Comment vivre le catharisme aujourd’hui ?

Comment vivre le catharisme aujourd’hui ?

Pour beaucoup de personnes le catharisme est mort et enterré puisque sa structure ecclésiale est morte sans postérité.
Mais il faut comprendre qu’une spiritualité n’a pas de nature mondaine, contrairement à un parti politique ou à un État.
En effet, comme la philosophie, la spiritualité existe indépendamment dans l’esprit humain et survit sans problème à ses créateurs et promoteurs. Par exemple, la philosophie, créée, au sixième siècle avant l’ère commune, notamment par Pythagore, puis développée par Socrate, Platon, Aristote, etc., s’est maintenue au fil des siècles et existe toujours. Une spiritualité, pour autant que sa doctrine soit accessible, peut très bien exister en l’absence des personnes qui l’ont faite naître.

Persistance du catharisme

D’ailleurs, concernant le catharisme, il faut comprendre qu’il s’agit d’une spiritualité qui n’est pas apparue ex nihilo, mais qu’elle est le résultat de l’évolution de spiritualités antérieures dont un des promoteurs principaux est Paul de Tarse. J’ai déjà expliqué cela dans des textes et vidéos antérieurs que vous pouvez consulter[1].

Cependant, il faut admettre que le catharisme médiéval semble disparaître vers le milieu du XVe siècle, en Bosnie, quand les rares survivants des coups de boutoir de l’Inquisition s’en vont rejoindre les communautés bogomiles de ces régions. Et l’avancée des musulmans va provoquer progressivement l’assimilation au sein de l’Islam, ce qui a sans doute paru préférable aux derniers chrétiens gnostiques, car ce dernier autorisait la conservation d’éléments de la religion antérieure à ceux qui faisaient leurs les cinq piliers de l’Islam. On le voit encore aujourd’hui avec des communautés musulmanes issues de telles assimilations, comme les druzes par exemple.

De fait, depuis cette période, on n’a plus de trace d’une organisation ecclésiale cathare où que ce soit en Europe ni au Moyen Orient. Pourtant, la spiritualité cathare n’a pas disparue. En effet, on retrouve dans la culture régionale de ce qui fut l’Occitanie des éléments culturels (chants, contes, légendes, etc.) qui contiennent des bribes de la doctrine cathare. En outre, certaines familles ont fait perdurer la pensée cathare et l’espoir de sa résurgence. Il y a quelques années, avant mon entrée en noviciat et suite à un dossier publié dans l’Indépendant, journal local, j’ai reçu un appel téléphonique d’un monsieur, âgé de quatre-vingts ans, qui n’ayant pas Internet, mais ayant lu l’article, a tenu à m’informer que dans jeunesse, après la guerre, lui et ses cousins, lors de vacances chez leur tante s’étaient interrogés quant à la présence dans la grande cheminée familiale d’une poêle neuve accrochée à un clou, planté sur l’un des côtés. L’aïeule leur avait alors expliqué que cet instrument de cuisine était conservé, génération après génération, dans l’espoir que des Bons-Chrétiens reviendraient un jour et qu’ainsi ils pourraient se faire cuire à manger sans crainte d’utiliser un ustensile ayant contenu un jour de la graisse animale. Si je fus extrêmement surpris de cette révélation, je reçus quelques temps après une confirmation d’un internaute qui ayant lu ce récit de ma part, m’informa qu’il disposait au-dessus de son réfrigérateur d’un récipient en terre cuite, comparable à une cassole, qui se transmettait également au sein de la famille et qu’ils appelaient un patarinon. Faisant le rapport immédiat avec l’appellation des cathares italiens médiévaux (les patarins), je compris alors combien la mémoire des cathares avait imprégné la société et s’était transmise aux générations futures.

État des lieux au XXIe siècle

Les courants intellectuels qui se sont développées depuis le XVIIIe siècle et jusqu’à la moitié du XXe siècle ont permis et favorisé souvent l’éclosion de visions spirituelles particulières qui sont allées, selon les périodes, de l’ésotérisme jusqu’à des formes beaucoup plus surprenantes telles que le new age et d’autres.

Le catharisme a souvent servi à ces personnes de support permettant de justifier ces courants spirituels particuliers. Au XXe siècle notamment Déodat Roché, bien connu des personnes désireuses de voir réémerger le catharisme a, de son côté, fait des recherches dans le domaine ésotérique, au sens large, avec notamment l’anthroposophie de Steiner et dans son équipe il y avait des personnes qui ne voyaient dans le catharisme qu’une forme d’ésotérisme.

