Amélioration

L’étude de l’Amélioration

8-3-ecf- Rituels
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L’étude de l’Amélioration

Je vous ai présenté ce rituel, dans la connaissance que nous en avons de sa pratique au Moyen Âge dans l’article publié sur le site[1]. C’est le rituel initial qui marque la cohésion de la communauté ecclésiale. Il est pratiqué par les croyants, les novices et les chrétiens consolés qui se tournent vers le chrétien cathare le plus ancien présent à ce moment.

Aujourd’hui je voudrais préciser quelques points afin de proposer une version moderne de ce rituel qui ne retire rien à celui de nos anciens et qui soit adapté à nos conceptions modernes.

La pratique

La gestuelle n’a pas besoin d’être modifiée, car rien n’est obsolète dans sa mise en œuvre.
La gestuelle est dirigée vers le chrétien consolé[2] qui officie, c’est-à-dire le plus ancien dans la foi. Le croyant ou le chrétien moins ancien — que j’appellerai pratiquant —, joint ses deux mains, paume contre paume et doigts serrés, contre sa poitrine, baisse la tête et courbe le dos en référence à ce que représente le chrétien plus ancien, c’est-à-dire à la présence du Saint-Esprit consolateur, seul intermédiaire entre le bon principe et celui qui effectue l’Amélioration. Il n’y a en effet aucune confusion pour les participants entre le rôle du chrétien, intermédiaire neutre, et celui à qui s’adresse en fait le croyant, le Saint-Esprit Consolateur.

Déroulé du rituel

Révérence
Salutation

Le pratiquant commence par joindre les mains, puis incline la tête et enfin plie le buste. Cette phase muette s’enchaîne directement avec la suivante et ne dure donc que quelques secondes. Elle permet au croyant de se mettre en préparation psychologique et spirituelle de ce qui va suivre.

Agenouillement
Génuflexion
Ensuite le pratiquant va s’agenouiller, soit directement au sol, soit en posant les genoux sur un oreiller (ou un coussin)[3], soit en appuyant ses mains sur un banc. Ce dernier cas semble être prévu pour les personnes ayant des difficultés physiques à s’agenouiller directement. Aujourd’hui on peut imaginer de remplacer le banc par un prie-Dieu adapté, c’est-à-dire avec une tablette surbaissée de façon à permettre la prosternation complète.

Adoration
Prosternation

Il se prosterne ensuite en appuyant ses deux mains à plat sur le sol ou le support situé devant sa tête et se relève immédiatement en revenant à la position agenouillée. Il peut soit poser son front entre les deux mains, soit en l’appuyant sur les mains ainsi posées au sol. C’est typiquement la description de la veniæ décrite dans la pratique de l’Oraison.

C’est dans cette position que le pratiquant fait sa demande :

Chrétien (ou Chrétienne), la bénédiction de Dieu, de l’Église et la vôtre ![4]

Bénédiction
Bénédiction

Le chrétien répond à son attente en étendant une main au-dessus de la tête du pratiquant sans la toucher.
Bien entendu, et particulièrement lorsque le ministre et le pratiquant sont de sexe différent, il n’y a pas de contact physique entre la main du premier et la tête du second.
Le chrétien répond ensuite à la demande du croyant en utilisant le pluriel afin de ne pas personnaliser sa réponse :

Recevez-la de Dieu, de l’Église et de nous.[5]

 

Après cette réponse, le pratiquant se prosterne à nouveau et se redresse et renouvelle sa demande une deuxième fois dans les mêmes termes. Le chrétien lui répond de même et le pratiquant recommence une troisième fois, mais il modifie sa demande de la façon suivante :

Priez pour nous pécheurs, afin qu’il fasse de nous des chrétiens et qu’il nous conduise à bonne fin.

Le chrétien répond cette fois :

Que Dieu vous bénisse. Dieu veuille faire de vous des chrétiens, et qu’il vous conduire à une bonne fin.

Le croyant se relève alors et l’Amélioration se termine, comme la plupart des autres rituels, par les caretas, c’est-à-dire le Baiser de Paix (ou la Paix).

Cette façon de faire et les formulations sont celles adoptées par l’Église cathare de France d’aujourd’hui afin d’en faciliter la mémorisation par toutes et tous.

