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Sur le chemin cathare : la règle de justice et de vérité

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Sur le chemin cathare : la règle de justice et de vérité

Justice et vérité, rappelle Anne Brenon dans son fascicule « Les mots du catharisme », sont d’abord les attributs de Dieu lui-même. Cette voie, ou règle, rassemble donc les valeurs du Bien, celles des Préceptes qui forment la règle de l’Évangile. C’est la voie qui peut permettre le salut.
La Vérité, valeur cardinale cathare nous relie aux apôtres « ceux qui ne mentaient pas » en opposition à la fois, à l’Église catholique romaine, et au diable qui lui en a fait son essence première. On saisit, de prime abord , l’importance du voeu de vérité cathare qui est, me semble-t-il, le plus accessible et le plus fécond parmi les premiers voeux du croyant en chemin.
La justice, autre valeur suprême du Bien, s’exprime, elle, par l’Amour ou Bienveillance et la miséricorde à l’égard de toute vie et va produire la non-violence. Des fondamentaux de cette voie, les préceptes doctrinaux, on le voit, coulent de source.
La règle de justice et de vérité s’adresse à la conscience de chacun. Si elle est destinée à l’usage des Consolés, elle représente néanmoins le modèle moral essentiel à tout croyant cathare pour mettre en oeuvre sa spiritualité. C’est en étudiant tout d’abord, puis en adoptant progressivement chaque élément de la règle de justice et de vérité que tout croyant pourra cheminer vers son noviciat puis sa Consolation.
Cette règle chrétienne rappelle la ligne de conduite morale et sociale qui anime les chrétiens (ou Consolés) .
Je m’appuie, vous vous en doutez, sur les divers travaux de Guilhem pour effectuer mon propre travail.

L’Amour

Le commandement premier est, nous le savons tous, l’Amour, l’Amour universel, nommé Bienveillance par Guilhem, l’Amour tel qu’il est décrit par Jean .
Jean, (14. 34-35) « Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. À ceci tous vous reconnaîtront pour mes disciples : à l’amour que vous aurez les uns pour les autres. »

Il faut être dépourvu de toute étincelle divine pour ne pas comprendre et tenter d’appliquer, même si ce n’est qu’en discontinu, cette quintessence de la Parole. En tout être humain socialisé, existe la propension à aimer, à aimer ses semblables, à vouloir s’en rapprocher, à éprouver le besoin de partager. Mais la noblesse de l’âme, c’est de diffuser cet amour à tout instant, de manière constante, et à tout ce qui vit. C’est en même temps bannir la haine de son cœur. Face à la violence physique ou morale constatée ou subie, ne plus éprouver de haine : voilà un vrai défi à se donner ! Nous avons bien peu d’exemples concrets d’êtres humains ayant élevé ainsi leur âme spirituelle, alors que les transmigrations d’âmes sont notre lot.

Les cathares, selon l’exemple de Christ, se sont donné cette règle de vie, ayant compris l’importance de ce concept incontournable. Pratiquer la Bienveillance, c’est bannir la haine en nous, c’est par voie de conséquence bannir la violence inhérente à notre nature imparfaite. Cet unique chemin pour parvenir à notre bonne fin met bien en lumière en même temps la pureté de la quête et la difficulté à l’atteindre.

Cette Bienveillance émanation du principe du Bien, totalement ignorante de son contraire, est lisible à l’envi dans le Nouveau Testament :
Matthieu rapporte ces autres paroles de Jésus (5. 44-45) : « Et moi, je vous dis : Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons… » Il s’agit bien de l’Amour universel prodigué par le principe du Bien, totalement ignorant de son contraire.

Il est important, me semble-t-il, de s’interroger sur notre position personnelle quant à ces deux versets. En toute sincérité, il nous apparaîtra assez vite qu’il sont déjà bien plus difficiles à appliquer que ce que pouvaient nous laisser croire les versets de Jean.
En effet, puis-je vraiment dire que je ne ressens plus de rancoeur à l’égard de la personne qui m’a blessée, que je n’éprouve aucune colère contre les actes de violence et d’injustice dont je suis témoin, ou encore aucune haine à l’égard d’un tyran agissant impunément au vu et au su de tous ? Je comprends alors très vite que la Bienveillance est un très long apprentissage, une quête sans fin mais aussi la lumière qui éclaire mon chemin. La Bienveillance n’étant pas de ce monde, elle y est toujours à parfaire.

Pour conclure cette réflexion sur l’Amour universel, je dirai que le plus beau texte que je connaisse aujourd’hui se trouve lui aussi dans le Nouveau Testament, dans la première épître de Paul aux corinthiens (13, 1-7) :

Quand je parlerais en langues, celle des hommes et celle des anges, s’il me manque l’amour, je suis un métal qui résonne, une cymbale retentissante.
Quand j’aurais le don de prophétie, la connaissance de tous les mystères et de toute la science.
Quand j’aurais la foi la plus totale, celle qui transporte les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien.
Quand je distribuerais tous mes biens aux affamés, quand je livrerais mon corps aux flammes, s’il me manque l’amour, je n’y gagne rien.
L’amour prend patience, l’amour rend service, il ne jalouse pas, il ne plastronne pas, il ne s’enfle pas d’orgueil, il ne fait rien de laid, il ne cherche pas son intérêt, il ne s’irrite pas, il n’entretient pas de rancune, il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il trouve sa joie dans la vérité, il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout. »

De cette praxis de la Bienveillance deux applications directes en découlent. Nommés encore les fondamentaux, ce sont la non-violence et l’humilité.

La non-violence

Le concept de non-violence, lorsqu’on se donne la peine de l’étudier vraiment a vite fait de nous prouver nos limites . Qui en toute honnêteté peut se dire absolument « non violent » ? La réponse sans aucune ambiguïté est tout à fait incertaine.
Si la Bienveillance est si peu de ce monde, c’est bien parce que la violence en occupe presque toute la place. Il faut, je crois une longue pratique de maîtrise de soi et une grande humilité aussi pour résister à répondre à la violence. Ce qui nous permet par ailleurs de comprendre comment ces concepts fondamentaux se croisent, s’interpénètrent, s’enrichissent les uns les autres.
Il y a peu de Gandhi, peu de Térésa dans le genre humain !
En effet, qui peut sincèrement prétendre parvenir à cette injonction de Jésus ?