Les chercheurs judéo-chrétiens comme Von Harnack, Schmidt, Bossuet et même récemment Duvernoy, souvent d’ailleurs plus du côté des protestants que des catholiques, ont hésité entre deux façons de concevoir le catharisme : soit comme une déviance du christianisme originel, comme l’arianisme ou l’origénisme, soit en se référant à la vieille lune judéo-chrétienne, issue d’Augustin d’Hippone, c’est-à-dire le manichéisme.

C’est sans doute en raison de cette multiplicité de courants, spirituels ou philosophico-spirituels, que la publication par Jean Duvernoy, en 1976, de La religion des cathares[2] va provoquer une petite révolution. En effet, pour la première fois un auteur propose une compréhension du catharisme dans le strict cadre chrétien. Plusieurs chercheurs vont suivre cette voie et populariser cette conception qui s’avérait à l’étude parfaitement exacte. Mais la plupart d’entre eux étant des historiens et à la limite quelques-uns des philosophes, l’étude fine de la religion cathare restera toujours un petit peu dans l’ombre. C’est un personnage peu orthodoxe et parfois même controversé, Yves Maris, qui va venir appuyer à l’aide de sources, certes catholiques ou juives, cette conception, notamment par la publication de sa thèse En quête de Paul[3]. Il eut alors l’idée, avec l’aide d’un petit groupe d’amis, de réunir tous ceux qui se sentaient plus ou moins tournés vers le catharisme, afin de permettre de faire le point sur ce sujet et de développer une recherche plus avancée.

C’est ainsi que, dès le début du XXIe siècle, des travaux furent menés, afin de rechercher les origines du catharisme bien au-delà de la limite fixée par les historiens au Xe siècle en Bulgarie. Mais en France notamment, il est compliqué, voire impossible, de mener des telles recherches dans le cadre de l’Université, puisque nous sommes dans un pays qui a clairement dissocié le fait religieux de la société (loi de 1905 de séparation de l’Église et de l’État). En outre, ce travail se heurtait à un écueil, qui avait d’ailleurs expliqué l’abandon des recherches des historiens à la période du XXe siècle, au fait qu’il était apparemment impossible d’effectuer une recherche antérograde à partir de groupes apparemment distincts et pour lesquels nous disposions de peu d’éléments, en raison des persécutions qu’ils avaient subis et des classifications hétéroclites qui leur avaient été imposées.

C’est en partant sur l’idée d’un jeune chercheur occitan, Ruben Sartori, que la recherche pu porter ses fruits en effectuant une étude basée a priori sur l’idée que le catharisme devait tirer ses sources des premières communautés chrétiennes palestiniennes, qu’il commença à étudier la première moitié du premier siècle de l’ère commune et remarque un événement très souvent passé sous silence que Yves Maris avait aussi souligné : le proto-christianisme avait connu un schisme important en l’an 49 lorsque Paul, revenant de voyage, constata une tentative de corruption de ses disciples par des envoyés de Jérusalem. Le scandale qui suivi fut si fort qu’un concile fut organisé à Jérusalem et conclut qu’il était possible pour Paul de mettre en œuvre sa vision chrétienne, détachée du judaïsme, alors que les communautés de Jérusalem lieraient elles le christianisme au judaïsme. Les communautés de Paul contenant donc des païens, furent appelées pagano-chrétiennes pendant que celles issues des Jérusalem furent appelées judéo-chrétiennes. La prédominance de l’Église de Rome, catholique et apostolique, donc appartenant au courant judéo-chrétien aboutit quelques temps plus tard à l’effacement de cette terminologie, laissant croire qu’il n’y avait qu’un seul courant chrétien celui de Rome. Les autres courants furent poursuivis et rejetés, dès que l’Empire en donna les moyens à l’Église de Rome (Théodose 1er 28/02/380), devenue Église dominante et furent, soit dispersés, soit assimilés, soit rejetés dans un groupe appelé « gnostique », qui comportait autant de chrétiens que de non chrétiens. Ainsi partis sur les bons rails, les chercheurs remontèrent de façon assez facile de Paul à Marcion, puis aux pauliciens et aux bogomiles. J’ai présenté cela à ma façon dans mon livre, sur mon site et dans quelques vidéos Youtube®.

