Carcassonne

Déposition de Pierre Maury de Montaillou

5-1-Histoire du catharisme
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Pierre Maury de Montaillou, dont l’histoire nous est relatée dans sa déposition, faite devant l’inquisiteur de Carcassonne, nous donne le meilleur témoignage disponible à ce jour des derniers temps du catharisme en Languedoc. Faite en juillet 1323, soit presque deux ans après la mort de Guilhem Bélibaste, elle relate la vie des communautés de croyants cathares exilés en Aragon qui se désagrègeront petit à petit sous les coups de butoir de cette arme terrible que fut l’Inquisition papale.

Au début de sa déposition, Pierre Maury reconnaît avoir été croyant des cathares pendant 17 à 18 ans.

Quinze jours après que j’aie commencé à demeurer avec Raimond Peyre, il m’adressa la parole par ces mots : « Pierre, que penses-tu des deux Églises ? Il y a en effet deux Églises, l’une qui fuit et pardonne, l’autre qui possède et qui écorche. Laquelle des deux crois-tu être la meilleure ? » Je répondis qu’il me semblait que celle qui pardonne devait être meilleure que celle qui écorche. Il ajouta : « C’est celle-là que nous considérons et qui est la nôtre ». Je dis : « Moi, je ne sais pas ce que c’est, mais je crois Dieu et les saints apôtres ». Raimond Peyre répondit : « Et nous aussi, nous croyons Dieu et les saints apôtres ».

Nous voyons ici l’origine de cette phrase qui fut prononcée par un croyant cathare en charge de l’éducation cathare de Pierre Maury.
Il est ensuite mis en présence de Pierre Authié, ancien notaire du comte de Foix, parti en Italie faire son nociviat avec son frère Guilhem, puis revenu auprès des croyants du Languedoc afin d’assurer la mission apostolique qui s’imposait aux chrétiens cathares consolés.

La nuit de ce jour-là, ledit Raimond m’amena à une chambre de sa maison où se trouvait Pierre Authié, l’hérésiarque (cathare consolé dans le langage inquisitorial), qui me reçut d’un air riant et avec bienveillance, et me demanda si je voulais être croyant, de lui-même et des autres de sa secte (Église cathare selon le langage inquisitorial). Finalement, je le lui accordai. Et Pierre Authié me dit que je ne pouvais pas être croyant, à moins de lui témoigner la révérence que les croyants sont tenus de témoigner aux principaux de sa secte. Et il me dit qu’il était un saint homme, et vivait d’une vie sainte, au point qu’il ne disait jamais un mensonge ; s’il lui arrivait de mentir, il lui faudrait jeûner trois jours de sorte qu’il ne mangerait ni ne boirait pendant ces trois jours (endura) ; et s’il lui arrivait de toucher une femme, il lui faudrait jeûner neuf jours de suite au pain et à l’eau. Lui ne faisait pas comme les Prêcheurs et les Mineurs, et les autres qui sont de cette Église qui possède et écorche. (car eux tournent tout à leur intérêt ; ils écorchent et n’épargnent personne. Mais lui, il ne veut rien de personne, il épargne (les gens) et il remet à tous les péchés.
Je lui demandai quelle révérence il voulait que je lui témoigne. Et alors, sur l’ordre et les instructions de ce Pierre Authié, je fléchis les genoux et adorai, disant ces mots dont j’avais été instruit par lui : « Bon crestia, la benedictio de Dieu e de vos ». Et il répondit : « De Dieu la haiatz e de nos ». Et alors il m’embrassa.

Puis Peyre Maury va être mis en présence de Pierre Authié qui lui tint ce prêche :

L’hérétique me dit alors : « Pierre, cela me fait un grand plaisir ! On m’a dit que tu seras bon croyant, si Dieu le veut, et moi, je te mettrai dans la voie du salut de Dieu, si tu veux me croire, comme le Christ (y) a mis ses apôtres, qui ne mentaient ne trompaient. C’est nous qui tenons cette voie, et je vais te dire la raison pour laquelle on nous appelle hérétiques : c’est parce que le monde nous hait, et il n’est pas étonnant que le monde nous haïsse car il a haï aussi notre Seigneur, qu’il a persécuté, ainsi que ses apôtres. Nous sommes haïs et persécutés à cause de sa loi, que nous gardons fermement. Ceux qui sont bons et veulent garder une foi constante se laissent crucifier et lapider quand ils tombent au pouvoir de leurs ennemis, comme le firent les apôtres, et ils ne veulent pas renier un mot de la foi constante qu’ils gardent. C’est qu’il y a deux Églises : l’une fuit et pardonne, 1’autre retient et écorche. Celle qui fuit et pardonne suit la droite voie des apôtres, elle ne ment ni ne trompe. Et cette Église qui retient et écorche est 1’Église romaine. »