Matthieu, 5-39 : « Et moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Au contraire, si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre. »

Dans le catharisme, la violence légitime n’existe pas. Le cathare peut seulement s’interposer pour essayer de calmer la violence car il s’agit de pratiquer la non-violence absolue, c’est-à-dire qu’il s’agit d’évacuer tout concept de violence de notre nature spirituelle. C’est pour cela que si nous voulons vraiment nous assurer qu’aucune de nos actions ne puisse nuire à quiconque nous devons l’étudier consciencieusement. La tâche, alors, paraît vite insurmontable dans ce monde. Notre Bienveillance doit ainsi s’appliquer envers toute forme de vie consciente selon une graduation précisément décrite par Guilhem dans son article du 23 juin 2019 (Les fondamentaux de la doctrine et de la praxis cathare).

Si j’étudie sérieusement ma position personnelle quant à la violence, au-delà de mes inhibitions « naturelles » qui me font exclure, de manière générale, la violence physique sans effort particulier, je dois bien m’avouer que, guidée par la colère ou la révolte, je peux être violente par mes paroles et que malgré mon prétendu amour pour les animaux, je ne donne pas sa chance au moustique gênant, ne tolère pas l’araignée près de mon lit, et pis encore, j’ai fini par utiliser un répulsif pour chasser la taupe du jardin. Le constat moral est instructif : Je suis loin de pouvoir me prétendre non-violente .
C’est en pratiquant quotidiennement la non-violence, dans nos relations aux autres, comme dans notre alimentation, nos actes quotidiens, que nous pouvons ressentir la joie de cheminer vers la pureté désirée. Tout acte simple et volontaire de ne pas gaspiller, ne pas s’imposer, ne pas désirer, ne pas marquer notre passage est tellement libérateur !
Comme le rappelle Guilhem, pour le chrétien, « il ne suffit pas d’éviter tout acte violent à l’égard des animaux, il s’agit bien de ne plus consommer la chair animale. »
J’ai peur parfois de me tromper moi-même quant à la réelle valeur de mes avancées dans cette démarche.
Cesser de manger de la viande m’a demandé quasiment pas d’effort, et mon âme en est plus légère depuis dix ans, mais je n’ai toujours pas mis en pratique un régime végétalien et je bois du lait comme une enfant ! Ma tunique de croyante est cousue d’énormes paradoxes qui me donnent l’impression de ne gagner du chemin que dans la facilité, autant dire l’impression de ne pas avancer ou bien, au mieux, de ne pas avancer au rythme qu’il me plairait de tenir. Je ne perds néanmoins pas courage en me rappelant que l’impatience est un mal déguisé offert par le démiurge pour me faire chuter.
Consommer la chair animale participe de la violence cachée mais néanmoins réelle, puisque en mangeant cette chair, le mangeur devient complice de la maltraitance due à l’élevage intensif et de la mise à mort qui en résulte.
Pour ces mêmes raisons, le croyant ne peut se voiler la face, et doit lui aussi adopter le régime végétalien s’il veut pouvoir poursuivre son cheminement.

Quant à la violence que l’on peut ressentir pour nos semblables, elle se présente sous de nombreuses formes déclinant une impressionnante palette de sentiments créés par notre faible âme humaine, ou pire encore par notre ego.
Quand on entre dans le domaine des sentiments et de la psychologie, quand il s’agit par exemple d’oublier les conflits passés, d’apaiser des relations, de faire table rase de ces émotions que l’on sait subversives, on saisit très vite la faiblesse de notre âme mondaine et le pouvoir insoupçonné de notre égo.

Jésus nous rassure quand, emporté par sa colère, il chasse les marchands du temple.
Jean (3. 15-16) : « Alors s’étant fait un fouet avec des cordes, il les chassa tous du temple, et les brebis et les boeufs ; il dispersa la monnaie des changeurs, renversa leurs tables ; et il dit aux marchands de colombes : « Ôtez tout cela d’ici et ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic ». »
Bien sûr, il ne s’agit en aucun cas d’utiliser cet acte violent (unique par ailleurs) de Jésus pour nous dédouaner de nos propres actes de violence. Son geste de colère nous rassure dans le sens où il nous renvoie notre propre faiblesse, nous rappelle que la non-violence absolue, participe, comme les autres fondamentaux, à la mort de l’Adam en nous, et que cette mort libératrice ne peut se faire que lentement par une pratique consciente et permanente de notre part. La violence du monde « habite » notre tunique d’oubli sans que nous en ayons même conscience.

Nos ancêtres cathares médiévaux l’avaient bien compris quand ils s’attribuaient jusqu’à la faute de la violence inconsciente comme par exemple dans le fait d’écraser quelque insecte par mégarde.

L’humilité

Le deuxième concept fondamental de la règle de justice et de vérité est l’humilité.

Ce concept d’humilité, est illustré de nombreuses fois dans le Nouveau Testament, mais l’exemple le plus beau de cette vertu est, sans nul doute, la kénose du Christ telle qu’elle est comprise par la cosmogonie cathare. Ce signe d’humiliation individuelle de la part de Christ qui met de côté ses attributs divins en s’abaissant à l’état inférieur d’humain pour ne pas faillir à sa mission est, me semble-t-il, la quintessence de l’humilité. Il ne peut perdre son statut divin sans tomber sous l’emprise du Mal (exactement comme nous) mais il ne peut non plus révéler cette nature n’ayant aucune arme pour se défendre face à son adversaire. C’est ainsi qu’il prend une apparence d’homme sans se faire homme. Cette vision cathare a, en outre, l’avantage de questionner l’existence historique, encore jamais prouvée de Jésus (Docétisme).
La kénose signifie aussi, ne l’oublions pas, le refus, si important dans le catharisme, de toute hiérarchie.

« L’humilité, c’est refuser de se croire supérieur à quiconque […] Il s’agit de considérer que l’on est une parcelle de l’Esprit Unique tombée en ce monde, qui n’a rien de plus ou de moins que les autres, qu’elles soient tombées ou qu’elles soient demeurées fermes dans l’empyrée céleste. » rappelle Guilhem dans son prêche. Alors que Christ, dans son essence divine, a parfaitement réussi ce défi, serait-ce la puissance de notre ego qui nous maintiendrait dans l’incapacité  de pratiquer cette noble attitude ?