Analyse de la pratique

Les critères de la réalisation

Ce rituel est intime, c’est-à-dire qu’il n’est pas accessible au public. Il se réalise entre croyants et chrétiens. Quand cette condition n’était pas réunie, celui qui s’en apercevait avertissait les autres afin que le rituel s’interrompe. La question qui se pose aujourd’hui où nous sommes si peu nombreux est de savoir si l’on doit accepter des spectateurs en la personne des sympathisants qui le désireraient. Bien entendu dans l’hypothèse positive, ils devraient demeurer strictement immobiles et silencieux. Cela aurait un côté motivant pour eux dans leur volonté d’atteindre l’éveil afin de pouvoir participer. Ils seraient ainsi enclins à parfaire leur connaissance du catharisme afin de se mettre dans les meilleures conditions possibles pour s’éveiller. Dans l’hypothèse négative où le rituel resterait strictement réservé aux croyants et aux chrétiens, il serait possible d’expliquer aux sympathisants qu’ils sont à la porte de l’ecclésia et qu’il ne tient qu’à eux d’aller plus loin.

Les différentes phases

On note plusieurs étapes essentielles qu’il convient d’expliquer.

La salutation est la première phase au cours de laquelle le pratiquant manifeste son humilité par une attitude de pénitent qui combine la réunion des deux mains mises à plat devant la poitrine et l’inclinaison de la tête et du buste.

La génuflexion est la deuxième phase au cours de laquelle le pratiquant se met à genou en conservant les caractéristiques précédentes, ce qui marque sa prière, c’est-à-dire la demande qu’il va faire à travers le chrétien consolé.

L’adoration manifeste l’attitude la plus humble que peut offrir le pratiquant juste avant de formuler sa demande. Il se prosterne comme le font les chrétiens et les novices lors du rituel de l’Oraison.

Le chrétien qui dirige le rituel étend le bras et la main au-dessus de la tête du pratiquant ou au centre du demi-cercle qu’ils forment s’ils sont plusieurs. C’est la matérialisation du lien qu’il constitue entre le pratiquant et le Saint-Esprit Paraclet.

Le Baiser de paix

Ce rituel ponctue plusieurs rituels et peut même se pratiquer entre croyants en l’absence d’un chrétien consolé. Le détail de ce rituel figure dans l’article qui lui est consacré.

La glose

Ce rituel est assez pauvre en termes de langage, mais il faut insister sur certains points :

Chrétien

C’est le terme unique pour désigner un croyant en Christ qui a reçu le sacrement du baptême, seul sacrement institué par Christ. Galvaudé par la comédie mensongère des baptêmes d’enfants, ce terme reste néanmoins fondamental pour définir celui ou celle qui a choisi de vivre dans le respect du commandement de Bienveillance. Pour les cathares cela est essentiel et l’enseignement qui mène à la Consolation permet au chrétien d’être en pleine possession de la gnose qui le rend à la fois en mesure de cheminer vers son salut et responsable de toute faute ou manquement commis, puisque maintenant il a l’entendement du Bien.

Ce terme se suffit à lui-même et n’a besoin d’aucun qualificatif tant il est déjà au-dessus de tout qualificatif qui ne peut être, au mieux que redondant, au pire dégradant. L’appellation Bons-hommes, Bonnes-dames est elle aussi problématique, même si l’intention qui la porte est bienveillante, car comme il est rappelé dans les évangiles, ce qualificatif est réservé à Dieu qui est seul en mesure de l’endosser :

L’Évangile selon Jean nous rappelle que l’on peut parler de Dieu comme étant le bon berger (X, 11).

Ce qualificatif est également rejeté par Christ dans les évangiles de Matthieu (XIX, 17) qui l’attribue aux actes à faire et Marc (X, 18) et Luc XVIII, 19) où le qualificatif lui est appliqué. Jean pour sa part omet ce passage.

Le problème du terme chrétien est qu’il ne permet pas de discriminer les membres des différentes Églises qui se réclament de Christ. C’est pourquoi, quand on veut éviter l’amalgame le terme chrétien consolé ou revêtu est approprié.

La bénédiction de Dieu, de l’Église et la vôtre

Rien n’est sans raison dans cette déclamation.

La bénédiction n’est qu’une forme de soutien à l’effort fourni par le croyant pour tenter de se hisser, par ses propres moyens, dans l’avancement vers son salut. Il ne s’agit, ni plus ni moins, que d’une assistance morale et une reconnaissance de la volonté d’agir dans le bon sens.

