3-La religion

La Bienveillance ne déçoit pas

3-3-Vie mondaine
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La Bienveillance ne déçoit pas

L’amour est souvent décevant

On est souvent en extase devant des personnes qui ont réussi, leur vie durant, à rester dans une attitude aimante envers leur conjoint, leur famille et leurs amis tant cela semble un objectif difficile à réaliser. En effet, notre nature mondaine évoluant au fil des ans, il n’est pas rare que nos choix fait initialement s’avèrent ne plus nous correspondre quelques décennies plus tard.
Pourquoi sommes-nous finalement déçus par ce qui emportait notre adhésion, voire plus, au début ?

L’objet de l’amour change

Nous changeons au cours de notre vie ; il n’est donc pas étonnant que les autres changent aussi. Même si nous faisons réciproquement des efforts et des concessions, il faut bien admettre que nous sommes parfois incapables d’accepter les changements des autres ou de nous adapter à leurs capacités d’accepter nos changements.
Dans un couple, on pourrait croire que cela est moins vrai puisque le choix de l’autre n’est pas imposé et que l’on peut croire que nous y réfléchissons à deux fois avant de nous engager. Il semble néanmoins que cette croyance soit erronée, au moins une fois sur trois en France. Cela peut tenir à plusieurs causes :
D’abord, voyons la cause la plus probable : nous ! Même si c’est souvent celle que nous ne voulons envisager qu’en dernier, c’est la cause qui doit être considérée de prime abord. En effet, que ce soit dans le cadre inclusif de l’éros, ou dans le cadre plus large du philos, notre propre changement de perspective nous amène à ne plus avoir les mêmes buts que ceux qui nous ont poussés initialement vers les autres. La famille nous semble moins importante que nos opinions politiques ou sociales et nous ne voulons plus faire des concessions envers ceux qui s’en éloignent trop à notre goût. De même, dans l’amour intime, la personne aimée nous apparaît dans sa réalité quotidienne que nous ne connaissions pas à l’époque de notre rencontre. Déjà, le physique change, or c’est la plupart du temps le premier critère qui pousse à envisager de nouer une relation avec quelqu’un. Le caractère change, et je parle du nôtre, et devient incapable de s’adapter. Ce que nous trouvions craquant chez l’autre devient agaçant alors que rien n’a changé si ce n’est notre capacité d’acceptation. Nos critères eux aussi changent. Là où le plaisir charnel occupait la première place, la complicité et la proximité des choix et des opinions deviennent prépondérants. Mais nous constatons alors que nous n’avons pas choisi la personne la mieux adaptée à ce point de vue.
L’autre change aussi de point de vue vis-à-vis de nous, et tout ce que je viens de dire peut se retourner tout en demeurant parfaitement exact.
La vie nous change également. L’image qu’elle nous renvoie de nous-même peut se dégrader et nous conduit à considérer, soit que ce que nous aimons ne mérite pas de l’être puisque nous sommes si supérieurs si notre situation nous semble tellement meilleure qu’elle ne l’était à l’époque du début de notre relation. Le plus souvent c’est plutôt quand notre image nous semble dégradée par une évolution physique, professionnelle ou sociale peu favorable et nous amène à croire que les autres vont nous juger indigne d’eux, mais nous manifesteront une amitié ou un amour de compassion que notre égo ne saurait supporter.

La conception de l’amour est trop exigeante

La plupart d’entre nous fixe des limites à l’amour, que ce soit celui que nous ressentons pour des amis ou de la famille ou qu’il s’agisse de l’amour exclusif que nous vouons à une autre personne. Notre personnalité ne saurait espérer qu’il puisse exister, comme c’est le cas pour l’aspect physique, un parfait jumeau – un sosie intégral qui partagerait, non seulement notre conception initiale, mais qui évoluerait comme nous au fil des ans.
Or l’amour est sans doute le sentiment le plus exigeant pour la bonne raison que c’est celui qui nous touche au plus profond de notre intimité. Choisir une autre personne pour en faire son ami ou son conjoint n’est pas considéré comme un acte superficiel. Quand on voit combien nous pouvons être exigeant pour choisir un vêtement, une voiture ou un logement, il est clair que pour envisager une relation sur le long terme nous fixons des critères encore plus pointus.
L’amitié durable est logiquement adossée à un partage de valeurs morales touchant les domaines de la vie qui nous semblent les plus importants. Pour ma part, j’avais fixé comme critères les valeurs qui m’avaient poussées à rejoindre les équipes de secours de la Croix-Rouge Française et, ensuite, le monde de la santé. Forcément quand les valeurs changent ou quand d’autres apparaissent qui diffèrent notablement, la rupture est souvent proche. Une grande amie, connue au début de mon parcours secouriste, s’est éloignée quand j’ai clairement refusé de valider ses opinions sociales et politiques que je jugeais extrémistes à l’époque. Un autre, après plus de vingt ans d’amitié profonde, n’a plus donné signe de vie quand je me suis engagé dans le catharisme. J’ai également connu cela de quelques collègues que mon engagement spirituel a fait fuir.
Un autre point est également jugé essentiel au maintien d’une relation, c’est la réciprocité. Nous ne savons pas aimer une personne qui ne manifeste aucun sentiment comparable envers nous. Cela est dû à notre part mondaine qui crée un attachement envers l’autre pour ce qu’il est en ce monde. Or qui dit attachement dit forcément réciprocité puisque ce que fait l’autre a forcément un effet sur nous. Nous sommes des êtres sensibles qui ressentent tout ce qui se produit autour d’eux et qui en conçoivent des émotions. C’est cela qui définit la vie consciente animale par contraste avec la vie sensible inconsciente des végétaux. C’est vrai que certains vont donner à des végétaux une compétence de conscience, mais ce n’est que de l’anthropomorphisme. La vie consciente nécessite un cortex cérébral capable de transformer une sensation en émotion. Cela répond d’ailleurs à la critique de mauvaise foi des consommateurs de viande qui expliquent que les végétaliens font souffrir les carottes. La carotte n’a pas de conscience, donc pas de capacité émotionnelle, ce qui explique qu’elle ne noue pas de relation préférentielle avec sa voisine de champ, pas plus d’ailleurs qu’avec le chou-fleur ou le navet qui poussent un peu plus loin.
Or, quand il n’y a pas de retour à notre flamme érotique ou amicale, nous sentons notre attirance décroître parce que nous pensons que la valeur de notre amour n’est pas reconnue.
Cela m’amène à penser que vouloir quantifier ou qualifier notre amour est une voie sans issue.

La Bienveillance n’est pas de l’amour

La Bienveillance, cet amour détaché du monde, que je vous ai déjà décrit est si différent des autres formes d’amour que j’en viens à penser que ce n’est pas de l’amour. Bien que les Grecs l’aient englobé dans leurs définitions de l’amour sous le terme agapè, il me semble relever d’un domaine bien différent. En effet, la Bienveillance s’oppose à l’amour en cela qu’il ne relève pas du domaine mondain. En effet, l’amour, qu’il soit érotique ou amical, s’appuie sur les sens autant que sur la raison. La Bienveillance ne peut être véritable que si elle est totalement détachée du domaine mondain. En fait, la Bienveillance est l’expression directe et sans intermédiaire de notre part spirituelle. Elle est donc détachée de notre sensualité.

