « le grelot » — attesté par la carte IGN 2247/Est (985 m d’altitude).

[4] https://www.belvis.fr/presentation-de-belvis-11_fr.html

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