3-La religion

Les fondamentaux de la doctrine et de la praxis cathare

3-1-Doctrine cathare
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Les fondamentaux de la doctrine et de la praxis cathare

Structuration de la règle1

Les cathares nous ont donné l’image de penseurs structurés et cohérents. Appuyés sur la philosophie grecque, ils comprenaient la religion comme une pratique spirituelle simple, ouverte et compréhensible. Très loin des circonlocutions ésotériques et des constructions complexes du gnosticisme, ils voulaient comprendre ce que leur foi les poussait à mettre en œuvre, et ils voulaient que cela soit clair pour tous.
D’ailleurs, au Moyen Âge, même leurs opposants catholiques leur reconnaissaient cette lisibilité, au point que Dominique de Guzman en fera l’explication de l’échec de la campagne de prédication des légats pontificaux et conseillera d’imiter les cathares, dans leur comportement, pour être mieux perçus.

Le commandement nouveau

En venant « accomplir » la loi juive — ce qui veut dire, au sens littéral, y mettre un terme — christ propose de servir Dieu et non pas le démiurge dont les défauts et les vices sont si nombreux qu’on se demande comment des hommes ont pu le confondre avec Dieu. Et là, comme les premiers chrétiens détachés du judaïsme — et donc les cathares, l’avaient compris —, c’est la simplicité qui fait loi : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » Si ce n’est fait, je vous invite à lire mon travail sur la Bienveillance, afin de comprendre cela en détail.
Mais ce commandement est une direction à suivre et, pas une carte ou une recette détaillée.
Même si toute la règle de justice et de vérité est soutenue par ce commandement, il n’en fait pas partie.

La praxis

Comme l’explique Aristote, dans Éthique à Nicomaque, l’état par lequel l’homme devient auto-suffisant à lui-même, et par conséquent, détaché du monde, qu’il appelle le bonheur et que nous nommons l’ataraxie, s’acquiert par la vertu et la pratique qui doit contenir en elle les mêmes critères que la vertu.
Il est donc nécessaire de pratiquer la vertu — que nous appelons la Bienveillance —, pour être complets dans notre démarche et atteindre l’ataraxie, état de stabilité absolue qui, tenant le monde à distance de nous, nous permettra le moment venu d’échapper à cet enfer.
Cette pratique autocentrée sur la Bienveillance s’appelle la praxis.

Les fondamentaux

Les fondamentaux du catharisme sont les éléments doctrinaux qui constituent la base de tous les éléments de la doctrine et de la praxis, mais qui de leur côté n’ont comme élément de référence que la Bienveillance. Ils ne dépendent pas les uns des autres et ne sont pas composés.
Après avoir étudié aussi sérieusement que je le peux le sujet, j’en retiens deux seulement : l’humilité et la non-violence.
En effet, ces deux éléments doctrinaux sont l’application directe de la Bienveillance, le premier à soi et le second aux autres. Par contre, ils sont à l’origine de tous les autres points doctrinaux sur lesquels s’appuie la praxis. Nous verrons, en les déclinant, qu’ils peuvent se combiner pour donner des éléments de la praxis où ils s’appliqueront, le premier aux autres et le second à soi.

L’humilité

La Bienveillance conduit naturellement à considérer les autres à l’aune de nous-même. La connaissance nous rappelle que nous ne sommes qu’une part d’un tout : l’Esprit unique émanant de Dieu, artificiellement divisé, et que les autres parties, prisonnières avec nous ou demeurées fermes, sont identiques.
Donc, contrairement à ce que la mondanité veut nous faire croire, nous ne sommes pas meilleurs que les autres ; dans la vérité nous ne sommes même pas différents des autres.
Cela les cathares l’avaient bien compris et faisait de ce point la base de leur doctrine. Leur Église n’était pas structurée hiérarchiquement de façon verticale. Chez les consolés, seules les compétences et les fonctions les amenaient à octroyer, par décision collégiale, une fonction ou une responsabilité à celui ou à celle dont ils pensaient que son avancement spirituel et ses qualités personnelles l’en rendaient capable, sans le mettre en difficulté dans son cheminement personnel.
L’humilité est d’abord un état intérieur et personnel qui signe la spiritualité, quand son opposé : la vanité signe la mondanité.
La personne humble est modeste dans la limite de la perception qu’elle a de ses compétences et de ses limites. Elle ne  mésestime pas ses compétences — ce qui la conduirait à refuser aux autres l’aide qu’elle serait en mesure de leur apporter —, mais elle ne se surestime pas au risque de priver le groupe d’une compétence plus utile. Contrairement à la parabole judéo-chrétienne, si elle ne s’assied pas devant (vanité), au risque d’être envoyée derrière, elle ne s’assied pas non plus derrière (fausse modestie) dans l’espoir d’être appelée devant.
Elle se donne le temps d’évaluer sa juste place — sans impatience —, sans céder aux sollicitations émanant de personnes moins au fait qu’elle de son avancement réel ; ce qui lui permet de se proposer là où elle sera utile à tous sans nuire à personne.
Nous verrons que, de l’humilité découle directement le refus de porter un jugement, d’affirmer avec certitude ou sous serment, de posséder plus que le strict nécessaire, etc.

La non-violence

La Bienveillance conduit à voir l’autre comme un autre soi-même. Nuire à l’autre est tout aussi désagréable que de subir une nuisance des autres. Donc, la règle de base envers les autres est de ne rien faire qui puisse leur nuire.

Or, nuire aux autres ne se limite pas à une neutralité non agressive ou à une défense proportionnée, car la non-violence n’est pas de l’anti-violence : il ne s’agit pas de s’opposer à la violence — personnelle ou extérieure —, mais d’évacuer tout concept de violence de sa nature spirituelle.
En fait, à chaque fois que nous agissons, nous devons nous interroger sur l’interaction que nous risquons de produire, à tous les niveaux de conséquences qu’elle pourrait avoir, et apprécier si elle est susceptible de nuire à qui que ce soit. Si aucune échappatoire n’est possible, nous devons veiller à ce que notre action soit neutre ou protectrice envers les autres formes de vie consciente selon une graduation qui s’évalue à l’aune de ce que la connaissance nous apprend. Une vie végétale doit bénéficier d’une meilleure protection qu’un élément minéral — a priori dépourvu de vie — ; une vie animale doit être favorisée au détriment d’une vie végétale — a priori dépourvue de conscience — et au sein du monde animal, ceux qui disposent d’une conscience — a priori apte à la spiritualité —, doivent être mieux protégés que les vies animales moins développées en ce domaine.
La non-violence s’applique dans la plupart des éléments de la règle que nous étudierons, tant dans les relations inter-humaines, que dans la pratique de vie la plus simple (alimentation, déplacements, etc.). En effet, nous devons être sensible à ce que le fait d’agir en bien pour les uns ne soit pas un mal pour les autres. La possession est donc à la fois un problème vis-à-vis de l’humilité, mais aussi de la non-violence, car l’excès dont bénéficie l’un est un manque dont souffre l’autre.

Ces fondamentaux posés, nous allons pouvoir dérouler la règle, point par point.

Éric Delmas, 23 juin 2019.


1 – Gardons toujours à l’esprit que la règle est une ligne de conduite librement et volontairement choisie par les chrétiens cathares consolés (ayant reçu le baptême d’esprit) et qu’elle ne s’applique qu’à eux. Les croyants, tout comme les sympathisants, peuvent y voir une forme de conduite morale à suivre de façon plus ou moins complète et plus ou moins approfondie, mais rien d’autre.

Qui peut être sauvé ?

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Qui peut être sauvé ?

Un chef pour Luc, un jeune homme pour Marc et Matthieu demandent à Jésus que faire, non seulement pour être dans la droite ligne des commandements vétérotestamentaires, mais surtout pour être sauvé selon ce que Jésus propose.
La réponse leur paraît trop violente, car elle nécessite l’abandon de toute possession terrestre et un lâcher prise des attaches contractées en ce monde.
Jésus le comprend et dit à ceux qui l’entourent :Read more

Paroles d’évangiles ?

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Paroles d’évangiles ?

Après deux mille ans d’endoctrinement il est très difficile de remettre en question certains points qui semblent relever de l’évidence.
Les évangiles en font partie pour les Chrétiens, comme la Torah pour les Juifs et le Coran pour les Musulmans.

D’ailleurs, quand on veut affirmer la véracité d’une chose, le terme choisi est : C’est parole d’évangile !

Pourtant, s’il est une réalité évidente, c’est qu’aucun de ces textes cités ci-dessus, ne peut prétendre contenir la vérité. Écrits tardivement pour certains, issus de témoignages de seconde main pour d’autres, carrément inventés à plusieurs siècles d’intervalle, ces textes sont des témoins de croyances sincères qui les ont produits pour l’édification des masses.
Les témoins les plus proches de l’origine ont-ils raconté ce qu’ils ont réellement observé ou bien ont-ils proposé un témoignage correspondant à une intuition, une inspiration, une révélation spirituelle ou intellectuelle ? Personne ne peut le dire. Ceux qui ont écrit ces documents, l’ont-ils fait au mot près de ce que le ou les témoins initiaux leur ont dit ? Tout permet d’en douter puisque des versions différentes ou des variantes sont apparues plus ou moins tôt après les faits.

L’honnêteté intellectuelle impose de dire que ces textes reflètent des courants de pensée qui cherchaient à se faire une place dans un monde qui ne leur était pas favorable initialement. Et ce n’est pas discriminatoire de le dire puisque c’est le cas de tous les courants de pensée. Ils ont révolutionné le monde dans lequel ils ont éclos et il leur fallait frapper les esprits, souvent simple et sans éducation, de ceux à qui ils s’adressaient pour se donner une chance d’exister.

Laissons le Coran de côté car ses rapports avec le Christianisme sont secondaires.

Les textes juifs

Les chercheurs, notamment les deux israéliens Finkelstein et Silberman, nous disent que la Torah fut écrite lors de la détention d’une partie des hébreux à Babylone, c’est-à-dire six siècles avant notre ère. Elle avait pour objet de souder un peuple victime d’une répression qu’il n’avait pas provoquée, car ce sont en fait les palestiniens des plaines littorales de l’ouest qui ont tenté de se révolter contre Nabuchodonosor lors de son accession au pouvoir. Ces peuples, répartis dans deux communautés — de petits royaumes des montagnes —, Juda et Israël, sont essentiellement des bergers tournés vers l’est où se trouvent leurs pâturages d’été et influencés par les habitants de ces plaines et du désert oriental où l’on trouve aussi des descendants d’exilés de Sumer.

Cela explique que l’on trouve dans les textes juifs, des références à certaines croyances issus de cette civilisation et des choix qui leur sont favorables. C’est ainsi que Iahvé va préférer le don d’Abel, le berger à celui de Caïn, le cultivateur, avec les conséquences que nous connaissons.

Bien entendu, cela implique que les événements précédant le sixième siècle avant notre ère sont inventés, même s’il est vraisemblable que certains personnages ou certains faits aient pu exister. David et Salomon furent rois d’Israël semble-t-il, mais des roitelets à l’échelle de ce qu’était réellement ce royaume. L’emprisonnement des hébreux en Égypte est une référence cachée à celui que subissent les écrivains de la Genèse en Assyrie. Si Abraham semble avoir existé, il ne venait pas de Sumer, mais sans doute d’une région plus au nord.

Forcément, les événements fondateurs prennent un autre sens à la lumière de ces conditions. Iahvé a-t-il parlé à Abraham via un buisson enflammé ? Rien ni personne ne peut le dire et ceux qui l’ont écrit pas plus que les autres. D’ailleurs, comment imaginer un Dieu tel que nous voulons l’imagine — principe du Bien —, demander à un homme de tuer son fils ? Par contre, cette entité a peut-être été proposée suite à des inspirations venues à des hommes qui ne se sont pas interrogés sur sa nature. En effet, le simple fait qu’elle ait été d’un ordre d’état si supérieur à eux, leur a suffit pour la considérer comme divine. Mais le principe du Mal dispose selon nous de cette compétence. Et d’ailleurs, s’il s’était agi d’une intelligence extraterrestre avancée, le résultat eut été de même[1].

Nous avons donc des textes suspects qui ont servi de référence à l’établissement d’une religion. Rien de bien grave en fait. D’autres avant et après feront de même. Mais le problème est que cette religion va servir de terreau à une autre.

Les textes « chrétiens »

Quand nous lisons le Nouveau Testament, nous constatons les très nombreuses références aux textes juifs, quand ce ne sont pas carrément ces derniers qui servent à la construction des textes chrétiens. Et c’est normal puisque les personnes qui les ont écrits sont des juifs !

Le proto-christianisme est pour l’essentiel une secte juive qui se donne un nouveau référent, Jésus. Ces juifs de Jérusalem vont donc se servir de ce qui fait leur fonds doctrinal pour établir une nouvelle approche. Mais il y a parmi eux des « ultras » qui veulent aller plus loin, soit qu’ils aient eu envie de se démarquer, soit qu’ils aient eu une inspiration différente. Un épisode des Actes des apôtres nous le révèle : un jeune diacre, Étienne, va justifier sa foi en blasphémant le Dieu des juifs. Le résultat ne se fait pas attendre ; juif blasphémant le judaïsme, il est aussitôt exécuté. Cet épisode est-il crédible ? Certes, les occupants romains n’autorisaient pas expressément les autorités juives, sous tutelle étroite, à condamner à mort et à exécuter. Mais, comme souvent, les nécessités politiques impliquaient — comme encore le cas aujourd’hui —, de laisser un peu de mou dans la corde afin d’éviter les émeutes et les révolutions. Donc, en matière strictement religieuse, il est plus que probable que les romains évitaient tout ce qui aurait pu être de nature à mettre de l’huile sur le feu. On le voit dans notre pays, certaines pratiques religieuses sont tolérées, voire facilitées, par un pouvoir laïque et la religion dominante en France a imposé sans remise en cause, ses propres choix. Les jours fériés le démontrent notamment.

Ce que montre cet épisode, c’est qu’une partie de ces juifs semblait vouloir se détacher du judaïsme, quand l’autre partie — celle qui demeure à Jérusalem —, veut s’y maintenir. Paul de Tarse, initialement juif orthodoxe en charge de la répression contre ces juifs dissidents, va basculer dans leur camp. Pourtant il n’était pas un personnage falot, susceptible d’être facilement manipulable. Il ne se réfère pas à une personnalité de son époque qui aurait pu le faire changer de point de vue. Non, il évoque un changement radical survenu suite à une « révélation spirituelle ». Et, à partir de là, il va rejoindre ceux qu’il pourchassait, se faire admettre en leur sein et prendre la tête d’un mouvement d’évangélisation unique pour l’époque dont nous savons à quoi il aboutira.

Même si ses écrits ont été largement modifiés, démembrés, « corrigés », reconstruits, parfois inventés pour le faire entrer dans le cadre judéo-chrétien de ceux qui ne voulaient pas qu’il puisse exister un courant aussi puissant se réclamant de la même origine, les travaux initiés dès le 2e siècle par Marcion ont permis de retrouver, au moins partiellement, la pensée initiale de Paul. C’est cela qui montre que la séparation initiée dès l’affaire d’Antioche, où Paul s’oppose violemment à Pierre, qui aboutira à un consensus lors du concile de Jérusalem (1er schisme ?), va mettre en place deux courants chrétiens différents et bientôt opposés, dont les traditions orales puis écrites dessineront deux Christianisme : l’un fortement marqué par le Judaïsme, l’autre foncièrement distinct de lui.

Pour autant, quand le Christianisme romain, directement issu de celui de Jérusalem, donc inféodé au Judaïsme, se verra doté de tous les pouvoirs par l’empereur Théodose 1er, il éliminera systématiquement tous ses opposants et détracteurs, ce qui aura pour effet de favoriser ses écrits au détriment des autres. La pratique des autodafés, destinés à effacer les traces de ces autres Christianismes, perdurera longtemps et les cathares en furent des victimes exemplaires. Les rares documents directs qu’ils nous ont laissé en témoignent.

La valeur des textes religieux

Les textes religieux ont une valeur instructive, mais en aucun cas de valeur historique. Ils nous informent sur les conceptions d’un groupe, sur ses valeurs et sur ses choix. Ils sont utiles, mais ne sont pas décisifs et les sociétés qui les mettent au premier plan de leurs choix politiques se trouvent très vite confrontées à leur inadéquation.

