déconstructionnisme

Les cathares se sont-ils nommés ainsi eux-mêmes ?

5-1-Histoire du catharisme
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Les cathares se sont-ils nommés ainsi eux-mêmes ?

Le fond de la question

Les différents avis

Dans un courriel récent, Ruben Sartori, chercheur et exégète de qualité, nous rappelle sa position personnelle quant à l’origine du mot « cathare » attribué à ces chrétiens opposés sur le plan doctrinal aux judéo-chrétiens, que l’on a désigné un peu partout en Europe sous diverses appellations, le plus souvent locales. Je vous propose de la lire directement puisée dans ce courriel :

En ce qui concerne le mot cathares, et j’en terminerai là, beaucoup a été dit mais ce n’est pas la bonne piste à mon sens. Cathares est un mot bien connu qui appartient à littérature et à l’histoire chrétienne. Il désignait ceux qui au temps des persécutions romaines n’avaient pas abjurés la foi, ne l’avaient pas trahie. Il est donc bien normal que les cathares eux-mêmes se soient référés à ces illustres devanciers. Ils n’avaient pas trahie la vraie foi mais au contraire l’avaient courageusement maintenue en dépit des persécutions et des anathèmes. Cathares ou bons chrétiens, c’est le même sens et il n’est donc guère étonnant que les bons chrétiens se soient eux-mêmes désignés sous le terme de cathares comme l’attestent certaines sources.

Je rappelle qu’il s’agit du mot « catharos », qui signifie « purs » dont nous parle Ruben.

Cette opinion fait l’objet d’une controverse entre Christine Thouzellier — qui comme Ruben cite cette origine ancienne — et Jean Duvernoy qui valide la thèse du moine rhénan Eckbert de Schönau.
Je vous invite à la lire sur le site de Persée, car elle pose des problèmes non négligeables.
Notons cependant que cette interprétation est reliée systématiquement à des mouvement schismatiques judéo-chrétiens : les novatiens et les montanistes.

Deux autres sources nous sont connues à travers des textes qui nous sont parvenus.

La première et la plus connue, est due à un moine rhénan Eckbert de Schönau qui, dans un courrier adressé à l’archevêque de Cologne et chancelier de l’Empire, Rainald de Dassel, reprend un nom déjà connu à l’époque pour différencier une secte d’hérétiques d’une autre qu’il désigne comme les « partisans d’Hartwin1 » . Eckbert relate des éléments déjà connus par la révélation d’Évervin de Steinfeld. Il y eut bien deux groupes d’hérétiques, les premiers étaient des cathares et les seconds, sans doute des ancêtres ou une variante des vaudois.

Analyse de l’appellation

Ce que révèlent les sources c’est que ce nom n’a rien de savant. Eckbert de Schönau le dit clairement : « Ce sont eux qu’en langue vulgaire on appelle “cathares”… »

L’évêque de Cambrai parle lui de l’hérésie des Katter, que Jean Duvernoy propose de traduire par chats (cattorum) . Il poursuit sur le fait que ce mot ne dérive pas du latin, mais de l’allemand populaire. Initialement nommé Ketter, par Eckbert, il se dégrade en Ketzer, comme le Katte de l’évêque de Cambrai est devenu Katze.

Cette référence au chat ne doit rien au hasard, car le diable était alors désigné comme un chat blanc de la taille d’un veau.
Alain de Lille nous en donne l’explication : « Cathares, d’après catus, car, à ce qu’on dit, ils baisent le derrière d’un chat, sous la forme duquel, dit-on, leur apparaît Lucifer. » Il propose aussi deux autres étymologies, plutôt fantaisistes : une dérivée de « catha » qui voudrait dire écoulement, car le vice s’écoule d’eux comme le pus et « cathari » parce qu’ils se font chastes et justes.

Pour éviter tout rapprochement avec les novatiens, Eckbert proposait l’appellation « catharistes », nom d’une secte africaine combattue par Augustin d’Hippone.

Enfin, Jean Duvernoy précise clairement que de son point de vue, ni le corpus hérésiologique médiéval occidental, ni les cathares eux-mêmes n’ont compris ce mot comme signifiant « purs ». Ce terme est régulièrement employé par les polémistes catholiques et même par le pape Innocent III. Cela devrait nous convaincre qu’il ne peut s’agir d’un terme glorifiant, car on imagine mal leurs pires ennemis les parer d’un terme qui aurait pu les valoriser de quelque manière que ce soit.


Notes :

 

  1. Jean Duvernoy, La religion des cathares, in Les cathares, édition Privat 1976 (Toulouse), p. 14.
  2. Jean Duvernoy, ibid, p. 303

 

Cathars in question

6-4-Controverses
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Le site Academia.edu publie un papier de Mme Alessia Trivellone qui suscite déjà des réactions que je vous propose ci-dessous.

Réaction de M. Michel Roquebert

Sur le site de l’AEC-René Nelli, dont il est le Président d’honneur, cet historien justement réputé publie cette analyse pertinente. Vous pouvez la lire en ligne directement : Dame Ava de Baziège s’est-elle « donnée aux hérétiques » ?

Réaction de Annie Cazenave

Annie Cazenave, qui a publié sa réaction sur le compte Facebook de Michel Jas (Cathares et protestants), m’a autorisé à la publier également ici afin que vous ayez une vue complète des différentes réactions. Je sais que Michel n’y verra aucun inconvénient et il peut faire de même s’il trouve certaines réactions que je publie dignes de son site.

Texte repris : Mon amie Annie Cazenave réagit à la recension, elle aussi agressive, d’Alessia Trivellone de Cathars in Question : « une évidence s’impose : l’enjeu de la controverse se situe au-delà de l’étude de l’hérésie médiévale et investit plus généralement la manière de faire l’histoire. En ce sens, il me semble surprenant de lire, dans une publication universitaire, tant d’études qui négligent les questionnements méthodologiques et épistémologiques les plus élémentaires et oublient de considérer les contextes sociaux et politiques dans lesquels des sources sont produites. Il est encore plus étonnant… de relever des fautes de traduction et d’interprétation dans des sources considérées comme centrales pour la démonstration. Il me semble qu’une telle insouciance envers le raisonnement et la méthode historique a de quoi décevoir non seulement les chercheurs qui étudient l’hérésie, mais tout historien ».

Après une telle tonitruante annonce nous attendons avec impatience la source inédite que Madame Alessia Trivellone ne manquera pas de nous offrir. Il nous semble que jusque là elle s’était contentée de commenter les travaux de ses prédécesseurs. Une telle assurance ne peut manquer de précéder une œuvre géniale. Et nous nous sentons sidérée devant cette assurance, totalement à l’opposé de l’enseignement reçu de nos professeurs : ils nous avaient appris que devant tout écrit l’historien, et particulièrement le médiéviste, devait adopter une attitude humble, scrupuleuse, attentive à tous ses aspects, extérieurs et internes, respectueuse du texte et du contexte, et occasionnellement consulter un collègue qui pourrait sembler plus érudit. Périmées, obsolètes, toutes ces précautions : désormais on claironne.

Annie Cazenave, médieviste ayant travaillé au laboratoire (CNRS) de Le Goff puis de de Gandillac.

Réaction de Gilles-Henri Tardy

La négation du catharisme et de l’unité bogomilo-cathare par Alessia Trivellone, maîtresse de conférence à l’université de Montpellier : « Si les choix de vocabulaire ne sont jamais anodins en histoire, appeler « cathares » les hérétiques du Midi a des inconvénients supplémentaires : cette dénomination en vient en effet à uniformiser les hérésies dénoncées en Italie du Nord, parfois désignées de cathares par les sources, et celles du Midi français, jamais qualifiées ainsi par les sources produites dans cette région. Utiliser le même nom en viendrait ainsi à créer, de manière arbitraire, un même phénomène hérétique cis- et transalpin – un piège dans lequel l’historiographie traditionnelle est déjà tombée maintes fois. »

Trivellone s’égare une fois de plus, son dernier article bien structuré à pour but de convaincre que les chercheurs qui n’ont, à juste titre, par sa vision sont dans la plus grande erreur… voici ce qu’elle en dit en forme de conclusion sans appel : « une évidence s’impose : l’enjeu de la controverse se situe au-delà de l’étude de l’hérésie médiévale et investit plus généralement la manière de faire l’histoire. En ce sens, il nous semble surprenant de lire, dans une publication universitaire, tant d’études qui négligent les questionnements méthodologiques et épistémologiques les plus élémentaires et oublient de considérer les contextes sociaux et politiques dans lesquels des sources sont produites. Il est encore plus étonnant de trouver des articles escamotant toute logique afin de contester des thèses le plus souvent mal comprises, ou de relever des fautes de traduction et d’interprétation dans des sources considérées comme centrales pour la démonstration. Il nous semble qu’une telle insouciance envers le raisonnement et la méthode historique a de quoi décevoir non seulement les chercheurs qui étudient l’hérésie, mais tout historien ».

C’est ainsi faire l’impasse sur les relations entre bonshommes d’Italie et les bogomiles, c’est faire aussi l’impasse sur les relations entre bonshommes d’Italie et d’Occitanie qui, eux-mêmes, avaient des relations en catalogne et en Rhénanie. En claire, je le dis tout net : Trivellone est soit incompétente soit une menteuse au service d’une idéologie passéiste de l’opus dei ou de je ne-sais-quoi de pas net chez les Cathos ! (G.H.Tardy)

 Les cathares en Occitanie, rattrapés par l’inquisition devait porter à vie cette croix jaune sur leur vêtement à hauteur d’épaule ; cela rappelle fâcheusement les fachos qui firent porter l’étoile jaune pendant la seconde guerre mondiale. (Porter la croix : ouf ! au moins on évitait le bûcher pour un temps… merci Trivellone de vouloir effacer cela de la mémoire collective, car en effet, c’est plus qu’abjecte et honteux).

Amistat,
Gilles-Henri
Info Humacoop- Amel-France
Humani Association
Tél. : 0033.(0)687265814

Réaction de Éric Delmas

Mme Trivellone a pour détestable habitude de reprocher aux autres ce qu’elle pratique en routine.