Ensuite viennent les trois niveaux auxquels est demandé cette assistance spirituelle, en partant du niveau spirituel (Dieu) et en finissant par les deux niveaux mondains dans l’ordre de leur importance, à savoir l’ecclésia et le chrétien consolé à qui on s’adresse. Cela rappelle que, en ce monde ce qui compte c’est l’ecclésia, c’est-à-dire la réunion des croyants et des chrétiens. En effet, pour que lien se fasse entre le niveau spirituel et le niveau mondain, une seule personne ne suffit pas quel que soit sont niveau d’avancement. Christ le dit : « Car là où deux ou trois sont rassemblés en mon nom, suis au milieu d’eux. » (Math. XVIII, 20).

S’il ne fait pas de doute que le dernier niveau est bien celui du chrétien consolé, n’oublions pas qu’il est vu comme l’apparence mondaine du Saint-Esprit paraclet successeur du Christ pour nous accompagner dans notre cheminement. L’emploi du pluriel rappelle que c’est à la communauté évangélique de l’on s’adresse et non pas à tel ou tel chrétien consolé. Il n’y a pas de hiérarchie élective dans le catharisme.

Recevez-la de Dieu, de l’Église et de nous

Le chrétien consolé n’émet pas d’avis personnel, car à partir du moment où celui qui s’exprime est considéré comme croyant — sur la base de ses affirmations et sans preuve du contraire —, il ne lui revient pas de décider d’octroyer la bénédiction de façon discriminatoire à tel ou tel croyant qui la demande. Il n’est qu’un intermédiaire.

Priez pour nous pécheurs…

Il s’agit là de la vision des croyants et non de celle des chrétiens. En effet, si le croyant commet des fautes et des manquements sur le plan moral et dans sa relation aux autres, il n’est pas considéré comme pécheur, car il n’a pas la connaissance intime du Bien. Celle-ci s’acquiert au cours du noviciat et devient irrévocable par la Consolation. Donc, seul le chrétien consolé peut commettre un péché du point de vue cathare. Là encore, nous sommes perturbés par l’approche judéo-chrétienne qui, en baptisant des enfants, déplace artificiellement la notion de péché vers des personnes qui n’ont pas pu se former à la connaissance du Bien et qui ont été baptisées contre leur gré avant de subir un endoctrinement sélectif qui en fait des chrétiens contraints.

… Afin qu’il fasse de nous des chrétiens…

Nous sommes là au cœur de ce rituel.

Il s’agit pour tout croyant de rappeler que sa foi ne peut le mener qu’à une seule issue : devenir un chrétien consolé pour accéder au salut avec la plus grande espérance d’y parvenir.

… et nous mène à bonne fin

Dans la logique imparable qui pousse les croyants à faire leur Amélioration, cette dernière rappelle l’objectif final de tout membre de l’ecclésia : faire sa bonne fin, c’est-à-dire se mettre en condition d’être accessibles à la grâce de Dieu et bénéficier du salut qu’il nous octroiera. On retrouve ici l’humilité du fils prodigue (Lc XV, 11-32). On note aussi la similitude de la volonté des croyants et des chrétiens à faire l’effort d’être accessibles à la grâce divine, comme dans la parabole des jeunes vierges à la lampe de Matthieu (XXV, 1-13) que nous explique clairement Luc (XII 35-38 et XIII 24-27). Le pluriel de ces trois éléments de phrase tient lui aussi à la conviction que nous sommes tous unis dans l’Esprit unique et que personne ne peut prétendre à un meilleur sort qu’un autre, contrairement aux deux fils de Zébédée qui dans Marc demandent un traitement préférentiel (X 35-40).

Que Dieu vous bénisse. Dieu veuille faire de vous des chrétiens, et qu’il vous conduire à une bonne fin.

La réponse du chrétien consolé est calquée sur la demande à laquelle il ne peut ajouter ni retrancher quoi que ce soit compte tenu de sa position d’intermédiaire.


[1] https://www.catharisme.eu/3-la-religion/3-2-r-praxis/lamelioration/

[2] Le terme chrétien consolé me semble préférable à celui de bon-chrétien, afin de respecter la parole prêtée à Christ : « Personne n’est bon que Dieu seul. » (Mc X, 18)

[3] Doat XXIII. Déposition de Pierre Maury.

[4] Version de la déposition de Pierre Maury, cf note ci-dessus.