La Bienveillance ne se fixe pas d’objet spécifique

La Bienveillance est universelle. Certes la plupart du temps nous la rattachons à ce qui se présente à nous : une personne en souffrance ou un animal, mais en réalité elle s’exprime sans cesse, que nous en soyons conscients ou pas. Mieux, elle s’exprime sans son objet nous soit connu et quand nous croisons une personne pour la première fois nous avons de la Bienveillance pour elle parce qu’elle était déjà englobée dans notre Bienveillance globale. En amour, le sentiment ne peut se fixer que sur un objet connu, fut-il chimérique.
De ce fait, la Bienveillance n’a pas besoin de critère pour s’exprimer et, même si la personne change par rapport à notre première rencontre, cela ne change rien à la Bienveillance que nous avons pour elle.
Mais la Bienveillance n’a pas non plus d’objectif à atteindre, contrairement à l’amour qui vise à nous créer un réseau social ou à choisir le partenaire d’une vie. La Bienveillance s’exprime gratuitement parce qu’elle n’a besoin de rien et ne veut rien. En fait, c’est envers nous qu’elle agit en nous amenant à faire émerger notre part spirituelle que nous connaissons si mal depuis que nous sommes enfermés dans notre corps mondain.

La Bienveillance n’attend pas de retour

Encore un point qui distingue totalement la Bienveillance de l’amour. Elle n’a pas besoin d’un ressenti comparable de la part de l’autre. En effet, comme nous l’avons vu l’absence de critères, la possible absence d’objet précis et le détachement sentimental, font que la Bienveillance n’a pas de retour à attendre de qui ou de quoi que ce soit.
L’absence de retour est la garantie de ne pas être déçu, de ne pas se tromper, de ne pas impliquer la part mondaine dans l’équation et la certitude que rien ne viendra limiter le champ d’expression de la Bienveillance. Voilà bien qui confirme qu’il ne peut s’agir d’amour, mais de quelque chose de plus élevé. L’amour, que l’on en ait conscience ou pas est une sorte de marché comme le montre le système de contrat qui l’accompagne toujours. Certes, le mariage en est l’expression la plus formelle, mais l’appartenance à un groupe familial ou amical est une forme de contrat qui confirme bien que l’on est lié à un ou plusieurs autres. L’expression de la Bienveillance libère l’individu, le place hors du temps et du monde. Il se rend compte qu’il n’est ni au-dessus des autres, ni même de ce monde régit par des contrats, même dans les expressions les plus pures de son existence.

La Bienveillance est un pont entre notre mondanité où elle s’exerce et notre origine divine dont elle tire sa nature et sa substance. Quand nous la pratiquons pleinement elle réalise ponctuellement le mariage mystique entre notre part prisonnière et son pendant resté auprès du principe parfait.

Guilhem de Carcassonne.

Le croyant cathare, ce révolutionnaire !

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Le croyant cathare, ce révolutionnaire !

Le texte qui va suivre risque de provoquer un choc émotionnel et une grave crise de foi. Je vous invite donc à la plus grande prudence avant de poursuivre votre lecture.

Le catharisme est un virus

En effet le catharisme ne vit pas par lui-même — comme les virus —, il infecte un être sain au regard des critères du monde qui l’entoure — comme un virus —, il le conduit à détruire tout ce qui a été sa nature propre jusque là — comme un virus — et il finit par tuer en lui tout qui justifiait sa vie antérieure — comme un virus.

Qui est l’homme confronté au catharisme ?

Lorsque l’on m’a inoculé le virus du catharisme, j’étais comme vous. J’acceptais les principes sociaux issus du judéo-christianisme — surtout les congés de Pâques, l’ascension, Pentecôte, Noël —, j’utilisais sans m’interroger le calendrier grégorien, je croyais que le christianisme se résumait au catholicisme et à ses mouvements dissidents (Orthodoxie, Protestantisme), je pensais ce monde possiblement améliorable et je détestais ces hommes qui faisaient tant d’efforts pour le détruire.

J’étais comme vous, vous dis-je !

La vie de l’homme est de plus en plus facile sur le plan intellectuel de nos jours. Il étudie peu, il se fabrique une novlangue qui limite son expression à 6 000 mots, là où il y a un siècle il savait en utiliser entre 30 000 et 50 000, il dispose de plus en plus de temps pour reposer son cerveau si peu sollicité (on appelle cela les publicités télévisuelles), il se révolte contre les démocraties et conspue les dictatures qu’il provoque quand ses révoltes ont été trop efficaces, il énonce des concepts fondés sur rien, mais forcément indiscutables puisqu’émanant de lui et quand on le lui fait remarquer il s’énerve.

En fait il ressemble comme deux gouttes d’eau à cet homme lambda que nous a si bien décrit George Orwell dans son roman 1984.

Et tout cela pourrait continuer jusqu’à sa mort physique, qui surviendra obligatoirement après sa mort intellectuelle quasiment déjà acquise.

Que provoque le catharisme ?

Quand l’homme de ce monde découvre le catharisme, il passe grossièrement par deux étapes :

  • Il découvre le catharisme dans ses dimensions historiques, sociales, voire philosophiques que lui présentent des personnes qui ne sont pas des cathares.
  • S’il veut aller plus loin, il va découvrir ce que le catharisme est véritablement.

Dans la première étape, l’homme va bien voir que le catharisme est très particulier, qu’il émet des thèses très différentes de celle que notre culture nous fait considérer comme seules valables et qu’il propose des solutions pour le moins radicales. Cela peut provoquer de l’indifférence, du rejet ou de l’intérêt.

Dans le cas où l’homme ressent de l’intérêt, de la sympathie, voire de la compassion pour ces pauvres cathares, il va généralement devenir un érudit du sujet et fera moult[1] conférences, publications d’articles, voire écritures de blogs, livres et thèses sur ce sujet qu’il ne connaît en fait pas du tout.

Jusque là on peut dire qu’il joue avec le virus, mais parvient à lui échapper, comme quand vous sortez en plein blizzard sans écharpe alors que vous n’êtes pas vacciné contre la grippe.

Mais certains inconscients, un peu anarchistes et surtout révolutionnaires, semblent détecter dans le catharisme quelque chose de plus profond et susceptible de servir leur dessein anticonformiste. Et ils tombent dans la seconde catégorie. Je les comprends, cela m’est arrivé.

L’infection virale se déclenche alors.

Le sujet va s’immerger dans les études afin de trier dans tout ce qui lui est proposé, histoire de trouver le fil qui débute la pelote de la religion cathare. Pour ma part j’ai dû faire ce travail pendant très longtemps, car je n’ai trouvé aucun guide pour me prendre par la main.

Il va comprendre à quel point le catharisme rend clair ce qui était obscur, démontre que nous sommes les victimes de supercheries qui remontent parfois bien au-delà du premier siècle, combien le monde d’aujourd’hui continue à les valoriser, y compris de la part de personnes qui se croient athées. En effet, l’inaction favorise la réussite du plus fort, comme lors d’élections, l’abstention ou le vote blanc permettent de réduire le nombre de voix nécessaires pour obtenir la majorité. Il fait beau ensuite critiquer l’élu en lui rappelant qu’il ne représente qu’un quart du corps électoral alors qu’on lui a permis d’atteindre la majorité des suffrages exprimés en votant blanc.

À ce point l’infection menace sa vie. Soit il s’arrête en chemin et deviendra un malade porteur du virus, mais qui n’en mourra pas tout en restant atteint par cette maladie, soit il sombre et fonce tête baissée dans le piège viral.

En effet, s’il continue il va se convaincre que la vérité telle qu’il la conçoit est là et pas ailleurs. Plus il étudiera et plus il sera submergé par les merveilles que lui révéleront ses découvertes. Un peu comme ces hallucinations fiévreuses qui vous font voir des successions d’images stroboscopiques[2]. Et alors il deviendra un croyant !