Elle reproche à deux auteurs de régler leurs comptes avec des écrivains dont elle considère les écrits comme importants. C’est son droit, mais je dois lui rappeler que ces auteurs n’ont rien fait d’autre à l’encontre des historiens du catharisme qui les avaient précédés. Quant à la valeur de leurs écrits, je signalerais, au moins pour M. Pegg qu’ils ont fait l’objet d’une critique qui a mis en avant les nombreuses erreurs qui les émaillaient. Certes, ayant elle-même l’habitude d’en commettre de même niveau, on ne s’étonne pas qu’elle n’ait pas vu les siennes.

Oui, les sources médiévales concernant les hérésies sont presque toujours d’origine religieuse. En effet, les nobles écrivaient peu et le peuple ne lisait pas la plupart du temps. Malheureusement, vous n’étiez pas née à l’époque Madame, ce qui nous prive de vos lumières pour nous raconter la Vérité.

Mais en quoi les sources religieuses seraient-elles si peu fiables ? Quand nous trouvons des sources dans d’autres domaines, sont-elles plus fiables ? La relation que nous fait Jules César dans La guerre des Gaules est-elle absolument fiable ? Pas du tout, car il a arrangé certains points selon ses intérêts personnels. La guerre qui a abouti à la chute de Jérusalem en 70, telle que nous la relate Flavius Josèphe dans La guerre des Juifs est-elle fiable ? Pas du tout pour les mêmes raisons.

C’est pour cela que l’on a inventé les historiens. Non pas pour jeter le bébé avec l’eau du bain, comme vous le faites, mais pour faire le tri et comparer avec d’autres sources pour voir ce que l’on peut retenir de fiable, ce que l’on garde avec prudence et ce que l’on rejette. Certes, ce n’est pas facile, mais c’est un métier.

Le fait qu’un texte douteux cite des faits démontrés par ailleurs, n’invalide pas les faits ; il signale simplement que son auteur doit être lu avec circonspection. La réalité des évêchés albigeois est démontrée, sinon pourquoi mettre en place une croisade, système lourd et organisé, s’il ne s’agissait que d’attraper quelques individus isolés ?

Le dualisme des chrétiens orientaux, manichéens et marcionnites par exemple, est également décrit par les auteurs arabes musulmans. Doit-on en conclure que les catholiques, les orthodoxes et les musulmans étaient liés afin de propager des erreurs que des historiens du 21e siècle allaient détecter sur la seule base de leur intuition personnelle ?

Oui, les auteurs médiévaux, peut soucieux de se compliquer la tâche en construisant des sommes anti-hérétiques adaptées aux cathares, les ont traités de manichéens car ils disposaient de la somme d’Augustin pour le faire. Et alors ? C’est notre rôle de faire la part des choses. Ce n’est pas parce qu’ils n’étaient pas manichéens qu’il faut croire qu’ils n’existaient pas. D’ailleurs les arabes faisaient clairement la différence entre manichéens et marcionnites, puisqu’ils avaient les deux groupes sous les yeux et qu’ils pouvaient comparer les doctrines.

De même, Pierre de Sicile commence son compte rendu en traitant les pauliciens de manichéens, puis il poursuit en montrant qu’au contraire ces derniers réfutent cette accusation.

Et l’étude de leur doctrine permet de le valider.

Donc quand Rainier Sacconi se prétend ancien cathare il ment, mais Augustin qui se prétend ancien manichéen ne ment pas ? Au passage, évitez de l’appeler saint Augustin, cela montre trop où penchent vos sympathies.

Que Sacconi exagère ou même mente parfois, comme le font souvent les nouveaux convertis pour prouver leur allégeance, personne n’en doute. Mais là encore, il suffit de croiser les documents pour relever ce qui tient de l’affabulation et ce qui est probable. Les confessions publiques devant le diacre étaient dans la règle monastique des cathares et leur nombre ne doit pas vous étonner, vu l’attrait que cette religion a eu dans la région.

Excusez-moi de vous faire remarquer que l’expression : exagération évidente est pour le moins douteuse si vous n’en apportez pas une contradiction argumentée. Une historienne compétente ne peut se contenter de son sentiment pour invalider un document. Et oui, faute de prouver une erreur, le témoignage d’une personne ayant vécu les fait a au moins autant de valeur que celle d’une personne vivant plusieurs siècles plus tard. Le mensonge est souvent motivé et rarement gratuit, car à l’époque Sacconi savait que l’on aurait pu facilement le ridiculiser sur des éléments majeurs s’il les avait pervertis de façon outrancière.

Je continuerais bien mon analyse point par point, mais je n’apporterai rien de plus dans ma démonstration de la légèreté de votre analyse. Moins vous connaissez un sujet, plus vous vous présentez comme experte. Vous avez le caractère de votre époque. Plus besoin de preuve ou d’argument sourcé ; il vous suffit d’avoir une conviction pour dénigrer le travail de vos prédécesseurs et pour asséner votre vérité. Ce n’est pas historienne que vous auriez dû choisir comme voie, mais journaliste ou romancière.

Éric Delmas, chercheur en catharisme, Président de Culture et études cathares, créateur de ce site et auteur de Catharisme d’aujourd’hui. Accessoirement, honteux représentant de la caste religieuse, dont les propos sont forcément faux quand on les compare aux vertueux historiens de Montpellier, Nice ou Toulouse.

Un mythe qui a la vie dure

6-4-Controverses
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Voici ma réponse aux deux articles publiés dans le Figaro-Magazine du 2 août 2019.

Madame, Monsieur,

Je vous adresse ce courrier pour demander un droit de réponse aux deux articles publiés dans votre édition du 2 août dernier concernant le catharisme, ou plutôt sa négation devrais-je dire.

Le texte de l’article « Splendeurs et mystères du Pays cathare », écrit par M. Nicolas Ungemuth est littéralement pitoyable. Ce monsieur a sans doute fouillé les poubelles du web pour se « documenter ». En effet, il fait encore référence à l’apparentement du catharisme au manichéisme, théorie amplement et brillamment démontée par M. Jean Duvernoy dans son ouvrage « La religion des cathares » paru en… 1976 ! Ses allusions nauséabondes sur l’intérêt des nazis pour le catharisme, mériteraient quant à elles la lecture de M. Christian Bernadac sur Otto Rahn.

Pour essayer de m’élever un peu au-dessus de cette boue, je voudrais rappeler à ce monsieur, qu’effectivement les cathares ne se sont jamais appelés ainsi eux-mêmes. De même que les premiers chrétiens ne s’appelaient pas chrétiens ou que les protestants des Cévennes n’avaient pas choisi le sobriquet de parpaillots qui leur fut attribué. Ces termes sont des insultes provenant de leurs ennemis qui finissent souvent par être adoptés quand les personnes concernées surmontent les obstacles jetés sur leur route. Le mot cathare vient effectivement des catholiques, plus précisément d’un moine rhénan — Eckbert de Schönau — qui fit un jeu de mot visant à associer les hérétiques qu’il avait en face de lui à des adorateurs du diable ! Mais ce mot fut repris à de nombreuses occasions par les responsables de l’Église catholique pour désigner une catégorie bien précise d’hérétiques dont la doctrine était fondamentalement opposée à la leur. Je vous signale à l’occasion que le terme chrétien n’était pas la propriété exclusive des catholiques dans les premiers siècles. Comme nous le dit Walter Bauer dans son livre « Orthodoxie et hérésie au début du christianisme » (éd. Du Cerf), à Édesse au 2esiècle, ce sont les marcionites que l’on appelait chrétiens, car ils étaient les plus nombreux. Les catholiques locaux étaient appelés palutiens, du nom de leur évêque (Palut). Comme quoi se baser sur un nom pour établir une réalité historique est un manque de jugeotte. Votre « journaliste » met involontairement le doigt sur le point crucial de la campagne négationniste que connaît le catharisme. La volonté de développer le tourisme dans une région, longtemps sinistrée, conduit à vouloir transformer le catharisme en produit de consommation, ce qui implique de lui ôter tout caractère de réalité gênante. En effet, que dirait-on si l’Allemagne organisait un tourisme autour de la Shoah ? Mais le catharisme n’a plus une population fortement choquée par son éradication pour le défendre. Aussi est-il moins risqué pour de courageux historiens, politiques et journalistes de s’en prendre à lui. Bien entendu le « Pays cathare » est une invention du département de l’Aude, peu soucieux de s’attribuer un phénomène qui s’est manifesté dans bien d’autres lieux (Ariège, Haute-Garonne, Hérault, mais aussi Champagne, Orléanais, Flandres, Rhénanie, Bosnie, etc.).

Le plus triste est l’intervention d’un autre journaliste, M. Jean Sévillia, sous le titre « Un mythe qui a la vie dure ».

Ce monsieur se réfère à une exposition itinérante, organisée par Mme Alissia Trivellone, universitaire à Montpellier, mais aussi membre d’un groupe actif dans la négation du catharisme, le GIS HéPoS (groupement d’intérêt scientifique Hérésie, Pouvoirs, Sociétés – Antiquité, Moyen Âge et Époque moderne) qui tente de poursuivre l’œuvre de révisionnisme amorcée à Nice par Mme Monique Zerner, largement démontée par MM. Duvernoy et Roquebert, entre autres. Comme elle, il joue sur les mots et tente de tromper le lecteur en faisant des raccourcis. Mme Trivellone a bénéficié de réponses hautement argumentées à ses assertions, auxquelles elle a évité de répondre dans le détail. On la comprend !