L’Évangile de Jean rappelle que nul n’est suffisamment pur pour ne pas être humble au service de ses semblables (13.12-15) : « Lorsqu’il eut achevé de leur laver les pieds, Jésus prit son vêtement, se remit à table et leur dit : « Comprenez-vous ce que j’ai fait pour vous ? Vous m’appelez le Maître et le Seigneur et vous dites bien, car je le suis. Dès lors, si je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres ; car c’est un exemple que je vous ai donné: ce que j’ai fait pour vous, faites-le vous aussi. »

Le maître, en se mettant en position de serviteur, démontre donc la vanité des rapports hiérarchiques entre les humains tout en donnant l’exemple à suivre pour « épouiller » la vanité de notre tunique de chair. L’humilité devient alors la règle incontournable pour cheminer vers le Salut. C’est, précise Guilhem, ( 23 juin 2019 « Les fondamentaux de la doctrine et de la praxis cathare1 »,  « un état intérieur et personnel qui signifie la spiritualité » à mettre en opposition avec la vanité, expression, elle, de notre mondanité. Là encore, c’est par une constance vigilante que nous pourrons inverser ces valeurs en nous, car s’il est une vertu obsolète, voire dépréciée dans ce monde, c’est probablement l’humilité, et c’est donc seulement avec une conscience aigüe, en éveil permanent, que nous pourrons appréhender nos moindres erreurs. En cela, il est vrai que l’on peut comparer le cheminement du croyant au parcours du marathonien!
Si l’apprentissage de l’humilité est indispensable au croyant débutant pour éveiller sa spiritualité, elle  permet au novice de ne pas se croire trop vite arrivé, et devient à l’instar de la non-violence, partie intégrante du chrétien afin qu’il se maintienne en état de recevoir la grâce divine. L’humilité consiste aussi, pour le croyant débutant à prendre le temps nécessaire  à une véritable introspection afin de pouvoir apprécier le plus clairement possible sa position sur le  » chemin ». Bien peu pratiqué dans notre vie mondaine, cet acte pourtant essentiel n’est pas des plus simples. Il s’agit bien de faire honnêtement sa propre auto-critique, de démasquer notre ego afin de le mieux combattre.
Des actes plus simples d’humilité peuvent être pratiqués dans notre vie quotidienne et  nous aider à nous détacher de la vie mondaine ; prendre conscience de nos besoins essentiels et refuser d’entrer dans la course folle du consumérisme sans compter, faire attention à notre consommation d’eau quand on sait qu’elle se fait rare pour nos semblables sur certains points de la planète, et d’autres actions toute simples qui nous aident à ne pas « nous imposer » sur cette terre. Cela me gêne un peu , d’ailleurs, de  considérer ces petites actions quotidiennes comme des actes d’humilité, car ils apportent une réelle satisfaction lorsqu’ils nous font entrevoir  la liberté qu’ils nous font gagner. Pour bien appréhender ce qu’est l’humilité, je préfère me référer aux textes du Nouveau Testament, les évangélistes maîtrisant bien ce sujet. J’aime particulièrement relire certains passages utiles à l’appréhension de cette notion d’humilité.  Paul définit l’humilité en l’associant à la Bienveillance mais aussi à d’autres sentiments humains qui sont plus répandus, qui nous « parlent » peut- être plus comme la compassion et l’empathie, tout en rappelant que nous sommes tous égaux :

Lettre aux Éphésiens, 4. 1-3 : Je vous y exhorte donc dans le Seigneur, moi qui suis prisonnier : accordez votre vie à l’appel que vous avez reçu ; en toute humilité et douceur, avec patience, supportez-vous les uns les autres dans l’amour ; appliquez-vous à garder l’unité de l’esprit par le lien de la paix.
Lettre aux Colossiens, 3. 12-14 : Puisque vous êtes élus, sanctifiés, aimés par Dieu, revêtez donc des sentiments de compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience. Supportez-vous les uns les autres, et si l’un a un grief contre l’autre, pardonnez-vous mutuellement, comme le Seigneur vous a pardonnés, faites de même, vous aussi.
Lettre aux Romains, 12.14-16 : Réjouissez-vous avec ceux qui sont dans la joie, pleurez avec ceux qui pleurent. Soyez bien d’accord entre vous ; n’ayez pas le goût des grandeurs, mais laissez-vous attirer par ce qui est humble.

Avec Luc, tout timide peut se reconnaître et reconnaître aussi que de son « handicap », il peut faire une force  à moindre frais.

Luc. 14. 7-11 : Jésus dit aux invités une parabole, parce qu’il remarquait qu’ils choisissaient les premières places ; il leur dit : « Quand tu es invité à des noces, ne va pas te mettre à la première place, de peur qu’on ait invité quelqu’un de plus important que toi, et que celui qui vous a invités, toi et lui, ne vienne te dire : Cède-lui la place ; alors tu irais tout confus prendre la dernière place. Au contraire  quand tu es invité, va te mettre à la dernière place, afin qu’à son arrivée celui qui t’a invité te dise : Mon ami, avance plus haut. Alors ce sera pour toi un honneur devant tous ceux qui seront à table avec toi. Car tout homme qui s’élève sera abaissé et celui qui s’abaisse, sera élevé. »

Le timide ne fait pas de tel calcul, il ne se met pas à la première place, car il est timide, il manque d’assurance. Il a ainsi l’avantage de ne pas se croire, la plupart du temps en tout cas, au-dessus des  autres . Mais, de ce fait pour lui, il n’y a pas non plus, matière à se satisfaire  d’une épreuve évitée  « À  vaincre sans péril… » . Ce qui est rassurant sur cette difficile acquisition d’une telle vertu, c’est qu’elle découle directement de la Bienveillance. Si nous nous appliquons alors à faire grandir la Bienveillance en nous, notre humilité, à son tour, devrait grandir en chemin. Ce qui m’interroge davantage et me met en garde contre mes propres  faiblesses, ce sont les associations faites par notre Chrétien :
Il faut associer à  l’humilité constance et conviction pour cheminer vers le Bien.

La constance

La constance est une vertu qui m’est vraiment difficile à mettre en pratique. Étant fâchée avec le temps qui passe, dilettante incorrigible,  distraite par nature, je me disperse sans compter dans plusieurs lectures comme dans plusieurs actions à la fois au détriment de la qualité de mes engagements. Il m’est douloureux, au final, de me rendre compte que je n’ai pas mené à bien une simple petite règle que je m’étais donnée (par exemple sur mon régime alimentaire, sur l’organisation de mes lectures etc…) et J’ai beau jeu ensuite d’accuser ma faible nature. Or, si je ne cherche pas de moyen pour remédier à la situation d’échec qui en découle, je suis bien obligée de  constater que je n’avance pas dans mon cheminement. Comment combattre ses propres faiblesses ? Le sujet est inépuisable et passionnant. Trouver un palliatif dans ses propres ressources, une autre « qualité » qu’on est sincèrement sûr de posséder, au moins en partie, peut alors probablement nous aider. Je pencherais pour la fidélité, car je pense en effet  en être pourvue. Le chemin est devant moi.

