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Principe du Mal et chute des esprits saints

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Principe du Mal et chute des esprits saints

Comme nous l’avons vu le mois dernier à propos du Bien, il est difficile d’exprimer des concepts spirituels avec des mots sans tomber dans l’anthropomorphisme. En outre, la cosmogonie explore des domaines qui sont hors de portée des connaissances et de l’expérimentation humaines.
Si le Bien — au sens spirituel du terme —, est impossible à préciser, car Dieu est pour nous étranger et inconnu dans ce monde, voulu et édifié par le Mal, ce dernier n’est pas plus définissable, mais nous pouvons apprécier ses œuvres.

Le principe du Mal

Il faut différencier la terminologie chrétienne en ce domaine : le principe du Mal est généralement appelé Satan[1], mais son démiurge est indifféremment appelé diable ou satan. Le terme Lucifer est réservé aux judéo-chrétiens qui en ont fait une référence de leur cosmogonie.
Comme je l’ai fait le mois dernier pour le principe du Bien, je différencie les termes Mal qui désigne le principe mauvais et mal qui désigne ses effets en ce monde.
Ce principe est donc premier et totalement « pur » dans sa malignité, ce qui impose d’admettre que le Mal ne peut ni ne veut produire rien de bien et que le mal de ses œuvres ne peut en aucune façon être amendé et devenir du Bien.
Comme nous sommes prisonniers dans le monde voulu par le Mal et mis en œuvre par le démiurge, nous observons en permanence les résultats de ces œuvres. Mais nous devons essayer de comprendre les notions de mal direct et indirect.
Si je ne vous ai pas parlé de la substance du Mal, comme je l’ai fait pour le Bien, c’est tout simplement parce qu’il n’en a pas à proprement parler. On définit le Mal comme un néant d’Être, mais ce n’est pas comme une sorte de manque ou d’absence qu’il faut le comprendre, mais plutôt comme le fait que le Mal ne peut s’exprimer dans aucun domaine relevant de l’Être.

Le bien et le mal, deux faces d’une même pièce ?

Comment accepter, quand on est prisonnier d’une enveloppe charnelle et d’une âme mondaine, qu’il ne peut y avoir de bien réel en ce monde ? C’est contraire à nos sens et à notre espérance. Et pourtant, même si on pense que quelque chose est bon, le plus souvent on s’aperçoit qu’un bien ici est, ou devient vite, un mal ailleurs. Prenons un exemple historique qui montre que faire un acte apparemment bénéfique peut provoquer un mal non voulu. Le pape Jean-Paul II, en accord avec le président américain Ronald Reagan ; s’est évertué avec succès à la chute du régime communiste soviétique dans l’espoir de libérer des peuples prisonniers depuis plusieurs générations. Que s’est-il passé ensuite ? Et bien, après une période de désordre et de violence, le peuple a accueilli comme un sauveur un homme qui a installé un régime autocratique qui pourrait bien conduire le monde à sa perte, de façon plus risquée que cela n’avait jamais été le cas avant.
En fait, dans un espace détenu par le Mal et dédié au mal, il est risqué de chercher à modifier quoi que ce soit en affirmant que le résultat ne pourra jamais être pire.
Les cathares l’avaient bien compris, tout comme cela apparaît dans le Rituel du Nouveau Testament cathare occitan[2], concernant ce qu’il faut faire face à un animal pris au piège.
Deux cas sont proposés : dans le premier l’animal peut être libéré sans dommage corporel grave et l’on doit indemniser le chasseur ; dans le second, l’animal est mort ou trop gravement blessé ; dans ce cas on ne fait rien et on passe son chemin. Certes, le premier cas comporte un risque de dérive. Le chasseur qui récupère un animal dans son piège va certainement le rapporter à la maison et offrir à manger à sa famille, alors que s’il trouve de l’argent il peut être tenté d’aller le boire au café du coin.
Nous sommes tous, sans exception, amenés à commettre un mal pensant faire un bien. En faisant un cadeau sans savoir comment et par qui il a été fabriqué, comment il sera ou pas recyclé, si ce cadeau ne va pas créer un déséquilibre autour de celui qui le recevra, etc. Notre objectif en ce monde ne peut ni ne doit jamais être de le transformer, car sa nature est maligne et rien n’y changera quoi que ce soit.
Le mal est attiré par le néant comme ceux qui le servent et qui ne connaissent rien d’autre. Rappelez-vous l’histoire de la grenouille et du scorpion acculés à une rivière par l’incendie d’un champ. Quand le scorpion demande à la grenouille de lui faire traverser la rivière sur son dos, elle veut refuser de peur qu’il ne la pique et ne la tue. Mais le scorpion lui montre qu’il perdrait tout à le faire et la convainc donc de l’aider. Au milieu de la rivière, il la pique et devant la stupeur de la grenouille, il ne peut que répondre : « C’est ma nature ».
Le mal n’est pas une substance au même sens que l’Être ; il est un penchant irrépressible de ce qui ne dispose pas de l’Être. C’est un peu comme un corps céleste qui s’approche d’un trou noir et est attiré par lui, non pas par sa propre volonté, mais par la nature même du trou noir qui n’existe que pour anéantir ce qui l’approche.