Nous critiquons aujourd’hui les Musulmans qui font du Coran une référence indiscutable à la façon dont une société doit s’organiser, mais le Judéo-christianisme a fait de même et continue d’influencer nombre de pays. Certes, la France, grâce à la séparation introduite par la loi de 1905, est moins imprégnée que d’autres pays, mais elle n’est pas exempte pour autant.
Donc, quand nous remettons en cause la volonté de faire l’histoire que s’arroge le Judéo-christianisme, nous sommes légitimes à le faire, car l’histoire n’est pas plus judéo-chrétienne, que juive, musulmane ou… cathare !

Chacun est libre d’accorder de la valeur à des contenus narratifs contenus dans des livres religieux, mais y voir l’histoire du monde et des hommes est une erreur qui peut conduire aux pires dérives.

Les cathares, avec leur prudence oratoire bien connue, le savaient et nous qui voulons les suivre, nous devons le dire sans cesse : la cosmogonie est une vision imaginée des choses, basée sur des croyances, mais que rien ne permettra jamais de prouver. Que l’on croit à Dieu, à Iahvé, à Allah ou au principe du Bien, cela relève de l’intime et de rien d’autre. La seule histoire valable est celle que l’on peut établir sur des bases crédibles, même si ces bases ne sont pas objectives — puisqu’elles sont elles-mêmes influençables —, ce qui doit rendre l’historien modeste et l’homme en général, prudent.

Éric Delmas, 14 janvier 2019.


[1] Le film Stargate, la porte des étoiles, émet cette hypothèse comme origine de la civilisation égyptienne.

Docétisme et mythisme ?

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Docétisme et mythisme ?

Le docétisme

Le docétisme est une théorie qui pense que Jésus n’était pas à la fois Dieu et homme, comme le propose la doctrine chrétienne catholique initiale, conservée malgré les schismes par les orthodoxes et les réformés. Il y a donc deux formes de docétisme : celui qui ne voit en Jésus qu’un Dieu et celui qui ne voit en lui qu’un homme. Rappelons que les Judéo-chrétiens, avec leur mythe de la Trinité divine, considèrent Jésus et le Saint-Esprit comme pleinement divins, à l’instar de Dieu lui-même. Cela a longtemps posé problème à nombre de chrétiens qui avaient du mal à imaginer Dieu dépossédé de son statut exceptionnel, ce qui revenait à leur yeux à le faire tomber de son piédestal.

De nombreux courants de pensée vont naître de ces deux hypothèses que propose le docétisme. Parmi ceux qui ne voient en Jésus qu’un homme, figurent les adoptianistes. Jésus, homme et seulement homme, s’est fait remarquer de Dieu par ses qualités et, ce dernier l’a adopté. On retrouve là une vision qui ne manque pas de rappeler un système existant dans la mythologie gréco-latine. En effet l’enfant d’un dieu et d’un mortel n’est pas dieu lui-même, mais par ses prouesses de héros, il peut arriver qu’il soit élevé au rang de dieu après sa mort. À cheval entre les deux théories se trouve un courant chrétien qui fut très influent avec d’être dénoncé comme hérétique : les nestorianisme. Pour les adeptes de Nestorius, en Jésus cohabitaient sans mélange les deux natures, humaine et divine. À l’opposé des adoptianistes se trouvent les monophysites qui considèrent que Jésus fut uniquement divin et que son existence apparente fut un leurre.
Certains auteurs considèrent que les écrits de Paul et l’Évangile selon Jean comportent des éléments de docétisme, mais celui qui fut considéré comme le premier à émettre cette hypothèse fut Cérinthe qui ne voyait en Jésus qu’un homme. Ménandre, dont la doctrine le fait considérer par plusieurs chercheurs comme le premier gnostique, aurait de fait validé un docétisme monophysite en détachant la création du monde de la compétence de Dieu. Il est également présenté comme un disciple de Paul, influencé par l’évangile johannique.

Enfin, s’il est un personnage dont le docétisme est affirmé, c’est bien Marcion de Sinope. En effet, dans son travail de reprise des documents pauliniens qu’il considéraient comme fortement remaniés et adultérés par les scribes judéo-chrétiens, soucieux d’empêcher Paul de servir de base à un Christianisme autre que le leur, il proposa notamment un Évangile paulinien, partiellement appuyé sur celui de Luc qui manifestait dès son premier chapitre un docétisme affirmé. Je vous renvoie pour cela à son Evangelion. Or, nous le savons maintenant, les marcionites ont clairement influencé les pauliciens, dont il est fort probable qu’ils ont même initié leur religion par le biais d’un diacre qui aurait évangélisé Constantin, le créateur du Paulicianisme, lors d’une rencontre près de Mananalis. De même, les pauliciens ont probablement été à l’origine du Bogomilisme et du Catharisme languedocien et italien, comme je l’explique dans mon livre, ce qui explique que le docétisme ait logiquement imprégné tous ces Christianismes.

Le docétisme cathare

Pour les cathares le docétisme est un prolongement logique de deux éléments de leur doctrine : l’origine du monde et la nature de l’émanation divine.
En effet, tous les cathares considèrent que le monde matériel est une création du démiurge, le disciple du principe du Mal, également appelé le diable. De ce fait, il ne peut y avoir de connexion ou de convergence entre le monde et Dieu. En outre, la « création » divine chez les cathares n’est pas à proprement une création, au sens d’une fabrication, mais une émanation consubstantielle qu’ils comparaient déjà à leur époque avec le soleil et ses rayons. Et, en raison de leur fondamental doctrinal qu’était l’humilité, ils considéraient cette émanation comme un tout unique dont l’apparente division visible ici-bas n’était qu’un leurre.
Ces deux points amènent à une réflexion logique et cohérente qui valide le docétisme visant à faire de Jésus un être divin qui ne s’est jamais incarné. En effet, la parcelle d’esprit — que j’appelle par commodité un esprit saint — qui est venue au contact des autres esprits saints prisonniers de la matière mondaine, ne diffère en rien de ces derniers. Donc, s’il s’était incarné, il aurait forcément subi le même sort et serait tombé sous l’emprise du démiurge. Comment imaginer, dans l’idée que tous les esprits saints sont identiques par nature, même si leurs missions diffèrent, qu’il puisse y en avoir de plus puissants ou résistants que d’autres ? Cela serait une grave entorse au principe de la Bienveillance divine qui s’applique uniformément sur toute sa « création ».

Mais alors, comment expliquer le choix des cathares médiévaux pour proposer l’idée d’un Christ ayant toutes les apparences de l’incarnation, y compris dans son adombrement[1]en Marie, sans en avoir la nature physique ?
Il faut se placer dans le contexte de l’époque, car l’ignorer conduit inévitablement à appliquer à une pensée ancienne des critères modernes, ce qui fausse complètement l’analyse. En effet, du IVesiècle au siècle des Lumières, la notion d’athéisme est quasiment inexistante. On appartient forcément à une religion, souvent définie par une zone géographique et un système politique. Cette situation rend à peu près impossible la compréhension de concepts très éloignés de la pensée générale. Donc, les cathares ne pouvaient pas nier l’existence physique apparente de Jésus alors même qu’elle était en opposition totale avec leur conception doctrinale, comme je l’ai expliqué ci-dessus. C’est pourquoi ils ont fait le choix de l’apparence physique convaincante. Pour autant cette idée reposait sur des éléments que les judéo-chrétiens ne pouvaient critiquer puisqu’on les trouve dans le Nouveau Testament. Quand Jésus ressuscité se donne à voir aux disciples, à deux reprises, la première fois sans Thomas et la seconde en sa présence, il a toutes les apparences d’une incarnation. Mieux encore, Thomas va toucher son « corps physique » en mettant le doigt et la main dans ses blessures[2]. De même, quand Christ rencontre les deux apôtres en voyage en direction d’Emmaüs[3], ils ne le reconnaissent pas, mais ils vont partager le pain avec lui, ce qui atteste une apparence mondaine poussée. Et ensuite, il va apparaître également aux onze à qui les deux pèlerins sont venus rendre compte[4]. Là également, pour attester sa mondanité il va manger du poisson devant eux. Donc, proposer un Jésus non incarné bien que parfaitement visible et ayant des attitudes et des capacités pouvant faire totalement illusion, n’a rien d’irréaliste pour des hommes de leur époque.

Le docétisme cathare aujourd’hui

Le Catharisme, issu d’une longue lignée de doctrines chrétiennes évolutives, n’a aucune raison de rester figé dans son état médiéval au motif que nous le connaissons comme tel. Il ne faut pas oublier que la plupart des chercheurs qui l’ont révélé étaient des judéo-chrétiens, notamment catholiques et protestants, dont la logique doctrinale les poussait naturellement à avoir une conception figée des choses. Cela explique que ces chercheurs et même des théologiens modernes préfèrent élaborer des hypothèses complexes en accord avec leurs vues plutôt que d’accepter ce qui relève de la doctrine cathare elle-même. On le voit notamment dans la genèse du Catharisme que les catholiques ont pendant longtemps attribué au Manichéisme et que les Protestants ont ensuite attribué à l’Origénisme.

Mais le Catharisme dispose de son identité propre, issue d’une lignée pagano-chrétienne, et le docétisme y est inscrit depuis ses origines comme je l’ai montré plus haut. C’est pourquoi nous pouvons et nous devons continuer à proposer des réflexions et des hypothèses sur ce sujet. Notamment, est-il impensable que l’apparente incarnation de Jésus soit un mythe ? En effet, les recherches les plus poussées montrent une part non négligeable d’incohérence dans l’idée d’un Jésus ayant eu une vie mondaine apparente. En effet, les témoignages extérieurs au milieu des premiers chrétiens montrent qu’il y avait bien des personnes se réclamant de Christ — Jésus n’est presque jamais cité —, ce qui est la preuve de l’existence d’une religion, mais pas celle du personnage que certains décrivent. En outre, attribuer à ce personnage les miracles qu’il aurait réalisés pose le problème du silence des sources extérieures à ce sujet. Pourtant, la résurrection de Lazare aurait dû provoquer un véritable séisme social ! Pourtant, on n’en trouve aucune trace chez les autorités juives et romaines de l’époque. Cela est très étonnant, car un tel miracle aurait logiquement pu être craint comme offrant de vrais risques de troubles sociaux.

Donc, si la preuve de l’apparence physique de Jésus n’existe pas, et disons-le honnêtement la preuve inverse fait également défaut, pourquoi vouloir se rattacher à ce qui n’est qu’un point de vue défendu par les judéo-chrétiens pour qui cette existence physique est essentielle à leur propre doctrine ? Les cathares n’ont en rien besoin d’un Jésus apparent puisqu’il leur est impossible d’accepter son incarnation.

C’est pourquoi j’ai étudié l’hypothèse selon laquelle Jésus n’avait pas existé du tout. Cette hypothèse n’est pas aussi mythique que certains voudraient le croire. En effet, l’idée que Christ ait pu s’adresser directement à des hommes sans passer par l’image d’une apparence physique peut sembler difficile à accepter. Pourtant nous avons un élément en faveur de cette thèse dans le Nouveau Testament lui-même. Rappelons-nous l’épisode que ce document — pourtant clairement judéo-chrétien —, nous relate. Paul, appelé Saul dans le texte, part en direction de Damas, car il sait devoir y trouver des juifs exilés après la mort d’Étienne qu’il veut arrêter pour blasphème. En route il est victime d’un éblouissement par lequel il tombe de cheval et entend la voix de Christ qui lui parle[5]. Cet événement, demeuré invisible pour les hommes qui l’accompagnent, provoque une cécité qui ne sera levée que trois jours plus tard par le baptême d’esprit que lui conféra Ananie en lui imposant les mains[6].

La question qui se pose est la suivante : si Paul a pu croire en Christ sans le voir ; s’il a pu recevoir son message et le transmettre sans avoir besoin d’une confirmation physique, est-ce que cela a pu se passer de la même façon pour les disciples qui ont dit l’avoir vu ?
La réponse n’est pas simple. En effet Paul était quelqu’un d’intellectuellement très instruit, alors que ceux dont on nous dit qu’ils ont prétendu avoir vu Jésus en chair étaient au contraire très peu éduqués ; la plupart étaient des paysans et des pêcheurs. Si l’on pense que Jésus fut inventé, cela peut s’expliquer et se justifier par la nécessité de la prédication. Comment faire admettre à une masse analphabète pour l’essentiel la validité d’un message transmis uniquement en songe ? Seul Muhammad y parviendra, mais ce sera six siècles plus tard. Il est donc possible que Jésus fut créé de toutes pièces dans ce but par un accord passé entre les premiers disciples et transmis à leurs propres disciples qui vont finaliser cette information en écrivant les textes canoniques. L’autre hypothèse est que Christ ait commencé par s’adresser à des hommes qui ne pouvaient entendre sa parole que si une apparence physique la prononçait. Il se serait alors donné cette apparence dans ce but. Mais on peut en douter, car Abraham n’a pas eu besoin d’un subterfuge aussi poussé pour croire et transmettre le message de Iahvé ; un seul buisson enflammé lui a suffit. Enfin, on peut aussi imaginer que la première hypothèse étant la bonne, les premiers disciples se sont inspirés de personnes ayant existées à leur époque pour en faire le support de leur « inspiration divine ». On sait notamment par le Sanhedrin qu’un Jésus fut condamné pour blasphème vers cette époque et exécuté par lapidation. On le voit, l’hypothèse d’une apparence physique n’a rien d’impossible, mais rien ne semble la justifier pleinement.

C’est pourquoi je suis personnellement attiré par l’hypothèse qui me semble la plus simple : celle d’une construction justifiée par la nécessité de valider devant une foule, qui aurait sans doute rejeté le témoignage d’une simple vision ou inspiration divine, l’idée d’un être d’apparence physique ayant transmis le message. Pour moi et comme Paul le faisait, Christ n’est pas une dénomination de Jésus, mais bien le seul et unique messager divin venu nous apporter la parole et la voie menant au salut.
Certains désignent cette conception comme « mythiste ». Je l’accepterais volontiers si je ne sentais pas le relent d’une volonté de décrédibiliser une hypothèse sans avoir à se donner la peine d’y réfléchir pour la critiquer. Ou alors il faudrait considérer que, face à une hypothèse « mythiste » il y a une hypothèse « incarnationiste ». Mais en quoi cela ferait-il avancer le débat ? En rien me semble-t-il. Donc, restons-en à l’hypothèse d’un Jésus incarné pour les uns, apparent pour les autres et celle d’un Christ n’ayant pas eu besoin d’un support visuel pour agir.

J’ai également eu droit à l’argument qu’un Jésus mythique s’opposerait à l’existence de Paul qui parle du ressuscité. J’avoue trouver cet argument douteux. En effet, Paul lui aussi s’adresse à une population convaincue de l’existence de Jésus. Il n’y a donc rien d’anormal à ce qu’il parle du ressuscité, puisqu’il ne veut pas parler de Jésus, mais de Christ. Lui ne connaît pas Jésus, si ce n’est pas ouï-dire. Cette façon de faire serait même, à mon avis en faveur du docétisme de Paul.


[1]L’adombrement est la théorie selon laquelle Christ aurait paru naître de Marie dont il aurait utilisé le corps pour donner l’illusion d’une naissance. Il se serait ainsi tenu dans son ombre, d’où l’origine du terme.
[2]Évangile selon Jean : 20, 19-31
[3]Évangile selon Luc : 24, 13-32
[4]Évangile selon Luc : 24, 36-43
[5]Actes des apôtres : 9, 3-9
[6]Actes des apôtres : 9, 17-19

La foi cathare

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La foi cathare

Le sujet de la foi interroge beaucoup, car en règle générale, il se pose assez peu dans les autres christianismes ; disons plutôt qu’il semble aller de soi. Le catharisme a cette particularité que la foi n’y est pas fournie « clés en mains », mais doit se construire, notamment par la connaissance et l’introspection.
Celui ou celle qui découvre le catharisme entre donc dans un domaine vierge pour lequel il ne dispose d’aucune référence valable, alors que l’ensemble paraît avoir un air de déjà vu.
Je voudrais essayer, à la faible lumière de mon expérience et de mes propres réflexions, de vous présenter la foi cathare de façon suffisamment simple pour que chacun puisse mieux en comprendre les différents stades.
En effet, la foi cathare n’est pas monolithique, mais elle est en évolution permanente et les différents stades que j’ai identifiés me semblent comparable à la vie d’un être humain, à savoir, la petite enfance, l’adolescence, l’âge de la vie active, la maturité et la retraite.

