Les pratiques spirituelles

Les pratiques spirituelles

Publié par Guilhem de Carcassonne dans Prêches publics, le 19 octobre 2025

Comme le mois dernier, je vais explorer avec vous les pratiques spirituelles les moins bien connues. Ce mois-ci, je m’attarderai surtout sur les pratiques impliquant directement les croyants.
Concernant les autres pratiques réservées à la communauté évangélique (chrétiens consolés et novices en formation), le Nouveau Testament cathare en donne suffisamment de détail pour ne pas s’y attarder ici. Cela concerne : le rituel de la sainte Oraison, le sacrement de la Consolation et le Service mensuel (Apparelhment).

Les pratiques ouvertes aux croyants

L’Amélioration

Les historiens l’appellent Melhorer (occitan) ou Melhoramentum (latin simplifié).
Ce rituel est pratiqué au moins deux fois par jour au sein de la communauté évangélique (entre chrétiens consolés et l’ancien et par les novices envers l’ancien ou un chrétien consolé). Cependant, les croyants sont invités à la pratiquer envers un chrétien consolé quand les conditions le permettent c’est-à-dire quand il n’y a pas de témoin extérieur à la communauté ecclésiale présente.
L’objectif de ce rituel est de conforter les membres de l’Église dans leur appartenance collective, ce qui est d’autant plus utile pour les croyants qui, par ailleurs, ont une vie séculière tout à fait traditionnelle qui peut tendre à les écarter de leur engagement spirituel.
Le principe du rituel consiste à s’adresser au Saint-Esprit consolateur, seul élément de l’Esprit unique en relation avec nous depuis le départ du Christ. Pour cela, on utilise l’entremise d’un chrétien consolé, et au sein des communautés évangéliques, celle de l’ancien.
C’est donc bien au Saint-Esprit que l’on s’adresse et non pas à l’individu que l’on a devant soi, ce qui contraste avec les rituels dans d’autres christianisme ou l’individu est censé être le représentant direct de l’entité spirituelle concernée.

Concernant la pratique, elle doit se faire uniquement entre membres de la communauté ecclésiale, ce qui implique de s’assurer auparavant qu’il n’y a pas de témoin extérieur présent à ce moment-là.
Elle peut être individuelle ou collective selon la situation, le chrétien ou l’ancien faisant face aux pratiquants, que ce soit des croyants ou d’autres chrétiens consolés.
Dans un premier temps, les pratiquants vont se mettre à genoux, les mains jointes, ils vont prononcer les paroles suivantes : « Chrétien, la bénédiction de Dieu, de l’Église et la vôtre. »
Le chrétien ou l’ancien qui dirige le rituel répondra : « Recevez-la de Dieu, de l’Église et de nous. »
À ce moment, les pratiquants se prosterneront en posant les mains au sol, à plat devant eux, et la tête venant toucher brièvement le sol entre leurs mains. Ils se relèvent immédiatement et reprennent la position à genoux qui était la leur au début.
Les pratiquants renouvellent la phase du rituel qu’ils viennent de faire, sans changer quoi que ce soit.
Revenu à genoux, ils disent : « Priez pour nous pêcheurs, afin qu’il fasse de nous des chrétiens et qu’il nous conduise à une bonne fin. »
Le chrétien ou l’ancien dit à son tour : « Que Dieu vous bénisse, Dieu veuille faire de vous des chrétiens et qu’il vous conduise à une bonne fin. »
Après leur prosternation, les pratiquant se relèvent et pratiquent le Baiser de paix, soit directement entre personnes de même sexe, soit par l’intermédiaire du Nouveau Testament entre personnes de sexe différent ou s’il se trouvent à distance dans le cadre d’une relation en visioconférence.

Ce rituel se pratique lors de la première rencontre de la journée, entre membres de la communauté ecclésiale et un chrétien consolé, ou lors du lever au sein de la communauté évangélique entre les membres de la communauté et l’ancien. Il est renouvelé lors de la séparation ou avant le coucher.

Le Baiser de paix (caretas)

Ce rituel a la particularité de pouvoir être pratiqué même en l’absence de chrétien consolé. Il ne peut être pratiqué qu’au sein de la communauté ecclésiale, sans aucun témoin extérieur.
Comme nous venons de le voir, il clôture l’Amélioration, mais peut se pratiquer également à chaque occasion de rencontre des membres de la communauté ecclésiale.

Les témoignages nous rapportent qu’il existait, en période de persécution, une version simplifiée permettant aux croyants notamment de se reconnaître sans donner l’alerte et qui se résumait à une simple inclinaison de la tête en face de la personne concernée.
Le rituel complet se pratique ainsi :
Concernant les personnes de même sexe, les deux se mettent face-à-face. Elles vont incliner la tête une fois à gauche, une fois à droite et une troisième fois à gauche sur l’épaule idoine de leur partenaire. Ensuite, posant les mains sur les épaules de leur partenaire, elles s’embrassent sur la bouche, lèvres closes, en inclinant dans la tête à 45°, de façon à ce que leurs lèvres soient perpendiculaires les unes aux autres.
Concernant les personnes de sexe opposé, aujourd’hui nous y ajoutons également les personnes qui ne sont pas en présence physique (visioconférence), les participants inclinent la tête trois fois et remplacent le baiser par l’utilisation d’un Nouveau Testament que chacun baise de son côté. Dans le cas de présence physique de personnes de sexe différent, le Nouveau Testament ne doit pas être transmis manuellement pour éviter que chacun baise au même endroit le document.