[5] La réponse du chrétien ne veut pas dire qu’il accorde la bénédiction, mais qu’il se fait le relais. Mais il ne fait qu’appliquer ce que Matthieu rapporte dans son évangile : « Oui je vous le dis, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. » Matt. 18, 18 – voir aussi Matt. 16, 19.

Rituels et sacrement

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Rituels et sacrement

Le catharisme est un christianisme qui a réduit les activités rituelles au strict minimum en se basant sur ce que les Écritures nous disent de la pratique de christ.

À l’exception notable du Baiser de paix (caretas), tous les rituels nécessitent la présence d’un chrétien consolé. Ils sont normalement réalisés par le consolé le plus ancien présent au moment donné : ancien, diacre, Fils et bien entendu évêque.

Certains relèvent de la vie évangélique de la communauté vivant dans la maison cathare et les autres sont destinés à marquer l’appartenance à la communauté ecclésiale qui réunit les croyants vivants dans le monde et les communautés évangéliques.

Les rituels concernant les croyants

Certains rituels incluent les croyants, seuls ou associés à des consolés. D’autres sont réservés aux consolés, accompagnés ou non des novices. Parmi ces derniers certains acceptent des croyants, voire des sympathisants comme témoins muets.

Le Baiser de paix[1]

C’est le seul rituel qui ne nécessite pas la présence et la participation d’un consolé. Les croyants peuvent donc le pratiquer ensemble à l’occasion d’un temps de concentration spirituelle. Par exemple, si des croyants prient ensemble avec le Père saint, ils peuvent conclure ce temps par un Baiser de paix.

Ce rituel permet aux membres de la communauté de manifester ostensiblement, les uns envers les autres, leur appartenance et leur cohésion.

La pratique en est simple et rappelle ce qui se passe dans les communautés judéo-chrétiennes.

D’abord, le rituel ne peut s’effectuer qu’entre membres de même sexe. Il se compose de trois accolades alternées sur chaque épaule et se termine par un baiser, à bouche fermée, effectué en inclinant la tête de façon à ce que les lèvres de rejoignent de façon perpendiculaire. Il se conclue par un baiser donné au Nouveau Testament que chaque groupe fait circuler.

En présence d’un consolé, les membres de même sexe que lui (ou elle) le pratiquant prononce à chaque accolade : « Bénissez-moi. » et après le baiser, il dit : « Priez Dieu pour nous. », ce à quoi le consolé répond : « Que Dieu en soit prié. ».

L’Amélioration[2]

C’est sans doute le rituel le plus important au sein de la communauté ecclésiale. Il manifeste l’appartenance à la communauté et l’obéissance du croyant ou des consolés envers le Saint-Esprit paraclet représenté par l’ancien de la communauté évangélique.

C’est un rituel intime qu’on ne pratique pas en public, mais uniquement si l’assistance est composée de consolés et de croyants.

Il se décompose en deux temps :

La révérence

Le croyant ou le consolé qui pratique se met face au consolé qui officie. Il joint ses mains à plat, pouces collés si possible contre sa poitrine. Il incline la tête et le buste pour manifester. Aucun mot n’est prononcé de part et d’autre.

La prosternation

Sans pause, le pratiquant se met à genoux et adresse sa demande à l’officiant : « Bon-chrétien (ou Bonne Dame), la bénédiction de Dieu et la vôtre. »

L’officiant étend sa main au-dessus de la tête du pratiquant et répond : « La bénédiction de Dieu et la nôtre. »

Le pratiquant met alors ses mains à plat sur le sol et se prosterne en les touchant du front. Puis il revient à la position antérieure et renouvelle sa demande. L’officiant lui répond de même. La troisième fois, le pratiquant dit : « Priez pour nous pécheurs, afin qu’il fasse de nous de bons chrétiens et nous conduise à bonne fin. », ce à quoi le consolé répond : « Que Dieu vous bénisse et veuille faire de vous de bons chrétiens pour vous conduire à bonne fin. ».

Le pratiquant se relève et le rituel se termine par le Baiser de paix.

La Tradition du pain de la sainte Oraison

Lorsque des consolés et des croyants se trouvent ensemble à table, le plus ancien des consolés (ancien, diacre, Fils, évêque) va reproduire la gestuelle, attribuée à Jésus, de partage du pain de la Cène sans que cela ait la prétention de signifier quoi que ce soit de comparable avec l’eucharistie judéo-chrétienne. Il s’agit juste de commémorer des agapes.

Au début du repas, le consolé place sur son épaule (inverse de sa main dominante) une serviette blanche et y pose du pain en le maintenant, à travers la serviette, avec l’autre main.