Et l’hérétique me demanda laquelle de ces Églises je tenais pour la meilleure. Je lui répondis qu’il était mal de retenir et d’écorcher. Il ajouta alors : « Nous sommes donc ceux qui suivent la voie de la vérité, nous qui fuyons et pardonnons ! » Je lui répondis : « Si vous suivez la voie de la vérité et des apôtres, pourquoi ne prêchez-vous pas, comme le font les curés, clans les églises ? » Il me répondit : « Si nous prêchions dans les églises, comme les curés, nous serions aussitôt brûlés par l’Église romaine, qui a une grande haine pour nous. » Je répondis : « Et pourquoi l’Église romaine vous hait-elle ainsi ? » Il répondit : « Parce que si nous allions en public et si nous prêchions, l’Église romaine ne serait pas estimée ; les gens préféreraient notre foi à la sienne, car nous ne disons et prêchons que la vérité, mais l’Église romaine dit de grands mensonges. »

Concernant le baptême, voici l’opinion de Pierre Authié :

Pour cette raison, disait l’hérétique, il n’accordait aucune valeur au baptême de l’Église romaine, car ce n’était pas l’enfant en personne qui promettait d’être bon et fidèle chrétien, mais un autre pour lui. Et ainsi, ceux de l’Église romaine disent de grands mensonges. « Mais (chez) nous, quand un homme a déjà 12 ans, et nous préférons qu’il en ait 18, quand il peut avoir l’intelligence du bien et du mal, veut recevoir notre bonne foi et être notre croyant, après avoir reçu de lui la promesse qu’il sera notre croyant, nous lui disons nos bonnes et solides paroles. Il nous promet alors d’être bon et fidèle pour nous, de nous procurer le bien et non le mal, et de faire son possible, par lui-même et par d’autres, pour que de nombreux croyants et croyantes soient amenés à notre Église, qui se tient dans la justice et la vérité. » Car, disait-il, c’était un grand bien que développer leur Église, et un tel baptême était bon et solide, car c’était le croyant lui-même qui promettait de leur être bon et fidèle.

Voilà un court extrait de cet échange destiné à vous faire comprendre la logique de la prédication cathare. Ici, pas de bourrage de crâne ; l’auditeur peut intervenir et donner son avis et le chrétien  s’en sert pour argumenter son point de vue.

Voilà une façon de faire pour ne pas choquer les sympathisants.

Guilhem de Carcassonne.

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Une Consolation à Carcassonne ?

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La Consolation (consolamentum)

Comme je l’explique sur mon site, la Consolation se compose de deux temps très différents :

  1. La Consolation spirituelle qui est acquise quand le novice où le mourant parvient à extraire sa part spirituelle de sa part mondaine, de façon suffisamment nette et durable, pour réaliser la résurrection du Christ en lui et réunir sa part spirituelle à l’Esprit unique dont elle a été momentanément détachée (le mariage spirituel).
  2. La Consolation sacramentelle est une manifestation rituelle organisée au sein de l’Église cathare pour confirmer la Consolation spirituelle devant les consolés, les croyants et même les sympathisants. Cela permet d’officialiser ce que chacun ressent face à celui qui s’engage dans la voie du salut en choisissant un cheminement spirituel aussi complet que possible.

Mon noviciat, qui terminera sa quatrième année dans trois mois environ, en est au point où j’ai le sentiment qu’il me reste peu d’attaches mondaines dont je peux me libérer pour atteindre l’état de la Consolation.

C’est pourquoi je me permet de penser qu’il se pourrait bien que je décide de réunir les croyants et les sympathisants qui le souhaitent, lors de notre rendez-vous annuel de la Pentecôte 2021, pour organiser cette Consolation sacramentelle à la maison cathare de Carcassonne.