Si les cathares ne se sont jamais appelés cathares eux-mêmes — c’est l’Église catholique, pape en tête, qui les appelait ainsi —, l’étymologie grecque « katharos = purs » est douteuse, car on imagine mal les catholiques traiter leurs adversaires de purs, ce qui sous-entendrait que les autres chrétiens ne le sont pas ! Effectivement, les catholiques affublaient les cathares de noms variés et parfois fleuris, selon les régions où ils étaient repérés : piphles, tisserands, patarins, albigeois, bougres. Ces termes les désignant soit par leur activité principale, soit par leur zone géographique, voire en les traitant de menteurs (piphle = pipeau) ou de sodomites (bougre = bulgare = sodomite), permettait de les identifier et de les dissocier des groupes dissidents catholiques que la réforme grégorienne avait suscités, mais aussi de marquer l’incompréhension d’une religion dogmatique envers une religion disposant d’une certaine plasticité doctrinale. Mais notre culture judéo-chrétienne nous laisse croire que le christianisme est uniforme alors qu’il est divers depuis le premier siècle qui vit un schisme séparer ceux qui voulaient associer judaïsme et christianisme (judéo-chrétiens dont font partie les catholiques, les protestants et les orthodoxes d’aujourd’hui) et ceux qui voulaient ouvrir le christianisme à tous les peuples comme nouvelle religion émergente (pagano-chrétiens dont font partie les cathares).

Donc, oui les cathares sont des hérétiques si on les regarde du côté catholique de l’époque, mais ils ne sont pas des dissidents, car leur doctrine est depuis toujours fortement opposée sur beaucoup de fondamentaux, à celle des judéo-chrétiens. Si les cathares médiévaux n’avaient pas été une Église efficace et structurée, croyez-vous que les catholiques auraient ressenti la nécessité de créer des ordres religieux adaptés, comme les dominicains, pour s’opposer à eux sur le terrain des Écritures ?

Si votre journaliste avait lu M. Roquebert, il saurait que Simon de Montfort n’a pas mené la croisade, du moins pas avant Carcassonne où les conditions de la capture du vicomte Trencavel furent si peu glorieuses que les seigneurs, qui avaient prééminence sur lui, refusèrent tous ce cadeau jugé dégradant. Le légat a-t-il prononcé cette phrase ? nul ne peut l’affirmer ni le nier. Par contre, ce qu’il a dit aux chevaliers fut tout aussi clair à la vue du résultat sur la ville martyre de Béziers. Si la violence fut tout autant du côté des croisés que de celui des occitans, deux choses doivent être dites. D’une part la violence de l’agresseur est moins justifiable que celle des défenseurs, et d’autre part les cathares n’y ont jamais pris part, leurs vœux leur interdisant tout violence fut-ce à l’encontre d’un animal. Le valdéisme n’a pas remplacé le catharisme, car ils étaient concomitants ; il y eut même une dispute théologique les réunissant. Oui, la société médiévale, entièrement organisée autour du catholicisme, n’avait pas les moyens de répondre au catharisme qui prônait l’égalité des sexes, la non domination des classes sociales, le partage des biens, le travail de tous, etc. Ces idées, dont beaucoup sont encore utopiques de nos jours ne pouvaient obtenir de réponse et, les risques sociaux qu’elles faisaient encourir aux classes dominantes de l’époque portaient le germe de la violence qui s’est déchaînée contre elles.

Mais dire cela ne justifie pas le si piètre travail de gens dont la haute mission sociale est d’analyser et de présenter les choses de façon à éduquer la population, pas à servir ceux qui veulent l’abêtir pour libérer du « temps de cerveau » aux annonceurs publicitaires.

Je vous remercie de ne pas caviarder ma réponse.

Sincères salutations.

Éric Delmas, Président de Culture et études cathares, chercheur en catharisme et auteur de Catharisme d’aujourd’hui.

Vous avez dit « Cathare » ?

6-4-Controverses
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Voici, ci-dessous, la réaction de M. Michel Roquebert, historien du catharisme incontesté depuis  de longues années et également connu pour ses interventions à l’encontre des nombreuses tentatives révisionnistes anti-cathares qui deviennent maintenant du négationnisme à l’encontre de cette religion.

VOUS AVEZ DIT « CATHARE » ?

Sur quelques interviews d’Alessia Trivellone

Le 5 octobre 2018, trois mois après la parution chez Perrin de mon ouvrage « Figures du catharisme », Mme Alessia Trivellone, Maître de conférence en Histoire médiévale à l’Université Paul-Valéry de Montpellier, donnait au quotidien L’INDEPENDANT une interview pour annoncer l’exposition qu’elle allait présenter du 6 au 13 dans les locaux de ladite université, sous le titre « Le catharisme : une idée reçue ». Car, explique-t-elle, ce n’est qu’un mythe né au XIXe siècle, les prétendus « cathares » ayant servi « comme catalyseurs d’une identité régionale ». Et Mme Trivellone de s’étonner qu’encore aujourd’hui tant de personnes se reconnaissent « dans ces figures d’une histoire fantasmée ». Elle revint à la charge le 28 octobre, dans les colonnes de LA DEPECHE DU MIDI, pour reprendre l’idée que l’histoire du catharisme est une pure « mythologie contemporaine », mais expliquant cette fois que le mythe « est né au Moyen Age même », le XIXe siècle n’ayant fait que le récupérer pour en nourrir en quelque sorte la quête, dans le Midi, d’une identité régionale

Si la position de Mme Trivellone est claire, les arguments sur lesquels elle s’appuie sont en revanche bien étranges.

Aucune source historique, affirme-t-elle, ne parle des « cathares » à propos du Midi ; les procès-verbaux de l’Inquisition parlent seulement d’« hérétiques », mais « c’est en extrapolant des données de ces procès-verbaux que des historiens ont voulu voir l’existence d’une Eglise hérétique organisée en communautés ». Ces procès-verbaux posent en effet un problème : « Il s’agit de dépositions d’accusés privés des droits fondamentaux de défense, extorquées parfois sous la torture, par des inquisiteurs à la fois accusateurs et juges. On a le devoir d’être sceptiques, d’autant plus que ces mystérieux « hérétiques » ne nous ont laissé aucune source de leur côté ».

Faut-il s’attarder à répondre aux deux derniers arguments, celui qui concerne le crédit à accorder aux sources inquisitoriales, et celui qui nie l’existence de sources « hérétiques » ? Personne ne croira jamais que Mme Trivellone ignore que quiconque est un peu familiarisé avec les interrogatoires conservés, qui s’étalent de l’enquête de Bernard de Caux et Jean de Saint-Pierre sur le Lauragais en 1245 et 1246 aux procédures conduites par Jacques Fournier en comté de Foix entre 1318 et 1325, sait à peu de choses près mesurer le degré de fiabilité des dépositions. Qui prendrait par exemple pour argent comptant toutes celles faites devant Jean Galand puis Guillaume de Saint-Seine, de 1283 à 1291 ? Qui récuserait Bernard de Caux ou Jacques Fournier sous prétexte qu’ils auraient pu, peut-être, faire torturer leurs « témoins » ? Mais admettons qu’une interview donnée à un quotidien ne laisse pas le temps d’entrer dans les détails et condamne peu ou prou à grossir le trait. A beaucoup plus de perplexité nous conduit l’affirmation péremptoire que les hérétiques « ne nous ont laissé aucune source de leur côté ». Mme Trivellone jette-t-elle donc aux orties le Livre des deux principes, le Traité cathare anonyme, le Rituel latin de Florence, édités et étudiés par Christine Thouzellier, le Rituel occitan de Lyon, le Traité de l Eglise de Dieu et la Glose du Pater, en occitan eux aussi, qui ont curieusement échoué à Dublin, tous textes savamment édités, traduits et étudiés par René Nelli, Jean Duvernoy, Anne Brenon, Enrico Riparelli et bien d’autres ? Mais comme il serait absolument impensable qu’elle n’en ait jamais entendu parler, essayons encore de lui accorder le bénéfice du doute : peut-être a-t-elle voulu dire que les hérétiques méridionaux qu’on appelle – à tort, selon elle – « cathares », n’ont laissé aucun écrit, tous les textes que nous avons cités provenant peut-être, dans son esprit, de pays autres que le Midi. Hélas ! il est impossible de lui faire cette concession, car d’où peuvent provenir les textes occitans, si ce n’est du pays d’Oc ? « Oublier » les preuves qui contredisent votre thèse est quand même une bien étrange pratique, surtout quand on prétend, comme les tenants de la « Nouvelle Histoire », avoir enfin découvert la vérité, ce qui rend définitivement obsolète tout ce qui a été écrit avant vous. Or c’est à propos de l’appellation même de « cathares » que Mme Trivellone commet les oublis les plus incompréhensibles.

Tout le monde sait, depuis longtemps, que les hérétiques de cette Provincia qu’on nommera Languedoc ou Midi de la France ne se sont jamais appelés entre eux « cathares ». De là à croire que personne ne les a appelés ainsi, il y a loin ! Rappelons les sources qui montrent que le mot était loin d’être inconnu quand il s’agissait de désigner les hérétiques du pays d’Oc :

1°) – Canon 27 du IIIe Concile œcuménique du Latran (mars 1179) : « Dans la Gascogne albigeoise, le Toulousain, et en d’autres lieux, la damnable perversion des hérétiques dénommés par les uns cathares (catharos), par d’autres patarins, publicains, ou autrement encore, a fait de si considérables progrès… » (Texte dans J.D. Mansi, Sacrorum conciliorum nova et amplissima collectio, t. XXII, 231 .Traduction française par Raymonde Foreville dans Histoire des conciles œcuméniques, Paris, l’Orante, 1965, t. VI, p. 222.)

2°) – Le 21 avril 1198, le pape Innocent III écrit aux archevêques d’Aix, Narbonne, Auch, Vienne, Arles, Embrun, Tarragone, Lyon, et à leurs suffragants : « Nous savons que ceux que dans votre province on nomme vaudois, cathares (catari), patarins… ». Or cette bulle pontificale s’adresse à des prélats qui sont tous en exercice au sud de la Bourgogne ; il est bien évident, comme le notent d’ailleurs les plus récents éditeurs allemands de la correspondance d’Innocent III, que le mot de ., catari est dès cette époque une Allgemeinbezeichnungfùr die Hâretiker des 12. und 13. Jh,, une appellation générique pour désigner les hérétiques des XIIe et XIIIe siècles, et appliquée ici à ceux du pays d’oc. (Texte dans Migne, Patrologie latine, t. 214, col. 82, et dansO. Hageneder et A. Haidacher, Die Register Innozens ‘III, vol. I, Graz/Cologne, 1964, bulle n° 94, p. 135-138. Cf. p. 136, note 4).