Puis, il prononce quelques mots, pendant une durée estimée à celle nécessaire pour dire deux Notre Père. Que dit-il ? Personne ne l’a rapporté de façon claire, mais on peut considérer qu’il y avait sans doute un Pater, et que les quelques mots dit à voix basse, servaient au consolé à confirmer que cette réunion se faisait pour manifester la présence de l’ecclésia.

Ensuite, il découpe le pain en autant de parts que de convives. Il les distribue en respectant l’ordre d’ancienneté dans la croyance. Enfin, chacun mange son pain sans rien n’en laisser perdre.

Aujourd’hui cela peut s’envisager avec des tranches de pain déjà découpées pour simplifier les choses.

Les deux prières des croyants

Si je vous parle de cela c’est que les consolés ont des rituels de prières qui leur sont réservés. Les croyants n’en ont pas, mais ils disposent de prières qui leur sont autorisées, contrairement au Pater.

Le Père saint

« Père saint, Dieu légitime des bons esprits.
Toi qui n’as jamais trompé, ni menti, ni erré, ni hésité ;
Par peur à venir trouver la mort dans le monde du Dieu étranger,
Puisque nous ne sommes pas du monde et que le monde n’est pas de nous,
Donne-nous connaître ce que tu connais et d’aimer ce que tu aimes. Amen.
 »

Ce texte est suivi d’un anathème, tiré de l’Évangile selon Matthieu, écrit en réaction à l’éviction des juifs chrétiens des synagogues par les juifs (pharisiens et sadducéens) qui leur faisaient porter la responsabilité de la chute du Temple de Jérusalem en 70.

Bénédicité

Pour les instants à risque, un texte plus court est proposé à la demande des croyants :

« Bénédicité, seigneur Dieu, père des bons esprits, aide-nous dans tout ce que nous voudrons faire. »

Les rituels concernant les consolés

En plus des rituels ci-dessus, les consolés ont des rituels qui leur sont spécifiques et dont certains se pratiquent à l’abri des maisons cathares, c’est-à-dire sans que les croyants y assistent.

Le rituel des Heures

Ce rituel s’inscrit dans la vie quotidienne des consolés et, dans une moindre mesure, des novices.

Il s’agit de pratiquer un rituel simple ou double à certaines heures de la journée et de la nuit. Le rituel double enchaîne deux rituels simples.

Ils sont répartis comme suit :

  • Matines : rituel double exécuté dans l’heure qui précède le lever du jour ;
  • Laudes : rituel double exécuté dans la première heure du jour ;
  • Prime : rituel simple exécuté à la suite du précédent ;
  • Tierce : rituel simple de la troisième heure du jour ;
  • Sexte : rituel simple de la sixième heure du jour ;
  • Vêpres : rituel double exécuté à la douzième heure du jour ;
  • Complies : rituel double exécuté avant le coucher.

Le rituel se compose d’une série d’éléments récités et d’éléments gestuels. Dans l’ordre :

  • Benedicite : « Bénissez-nous, épargnez-nous. Quel Père, le Christ et le Saint-Esprit nous remettent et nous épargnent tous nos manquements.»
  • Adoremus : pratique appelée veniae (pl. venias) visant à se prosterner à trois reprises, mains à plat sur le sol et tête appuyée sur les mains, précédée du récitatif suivant : « Prions devant le Père, le Christ et le Saint-Esprit ; cela est digne et juste. » ;
  • Pater : 13 sont dits en commun et un est dit par l’ancien qui dirige le rituel ;
  • Adoremus : 3 venias identiques aux précédentes ;
  • Pater : 1 dit en commun et 3 dits par l’ancien ;
  • Adoremus : 1 veniae identique aux précédentes ;
  • Gracia : « Que la grâce du Christ, notre sauveur, soit toujours avec nous.»
  • Benedicite : identique au premier.

Le rituel est obligatoirement suivi d’une période de réflexion et d’étude de même durée.

Les novices, qui ne peuvent dire le Pater peuvent participer aux rituels simples et prononcer les phrases relatives aux autres parties du rituel. S’ils n’ont pas encore été admis à la pratique de la sainte oraison dominicale, ils ne peuvent assister aux rituels doubles, mais peuvent profiter de la période d’étude qui les suit.