Si j’en parle de façon aussi précoce c’est à la fois pour indiquer où j’en suis de ce cheminement entrepris voici bientôt quatre ans et pour vous permettre de vous organiser en ce sens.

Il est vrai que depuis quelques temps, certains s’interrogeaient, et m’interrogeaient pour savoir si je comptais demeurer en noviciat jusqu’à ma mort.

Si j’organise une telle cérémonie, il est clair que ce n’est pas pour moi. Ma Consolation spirituelle n’a pas besoin de manifestation mondaine.

Mais je n’oublie pas que je représente pour certain un point de repère de l’évolution de la résurgence cathare et pour les croyants qui se sont manifestés auprès de moi, une sorte de référence dans leur propre cheminement.

Même si j’ai conscience que ces considérations sont un peu excessives, il n’en reste pas moins que la réalité de la résurgence cathare, largement discutée voire niée par nombre de personnes, a besoin d’une manifestation clairement identifiable pour se manifester clairement et sans l’ombre d’un doute sur sa réalité et sa sincérité.

Bien entendu je reste à la disposition de tous pour parler de ce projet et pour en définir les contraintes en terme d’organisation. Les croyants qui souhaiteront participer peuvent me contacter directement afin d’être pleinement partie prenante dans cette cérémonie qui les concerne tout autant que moi.

Avec toute ma Bienveillance

Éric Delmas, 20 février 2020.

Journée cathare à Carcassonne

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Journée cathare à Carcassonne

L’association Culture et études cathares propose à ses adhérents un rendez-vous annuel, au siège social de l’association, pour échanger sur des thématiques liées au catharisme.

Cette année, sur proposition des adhérents, nous allons étudier deux thèmes à la lumière des recherches et des sources disponibles :

Le docétisme cathare

Si le docétisme existe depuis les origines du christianisme, il a pris des formes très diverses de Cérinthe — à qui on en attribue la paternité — aux cathares. Il est intéressant de comprendre ce mouvement de pensée et de le mettre en corrélation avec les époques, afin d’en suivre les évolutions. Aujourd’hui encore, les données de la sciences nous permettent de l’envisager de différentes façons.

La non-violence cathare

La non-violence est chez les cathares un des deux fondamentaux de leur doctrine. Mais, sous ce terme se cachent diverses conceptions et il est important de les étudier pour comprendre le particularisme de celle des cathares. Pour eux, en effet, la non-violence est la forme mondaine de la Bienveillance, également appelée Amour ou dilection.

Organisation

Cette journée est initialement ouverte aux adhérents de l’association puisqu’ils soutiennent, à travers elle, la recherche sur le catharisme.
Cependant, si le nombre de places disponibles n’est pas atteint par les seuls adhérents, les personnes intéressées pourront s’inscrire et seront contactées, par ordre d’inscription, pour y assister.

Pour vous inscrire, que vous soyez adhérent ou non, utilisez le formulaire ci-dessous.

    Je suis adhérent(e) de Culture et études catharesJe ne suis pas adhérent(e)

    Je participerai certainementJe participerai probablement

    Proposez des thématiques que vous aimeriez voir traitées :

    J'aimerais vous poser la question suivante :

    Dixième Rencontre cathare

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    10e Rencontre cathare
    de Carcassonne

    Site de la Rencontre

    La Rencontre cathare se tient à Carcassonne (région Occitanie, Pyrénées – Méditerranée), dans une salle du restaurant l’Oliveraie, située dans la zone industrielle de La Bourriette — au 850 boulevard Denis Papin —, soit à moins de 3 km de la gare SNCF et du centre de Carcassonne. Elle est à environ 500 mètres de la sortie Ouest de l’autoroute A61 qui longe la ville et qui dessert Toulouse à l’ouest, Foix et Perpignan au sud et Montpellier à l’est.
    Ce choix tient aux facilités de transport, de logement et de restauration. La ville de Carcassonne est en outre symbolique de notre démarche car elle fut un centre du catharisme et de sa répression, comme en témoignent encore son histoire et plusieurs lieux qui se trouvent dans sa cité médiévale. C’est également à Carcassonne que s’est ouverte, voici bientôt un an, la première maison cathare de la résurgence.