La chute des esprits saints

Les interrogatoires d’Inquisition regorgent de récits abracadabrants concernant cet épisode que nous ne parvenons à expliquer dans son origine et son déroulement, mais dont nous constatons les effets concrets : notre emprisonnement en ce monde.
Essayons d’y réfléchir avec notre logique moderne.
Comment expliquer qu’un principe puisse accaparer une partie issue d’un autre principe sans manifester ainsi sa supériorité ? Comment un principe peut-il retenir prisonnière une entité qui lui est totalement étrangère sans agir sur elle puisque la théorie des principes l’en rend incapable ? Comment une entité peut-elle se scinder, se dissocier puis se reconstituer petit à petit sans agir sur ce qui la retient ? Comment prédire que cet épisode restera unique ? Mais avant tout, la question la plus importante est de savoir pourquoi cette chute a été rendue nécessaire.

Les raisons de la chute

Le principe du Mal, que l’on appelle communément Satan, à ne pas confondre avec son émanation démiurgique, satan que l’on appelle le diable[3] depuis le Moyen Âge, ne dispose pas de cette substance assurant maintien de la perfection et stabilité dans l’éternité que l’on appelle l’Être. Il a voulu profiter de sa manifestation à proximité du domaine du Bien pour retarder la néantisation de sa création, un peu comme on soutient par un tuteur un arbrisseau récemment planté. Cette solution ne peut être que temporaire, car si la plante grossit sans parvenir à s’implanter dans le sol, viendra forcément le moment où le tuteur sera incapable de l’empêcher de tomber. C’est pour cela que notre monde, malgré la présence d’esprits-saints, ne peut s’empêcher de dépérir et de retourner au néant.

La chute proprement dite

Les anciens séparaient les cieux en huit niveaux (ogdoade) dont les sept premiers (hebdomade) abritent des anges de qualité croissante pour se terminer par le firmament où règne le Christ. Paul nous dit aussi avoir été enlevé au troisième ciel qu’il appelle le paradis[4]. Dans l’apocryphe chrétien, l’Ascension d’Isaïe, le personnage nous parle d’un ange venu du septième ciel[5].
Ce qui m’intéresse dans ces textes est l’idée que le « ciel » comporterait plusieurs zones, ce qui permettrait d’envisager que certaines soient plus éloignées du centre de l’émergence (Dieu) et plus fragiles face à une attraction extérieure que d’autres. Bien entendu, j’ai parfaitement conscience du ridicule à vouloir imaginer spatialement le domaine spirituel qu’est l’empyrée céleste.
Dans l’Apocalypse de Jean la chute est représentée par un balayage de la queue du dragon qui entraîne le tiers des étoiles du ciel[6]. On retrouve là aussi l’idée que la chute s’est opérée de la « périphérie » vers le centre. Si l’on combine ces trois textes on peut penser que les deux premiers cieux sont les plus vulnérables à l’attaque maline. Le paradis, zone stable ne commence qu’au troisième ciel, les anges des premiers cieux ne connaissent pas Christ (Isaïe) qui vient du septième ciel, et les deux premiers cieux représentent approximativement le tiers des cieux angéliques ; le septième étant celui de Christ et le huitième celui de Dieu. Comme quoi, même avec des outils inappropriés nous pouvons nous faire une idée de ce qui a pu se passer.

Une chute fortuite

Les cathares évoquent également l’idée que les esprits tombés ont été victimes de leur inexpérience qui les a poussés à se laisser abuser par les promesses du démiurge et de leur curiosité. Cela évoque l’hypothèse que le cheminement que nous suivons sur terre pourrait n’être qu’une resucée de celui que les esprits-saints font de leur côté dans l’empyrée divin. Cela pose forcément la question du rapport entre les esprits-saints et l’Esprit unique. Et là encore cela évoque des correspondances mondaines. Prenons l’exemple d’un essaim d’abeilles sauvages. Nous avons la reine au centre entourée des abeilles les plus proches qui gèrent les couvains, autour on trouve des abeilles ouvrières et des abeilles soldats qui approvisionnent l’essaim et défendent la colonie. Forcément, ce sont celles qui sont à la périphérie qui sont les plus sensibles aux influences extérieures, mais chaque abeille dispose d’une relative indépendance pour effectuer ses tâches avant de revenir à l’essaim qui est un tout en soi.
Au final, il est clair qu’il est impossible de savoir comment s’est effectuée la chute des esprits-saints emprisonnés dans la matière charnelle. Ce que j’aurais tendance à retenir est que l’Esprit unique n’est pas forcément monolithique et qu’une certaine latitude existe dans un espace spirituel déterminé par l’avancement spirituel de chacun des esprits-saints qui se trouvent au sein de ce tout unique. Les esprits-saints susceptibles de tomber sont, soit des éléments revenus au Père, mais encore trop fragiles pour progresser dans leur cheminement, soit des esprits-saints initialement demeurés fermes, mais qui continuent à tomber sous l’effet de l’attraction démiurgique.

Un phénomène temporel

La création maline et les esprits-saints sont issus de deux principes différents ce qui leur interdit tout espoir de symbiose. Leur « union » est instable comme l’est celle de l’huile et de l’œuf dans la mayonnaise. La matière se dégrade et périt alors que l’esprit-saint reste stable et éternel. Cette différence de temporalité, ou plutôt l’absence de soumission à la temporalité d’un des deux éléments, amène régulièrement l’esprit-saint à se libérer de sa contrainte. S’il est conscient de son état il ne pourra sans doute pas être trompé une nouvelle fois et retournera à l’empyrée divin pour y poursuivre son cheminement. Sinon, il se retrouvera de nouveau prisonnier d’une nouvelle incarnation.
Cela nous interroge sur la puissance de cette incarnation et les outils dont elle use pour maintenir l’esprit-saint prisonnier.