La continence sexuelle

Depuis avril dernier, j’ai fait mien un autre élément doctrinal de la règle qui, encore une fois, ne m’a rien « coûté ».  Il est aisé en effet je pense,  la soixantaine passée, de pratiquer l’abstinence sexuelle, bien plus certainement que lorsqu’on est plus jeune. D’autant plus facile encore si l’on partage sa vie avec une âme-sœur. Il y a entre deux âmes-sœurs d’autres liens tout autres, moins vains, plus solides et continus.

Vous avez sûrement rencontré, vous aussi cette phrase (in « catharisme d’aujourd’hui ») : « Le détachement de l’appétence pour la sexualité  se manifeste de toute façon dès que le développement spirituel atteint un niveau où l’esprit devient premier. » Je ne veux pas me mentir en pensant que cela s’est produit ainsi pour moi. Je n’ai pas  atteint ce niveau spirituel. J’ai juste, au fond de moi ce vieux désir, devenu avec le temps, de plus en plus impérieux  de purification spirituelle.  

Le mensonge

Cet élément doctrinal sera le dernier que je me propose d’étudier pour le moment. Pour celui-ci, je peux parler d’une réflexion  très ancienne. Je me rappelle parfaitement que lorsque je découvris l’histoire des cathares pour la première fois, le fait qu’ils rejettent toute forme de  mensonge fut ce qui m’émut le plus, et je ne saurais dire pourquoi. Je n’ai pas vraiment prêté attention à ce que disent les évangiles à ce sujet, mais c’est bien mon père, empreint de culture judéo-chrétienne avant de la rejeter (en partie) qui m’a sensibilisée très tôt  à cette faute. Il est vrai que dans ma famille nous étions entourés de menteurs, et même de quelques mythomanes !  S’il a quitté cette terre depuis cinq ans, j’entends toujours aussi nettement sa voix : « Je hais le mensonge ! » Comme lui, je hais le mensonge, je peux même dire qu’il me coûte de mentir. Ma conviction profonde est, que c’est avant tout au niveau personnel que l’on doit analyser cet horripilant penchant. Il est facile de se mentir, en  tentant de  minimiser par exemple nos actions « douteuses », ou en   cherchant des excuses à nos erreurs,  dans le but d’ avoir la paix avec notre  conscience. La vigilance est de mise !  Quant à mentir aux autres, c’est leur manquer d’amour et/ou d’estime. Il me semble bien que chaque mensonge que j’ai pu faire m’a aussitôt coûté une douloureuse culpabilité. En ce qui concerne notre propre spiritualité, se tromper ou se mentir est bien probablement  le plus odieux des mensonges. Ma quête d’Amour et de paix est étroitement liée à la vérité, la vérité de mon être que je ne connais pas, la connaissance des autres et  de tout ce qui vit, avec l’espoir de réussir à  éliminer toute illusion mondaine ou mensonge.

Dans cette règle de justice et de vérité, il y a d’autres éléments qui me tiennent à coeur d’étudier, comme le détachement, la dépossession, le retrait du monde , ou encore l’ascèse. Mais, cet essai de mise à jour sur mon cheminement personnel me rappelle mes priorités, priorités pour lesquelles, (une chance pour moi!) mon enthousiasme ne faiblit jamais, à savoir mes chères études. Puissé-je puiser en elles la constance nécessaire pour continuer ma belle aventure sur mon chemin cathare.

Chantal Benne

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1. in Église cathare de France, sous- menu « spiritualité et pratique »

Non-violence et pouvoir

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Non-violence et pouvoir

« Magnifiques les doux, car ils hériteront de la terre. » (Matthieu : 5,5)
« Magnifiques les pacifiques, car on les appellera fils de Dieu. » (Matthieu : 5,9)

La violence et le monde

Ce qui régit la vie dans le monde est la survie. Chaque espèce, animale ou végétale, cherche par tous les moyens à survivre suffisamment longtemps pour se reproduire et assurer ainsi la persistance de son groupe.
Pour survivre il est nécessaire de trouver un moyen de retarder l’échéance de sa mort, soit en évitant les dangers (fuite, dissimulation), soit par la fécondité, soit en attaquant.
Il est clair que ce monde est violent, et les rares moments de gentillesse que l’on observe ne sont que des pauses.

L’homme a d’abord dû lutter contre des prédateurs qui lui étaient supérieurs. Grâce à ses capacités d’adaptation et d’invention, il a petit à petit surmonté ses handicaps pour devenir un prédateur féroce. Je ne doute pas qu’ayant acquis cette conscience de son pouvoir sur la nature et ses habitants, il a ensuite voulu faire de même au sein de son groupe. René Girard nous l’explique très bien dans son live : « Des choses cachées depuis la fondation du monde », l’homme s’est très vite hiérarchisé sur un groupe nucléaire dominé par le mâle reproducteur et principal pourvoyeur de nourriture. Mais la nécessité de l’agressivité des autres prédateurs l’a conduit à se regrouper, au prix d’adaptations, afin de mutualiser ses moyens productifs et défensifs en évitant violence mimétique.
L’évolution n’a rien changé et l’apparente sérénité de nos sociétés cède vite la place au constat d’une violence toujours présente. Souvent, elle ne s’exprime plus directement et physiquement, mais par des biais liés à des formes de pouvoir qui remplacent la stricte violence physique.

Il faut donc bien comprendre que la violence et le pouvoir sont les marqueurs fondamentaux de ce monde.