3°) – Dans le Liber contra Manicheos, attribué (sous les réserves formulées par Annie Cazenave) à Durand de Huesca, on trouve : « … les manichéens, c’est-à-dire les modernes cathares qui habitent dans les diocèses d’Albi, de Toulouse et de Carcassonne… » (« … manichei, id est moderni kathari qui in albiensi et tolosanensi et carcassonensi diocesibus commorantur. » Texte édité par Christine Thouzellier, Une somme anti-cathare : le Liber contra manicheos de Durand de Huesca, Louvain, 1964, p.217.)

4°) – On a confirmation, à la fois, de l’emploi du mot « cathares » à propos des hérétiques languedociens, et de sa signification générique, puisqu’il s’adresse aussi aux cathares d’Italie et « de France », dans la Summa de Rainier Sacconi ; après avoir dénoncé les erreurs de l’Eglise des cathares de Concorezzo, l’ancien dignitaire cathare repenti, entré chez les Frères Prêcheurs, titre un des derniers paragraphes de son ouvrage : Des Cathares toulousains, albigeois et carcassonnais. Il enchaîne : « Pour finir, il faut noter que les cathares de l’Eglise toulousaine, de l’albigeoise et de la carcassonnaise tiennent les erreurs de Balesmanza et des vieux Albanistes » etc. (« Ultimo notendum est quod Cathari ecclesiae tholosanae, et albigensis et carcassonensis tenent errores Belezinansae. », Summa de Catharis, édit. Franjo Sanjek, in Archivum Fratrum Praedicatorum, n° 44, 1974.)

5°) – On citera enfin le théologien cistercien Alain de Lille, qui enseignait à Paris, mais qui fit vers 1200 un séjour à Montpellier. Ce fut alors, vraisemblablement, qu’il écrivit sa Summa quadripartita, cette « Somme en quatre parties » intitulée Sur la foi catholique, qu’il dédia au seigneur des lieux, Guilhem VIII. S’il a pris soin, dans le Livre I de son ouvrage, de rechercher l’étymologie du mot cathare afin d’en saisir le sens exact, c’est que ce mot lui était familier, mais ne manquait pas de l’intriguer. Rien n’indique cependant, dans son texte, qu’il parle uniquement d’hérétiques étrangers au pays où il séjourne. Le plus probable même, c’est qu’il s’est intéressé à ce vocable parce qu’il l’a entendu prononcer à propos des hérétiques locaux.

Comme j’avais cité les quatre premières sources dans une «réponse» qu’a publiée L’INDEPENDANT, Mme Trivellone n’a pu éviter de les prendre en compte dans le texte qu’elle a donné ensuite à LA DEPECHE. Elle l’a fait dans les termes que voici :

« Les sources produites dans le Midi, comme les procès-verbaux des interrogatoires menés par l’Inquisition ou les chroniques de la croisade contre les Albigeois, ne parlent jamais de « cathares ». Face à ce silence, des « historiens du catharisme » essaient de faire valoir quatre ou cinq sources produites ailleurs. Une poignée de sources écrites ailleurs nomment en effet des cathares dans le Midi, mais ni les milliers de témoins qui parlent devant les inquisiteurs méridionaux ni les chroniqueurs qui suivent les croisés ne voient la trace de ces cathares… N’est-ce pas étonnant ? En réalité, plusieurs historiens ont démontré que ces quelques sources écrites ailleurs ne peuvent pas être prises au pied de la lettre. »

Qu’est-ce à dire ? En citant ces quatre sources, je ne cherchais pas à leur faire dire plus que ce qu’elles disent ; et elles disent clairement que les pères conciliaires de Latran III en 1179, la chancellerie pontificale en 1198, l’auteur du Liber contra Manicheos aux environs de 1225, et l’Italien Rainier Sacconi vers 1250, ont utilisé le mot de « cathares » pour désigner les hérétiques du Midi de la France. Qu’ils l’aient fait à tort, stricto sensu, dans la mesure où le mot n’était pas d’usage courant dans le Midi, où l’on parlait beaucoup plus volontiers d’ « albigeois », n’empêche pas qu’ils se sont crus autorisés à l’utiliser, ce qui est aisément explicable : c’est qu’ils savaient très bien quelles parentés profondes unissaient les églises hérétiques d’Italie — bien connues, elles, sous cette appellation de « cathares » — aux églises hérétiques du pays d’Oc. Ils savaient très bien qu’il s’agissait, à des nuances près, certes, aussi bien dans les positions dogmatiques que dans l’organisation ecclésiale, des variantes régionales d’un vaste mouvement d’évangélisme anti sacerdotal. L’histoire de l’émigration languedocienne en Lombardie sous l’Inquisition, sa vaine résistance aux côtés des cathares lombards à Sirmione, jusqu’à sa fin sur le bûcher de Vérone en 1278 — toutes choses auxquelles, pardonnez-moi Mme Trivellone, je consacre un long chapitre dans mes « Figures du catharisme » — disent assez l’impossibilité de ne pas prendre en compte, par-delà la diversité de fait, l’unité de principe qui n’a pas échappé aux contemporains.

Et puis, une chose encore oubliée par Mme Trivellone : sur la quarantaine d’ouvrages de polémique antihérétique qui nous sont parvenus, dont les rédactions s’étalent de la fin du XIIe siècle à la deuxième moitié du XIIIe, huit au moins s’intitulent Adversus catharos. Personne n’a jamais démontré, ni n’a d’ailleurs cherché à démontrer, qu’ils excluaient de leur attaques les hérétiques languedociens.

En fait, ce débat autour du mot « cathare » me paraît assez puéril. Tout le monde sait de quoi on parle quand on le prononce ou l’écrit. Mais certains auteurs très pointilleux le récusent parce que son emploi donnerait, paraît-il, l’illusion que l’Occident eut à faire face à un vaste mouvement unique de dissidence religieuse, de la Rhénanie et des Flandres à l’Italie et au Languedoc ; c’est-à-dire l’illusion que partout les « cathares » pensaient exactement la même chose et étaient organisés de la même façon, voire qu’ils appartenaient tous à une « Église » unique. C’est là, à coup sûr, une vision tout à fait caricaturale des choses. C’est comme si on pensait que tous les peintres que nous appelons « gothiques » avaient eu les mêmes maîtres et peignaient de la même façon, ou que toutes les églises ainsi nommées elles aussi répondaient à un modèle unique. Au demeurant, aucune dénomination n’est plus artificielle que ce mot de « gothique », ni plus injuste, car, postérieur aux temps « gothiques », il fut à l’origine très dépréciatif, voire méprisant.

Qui aurait cependant l’idée de demander sa suppression en Histoire de l’art ?

Michel ROQUEBERT – Novembre 2018

« Les Cathares, une idée reçue »

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« Les Cathares, une idée reçue », l’exposition qui démonte « le mythe » des Cathares

C’est sous ce titre que le quotidien L’Indépendant publie, le 5 octobre dernier, une entrevue avec une étudiante en histoire de l’université de Montpellier qui organise une exposition pour montrer que le catharisme n’a jamais existé en Occitanie.

Bien entendu, cette « hérésie » intellectuelle a immédiatement provoqué de nombreuses réactions des plus éminents spécialistes du sujet, tant elle contient d’erreurs et de démonstrations que son auteure n’a pas étudié le sujet. À moins bien entendu qu’il ne s’agisse que d’un épisode supplémentaire de l’entreprise de désinformation menée par l’université de Montpellier via un groupe appelé GIS HEPOS qui fait de ce comportement sa marque de fabrique. Il faut dire qu’il compte en son sein la fine fleur des révisionnistes du catharisme, en leur temps étrillés par Jean Duvernoy et Michel Roquebert, mais qui tentent de reprendre du poil de la bête maintenant que ces autorités ont soit disparues, soit pris un peu de distance.

Grâce au réseau de veille sur le catharisme composé notamment de personnalités de la recherche sur le catharisme et des associations : Rencontres de Montségur, Église cathare orientale, Culture et Études Cathares, etc., voici quelques unes des réactions que cet article a suscitées :


Michel Roquebert, historien du catharisme et de la croisade albigeoise, Président d’honneur de l’Association d’études cathares – René Nelli.