Les tuniques d’oubli

Comment fonctionnent les prisons mondaines dans lesquelles nous sommes enfermés ? Elles sont composées de deux éléments : l’un est totalement matériel afin d’être sensible à son environnement mondain, qui est totalement étranger à l’esprit-saint qui ne dispose pas des outils pour l’appréhender. L’autre est une interface directe entre la part spirituelle et la part matérielle, que l’on pourrait définir comme l’intellect, cette capacité à raisonner en dehors de tout instinct animal dans le but d’utiliser ou de produire ce qui nous est utile en ce monde. Cette part intellectuelle les cathares l’appelaient l’âme mondaine, par opposition à l’âme spirituelle que j’appelle communément l’esprit-saint. L’âme mondaine est conçue pour empêcher autant que faire se peut l’esprit-saint d’avoir conscience de son état et donc de s’échapper de sa prison charnelle. Les cathares appelaient l’ensemble mondain (corps physique et âme mondaine) la tunique d’oubli[7]. Pour maintenir l’esprit-saint éloigné de tout désir de se rebeller et même d’avoir conscience de son état, l’âme mondaine utilise un élément du corps que l’on appelle la sensualité. Cet élément utilise cinq sens destinés à nous faire prendre conscience de notre imbrication dans le monde et de nous faire croire que nous ne désirons rien d’autre. Ces sens agissent isolément ou en synergie les uns avec les autres. Il est d’ailleurs intéressant de noter que l’acte charnel le plus important pour notre espèce puisqu’il permet la reproduction utilise les cinq sens simultanément. Ainsi la reproduction offre de nouvelles tuniques d’oubli pour remplacer celles qui disparaissent.

Le Mal dans ce monde

Les esprits-malins

Lucifer est l’invention facile de cosmogonies incapables de comprendre le concept de l’étant et celui des principes. Mais, sachant qu’aucun esprit au service du Mal ne peut être issu du Bien, comment reconnaître ces esprits et comment fonctionnent-ils ?
Nous avons vu que l’on pouvait avoir une idée duelle des esprits-saints, à la fois relativement indépendants et en même temps partie intégrante d’un tout unique. Peut-on dire la même chose des esprits-malins ?
Rappelons-nous que les esprits-malins ne disposent pas de l’Être, mais qu’ils sont une émanation du néant. Cela leur interdit toute notion de permanence. Sont-ils émanés de façon ponctuelle et brève pour réaliser une mission ou bien arrivent-ils à durer, notamment quand ils sont associés à un esprit-saint prisonnier ? J’aurai tendance à penser qu’effectivement le Mal génère au besoin un esprit-malin selon ses besoins, car d’une façon générale la création maline n’a pas besoin d’intervention extérieure pour se développer comme l’ont largement démontré les savants qui étudient l’évolution de l’univers et de tout ce qui vit sur terre.
Bien entendu, il faut modérer mon propos à l’aune de l’idée que nous nous faisons du temps. Le ponctuel, hors du monde, peut se mesurer éventuellement en millions ou milliards d’années, ce qui n’est rien à l’échelle de l’éternité, mais qui nous semble incommensurable à celle des miettes de notre propre existence.
Ce qui me semble importer c’est de comprendre que le Mal ne peut rien générer de durable au sens des émanations divines, sinon il n’aurait pas eu besoin d’en dérober une partie pour « soutenir » sa création. Le démiurge est donc, soit présent dans sa propre temporalité limitée, soit absent au sens où l’univers s’auto-gère suffisamment tout en descendant inexorablement sur la pente qui le mène au néant.

Le bien dans le Mal

Le bien que l’on observe est-il du Bien ou n’est-ce qu’une inflexion transitoire et locale du Mal ?
C’est un point essentiel à comprendre, car c’est souvent la dernière grille[8] à franchir pour entrer en catharisme. En effet, nous constatons tous que dans ce monde il y a aussi du bien. Le point de vue cathare semble dès lors extrêmement pessimiste, presque nihiliste. Mais c’est souvent un problème d’échelle.
Prenons un exemple concret. Un jour j’ai reçu un courriel contenant une photo représentant un chalet suisse posé sur sa pelouse fleurie par jour de beau temps. Cette dame m’écrivait qu’elle m’envoyait cela pour me montrer combien j’étais dans l’erreur en disant que ce monde émanait du Mal. Je lui ai répondu que sa photo était trompeuse et qu’en zoomant fortement sur la pelouse elle pourrait voir la lutte que se livrent plantes et animaux pour survivre, ce qui ne manquerait pas de la convaincre que l’image idyllique du plan large n’est rien d’autre qu’une réclame trompeuse.
Dans ce monde la plupart des biens que nous ressentons comme tels n’en sont pas. En effet, le plus souvent un bien ici est un mal ailleurs. L’alimentation en est la meilleure illustration. Si nous mangeons un bon rosbif c’est grâce à l’élevage d’animaux qui gaspillent sept fois plus de ressources végétales qu’ils ne produisent de ressources carnées, et je passe sur leur souffrance. Donc, en mangeant des produits trop coûteusement produits nous participons à la famine qui concerne au minimum les deux-tiers de la planète. Et je peux multiplier les exemples à foison. Il ne faut donc pas nous illusionner sur notre capacité à faire le bien et Christ l’expliquait fort bien en disant : « Toi, quand tu fais l’aumône, que ta gauche ignore ce que fait ta droite. » (Matth. 6, 2). Se réjouir du bien que l’on pense faire c’est faire œuvre de vanité. L’afficher c’est montrer combien nous sommes éloignés de l’éveil spirituel.