La découverte de sa foi

Habituellement, les gens découvrent le catharisme, s’y intéressent, approfondissent sa connaissance par la sympathie qu’il leur inspire, et parfois, se sentent aspirés par cette religion qui leur paraît répondre à leurs conceptions spirituelles.
Ce premier éveil s’accompagne généralement d’une forme d’exaltation, plus ou moins marquée selon chacun, qui correspond à celle du petit enfant découvrant le monde.
Le croyant est emporté par la joie d’avoir acquis la conviction d’être enfin en accord sur le plan spirituel avec d’autres ; l’entrée dans une ecclesia— une Église — c’est-à-dire une assemblée humaine portée par une identité spirituelle a de quoi nous emporter.
C’est logiquement un moment propice à une frénésie d’apprentissage, de découvertes, de comparaisons et un désir profond d’aller encore plus loin, afin de se rapprocher du but ultime : la Consolation.

C’est aussi l’âge où les erreurs d’orientation doivent être identifiées pour éviter que le cheminement ne s’approfondisse dans l’erreur de route. L’homme a un instinct grégaire qui le pousse à rechercher la compagnie des autres, et ce dans toutes les composantes de sa vie. « Accrocher » le wagon cathare est un comportement logique pour ceux qui se sentent SDF (sans doctrine fixe), mais si ce wagon n’est pas le bon, il faudra du temps pour s’en rendre compte et cela rendra d’autant plus difficile le retour à la gare où le bon wagon sera peut-être déjà parti dans une autre direction qui nous aurait mieux convenue.

Comme la petite enfance est le moment le plus important de la construction de l’adulte en devenir, ce premier stade de l’éveil est important pour le devenir du futur chrétien cathare. C’est là qu’il devra trouver des guides et des compagnons de route qui sauront lui montrer les écueils les plus graves et qui pourront l’aider à trouver la voie de son propre avancement pour un meilleur cheminement.
En fait, la première chose qu’il devra intégrer c’est que le cheminement demande de l’humilité et beaucoup de patience.

L’entrée réelle dans la foi

Comme l’adolescent qui quitte le monde merveilleux de l’enfance pour affronter les premières difficultés de la vie, les premiers déboires que ses parents ne pourront pas gérer pour lui et les premiers choix essentiels qui vont déterminer son avenir, le croyant cathare va lui aussi rencontrer des épreuves et faire des choix essentiels.
Le croyant qui a su calmer ses impatiences et qui a compris les dangers que la vanité place devant ses pas, va logiquement chercher à affermir sa foi grâce à une bonne connaissance de sa religion. Finies les dérives classiques du début, où l’on cherche à toujours vouloir trouver dans une religion autre chose que ce qu’elle nous propose. Le croyant cathare de ce stade n’en est plus à accumuler les religions possibles ; il a fait son choix et il sait vers où il veut aller. Il sait aussi que la connaissance, au combien indispensable, ne l’empêchera pas de devoir un jour avancer sans garde-fou. Car la foi est justement cette action où l’on avance sans aucune garantie que l’on va trouver du solide sous son pas. J’évoque souvent pour illustrer cela, le moment dans le film : Indiana Jones et la dernière croisade, où le héros doit faire la dernière partie du chemin censé le mener au Graal en passant les épreuves du pénitent qui donne lieu à des pièges physiques dans cette histoire. L’humilité vient en premier, qui le conduit à adopter l’attitude voutée qui le sauve de scies automatiques, puis la marche dans le nom de Dieu qui lui évite de tomber dans les éboulis, etc. Mais le moment suprême est celui où il doit affirmer sa foi. En effet, il se trouve dos à une paroi rocheuse et face à l’entrée de la grotte dont il est séparé par un gouffre immense. Entre les deux, rien ! Pas de pont, pas de corde tendue, aucun moyen de passer normalement. Alors, il se rappelle que la foi est comme un saut dans le vide et il pose son pied au-dessus de ce gouffre. Surprise ! il découvre qu’un pont existe, mais qu’il lui était caché par une illusion d’optique, et ainsi il peut continuer à avancer.
Cette image est excellente. Si l’on a suffisamment acquis de connaissances pour savoir ce qu’est vraiment le catharisme et si l’on a suffisamment étudié sa propre conviction pour savoir ce à quoi notre intuition nous pousse, l’esprit éveillé en nous va nous convaincre de changer de paradigme. Ce ne sont plus les yeux humains, susceptibles d’être trompés par toutes sortes d’illusions, qui peuvent nous guider, mais les yeux de l’esprit qui savent que Dieu ne peut pas nous abandonner. Et nous faisons aussi ce pas au-dessus du gouffre des peurs mondaines pour toucher pour la première fois le « pont » qui nous mène à la foi affermie.
Désormais les choses sérieuses commencent et il faut être certain de notre engagement, car une hésitation ou une erreur que l’on hésiterait à reconnaître nous mènerait à l’erreur qui serait gravissime pour notre salut.

La spiritualité active

Après ce passage difficile, douloureux parfois aussi, vient le moment, où porté par notre foi, nous cheminons sereinement en approfondissant la connaissance des ressorts profonds du catharisme et en ressentons pleinement la spiritualité.
Tout au moins est-ce le début de cette phase. En effet, comme l’adulte qui s’est lancé dans la vie active, le croyant confirmé va rencontrer nombre d’écueils à son cheminement. Bien entendu, le premier est celui de l’humilité aiguisé par la vanité et l’impatience. Le sentiment d’avoir fait un bon bout de chemin peut se transformer en certitude d’être presque arrivé. Le souvenir des difficultés rencontrées peut conduire au désir d’être reconnu comma ayant déjà surmonté toutes les épreuves. L’altérité, c’est-à-dire l’accompagnement d’autres croyants, est le meilleur moyen d’apprendre à tempérer cette attitude.
Mais comme ce jeune adulte, nous sommes amenés à faire des choix dans notre cheminement, à nous positionner, notamment vis-à-vis de nos proches, dans notre vie mondaine et à interroger la force de notre engagement spirituel. Le catharisme n’est pas la religion de la facilité et du laisser-aller. Quand on a compris que le chemin est long et ardu et que les portes qui le jalonnent n’en marquent pas la fin, mais seulement les étapes, il est nécessaire de se poser la question de la validité de son choix spirituel face à cette impression d’être face à un mur et de ne plus bien distinguer ce qu’il y a devant.
Je ne dis pas cela pour faire peur, mais pour vous rassurer au contraire. En effet, ce moment est généralement marqué par le doute. Le doute fait peur, car on y voit la marque d’un engagement insuffisant, d’une possible erreur de cheminement, d’une foi vacillante et faiblarde. En fait, c’est le contraire. Le doute a plein d’avantages. Il nous oblige à revoir de fond en comble notre engagement, ses motifs, sa genèse et son déroulé. Ainsi, la connaissance acquise nous permet de disposer de moyens de confronter nos choix à la réalité du catharisme, afin de savoir si nous nous sommes trompés ou pas. Il nous oblige à vérifier si nous maîtrisons bien les fondamentaux du catharisme. La non-violence est relativement facile à comprendre à ce stade. Elle doit concerner non seulement les autres, mais nous également. L’humilité est toujours le plus difficile à appréhender et à surmonter. Notre mondanité, encore fortement ancrée en nous, nous confronte à un monde profondément vaniteux, égoïste, méprisant, individualiste et aveugle à tout ce qui ne lui importe pas. L’humilité en ce monde est un boulet. Nous devons le traîner et considérer qu’elle ne nous ralentit pas, comme on pourrait le croire à priori, mais qu’elle nous évite d’aller trop vite et donc de courir le risque de quitter la route.

Si nous sommes sur la bonne voie, nous aurons alors logiquement des doutes sur la qualité de notre engagement, sur notre capacité à comprendre et intégrer la doctrine cathare dans nos choix spirituels et à poursuivre en ce monde avec ce bagage apparemment si peu adapté à notre cheminement. L’étude des religions nous montre que bien d’autres avant nous ont eu, eux aussi ces moments de doute intense : Gandhi, mère Teresa, et même un certain Jésus qui, dans la noirceur de sa dernière nuit, espérait encore ne pas devoir boire la coupe. Le doute est fondamental et la peur de l’échec est salvatrice. Certes ; il nous provoque de grandes souffrances et ceux qui le vivent seuls courent le risque d’échouer par abandon.
Mais, comme l’adulte qui finit par assumer ses choix et qui en accepte les conséquences, le croyant qui eu le temps de confirmer la valeur des siens va pouvoir continuer d’avancer.

La maturité

En fonction des choix que l’on fait dans la période précédente, la période de la maturité va revêtir des aspects eux aussi différents.
Entre le croyant avancé en noviciat et celui qui reste dans le monde en raison de ses engagements, la différence peut sembler énorme. Elle ne l’est pas tant que cela. Le premier s’entraîne à l’ascèse pour approfondir la spiritualité cathare dans ses tréfonds et le second la vit de façon moins approfondie, mais la confronte davantage à la mondanité. L’un est apnéiste quand l’autre est un marathonien. Les deux apprennent à séparer le mondain du spirituel pour que l’esprit qui est en eux puisse se détacher de la dépouille de l’Adam qui s’oppose à leur projet de résurrection.
Le novice qui a eu la chance de pouvoir s’extraire du monde à volonté, doit apprendre à explorer la religion cathare en comprenant qu’il n’ira que d’échec en échec, car la vivre dans la perfection n’est pas possible en ce monde. Vu de dehors on pourrait le trouver excessif et injuste envers lui-même dans ses exigences, mais lui sait qu’il n’en est rien. « Le diable est dans les détails » dit-on, et c’est vrai ! Les petites erreurs et les compromissions apparemment sans importance sont le lit de l’infection qui conduit à tout relativiser. Plus le novice sera rigoureux, plus il compensera l’avantage qu’il a de pouvoir tenir le monde à distance plus facilement que d’autres.
Le croyant avancé pris dans le monde, doit accepter son état sans se plaindre. Dieu n’est pas caché dans une maison cathare. On peut suivre sa voie partout et en tout temps. L’application de la règle est certes moins facile et parfois impossible, mais rien n’empêche de l’adapter à son contexte de vie. L’erreur que l’on peut commettre à ce moment est de penser que l’on n’est pas responsable d’une situation qui s’impose à nous et qu’il suffit de laisser le temps filer jusqu’au moment où l’on pourra demander la Consolation aux mourants. Grave erreur ! Ce n’est pas parce que l’on ne peut entrer en noviciat qu’il faut rester les bras croisés. Au contraire, le cheminement que l’on fera jusqu’au moment opportun, soit de rejoindre une communauté pour y vivre ses dernières années, soit de la rejoindre dans son agonie lors d’une Consolation aux mourants, est essentiel à la réussite de ce dernier moment.

Si les trois premières étapes ont aidé à construire la foi, celle-ci la met en pratique.

La retraite

Contrairement à celle que bien des travailleurs, épuisés par une vie de labeur, imaginent, la retraite du croyant est à l’image de celle de nos retraités d’aujourd’hui : particulièrement active.
Difficile pour moi de vous la détailler, car je n’en suis pas encore à ce stade. Je vais donc essayer de vous en dresser un portrait approximatif.

À l’instar de la Consolation qui en marque le commencement, quelle qu’en soit la durée effective ensuite, la retraite du croyant devenu chrétien est active dans la spiritualité. C’est la période où se produit enfin la bascule entre la part mondaine et la part spirituelle du mélange qui nous définit. Le spirituel prend enfin réellement le pas sur le mondain et l’on entre dans ce que les anciens appelaient l’ataraxie.
Le Consolé n’en a pas fini d’approfondir sa foi quotidienne, mais il en appréhende tous les éléments : il n’est plus de ce monde ! Comme Christ disant au jardin de Gethsémani : « Mais que ta volonté soit faite », il s’abandonne enfin totalement à la volonté divine qu’il sert depuis si longtemps. On comprend bien qu’un tel état ne peut survenir ex abrupto et qu’il faut s’y préparer, comme je l’expliquais précédemment.
Certes le Consolé qui va vivre plusieurs années sera toujours en butte aux tentatives déstabilisatrices du monde désireux de le faire échouer, mais il en connaît tous les rouages et rien ne peut plus l’atteindre en ce monde qu’il a quitté volontairement.
Je ne peux pas vous en dire plus, car c’est à peine si j’entrevois ce que je vous décris. Aller plus loin serait manquer d’humilité et faire preuve d’impatience.

Éric Delmas, 26 septembre 2018.

La glose du Pater

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La glose du Pater

La glose

Le terme de glose désigne les commentaires annexes à un texte en vue de l’expliquer plus clairement, peut aussi être considéré de façon péjorative comme un discours oiseux. Il me revient donc de veiller à demeurer dans le premier sens sans tomber dans le second.
Proposer des interprétations d’un texte est à la portée du premier venu. Cependant, si on veut s’y risquer avec un texte philosophique ou religieux, il convient de faire preuve d’une grande prudence. Et si l’on veut le faire avec le texte essentiel du Christianisme, la prudence ne suffit plus ; il faut y adjoindre une grande humilité et une foi à toute épreuve.
Autant dire que je suis très conscient de la difficulté de mon entreprise, ce qui explique je veuille avancer sous le contrôle de tous pour limiter les risques de dérive.Read more

Les racines du catharisme

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Les racines du Catharisme

Quelques définitions

Comme il convient dans toute discussion, nous devons commencer par nous mettre d’accord sur quelques référentiels qui nous permettront de nous comprendre mutuellement. Vu que je suis le narrateur, vous allez devoir accepter mes référentiels, faute de pouvoir me proposer les vôtres.

La spiritualité

Ainsi que nous le dit le dictionnaire, la spiritualité désigne ce qui relève de l’esprit par opposition au corps. Je complèterais cette définition basique en ajoutant que la spiritualité est ce qui parle à notre esprit et nous conduit à émettre des opinions relatives à notre compréhension de ce qui n’est pas appréhendable avec nos cinq sens.

La question que je pose est de savoir quand la spiritualité s’est-elle manifestée chez l’homme d’une manière suffisamment significative pour être repérable ?
Il est une réalité intangible dans l’évolution de notre espèce, qui est que ses progrès ont toujours une finalité pratique, permettant d’augmenter la sécurité vitale de cet animal fragile et de lui faciliter la vie, en libérant des moyens et du temps.
Pourtant il existe une exception à cette règle à ma connaissance. En effet, il y a très longtemps, la branche homo, qui vivait désormais son évolution seule, a connu de nombreux succès techniques lui rendant la vie plus facile : taille de silex, feu, etc.
Sa vie s’organisait en petits groupes, que l’on appelle nucléaires car fonctionnant autour d’un point central constitué du mâle dominant. Quand l’un des membres du groupe décédait, il était jeté au fond d’une grotte, parfois dans un trou qui servait souvent de décharge et, plus rarement, était partiellement dévoré.
Si les dates sont encore incertaines, Homo néanderthalensis et Homo sapiens auraient inhumé leurs morts depuis 400 000 à 300 000 ans, mais les premières tombes avérées pour cet usage sont datées de 100 000 ans et appartiennent à ce dernier groupe.

Que nous apprennent ces pratiques ? Cette évolution est-elle positive et profitable ? Si non, pourquoi les hommes ont-ils néanmoins choisi d’en faire la norme ?
Le fait d’ensevelir ses morts, et plus encore de les décorer ou de doter les tombes d’objets divers, signe une compétence intellectuelle nouvelle : l’acceptation de l’idée d’un devenir au-delà de la mort. Certes, d’aucuns objecteront que cette idée est un moyen de lutte contre la peur de la finitude et le désir de dépasser son propre destin. Mais, comparé au règne animal, il semble bien que l’homme soit le seul à avoir acquis cette compétence à vouloir se projeter au-delà de sa propre mort.
Une fois ce pas franchi, il restait à l’homme à peupler cet au-delà. C’est encore la spiritualité qui va lui donner la capacité d’imaginer des possibles invérifiables. Et c’est à partir de là, comme le montre bien René Girard[1], qu’il va utiliser ces compétences pour gérer les problèmes de conflits mimétiques générés par les regroupement de cellules nucléaires en groupes plus importants, indispensables pour assurer une plus grande sécurité et une meilleure efficacité de la chasse.