Il n’est pas très difficile de répondre à une telle ignorance des sources.
Le vocable de cathares est dû à un bénédictin allemand, Eckbert de Schönau, qui désigna ainsi, vers 1163, les hérétiques rhénans, dont il dénonçait la théologie, et en premier lieu sa racine dualiste.
Or on ne manque pas de sources attestant la rapide extension de l’appellation cathare hors de l’Allemagne et son application aux hérétiques languedociens. En premier lieu le canon 27 du IIIe Concile œcuménique du Latran, réuni en mars 1179 : « Dans la Gascogne albigeoise, le Toulousain, et en d’autres lieux, la damnable perversion des hérétiques dénommés par les uns cathares (catharos), par d’autres patarins, publicains, ou autrement encore, a fait de si considérables progrès…1 ».
Le 21 avril 1198, le pape Innocent III écrit aux archevêques d’Aix, Narbonne, Auch, Vienne, Arles, Embrun, Tarragone, Lyon, et à leurs suffragants : « Nous savons que ceux que dans votre province on nomme vaudois, cathares (catari), patarins2». Or cette bulle pontificale s’adresse à des prélats qui sont tous en exercice au sud de la Bourgogne ; il est bien évident, comme le notent d’ailleurs les plus récents éditeurs allemands de la correspondance d’Innocent III, que le mot de catari est dès cette époque une Allgemeinbezeichnung für die Häretiker des 12. und 13. Jh., une appellation générique pour désigner les hérétiques des XIIe et XIIIe siècles3, et appliquée ici à ceux du pays d’oc.
Entre 1194 et 1202, le théologien catholique Alain de Lille écrit à Montpellier – donc en Languedoc – sa « Somme en quatre parties, ou De la foi catholique contre les hérétiques4 ». Absolument rien ne dit que les catari qui apparaissent à diverses reprises au cours de son texte seraient les hérétiques rhénans ou italiens, et non ceux de son pays d’adoption.
Mais l’argument décisif se trouve assurément dans le Liber contra Manicheos, le « Livre contre les Manichéens » attribué à Durand de Huesca. Chef de file des disciples de Valdès qui étaient venus en Languedoc y répandre l’hérésie des « Pauvres de Lyon »,  Durand revint au catholicisme romain à la faveur de la conférence contradictoire tenue à Pamiers en 1207 et se mit, dès lors, à écrire contre les autres hérétiques languedociens. Son ouvrage est peu ordinaire : c’est la réfutation d’un ouvrage hérétique que l’auteur du Liber prend soin de recopier et de réfuter chapitre après chapitre ; l’exposé, point par point, de la thèse hérétique est donc présenté, et immédiatement suivi de la responsio de Durand. Or le treizième chapitre du Liber est tout entier consacré à la façon dont les hérétiques traduisent, dans les Ecritures, le mot latin nichil (nihil en latin classique) ; les catholiques y voient une simple négation : rien ne… Ainsi le prologue de l’évangile de Jean : Sine ipso factum est nichil, « sans lui [le Verbe], rien n’a été fait ». Les hérétiques, en revanche, en font un substantif et traduisent : « Sans lui a été fait le néant », c’est-à-dire la création visible, matérielle et donc périssable. Preuve, au passage, de leur dualisme. Mais ce n’est pas ce qui nous importe ici.  Laissons la parole à Durand : « Certains estiment que ce mot ‘nichil’ signifie quelque chose, à savoir quelque substance corporelle et incorporelle et toutes les créatures visibles ; ainsi les manichéens, c’est-à-dire les actuels cathares qui habitent dans les diocèses d’Albi, de Toulouse et de Carcassonne5… »

Une éclatante confirmation, à la fois, de l’emploi du mot cathare à propos des hérétiques languedociens, et de sa signification générique, puisqu’il s’adresse aussi aux cathares d’Italie et « de France », se trouve dans la Summa de Rainier Sacconi ; après avoir dénoncé les erreurs de l’Eglise des Cathares de Concorezzo, l’ancien dignitaire cathare repenti, entré chez les Frères Prêcheurs, titre un des derniers paragraphes de son ouvrage : Des Cathares toulousains, albigeois et carcassonnais, Il savait de quoi il parlait.  Il enchaîne : « Pour finir, il faut noter que les Cathares de l’Eglise toulousaine, de l’albigeoise et de la carcassonnaise tiennent les erreurs de Balesmanza et des vieux Albanistes6 » etc.
Bref, l’usage du mot cathares pour désigner les hérétiques du sud du   royaume de France est attesté, tant en Languedoc et en Italie qu’à la Curie romaine, dès le dernier tiers du XIIe siècle, et son usage perdura au XIIIe.
Il est donc tout à fait légitime de s’en servir encore au XXIe siècle. D’autant que, pas plus que Rainier Sacconi, nul n’ignore aujourd’hui, quand il rencontre ce mot, de qui il s’agit…
Quant à penser que la lutte contre l’hérésie ne fut qu’un faux prétexte pour lancer la conquête française, c’est ignorer que le roi Philippe Auguste a refusé de s’engager dans la croisade et que, s’il n’a pu l’empêcher, il a quand même réussi à la retarder de dix ans. Il suffit de lire sa correspondance avec  le pape Innocent III… Si la « guerre sainte » qu’avait voulue le pape a rapidement dégénéré en pure et simple guerre de conquête, c’est parce qu’elle a inévitablement provoqué un grave conflit entre le droit canonique et le droit féodal… Ce n’est pas très difficile à comprendre.

SOURCES

[1] Texte dans J. D. Mansi, Sacrorum conciliorum nova et amplissima collectio, t. XXII, 231. Traduction française par Raymonde Foreville dans Histoire des conciles œcuméniques, Paris, L’Orante, 1965, t. VI, p. 222.
[2] Texte dans Migne, Patrologie latine, t. 214, col. 82, et dans O. Hageneder et A. Haidacher, Die Register Innozens’III, vol. I, Graz/Cologne, 1964, bulle n° 94, p. 135-138.
[3]  Die Register Innocenz’III,   p. 136, note 4.
[4] Summa quadrapartita  ou De fide catholica contra haereticos , Manuscrit à la Bibliothèque Vaticane, Vatic. Lat. 903 ; édité par Migne, Patrologie latine, t.210, col. 305 et suiv. Cf. notamment la col. 366, passage où l’auteur tente de donner l’étymologie du mot cathare.
[5] Quidam estimant hoc nomen ‘nichil’ aliquid significare, scilicet aliquam substantiam corpoream et incorpoream et omnes visiblies creaturas, ut manichei, id est moderni kathari qui in  albiensi et tolosanensi et carcassonensi diocesibus commorantur. Texte édité par Christine Thouzellier, Une somme anti-cathare : le Liber contra manicheos de Durand de Huesca, Louvain, 1964, p.217.
[6] Ultimo notendum est quod Cathari ecclesiae tholosanae, et albigensis et carcassonensis tenent errores Belezinansae. …  (Summa de Catharis, édit. FranjoSanjek, Archivum Fratrum Praedicatorum, n° 44, 1974.)

Roquebert Michel


Annie Cazenave, chercheur en histoire médiévale, docteur en histoire et chercheuse au CNRS (aujourd’hui à la retraite).
« L’indépendant vient de nous offrir une interview assez réjouisante, et même carrément drôle, par l’annonce d’une exposition sur un sujet qui n’existe pas.
Alessia Trivallone a été l’étudiante d’une étudiante de R. Manselli, auteur de « L’eresia de Male » — l’hérésie du Mal. Quel Mal ? que signifie-t-il pour lui. et pour A.Trivallone ?
Rien de neuf dans ce qu’elle dit ; on repère les auteurs, constate les lacunes et remarque les incohérences.
Puisqu’elle croit que les Bons Hommes sont des notables, on va la décorer du titre de Bona femina, terme qu’elle ignore, ce qui est dommage, ne serait-ce que pour la parité.
Elle prétend que les sources sont trop biaisées pour être crédibles. Si, on peut les étudier, ça s’appelle la critique des sources. Mais alors, il y a des sources ? Elle le nie. On présume donc qu’elle ne connait que l’inquisition.
L’explication par l’anticléricalisme date d’avant 1905 et la querelle à propos de la Séparation. L’argument social a été repris par Morghen dans les années 50.
Michel Jas et Michel Roquebert ont remarquablement pointé les erreurs on doute que ce lui soit utile.
On la remercie de nous apprendre que le Moyen-Âge est une époque différente, quant à une « vision plus large et globale » on ne saurait trop lui conseiller de la mettre en application en l’étudiant.
Le P. Dondaine s’exclamait : « il faut lire les textes pour en parler ». Vous savez, le P. Dondaine, l’éditeur du Liber de duobus principiis — Livre des deux principes —, source « hérétique » superbement ignorée.
On peut aussi finir par une autre citation : « ce qui est excessif est insignifiant ». Nous avons connu de grands professeurs à l’Université de Montpellier. Que lui arrive t’il ?