La violence est multiforme

Quand on parle de violence, on ne se rend pas toujours compte de son étendue et de ses domaines d’application.
Nous connaissons la violence physique et, depuis relativement peu, la violence mentale. Mais il existe aussi des formes de violences qui s’exercent dans tous les domaines de la vie : sociale, religieuse, financière, politique, etc.
La violence physique est plus simple, quand elle n’est pas directement liée à une autre forme. Elle vise à soulager son auteur d’une frustration qui le fait se sentir proie et qui pense que sa violence va en faire un prédateur. Le choix de la violence est dès lors plus instinctif que réfléchi.
La violence mentale est elle aussi directement lié à un problème de représentation. Son auteur veut affirmer sa suprématie sur sa victime, mais sa propre lâcheté l’amène à choisir le harcèlement et la manipulation pour ne pas prendre de risque personnel, ce qui confirme son manque d’assurance.
La violence sociale vise à l’exercice d’un pouvoir en vue d’une volonté de domination et/ou d’une représentation vis-à-vis de la société et des victimes. Elle s’exerce souvent via une utilisation fallacieuse du système législatif et réglementaire dont les failles permettent son exercice tout en protégeant ses auteurs.
La violence religieuse est avant tout une recherche de représentation. Le groupe qui l’exerce vise à apparaître comme supérieur à ceux qu’il se choisit comme victimes, ce qui dénote son inquiétude, qu’il cherche à effacer dans sa propre image.
La violence financière est plus un outil qu’une violence à part entière. Depuis que l’argent a cessé de n’être qu’un outil facilitant le troc permettant d’échanger des biens, des services, un travail, pour devenir une quête en soi permettant d’affirmer une représentation, il a perdu son caractère bénéfique pour devenir une sorte de représentation maligne que l’on peut voir comme le moyen ou l’affirmation de l’Antéchrist.
La violence politique est une manière d’exercer un pouvoir, ce qui dévoile un sentiment d’infériorité. La représentation en est quasiment absente, car le monde politique est extrêmement dévalorisé dans l’opinion publique.

Face à ces violences nous allons voir que seule une non-violence globale est possible, sinon elle deviendrait vite une contre-violence qui n’est rien d’autre qu’une autre violence.

La contre-violence est un piège

Quand on subit la violence, la réaction naturelle est de vouloir s’y opposer par des moyens identiques : c’est la contre-violence.
Dans une démocratie et pour un individu moralement respectable, la contre-violence est un piège, car elle est obligée de dériver rapidement en violence aveugle à son tour. En effet, la contre-violence, qui n’est rien d’autre qu’une violence réactionnelle ne peut faire cesser la violence que par l’élimination de la violence initiale sans lui apporter la démonstration de son injustice. Elle met uniquement en avant sa plus grande puissance, ce qui crée forcément une frustration et qui laisse penser que la violence initiale était finalement justifiée. C’est d’ailleurs pour cela que les auteurs de violences s’attaquent à des victimes évidemment reconnues comme innocentes, car ils savent que cela engendrera une contre-violence plus forte et plus aveugle que s’ils n’avaient attaqué que des corps constitués destinés à recevoir des violences attendues auxquelles ils savent répondre de façon proportionnée. C’est le propre du terrorisme qui par-là cherche à provoquer la panique liée à l’incertitude des cibles visées, le rejet de l’autre sans distinction de sa réelle responsabilité et une réaction violente qui favorisera la radicalisation de part et d’autre.
Il n’y a donc aucune échappatoire au piège de la contre-violence et son risque évident est l’escalade qui peut très bien se terminer par un drame au plan individuel et par un abandon de la démocratie au plan social et politique.
En effet, la démocratie est un système de gouvernement très fragile. Winston Churchill disait même qu’elle « est le pire système de gouvernement… à l’exclusion de tous les autres. ». La seule solution pour une démocratie de répondre à une violence est de renforcer visiblement son caractère démocratique.

La non-violence cathare

Les Églises ne sont pas à l’abri de la violence et de la contre-violence. Quand leurs dirigeants sont mal choisis et qu’ils sont tournés vers le monde, ils sont souvent tentés par la violence, vécue comme un moyen simple de résoudre rapidement une problématique de pouvoir et de représentation.
Alors qu’ils avaient subi conjointement et côte à côte les violences des romains, les judéo-chrétiens, une fois investis du pouvoir de justice religieuse par l’empereur, vont se retourner contre leurs anciens coreligionnaires chrétiens, les pagano-chrétiens, qu’ils vont martyriser à leur tour.
Et cela peut être décliné à l’envi tout au long de l’histoire pour presque toutes les religions. Même les parangons de la non-violence, les bouddhistes, voient certains de leurs membres s’abandonner à la violence religieuse contre les musulmans. Ils ont même assassiné leur coreligionnaire Gandhi au nom de leur vision étriquée de leur religion.

Qu’est-ce que la non-violence ?

Chaque fois que j’ai eu l’occasion de parler de la non-violence dans un rendez-vous réunissant des personnes, a priori empreinte de l’esprit du catharisme, j’ai obtenu des débats très animés et des réactions émotionnelles puissantes, en raison de ce que la non-violence cathare évoquait comme souffrance pour beaucoup de participants.
La raison principale est simple : la non-violence est avant tout un abandon de sa condition humaine.
Comme l’Être et le non-Être ne peuvent se comparer, la non-violence et la violence ne se comprennent pas sur le même plan d’intelligence. La non-violence est un avant-goût de la divinité. C’est bien pour cela qu’il s’agit d’un fondamental du catharisme. Si l’humilité nous ramène à notre condition mondaine, la non-violence nous élève à notre condition spirituelle.
La non-violence nous enseigne que nous devons rester neutres face à la violence du monde ; elle ne nous concerne plus parce que nous sommes convaincus de ne plus être de ce monde. C’est un détachement, non pas sensuel comme l’ataraxie, mais intellectuel. Le non-violent se refuse à considérer la violence mondaine qu’il s’agisse de la justifier, de la rejeter ou même de la combattre.

Le catharisme et la non-violence

Comme je viens de le dire, le catharisme considère la non-violence comme un fondamental de sa doctrine. En clair, nul ne peut envisager cheminer par la voie cathare s’il ne se sent pas capable d’éliminer la violence de son rapport aux autres.
Mais dans un monde où la violence est l’alpha et l’oméga des rapports humains, comment un cathare peut-il vivre sans s’isoler de la société ?
C’est avant une question de priorité. Le cathare s’interroge sur ce qui est sa priorité : doit-il vivre dans ce monde et en accepter les règles ou préfère-t-il vivre un avant-goût de son salut en acceptant les risques que cela implique en ce monde ?
Notre choix est vite fait, mais contrairement aux premiers chrétiens qui faisaient du martyre une condition du salut, les cathares en acceptent l’augure s’il n’y a pas moyen d’agir autrement, mais ils ne le recherchent pas.
Par contre, ils se concentrent plus sur la violence qu’ils sont susceptibles d’infliger que sur celles qu’ils pourraient recevoir. En effet, nous sommes violents en permanence et le plus souvent sans en avoir conscience. Or, le cathare, de par sa Consolation qui l’a affranchi de ses fautes passées et qui lui a ouvert la connaissance fine et claire du Bien, est devenu un véritable pécheur devant tous, car il n’a plus l’excuse de l’ignorance.
C’est pourquoi la non-violence est si importante pour les cathares et qu’elle demande autant d’effort d’apprentissage de la part du croyant débutant jusqu’au cathare consolé près à rejoindre l’Esprit unique.