Le croyant : malade et heureux de l’être

Le croyant est atteint de la maladie cathare qui fait rejeter tout ce que n’importe qui considère comme normal, voire évident :

  • Ce monde est un leurre destiné à nous cacher la prison qui nous retient ;
  • Le Dieu des Écritures est un diable au service d’un principe absolument mauvais ;
  • Pour le vrai et seul Dieu, principe du Bien, n’existent ni le temps ni l’espace ;
  • Nous sommes des parcelles émanant de Lui momentanément détachées en cet enfer ;
  • Christ nous a apporté le message qui permet de s’éveiller à la vérité ;
  • Si nous le comprenons, nous pourrons casser ce cycle infernal ;
  • Vivre pour Dieu, c’est forcément vivre en se détachant du monde ;
  • Ce monde est mauvais et ne peut pas être amélioré ;
  • Les principes du monde sont : pouvoir, égoïsme, survie à tout prix, violence ;

Ces quelques symptômes suffisent à vous faire ressentir la gravité de la maladie. Celui qui en est atteint aspire à tout perdre en ce monde — le fou ! – pour un espoir extrêmement faible de réussir à rejoindre l’empyrée divin dont il ne sait rien — quel malade !

Heureusement il est difficile d’être vraiment malade

En effet, ce monde lutte âprement contre ce virus, comme le vaccin atténue les effets de la maladie virale.

La plupart de ceux qui se pensent croyants ne le sont pas vraiment. Ils sont touchés, ils ne pourront jamais guérir, mais ils n’atteindront pas non plus le niveau infectieux nécessaire à la chute fatale.

Ils vont rester dans un entre-deux où ils reconnaîtront et accepteront certains symptômes tout en rejetant les autres. Ils vont s’enkyster dans une situation qui ne leur permettra pas d’aller plus loin par peur de ne pouvoir atteindre le bout du chemin, par sursaut d’égotisme[3] ou par lassitude.

La maladie impose de telles contraintes vis-à-vis du confort mondain que beaucoup renâclent devant l’obstacle.

Certes on peut rester croyant toute sa vie et réussir son passage, mais c’est très difficile, car il faut accepter de faire le travail sans soutien ou avec si peu. Il est clair que le noviciat et la vie de Bon-Chrétien offre des perspectives plus avenantes.

Pourtant, certains grands malades perdent tout sens de la mesure.

Le malade suicidaire

Franchement, j’ose à peine vous en parler. Heureusement ils sont très peu nombreux.

Imaginez un patient hospitalisé pour des hémorragies, chez qui on découvre une hémophilie[4] grave et qui passe son temps à s’entailler avec le couteau du petit déjeuner. Que peut-on faire pour lui ? Rien en fait, laissez-le tranquille.

Le croyant cathare qui a parfaitement accepté tout ce que le catharisme veut dire en termes de vision de ce monde, d’abandon de toute volonté d’y vivre les yeux fermés et qui attend la mort physique avec impatience tout en s’interdisant de la rechercher est sans espoir. Si en plus il suit un noviciat et reçoit sa Consolation, il devient dangereux.

Quoi de pire me direz-vous qu’un malade conscient et heureux de l’être ? Rien !

Cette volonté de rejeter l’ordre établi et de vouloir saper les fondements d’une société millénaire est clairement révolutionnaire. Or, ce n’est même pas pour la remplacer par autre chose ; non c’est du rejet pur et simple.

Si vous reconnaissez chez vous des symptômes comparables à ceux que j’ai décrit, il est peut-être temps de revenir à de meilleurs sentiments. Rejoignez l’Église catholique, voire devenez moine ou moniale.

Si vous les voyez chez un ami ou un proche, agissez vite sinon vous allez le perdre.

Mais si vous en êtes quasiment au dernier stade de la maladie, je ne vois pour vous qu’une seule solution, même si elle est terrible… Rejoignez-moi !

Guilhem de Carcassonne

Venez en parler sur les forums.


[1] Adverbe faisant partie de ces milliers de mots qui se sont sans doute perdus et qui veut dire beaucoup.

[2] Encore un mot compliqué. Laissez tomber ce n’est pas grave.

[3] Je vous avais prévenus

[4] Celui-là je vous le pardonne, c’est un terme médical désignant un déficit en facteurs de la coagulation, ce qui provoque des hémorragies.

Les cinq sens

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Les cinq sens

En regardant une nouvelle fois le film Tous les matins du monde, j’ai décidé de m’appuyer sur lui pour tenter de mettre par écrit ma compréhension de ce que sont réellement les cinq sens et de ce qu’est la sensualité. Je pense que c’est un point doctrinal qui chez les cathares était clairement la manifestation de la mondanité, car les cinq sens sont l’outil dont se sert l’âme mondaine pour nous asservir au monde.Read more

L’entendement du Bien

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L’entendement du Bien

« Avoir l’entendement du Bien » est une formule consacrée, tant par les croyants à destination des consolés cathares que par ceux-ci pour définir ce qui les sépare des croyants. Mais, pourquoi user d’une formule quelque peu alambiquée au lieu de choisir quelque chose de plus simple comme : « Connaître le Bien » ?

Je vais essayer de vous présenter ma compréhension de cette particularité selon mon niveau d’avancement dans cet entendement du Bien justement.

Pour mieux comprendre ce sujet, je vous conseille la lecture de l’article : Le principe du Bien et la création divine, disponible sur le site (pour les abonnés) et dans mon livre : Catharisme d’aujourd’hui.

Approche intellectuelle

Tout d’abord, afin de nous mettre sur un même plan de raisonnement, voyons ce que nous disent les dictionnaires sur le substantif, entendement :
Larousse : façon de comprendre, distincte de la sensibilité.
Robert : ensemble des capacités intellectuelles.
Donc, l’entendement est une forme de compréhension — faisant appel à l’intellect — qui dépasse le niveau sensible de notre approche globale habituelle. C’est, au-delà de la connaissance d’un sujet ; l’approche intelligible du sujet. En d’autres termes, c’est l’éveil de notre part spirituelle à un sujet qui la dépasse totalement dans sa dimension mondaine.

Il faut dire que l’intellect humain est très limité dans sa capacité à comprendre ce qui le dépasse. Notre imagination est si médiocre que nous tentons de tout ramener à notre niveau plutôt que de chercher à nous élever. Seules quelques rares personnes parviennent à s’élever un peu au-dessus de ce niveau basique. C’est le cas des auteurs de science-fiction, mais même eux, comme on le constate souvent, attribue à leurs visions futuristes des critères de leur époque. Le sous-marin du capitaine Némo est meublé comme la société de l’époque de Jules Verne ; la quasi-totalité des extraterrestres — et même leurs robots —, ont des formes humanoïdes, etc.

Alors, imaginer un domaine totalement spirituel hébergeant un Esprit unique émanant d’un principe absolu relève de la chimère.

C’est pourquoi, essayer d’avoir la connaissance du Bien dépasse largement nos capacités. Et l’erreur commune est d’essayer de le faire en lui appliquant les critères mondains, y compris ceux d’une naissance classique en ce monde. Comment ne pas comprendre que, plus nous essayons de créer une connaissance de Dieu, plus nous nous éloignons de sa réalité. Seule la philosophie peut s’y essayer. Le Larousse de la philosophie nous dit que l’entendement est aux idées ce que la sensibilité est au corps. C’est donc une perception des idées qui n’est pas forcément juste, mais qui dépend de l’individu. L’entendement du Bien serait l’idée que l’on se fait de Dieu et de son message à notre intention. Pour un cathare, c’est donc une compréhension de Dieu, totalement détachée du monde, étrangère et inconnue des hommes.