Voici ce que je peux vous dire de ce que je crois savoir du Mal et j’espère que nous pourrons échanger ici ou sur les forums du site.

Guilhem de Carcassonne, le 11 septembre 2022.


[1] Le choix des majuscules pour Satan et satan, Bien et bien, Mal et mal, n’est pas anodin.

[2] Ouvrage écrit par des cathares occitan au 13e siècle à Italie du Nord et destiné aux consolés revenant prêcher aux croyants restés en Languedoc sous l’Inquisition. Un seul original nous est parvenu et se trouve à la Bibliothèque municipale de Lyon.

[3] Son étymologie semble venir de l’italien diabolo qui signifie, le diviseur.

[4] Deuxième lettre de Paul aux Corinthiens : 12, 2-4.

[5] Ascension d’Isaïe : 1, 13.

[6] Apocalypse selon Jean : 12, 3-4.

[7] Par référence à un prêche cathare qui illustrait comment le diable avait empêché les esprits-saints tombés en son pouvoir de revenir au Père.

[8] Que nous appelons l’éveil.

Cosmologie cathare – 1

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Cosmogonie cathare

Prêche publié du 13 février 2022, par Guilhem de Carcassonne

Au Moyen Âge, les cathares ne disposaient pas des connaissances scientifiques et des hypothèses que l’astronomie nous offre aujourd’hui. Ils se basaient donc sur les éléments à leur disposition, composés pour l’essentiel de textes religieux juifs de la Torah. Sur cette base assez ténue, ils avaient essayé de calquer les éléments que leur conception doctrinale leur faisait valider. Mais aujourd’hui, nous pouvons essayer d’aller plus loin dans notre compréhension et proposer des hypothèses plus avancées en utilisant nous aussi les apports de la science et parfois même ceux de ses failles.

La cosmologie, la cosmogonie et les cathares

Le cosmos est l’espace hypothétique occupé par l’Univers — c’est-à-dire l’espace naturel contenant notre univers observable — et tout ce que nous ne pouvons pas observer, mais que nous supputons par raisonnement logique. En effet, depuis que nous observons notre univers nous avons remarqué que sa « naissance » s’est appuyée sur des phénomènes physiques qui devaient logiquement exister avant lui. Comment expliquer l’apparition de ces phénomènes sans imaginer qu’ils se sont créés et développés dans un espace plus grand ? L’autre raison est que notre univers est en expansion. Or, pour se dilater, notre univers a besoin d’un « contenant » plus grand que lui qui lui donne la place de sa dilatation.

La cosmologie est une science visant à étudier le cosmos et les corps qui s’y trouvent, y compris leur formation et origine. D’un point de vue étymologique, elle constitue un discours sur l’« ornement » (cosmos) céleste. Ce terme est donc généralement réservé à l’approche scientifique et athée du sujet.

La cosmogonie est une approche théorique expliquant la formation de l’Univers et des corps célestes le constituant. La séparation des termes est déjà une forme de discrimination entre une science, c’est-à-dire quelque chose de forcément fiable et impartial et une théorie, c’est-à-dire quelque chose de discutable donc d’imprécis.

La plupart des religions sont régulièrement en conflit avec la science, car elles essaient de faire coïncider leurs textes de référence sur la cosmogonie et les éléments factuels que propose la science. Or, cela s’avère difficile, voire impossible. Le cathare se distingue une fois de plus, car sa cosmogonie ne prétend pas proposer une vérité, mais simplement des hypothèses qui essaient d’être cohérentes et logiques. Cela fait que la, ou plutôt les, cosmogonies cathares ne sont jamais en porte-à-faux avec la science et qu’il leur arrive même de proposer des réponses à des situations que la science ne parvient pas à expliquer.

La grande et la petite perturbation

Quand la Torah juive, reprise dans l’Ancien Testament validé par l’Église catholique, imaginait un Dieu créateur de l’Univers et des êtres le peuplant, tout en faisant porter sur l’homme la responsabilité de l’imperfection de cette création, les cathares proposaient une lecture nettement différente.

L’ange, premier-né de la création divine, porteur de lumière (Lucifer), était accusé d’avoir préféré le Mal au Bien et d’avoir voulu égaler Dieu dans sa puissance, ce qui l’avait amené à le trahir.

Pour les cathares cela posait problème. En effet, ainsi que l’explique clairement Jean de Lugio, comment imaginer qu’une créature divine, forcément parfaite dans le Bien comme son créateur comme l’impose la philosophie des Principes d’Aristote, forcément ignorante du Mal, lequel est totalement absent de la sphère divine, aurait-elle pu préférer le Mal qu’elle ne connaissait pas au Bien qui constituait la totalité de son univers ?