La non-violence face à la violence

La question habituelle est de savoir comment le catharisme prône à ses membres une action adaptée face à une violence les concernant directement ou pas. L’évitement est la réponse la plus simple, même s’il n’est pas toujours possible.
L’évitement consiste à se soustraire, préventivement ou pas, à un risque de violence. Il faut donc être capable d’identifier les situations susceptibles de déboucher sur un conflit mimétique notamment pour désarmer toute tentation de dérive violente de la part des autres. Quand on n’y est pas parvenu, il convient de laisser le champ libre si c’est possible.
Parfois la violence crée une situation de confrontation inévitable. La meilleure solution est alors de tenter de désarmer la violence de l’autre par une attitude de calme résolution et de renvoi cohérent à l’inadéquation de la violence que l’autre met en avant. Cela peut être le cas dans un cadre professionnel où un collègue essaie d’abuser de votre non-violence qu’il aurait confondue avec une attitude victimaire. Le rappel des règles légales et réglementaire peut le faire reculer, car le violent est rarement courageux. L’affirmation calme de votre résolution à porter l’affaire devant les instances appropriées avec le risque de sanctions à venir pour votre agresseur est souvent suffisant. Il préfèrera alors abandonner sur une pirouette stylistique qu’il croira suffisante à lui donner le beau rôle.
Dans un cas extrême, la violence est impossible à éviter ou à faire cesser. Le plus dur est alors de l’accepter, à charge pour votre agresseur de rendre des comptes, voire de l’endosser si vous n’êtes pas la victime initialement visée. Il est important de ne pas céder aux tentatives de l’agresseur visant à se décharger de sa responsabilité. Les « tu vas m’obliger à te faire ceci » ou « tu seras responsable de ce qui va arriver » doivent systématiquement impliquer une réponse claire quant au refus d’endosser la responsabilité de l’acte à commettre. Cela peut nous ramener au cas précédent où l’agresseur peut finalement choisir de renoncer.
Enfin, et c’est souvent là que le bât blesse pour beaucoup, il faut se convaincre qu’il n’existe pas de violence légitime. Combien de fois ai-je dû répondre à des remarques ultimes sur le ton voulant dire que la violence envers un monstre pouvait sauver de nombreuses vies ! C’est un biais intellectuel erroné. Nous ne sommes pas comptables des vies des autres, puisque nous ignorons tout des tenants et aboutissants de nos actes. Faute d’un véritable libre-arbitre, nous devons gérer l’instant présent à la valeur de ce qu’il représente. Quelque violence que ce soit est inacceptable envers qui que ce soit. C’est un peu comme le serment des soignants de ne pas laisser leur opinion interférer avec leur pratique soignante.

Non-violence et pouvoir

Un dernier point, qui me semble important. Comme nous l’avons vu, la violence est souvent un vecteur de la volonté de représentation. Exercer un pouvoir revient donc à prendre le risque de la violence, directe ou non et la non-violence refuse le pouvoir. Comme l’humilité, parce qu’elle rejette la publicité nous enjoint à ne pas faire connaître nos actes positifs, la non-violence nous enjoint à refuser toute position de pouvoir, y compris le plus social qu’il soit. Nous devons donc rester à distance des jeux du pouvoir humain, à quelque niveau qu’il se situe.

Avec toute ma Bienveillance.

Prêche du 14 novembre 2021 par Guilhem de Carcassonne.

La non-violence

3-1-Doctrine cathare
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La non-violence

La violence du monde

Quand on observe nos sociétés modernes et soit disant évoluées, on croit qu’elles ont su supprimer ou réduire significativement la violence. En réalité elles l’ont petit à petit rejetée à leur périphérie tout en la rendant supportable pour ceux qui n’en sont pas victimes. Car la violence peut prendre des formes auxquelles nous ne pensons pas spontanément. La violence sociale, la violence intra-familiale, la violence environnementale, etc. sont des formes de violence que nous ne cataloguons pas immédiatement comme telle.

Mais, quel est notre véritable rapport avec la violence ? Dans notre vie de sympathisant ou de croyant cathare, comment comprenons-nous vraiment le concept de non-violence absolue qui fait partie de l’engagement de vie évangélique ?

Certains d’entre vous se remémoreront sans doute le débat très animé qui s’était déroulé lors de la première Rencontre de la diversité cathare en 2009 à Roquefixade. Nous y avions abordé ce sujet qui avait réveillé chez plusieurs d’entre nous des souvenirs douloureux, à la limite du supportable, et la ligne cathare que nous avions essayé de faire comprendre en avait choqué plus d’un, pourtant convaincu de sa propre non-violence.

Qu’est-ce que la violence ?

La violence est un comportement visant à créer une situation de désagrément, d’infériorité, de souffrance ou d’altération physique ou mentale sur notre environnement humain, animal ou naturel.
À l’extrême, la violence en vient à provoquer chez son auteur la négation de la valeur de ce qui l’entoure pour des motifs le plus souvent purement égoïstes.
Au final, nous sommes tous plus ou moins violents et notre nature mondaine nous interdit de ne pas l’être du tout. Ce constat ne nous empêche pas de rechercher les moyens d’une violence minimale.

Je ne vais pas reprendre ici les différentes formes de violences que j’avais détaillées voici sept ans, car ce qui importe n’est pas de définir la violence, mais de définir la non-violence telle qu’elle est comprise par les cathares.

Qu’est-ce que la non-violence ?

Contrairement à ce que beaucoup tendent à croire, la non-violence n’est pas la lutte contre la violence qui est en fait une contre violence visant, ni plus ni moins, à imposer une conception par la force, faute de se sentir capable d’y parvenir par la raison.

La non-violence est le choix de limiter son empreinte sur son instinct mondain au motif que nous disposons d’une capacité morale que nous jugeons supérieure et qui nous fixe un cadre d’appréciation entre ce qui est tolérable et ce qui ne l’est pas.

Nous le voyons, d’une façon générale, le concept de non-violence est déjà entaché de préjugés. Je ne peux m’empêcher de penser à l’extrait des Lettres persanes, qui montrent la différence d’appréciation culturelle de la violence : « L’imagination se plie d’elle-même aux mœurs du pays où l’on est : huit jours de prison, ou une légère amende, frappent autant l’esprit d’un Européen nourri dans un pays de douceur, que la perte d’un bras intimide un Asiatique.1 » Mais renoncer à la violence est difficile car cela revient à renoncer au monde et surtout à ce que nous croyons y percevoir de bon.