Approche doctrinale

Comme je l’explique dans mon livre, pour les cathares, le principe du Bien est au début de toutes choses, éternel, incorruptible et incapable d’états contraires et d’effets contradictoires. Il est parfait dans le Bien, bon, patient, miséricordieux et indissociablement attaché à ce qui émane de lui. Ce qui émane de lui est également parfait dans le Bien, ce qui justifie l’expression selon laquelle l’émanation divine est consubstantielle au principe lui-même. Mais, si la part de l’Esprit unique qui est restée ferme obéit strictement à cette description, les esprits saints tombés dans la matière sont dominés par leurs prisons de chair et par l’âme mondaine qui veille à les empêcher de retourner à leur origine.

Ce n’est qu’au prix d’un effort notable pour se dégager, autant que faire se peut, de cette gangue qui nous tient prisonniers, que nous pouvons espérer entrevoir ce qu’est le Bien. C’est la raison pour laquelle, les croyants qui comprennent le mieux ces concepts, font le choix, quand leurs obligations mondaines le leur permettent, d’entrer en noviciat et d’accéder à la Consolation. En effet, c’est un effort quotidien, permanent et durable qui est nécessaire pour écarter la prégnance mondaine qui nous cache notre part spirituelle. Beaucoup pensent être capables d’y accéder sans effort particulier. Ils se leurrent. L’adolescent se croit déjà adulte confirmé, mais ce n’est qu’une fois bien avancé sur le cheminement de la vie et devenu adulte mûr qu’il s’aperçoit de l’erreur qui était la sienne. De même, le croyant ou le sympathisant peut se croire déjà bien avancé, mais c’est quand il aura effectué un cheminement important et sérieusement approfondi les connaissances nécessaires à son développement spirituel qu’il comprendra son erreur.

L’entendement du Bien est affaire de patience et d’humilité. Et plus on s’en approche plus on saisit l’indignité qui est la nôtre. On comprend alors la parole des Bons Chrétiens quand ils disaient à leurs croyants qu’eux seuls pouvaient commettre un péché puisqu’ils avaient l’entendement du Bien.

Compréhension moderne

L’entendement du Bien est une étape dans l’avancement dans la foi cathare. Il serait possible de le situer vers la fin du noviciat quand le novice a enfin acquis la plupart des connaissances nécessaire à son édification et qu’il les a intégrées à sa progression spirituelle. Rares sont les religions qui mènent de front ces deux niveaux de formation et d’avancement. Pourtant c’est essentiel si l’on veut que le croyant soit capable d’avancer sainement et qu’il puisse déjouer les pièges que le malin ouvre sans cesse sous ses pas.

Le catharisme n’a pas organisé son fonctionnement ecclésial au hasard.

Le croyant qui vit entièrement dans le monde est considéré comme en formation intellectuelle pour qu’il puisse acquérir les connaissances nécessaires qui lui permettront de déjouer les pièges les plus grossiers. En effet, ce monde et notre société sont entièrement régis par une culture qui s’est éloignée du message initial afin de pouvoir assumer sa volonté de domination.

Quand il est prêt à devenir novice, il passe une étape où, tout en continuant à développer sa connaissance et son esprit d’analyse, il va également apprendre à interroger sa spiritualité pour se débarrasser des scories de la culture qui l’imprègnent encore. Au fur et à mesure de son avancement, il améliorera ce travail de façon à remplacer cette culture par celle que le Bien nous demande de suivre ; c’est cela l’entendement du Bien. Parallèlement, il approfondira son développement spirituel et passera l’étape lui permettant d’accéder à la tradition de l’Oraison dominicale, puis à la Consolation.

Tout cela sera fait dans la lumière, car le chrétien refuse le secret et les démarches cachées. On ne met pas le flambeau sous le boisseau et on garde sa lampe allumée jusqu’au bout et ce, quelles qu’en soient les conséquences. Les adeptes du secret font le lit d’un monde où ceux qui ont une connaissance cachée aux autres se pensent supérieurs à eux et envisagent de les dominer.

Comme pour toute démarche spirituelle, la manifestation mondaine, au travers de rituels et de sacrements, n’est qu’une affirmation aux autres de ce qui s’est passé en nous. Mais on ne peut pas se lever un beau matin en s’affirmant consolé si l’on n’a pas auparavant effectué de façon claire et visible tout le cheminement que je viens de décrire. C’est pour cela qu’en l’absence d’une communauté évangélique qui puisse évaluer mon avancement, j’ai choisi de publier régulièrement les étapes de mon propre cheminement.

Aujourd’hui, à moins de trois mois du cinquième anniversaire du début de mon noviciat, j’ai passé ces étapes prudemment, patiemment, en développant mon humilité et c’est sous le regard de tous ceux qui ont bien voulu m’apporter leurs critiques que j’ai pu mesurer mon avancement. C’est grâce à cela que j’ai pu accéder à l’entendement du Bien qui m’a permis de ressentir ce niveau d’avancement où l’on ressent clairement la bienveillante présence du Saint Esprit consolateur. Aussi l’affirmation de cet état qui se fera dans quelques mois ne sera que la face visible aux yeux du monde de cet état.

Guilhem de Carcassonne, le 8 janvier 2021.

Mon frère n’est pas mon prochain

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Mon frère n’est pas mon prochain

Qui doit-on aimer ?

Aimer son prochain

Si le livre de l’Exode (20, 2-18) et le Deutéronome (5, 6-21), qui détaillent le Décalogue (les dix commandements), ne le précisent pas aussi clairement, le Lévitique, lui, le précise (19, 17) : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Matthieu (22, 39) et Marc (12, 31) reprennent ce point et en font le deuxième commandement le plus important après l’amour de Dieu.
Mais qui est mon prochain ? Le Lévitique l’indique clairement : il s’agit des « fils de ton peuple », c’est-à-dire les membres de la communauté juive ; les coreligionnaires.
Donc, pour les juifs l’amour doit être sélectif et ne peut concerner que les proches, et encore, les proches qui sont dans les petits papiers de Iahvé. Car, je vous rappelle les propos du livre de l’Exode (32, 10, 26, 28, 33, 35) où l’on voit Iahvé désireux d’exterminer les juifs. Moïse accomplit cette mesure avec l’aide des fils de Lévi et fait tuer environ 3 000 juifs, adorateurs du veau d’or. Ensuite, Iahvé valide ce comportement et le poursuit de son côté.

Bien entendu, s’agissant des autres peuples, la question ne se pose pas. Les juifs, aidés de Iahvé, les exterminent jusqu’au dernier, incluant parfois les femmes, les enfants, les vieillards, voire les animaux.

Les chrétiens doivent-ils suivre Matthieu et Marc et n’appliquer que la loi de Iahvé ?

Aimez-vous les uns les autres

Dans Jean (13, 34), Jésus énonce ce qu’il appelle un commandement nouveau : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés, vous aussi vous aimer les uns les autres. »

Est-ce que ce nouveau commandement est en opposition avec le vieux commandement de la Torah ? Cela dépend comment on le comprend. Si l’on se place dans le contexte local qui est décrit dans le texte : une réunion entre Jésus et ses disciples, on pourrait croire ce commandement limité à ce groupe. Si l’on tient compte du contenu de la phrase : « …comme je vous ai aimés… », il est clair que Jésus n’a fixé de son côté aucune limite à son amour, qu’il a dispensé très largement au-delà du cercle intime et même vers des populations considérées comme étrangères ou hérétiques (samaritaine, officier romain, etc.).
Donc, on peut raisonnablement penser que Jésus va au-delà du commandement de Iahvé et élargi l’amour dû aux autres à tout le monde. C’est pour cela qu’il annonce que la loi de Moïse est accomplie. Comme toute tâche qui est accomplie, la loi est terminée et ne s’applique plus aux hommes, selon Jésus qui va en proposer une autre, différente et parfois opposée.