La bénédiction du pain

Ce rituel est pratiqué lors des repas pris en commun au sein de la communauté ecclésiale.
Les documents dont nous disposons ne sont pas d’une clarté totale quant à son déroulement, ce qui nous oblige à nous adapter.
Tout d’abord, rien ne semble imposer que ce rituel soit pratiqué en l’absence stricte de personnes extérieures à l’ecclésia à la table concernée. Bien entendu seuls les croyants et les chrétiens seront directement impliqués dans ce rituel, les autres convives se contentant de l’observer sans rien faire ni dire.
Un chrétien consolé doit le pratiquer. Sont déroulement et le suivant :
Une fois la tablée installée, il se lève et pose sur son épaule un linge blanc, généralement de forme carrée, en mettant une pointe au-dessus de son épaule. Il place sur cette étoffe, qu’il va replier dessus, le pain qu’il souhaite bénir, que ce soit un pain entier ou des tranches ce qui est plus facile pour la distribution qui va suivre.
Le chrétien va alors prononcer à mi-voix un Pater, conforme à celui utilisé dans les rituels de la communauté évangélique et quelques paroles personnelles dont on n’a pas de trace précise, mais que l’on peut facilement imaginer comme étant un dialogue avec le Saint-Esprit paraclet, par lequel le chrétien rappelle que cette réunion est faite en mémoire de Christ, comme celui-ci l’avait demandé à ses disciples.
Ensuite, le chrétien va prendre le pain, si nécessaire le couper en autant de tranches que de convives croyant ou chrétiens présents, et le distribuer par ordre d’ancienneté dans la communauté ecclésiale.
Chacun prendra le morceau qui est tendu et veillera à le consommer entièrement, sans en laisser aucune miette, afin de marquer le respect qu’il porte à ce que représente ce pain ainsi remis.

Contrairement à ce que l’on voit dans les témoignages de la période de la persécution, il faut abandonner absolument les pratiques qui confinent au paganisme, à savoir la conservation du pain pendant des semaines, voire des mois, car cela n’est pas la fonction à laquelle il est destiné.

Les pratiques de l’isolement

Après la chute de Montségur, la hiérarchie de l’Église cathare languedocienne survivante a dû s’exiler en Lombardie. Petit à petit, les croyants furent alors de plus en plus isolés de leur ecclésia, ce qui posait problème pour ceux qui voulaient recevoir la Consolation avant de mourir.
En effet, comme la plupart des croyants n’étaient pas suffisamment éveillés pour suivre un noviciat et vivre la vie évangélique jusqu’à leur mort, ils demandèrent à recevoir la Consolation sur leur lit de mort dans l’espoir d’un salut qu’ils n’avaient pas cherché à mériter auparavant.
Pour maintenir la cohésion de leur communauté ecclésiale, les Consolés et leur hiérarchie accédaient à cette demande en y mettant néanmoins quelques règles afin d’en limiter le nombre. Mais la disparition de l’Église rendait cela difficile et comme il fallait que le mourant soit en mesure de répondre aux éléments du sacrement, beaucoup mouraient avant que les chrétiens n’aient eu le temps d’arriver jusqu’à eux.
Pour réduire ce problème, le sacrement fut partagé en deux parties : la première faite avant que le sacrement ne soit requis, ce qui permettait au demandeur de participer pleinement, et une faite pendant l’agonie, à condition que le demandeur ait encore un souffle de vie, que le cathare faisait sans échange verbal. La première partie s’appelait la Convention (convenenza) qui engageait les deux parties à aller au bout du sacrement si possible.

Le niveau intellectuel de la population moderne permet de faire le point sur ce sujet.
La Consolation n’est pas un sacrement qui confère l’état spirituel permettant le Salut. C’est en fait le constat officiel de l’Église d’une Consolation spirituelle reçue par un novice vivant au quotidien dans une communauté pouvant en attester.
La Consolation aux mourants est donc une dérive compréhensible, mais à laquelle personne de sensé ne pouvait et ne peut plus aujourd’hui accorder la moindre valeur. Nous avons d’ailleurs de nombreux témoignages de Consolés sur leur lit de mort, dont la santé s’améliorant, refusaient d’entrer en communauté évangélique et consommaient un aliment carné pour annuler leur sacrement et retourner à leur vie mondaine.
C’est pourquoi aujourd’hui, la Consolation aux mourants est remplacée par un accompagnement de l’agonie, pour les personnes le demandant, utilisant tous les moyens nécessaires pour permettre au mourant d’être accompagné spirituellement par un chrétien consolé disponible.
De ce fait, la Convention n’a plus de raison d’être et est donc supprimée également.

Guilhem de Carcassonne

Créateur de ce site.