Annie Cazenave


Roland Poupin, pasteur, docteur en théologie, docteur en philosophie

L’article dans lequel vous donnez la parole à Mme Alessia Trivellone m’a été communiqué par un ami de votre région qui connaît mon travail sur les cathares (deux thèses universitaires, deux livres, quelques dizaines d’articles dans des revues diverses et participation à divers colloques internationaux).
Ayant utilisé pour mes recherches les textes (qui sont loin d’être rares !) issus des cathares eux-mêmes, quelle n’est pas ma surprise de lire que selon Mme Trivellone « ces mystérieux « hérétiques » ne nous ont laissé aucune source de leur côté… » (sic !) Surprenant de lire un tel propos asséné par une historienne travaillant au XXIe siècle ! Une telle affirmation eût été à la limite recevable au XVIIIe siècle, quand les sources découvertes depuis la fin XIXe jusqu’à la deuxième moitié du XXe siècle étaient inconnues. Mais de nos jours ! La liste est longue des sources hérétiques – incontestées ! – découvertes depuis : une traduction en langue d’Oc du Nouveau Testament (début XIVe ; redécouvert en 1883 et édité en 1887) ; deux traités de théologie : le Livre des deux Principes (XIIIe s. ; redécouvert et édité en 1939) ; plus un traité reproduit pour réfutation, le « traité anonyme » (attribué à Barthélémy de Carcassonne, daté du début XIIIe ; redécouvert et édité en 1961) cité dans un texte attribué à Durand de Huesca (cité avant d’être réfuté, comme cela se pratique depuis haute époque – pour ne donner qu’un seul autre exemple : on ne connaît Celse que par ses citations par Origène) ; plus trois rituels, dits : de Lyon, annexé au Nouveau Testament occitan ; de Florence, annexé au Livre des deux Principes ; de Dublin (redécouvert et édité en 1960) — avec éléments d’accompagnement, ou de préparation, en l’occurrence une glose du Pater, outre notamment une Apologie de la vraie Église de Dieu. Or ces textes émanent bien, depuis différents lieux, de ceux que les sources catholiques appellent cathares : des rituels équivalents suite à un Nouveau Testament et suite à un traité soutenant le dualisme ontologique, tout comme le soutient aussi le traité cathare anonyme donné dans un texte catholique contre les cathares !… Textes suffisamment éloignés dans leur provenance (Occitanie, Italie), et dont la profondeur de l’élaboration implique un débat déjà nourri antécédemment au début XIIIe où apparaît le « traité anonyme ». Et puis apparaissent aussi deux versions latines de la fameuse Interrogatio Iohannis (XIIIe s., avec fragments bulgares du XIIe s.), une conservée à Vienne (témoin le plus ancien, édité depuis 1890) annexée à un Nouveau Testament en latin, l’autre trouvée à Carcassonne (éditée dès 1691).
Excusez du peu !
Mme Trivellone affirme avoir bâti sa conviction sur le livre de 1998 Inventer l’hérésie ?, actes du colloque de Nice, dont l’objet était de s’interroger sur l’authenticité de la « charte de Niquinta ». Sans compter qu’une inauthenticité de ce seul texte n’aurait pas d’incidence décisive sur l’existence de l’hérésie en terre d’Oc (il y a abondance d’autres sources), Mme Trivellone semble ignorer que le colloque de Nice ne pouvant trancher sur la question traitée avait décidé de s’en remettre à l’expertise philologique de l’historien Jacques Dalarun et du philologue spécialisé en paléographie latine Denis Muzerelle, qui concluaient… en faveur de l’authenticité du document !
Le seul point sur lequel on peut s’accorder avec les propos assénés par Mme Trivellone est son affirmation que les hérétiques ne se nommaient pas eux-mêmes « cathares ». C’est loin d’être un scoop ! C’est un point acquis depuis des décennies et mis en lumière définitivement par Jean Duvernoy en 1978 ! Mais de là à extrapoler de cet acquis pour aller jusqu’à dire que « les Cathares ne sont mentionnés que dans un très petit nombre de sources aux XIIe et XIIIe siècles dans de rares sources de l’Empire germanique, dans les années 1160, puis brièvement dans des documents pontificaux, et en Italie au cours du XIIIe siècle » ! Quand on sait que parmi lesdits documents pontificaux, il y a l’usage du mot « cathares » pour qualifier l’hérésie médiévale fait par le pape Innocent III désignant l’hérésie dans le Midi de la France (contre lequel il lancera la croisade), et ce sur la base des canons du IIIe concile de Latran (1179), visant lui aussi sous ce terme « cathares » les mêmes hérétiques du Midi de la France, après que le cistercien Alain de Lille les ait désignés lui aussi sous ce terme depuis l’université de Montpellier, suite à ce que les polémistes rhénans (chez qui on trouve le premier usage connu du terme) aient correspondu sur le problème de l’hérésie dualiste / « manichéenne » / « cathare » donc, avec le cistercien Bernard de Clairvaux prêchant dans le Midi, on est fondé à être interrogé par cette minimisation des sources (« rares », « brièvement » – sic) : que faut-il de plus ?
Et il y a plus dans la dénonciation des « manichéens » (i.e. « cathares ») du Midi de la France, jusqu’à la fondation de l’ordre des dominicains, puis à leur œuvre de prédication, puis d’inquisition, dont on comprend bien qu’on doive être prudent en en lisant l’abondante production. Ce pourquoi j’ai préféré fonder mes recherches sur les sources issues des cathares eux-mêmes… Ce qui permet toutefois de constater que les Inquisiteurs et polémistes, certes de façon négative et donc caricaturale, ont tout de même au-delà de leurs a priori négatifs – forcément ! – une connaissance finalement assez fiable de l’hérésie qu’ils décrivent comme « manichéenne ».
Gageons qu’un travail plus poussé sur les sources (car, à nouveau, elles sont loin d’être rares !) ramènera un peu de raison dans ce débat devenu décidément bien passionnel.

Roland Poupin, pasteur, docteur en théologie, docteur en philosophie


Michel JAS, pasteur – auteur, entre autre, de Braises cathares

Six inexactitudes dans  l’article présentant Alessia Trivelonne et son exposition « LES CATHARES UNE IDEE RECUE » (l’indep du Vendredi 5 octobre 18) :

  1. autour du terme « cathare » : il fut utilisé par les condamnations papales qui visaient le Midi et par Alain de Lille descendu à Montpellier pour les contredire .
  2.  autour d’une prétendue extrapolation à partir de certains registres de l’Inquisition ( revus à la baisse et travaillé, de façon universitaire donc brillante, mais incomplète par M.-G. Pegg, repris par Théry et encore ici par Trivellone ) qui permettraient de voir une Eglise Hérétique Organisée ( Jean Duvernoy, meilleur connaisseur des registres de l’Inquisition, avait, encore une fois, avant sa mort, répondu à Pegg et plus récemment Peter Biller, Shelagh Sneddon et Caterina Bruschi, éditant en 2010 les sources ignorées par Pegg  dans «  Inquisitors and Heretics in Thirteenth-Century Languedoc : Edition and Translation of Toulouse Inquisition Depositions, 1273-1282 »)
  3. l’ignorance des sources hérétiques (« cathares ») : trois rituels, deux ou trois traités  (j’ai personnellement travaillé les originaux cathares sorte de compte rendu, coté occitan hérétique, du colloque de Montréal)
  4. Alessia Trivellone reprend la thèse de Pegg sur les « boni homines » (sécularisant l’expression pour nier le fait hérétique) sans recul critique depuis les réponses aux erreurs de Pegg (cf mon point 2)
  5. Les historiens, plus jeunes, usant d’approche critique (en fait ce n’est plus de la critique mais de la démolition hypercritique ) auraient le mauvais rôle. C’est tout le contraire  (confer “The invention of the invention”: archeology or ideology?, Gabrièle Wersinger-Taylor : “ On constate l’« inflation », dans les milieux des sciences humaines et de l’anthropologie, de publications récentes dont le titre contient le mot invention : L’invention du sujet moderne ; L’invention de Dieu ; L’invention du monde ; L’invention de la culture (Environ 710 titres de l’Année philologique portent cette mention avec une croissance nette ). Aucune notion ne semble aujourd’hui échapper à son invention » etc.)
  6. La Charte de Niquinta (Nicétas) qui serait un faux : Mme Trivellone fait semblant d’ignorer les publications  qui ont répondu à ce soupçon !

Heureusement la page incriminée de l’indépendant présente en bas de page la mention du colloque « Aux sources du catharisme »  Carcassonne 25 octobre – Mazamet 27 octobre qui dira tout le contraire des affirmations de Mme Trivellone .
Mais la pagination met cette annonce sous le titre « À Montpellier et l’an prochain à Fanjeaux » qui concerne l’exposition de Mme Trivellone, ce qui prête à confusion .

Michel JAS, pasteur


Éric Delmas, Président de Culture et études cathares, gestionnaire de ce site et auteur de Catharisme d’aujourd’hui

Patrick du Côme, de l’association Rencontres de Montségur, m’a signalé une exposition à Montpellier sur la thématique de la non-existence des cathares.
Effectivement, le mouvement négationniste anti-cathare est en pleine effervescence sous l’impulsion d’universitaires du sud de la France et, bien entendu, du microcosme d’historiens affiliés aux Cahiers de Fanjeaux.
Un des arguments avancé est que le mot cathare n’a jamais été utilisé au Moyen Âge et que c’est donc une invention tardive.
Puisqu’il paraît que ces gens sont des chercheurs, professionnels de surcroît, je soumets à leur attention un document qui a dû leur échapper, en raison de sa faible importance sans doute : le 27e canon du Concile œcuménique de l’Église catholique de Latran III (1179) qui nous dit : « Quoique l’Église, suivant que le dit saint Léon, rejette les exécutions sanglantes, elle ne laisse pas d’être aidée par les lois des princes chrétiens, en ce que la crainte du supplice corporel fait quelquefois recourir au remède spirituel ; c’est pourquoi nous anathématisons les hérétiques nommés cathares, patarins ou publicains, les albigeois et autres qui enseignent publiquement leurs erreurs, et ceux qui leur donnent protection ou retraite, défendant, en cas qu’ils viennent à mourir dans leur péché, de faire des oblations pour eux, et de leur donner la sépulture entre les chrétiens. »
Retrouver à cette époque — qui je crois fait bien partie du Moyen Âge — une phrase on ne peut plus officielle mêlant cathares, patarins et albigeois, me semblent infirmer ce que disent ces messieurs-dames. Comme quoi la profession d’historien n’a rien d’une garantie de perspicacité.


Gilles-Henri Tardy, au nom de l’église Bogomilo-Cathare (Communauté cathare orientale) (Athènes) :
« Sous l’impulsion de groupuscules hyper-catholiques qui se font l’écho d’ordres inquisitoriaux, la recrudescence de plus en plus virulente d’une rumeur veut que les Cathares n’aient jamais existé.
Avant tout, il semble utile de rappeler que le catharisme est une spiritualité ou si l’on préfère, un courant de la religion chrétienne. Ce courant puise dans le christianisme paulinien et la tradition des églises d’Orient.
Le catharisme est chrétien !
Certains universitaires, probablement en mal de reconnaissance vis à vis d’une certaine église ou plus précisément de certains corps de cette église, avancent hardiment que le catharisme est de création récente et que les cathares ne sont qu’un mythe.
Dans la mesure où ces universitaires auraient pu approfondir leurs recherches en utilisant les outils de l’herméneutique et de la sémiologie, ils auraient pu répondre à notre place.
Cela n’a pas été fait, cette présentation est donc incomplète et frôle le mensonge (par omission). Cependant, comprenons bien que la bonne foi de ces chercheurs n’est pas en cause, c’est le matériau utilisé et la manière dont il est utilisé qui est en cause ; il est en cause par l’approche biaisé voulu par des clercs qui influencent les travaux et qui le font par peur de devenir « victime émissaire ». Or, il n’en est rien. Ces clercs sont passéistes et se meuvent dans un autre âge… très avancé… et qui ne peut plus appréhender les faits avec détachement, sérénité et honnêteté. Il est fort dommage que Mme Alessia Trivellone soit tombé dans le piège de l’obscurantisme ; peut être retrouvera-t-elle avec bonheur la voie de la recherche et rétablira, au moins pour elle-même, sinon une vérité du moins une réalité en parcourant les textes de l’inquisition, les témoignages des notaires royaux, les manuscrits de Leyrins et plus récemment la thèse de doctorat de Stéphanis Drakopoulos, prélat de l’église orthodoxe de Grèce. Nous souhaitons cela à Mme Trivellone, de grand cœur et avec respect.
L’incompétence n’est pas une faute en soi, nous sommes tous incompétents en dehors des domaines que nous ne maitrisons pas nous rappelle le « principe de peter ». Ce qui est grave c’est de produire au public des sources erronées et de soustraire celles qui ne conviennent point à l’entendement d’un groupe clérical.
Ce qui importe ce ne sont pas les noms et les diverses appellations dont, au fil des siècles, ont été « affublés les « Bons Chrétiens », les «Bons Hommes», et «Amis de Dieu» que nous appelons malgré tout « Cathares » ; ce qui importe, ce sont d’une part leurs actes, leurs pensées, et leurs enseignements et d’autres part, les critiques et les violences de leurs adversaires persécuteurs-éradicateur.
Ces appellations ont varié à travers les siècles, à la faveur d’une part des langues utilisées et d’autre part à celle de la loi du plus fort du moment. Cathares est un terme générique pour un ensemble d’hérésies (heresae, dans le sens noble du terme).
J’invite le lecteur à s’imprégner des Ecritures Cathares et de se rapprocher, au travers des multiples conférences, des communautés cathares existantes, qui n’ont rien de folkloriques mais restent des centres d’études ouverts sur le monde et l’Histoire, faisant fi de l’adage que « l’Histoire est écrite par les vainqueurs ».
L’écoute, le partage et le respect en disent plus long que des arguties développées par manque de sources.
(Gilles-Henri Tardy, Master of Arts, (Histoire, sciences sociales et culturelles françaises, NYU) ».