La résurgence cathare

Après la mort de Yves Maris, les groupes qu’il avait réuni prirent leur autonomie ou cessèrent d’exister, constatant que le catharisme n’était finalement pas la voie qui leur convenait. En effet, la démarche spirituelle n’était pas qu’une approche philosophique, mais demandait une implication spirituelle, dont les informations que le catharisme nous avait fourni par les différents chercheurs historiens, montraient qu’elle manquait de simplicité et surtout qu’elle demandait beaucoup d’efforts.

Comme nous le montre la Règle de justice et de vérité[4], véritable structure de la doctrine cathare, la patience et l’humilité sont essentielles dans cette démarche spirituelle. Mais dans le monde d’aujourd’hui ces deux vertus sont largement dévalorisées et la tentation est forte de vouloir faire vite et à peu près, afin d’obtenir rapidement satisfaction.

Cela provoqua des dissensions entre ceux qui voulaient avancer vite, afin de restaurer tous les rituels cathares, dans l’espoir que ceux qui les découvriraient aurait envie ensuite de faire la démarche spirituelle et ceux qui pensaient, à l’inverse, qu’il fallait d’abord amener les gens à un état spirituel suffisamment avancé avant d’envisager quoi que ce soit de plus factuel. C’est pour cela que les uns organisèrent des retraites d’une semaine, au cours desquelles un mode de vie de communauté spirituelle cathare était mis en place, quand d’autres préféraient avancer personnellement dans la spiritualité par un cheminement de noviciat avant de chercher à recruter des adeptes. Cette seconde voie, plus laborieuse et plus longue, aboutit néanmoins cinq ans plus tard à la Consolation du novice qui s’était lancé dans l’aventure. Devenu chrétien, ce dernier se lança dans l’aventure de créer une Église cathare en France, c’est-à-dire par le biais d’une association à objectif cultuel. Pour être en règle avec les obligations légales que la séparation de l’Église et de l’État a imposé en France, cette association a également installé un système de culte public mensuel qui est toujours en vigueur et qui se manifeste par des vidéos publiées sur YouTube®.

C’est pourquoi aujourd’hui vous pouvez suivre ce culte mensuel, dont le prêche que je suis en train de vous faire, rappelle ces origines.

Bien entendu, la diffusion du catharisme aujourd’hui ne se limite pas à cette activité spirituelle et à la vie évangélique menée par le chrétien consolé, mais continue ses activités de recherche et de défense culturelles d’une religion si souvent malmenée.

Nous sommes donc dans une période qui est à la fois positive, puisque le catharisme a retrouvé droit de cité près de sept siècle après sa disparition dans le Sud de la France, mais en même temps difficile, car en butte à un déni d’autant plus important qu’il s’appuie sur des siècles de mensonges et de manipulations qui ne sont pas terminés, puisque nous voyons aujourd’hui des groupes d’historiens qui essaient, avec l’aide de certaines communautés catholiques, de nier l’existence du catharisme médiéval, et par conséquent sa résurgence.

Conclusion

Même si la façon dont cela se produit est très différente de celle qui fut en cours au Moyen Âge, on peut donc constater qu’aujourd’hui le catharisme a toujours autant de mal à être reconnu pour ce qu’il est et à exister face à des volontés puissantes de le faire taire, voire de le faire disparaître. En même temps, il doit résister à des groupes plus ou moins compétents et bienveillants qui essaient d’inventer un néo-catharisme qui permettrait de se réclamer de cette voie spirituelle sans avoir à fournir les efforts qu’elle nécessite, tel que cela nous a été enseigné par nos prédécesseurs médiévaux. Libre à chacun de choisir le renoncement, la facilité ou l’effort, car en fait, n’oublions pas que nous ne pouvons sauver que nous, et qu’au moment voulu c’est la qualité de notre engagement spirituel qui déterminera, ou pas, notre capacité à être accessible à la grâce divine et à faire notre salut.

Publié le 19 avril 2026©, par Guilhem de Carcassonne.


[1] Paul, marcheur du Christ. Vidéo Youtube. Paul, le marcheur du christianisme. Guilhem de Carcassonne in Catharisme d’aujourd’hui.

[2] La religion des cathares in Le catharisme, t.1. Jean Duvernoy. Éditions Privat (1976) Toulouse.

[3] En quête de Paul, Yves Maris. 1999 – diffusion ANRT (thèse de doctorat).

[4] La Règle de justice et de vérité (2 publications). Guilhem de Carcassonne in Catharisme d’aujourd’hui.

Guilhem de Carcassonne

Créateur de ce site.