La religion

Comme l’explique très bien René Girard, les obligations de gestion des conflits mimétiques ont amené les premiers hommes à construire un modèle spirituel précis faisant appel à la notion de transcendance. En effet, face à des mâles dominants en conflit — maintenant qu’ils devaient vivre dans le même territoire —, il n’y avait que deux solutions : laisser le conflit dégénérer pour se retrouver avec un seul mâle dominant — ce qui revenait à recréer la situation dont on avait cherché à sortir —, ou forcer ces mâles dominants à se soumettre à plus fort qu’eux. La transcendance est donc le concept selon lequel, grâce à la spiritualité, un individu servant d’intermédiaire (le chamane), pouvait expliquer qu’il existait une force supérieure susceptible de faire du bien ou du mal en fonction des comportements des hommes, y compris ceux qui étaient au sommet de l’échelle sociale.
Pour conforter ce rapport de force, la transcendance énonçait des règles de vie commune à ne pas transgresser, comportant des interdits — les tabous — et des obligations — les rites — basés sur une loi positive qui sera formalisée. Ce système visant à relier tous les hommes par les mêmes liens spirituels s’appelle la religion.

Religion positive ou spirituelle ?

Jusqu’ici, on pourrait croire que je soutiens l’idée des athées selon laquelle les religions sont des inventions humaines et n’ont par conséquent aucun fondement spirituel. C’est vrai et… c’est faux !
En effet, si comme le décrit Girard, les religions positives — c’est-à-dire disposant d’un système normatif structuré par une loi —, sont clairement des inventions humaines, il convient de s’interroger sur les religions que je qualifierai de spirituelles qui n’ont pas de loi aussi normative.
Autre façon de procéder, on pourrait différencier les religions mondaines des religions spirituelles en faisant remarquer que les premières se donnent pour objet de permettre un fonctionnement harmonieux des sociétés dans lesquelles elles se trouvent, alors que les religions spirituelles ne parle qu’à l’individu au risque de le mettre en mauvaise posture dans la société.
En effet, les religions positives sont utiles à la vie dans ce monde dont elles acceptent souvent les règles de fonctionnement, y compris les plus sévères et les plus injustes, qu’elles tentent de justifier de façon plus ou moins élégante. Ainsi, le riche et le puissant sont justifiés par l’onction du Dieu de référence et le pauvre se voit annoncer que dans l’autre vie il deviendra à son tour riche et puissant, pourvu qu’il accepte son sort actuel sans broncher.

La religion spirituelle s’adresse à l’individu en lui faisant entrevoir son particularisme. En groupe il fonctionne comme un rouage d’une machine bien huilée, mais dès qu’il s’arrête sur son moi profond, il tend à devenir anarchiste et à gripper la machine. Si cette conception spirituelle s’accorde avec d’autres individus, elle devient une religion sans imposer à ses membres les obligations de la religion positive. Mais la spiritualité peut très bien fonctionner individuellement et l’on constate également qu’il peut y avoir des branches spirituelles à des religions dont l’approche positive s’est imposé ; c’est le cas du Christianisme qui dispose de branches positives comme le Catholicisme et l’Orthodoxie, mais également d’une branche spirituelle : le Catharisme.
En fait, la spiritualité, qui fut sans doute la première forme, s’est ensuite fondue dans la religion positive avant de s’en séparer secondairement.

Qu’est-ce que le Christianisme ?

Contrairement à ce que voudraient nous faire croire les tenants de certains branches positives, le Christianisme est le regroupement d’hommes autour de l’idée spirituelle que Dieu a envoyé aux hommes un messager, le Christ, chargé de leur faire comprendre comment ils devaient se comporter dans l’espoir du salut. Je dis bien le Christ et non Jésus. En effet, si c’était jésus la référence, cette religion se serait sans doute appelée le « Jésuisme », ou quelque chose d’approchant.

L’origine du mot Chrétien est incertaine. Les Actes des apôtres la situe à Antioche au premier siècle. Walter Bauer[2] le repère à Édesse dans la première moitié du deuxième. Il note qu’en fait, sont appelés Chrétiens — issu de Khristos, c’est-à-dire l’équivalent de l’hébreu « messie » (oint du Seigneur) —, les premiers à s’installer dans un lieu et à diffuser cette religion. C’est ainsi qu’à Édesse, et probablement à Antioche ce furent des marcionites qui héritèrent de cette appellation moqueuse, imposée par les païens, au milieu du deuxième siècle.

Au départ, la tradition orale chrétienne s’organise autour de ce qui fait l’originalité de cette religion, à savoir la passion et la résurrection de Christ. Le reste sera l’occasion de débats qui seront ensuite fixés par écrit, donnant lieu à une profusion de documents souvent contradictoires. Du tri de ces documents émergera au IIIe siècle, le Nouveau Testament.

Le problème du Christianisme est qu’il n’était pas du tout adapté à une diffusion mondaine. En effet, son leader supposé n’était pas un roi, n’avait aucune richesse et aucun pouvoir. Il serait mort de façon ignominieuse et n’aurait rien fait qui ait laissé des traces visibles dans l’histoire de l’humanité. Pour un usage purement spirituel ce n’est pas un problème, mais pour constituer un groupe religieux indépendant, dans un monde violent où la concurrence est rude, cela nécessitait quelques adaptations.
C’est pour cela que les Chrétiens, qui voulaient exister dans le monde, ont cherché à rattacher le Christianisme au Judaïsme, créant de fait le Judéo-christianisme qui parvint à s’attirer les grâces de l’empereur Constantin 1er, persuadé de pouvoir contrôler cette religion à son avantage, avant de devenir religion officielle sous l’empereur Théodose 1er qui lui donna même le droit de justice religieuse. Ce Christianisme, qui se fit appeler catholique (c’est-à-dire universel), ne se priva pas d’en user dès la fin du IVe siècle.

Pourtant, ce n’est pas le Catholicisme qui fut le plus répandu initialement. Au premier siècle, ce courant de pensée sans nom précis se diffusa grâce à un apôtre extrêmement efficace, Paul de Tarse, unanimement renié par les Catholiques jusqu’au IIIe siècle. L’efficacité de sa prédication et surtout les nombreux documents qu’il diffusa avant 62 — ce qui en fait les premiers écrits chrétiens de l’Histoire —, lui valurent de nombreux succès et une diffusion totale dans le monde connu d’alors (c’est-à-dire autour de la Méditerranée). Un homme nommé Marcion de Sinope, prit son relais bien après sa mort et diffusa si bien sa pensée que de l’avis même des Catholiques du IIe siècle, son Église était répandue dans les mêmes proportions que celle de Paul.

Difficile donc de définir de façon univoque le Christianisme. Si la religion positive, taillée sur mesure pour se rapprocher du pouvoir, s’est finalement imposée, la religion plus spirituelle de Paul et de Marcion a perdurée de façon visible pendant quatre siècles, avant d’entrer en semi-clandestinité ensuite.

Le Christianisme spirituel

Comme je viens de l’expliquer, la foi en Christ s’est répandue dès le tout début, mais elle n’est devenue visiblement diverse qu’à partir de l’épisode de la mort du diacre Étienne. En effet, à partir de ce moment, ceux qui pensaient à juste titre que les propos d’Étienne, comparables à ceux prêtés à Jésus dans l’Évangile selon Jean[3], étaient de nature à mettre leur vie en danger, firent le choix de l’exil. Et cet exil fut parfois plus lointain que ce qu’en disent les Actes. En effet, c’est à Damas de Syrie que Paul ira pourchasser ces dissidents. Dissidents qui l’accueillirent ensuite et le baptisèrent par imposition des mains, signe distinctif du baptême d’eau cher aux Judéo-chrétiens. Cette rupture fut officialisée en 39, après la dispute d’Antioche entre Paul et Pierre, forçant les tenants du Judéo-christianisme à réunir un concile à Jérusalem qui décréta la séparation entre les groupes opposés. Ce premier schisme d’une Église encore embryonnaire allait décider du destin du courant chrétien catholique et du courant chrétien paulinien.
Ce dernier, loin des volontés de pouvoir du premier, mit en avant la démarche spirituelle, ce qui est clairement exprimé dans les écrits de Paul, même s’il faut décortiquer les Épitres du Nouveau Testament, tant les scribes judéo-chrétiens les ont traficotées quand il fut décider de réintégrer Paul dans le giron catholique, faute de pouvoir effacer son influence.
Comme je l’explique en détail dans mon livre[4], ce courant perdura à travers des groupes précis, intégrés de force par le pouvoir catholique dans une appellation fourre-tout : les gnostiques, jusqu’à arriver à Marcion de Sinope, qui au milieu de IIe siècle se fit exclure de l’Église de Rome en raison de ses propositions trop pauliniennes. Il fonda alors une Église chrétienne, conforme à ses idées spirituelles, qui prit le nom de marcioniste en hommage à son œuvre. Plusieurs siècle plus tard, un nouveau courant paulinien, vraisemblablement initié par un marcionite en errance en Asie Mineure, se mit en place à proximité de Samosate et prit le nom de Paulicianisme. Ses dirigeants religieux se firent tous baptiser d’un nom de disciples de Paul de Tarse et une longue lutte les opposa plusieurs siècles durant à l’Église catholique de Constantinople et au pouvoir militaire des empereurs d’orient, jusqu’à leur dernière défaite, survenue au IXe siècle dans l’ancienne Arménie, dans la ville de Téphriké.
Pour partie, exilés à la frontière nord de l’empire, à Philippopolis (actuelle Plovdiv), ils évangélisèrent des populations slaves et bulgares peu réceptives au Catholicisme d’un empereur contre lequel ils luttaient. C’est vraisemblablement ainsi qu’apparu une nouvelle Église pratiquant ce Christianisme spirituel : les Bogomiles. Lors de la première croisade, l’empereur Alexis Comnène offrit des troupes aux armées croisées venues récupérer les territoires que les musulmans lui avaient pris et qu’il espérait récupérer ainsi. Dans ces troupes se trouvaient bon nombre de Pauliciens, enrôlés de force en raison de leurs qualités guerrières, auxquelles plusieurs empereurs s’étaient frottés avec des fortunes diverses. L’armée de Raimond IV de Saint-Gilles, comte de Toulouse rentra précipitamment après sa mort en terre sainte. L’hypothèse d’un retour de Pauliciens dans ses rang est plausible et permettrait d’expliquer la diffusion de cette foi dans le Languedoc à la même période où elle apparut — diffusée par les Bogomiles —, en Rhénanie et dans les Flandres.

Voilà un rapide tour historique que je vous propose afin de mieux connaître le Catharisme qui n’est pas apparu spontanément au Xe siècle en Bulgarie comme le répètent à l’envi les historiens. D’ailleurs, il faut noter dans les sources la mention d’un pèlerinage bogomile effectué au XIe siècle de la Bulgarie vers Téphriké, ce qui représente environ 1 500 km, distance que ne peut justifier que le sentiment d’appartenance forte des Bogomiles à une racine paulicienne.

 


[1] Des choses cachées depuis la fondation du monde – René Girard (recherches avec Jean-Michel Oughourlian et Guy Lefort) – Éditions Grasset & Fasquelle 1978
[2] Orthodoxie et hérésie aux débuts du christianisme – Walter Bauer. Éditions J. B. Mohr, Tübingen (1934), édition français, le Cerf (2009).
[3] Évangile selon Jean (chap. 8, 44) : « Vous avez pour père le diable et vous voulez ce que désire votre père. » Cette diatribe est adressée par Jésus aux Pharisiens demeurés après l’épisode de la femme adultère. Il est clair que c’est un blasphème qui va d’ailleurs pousser ces derniers à tenter de le lapider (v. 59).
[4] Catharisme d’aujourd’hui – Éric Delmas, éditions Catharisme d’aujourd’hui (2015).

L’Esprit

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L’Esprit

Qu’est-ce que l’Esprit ?

La grande force de la mondanité est de nous enfermer dans un carcan quasiment impossible à briser. Ce carcan nous impose le monde comme seule référence pour notre compréhension et notre expression. Cela se révèle particulièrement quand nous essayons d’exprimer des concepts spirituels, car alors nous en sommes réduits à les comparer à des concepts matériels.
Dans mon livre, je montrais que les religions s’étaient toujours ingéniées à chercher des solutions pour concevoir comment les hommes avaient été dotés d’une âme. Les créationnistes considèrent que Dieu crée simultanément un corps et une âme et que, lorsque le corps meurt, cette âme est jugée et envoyée au paradis ou en enfer. Les traducianistes, s’appuyant sur la Genèse, considéraient que Dieu n’avait soufflé l’esprit que dans Adam. Donc, Ève ayant été faite à partir d’une partie d’Adam en avait hérité, mais leurs enfants ne pouvaient être dotés d’une âme qu’à condition que l’esprit d’Adam se divise à leur conception. Cela avait pour nécessité de considérer que Dieu avait une part de responsabilité dans la création mondaine, ce qu’admettaient les Pères de l’Église de Rome partisans de cette hypothèse, mais aussi les cathares monarchiens (mitigés).
Pour les cathares dyarchiens (dits absolus), Dieu devait être exonéré de toute responsabilité dans la création. Donc, ils prirent fait et cause pour la chute globale des esprits par la faute du démiurge. L’esprit serait donc entré dans les corps humains préexistants et changerait de corps à chaque mort du corps précédent jusqu’à parvenir à échapper totalement à cette emprise mondaine. Je partage ce point de vue, mais il est temps de le peaufiner et de mieux l’expliquer.

L’Esprit est-il divisible ?

Cette dernière hypothèse pourrait donner à croire qu’il y a une multitude d’esprits dont certains sont tombés et pas les autres. Une partie des dyarchiens essayaient de pallier à cette idée un peu naïve en parlant de la tierce partie, c’est-à-dire l’âme spirituelle (par opposition à l’âme mondaine) qui en tombant serait devenue l’esprit prisonnier du corps mondain.
J’avais déjà tenté de modérer cette lecture matérialiste en proposant de comparer l’Esprit à un récipient rempli d’eau. L’Esprit est Un et non divisé. C’est le prisme de la mondanité qui nous donne à le voir divisé. En effet, si nous disposons d’un récipient rempli d’eau, la masse hydrique est uniforme. Introduisons maintenant dans ce récipient des séparateurs adaptés qui permettent de séparer le récipient en compartiments étanches. La masse hydrique va apparaître comme divisée. Elle l’est assurément et pourtant, dès que l’on retire les compartiments la masse redevient unique et ne conserve aucune trace de la séparation.
Alors, l’eau est-elle divisible ? Apparemment oui, mais en réalité elle demeure unitaire puisque chaque fois qu’elle en a l’occasion elle retrouve son unité. Très bien, mais une fois encore nous sommes amenés à utiliser des référentiels mondains qui dénaturent l’explication recherchée. C’est là le point de séparation entre le concept exotérique (l’eau) et le concept ésotérique (l’Esprit).

Comprendre un concept ésotérique

À l’instar de ce qui se produit dans le film Matrix®, l’éveil est le déclic qui nous permet de commencer à pouvoir comprendre des concepts ésotériques, car nous commençons à nous détacher de la mondanité. Comprenant la vanité du monde, nous commençons à chercher d’autres référentiels.
L’ésotérisme est le moment où nous n’avons plus besoin de référentiels mondains pour comprendre des notions spirituelles. Or, l’Esprit est un concept spirituel par nature et doit se comprendre de façon ésotérique. Mais pour l’exprimer nous en sommes réduits à utiliser des mots de ce monde, c’est-à-dire fort limités en sens eut égard à la profondeur de ce que nous voulons faire passer comme message. On comprend mieux ici le trouble de Pierre à qui Jésus demande à trois reprises : « Pierre, m’aimes-tu ? » et qui ne sait plus comment répondre. L’Amour spirituel, la Bienveillance, est un concept spirituel que le dictionnaire amoindrit en faisant un système réciproque dans sa définition de la dilection : « Amour tendre et spirituel envers son prochain et de Dieu envers ses créatures ». Non, la Bienveillance ne se décrit pas, elle se vit ! Vouloir le Bien a l’avantage de ne pas donner le flanc à une description entomologique, car elle se réfère elle aussi à un concept ésotérique : le Bien. Et comme le Bien est ce qui définit la divinité, le système est bouclé !
Essayons de réfléchir à la manière ésotérique, sans tomber dans la facilité de bien des groupes — dits ésotériques — qui manipulent le langage en associant ou divisant des termes de façon à ne pas avoir à s’expliquer clairement sur leurs propos.
L’Esprit est unique car il est divin. Dieu est esprit, lit-on dans les ouvrages de catéchisme. En effet, c’est l’explication la plus courte que l’on puisse proposer. Il Est et il définit l’Esprit. Il est en cela qu’il ne peut pas y avoir en lui quoi que ce soit d’amoindri, sous peine de perdre son statut divin. Par opposition à l’Être, nous connaissons le néant d’Être, c’est-à-dire le Mal. Le Bien et le Mal sont éternels car ils sont des principes. Un principe ne peut être matérialisé et pourtant tout ce qui porte sa marque découle de lui. En cela l’Esprit découle de Dieu et c’est pour cela que nous nous disons consubstantiels au principe du Bien, même si je vous l’accorde se dire consubstantiel à ce qui n’a pas de substance montre bien nos limites d’expression. L’Esprit est donc à la fois le principe et la qualité du principe. L’esprit dispose de l’Être, comme le principe, car le principe du Bien étant parfait, ce qui découle de lui ne peut être amoindrit en aucune façon.
Le fait que nous soyons imparfaits dans notre prison mondaine ne provient pas de l’Esprit qui est en nous — et qui d’une façon plus juste est nous —, mais provient de la prison. De même si un prisonnier a froid ce n’est pas parce qu’il est un homme emprisonné, mais parce que la prison est froide. Si la prison était chaude, tout prisonnier qu’il soit, il aurait chaud. Notre imperfection est donc liée à ce qui nous emprisonne ; nous sommes comme le principe parfait totalement innocents de notre imperfection.