Joël Lafaille, Pieusse

Il ne manquait qu’une négationniste à nos martyrs. Pour ma part, elle pense et dit ce qu’elle pense, donc aucune polémique. Les bûchers, l’odeur des corps, les cris de la chair qui renâcle ne sont pas ceux des bons chrétiens, nous dit elle, mais d’hérétiques lambdas. Je suis triste que l’on salisse notre puissant passé.

En écrivant ces lignes je pensais  à ce poème lu à la stèle dans le début des années 80 , Olivier Cèbe était présent je pense et Lucienne Julien absente mais en vie:  » seul immobile face à ce passé puissant, à l’heure où lancinante une chouette Ulule ,je regarde éperdu l’immense crépuscule embraser Montségur dans des flammes de sang » ce texte est resté en moi  et ce soir je pense aux victimes de l’intolérance de la barbarie à nos frères de Monségur mais aussi  à  ceux de Treblinka  et à ceux qui  mouront demain pour la liberté , pour moi ils font parti de la même cohorte , oui une grande tristesse a traversé mon être
A leu Patrick


Dominique Dhenry, Pdt de Catharisme et Paratge Foix 09

Merci de ce message.
J’ai visionné une conférence (début 2018) donnée à Montségur par Claire Colombi (Ecole des chartes).
Ses considérations vont dans le même sens avec parfois des affirmations ahurissantes :
– Parce que Déodat Roché était franc-maçon, rose-croix et affilié à la théosophie, ses propos ne peuvent être considérés comme scientifiques… (Isaac Newton s’adonnait à l’alchimie, B Franklin était FM…)
– Ce sont les communistes, qui, au lendemain de la guerre, ont poussé à la roue pour faire surgir de l’histoire le catharisme (pour les communistes : ni dieu… ni maître, il faut le rappeler. On voit mal des communistes favoriser la résurgence d’une religion !),
– Zoé Oldembourg n’a pas écrit ses livres sur le catharisme, elle était en fait le factotum d’un groupe secret qui tenait sa plume,
– le Catharisme était, somme toute, un phénomène « extrêmement » marginal…
Etc…

Ce qui apparaît nettement : tout cela apparaît coordonné ! Ce ne peut être le fait de coïncidences… Certains redoutent une « résurgence » du catharisme !
Une info, la vidéo est disponible sur un site ou intervient ….Alain Soral !!! c’est tout dire !!!
Je pense que des réponses doivent être apportées. On devrait en discuter lors de notre prochaine réunion du 14 octobre prochain.

Amistat

Dominique Dhenry, Pdt de Catharisme et Paratge Foix 09

La réaction qui suit est issue de la page Facebook du Musée du catharisme de Mazamet. Les deux personnes qui interviennent sont bien connues et sont les fondatrices du CIRCAED (collectif co-organisateur du colloque des 25 et 27 octobre prochains).

Anne Brenon archiviste paléographe, historienne du catharisme, etc. et Pilar Jimenez docteur en histoire (université de Toulouse)

« À propos des cathares, on a pu constater récemment qu’on joue « habilement » de ambiguïté du mot (cathare) et de la réalité. Que les « hérétiques » dits « cathares » ne (se) soient pas appelés cathares dans le Midi est aujourd’hui admis de tous les historiens. En réalité, si l’usage abusif du nom cathare remonte au XIXe siècle, le voilà aujourdhui utilisé comme prétexte pour affirmer que les « hérétiques » en question ne se sont jamais organisés en communautés, en Eglise – opinion/position défendue par A. Trivallone dans son entretien du 5 octobre à l’Indépendant…
Pourtant, les sources médiévales témoignent longuement et abondamment du contraire, tant les registres de l’Inquisition que les sources cathares, pardon, les sources provenant des « hérétiques » eux-mêmes. Peut-on balayer leur existence d’un revers de main ?
Contrairement à cette prise de position infondée, les sources documentant les « hérétiques » dits « cathare » sont nombreuses, riches et diversifiées. Le chantier historien ne peut se situer par rapport au faux problème de l’existence ou non de ces sources, mais porte, restons sérieux, sur leur étude critique. C’est ce à quoi s’emploient les médiévistes internationaux, spécialistes des textes médiévaux, qui viendront du 25 au 27 octobre prochain, à Carcassonne et Mazamet, faire un point actualisé de leur recherche sur les Sources cathares. Nous sommes heureux de vous convier à ces rencontres, librement ouvertes à tous, lieu d’un débat scientifique, constructif – et courtois. »

Anne Brenon et Pilar Jimenez

Magazine l’Histoire n° 430 de décembre 2016

6-4-Controverses
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Ce magazine propose un dossier intitulé : Les cathares. Comment l’Église a fabriqué des hérétiques.

Voici le courriel que je viens d’envoyer à sa directrice de la rédaction, madame Valérie Hannin.

Madame,

Il y a tant à dire sur la revue que vous venez de publier, essentiellement consacrée au « négationnisme » du Catharisme que j’ai du mal à savoir comment vous répondre sans y consacrer 300 pages. Pour faire simple et au risque de répéter certains arguments, je vais user d’une méthode simple qui va consister à répondre aux articles, les uns après les autres.

Dans l’édito, signé par L’Histoire — peut-être est-ce vous qui vous cachez sous ce pseudonyme —, je lis que la geste des cathares d’Occitanie est une légende bien enracinée. Votre a priori personnel est légitime et prouve qu’un auteur peut se départir de la fausse objectivité journalistique qui n’a jamais existé en aucun domaine, chacun exprimant forcément dans ses écrits une part de son opinion personnelle. Le titre « Pays cathare » est d’origine moderne et n’a donc rien à voir avec le Catharisme médiéval. Charles Schmidt fut effectivement un historien qui relança l’intérêt des chercheurs pour le Catharisme et il est vrai qu’il était encore fortement imprégné des opinions judéo-chrétiennes qui avaient été construites par la rhétorique catholique anti-cathare médiévale. L’idée que le Catharisme était une contre-Église (catholique et orthodoxe) est une idée effectivement fausse. C’était simplement une résurgence d’une Église chrétienne ignorée, quoique toujours active dans le sud de la Bulgarie.

[Digression destinée à expliquer la phrase précédente]
Les historiens ont toujours pensé que la transmission vers l’Occitanie s’était faite via les routes commerciales des Balkans, par la Rhénanie, le nord de la France puis était redescendue par l’Orléanais, l’Aquitaine et enfin le Toulousain. Dans mon livre j’ai étudié une autre possibilité, non pas concurrente, mais parallèle d’une transmission directe via les troupes de Raymond IV de Saint-Gilles, comte de Toulouse qui, après la mort du comte en terre sainte, rentrèrent à Toulouse pour soutenir son fils. Or, ces troupes avaient été renforcées d’éléments de l’armée de l’empereur Alexis 1er Comnène qui comptait dans ses rangs des pauliciens intégrés — en raison de leurs compétences militaires — après la chute définitive de leur ville Téphriké vers 872 – 875. Or, ces pauliciens étaient eux-mêmes des chrétiens dont la doctrine était fort proche de celles des marcionites dont on peut penser qu’ils furent à l’origine de la création de ce groupe, tout comme il est vraisemblable que les pauliciens initièrent à leur foi ceux que l’on appelle désormais les bogomiles et les cathares. [fin de la digression]