Mais qu’en est-il des cas particuliers, comme ceux qui ne nous aiment pas ?
Matthieu (5, 43-48) affirme le rejet de la loi mosaïque au profit d’une loi d’amour universelle : « Aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous poursuivent. »
Luc (6, 27-28) confirme cela : « Mais je vous le dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous détestent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous insultent. »
Là on est clairement dans une opposition totale avec la loi de Iahvé et avec la tradition humaine. Qui peut citer un peuple qui, à quelque période que ce soit, ai pratiqué ainsi ? Personne évidemment ! On comprend mieux que les judéo-chrétiens aient conservé la mauvaise habitude de la loi juive, le plus souvent renforcée par la loi du talion, issue du code d’Hammourabi (paragraphes 196 et suivants).

Mais aucun chrétien ne devrait s’abstenir de suivre la loi d’Amour universel, que je préfère appeler Bienveillance pour éviter les mauvaises interprétations. Cette obligation de Bienveillance universelle interdit-elle de mettre en place des gradations dans sa pratique ? Ai-je le droit de préférer ma femme à mon cousin, mon cousin à mon voisin, mon voisin à un étranger, etc. ? En clair existe-t-il des critères de préférence qui pourraient venir contredire les critères sociaux hérités de notre animalité ?

Qui doit-on aimer préférentiellement ?

Après avoir remis en question la loi d’appartenance sociale et religieuse de la Torah, Jésus va également s’en prendre à la loi d’appartenance familiale. Dans Matthieu (12, 48-49) et Marc (3, 33-34) il rejette la filiation et la parenté au profit de l’adhésion spirituelle : « Qui est ma mère ? Et mes frères ? Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma sœur, ma mère. »
Là encore, le judéo-christianisme refuse d’appliquer cette parole, préférant largement en rester aux concepts de la loi mosaïque qui favorise le prochain à l’étranger. C’est pour cela que l’on bénit les canons, que l’on organise des croisades et que l’on brûle les hérétiques.

Mais le vrai chrétien doit savoir que sa Bienveillance ne peut s’autoriser de préférences. Elle doit s’appliquer à tous, de la même façon et avec la même intensité, c’est-à-dire autant qu’on le peut. Il n’est pas étonnant que les chrétiens qui ont mis cela en avant aient eu des problèmes et continueront à en avoir. Dans l’histoire moderne, seul Gandhi a appliqué ce principe, allant jusqu’à confectionner des pantoufles pour le directeur de la prison où il était retenu indûment enfermé.

Qu’en est-il des relations sociales dans le christianisme ?

Le chrétien vit détaché du monde

On le voit, la stricte et simple application du commandement d’Amour de Christ et sa conception des liens sociaux remet en cause ce que les hommes considéraient comme la norme avant lui.
Mais cela est-il limité à certains moments de la vie ou bien faut-il l’appliquer en permanence, y compris dans les temps particuliers des liens sociaux ?

Nous pouvons répondre à la question avec cette anecdote. Alors qu’il s’apprête à partir avec ses disciples, Jésus est interpelé par l’un d’entre eux qui est requis pour l’enterrement de son père. Il lui répond : « Suis-moi et laisse les morts ensevelir leurs morts. » (Matth. 8, 22).
S’il est un temps social majeur, c’est bien celui où le fils marque sa filiation et sa position sociale en participant activement aux obsèques de ses géniteurs. Or, Christ désigne cela comme une pratique mortifère pour le croyant. En effet, celui qui enterre un mort montre son attachement à l’idée que cela est nécessaire au devenir du mort dans l’au-delà. Cette pratique marque le passage entre l’animal et l’homme.
Comme je l’ai expliqué dans de précédentes publications, les anthropologues ont observé l’apparition de l’ensevelissement rituel chez les homo neanderthalensis et les homo sapiens vers une période située entre 40 000 et 100 000 ans avant l’ère commune. Cette pratique marquerait le début de la religion chez les hommes. Cela rejoint le point de vue de René Girard[1]. D’un point de vue cathare cela pourrait signer l’apparition de l’Adam originel, c’est-à-dire une part spirituelle enfermée dans une part mondaine.

Paradoxalement, s’il vit détaché du monde pour ce qui est des relations sociales, le chrétien est pleinement en communion avec les hommes en raison de sa nature à pratiquer la Bienveillance.

Nous sommes tous frères

Tous les chrétiens considèrent être des « créations » divines. Notre présence sur terre est la conséquence d’un événement fâcheux : la faute originelle pour les judéo-chrétiens ; la chute des anges pour les autres.

Les cathares ont poussé ce concept cosmogonique dans sa logique évidente : les hommes sont des parcelles divines tombées dans le monde par la faute du démiurge qui a divisé l’Esprit unique pour l’incorporer dans les corps de matière, les tuniques d’oubli, où ils sont prisonniers à la fois pour ne pas avoir la volonté de fuir ce monde et pour servir d’outil permettant la persistance d’un monde qui est forcément limité dans le temps, alors que les parcelles divines, que j’appelle volontiers les esprits saints, sont logiquement éternelles.
Cette idée est certes assez différente des autres, mais elle n’a rien d’excessif, si l’on se rappelle les vers de Lamartine : « L’homme est un Dieu tombé qui se souvient des cieux. »[2].

Les cathares considèrent que les esprits saints sont en fait des parcelles d’un même tout, ce qui en fait des entités parfaitement égales entre elles, des frères, et ils rejettent toutes sortes de distinctions entre les esprits saints tombés et ceux qui sont restés dans le tout divin, fut-ce le Saint-Esprit consolateur ou le christ.
Nous sommes donc détachés du monde mais liés en ce monde à nos frères de captivité et en attente de rejoindre l’Esprit unique par ce que les cathares appellent le mariage mystique. C’est pour cela que les cathares rejettent toute idée de différenciation entre les hommes (terme incluant les femmes) y compris dans le cadre de responsabilités à assumer.

Ainsi, l’Église cathare dispose d’une hiérarchie fonctionnelle qui est totalement différente de la hiérarchie de pouvoir de l’Église catholique, même si les titres sont les mêmes. L’évêque cathare n’exerce aucune autorité de pouvoir sur les consolés qui dépendent de son diocèse, mais il est choisi par ces derniers pour administrer l’Église en plus de ses obligations de consolé. Le choix se porte sur celui que l’on considère comme le plus avancé dans le cheminement spirituel, car les obligations de la charge ne doivent pas empêcher la progression spirituelle.

Le rapport au monde

Le cheminement spirituel passe par un éveil de la part prisonnière, l’esprit saint. Cet éveil vise à lui donner la capacité à surmonter la prégnance qu’exerce la part mondaine, l’âme mondaine qui use de tous les moyens pour maintenir l’esprit saint dans l’oubli de sa nature. Il est donc nécessaire que l’esprit saint soit capable d’agir malgré cette prégnance. Pour cela il doit se confronter au monde et non s’en cacher. Pour les cathares le consolé doit vivre dans le monde et non se cacher dans un monastère ou vivre en ermite.