La non-violence est donc un choix contre-naturel en cela qu’il est vécu comme un choix partial et difficile. En effet, ce qui doit motiver la non-violence ce n’est pas le désir de contrer la nature humaine et l’ordre naturel du monde mais la révélation de la différence de nature entre notre esprit et notre incarnation. Dès lors, la non-violence devient naturelle sans que la violence du monde soit jugée de façon dépréciative. En clair, le vrai non-violent observe le monde comme l’entomologiste observe la fourmilière, c’est-à-dire d’un regard extérieur qui à aucun moment ne sent impliqué ou concerné par ce qu’il observe.

Et c’est là un cap fondamental à passer quand on aspire à la non-violence, car en deçà de ce cap on reste un violent — plus ou moins modéré certes, mais un violent tout de même — qui va simplement moduler sa violence selon ses propres critères moraux, alors qu’au-delà on devient un non-violent, c’est-à-dire un étranger au monde, un observateur extérieur qui fait le choix de laisser le monde à ses démons et de reconnaître son impuissance fondamentale à le réformer et même à en atténuer la brutalité.

Le non-violent est un incompris

Dans le mythe de la bête prise au piège nous remarquons ce qui semble être une évolution du concept de non-violence chez les cathares au fil du temps. Dans le Rituel de Lyon, écrit à la fin du XIIIe siècle, dans le but vraisemblable de former les consolés qui allaient devoir maintenir l’Église en terre où l’Inquisition faisait des ravages, la doctrine prône la non-intervention : « Et s’ils trouvent quelque bien en chemin, qu’ils ne le touchent pas s’ils ne savent pas qu’ils puissent le rendre. Et s’ils voient alors que des gens soient passés avant eux, à qui la chose pût être rendue, qu’ils la prennent et la rendent s’ils peuvent. Et, s’ils ne peuvent, qu’ils la remettent dans ce lieu. Et s’ils trouvent une bête ou un oiseau prise ou pris, qu’ils ne s’en inquiètent pas3»

Dans d’autres textes, c’est le principe de compensation qui est validé. La bête est donc libérée et de l’argent est laissé en compensation.

Que pouvons-nous en tirer comme conclusion ?

Le choix de la compensation est celui qui est le moins choquant pour la majorité des personnes. En effet, libérer un animal prisonnier et compenser financièrement le chasseur semble devoir satisfaire tout le monde. En outre, cela donne un sentiment de valorisation à celui qui fait ce choix. Mais, la compensation est déjà une implication dans le monde puisqu’elle impose au chasseur de renoncer à sa décision initiale pour se contenter d’une contrepartie, dont la valeur lui est imposée, et qui va certainement aboutir à un autre mal, c’est-à-dire l’achat d’une autre bête tuée en d’autres lieux par une autre personne, mais dont le bon-chrétien pourrait se sentir innocent car n’étant pas présent à ce moment. C’est parce qu’elle reste dans les valeurs et les codes mondains que la compensation ne choque pas. Mais ce n’est pas vraiment de la non-violence.

Le choix du désintérêt, au contraire, semble inhumain et violent par contrepartie. Comment peut-on laisser un animal souffrir dans son piège au motif que nous ne nous sentons pas concernés par le monde. Comment osons-nous laisser des peuples se faire massacrer par des fanatiques sans rien faire pour stopper cette violence ? Cela est tellement insupportable que certains en viennent à se convaincre que la solution est de considérer le fanatique comme un serviteur du Mal qui n’a en lui aucune part de l’Esprit prisonnier et que le tuer est donc envisageable. Ce discours nous a été servi lors d’une réunion qui s’est tenue à Pentecôte récemment. Et ce n’est pas un observateur mal dégrossi qui en est l’auteur, mais bien un chercheur persuadé d’être à la porte du statut de bon-chrétien. Ce choix s’apparente, sur le plan philosophique, à l’école des stoïciens4. Cette école philosophie qui se réunissait au Portique qui lui a donné son nom( stéos), prônait le détachement, à l’image de sa figure la plus moderne, Épictète, qui se laissa fracturer la jambe par son maître sans réagir.

Quelle est la véritable non-violence ?

On le voit, aussi douloureux que cela puisse nous paraître, la seule vraie non-violence est la non implication dans les événements du monde. Tout au plus, le bon-chrétien peut-il exprimer à l’auteur de la violence son sentiment en espérant le convaincre de renoncer, comme le fit Jésus vis-à-vis des agresseurs de la femme adultère : « Les scribes et les pharisiens amènent une femme surprise en adultère, la placent au milieu et lui disent : Maître, cette femme a été surpris en flagrant adultère. Dans la loi, Moïse nous ordonne de lapider ces femmes-là. Alors toi, que dis-tu ? Ils disaient cela pour l’éprouver, pour avoir à l’accuser. Jésus qui s’était penché écrivait du doigt sur la terre. Comme ils persistaient à le questionner, il se redressa et leur dit : Que celui de vous qui est sans péché lui jette la première pierre. Et, penché de nouveau, il écrivait sur la terre. À ces mots ils se retirèrent un à un, à commencer par les plus vieux. Il resta seul. Et la femme était toujours là. Jésus se redressa et lui dit : Femme, où sont-ils ? Personne ne t’a condamnée ? Elle dit : Personne, seigneur. Jésus lui dit : Moi non plus je ne te condamne pas. Va, et maintenant ne pèche plus. » (Jean VIII, 3-11).

Dans ce paragraphe, Jésus ne cherche pas à empêcher l’exécution, pire il attend d’être sollicité deux fois pour accepter de répondre. Et quand il répond, il ne se prononce pas sur la culpabilité de la femme mais il renvoie chacun à son propre jugement personnel de sa légitimité à juger autrui. Pour finir, il laisse la femme face à sa propre évaluation en lui conseillant simplement de se tenir en de meilleures dispositions à l’avenir.

Cette attitude montre que toute prise de décision dans ce monde revient à participer à sa violence, soit directement, soit indirectement. Or, ce monde est violent parce qu’il est l’œuvre du démiurge, serviteur du Mal. Quoi que l’on fasse le démiurge et le monde étant des « productions » du mauvais principe, rien de ce que nous pouvons faire ne changera leur nature profonde qui est mauvaise et qui le demeurera jusqu’à leur anéantissement à la fin des temps.