Le libre arbitre des hommes est également rejeté puisqu’il suppose une relative imperfection de Dieu et de sa création qui est en totale contradiction avec la perfection absolue de Dieu. Donc, les cathares considéraient que Satan, Lucifer ou le diable, selon les façons de le désigner, était une créature du Mal, lui-même appelé Satan. Cet ange mauvais aurait créé un monde mauvais afin, soit de tenter d’égaler la création spirituelle de Dieu, soit de lui nuire. Mais cette création, contrairement à celle de Dieu, ne disposant pas de l’Être — état de permanence absolue transmise de Dieu à sa création par émanation —, était soumise à la corruption temporelle. C’est pour tenter de l’empêcher, ou tout au moins, de la retarder le plus possible que Lucifer eut l’idée de dérober une partie des esprits saints composant l’empyrée spirituel divine. En effet, ces esprits saints — formant un tout que nous appelons l’Esprit —, sont parfaits dans le Bien et éternel comme leur créateur dont ils partagent la substance.

Ce « rapt » réalisé par le diable fut suivi d’un mélange entre la part mondaine, constituée d’un corps matériel et d’une âme matérielle, et la part spirituelle, appelée âme spirituelle quand elle se trouve auprès de Dieu et esprit ou esprit saint quand elle est prisonnière dans le monde du Mal. La part de l’Esprit demeuré auprès de Dieu était considérée par les cathares comme le « corps » spirituel auprès duquel les esprits saints aspiraient à revenir, réalisant ainsi le mariage mystique.

L’organisation du Mal et l’apparition de Lucifer étaient nommées la première ou petite perturbation, alors que la chute des âmes spirituelles dans le monde du Mal était appelée la seconde ou grande perturbation.

Cette vision permettait d’expliquer les textes de référence universels, comme la Genèse qui fait état de deux créations distinctes de l’homme par Iahvé.

Tentative d’explication cosmogonique moderne

L’univers est la création du Mal

« Ainsi tout bon arbre fait de beaux fruits, et l’arbre pourri fait de mauvais fruits. » (Matth. 7, 17). Cette affirmation vise à illustrer le concept des principes que l’on trouve largement expliqué dans La métaphysiqued’Aristote. Ce concept pose comme incontournable le fait que tout se rattache à des principes qui sont uniques et ne peuvent produire que des conséquences elles aussi uniques. Ainsi, le principe du Bien ne peut produire que du bien et le principe du Mal ne peut produire que du mal. Tout composé peut et doit donc être rapporté aux principes dont émane chacune des parties qui le composent.

L’existence du Mal oblige donc à considérer l’existence d’un principe du Mal, ce qui ne veut pas dire que ce principe est l’égal du principe du Bien. En effet, si le Bien est éternel, le Mal l’est forcément aussi, mais le Bien dispose de par sa nature de la capacité à laisser émaner un Bien éternel, alors que le Mal n’a pas cette compétence, car il est dépourvu d’Être, ou plus précisément il est un néant d’Être. Ne pouvant laisser émaner du Mal, il doit le créer provoquant de ce fait l’apparition d’un phénomène corruptif que l’on appelle le temps. Or le temps, s’il signe l’apparition des choses il leur impose également une fin. Il en résulte que le Mal produit une création imparfaite, puisqu’émanant d’une absence d’Être et corruptible, puisque créée dans le temps.

Cette lecture est acceptable à notre époque, comme elle l’était au Moyen Âge, puisqu’il est facile de constater à la fois l’imperfection et la corruptibilité du monde où nous vivons. La problématique principale, qui était insupportable aux esprits catholiques, est l’idée que le diable ait pouvoir de création. Jean de Lugio l’expliquait fort bien dans son Livre des deux principes que vous pouvez retrouver dans l’ouvrage de René Nelli : Écritures cathares.

En fait, ce qui définit Dieu, c’est-à-dire le principe du bien n’est pas la faculté créatrice, mais la capacité à laisser émaner de l’Être, sorte de consubstantialité à la fois éternelle et incorruptible.

Dieu ou le principe du Bien

Les cathares appellent Dieu, le principe du Bien, mais on ne trouve quasiment aucune explication sur ce qu’il est. Déjà les cathares étaient très attachés à l’idée que Dieu est inconnu et étranger à notre monde. En outre, nul ne l’a connu sinon Christ qu’il a envoyé pour nous éveiller. Cela permet déjà d’invalider la divinité de Yahvé qui s’est donné à voir aux hommes à quelques occasions[1]. En effet, Christ nous dit clairement que « Tout m’a été livré par mon père, et personne ne sait qui est le Fils, sinon le Père ni qui est le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le dévoiler. » (Luc 10,22). Ce dernier point introduit une interrogation sur le fait de savoir si Paul n’aurait pas eu la révélation du Père par le Fils comme semble être dit dans la seconde lettre aux Corinthiens (12, 2-5) ?  La volonté de modestie et d’humilité de Paul rend cependant le texte ambigu.

Donc, comme un Socrate moderne, tout ce que nous savons sur Dieu… c’est que nous ne savons rien et que Yahvé n’est pas Dieu puisqu’il s’est fait connaître des hommes alors que Christ nous affirme que jamais Dieu ne s’est fait connaître directement des hommes.

Alors, comment définir Dieu ? On pourrait dire qu’il est indicible, car il représente ce qui dépasse notre imagination la plus débridée : le Bien dans sa forme la plus pure et la plus absolue, ce qui n’existe pas ailleurs qu’en Dieu. En outre, comment définir ce qui n’obéit à aucune représentation compréhensible pour nous ? Un principe n’a pas de forme, or Dieu est le principe du Bien ce qui double l’impossibilité de le représenter.