    Fonctionnement

    Le principe est de suivre un « fil rouge » afin d’essayer de traiter un sujet jugé essentiel au cours de la Rencontre.
    Pour les personnes qui le désirent, le repas de midi peut être pris , soit sur place grâce à un repas commun qui nous rappelle les agapes des premiers Chrétiens, soit à l’initiative de chacun, des magasins d’alimentation et des restaurants étant situés à proximité.
    L’accès à la Rencontre est libre, dans le respect des règles de savoir-vivre.

    Fil rouge

    Le Catharisme est une thématique à la croisée de plusieurs domaines : l’histoire, la religion, la philosophie, la sociologie, etc. Une Rencontre, susceptible d’accueillir des participants de tous horizons, devrait proposer des thématiques transversales afin de satisfaire le plus grand nombre. Certaines d’entre-elles présentent même l’avantage d’être l’objet d’un intérêt soutenu de catégories très différentes de personnes.

    Le fil rouge de cette année sera donc : La Consolation (Consolament), ses origines, sa justification dans le Christianisme, sa pratique médiévale, sa place dans la résurgence.

    Programme

    Ce programme n’est volontairement pas trop détaillé afin de laisser un peu de place à l’expression libre et à l’adaptation. Seule la thématique est fixe.
    Certains intervenants se sont déjà fait connaître. Si d’autres personnes pensent avoir la capacité à produire une intervention sur cette thématique, elles peuvent proposer un sujet en lien direct avec le fil rouge en s’adressant à l’administrateur du site.

    9h00 – 9h30 Accueil et présentation
    9h30 – 10h15 La Consolation :
    – définition
    – histoire
    10h15 – 10h30 Pause
    10h30 – 11h15 La Consolation :
    – sa motivation
    – sa signification
    – sa valeur spirituelle et sociale
     11h15 – 11h30  Pause
    11h30 – 12h15 La Consolation :
    – sa pratique médiévale
    – différences selon les Églises cathares
     12h15 – 14h00  Pause repas
    14h00 – 14h30 L’actualité du Catharisme :
    – Culture et études cathares
    – La revue : Catharisme – bilan du n°1 et du n°2
    14h30 – 15h15 La Consolation :
    – sa pratique dans le cadre de la résurgence
    – la convention (convenenza) aujourd’hui
    15h15 – 15h30  Pause
    15h30 – 16h15 La Consolation :
    – le point de vue des croyants et des sympathisants
    16h15 – 16h30  Pause
    15h30 – 16h15  Synthèse :
    – Choix de la journée : date, durée, organisation
    – La Consolation : niveau de compréhension

    Huitième Rencontre cathare de Carcassonne

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    Rencontre cathare 20168e Rencontre cathare de Carcassonne

    Samedi 14 &
    Dimanche 15 mai 2016

    La 8e Rencontre se tiendra à Carcassonne (région Languedoc-Roussillon), dans la salle Saint-Pierre (1er étage) du centre d’hébergement Notre-Dame de l’Abbaye, situé au pied de la cité médiévale de Carcassonne, 103 rue Trivalle.

    Ce choix tient aux facilités de transport, de logement et de restauration. La ville de Carcassonne est en outre symbolique de notre démarche car elle fut un centre du catharisme et de sa répression, comme en témoignent encore son histoire et plusieurs lieux qui se trouvent dans sa cité médiévale. C’est également à Carcassonne que s’ouvrira, un mois après la Rencontre, la première maison cathare de la résurgence.Read more

    Carcassonne et ses bourgs au début du XIIIe siècle

    1-Connaître le catharisme
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    Carcassonne et ses bourgs au début du XIIIe siècle

    Nous sommes encore loin de réelles certitudes concernant la façon dont se présentait la cité de Carcassonne à l’aube de l’attaque des croisés en août 1209.
    Cependant, les travaux archéologiques permettent de mettre en avant l’hypothèse de constructions s’étendant de façon concentrique à partir de la cité, au fur et à mesure de l’accroissement de la population.
    Marie-Élise Gardel que connaissent bien les personnes intéressées par l’archéologie castrale (Lastours, Saissac), a participé à un travail collectif sur l’archéologie de la cité et y a présenté un travail que j’ai trouvé intéressant et dont je reproduit ici la vision figurée des enceintes de la ville selon ce que j’ai retenu de son texte, publié dans l’ouvrage de la Société d’études scientifiques de l’Aude de 2001.Read more

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