Il doit également agir en égal de tous les autres esprits saints prisonniers ici-bas et non s’octroyer une situation sociale favorable. C’est pour cela qu’il doit gagner sa vie par son travail, même s’il a des charges ecclésiales à assumer en plus. Si au Moyen Âge les femmes étaient exclues de fonctions nécessitant des déplacements hors des maisons cathares, c’est pour des raisons de sécurité, car les routes étaient dangereuses pour des hommes, donc quasiment impraticables pour des femmes, surtout séparées des hommes. Aujourd’hui cela n’a plus de raison d’être.

Mais comment le consolé peut-il mettre en accord sa foi et les obligations du monde ?

Comme c’est souvent le cas pour des pratiquants de religions, le cathare devra respecter les lois du pays où il vit et devra chercher des adaptations pour les lois qui s’opposent trop fortement à ses convictions. Heureusement, ces cas sont assez rares. L’obligation de non-violence conduira le consolé à refuser de participer à des activités violentes, comme les activités liées à la mise à mort d’animaux et, bien entendu, aux activités militaires. L’obligation d’humilité le conduira à refuser de participer à des activités pouvant le conduire à porter un jugement sur autrui. Il devra également s’abstenir de jurer ou de prêter serment. En fait, cela le conduira à rejeter bon nombre de métiers en lien avec l’État.

Au final, il n’aura pas plus de mal à se fondre dans le monde actuel que les cathares médiévaux n’en avaient à le faire dans le monde de leur époque.

Conclusion

L’homme est un animal social, mais le cathare n’est plus complètement un homme. Si la Bienveillance le pousse à apporter son soutien aux autres hommes sans aucune distinction d’aucune sorte, l’engagement du consolé peut l’amener à privilégier sa foi aux règles sociales.

Pour simplifier, le cathares n’a que des frères et il n’a pas de prochain.

Éric Delmas, le 15 octobre 2020


[1] Des choses cachées depuis la fondation du monde – éditions Grasset & Fasquelle 1978.

[2] L’homme in Méditations poétiques – édition du Livre de poche

Qui est Dieu ?

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Il est courant de dire que le catharisme n’a pas recours à la théologie puisque la théologie est le discours que l’on tient à propos de Dieu. Or, dans le catharisme, Dieu est étranger au monde et, par conséquent inconnu.Read more

La non-violence

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La non-violence

La violence du monde

Quand on observe nos sociétés modernes et soit disant évoluées, on croit qu’elles ont su supprimer ou réduire significativement la violence. En réalité elles l’ont petit à petit rejetée à leur périphérie tout en la rendant supportable pour ceux qui n’en sont pas victimes. Car la violence peut prendre des formes auxquelles nous ne pensons pas spontanément. La violence sociale, la violence intra-familiale, la violence environnementale, etc. sont des formes de violence que nous ne cataloguons pas immédiatement comme telle.

Mais, quel est notre véritable rapport avec la violence ? Dans notre vie de sympathisant ou de croyant cathare, comment comprenons-nous vraiment le concept de non-violence absolue qui fait partie de l’engagement de vie évangélique ?

Certains d’entre vous se remémoreront sans doute le débat très animé qui s’était déroulé lors de la première Rencontre de la diversité cathare en 2009 à Roquefixade. Nous y avions abordé ce sujet qui avait réveillé chez plusieurs d’entre nous des souvenirs douloureux, à la limite du supportable, et la ligne cathare que nous avions essayé de faire comprendre en avait choqué plus d’un, pourtant convaincu de sa propre non-violence.

Qu’est-ce que la violence ?

La violence est un comportement visant à créer une situation de désagrément, d’infériorité, de souffrance ou d’altération physique ou mentale sur notre environnement humain, animal ou naturel.
À l’extrême, la violence en vient à provoquer chez son auteur la négation de la valeur de ce qui l’entoure pour des motifs le plus souvent purement égoïstes.
Au final, nous sommes tous plus ou moins violents et notre nature mondaine nous interdit de ne pas l’être du tout. Ce constat ne nous empêche pas de rechercher les moyens d’une violence minimale.

Je ne vais pas reprendre ici les différentes formes de violences que j’avais détaillées voici sept ans, car ce qui importe n’est pas de définir la violence, mais de définir la non-violence telle qu’elle est comprise par les cathares.

Qu’est-ce que la non-violence ?

Contrairement à ce que beaucoup tendent à croire, la non-violence n’est pas la lutte contre la violence qui est en fait une contre violence visant, ni plus ni moins, à imposer une conception par la force, faute de se sentir capable d’y parvenir par la raison.

La non-violence est le choix de limiter son empreinte sur son instinct mondain au motif que nous disposons d’une capacité morale que nous jugeons supérieure et qui nous fixe un cadre d’appréciation entre ce qui est tolérable et ce qui ne l’est pas.

Nous le voyons, d’une façon générale, le concept de non-violence est déjà entaché de préjugés. Je ne peux m’empêcher de penser à l’extrait des Lettres persanes, qui montrent la différence d’appréciation culturelle de la violence : « L’imagination se plie d’elle-même aux mœurs du pays où l’on est : huit jours de prison, ou une légère amende, frappent autant l’esprit d’un Européen nourri dans un pays de douceur, que la perte d’un bras intimide un Asiatique.1 » Mais renoncer à la violence est difficile car cela revient à renoncer au monde et surtout à ce que nous croyons y percevoir de bon.

La non-violence est donc un choix contre-naturel en cela qu’il est vécu comme un choix partial et difficile. En effet, ce qui doit motiver la non-violence ce n’est pas le désir de contrer la nature humaine et l’ordre naturel du monde mais la révélation de la différence de nature entre notre esprit et notre incarnation. Dès lors, la non-violence devient naturelle sans que la violence du monde soit jugée de façon dépréciative. En clair, le vrai non-violent observe le monde comme l’entomologiste observe la fourmilière, c’est-à-dire d’un regard extérieur qui à aucun moment ne sent impliqué ou concerné par ce qu’il observe.

Et c’est là un cap fondamental à passer quand on aspire à la non-violence, car en deçà de ce cap on reste un violent — plus ou moins modéré certes, mais un violent tout de même — qui va simplement moduler sa violence selon ses propres critères moraux, alors qu’au-delà on devient un non-violent, c’est-à-dire un étranger au monde, un observateur extérieur qui fait le choix de laisser le monde à ses démons et de reconnaître son impuissance fondamentale à le réformer et même à en atténuer la brutalité.

Le non-violent est un incompris

Dans le mythe de la bête prise au piège nous remarquons ce qui semble être une évolution du concept de non-violence chez les cathares au fil du temps. Dans le Rituel de Lyon, écrit à la fin du XIIIe siècle, dans le but vraisemblable de former les consolés qui allaient devoir maintenir l’Église en terre où l’Inquisition faisait des ravages, la doctrine prône la non-intervention : « Et s’ils trouvent quelque bien en chemin, qu’ils ne le touchent pas s’ils ne savent pas qu’ils puissent le rendre. Et s’ils voient alors que des gens soient passés avant eux, à qui la chose pût être rendue, qu’ils la prennent et la rendent s’ils peuvent. Et, s’ils ne peuvent, qu’ils la remettent dans ce lieu. Et s’ils trouvent une bête ou un oiseau prise ou pris, qu’ils ne s’en inquiètent pas3»

Dans d’autres textes, c’est le principe de compensation qui est validé. La bête est donc libérée et de l’argent est laissé en compensation.

Que pouvons-nous en tirer comme conclusion ?