Faute de pouvoir définir Dieu, peut-être pouvons-nous définir le Bien ?

Et là il faut éviter le piège béant de définir le Bien par rapport à notre conception personnelle. Le Bien n’est pas ce qui nous semble bien, mais ce qui est un bien universel et sans la moindre exception. Cela rend l’exercice infiniment plus délicat, car tel bien ici peut être un mal ailleurs. Je peux m’offrir ce qui me fait plaisir, c’est donc un bien, mais pour le fabriquer et me le fournir combien de personnes ont-elles dû souffrir d’une dégradation de leur environnement, de conditions de travail et de vie déplorables, de conditions de transport polluantes et d’un différentiel de niveau de vie injuste ? Tout ce qui ne m’est pas essentiel à ma vie lèse forcément la vie que quelqu’un de plus mal loti. De façon métaphorique Christ le dit aux apôtres qu’il envoie évangéliser : « Il leur dit : Ne prenez rien pour le chemin, ni bâton, ni besace, ni argent, et n’ayez pas chacun deux tuniques. » (Luc 9, 3). En effet, pour le voyage que nous entreprenons — celui qui nous mènera au salut par la grâce de Dieu —, nous devons avancer sans quoi que ce soit qui puisse entraver notre cheminement.

Finalement, nous sommes assez peu avancés dans la compréhension de ce qu’est Dieu et le Bien. C’est tout simplement que cela ne nous est pas nécessaire pour aller vers lui. Il nous suffit d’avoir compris son message de Bienveillance et de le mettre en pratique au quotidien.

Satan, principe du Mal et le diable

Définir le principe du Mal est difficile, mais peut-être pas impossible.

Lui aussi est principiel, donc sans apparence propre. Par contre, sa nature maligne et son caractère de néant d’Être peuvent s’approcher un peu plus. Quand Dieu est stable dans le Bien, le Mal semble être plus fluctuant, car si le Bien n’a qu’une possibilité d’être Bien, c’est-à-dire le Bien absolu, il semble exister de multiples façons d’être le Mal. Le Mal peut même, à l’occasion, se donner une apparence de bien que l’on peut détecter comme je vous l’ai expliqué au chapitre précédent.

Si le Bien absolu nous semble impossible à définir, ces variantes de Mal le sont plus facilement. Un grand ami, Yves Maris, disait en souriant : « Le Mal, c’est ce qui fait mal. ». C’est déjà une définition intéressante. Si quoi que ce soit est ressenti comme du mal par qui que ce soit, c’est forcément du mal. Mais le Mal c’est aussi le néant d’Être. On trouve, notamment dans la Genèse une description qui semble correspondre : « Au commencement Élohim créa les cieux et la terre. La terre était déserte et vide. Il y avait des ténèbres au-dessus de l’Abîme et l’esprit d’Élohim planait au-dessus des eaux. » (Gen. 1, 1-2). Que nous apprend ce texte ?

L’esprit d’Élohim plane au-dessus de l’Abîme qui contient les eaux et donc au sein des ténèbres qui enveloppent tout cela. Ces ténèbres et cet Abîme sont distincts de la terre et lui sont même antérieurs. Élohim ne semble pas en être le maître et il y a de bonnes raisons de considérer que ces éléments sont représentatifs de l’absence d’Être. Sont-ils le Mal, également appelé Satan ? Nous n’en savons rien, mais Élohim semble se mouvoir au-dessus d’eux sans problème. Ils ne sont donc pas antagonistes. Ces ténèbres et cet Abîme sont une représentation très convenable de l’idée que l’on se fait du néant. On peut même se demander si les ténèbres, l’Abîme et Élohim (dont je rappelle qu’il désigne un pluriel) ne seraient pas les émanations de ce principe du Mal.

Difficile d’aller plus loin, mais nous avons néanmoins jeté quelques bases intéressantes.

La première ou petite perturbation

La cosmogonie cathare médiévale s’appuyait pour partie sur la cosmogonie judéo-chrétienne du premier siècle. Elle fait donc référence à un ange déchu venu tenter des anges bons afin de les faire tomber dans le péché. Vous en trouverez aisément le détail dans les ouvrages de Anne Brenon et Jean Duvernoy.

Ce qui pose problème à un esprit d’aujourd’hui, comme cela fut le cas d’un esprit philosophique du 13e siècle, aussi brillance que celui de Jean de Lugio, évêque cathare italien, c’est qu’il y a une incohérence majeure dans cette vision des choses.

Si les émanations divines sont aussi parfaites que le principe du Bien, elles n’ont pas connaissance du Mal et des défauts qu’il induit dans nos consciences dominées par lui. Donc, pas d’envie, de jalousie ou d’envie de domination chez ces anges parfaits dans le Bien.

Ce n’est donc pas le diable, Lucifer ange de Dieu, qui aurait développé l’envie de se doter d’un empyrée puissant et toute à sa dévotion. C’est le Mal qui aurait donc chargé une de ses émanations de réaliser son œuvre. Là les choses sont plus logiques et cohérentes. Le principe du Mal veut s’opposer au Bien, au moins dans les œuvres, puisqu’il ne peut le faire autrement en raison de l’imperméabilité de leurs espaces propres. Il charge le diable de réaliser une création apte à lui donner matière à orgueil. Et c’est que fait le diable. Mais cette création est menacée de disparaître rapidement, car elle ne dispose pas de la permanence que donne l’Être. Et c’est pour compenser ce problème que le diable va chercher une solution que nous étudierons le mois prochain.