L’Esprit unique et divisé

Diviser l’Esprit serait l’amoindrir. Donc, il faut accepter que l’Esprit soit unique. Pourtant chacun de nous est différent de son voisin et avance de façon personnelle et différente des autres dans son cheminement. Ces différences sont dues à la prison de chair, qui inclut l’intellect, l’intelligence, la psychée (le psychisme) et l’âme mondaine. Donc, en fait nous sommes l’expression d’un seul Esprit, c’est-à-dire que nous ici-bas des entités spirituelles identiques à ce que nous sommes dans l’espace spirituel du bon principe et que nous sommes comme lui, pur esprit et éternels.
Notre division nous donne un sentiment de différence selon l’état de profondeur de notre emprisonnement. C’est pour cela que j’exprime notre état en ce monde en utilisant le terme esprits saints alors que quand je parle du paraclet, j’emploie le terme de Saint Esprit, qui nous rappelle qu’il est une émanation spirituelle de l’Esprit unique.
Cette division apparente ne peut se résoudre qu’en mettant à l’écart ce qui relève du monde de ce qui relève du spirituel. Cela est très difficile, douloureux souvent, car notre emprisonnement est ancien et nous est devenu familier. Comme dans l’allégorie de la caverne de Platon, monter vers la lumière est douloureux et provoque l’incompréhension, voire le rejet de ceux qui se satisfont de leur état de dépendance.
L’étape initiale de cette séparation est d’en reconnaître l’existence. C’est-à-dire de reconnaître que nous ne sommes pas une entité simple mais un mélange hétérogène dont les deux éléments ne sont pas miscibles, même si comme la mayonnaise l’apparence peut sembler uniforme. Mais, à la différence de la mayonnaise, un simple temps de repos ne suffit pas à séparer les matières non miscibles. La séparation entre la part mondaine et la part spirituelle est difficile, douloureuse et longue à mener à bien. En outre, elle ne peut être que partielle tant que nous sommes prisonniers du corps qui nous enferme. La seule victoire que nous pouvons revendiquer est d’avoir retrouvé la mémoire de notre état réel.
Dans mon livre, volontairement et forcément exotérique, je parle également des esprits particuliers. Il va sans dire que ce n’est qu’une facilité langagière. Quand l’Esprit n’est pas divisé dans la matière il est libre et unique, mais il agit pour retrouver ce qui semble éloigné, comme le berger de la parabole va chercher la centième brebis et laisse confiant le troupeau unifié. L’Esprit unique aspire, tout comme nous — même si nous n’en avons pas toujours conscience —, à retrouver ce qui est éloigné de lui et quand cela advient l’unité apparaît de façon évidente au point que les cathares avaient trouvé un terme adapté pour le décrire : le mariage mystique. En effet, comme un couple, mais mieux encore que lui car n’étant pas composé d’éléments différents, l’Esprit qui se libère d’une prison charnelle constate qu’il n’a jamais été dissocié, contrairement à ce que leurre mondain cherchait à lui faire accroire.

Comment nous rapprocher de l’état d’Esprit unique ?

Les étapes de l’avancement

Comme le géographe qui tente d’imaginer le continent sur lequel il se trouve, je suis mal placé pour prétendre vous donner un mode d’emploi que je découvre, petit à petit, moi même.
Cependant quelques jalons peuvent être identifiés.
D’abord, nous devons savoir si nous sommes dans l’éveil ou seulement dans ses prémices. Bien des personnes se disent croyantes, mais n’en sont encore qu’au stade du sympathisant. Ce désir d’avancement est lié à un défaut bien mondain, l’impatience. Nous voudrions être arrivés avant même d’avoir pris le départ. L’éveil est une révélation comparable à celle de Paul. Elle a sa fulgurance sans avoir forcément sa violence. Je me méfie d’ailleurs des personnes qui parlent d’une révélation instantanée et brutale, car il s’agit le plus souvent d’une bouffée d’impatience. La révélation est fulgurante en cela qu’elle renverse des certitudes profondément ancrées en nous. Nous passons d’un système de valeurs à son exact opposé. L’homme de la caverne se croit libre et supérieur aux autres qu’il voit enchaînés et idiots de prendre des ombres pour de la réalité, mais il ne se rend pas compte qu’il est lui-même enfermé et la vraie connaissance est, là-haut, dans la lumière crue qu’il entrevoit sans vouloir s’en approcher.
Une fois assurés de notre éveil, s’impose à nous la volonté d’aller vers la bonne fin, donc la nécessité d’en mettre en œuvre les moyens indispensables. C’est le second écueil de ceux dont l’éveil est incomplet ou qui préfèrent retomber dans le sommeil. Le film Matrix®, nous donne à voir cet homme qui trahit pour pouvoir retourner à son étant antérieur, qu’il juge plus confortable que l’état d’homme libre. C’est un écueil fréquent qui nous pousse à suivre les règles d’un monde qui nous pousse à la facilité et au confort quand le chemin est étroit et rocailleux. Combien, qui se disaient et se croyaient éveillés, ont finalement renoncé et ont repris la distance mondaine que l’observateur préfère à l’acteur ?
Quand ces deux étapes sont franchies, il faut surmonter les obstacles du cheminement. Là deux situations s’imposent à nous. La première est finalement la plus simple ; c’est celle que j’ai pu choisir : la voie du noviciat. En effet, comment mieux avancer que lorsque nous pouvons consacrer toute notre attention à notre cheminement ? Même si cela peut paraître ardu parfois, c’est quand même la voie royale puisque nous n’avons à nous préoccuper de rien d’autre. La seconde est celle de ceux qui sont engagés moralement dans le monde. En effet, même si les personnes envers qui nous sommes engagés sont compatissantes, nous leur devons de respecter notre parole aussi longtemps qu’elles en ressentiront le besoin. Elles seules pourront éventuellement nous libérer ou nous rejoindre si elles accèdent à l’éveil. Quand l’engagement est pris envers des personnes indifférentes ou opposantes à nos choix spirituels, c’est encore plus difficile. En effet, l’engagement nous force à concilier l’inconciliable : des obligations mondaines prenantes et un besoin de spiritualité souvent réduite à la portion congrue.
L’étape suivante, je ne peux vous en parler puisque je ne la connais pas. Quand après un noviciat complet, le croyant accède à la Consolation — pas seulement le sacrement mondain —, mais la véritable entrevue entre lui et le Saint Esprit paraclet, qui lui donne à voir ce qu’il a perdu et qu’il peut enfin aspirer à retrouver, il entre dans une phase de détachement tel qu’il devient insensible aux rigueurs du monde : c’est l’ataraxie. Attention, nous parlons bien du détachement de la plus grande part de son état spirituel et non pas d’un état psychologique qui le conduit à ne pas se préoccuper du monde et notamment des autre ; l’ataraxie n’est pas l’indifférence.

Les moyens de l’avancement

N’étant moi-même que très partiellement en chemin, je ne peux prétendre vous révéler ce qu’il me reste à apprendre. Cependant, l’avancement étant la façon dont l’Esprit en nous se dépouille peu à peu des chaînes de sa prison et parvient ainsi à se rapprocher un peu plus de la lumière, je peux au moins vous indiquer ce qui me semble en faciliter l’expression.
Comme tout marcheur en situation difficile, le croyant ne doit pas considérer qu’une fois révélée à lui la certitude du salut, celui-ci va aller de soi. Notre présence aujourd’hui en ce monde est la preuve flagrante que soit nous n’avons jamais été en situation de pouvoir nous éveiller en raison d’un attachement au monde viscéral, soit nous avons échoué par manque de rigueur et d’humilité. Comme l’alpiniste nous devons donc développer notre humilité, qui est une manifestation de la Bienveillance et faire taire notre vanité qui est la marque de la mondanité. Quel que soit notre niveau d’avancement, le plus dur est toujours devant nous. Penser le contraire nous poussera, comme l’alpiniste qui voit la dernière prise au bout de ses doigts et qui décide de lâcher les autres prises pour prendre celle qui le tente, à tenter des choix qui satisferont peut-être notre égo, mais qui nous feront tomber et nous obligeront, si nous parvenons à l’accepter, à repartir à zéro. Or, tout est vanité, c’est-à-dire désir du néant. C’est quand nous avancerons courbés comme le pénitent , les yeux sans cesse rivés devant nos pieds comme le marcheur avançant sur un lit de cailloux, que nous pourront nous interroger sur le bien-fondé du prochain pas que nous nous préparons à accomplir : est-il justifié ? sommes-nous prêts à le franchir ? avons-nous bien effectué les pas précédents ?
La Bienveillance est indispensable car elle nous permet de calmer l’impatience. En étant Bienveillant envers les autres nous reconnaissons que nous ne sommes pas forcément les plus avancés et les plus à même de franchir le pas suivant. En acceptant d’envisager cela nous devenons patients et donc capable d’avancer à un rythme plus adapté à nos compétences. Sans Bienveillance se développe un esprit de compétition qui nous fait perdre toute prudence et nous fait expérimenter des chemins attrayants qui se terminent en cul-de-sac.
L’obéissance est le troisième point essentiel. Si l’humilité peut être comparée aux bonnes chaussures du marcheur et la Bienveillance à la position dans la cordée, l’obéissance est la corde qui nous relie à ceux qui nous précèdent et dont nous suivons les instructions pour avancer en sécurité.
Soit nous considérons ne pas reconnaître chez ceux qui nous ont précédés les qualités pour nous guider, et nous décidons de cheminer seuls, comme le randonneur dans le désert qui, refusant la boussole, dérive en rond jusqu’à l’épuisement. Soit nous reconnaissons parmi nos prédécesseurs des personnes qui nous proposent un cheminement qui correspond à nos attentes, et nous devons alors suivre leurs instructions sans jamais en dévier ou les critiquer. Il y a de nombreux choix possibles, constituant autant d’Églises et de groupes spirituels, pour que nous puissions définir qui sera notre premier de cordée. Mais une fois déterminés, nous devons suivre ses instructions ou bien accepter de nous détacher pour rejoindre un autre groupe ou continuer seul.
Mais notre époque, tout particulièrement, nous enseigne que la nouveauté prime sur l’expérience et que les enseignements des autres sont sans valeur pour nous. « Les cathares avaient faits tels choix ? » Certes, mais c’était au Moye Âge et nous les estimons donc sans valeur aujourd’hui. Comme si une démarche spirituelle pouvait être contrainte par le temps. « Leur règle fixait telles pratiques et contraintes ? » Certes, mais nous sommes des esprits jeunes et forcément plus malins qu’eux. Ne tenant aucun compte de leur avancement, infiniment plus important que le nôtre, nous sommes certains de pouvoir éviter les embûches et nous jetons de Charybde en Sylla avec délectation.
Nous devons accepter l’idée que nous ne pouvons pas comprendre la justification de choix émanant de personnes bien plus avancées que nous et leur obéir aveuglement en attendant d’avoir atteint leur niveau, qui nous révèlera la justesse de leurs choix. Nous sommes des adolescents, convaincus de savoir ce qu’est la vie, méprisant les conseils d’adultes qui eux, savent ce qu’est l’adolescence.
Le reste, qui nous impressionne souvent plus, l’ascèse alimentaire et sexuelle, la dépossession matérielle ne sont que les conséquences des pratiques citée précédemment, pas les moyens d’atteindre au but.

Voilà ce que je crois pouvoir vous dire sur l’Esprit et ce que sa découverte implique pour nous. Nous verrons, je l’espère, si je ne m’étais pas trop trompé dans quelques années.

Avec toute ma Bienveillance.

Le Pater, étude des versions

3-1-Doctrine cathare
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Le Pater, étude des versions

Introduction

Il faut étudier sérieusement ce texte qui est un élément extrêmement important de la liturgie cathare et qui demande une approche prudente, sérieuse et respectueuse, faute de pouvoir disposer de l’aide de Bons Chrétiens pour nous guider.
Nous allons voir ensemble combien le Pater est un texte particulier ce qui justifie que les Cathares le traitaient avec respect et circonspection.

Que savons-nous du Pater ?

Ce texte apparaît dans les Évangiles et montre déjà qu’il est issu d’une tradition humaine et non pas d’une transmission directe de Jésus ou de Christ, puisque les deux transcriptions diffèrent légèrement. Cela veut donc dire qu’il s’est mis en place et transmis dans la tradition orale avant d’être couché par écrit bien plus tard.

Chez Matthieu, le Pater vient après le sermon sur la montagne, dans le cadre d’un enseignement dont on ne sait s’il se fait à la foule ou aux disciples. Il fait partie d’un ensemble de recommandations concernant la vie quotidienne, telle qu’elle doit être vécue par ceux qui veulent aller vers Dieu. Au passage, Jésus invalide plusieurs éléments de la Loi juive au profit de dispositions plus contraignantes. Le fil rouge de ce chapitre semble être l’humilité qui apparaît en début de chapitre avec les conditions de la prière et de l’aumône et qui se poursuit par les règles du jeûne, de la possession matérielle, des biens de la vie quotidienne (aliments et vêtements) et des soucis de l’avenir.
Matthieu propose donc cette prière comme un élément de la vie quotidienne de celui qui veut vraiment être dans la voie qui mène à Dieu. On peut donc penser qu’il s’adresse à une partie de la communauté et non pas à tous les croyants.

Cela est renforcé par la version de Luc. Là, ce sont les disciples qui demandent une prière à Jésus, afin de se sentir comme les disciples de Jean le baptiste. Jésus accède à la demande et propose un texte très succinct suivi d’un enseignement sur le don à l’autre et la Bienveillance.

Donc, initialement, cette prière n’est pas destinée à toute la population mais uniquement à ceux qui se consacrent à suivre la voie ouverte par Christ. Malheureusement, la tradition judéo-chrétienne faisant le choix d’un baptême des nouveau-nés, la confusion s’est installée laissant croire que cette prière était à la disposition de tous.

1 – Le Pater des évangiles

Matthieu (VI, 9-13) le présente comme un contrepoint à la prière rabâchée par les païens :


« Vous donc, vous prierez ainsi : Notre père qui es dans les cieux, que soit sanctifié ton nom,
que vienne ton règne, que soit faite ta volonté sur terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui notre pain de la journée1 ;
remets-nous nos dettes comme nous remettons aussi à nos débiteurs ;
et ne nous fais pas entrer en épreuve mais délivre-nous du mauvais. »

Luc (XI, 2-4) en fait la réponse à une requête des disciples :

« Il leur dit : Quand vous priez, dites : Père, que soit sanctifié ton nom ; que vienne ton règne ;
donne-nous chaque jour notre pain de la journée ;
et remets-nous nos péchés, car nous remettons nous aussi à tous ceux qui nous doivent ;
et ne nous fais pas entrer en épreuve. »

Remarquons les points communs :

Le terme Père est commun aux deux textes et veut renforcer la reconnaissance d’une appartenance à une même « famille ». Ensuite, nous trouvons des éléments communs non négligeables : sanctification du nom, attente du règne, demande du pain du jour, remise des fautes (dettes) commises et subies et protection contre les épreuves.

Nous pouvons dire qu’il s’agit là d’une ossature qu’il convient d’étudier.