Le choix de la compensation est celui qui est le moins choquant pour la majorité des personnes. En effet, libérer un animal prisonnier et compenser financièrement le chasseur semble devoir satisfaire tout le monde. En outre, cela donne un sentiment de valorisation à celui qui fait ce choix. Mais, la compensation est déjà une implication dans le monde puisqu’elle impose au chasseur de renoncer à sa décision initiale pour se contenter d’une contrepartie, dont la valeur lui est imposée, et qui va certainement aboutir à un autre mal, c’est-à-dire l’achat d’une autre bête tuée en d’autres lieux par une autre personne, mais dont le bon-chrétien pourrait se sentir innocent car n’étant pas présent à ce moment. C’est parce qu’elle reste dans les valeurs et les codes mondains que la compensation ne choque pas. Mais ce n’est pas vraiment de la non-violence.

Le choix du désintérêt, au contraire, semble inhumain et violent par contrepartie. Comment peut-on laisser un animal souffrir dans son piège au motif que nous ne nous sentons pas concernés par le monde. Comment osons-nous laisser des peuples se faire massacrer par des fanatiques sans rien faire pour stopper cette violence ? Cela est tellement insupportable que certains en viennent à se convaincre que la solution est de considérer le fanatique comme un serviteur du Mal qui n’a en lui aucune part de l’Esprit prisonnier et que le tuer est donc envisageable. Ce discours nous a été servi lors d’une réunion qui s’est tenue à Pentecôte récemment. Et ce n’est pas un observateur mal dégrossi qui en est l’auteur, mais bien un chercheur persuadé d’être à la porte du statut de bon-chrétien. Ce choix s’apparente, sur le plan philosophique, à l’école des stoïciens4. Cette école philosophie qui se réunissait au Portique qui lui a donné son nom( stéos), prônait le détachement, à l’image de sa figure la plus moderne, Épictète, qui se laissa fracturer la jambe par son maître sans réagir.

Quelle est la véritable non-violence ?

On le voit, aussi douloureux que cela puisse nous paraître, la seule vraie non-violence est la non implication dans les événements du monde. Tout au plus, le bon-chrétien peut-il exprimer à l’auteur de la violence son sentiment en espérant le convaincre de renoncer, comme le fit Jésus vis-à-vis des agresseurs de la femme adultère : « Les scribes et les pharisiens amènent une femme surprise en adultère, la placent au milieu et lui disent : Maître, cette femme a été surpris en flagrant adultère. Dans la loi, Moïse nous ordonne de lapider ces femmes-là. Alors toi, que dis-tu ? Ils disaient cela pour l’éprouver, pour avoir à l’accuser. Jésus qui s’était penché écrivait du doigt sur la terre. Comme ils persistaient à le questionner, il se redressa et leur dit : Que celui de vous qui est sans péché lui jette la première pierre. Et, penché de nouveau, il écrivait sur la terre. À ces mots ils se retirèrent un à un, à commencer par les plus vieux. Il resta seul. Et la femme était toujours là. Jésus se redressa et lui dit : Femme, où sont-ils ? Personne ne t’a condamnée ? Elle dit : Personne, seigneur. Jésus lui dit : Moi non plus je ne te condamne pas. Va, et maintenant ne pèche plus. » (Jean VIII, 3-11).

Dans ce paragraphe, Jésus ne cherche pas à empêcher l’exécution, pire il attend d’être sollicité deux fois pour accepter de répondre. Et quand il répond, il ne se prononce pas sur la culpabilité de la femme mais il renvoie chacun à son propre jugement personnel de sa légitimité à juger autrui. Pour finir, il laisse la femme face à sa propre évaluation en lui conseillant simplement de se tenir en de meilleures dispositions à l’avenir.

Cette attitude montre que toute prise de décision dans ce monde revient à participer à sa violence, soit directement, soit indirectement. Or, ce monde est violent parce qu’il est l’œuvre du démiurge, serviteur du Mal. Quoi que l’on fasse le démiurge et le monde étant des « productions » du mauvais principe, rien de ce que nous pouvons faire ne changera leur nature profonde qui est mauvaise et qui le demeurera jusqu’à leur anéantissement à la fin des temps.

Cette lecture des choses est profondément contraire à la vision humaine qui veut croire qu’il y a un espoir de changement pour le monde, car alors cela signifierait qu’il y a de l’espoir pour les hommes dans ce monde. Mais pour les cathares cela n’est qu’une illusion, car nous portons en nous une parcelle de l’Esprit émané du principe parfait dans le Bien et que tout ce qui nous contraint et nous entoure est totalement étranger à nous et le demeurera façon aussi absolue que les principes sont étrangers l’un à l’autre et que rien de ce qui vient d’un principe ne peut être influencé par ce qui vient du principe contraire. C’est le sens de la parabole du bon arbre et du mauvais arbre de Matthieu. Mais cela, voulons-nous vraiment l’entendre ?

Peut-on être non-violent ?

La non-violence est le choix qui vous exclue de la communauté ; celui qui peut déchaîner contre vous toutes les haines et le violences, tous les jugements les plus terribles. Le refus d’intervention, là où la quasi totalité des autres estiment l’intervention non seulement justifiée et bonne, mais en fait nécessaire et obligatoire, vous fera passer au mieux pour un fou et au pire pour un monstre. Comment ne pas comprendre l’incompréhension de celui qui aspire à valoriser le monde face à celui qui le laisse aller sa course prédestinée vers le mal absolu ?

Comment expliquer que l’on puisse laisser un crime se commettre alors qu’on aurait pu l’empêcher en usant d’une violence dite légitime ?

Comment expliquer que la seule chose que l’on puisse consentir à offrir c’est l’interposition de son corps et la douceur de son verbe face à la barbarie d’un tueur d’enfant, d’un assassin de masse ou d’un fou meurtrier ?

Pourtant nous savons que même le principe du Bien se refuse à toute violence envers le Mal pour récupérer ses brebis égarées. Mais comment expliquer que Dieu refuse toute violence car il sait qu’à la fin tous seront sauvés ? L’homme mondain ne voit pas plus loin que le bout de son nez et il veut des résultats positifs ici et maintenant.

Nous le voyons bien, s’il est un sujet qui nous expose en proie, y compris au sein de la communauté chrétienne cathare, c’est bien celui de la non-violence absolue. Aussi faut-il que notre choix de la pratiquer soit un choix libre et non contraint, un choix d’une nécessité ressentie et non le choix d’une obligation à suivre.

Si la non-violence est un des fondamentaux cathares, c’est justement parce qu’elle est l’expression la plus pure du concept de Bienveillance. L’Amour qui est le moyen de sauver les esprits saints tombés lors de la grande perturbation, nous impose de veiller au Bien, c’est-à-dire de donner du bien à tous, bons ou mauvais, sans chercher à leur imposer un changement de comportement qui ne peut venir que d’eux.

La non-violence offre une attitude exemplaire, mais elle ne l’impose pas. Si l’autre agit différemment, le non-violent le tolère, sans interférer, car il sait que ce comportement n’est pas une perversion de celui qui commet le mal, mais qu’il ne s’agit que d’un défaut d’éveil de l’esprit saint qu’il renferme.

Peut-on expliquer la non-violence ?

Ce texte est destiné à être lu par tous, visiteurs curieux, sympathisants et croyants. Ce que je viens d’exprimer va donc faire l’objet d’une réflexion qui, dans la plupart des cas, aboutira à un rejet, car ce qui est énoncé est trop éloigné des critères et des valeurs des lecteurs, totalement englués dans ce monde.