Je vous rappelle que la cosmogonie n’est rien d’autre qu’une réflexion personnelle visant à imaginer quelque chose de cohérent et de logique à propos d’un élément invérifiable ; chacun est donc parfaitement libre d’imaginer la sienne.


[1] Abraham : Genèse 18, 1-2, David : Genèse 32, 31, Moïse : Exode 33, 11

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Cohérence ou quiproquo ?

L’histoire

Génèse XI, 1-9 : Toute la terre avait un seul langage et un seul parler. Or il advint, quand les hommes partirent de l’Orient, qu’ils rencontrèrent une plaine au pays de Shinear et y demeurèrent. Ils se dirent l’un à l’autre : « Allons ! Briquetons des briques et flambons-les à la flambée ! » La brique leur servit de pierre et le bitume leur servit de mortier. Puis ils dirent : « Allons ! Bâtissons-nous une ville et une tour, dont la tête soit dans les cieux et faisons-nous un nom, pour que nous ne soyons pas dispersés sur la surface de toute la terre ! » Iahvé descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils des hommes, et Iahvé dit : « Voici qu’eux tous forment un seul peuple et ont un seul langage. S’ils commencent à faire cela, rien désormais ne leur sera impossible de tout ce qu’ils décideront de faire. Allons ! Descendons et ici même confondons leur langage, en sorte qu’ils ne comprennent plus le langage les uns des autres. » Puis Iahvé les dispersa de là sur la surface de toute la terre et ils cessèrent de bâtir la ville. C’est pourquoi on l’appela du nom de Babel. Là, en effet, Iahvé confondit le langage de toute la terre et de là Iahvé les dispersa sur la surface de toute la terre.

Analyse

La lecture de ce passage est très surprenant, mais peut-être pas autant que le fait que, ni les Juifs ni les Judéo-chrétiens, ne semblent l’avoir clairement compris.

En effet, pour quel motif Iahvé décide-t-il de faire avorter le projet des hommes ? Partis de l’Orient ensemble, ils s’arrêtent ensemble en un lieu qui leur semble propice pour s’y installer. En commun et dans la concorde, ils décident de bâtir une ville et, dans l’élan de leur enthousiasme, ils veulent en faire un monument comme jamais il n’en fut de mai d’homme. Ils rêvent même de voir leur tour atteindre les cieux.

Quelle aurait dû être la réaction cohérente de Iahvé ? De par son statut de Dieu, il aurait dû trouver cette ambition aussi amusante que puérile et sachant que jamais les hommes ne pourraient atteindre au seuil de son domaine, il aurait dû les laisser continuer jusqu’à ce qu’ils constatent la vanité de leur ambition.

Mais non, au contraire, il s’inquiète autant de l’unité de ce peuple et de sa coopération que du projet dans lequel il voit une menace pour lui. C’est pour ce seul motif qu’il décide de jeter la discorde au sein de ce peuple afin de le disperser pour qu’il ne puisse mener à bien son projet.

Que faut-il en conclure ? Iahvé serait-il un faux dieu qui s’inquiète d’un projet logiquement voué à l’échec ? Iahvé sait-il que son statut est usurpé au point de devoir mettre en échec cette tentative qui le menace de son point de vue ? Iahvé est-il jaloux de la concorde et de la coopération qui permet aux hommes — ses créatures — de voir leurs efforts couronnés de réussite ? Quel père serait jaloux de ses fils au point de les mener à leur perte ?

Compréhension juive et chrétienne

Les Juifs semblent traiter ce sujet avec une certaines désinvolture. Ce morceau de chapitre s’insère dans des textes relatant les divers peuples de la région et la généalogie sémitique. Aucune présentation ni morale finale. À croire que pour ceux qui ont relaté cet épisode, il ne s’agit que d’un épiphénomène secondaire ; comme si le comportement de Iahvé ne pouvait les étonner.

Les Judéo-chrétiens, si prompts à mettre l’homme en accusation, utilisent ce sujet pour critiquer la hardiesse des hommes qui voudraient égaler Dieu. Encore faudrait-il expliquer en quoi une telle accusation se justifie. En outre, la réaction de Iahvé est présentée comme une juste punition d’une telle arrogance. Comment justifier un tel jugement ?

Il y a pour le moins un quiproquo de leur part, au pire une totale inversion de la logique du texte.

Pour les Cathares il y a au contraire une grande cohérence à lire ce que texte nous indique. Iahvé n’a pas le qualificatif justifié de Dieu. Il n’est pas Dieu et il le sait bien puisqu’il se méfie des entreprises hommes dans lesquelles il voit une menace pour lui, au point de tout mettre en œuvre pour les contrecarrer.

Les hommes sont doux, bienveillants les uns envers les autres, heureux de vivre et de travailler ensemble, et plein de bonne volonté. Le méchant de l’histoire c’est Iahvé !

Mais est-ce que cela se limite à cette histoire probablement inventée par un scribe plus malin que les autres ?