Matthieu propose un texte un peu plus étoffé. Le père est clairement désigné comme celui de ceux qui prient et il est localisé dans les sphères supérieures, hors de la terre. On peut y voir un relent de judaïsme qui voulait que Dieu ait un peuple préféré et qu’il l’observe d’en haut. La notion de sanctification est spéciale. Cela veut dire que le nom de Dieu doit être considéré comme saint, mais aussi que ceux qui le prononcent doivent respecter son caractère saint. Pour être plus clair, il me semble qu’il faut comprendre que l’usage du nom de Dieu doit être réservé à celles et ceux qui sont dans une démarche de sanctification, de purification et qui le sont en pleine conscience. En clair, l’usage de cette prière ne peut être de pure forme mais nécessite un engagement total. Cela vient conforter en moi la justification du fait que le Pater était réservé à un certain niveau d’avancement dans le Christianisme. Celui qui prononce la prière reconnaît le caractère saint de Dieu et en reçoit l’onction purifiante de sa propre démarche. La phrase suivante est un appel à l’intervention divine auprès de ses créatures émanées sous la forme de la volonté et du pouvoir (règne) de Dieu en ce monde, qui est en fait l’apport de sa grâce.

Arrive la phrase qui fait toujours couler beaucoup d’encre. Le pain de ce jour, au dessus de la substance, est bien entendu ce qui va nourrir notre foi et notre démarche de croyant désireux d’avancer sur la voie de Christ. Dieu n’est pas une cantine où l’on viendrait retirer un plateau repas gratuit chaque jour. Il faut être englué dans un anthropomorphisme béat pour imaginer autre chose. Or, ce qui nourrit la foi est ce qui nous aide à nous tenir éloigné des contingences de ce monde. On le voit dans l’entourage des deux textes, c’est l’humilité, la modestie, la Bienveillance, la disponibilité aux autres et l’ascèse. Il est clair que là aussi nous avons un indice sur les personnes concernées par cette prière. Un simple croyant ne pouvait pas la dire sans se trouver en porte-à-faux entre son engagement et sa vie quotidienne faite de luttes et de violences.

Les deux textes sont en plein accord sur la formulation qui suit. Il ne s’agit pas de pardon des fautes commises ou subies mais bien de remise. Les termes sont importants. Remettre une dette c’est faire comme si elle n’avait jamais existée. C’est l’oublier, ne plus en tenir ; considérer l’autre comme totalement vierge de toute créance et nous considérer de même vis-à-vis de Dieu. D’ailleurs, là encore, nous voyons cela chez les Cathares quand, lors du sacrement de la Consolation, le novice demande la remise de ses fautes passées et que les Bons Chrétiens la lui accorde. Il devient un homme nouveau, vierge de toute faute. Il faut donc oublier la notion de pardon et bien préciser que cette remise est une absence de prise en compte. Le terme latin dimitte correspond à la seconde personne du singulier le l’impératif présent. Il s’agit donc bien d’une prière adressée à quelqu’un de proche, puisqu’on le tutoie. Son sens exact est : abandonner, renoncer. Ce n’est qu’au 4e siècle que la Vulgate — traduction latine du Nouveau Testament — proposera de le traduire par pardonner. Il faut donc faire fi de cette vision typiquement judéo-chrétienne, à la limite sacrificielle, qui ne rend pas le sens exact du terme. Il s’agit bien d’un abandon des charges, d’un renoncement à poursuivre, ce qui est très différent d’un pardon qui n’oublie pas et qui place celui qui pardonne en position de supériorité par rapport à celui qui est pardonné.

Enfin, les deux textes se termine par une demande de protection face à l’épreuve, précisée comme émanant du mauvais par Matthieu. Là aussi, il faut oublier l’idée de certaines versions modernes qui parlent de soumission à la tentation. Il ne peut être question que Dieu puisse avoir un rôle actif dans le Mal. Au contraire, ce que le Bon Chrétien demande c’est de l’aide dans l’épreuve qu’il vit au quotidien, aide que Dieu lui apporte par son soutien spirituel, car il ne peut agir que sur ce qui relève de lui, à savoir la part spirituelle de notre être mondain.

Nous voyons qu’en revenant à la source il nous est possible d’avoir une meilleure lecture de ce texte que des siècles de tradition judéo-chrétienne ont largement perverti.

Ce qui demeure est un sentiment d’anthropomorphisme assez important dans l’emploi de termes comme Père, règne, etc. Cela n’est pas forcément surprenant compte tenu de l’époque de sa diffusion. En effet, ces relations d’autorité existaient dans le langage courant d’un royaume existant au sein d’un empire et dans une société fortement hiérarchisée. Cela sera d’ailleurs toujours d’actualité au Moyen Âge, ce qui explique que ces points ne furent pas modifiés alors. Aujourd’hui, conserver cette terminologie n’aurait aucun sens et contribuerait au contraire à entretenir une confusion mentale invitant à un asservissement qui n’est absolument pas le propos de cette prière.

Il est donc clair que ces deux textes sont d’origine humaine, créés et construits pour les esprits de leur époque et qu’ils n’ont rien de sacrés d’un point de vue textuel, donc qu’ils peuvent être adaptés dans leur forme.

Par contre, la similitude du fond entre les deux textes ne saurait nous échapper. La première partie qui fait rappel de notre rapport à Dieu et la reconnaissance de son état divin ; la deuxième qui précise nos rapports avec le monde qui nous contraint et Dieu qui nous apporte le nécessaire et la troisième où nous recherchons la bienveillance et l’aide divine sont clairement exposées dans les deux textes et doivent donc être conservées.

La version latine ajoute une doxologie qui renforce le caractère anthropomorphique et qui n’a donc aucun intérêt.


Note :

1 – Dans l’édition de la Pléiade il est précisé en note que la Vulgate (traduction latine) le mot « de la journée » est traduit par supersubstantialis chez Matthieu alors qu’il l’est par quotidianus chez Luc.

2 – Le Pater marcionite

On en trouve ce texte dans l’Évangélion de Marcion de Sinope :

«  Père, que ton esprit saint soit sur nous et nous purifie ;
que vienne ton règne ;
donne-nous chaque jour ton pain surnaturel ;
remets-nous nos péchés
comme nous remettons aussi à nos débiteurs,
et ne nous laisse pas succomber à la tentation. »

Analyse

Le terme anthropomorphique Père est conservé. Par contre Que soit sanctifié ton nom est remplacé par Que ton esprit saint soit sur nous et nous purifie. Je trouve cette formulation beaucoup plus claire car elle déplace le sujet de Dieu à nous, ce qui est logique car Dieu n’a nul besoin d’une quelconque sanctification. En fait, c’est en disant que le nom de Dieu est saint — ce qui est une évidence — que nous manifestons notre foi en lui et que nous créons ce lien, via le Saint esprit qui nous permet d’avancer vers notre purification spirituelle. En cela les Marcionites avaient compris le sens profond de cette locution.
Encore, le terme de règne est utilisé, ce qui n’est pas surprenant à cette époque.
Les Marcionites ont fait le choix de corriger le terme pain de la journée par ton pain surnaturel. C’est la traduction littérale du terme grec épiousious. Cette traduction est littérale : épi = au-delà, au-dessus et ousia = existence, état actuel. Certains auteurs ont pensé que cela désignait la nourriture à venir et ont donc validé le choix de Luc : pain quotidien. Mais, en fait c’est plutôt pain du jour à venir qu’il aurait fallu dire. En fait, cela peut se comprendre plus logiquement par le pain que nous recevrons dans la vie future. Il s’agit donc bien d’un élément surnaturel, au-delà de toute substance mondaine, supersubstantiel, comme dit le texte latin de Matthieu ; c’est le pain de la parole divine. Prisonniers ici-bas, nous sommes privés de la parole divine et de sa raison, le logos, et nous prions pour qu’elle nous soit assurée afin de nous aider à atteindre le niveau d’avancement requis pour être en état de recevoir la grâce divine. Il est clair qu’il ne s’agit pas d’un pain matériel, comme on pourrait le comprendre dans la traduction néotestamentaire mais d’une nourriture spirituelle, ce qui est évident puisque nous la demandons à Dieu qui n’a rien de matériel en lui et encore moins à proposer.
Sur la rémission des péchés, il n’y aurait rien à dire excepté que cette notion de péché est un peu restrictive. Le péché est ce qui éloigne de Dieu. Je ne sais pas comment les Marcionites comprenaient ce terme. Les Cathares en avaient une lecture extensive puisqu’ils considéraient tout manquement — même involontaire — comme un péché.
La locution finale pose encore le problème du rôle négatif supputé que Dieu pourrait avoir dans notre défaillance. S’il lui est demandé de ne pas nous laisser succomber à la tentation, cela sous entend qu’il le pourrait, ce qui est faux et contraire à la divinité de Dieu.
En fait ce qui est recherché n’est pas de nous prémunir d’une tentation qui est notre lot quotidien en ce monde, mais de nous soutenir pour surmonter les épreuves de ce monde.

Commentaire

Le Pater marcionite, s’il propose une amélioration par rapport aux textes canoniques en ce qu’il présente bien la voie de la sanctification divine et la nature de la nourriture proposée, — même si le terme de pain est un peu restrictif —, reste encore perfectible sur d’autres points.

3 – Le Pater des Bons-Chrétiens cathares médiévaux

Ce texte est issu du rituel cathare tel qu’il nous fut transmis par les textes de Lyon (occitan), de Florence (latin) et de Dublin (occitan).
Le texte est en latin qui était souvent utilisé pour les actes cérémoniels même si l’occitan restait la référence pour les prêches.

La forme du Pater ci-dessous vient du rituel de Dublin :

Pater noster qui es in celis
Sanctificetur nomen tuum
Adveniat regnum tuum
Fiat voluntas tua sicut in celo et in terra
Panem nostrum supersustancialem da nobis hodie
Et dimitte nobis debita nostra sicut et nos dimittimus debitoribus nostris
Et ne nos inducas in temptationem
sed libera nos a malo
Quoniam tuum est regnum
Et virtus
Et gloria
Dans les siècles, Amen
Notre Père qui êtes aux cieux
Que votre nom soit sanctifié
Que votre règne arrive
Que votre volonté soit faite sur la terre comme dans le ciel
Donnez-nous aujourd’hui notre pain suprasubstantiel
Et remettez-nous nos dettes comme nous les remettons à nos débiteurs
Et ne nous induisez pas en tentation
Mais délivrez-nous du mal
Car à vous appartiennent le règne
Et la puissance
Et la gloire
Dans les siècles, Amen

La version cathare occitane du manuscrit de Lyon :

Lo nostre Paire que es als Cels,
Sanctificatz sia lo Teus Nom,
Avenga lo Teus Regnes
E sia faita la Tua voluntatz sico el Cel e la terra.
E dona a nos uei lo nostre pan qui es sobre tota causa.
E perdona a nos los nostres deutes,
Aisi co nos perdonam als nostres deutos.
E no nos amenes en tentatio
Mas deliura nos de mal.
Amen.

On peut penser à la lecture de ce texte que les Cathares n’avaient pas eu la version marcionite à leur disposition. En effet, pour l’essentiel, la référence est le texte de la Vulgate « amélioré » par la transcription exacte de épiousios. On constate la proximité entre la version de Dublin et celle de Lyon, alors que les écoles de pensées concernées semblaient assez éloignées l’une de l’autre.

Bien des points posent problème, dont notamment le retour du terme pardon dans la version occitane. Ce qui est intéressant est la notion de délivrance du mal. La doxologie finale, absente de la version occitane est effectivement superflue.

Ce qui ressort est que ce texte, qui n’était déjà pas unique au premier siècle, a fait l’objet d’adaptation jusqu’au Moyen Âge. Il n’est donc pas à considérer comme immuable et figé, ce qui ne peut que rassurer les Cathares qui ont toujours refusé les dogmes. Il faut donc l’étudier pour le rendre cohérent avec notre siècle.

4 – Le Pater d’aujourd’hui

Version de Yves Maris

Dans l’ouvrage de Yves Maris, La résurgence cathare. Le manifeste, publié en 2007, l’auteur cite une version qui semble être de son cru :

« Principe parfait qui es au-delà des cieux,
sois glorifié,
que vienne ton règne,
que soit faite ta volonté dans cet univers comme au-delà des cieux.
Donne-moi aujourd’hui ma part de pain spirituel ;
remets-moi sur la voie qui mène vers toi.
Ne me laisse pas dans l’épreuve,
mais délivre-moi du Principe mauvais. »

Analyse personnelle

Je vois dans cette proposition le commencement d’un travail de spiritualisation du texte par le retrait du terme Père au profit de celui de principe parfait. La fin de phrase (qui es au-delà des cieux) amoindrit un peu ce concept et peut même être vécu par certains comme une forme de gnosticisme. En outre, cela crée une idée de situation physique de Dieu qui est complètement extérieure à la vision cathare.
La reprise de la version médiévale de glorification me semble constituer une perte de qualité par rapport à la conception marcionite qui avait compris que le besoin de purification n’est pas en direction de Dieu mais de nous. Il n’a nul besoin d’être glorifié, nous si. Et notre gloire ne peut nous être apportée que par lui, mais forcément de façon indirecte.
De même, la notion de règne qui persiste dans toutes les versions est marquée du sceau de son temps antique ou médiéval et n’a plus de raison d’être de nos jours. Yves Maris ajoute une phrase sur la volonté par laquelle il veut marquer l’universalité divine au-delà des limites temporelles. Mais cela alourdit le texte et n’apporte en fait rien, car si l’on considère ce que veut dire le terme règne, il y a forcément redondance entre les concepts.
L’idée de parler de pain spirituel est un plus par rapport à celle de surnaturel, car enfin ce pain perd son aspect matériel. Pourtant, il me semble dommage de se limiter à une image de nourriture précise. L’homme ne vit pas que de pain (Luc IV, 4) est une réponse de Jésus au tentateur. Aussi me semble-t-il adéquat de ne pas limiter l’apport demandé à Dieu à cet unique aliment. Ce qui me gêne également dans cette phrase c’est l’idée de demander sa part de pain. Cela fait de la prière quelque chose d’individualiste alors qu’elle devrait être un moment de communion. En cela le pluriel des marcionites me semble plus adapté. Yves fait l’impasse complète sur la notion de remise des péchés, ce qui occulte de fait la réciprocité qui figure dans les autres versions. Il la remplace par la demande d’une remise dans le bon chemin. Certes, c’est intéressant, mais je trouve dommage de se priver de la double rémission et je trouve que la reprise du bon chemin n’est pas du ressort de Dieu mais de nous. Comme pour le fils prodigue, c’est par notre prise de conscience de nos erreurs que nous devons comprendre quelle est la voie qui mène à Dieu et choisir de l’emprunter. Sinon, nous devenons passifs, tout comme l’étaient les Juifs qui laissaient à Iahvé toute la charge de la direction.
Par contre, je trouve intéressante la fin qui associe une demande d’aide face à l’épreuve actuelle et la délivrance du Principe mauvais.

Version des retraites spirituelles de Ruben

Lors de la neuvième Rencontre cathare de Carcassonne, Ruben Sartori, qui organise des semaines de retraites spirituelles depuis 2013, est venu nous parler de ce qui s’y passait.
Or, lors de la semaine de janvier 2013 qui s’est tenue à Canhac, Ruben nous a dit qu’ils avaient travaillé sur le texte du Notre Père. En effet, j’ai récupéré en 2014 un texte sur ce sujet.
Il semblerait que, récemment, ce travail ait fait l’objet d’une révision et d’une mise à niveau. Sur le site, j’ai trouvé dans l’Oraison un texte qui semble toujours en valeur aujourd’hui.

Je me propose donc d’étudier ces deux textes pour voir ce qui me semble positif ou discutable. C’est en effet par l’échange de nos travaux respectifs, par la critique positive et par l’acceptation que les bonnes idées et l’inspiration ne sont pas l’apanage d’un seul courant que l’on pourra améliorer notre compréhension du Catharisme et progresser dans notre cheminement.

Version de 2014

Version de 2017

Notre Père,
Que ton Esprit Saint vienne sur nous, et
Qu’il nous purifie.
Que ta volonté soit faite en lieu de la nôtre.
Que nous recevions notre pain spirituel de ce jour.
Que nos offenses soient pardonnées et effacées à jamais, en cela même que nous le faisons les uns pour les autres.
Que nous ne succombions pas dans l’épreuve, et surtout
Que nous soyons délivrés du Mauvais.
Amen.
Notre Père,
Que l’Esprit Saint vienne sur nous
et qu’il nous purifie.
Que ta volonté soit faite en lieu et place de la nôtre.
Que nous recevions notre pain spirituel de ce jour.
Que nos offenses soient pardonnées et effacées à jamais, en cela même que nous le faisons les uns pour les autres.
Que nous ne succombions pas dans l’épreuve,
et surtout, que nous soyons délivrés du Mauvais.
Amen

Mon analyse

Peut-être que je n’ai pas les bons textes, mais de prime abord ces deux-là me semblent extrêmement proche l’un de l’autre et aucun ne reflète une avancée majeure dans la compréhension.