Malheureusement, aucune étude complète n’ayant jamais été entreprise sur ce sujet, les historiens des derniers siècles sont restés bloqués sur un texte qui signait, à leurs yeux, l’origine du Catharisme : Le slovo de Cosma le prêtre contre l’hérétique Bogomil. Sauf que ce texte contient une information importante à l’époque où il est écrit (vers 950), à savoir qu’il y a déjà cinq évêchés bogomiles en activité. Un historien aurait dû penser que cela indiquait une réelle antériorité de cette religion, mais aucun ne l’a fait. Par contre, ces sujets ayant fait l’objet d’études de la part d’historiens motivés, mais forcément influencés par une société judéo-chrétienne fort prégnante, la recherche d’une origine déviationniste fut une constante. Si tout le monde s’accordait pour dire que l’accusation de Manichéisme était due à la nécessité d’utiliser la réfutation de Manès écrite par Augustin d’Hippone, faute de disposer de personnes capables d’en produire une adaptée à la doctrine cathare médiévale, chacun chercha à trouver une origine plus ou moins lointaine de cette déviation du tronc catholique que plus personne n’imaginait considérer comme n’étant pas le seul point d’origine du Christianisme. On eu droit notamment à des hypothèses faisant surgir le Catharisme de l’Arianisme et, plus récemment, un des chercheurs le plus sérieux sur le sujet — Jean Duvernoy, opportunément absent de vos sujets — imaginait une déviation issue d’Origène, père de l’Église catholique accusé d’hérésie après sa mort en raison des déviances de ses disciples. Mais Origène, en bon père de l’Église, était parfaitement orthodoxe et opposé à ce qui allait devenir la doctrine cathare.
Ensuite vous parlez à juste titre des approches parfois romantiques, parfois occitanistes, voire protestantes, qui donnèrent au Catharisme des colorations qu’il n’a jamais eu.
Même aujourd’hui l’idée d’une dissidence catholique reste ancrée dans l’esprit d’historiens qui refusent de se plonger dans la doctrine qui leur montrerait à quel point ils se trompent. En effet, dès l’époque du moine rhénan Eckbert de Schönau, qui donna le premier ce nom de cathares à ces « hérétiques », il était observé plusieurs sortes d’accusés. Les uns étaient clairement des dissidents catholiques et en conservaient les pratiques (comme l’aumône), alors que les autres différaient dans leur discours et leurs pratiques et surtout, ils rappelaient qu’ils descendaient d’une lignée apostolique ininterrompue depuis le premier siècle. J’en profite pour vous signaler qu’il ne les accusait pas de baiser le cul des boucs, comme vous l’écrivez de façon erronée en encart rouge de votre édito, mais celui d’un chat blanc — représentation du diable à l’époque — d’où le nom Katzers, vaguement homophone de Ketzers désignant l’hérétique.
Je suis en outre fasciné de lire que vous prêtez foi, sans aucune réticence, à des affirmations d’historiens modernes, qui dénient toute valeur aux récits de contemporains des cathares sans jamais apporter d’autre preuve que leur conviction personnelle. Cela illustre bien la mentalité d’aujourd’hui qui à l’opposé de l’époque médiévale et des premiers siècles considère systématique que ce qui est ancien soit faux et ridicule et que ce qui est moderne soit forcément fiable. Dans dix ou vingt siècles, les historiens d’alors n’ont pas fini de rire de notre autosuffisance et de notre égo surdimensionné.

Dans l’article : Les cathares ont-ils existé ?, je voudrais signaler que les appellations des groupes religieux minoritaires ont toujours été imposées par ceux qui étaient majoritaires. Ainsi, les disciples de « l’oint du Seigneur » (Chrestius) furent-ils appelés Chrétiens par dérision de la part des « païens », possiblement à Antioche pour la première fois. De même, les protestants des Cévennes furent moqués du terme Parpaillots en référence à ce papillon éphémère que les catholiques voulaient comparer à des « hérétiques » dont ils souhaitaient la prompte disparition. Alors les « Cathares » eurent eux aussi droit à de nombreuses appellations, car on leur refusait le droit d’utiliser le seul terme qu’ils reconnaissaient : celui de Chrétiens. On les nomma selon leur métier (Tisserands), en référence aux mensonges qu’on leur attribuait (Piphles c’est-à-dire joueurs de pipeau), selon leurs habitudes gyrovagues (Phoundagiates : porteurs de besace), selon les groupes sociaux contestataires qu’ils avaient acquis à leur foi (Bogomiles, Patarins) et de quelques autres encore, sans oublier Albigeois pour ceux d’Occitanie. Il va sans dire que cet argument de langage ne saurait permettre de distinguer ces groupes ou de les réunir. Seule l’étude doctrinale dans ses fondamentaux le permet, mais nos historiens refusent d’y tremper un doigt de peur de se salir. M. Moore fait l’impasse totale sur le mouvement initié par Jean Duvernoy — et je le comprends ! — qui comprit le caractère évangélique de ces groupes. Anne Brenon et bien d’autres à l’exception notable de Michel Roquebert seront également oubliés tout au long de votre revue. Je note néanmoins que c’est à Mazamet en 2009 que fut enfin émise l’idée d’un Catharisme issu d’une origine très ancienne du Christianisme authentique. À l’époque la référence au Marcionisme fut évoquée. Les « déconstructionistes » menés par Monique Zerner et Jean-Louis Biget furent largement obligés d’afficher un profil bas après plusieurs démonstrations de leurs erreurs, tant par Jean Duvernoy que par Michel Roquebert, et ce notamment en 2005. Mais Jean Duvernoy est mort, Michel Roquebert n’est plus tout jeune, le Conseil général de l’Aude à laissé mourir le Centre d’études cathares-René Nelli, après lui avoir coupé les vivres et avoir fait partir les chercheurs sérieux comme Anne Brenon, dans l’espoir d’en faire un centre de vulgarisation au service d’un Catharisme touristique et économiquement viable, mais surtout acceptable par un département où l’influence du clergé catholique et notamment des dominicains de Fanjeaux pousse naturellement à l’autocensure. Je ne peux reprendre toutes les erreurs de cet article, mais je voudrais en finir avec celle prétendant à l’inexistence d’un clergé cathare. Elle est pathognomonique d’une vision unique du terme hiérarchie. En effet, les cathares avaient bien une hiérarchie composée d’anciens, de diacres, de fils mineur ou majeur et d’évêques. Mais elle n’était pas verticale comme nous connaissons nos hiérarchies d’aujourd’hui ou comme l’était celles des judéo-chrétiens d’alors. Elle était horizontale, c’était une hiérarchie de service, comme il convient à l’Église du Christ. Ceux reconnus par leurs pairs comme plus compétents et avancés dans la foi consacraient un peu de leur temps de service à l’administration du groupe, d’un ensemble de communautés ou d’un diocèse.

De l’article de Jean-Louis Biget : Fils du diable !, je retiendrai l’étude du dualisme. C’est un grand classique. On accusa d’abord les opposants au judéo-christianisme d’être dualistes, puis on leur retira le titre de Chrétiens pour les ranger dans une catégorie fourre-tout appelée Gnostiques, avant de les associer sur la base d’un élément doctrinal mal compris ou volontairement discriminant, comme celui de Manichéens. Pour finir, le terme dualiste permettait d’évoquer un dithéisme que l’on ne pouvait démontrer et ainsi masquer ce qu’il comportait de logique. En effet, le dualisme cathare tient au fait qu’ils comprenaient le concept d’omniscience et d’omnipotence d’un Dieu parfait dans le Bien d’une façon qui ne souffrait aucune exception, sauf à le dégrader de son titre divin. Là où les judéo-chrétiens essayaient de faire de Iahvé et du Dieu de Jésus un seul Dieu, les ancêtres des cathares — dès le premier siècle — avaient compris que le premier ne pouvait être Dieu, mais qu’il était Satan cherchant à se faire passer pour Dieu. Cela semble incompréhensible à certains aujourd’hui qu’il puisse y avoir un principe du Bien séparé, mais coéternel à un principe du Mal. Aussi veulent-ils à tout prix faire de Dieu le maître du Bien et du Mal, quitte à l’exonérer ensuite du Mal sur le compte de sa créature qui, créée dans le Bien et donc n’ayant aucune connaissance du Mal se serait, tout à coup mis à préférer ce dernier qui lui était inconnu à un Bien dont elle était baignée. Et on me parle d’incohérences dans la doctrine cathare ?
En fait le vrai problème est que les cathares considéraient que notre monde comportait une dualité entre sa partie matérielle diabolique, incluant nos corps, et la partie spirituelle divine qui y était emprisonnée, mais qu’à la fin de cette création maléfique, la part diabolique disparaîtrait et que la totalité de la part spirituelle reviendrait auprès de Dieu qui ne laisserait personne derrière (parabole de la brebis perdue). Les catholique eux considèrent sans rire que Dieu est créateur de tout, le temporel comme le spirituel et qu’à la fin des temps il rejettera une part significative de ses créatures dans un enfer éternel comme doivent certainement le faire à leurs yeux les parents bons et aimant qui se respectent. C’est là que je vois un dualisme sidérant !

Je passerai très vite sur l’article de M. Pegg, tant il est ridicule. Si la croisade avait un objectif politique, on imagine mal que le roi de France n’y ait pas participé pour protéger ses territoires. Maintenant que certains croisés ont préféré une guerre sainte en Europe plutôt que d’affronter les armées de Saladin est parfaitement admissible. Mais si l’armée était dirigée par le pouvoir politique on imagine mal les croisés faisant prisonnier le vicomte de Carcassonne, venu négocier, au point que cette grave entorse au code de chevalerie poussera plusieurs grands seigneurs à refuser la proie qui représentait le deuxième domaine le plus important après Toulouse.

Pour faire simple, ce numéro est tristement risible par sa partialité et dramatique quand on imagine qu’il puisse servir d’outil d’éducation de nos concitoyens. Vous avez sélectionné vos auteurs et vos références, mélangé à loisir les travaux et les entreprises visant à la résurgence d’un catharisme spirituel avec les manipulations économiques et politiques locales, sans oublier de confondre les entreprises du 20e siècle avec ce qui se passe depuis moins de dix ans. Cela signe plus qu’une incompétence, une volonté de dénigrement et une participation à une entreprise de destruction culturelle. Je le regrette, mais, le Catharisme est ressorti de l’oubli forcé où il fut enfermé pendant sept siècles, et ce ne sont pas des manœuvres de ce genre qui y changeront quoi que ce soit. Je vous plains sincèrement, mais reste à votre disposition si vous voulez en savoir plus sans vous astreindre à lire mon travail qui lui aborde dans le fond le sujet de la doctrine cathare si absente de vos articles.

Avec ma sincère et profonde Bienveillance.

Éric Delmas, responsable du site et du compte Facebook Catharisme d’aujourd’hui, auteur du livre éponyme.

P.S. : Je comprends que vous ne puissiez publier ma lettre en entier, vu sa longueur imposée par le sujet, aussi je vous demande de n’en publier aucun extrait qui serait susceptible d’en dénaturer le propos. Je vais la publier sur mon site et ma page Facebook.

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