L’éternel artisan du chaos

Le monde du Mal

Dans ce monde dont le diable est le créateur, est-il excessif de penser que c’est lui qui pousse vers le chaos ce qui pourrait en fait aller mieux sans son action maléfique ?

Son nom qui signifie le diviseur est en fait parfaitement adapté à notre propos. En effet, l’unité lui déplaît et il ne cherche qu’à détruire tout ce qui pourrait être construit, car il sait qu’alors sa vraie nature serait dévoilée.

Dans notre état de mélange, entre une part de bien éternel et une prison de chair corruptible, il se pourrait bien que la part bénéfique soit en mesure de prendre le dessus et de conduire l’humanité vers plus de bien que de mal. C’est pourquoi il intervient pour remettre les choses dans le désordre afin d’empêcher le bien de prendre le pas sur le mal qu’il veut voir triompher.

Si nous observons comment notre monde évolue, il n’est pas difficile de remarquer que, régulièrement, des situations qui tendent vers un mieux durable sont détruite au profit d’un chaos, par définition instable. L’histoire très récente nous montre que les européens, las de s’être déchirés pendant des siècles pour des motifs nationalistes, ont réussi après un dernier carnage à se mettre à peu près d’accord pour construire ensemble un projet commun destiné à lier leur avenir afin de garantir un entente durable et d’éloigner le spectre d’un nouvel holocauste.

Or, quand ce projet se met à prendre de l’ampleur après la chute de la dictature soviétique, qui opposait deux blocs le doigt posé sur le bouton nucléaire, que voit-on se produire ? Les nationalismes étroits et les égoïsmes économiques viennent recréer les divisions d’antan, soit par le rejet du projet européen comme c’est le cas avec le Royaume-Uni — du moins pour l’instant —, soit par le réveil de volontés séparatistes qui, pour la plupart, n’ont d’autre ambition que de valoriser un égoïsme qui souvent oublie que dans le passé ce sont les autres qui les ont aidé.

Comment ne pas voir dans ces attitudes la patte du démiurge qui craint qu’une trop belle entente entre les hommes puisse nuire à ses propres intérêts. Et par contraste, comment ne pas imaginer que cette même entente qui pousse inlassablement les hommes à tenter de surpasser leurs divisions, ne soit pas le fait de notre part divine, puisque d’évidence elle n’est pas dans le dessein du diable ?

La grenouille et le scorpion

Comme je l’ai déjà expliqué dans le texte du même titre, le Mal est sans cesse en contradiction avec lui même. Il veut égaler Dieu en façonnant un monde ayant un vernis d’éternité, mais il ne peut s’empêcher à la première occasion de le détruire car son fond le pousse à tout néantiser.

Mais nous devons tirer une raison d’espérer de cela. En fait, notre nature profonde est plus forte que celle du diable et il ne parvient pas à stabiliser sa volonté de chaos car, dès qu’il nous laisse la bride sur le cou, nous tendons vers le bien. Le mal n’est pas suffisamment puissant au bien en nous pour l’empêcher de prendre le pas et de faire aller ce monde un peu mieux. C’est pour cela qu’il doit sans cesse intervenir pour provoquer des catastrophes et mettre en avant des volontés négatives afin d’empêcher le bien de s’affirmer.

Le dire est bien, mais le comprendre intimement serait mieux.

C’est pourquoi, chaque fois que quelque chose de positif est menacé, nous devons en prendre conscience et agir pour protéger le positif sans nous laisser manipuler par le négatif. Et cela se vérifie dans tous les domaines.

Le repli identitaire est mauvais pour le bien de l’humanité. Qu’il s’exprime au niveau des individus ou des peuples. Les races pures favorisent les dégénérescences génétiques alors que les métissages produisent de pures merveilles. L’unité des hommes, qui nous a sorti des cavernes pour nous pousser à évoluer et à améliorer nos conditions de vie, doit nous pousser à ne nous connaître qu’une seule identité, celle d’hommes et de femmes de la même planète et nous devons rejeter toute idée moins étendue qui ne peut que nous opposer et nous renvoyer dans nos grottes originelles où nous n’étions que des proies faciles et frileuses.

Confondre la culture régionale avec la séparation politique est une aberration délétère. Qui m’empêche de vivre ma mémoire culturelle au sein d’un État politique plus important ? Rien ni personne d’autre que mes propres limites intellectuelles forgées par un égocentrisme forcené et un complexe d’infériorité pathologique.

Ne soyons pas le scorpion et suivons l’exemple des hommes de Babel ; c’est en visant haut et loin, mais surtout en le faisant ensemble que nous élèverons notre regard jusqu’aux cieux où nous découvrirons la supercherie du méprisable manipulateur et diviseur et que nous découvrirons la beauté du monde dont nous sommes un jour tombés et où nous devons tous revenir.

Éric Delmas, le 07/10/2017.

Apocalypse de Jean – Chapitre 12

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Ce texte est tiré du Nouveau Testament publié dans la collection La Bibliothèque de la Pléiade des éditions NRF Gallimard.
Introduction de Jean Grosjean, textes traduits, présentés et annotés par Jean Grosjean et Michel Léturmy avec la collaboration de Paul Gros.
Afin de respecter le droit d’auteur, l’introduction, les présentations et les annotations ne sont pas reproduites. Je vous invite donc à vous procurer ce livre pour bénéficier pleinement de la grande qualité de cet ouvrage.

Apocalypse de Jean

Chapitre 12

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