Expliquer la non-violence revient en fait à expliquer l’éveil. On peut se croire éveillé sans l’être, car l’éveil signe le passage d’un premier cap très important. Ce cap c’est celui de la foi cathare. Or la foi est l’abandon auquel le croyant se laisse aller quand il sait que sa voie est désormais clairement définie.

Dans les récits médiévaux nous voyons des croyants qui agissent de façon intentionnellement violente. En fait, ils se disent croyants sur le seul critère d’affecter de croire les prêches des consolés et de faire leur Amélioration. Mais ces croyants cathares ne le sont pas plus que les croyants catholiques qui sont favorables au divorce et à l’interruption de grossesse.

Le vrai croyant est celui qui fait vraiment sienne la doctrine cathare, non pas qu’il la pratique parfaitement au quotidien, mais en cela qu’il la considère comme une évidence que rien ne saurait contredire à ses yeux. C’est pour cela que je vous livre ce texte ; pour que vous puissiez plus clairement vous positionner dans votre avancement si vous vous sentez concernés par le catharisme.

On explique, le plus souvent sans succès, la non-violence cathare aux sympathisants, mais on n’a pas besoin de l’expliquer au croyant, car il en est imprégné. C’est un des points qui m’est clairement apparu en 2009, lors de la première Rencontre de la diversité cathare. Je débattais face à des personnes que mon propos outrageait, parce que j’avais faite mienne la doctrine cathare et parce que j’étais devenu un croyant cathare. Or, dans cette salle nous n’étions que très peu à être dans cette position. Et pourtant nos opposants étaient eux aussi persuadés d’être des croyants cathares, mais ils n’avaient pas passé ce cap de l’éveil.

Donc, on peut tenter d’expliquer la non-violence à ceux qui ne peuvent la comprendre, mais c’est comme vouloir rendre bon le monde qui est l’œuvre du mal et qui le sera jusqu’à son anéantissement. Pour autant, il ne faut pas renoncer à le faire et à la pratiquer, car notre conviction et notre exemple peuvent être les déclencheurs de l’éveil de ceux qui pour le moment ne nous comprennent pas.


Notes :

1. Lettres persanes. Lettre LXXX. Usbek à Rhédi. À Venise. Montesquieu (Charles Louis Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu). Collection Folio, éditions Gallimard. Paris (1973).

2. Mythe de la bête prise au piège. Éric de Carcassonne, dans Catharisme d’aujourd’hui. 14 août 2010

3. Rituel provençal dans Le Nouveau Testament, traduit au XIIIe siècle en langue provençale, suivi d’un rituel cathare. Reproduction photo-lithographique du Manuscrit de Lyon (ms PA 36). Réimpression de l’édition de Paris (1887) par L. Clédat à Lyon (1968), éditions Slatkine, Genève.

3. Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres. Diogène Laerce (± 3e siècle ?). Garnier-Flammarion (Paris) 1965.

Éric Delmas – Carcassonne le 10 février 2020

Comment se sont créés les évangiles ?

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Comment se sont créés les évangiles ?

Initialement, la prédication des apôtres se faisait de manière strictement orale. Ils avaient toute latitude pour se déplacer et enseigner à travers tout le pays sans rien d’autre à craindre que le sanhedrin, le tribunal juif, qui veillait à l’orthodoxie et qui luttait contre le blasphème.

Mais un événement terrible va venir perturber cela. La guerre des juifs, comme l’a appelée Flavius Josèphe, va aboutir à la chute et à la destruction du temple de Jérusalem, ainsi qu’au massacre de milliers de juifs. Une terrible répression va ensuite se mettre en place pour de nombreuses années. Cela eut deux conséquences : le juifs ne pouvait plus se rendre au temple qui était le centre de leurs cultes, et les prédicateurs avaient beaucoup de mal à transmettre la tradition orale, avec le risque de la voir se disloquer dans son contenu en raison des difficultés de communication entre les centre de prêche.
Les juifs vont s’adapter en transférant le centre religieux qu’était le temple dans les synagogues, ce que l’on appelle la diaspora et les futurs chrétiens vont mettre par écrit leur tradition orale.

Pourtant un cas d’espèce particulier existait depuis 50 environ ; c’était Paul. De part son érudition personnelle d’une part, et en raison de la nature éparpillée de son auditoire d’autre part, il avait utilisé l’écrit en appui de sa prédication orale pour préparer les foules avant sa venue et pour renforcer sa prédication quand il partait pour de longs mois et même plusieurs années.

C’est pour cela que les écrits pauliniens sont largement antérieurs à tous les écrits judéo-chrétiens. Les évangiles synoptiques sont le reflet de cette mise par écrit d’une tradition orale. Comme le fit beaucoup plus récemment Tolkien, ce qui fut mis par écrit était une histoire parlée que l’on voulait conserver dans une certaine unité. L’auteur de Bilbo le hobbit le fit pour enrichir son récit qu’il racontait à ses enfants, les prédicateurs judéo-chrétiens le faisaient pour conserver une relative cohérence à leurs prêches. Cela explique également les convergences entre les textes et les corrections apportées pendant près de trois siècles.

À la fin du premier siècle, d’autres écrits furent produits et cela dura encore jusqu’à la mise en forme du Nouveau Testament.
Mais ces textes, qui n’avaient connu aucune tradition orale préalable, s’adressaient à des personnes averties. Ainsi l’Évangile selon Jean comportait de nombreuses idées philosophiques et des remises en cause de la tradition juive qui n’auraient jamais pu exister 50 ans plus tôt. Même Paul était beaucoup plus modéré et cela lui a pourtant valu plusieurs menaces de mort. Au deuxième siècle, ces écrits se sont multipliés, notamment en raison de la prise de pouvoir du judéo-christianisme des prédicateurs de Jérusalem qui rejetaient les autres courants pagano-chrétiens, dans l’appellation de gnostiques, de façon à les différencier et de les dénigrer.
Ces écrits, sans tradition orale, avaient besoin de toucher un public plus érudit et devaient donc aller plus loin dans la sollicitation intellectuelle. C’est pour cela qu’ils prirent une forme plus ésotérique et une présentation moins narrative. L’Évangile selon Thomas est de cette veine.
Est-ce que l’évangile attribué à Jean est de la main d’Apollos et celui attribué à Thomas de celle de Valentin ? Je pense que les experts continueront d’en discuter dans plusieurs siècles. Mais il est vrai que la forme de ces textes correspond bien aux étapes que je viens de décrire.

Pour autant, il ne faut pas tomber dans le piège de la validation par l’antériorité. Ce n’est pas parce qu’un texte est plus ancien qu’un autre qu’il est plus authentique et plus valable. Paul qui n’a jamais connu celui que nous appelons Jésus et qui n’a même pas cherché à connaître ceux qui prétendaient l’avoir connu vivant, a écrit sur la base de l’inspiration reçue de christ. Et en matière de foi, c’est cela qui importe.

Chacun de nous est libre de suivre telle ou telle foi, mais en matière de recherche il ne faut fermer aucune porte et explorer toutes les pistes, même celles qui ne vont pas dans le sens de notre foi.

Éric Delmas, 20 novembre 2019.

Être chrétien

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Être chrétien

Il y a des moments où il est bon de revenir aux fondamentaux. L’histoire médiévale nous montre que des chrétiens sont entrés en guerre contre une religion chrétienne et qu’ils ont fini par en tuer les membres qui refusaient d’apostasier leur propre christianisme. Au nom de quoi un chrétien peut-il agir ainsi ?
C’est là qu’il faut revenir aux fondamentaux afin de voir si quoi que ce soit peut justifier une telle attitude.Read more

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