Cette lecture des choses est profondément contraire à la vision humaine qui veut croire qu’il y a un espoir de changement pour le monde, car alors cela signifierait qu’il y a de l’espoir pour les hommes dans ce monde. Mais pour les cathares cela n’est qu’une illusion, car nous portons en nous une parcelle de l’Esprit émané du principe parfait dans le Bien et que tout ce qui nous contraint et nous entoure est totalement étranger à nous et le demeurera façon aussi absolue que les principes sont étrangers l’un à l’autre et que rien de ce qui vient d’un principe ne peut être influencé par ce qui vient du principe contraire. C’est le sens de la parabole du bon arbre et du mauvais arbre de Matthieu. Mais cela, voulons-nous vraiment l’entendre ?

Peut-on être non-violent ?

La non-violence est le choix qui vous exclue de la communauté ; celui qui peut déchaîner contre vous toutes les haines et le violences, tous les jugements les plus terribles. Le refus d’intervention, là où la quasi totalité des autres estiment l’intervention non seulement justifiée et bonne, mais en fait nécessaire et obligatoire, vous fera passer au mieux pour un fou et au pire pour un monstre. Comment ne pas comprendre l’incompréhension de celui qui aspire à valoriser le monde face à celui qui le laisse aller sa course prédestinée vers le mal absolu ?

Comment expliquer que l’on puisse laisser un crime se commettre alors qu’on aurait pu l’empêcher en usant d’une violence dite légitime ?

Comment expliquer que la seule chose que l’on puisse consentir à offrir c’est l’interposition de son corps et la douceur de son verbe face à la barbarie d’un tueur d’enfant, d’un assassin de masse ou d’un fou meurtrier ?

Pourtant nous savons que même le principe du Bien se refuse à toute violence envers le Mal pour récupérer ses brebis égarées. Mais comment expliquer que Dieu refuse toute violence car il sait qu’à la fin tous seront sauvés ? L’homme mondain ne voit pas plus loin que le bout de son nez et il veut des résultats positifs ici et maintenant.

Nous le voyons bien, s’il est un sujet qui nous expose en proie, y compris au sein de la communauté chrétienne cathare, c’est bien celui de la non-violence absolue. Aussi faut-il que notre choix de la pratiquer soit un choix libre et non contraint, un choix d’une nécessité ressentie et non le choix d’une obligation à suivre.

Si la non-violence est un des fondamentaux cathares, c’est justement parce qu’elle est l’expression la plus pure du concept de Bienveillance. L’Amour qui est le moyen de sauver les esprits saints tombés lors de la grande perturbation, nous impose de veiller au Bien, c’est-à-dire de donner du bien à tous, bons ou mauvais, sans chercher à leur imposer un changement de comportement qui ne peut venir que d’eux.

La non-violence offre une attitude exemplaire, mais elle ne l’impose pas. Si l’autre agit différemment, le non-violent le tolère, sans interférer, car il sait que ce comportement n’est pas une perversion de celui qui commet le mal, mais qu’il ne s’agit que d’un défaut d’éveil de l’esprit saint qu’il renferme.

Peut-on expliquer la non-violence ?

Ce texte est destiné à être lu par tous, visiteurs curieux, sympathisants et croyants. Ce que je viens d’exprimer va donc faire l’objet d’une réflexion qui, dans la plupart des cas, aboutira à un rejet, car ce qui est énoncé est trop éloigné des critères et des valeurs des lecteurs, totalement englués dans ce monde.

Expliquer la non-violence revient en fait à expliquer l’éveil. On peut se croire éveillé sans l’être, car l’éveil signe le passage d’un premier cap très important. Ce cap c’est celui de la foi cathare. Or la foi est l’abandon auquel le croyant se laisse aller quand il sait que sa voie est désormais clairement définie.

Dans les récits médiévaux nous voyons des croyants qui agissent de façon intentionnellement violente. En fait, ils se disent croyants sur le seul critère d’affecter de croire les prêches des consolés et de faire leur Amélioration. Mais ces croyants cathares ne le sont pas plus que les croyants catholiques qui sont favorables au divorce et à l’interruption de grossesse.

Le vrai croyant est celui qui fait vraiment sienne la doctrine cathare, non pas qu’il la pratique parfaitement au quotidien, mais en cela qu’il la considère comme une évidence que rien ne saurait contredire à ses yeux. C’est pour cela que je vous livre ce texte ; pour que vous puissiez plus clairement vous positionner dans votre avancement si vous vous sentez concernés par le catharisme.

On explique, le plus souvent sans succès, la non-violence cathare aux sympathisants, mais on n’a pas besoin de l’expliquer au croyant, car il en est imprégné. C’est un des points qui m’est clairement apparu en 2009, lors de la première Rencontre de la diversité cathare. Je débattais face à des personnes que mon propos outrageait, parce que j’avais faite mienne la doctrine cathare et parce que j’étais devenu un croyant cathare. Or, dans cette salle nous n’étions que très peu à être dans cette position. Et pourtant nos opposants étaient eux aussi persuadés d’être des croyants cathares, mais ils n’avaient pas passé ce cap de l’éveil.

Donc, on peut tenter d’expliquer la non-violence à ceux qui ne peuvent la comprendre, mais c’est comme vouloir rendre bon le monde qui est l’œuvre du mal et qui le sera jusqu’à son anéantissement. Pour autant, il ne faut pas renoncer à le faire et à la pratiquer, car notre conviction et notre exemple peuvent être les déclencheurs de l’éveil de ceux qui pour le moment ne nous comprennent pas.


Notes :

1. Lettres persanes. Lettre LXXX. Usbek à Rhédi. À Venise. Montesquieu (Charles Louis Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu). Collection Folio, éditions Gallimard. Paris (1973).

2. Mythe de la bête prise au piège. Éric de Carcassonne, dans Catharisme d’aujourd’hui. 14 août 2010

3. Rituel provençal dans Le Nouveau Testament, traduit au XIIIe siècle en langue provençale, suivi d’un rituel cathare. Reproduction photo-lithographique du Manuscrit de Lyon (ms PA 36). Réimpression de l’édition de Paris (1887) par L. Clédat à Lyon (1968), éditions Slatkine, Genève.

3. Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres. Diogène Laerce (± 3e siècle ?). Garnier-Flammarion (Paris) 1965.

Éric Delmas – Carcassonne le 10 février 2020

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Le croyant cathare est une personne qui, non seulement est intimement convaincue de la validité de la doctrine cathare qu’elle a appris à connaître finement, mais qui par son éveil, ressent l’absolue nécessité de la pratiquer au mieux de ses possibilités même si son désir de devenir un jour novice et de se faire consoler ne peut être réalisé dans l’immédiat.Read more

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