L’entame est conforme à celle de Luc et s’affranchit fort justement de la digression matthéenne de la position de Dieu dans les cieux. Si je souscris absolument à ce point de vue, je reste néanmoins dubitatif sur le vocable Père ou Notre Père en raison du caractère anthropomorphique qu’il véhicule.

En effet, une prière — une oraison ou une méditation pour être plus précis — est un moment spirituel bien précis et à la fonction bien définie. Il s’agit de s’extraire de ce monde et de ses codes pour faire émerger en nous la part spirituelle enfermée dans le corps de boue et contrainte par le monde maléfique où nous sommes retenus prisonniers. Il me semble donc essentiel que les termes employés nous projettent au maximum vers la spiritualité au lieu de reprendre des références mondaines. Le Père est le géniteur et ce terme, s’il est parfaitement justifié pour le démiurge et sa création, ne l’est pas pour Dieu qui n’a rien créé mais qui laisse émaner de sa substance des entités découlant de son principe et disposant des mêmes propriétés. Notre père donne à penser qu’il pourrait y avoir également une mère et qu’il ne nous a transmis qu’une partie de sa substance.

Concernant l’Esprit saint, je me sens plus proche de la version initiale car il est par définition émanation de Dieu, donc le possessif est justifié. Par contre le verbe venir me semble inadapté car il introduit là encore une référence mondaine qui n’a pas lieu d’être. Christ l’a dit aux disciples, une fois partit, le Saint-Esprit Consolateur le remplacera immédiatement et définitivement. D’ailleurs le récit de la Pentecôte — même si son caractère allégorique n’échappe à personne — confirme bien qu’il est partout où l’on a besoin de lui sans qu’il ait à se déplacer pour nous rejoindre.

La phrase sur la volonté me gêne bien davantage. Elle laisse entendre qu’il aurait pu y avoir un conflit de volonté entre Dieu et nous. C’est extrêmement orgueilleux de l’imaginer. Les autres textes se contentaient de rappeler que la volonté de Dieu s’exerçait partout et non pas que la nôtre pouvait éventuellement exister.

Mais je comprends l’idée générale, même si je la trouve mal exprimée.

En fait, la volonté c’est le vouloir qui chez Dieu, comme nous l’explique fort bien Jean de Lugio dans le Livre des deux principes, est équivalent au pouvoir. Tout ce que Dieu veut, il le peut et tout ce qu’il peut, il le veut. Émettre la moindre objection à cela reviendrait à amoindrir le statut divin.

Or, comment s’expriment ce pouvoir et ce vouloir de Dieu en ce monde ? Rappelons-nous qu’il n’agit pas sur ce monde maléfique car le Bien n’a pas de mal à opposer au Mal. Par contre, il agit pleinement et totalement sur la part de Bien prisonnière ici-bas, c’est-à-dire sur notre part spirituelle. Mais il agit également sur les autres parts spirituelles non tombées en ce monde. C’est en cela que les autres versions du Pater parlaient de la volonté qui devait se faire aussi bien sur terre que dans le ciel.

Quel est le pouvoir que Dieu manifeste envers la part spirituelle, où qu’elle se trouve ? De mon point de vue, c’est la grâce. Quand nous recevons la grâce divine nous sommes à égalité d’état avec les parts spirituelles qui ne sont pas tombées ici-bas. La grâce « gomme » notre part mondaine et nous remet dans le sein de la consubstantialité du bon principe. La voilà la volonté et c’est parce que ce mot me semble mal assorti à l’idée que j’évoque que je préfèrerais que l’on parle de la grâce en lieu et place de la volonté. Mais notre volonté n’existe pas sur le plan spirituel, elle n’a donc rien à faire dans l’histoire, si ce n’est de nous ramener mentalement dans le monde dont cette oraison est censée nous éloigner.

L’histoire du pain spirituel de ce jour participe à l’anthropomorphisme que nous essayons de gommer au maximum. D’abord le pain, comme référence alimentaire spirituelle, est trop connoté. Rappelons-nous la parole de Jésus selon qui l’homme ne vit pas seulement de pain mais de la parole de Dieu. Or, ce que nous espérons c’est justement cet apport qui n’est pas matérialisé à l’excès. D’où ma proposition de nourriture qui est un terme générique dont l’usage courant prévoit qu’il puisse également désigner un apport non matériel. Ne parle-t-on pas dans le langage courant des nourritures de l’esprit ?

Quant à restreindre cette nourriture à une limite temporelle (de ce jour), cela me semble inadapté. La nourriture spirituelle ne nous vient pas par à-coup, mais elle est espérée de façon permanente. Je comprends bien l’idée de n’attendre que le strict nécessaire et rien de plus, et je pense essayer d’améliorer mon projet en ce sens.

La phrase sur les offenses me semble complexe et mal construite. La notion d’offense pose le problème du ressenti sur celui qui est touché. Dieu est bon et est donc insensible à la notion d’offense. La question est ce que nous faisons et non ce qu’il serait censé ressentir. Donc, je préfère le mot manquements, qui est plus étendu en sens que offenses et qui nous concerne directement. Le terme pardonné relève d’une traduction qui me semble inadaptée. Parcat veut dire épargner, c’est-à-dire abandonné, oublié. Dans le pardon il y a la notion que la faute est connue et validée mais qu’elle ne donnera pas lieu à sanction. En outre, cela place celui qui pardonne en position de pouvoir par rapport à celui qui est pardonné. L’effacement est de ce point de vue meilleur mais il devient redondant. C’est pourquoi je préfère la notion d’épargne de la part de Dieu et de non prise en compte de notre part. Ainsi, dans les deux cas, la faute que nous ressentons avoir commise ou avoir subie disparaît de fait. C’est comme dans la phrase « épargner la vie », on ne ressuscite pas un mort, mais on évite la mort.

Pareillement, face à l’épreuve, ce que nous attendons c’est un soutien, une aide et non pas le miracle d’échapper à notre nature mondaine qui nous permettrait d’y échapper. Nous succombons toujours mais, avec l’aide du Saint-Esprit, représentant de Dieu à nos côtés, nous la surmontons.

D’un point de vue plus global, je trouve dommage que dans cette méditation, le fait d’indiquer en début « Que » puisse donner à penser que ce qui arrive n’est pas le fait d’une action concrète. Autant, cela me semble justifié au début concernant le Saint-Esprit et la grâce divine, autant pour ce qui relève de nos besoins, il me semble préférable d’indiquer qui les assure.

Voilà comment je perçois ce texte, que je trouve intéressant en cela qu’il oblige à réfléchir à mes propres compréhensions. Je vois d’ailleurs que j’évolue sur mon propre travail, ce qui est peut-être dû au fait que mon texte initial était antérieur à mon noviciat. Je ne vois plus les choses de la même façon depuis un an.

5 – Autres sources et inspirations

Source juive

On ne peut s’empêcher de remarquer une ressemblance entre le Pater et le Kaddish :

Kaddish Pater
Magnifié et sanctifié soit le Grand Nom

dans le monde qu’il a créé selon sa volonté

et puisse-t-il établir son royaume

Notre père qui es dans les cieux, que soit sanctifié ton nom,

que vienne ton règne, que soit faite ta volonté sur terre comme au ciel.

Il faut également noter l’intérêt de cet autre texte juif :

Les Shemonei ‘Esrei ou 18 bénédictions se récitent 3 fois par jour et la première série démarre à la troisième heure, la seconde à la sixième heure et la dernière série à la neuvième heure (Voir Actes 3,1 et Actes 10,3-30). En voici un extrait :

« Pardonne-nous, notre Père, car nous avons péché contre Toi, efface et enlève nos iniquités de devant tes yeux, car nombreuses sont tes miséricordes. Béni sois-tu qui pardonnes abondamment ».

Là nous avons deux informations essentielles. D’une part la proximité du texte avec celui du Pater et ensuite la répartition des prières dans la journée.

Dans mon texte précédent, je rappelais que lors des retraites, Ruben et ses amis avaient fait le choix de trois prières quotidiennes, une le matin, une vers midi et une le soir. Chez les Juifs la répartition est la même : troisième heure (tierce), sixième heure (sexte) et neuvième heure (none). Cela correspond dans le Rituel cathare des Heures à 9h30, 12h30 et 15h30 en cette saison.

Cela montre qu’il se peut que des éléments du rituel juif aient servi de base à cette prière très ancienne.

Source chrétienne primitive

Cette prière se retrouve dans la tradition chrétienne primitive ; elle figure notamment dans la Doctrine des douze apôtres (Didachè) sous la forme suivante :

Notre Père qui es au ciel,
Que ton nom soit sanctifié,
Que ton règne vienne,
Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour,
Pardonne-nous notre offense,
Comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous soumets pas à la tentation,
Mais délivre-nous du mal ;
Car c’est à toi qu’appartiennent la puissance et la gloire dans les siècles.

La Didachè précise qu’il faut prier ainsi trois fois par jour. Cela nous renvoie à la source juive.

Nous avons donc un texte juif d’une part qui est ressemblant dans l’entame et le texte de référence des communautés judéo-chrétiennes des trois premiers siècles.

La doxologie finale fut abandonnée à l’exception des Églises réformées qui la pratiquent toujours.

Depuis 2015, la Conférences des Évêques de France a introduit une nouvelle traduction qui remplace Et ne nous soumets pas à la tentation par Et ne nous laisses pas entrer en tentation. Validée par les cultes protestant et orthodoxe, elle permet de résoudre l’épineux doute sur le fait que Dieu pouvait être à l’origine de la tentation.

Dans Attente de Dieu, Simone Weil, se livre à une glose du Pater très intéressante, dont je ne manquerai pas de m’inspirer autant que de besoin.

Place de Jésus

Quelle serait éventuellement la place de Jésus dans cette prière ?

Contrairement à ce que beaucoup pensent — ce qui les conduit à sacraliser cette prière — je ne pense pas que Jésus ait fait de ce texte quelque chose d’exceptionnel.

D’abord, nous savons que le texte est variable dans sa forme, ce qui confirme qu’il n’est pas celui que Jésus aurait pu donner aux disciples. Cette transmission est également une hypothèse fragile car peu relayée dans les textes anciens.

Ensuite, nous savons que l’historicité de Jésus est toujours en débat et que ce texte emprunte des éléments importants, dans sa forme et sa pratique, au Judaïsme. On peut donc proposer que, si Jésus a existé, il a utilisé la pratique traditionnelle des disciples pour leur proposer une évolution du texte juif et, s’il n’a pas existé, ce sont des Juifs qui se sont inspirés de leur tradition pour proposer un texte visant à structurer la communauté chrétienne.

Par contre, et cela me semble le plus important, la pratique de la prière — quand elle se fait dans les conditions adéquates — provoque chez le pratiquant un état spirituel indéniable. Je dirais donc qu’elle est un outil qui conduit à une expérience mystique, un peu comme une fusée spatiale est un outil technologique qui place l’homme dans une situation émotionnelle particulière.

Donc, pour qu’aujourd’hui encore ce texte remplisse son rôle, il me semble utile et important d’en adapter la forme à ce que le fond doit provoquer et d’en préciser la pratique, comme le firent les Cathares, afin que son usage ne vienne pas ni le dénaturer ni le banaliser.

Qu’est-ce que le Pater ?

Comme on le voit, le Pater est une prière adressée à Dieu — celui qui est resté à la maison (domus) —, d’où le nom d’oraison dominicale. Même si les Cathares savent que Dieu est étranger et absent de ce monde, ils le prient par l’intermédiaire du Saint-Esprit consolateur.

On le voit mieux maintenant, cette prière n’est pas un texte directement issu de Jésus, mais un texte construit par des hommes de leur époque et de tradition juive. Pour autant, il ne faut pas le rejeter mais en comprendre le sens et les différents thèmes. Par contre, dans le respect de ces éléments il n’y a rien qui puisse nous interdire de le rendre plus compréhensible par des hommes de notre époque.

Le Pater est avant tout un moyen de se placer dans un contexte spirituel précis afin de favoriser l’émergence de la part divine qui, en nous, est emprisonnée dans ce monde malin. Pour ce faire il comporte différentes parties ayant chacune sa fonction précise. L’entame vise à préciser notre appartenance à un corps spirituel précis en désignant notre référence et notre rapport à elle. Ensuite, elle permet de rappeler les deux points essentiels que le Chrétien met en avant en vue de sa progression : l’apport spirituel et l’oubli des erreurs. Enfin, elle se termine par le rappel de la nécessité de la grâce qui nous permettra d’éviter les pièges qui nous sont tendus en ce monde.

Cette pratique rituelle demande néanmoins une préparation. Et l’on voit bien comment le Judéo-christianisme s’est fourvoyé en la banalisant à outrance. En effet, le pratiquant doit être profondément imprégné du sens des mots qu’il prononce. Cela implique qu’il les comprenne, donc qu’ils lui soient familiers et sans ambiguïté, mais aussi qu’il soit dans un état psychologique et spirituel qui lui permette de les prononcer sans les dévaloriser.

Les Bons-Chrétiens cathares prononçaient le Pater dans des moments précis et essentiels. Bien entendu lors de rituels et du sacrement de la Consolation, mais aussi pour la bénédiction du pain de la sainte oraison et dans des moments clés de leur vie, notamment quand un danger pouvait les atteindre. Cela leur permettait d’être en état de pureté spirituelle maximale. C’est pour cela, entre autre, que cette prière n’était pas autorisée aux croyants car ces derniers étaient insuffisamment préparés à la mise en condition qu’exigeait cette pratique rituelle.

Il est donc essentiel de faire tut ce qui est en notre pouvoir pour donner à ce texte la forme adaptée à notre siècle et à notre culture pour que ceux qui seront aptes à le prononcer puissent le faire en respectant la seconde condition qui est celle d’être en état spirituel adapté à sa pratique.

Et je vais m’employer à ces deux conditions.

Habillement « cathare »

3-3-Vie mondaine
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Habillement « cathare »

La question du vêtement

« L’habit ne fait pas le moine ». Ce dicton très populaire donne matière à une double interprétation cohérente. Le sens le plus commun est que celui qui s’habille en moine ne l’est pas forcément et que, par extension, il ne faut pas se fier à la première apparence pour évaluer la réalité d’une situation. Mais il est un autre sens moins bien saisi qui est que si l’habit ne fait pas le moine, le moine n’en a pas moins pour autant une habit qui le caractérise. D’une certaine façon ce n’est pas l’habit qui fait le moine mais c’est bien le moine qui se manifeste dans un habit particulier.
Vous vous demandez sans doute pourquoi je peine tant à tarabiscoter ainsi ce dicton ? La raison m’en semble essentielle. En effet, la question du vêtement dans toutes les sociétés est importante, même chez ceux qui ont vocation à se détacher de tout, y compris de l’apparence vestimentaire. Et d’ailleurs, pour marquer son détachement, l’ascète choisit soigneusement l’apparence qu’il se donne. Même Diogène le cynique, quand il sort de son tonneau nu comme un ver pour se masturber en public, n’est pas seulement nu au sens vestimentaire du terme, mais il est nu par rejet du monde et il se masturbe par rejet de toutes les règles y compris les plus essentielles.
L’ascète vêtu d’un pagne — comme Jésus à l’heure dernière me direz-vous — manifeste ainsi son détachement du monde et s’il revêt ce pagne c’est par respect des autres, contrairement à Diogène. Il se retire du monde personnellement mais ne le juge pas et ne le défie pas. Qu’en est-il du religieux ? On le sait, les religieux portent le plus souvent des tenues floues que l’on appelle souvent des robes. Elles ont un double avantage : d’abord d’être faciles et peu onéreuses à fabriquer et ensuite de masquer les contours du corps, provoquant ainsi une sorte d’égalité de façade. En outre, à des époques où dans des pays où la robe est généralement réservée aux femmes, un homme en robe manifeste une identité très spécifique et aisément identifiable. Qu’en est-il des membres de l’Église cathare et de leurs croyants ?

Les tenues des Cathares au Moyen Âge

Les Bons-Chrétiens

Il faut distinguer deux périodes, celle d’avant la répression et celle d’après. Ce que l’on retrouve pour les Cathares de la période de paix — avant 1209 donc —, en terme de vêtement, c’est le port d’un vêtement monastique, la robe de bure et la couleur noire.
Il semble cohérent que les Cathares consolés manifestent leur appartenance à un ordre religieux chrétien en utilisant les deux façons ordinaires de faire : l’adoption d’une Règle de vie — d’où le nom de réguliers qui leur est appliqué —, et le port de la tenue moniale traditionnelle.

Le noir, toute une histoire !

On observe des variations de couleur dans les tenues moniales. Les ordres catholiques les plus anciens portaient de la toile naturelle non traitée donc plutôt brune et, petit à petit, la couleur blanche s’est imposée. Pourtant, les Cathares eux teignaient leur robe en noir. Pourquoi ?
Avant de proposer ma réponse je voudrais revenir sur l’histoire de cette couleur en m’appuyant sur les compétences d’un historien des couleurs qui a consacré un ouvrage à cette couleur[1]. Jusqu’à la moitié du 14e siècle, teindre un tissu en noir posait de multiples problèmes. D’abord, le noir avait mauvaise réputation et était associé au diable. Ensuite, les procédés pour l’obtenir étaient peu efficaces et nécessitaient le plus souvent une juxtaposition de couleurs (noir sur bleu, noir sur brun). Sinon, il fallait recourir à une couleur oxydée à partir de métaux (interdite par la charte des teinturiers) qui abimait les tissus, ou une couleur accentuée par l’usage de cendres qui ne tenait pas au lavage. Enfin, le procédé le plus efficace, d’un prix de revient très élevé, utilisait des noix de galle. Une autre méthode assez efficace qui donnait un noir durable et profond était l’usage de racines de noyer. Mais cet arbre avait très mauvaise réputation et son usage en était donc rendu difficile.
On comprend que les moines des ordres catholiques préféraient laisser leurs vêtements écrus (donc plutôt brun clair) ou les faisant sécher au soleil, à plat dans un champ, les laissaient virer au blanc.

Le choix de l’humilité

Donc, pourquoi les Cathares, pauvres et peu enclins à des pratiques de teintures compliquées, faisaient-ils le choix du noir. La meilleure réponse que j’ai trouvée est que le noir, avant le 14e siècle qui en fera la couleur préférée des princes, était une couleur considérée comme modeste. Bien entendu cette appréciation ne reposait sur aucun principe scientifique. Mais aujourd’hui nous pouvons louer ce choix car effectivement l’analyse du spectre lumineux permet de confirmer ce choix. En effet, la couleur que nous voyons correspond aux longueurs d’onde lumineuse que le matériau réfléchit lorsqu’il est touché par la lumière. Faisant barrage à la lumière, il laisse passer certaines longueurs d’onde et s’oppose aux autres. Le blanc correspond à la réflexion de toutes les longueurs d’onde, le rouge à celle correspondant au rouge, etc. Et le noir ? Et bien le noir est visible quand le matériau ne s’est opposé à aucune longueur d’onde et les a toutes laissées passer. C’est en quelque sorte une « néant » de lumière. Ainsi, la lumière étant généralement considérée comme une expression divine, le noir ne lui cause aucun tort et la laisse totalement passer. C’est donc aujourd’hui aussi assimilable à une forme d’humilité.

Le trousseau du moine

Quels vêtements portaient les Cathares médiévaux ? Hormis la robe de bure, ils portaient une ceinture avec une sacoche contenant le Nouveau testament. Ils étaient chaussés de sandales en été et de chaussures fermées en hiver. Enfin, ils portaient un chapeau plat circulaire. C’est tout ce que nous savons d’eux.
Pourtant nous savons que les moines catholiques avaient d’autres vêtements. Notamment la coule, espèce de chemise longue à manches longues comportant peu de coutures qui servaient pour participer aux offices. C’était le vêtement adapté aux activités liturgiques quand le moine n’était pas en robe de bure. En effet, il est nécessaire d’avoir une tenue identique à celle des autres frères dans cette pratique et que cette tenue soit, en quelque sorte, réservée à cet usage si important dans la vie régulière.
Pour les travaux, cette robe de bure était protégée par un scapulaire, pièce de tissu rectangulaire disposant en son centre d’un trou pour la tête. Elle couvrait le devant et l’arrière de la robe de bure pour éviter de la tâcher. À une époque où la distinction entre vie intime et vie sociale n’existait pas, les religieux portaient leurs vêtements en tous lieux. Donc, en extérieur, les moines portaient une cape destinée à les protéger des intempéries. Cette cape disposait d’une capuche, comme il y en avait une aussi, soit intégrée à la robe de bure, soit au scapulaire.
En fait, rien ne permet de dire que les Bons-Chrétiens étaient habillés très différemment des autres moines, au contraire. Nous les différencions beaucoup plus qu’ils ne devaient le faire eux-mêmes. À l’exception de la couleur, les tenues devaient se ressembler beaucoup.

La persécution

Pendant la croisade et surtout l’Inquisition, la survie de l’Église demandait un aménagement destiné à rendre plus discret les Bons-Chrétiens menacés en tous lieux. Ils adoptèrent alors un habillement passe-partout ressemblant à une tenue civile dont la couleur était, d’après les témoignages, soit vert foncé, soit bleu foncé, qui étaient effectivement des couleurs communes à l’époque.
Il est rapporté l’usage d’une cordelette nouée autour de la taille pour rappeler l’état religieux du Bon-Chrétien. J’avoue en douter car, d’une part, rien ne devait trahir cet état devant des personnes susceptibles de dénoncer les Bons-Chrétiens à l’Inquisition et, d’autre part, les communautés croyantes n’avaient nul besoin d’un tel signe de reconnaissance pour identifier leur clergé.
Bien entendu, et en accord avec les évangiles, le trousseau était réduit au strict nécessaire.

Les croyants

Je fais un rapide point sur ce sujet afin de rappeler que les croyants, n’étant par définition pas Consolés, n’avaient strictement aucune obligation d’aucune sorte et vivaient donc, y compris dans le domaine de l’habillement comme n’importe quelle autre personne de leur entourage social.

L’habillement des Cathares d’aujourd’hui

Ce sujet relève un peu de la fiction puisque nous ne pouvons prétendre qu’il y ait, à ce jour, qui que ce soit qui puisse être identifié comme un Bon-Chrétien. Néanmoins, rien n’interdit de réfléchir à ce sujet.

La tenue des novices et des Consolés

Dans le cadre d’un noviciat, rien ne permet de dire qu’il serait justifié que le croyant en cours de formation adopte une tenue particulière. Du moins, tant qu’il n’a pas atteint le stade de la pratique de l’Oraison dominicale. À compter du moment où il serait amené à pratiquer le Pater, il semble logique de considérer qu’il devrait le faire avec les mêmes marques de respect et d’humilité que cela se voit dans les monastères catholiques, c’est-à-dire en portant une coule sur sa tenue classique.
Maintenant, quand nous aurons un Consolé, il me semble évident qu’il devra recourir à la tenue ecclésiastique comportant une robe noire.
Par contre, compte tenu des spécificités de notre société moderne, je pense que les sorties de la maison cathare doivent se faire en tenue civile. Comme on l’observe aujourd’hui chez les croyants qui se sentent particulièrement engagés dans leur cheminement cathare, cette tenue est noire, autant que faire se peut, mais demeure comparable à celle des autres personnes de l’environnement social. Faute de savoir exactement à quoi ressemblait le chapeau des Cathares médiévaux, il ne me semble pas important de décider quoi que ce soit à ce sujet. Le port d’une casquette, d’un bonnet ou d’un chapeau doit rester du libre choix de chacun pour autant que ces couvre-chefs restent discrets et modestes.

La tenue des croyants

Comme au Moyen Âge, rien ne s’impose à eux. Néanmoins, et nous l’observons déjà, le recours au noir semble être une façon de marquer son engagement dans la foi. Cela doit néanmoins demeurer du domaine du libre choix individuel.

Principes liés aux choix de vêtements

Habillement non violent

L’habillement non violent vise tout simplement à rechercher des alternatives qui permettent de proposer des vêtements à des prix raisonnables sans pour autant recourir à des matières issues de la souffrance ou de la mort animale. Le monde végan (végétaliens) permet de faire avancer ce domaine même s’il est permis de se demander s’il est nécessaire de chercher des alternatives à tous les produits ou s’il ne serait pas plus simple d’adapter nos besoins à notre philosophie. En clair plutôt que de chercher à imiter le cuir, pour ne pas produire des vêtements qui ne cherchent pas à paraître ce qu’ils ne sont pas, il serait plus simple d’utiliser d’autres matières.
Le commerce traditionnel propose des solutions pour un habillement simple : vêtements en fibres végétales ou synthétiques, chaussures en tissu, ceintures et accessoires sans matière animale. Il n’y a donc pas de problème concernant les sous-vêtements et les vêtements en général. Il faut faire attention aux éléments accessoires (boutons, cordons, etc.) et à certains produits comme la soie qui peuvent surprendre notre vigilance. Concernant les manteaux, blousons, anoraks, etc. le problème semble également facile à contourner. Par contre il est difficile de trouver des chaussures « habillées » sans cuir. Nos amis britanniques semblent avoir un peu d’avance sur nous et le mouvement végétalien (végan) pousse à la recherche en ce domaine. Donc si vous cherchez des chaussures, de ceintures et des sacs à l’aspect cuir mais qui n’en contient pas, voyez sur les sites végans ou sur les sites anglophones végétariens.
C’est plus compliqué dans des domaines plus spécifiques. Actuellement s’il existe des équipements de sécurité pour motard en tissus (blousons et pantalons), je n’en connais pas qui n’utilisent pas le cuir concernant les bottes, les gants et les casques. Les fibres synthétiques permettent aussi de remplacer le cuir dans le domaine de la sécurité grâce à des fibres comme le kevlar® (résistance aux déchirures et perforations) et le nomex® (résistance au feu).
Il est possible d’éviter de recourir aux produits animaux en imaginant des alternatives innovantes. Produire des sangles en fibres tressées, comme c’était le cas au Moyen Âge, permet de fabriquer des ceintures, des lanières pour des sacs, etc. Peut-être une ouverture pour des bons croyants désireux de trouver une activité professionnelle cohérente.

De possibles dérogations

Il ne faut pas se leurrer, que nous recourrions ou non à des matières animales, ces dernières demeureront disponibles pendant longtemps en raison de l’exploitation animale aux fins alimentaires. S’il ne faut pas hésiter à s’en passer quand c’est possible et abordable, je crois qu’il ne faut pas virer à l’intégrisme en ce domaine, comme cela se voit chez certains partisans du Véganisme.
Si l’on n’exploitait plus les ovins et les caprins, il n’en demeurerait pas moins que ceux vivant alentours continueraient à perdre leur laine en été. Le simple ramassage et traitement de cette dernière permettrait une utilisation vestimentaire non violente.
Comme je le disait, du fait de l’abondance de matière animale produite par l’utilisation animale à des fins alimentaire rend peu développée la production de matières alternatives, notamment dans le domaine des chaussures. Donc, en attendant une évolution souhaitable, il ne me semble pas insupportable d’utiliser ce qui existe quand d’autres options sont difficiles ou trop onéreuses à mettre en œuvre. En outre, l’utilisation de matières animales peut trouver une justification dans un cadre de recyclage afin de ne pas participer à une augmentation de la production de ces matières et de ne pas gâcher des produits qui ont déjà un passif important.

La non permanence

Choisir des fibres à faible durée de vie permet aussi de s’inscrire dans une volonté de laisser le monde intact de notre passage. Mais il faut envisager d’aller plus loin en privilégiant des méthodes de production, de distribution et de recyclage qui s’inscrivent aussi dans cette démarche. Les Bons-Chrétiens cathares choisissaient souvent des professions intermédiaires qui gravitaient autour de la production textile. Certes, il est vraisemblable que le choix initial tenait à la liberté de mouvement que permettait cette activité. Un autre critère était d’éviter, autant que faire se peut, de se trouver en situation de réaliser des bénéfices vis-à-vis de la clientèle. C’est pour cela que l’on trouve souvent les chrétiens cathares en position artisanale au profit d’un grossiste plutôt qu’en relation directe avec la clientèle, même si des contre-exemples existent (camelots, éleveurs, etc.). Cette position permettait aussi d’éviter des postes de pouvoir (contremaître, chef d’entreprise, etc.), même si l’on connaît des bons chrétiens médecins.
Si les motivations de Gandhi étaient différentes, l’idée d’être le producteur des produits manufacturés que l’on utilise peut sembler cohérente car elle permet de choisir les matières et les processus de fabrication adaptés. Pour autant, il faut bien accepter que l’on ne peut produire tout ce que l’on utilise, car le volume produit peut engendrer des « coûts », écologiques notamment, contraire à l’idée de non permanence.
Un autre moyen d’éviter de laisser persister des vêtements de façon excessive tient à une variété modeste et un volume adapté aux exigences sanitaires de la vie moderne. En ce domaine, l’évolution de la société et des conditions d’hygiène fait qu’il n’est plus envisageable de se contenter d’un seul vêtement comme cela apparaît dans les textes anciens. Il faut comprendre cette prescription dans sa dimension allégorique, c’est-à-dire n’avoir qu’un seul type de vêtement par usage et en quantité adaptée aux nécessités techniques et sanitaires.

La modestie

Comme la non permanence, avec laquelle elle partage bien des analyses et des solutions, la modestie vise à la juste suffisance en réduisant les quantités et la variété au strict nécessaire. Elle vise également à choisir les matériaux en fonction de leur efficience et non pour satisfaire un goût du luxe ou de l’ostentation. Je vois plusieurs approches de la modestie dans le domaine de l’habillement. Mais le point commun est bien de ne pas flatter l’ego et de limiter la prégnance mondaine, notamment via ses armes sensuelles.
Le premier point est donc de privilégier l’économie et le caractère strictement pratique. Nous avons tous des armoires qui regorgent de vêtements inutiles car, soit en surnombre, soit choisis pour des raisons non rationnelles. Certes, notre vie de croyant nous impose une certaine participation au monde et il ne faut pas s’en désespérer. Mais si l’on souhaite poursuivre son cheminement chrétien, la question de l’habillement modeste ne peut être éludée. Pour autant il serait ridicule et contre productif de jeter à la poubelle tel type de vêtement et d’aller en acheter d’autres. Le renouvellement de la garde-robe se faisant sur des périodes variant de un à cinq ans environ — surtout si l’on considère la qualité des vêtements d’aujourd’hui — il suffit de remplacer progressivement ce qui devient inutilisable par des produits plus adaptés. Si l’on conserve une activité professionnelle qui oblige à sortir dans le monde — pour ceux qui vivraient en communauté dans une optique d’approfondissement de la vie de croyant — ou si l’activité impose des vêtements adaptés en termes pratiques et de sécurité, il faut accepter de diversifier sa garde-robe en ce sens. Par contre, on peut envisager de conserver des vêtements utilisés avant ce changement de vie pour cet usage. De même, tout le temps passé à approfondir sa foi chrétienne cathare, peut être l’occasion de finir d’user des vêtements de la période strictement mondaine antérieure. On le voit, il n’y a pas de règle et il ne peut pas y en avoir dans le contexte actuel.
Le second point est liée au respect de critères liés à notre incarnation mondaine. La non violence impose de ne pas se nuire à soi-même par des actions délétères volontaires du moment où nous les connaissons comme telles. Contrairement aux premiers siècles de notre ère et encore même au Moyen Âge, nous savons que l’hygiène cutanée et un certain niveau d’asepsie sont nécessaire à la prévention de maladies potentiellement mortelles. Cela impose de ne pas conserver des vêtements salis par une journée d’usage après s’être lavé. Or, il faut se laver quotidiennement. Il convient donc de changer de vêtement tous les jours, particulièrement pour ceux qui sont en contact avec les zones intimes et ceux qui touchent ou sont proches des zones les plus soumises à la transpiration et à la perspiration. Les sous-vêtements et les vêtement du torse et des pieds doivent donc être changés quotidiennement ce qui oblige à disposer d’un stock permettant de s’organiser avec des lessives raisonnablement espacées. En outre, si l’on travaille, les vêtements peuvent se salir davantage, même pour ceux initialement portés plusieurs jours durant. Une garde-robe raisonnable doit donc permettre de s’habiller une semaine durant et de faire une lessive hebdomadaire en prévoyant le délai de séchage. Cela revient à prévoir un habillement cohérent pour une dizaine de jours.

Voilà ce qui me semblait intéressant d’évoquer concernant la tenue vestimentaire qui, comme vous le voyez, n’est pas forcément strictement accessoire.

Éric Delmas, 6 mars 2017.


[1] Michel Pastoureau « Noir. Histoire d’une couleur »

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