Le Pater des cathares d’aujourd’hui

Après avoir étudié plusieurs versions du Pater anciens et modernes et en avoir fait l’exégèse, j’en suis arrivé à proposer une version moderne qui permette de mettre en avant les éléments importants de la doctrine cathare tout en conservant la forme initiale :

Père tout-puissant, principe des esprits-saints,
Ta volonté agit sur tout le Bien.
Ton Saint-Esprit nous guide comme il te plaît,
Pour que ta grâce puisse nous être accordée.
Donne-nous chaque jour, la nourriture
Que ta Parole et ton Amour procurent.
Remets-nous nos fautes et nos manquements,
Comme pour nos frères nous en faisons autant.
Et soutiens-nous dans les difficultés,
Afin de nous délivrer du Mauvais.
Amen.

Le rituel des Jours

Les consolés et les novices pratiquent des jeûnes rituels qui sont organisés de la façon suivante :

  • Jeûne strict comportant 100 g de pain et des boissons claires, froides ou chaudes à volonté. Il se pratique les lundis, mercredi et vendredi tout au long de l’année. Il se pratique également les mardi et jeudi de la première et de la dernière semaine de carême, ainsi que le samedi et le dimanche de la première semaine de carême.
  • Jeûne simple qui demande une restriction alimentaire portant sur les corps gras et sur les produits alimentaires de type récréatifs (gâteaux, confiserie, desserts sucrés, etc.). Il se pratique les mardi, jeudi et samedi de la deuxième à la cinquième semaine de carême inclus et le samedi et le dimanche de la sixième.

Des Jours peuvent être pratiqués en sus de ceux indiqués en contrition d’un manquement que la communauté aura avoué lors du rituel du Service.

Le Service[3]

Les consolés considèrent que le vrai péché est celui que l’on commet en se départissant du chemin qui mène au Bien.
Donc, seuls ceux qui ont connaissance du Bien, les consolés, peuvent vraiment pécher.
Cela imposait logiquement de manifester ouvertement sa contrition pour tous les péchés commis : volontaires, conscients, involontaires et inconscients.
Pour cela, une cérémonie rituelle était organisée chaque mois, en présence des croyants, aux cours de laquelle le diacre dont dépendait la maison cathare concernée, venait recevoir ce Service de la part des anciens des maisons cathares concernées.

Le texte de ce Service met en avant la conscience des consolés de n’avoir pas pu observer leur règle de façon stricte et efficace, en raison des fautes que leur nature mondaine provoque. À l’issue de cette contrition commune et publique, l’ancien annonce la mesure d’ascèse que sa communauté évangélique a décidé d’observer de façon à approfondir la bonne pratique de sa maison cathare. Le diacre écoute, mais ne se prononce pas, car le consolé a toute latitude pour évaluer son respect de la règle et définir ce qu’il doit faire pour rattraper le droit fil de son cheminement. Cette cérémonie était éventuellement l’occasion d’une confession privée d’un consolé au diacre, quand son ancien considérait que cela dépassait le cadre du Service commun. Là encore, le diacre, après avoir écouté la confession, demandait au consolé de définir la ou les mesures que ce dernier pense nécessaires à s’appliquer. Il pouvait, si besoin, modérer ou aggraver ces mesures, s’il pensait que le consolé n’avait pas su tirer les bonnes conclusions de son manquement ou de sa faute.

La cérémonie est codifiée et nous en avons une présentation détaillée dans le rituel cathare du Nouveau Testament occitan de Lyon.

Concernant les novices

Les novices en formation en vue de devenir des consolés avaient deux étapes fondamentales à passer.

On note que ces cérémonies comportent un temps d’admonestation de l’officiant envers le bénéficiaire qui vise à lui faire prendre pleinement conscient de l’importance de l’étape qu’il s’apprête à franchir.

Rituel de la sainte Oraison dominicale

Quand le novice avait atteint un niveau d’avancement dans sa formation qu’il considérait comme suffisant, sous réserve que les consolés l’ayant suivi soient d’accord avec lui, il pouvait demander à bénéficier de l’autorisation de participer pleinement aux rituels des Heures.
Cela revenait à l’autoriser à dire le Pater et à participer, comme les consolés, à l’ensemble des Heures, simples et doubles.

En général, ce rituel intervenait à la fin de la première année complète de noviciat, incluant trois carêmes. Dans la plupart des cas, les sources nous disent que ce rituel était associé au sacrement de la Consolation.
En effet, les novices qui n’étaient pas destinés à des missions de prédication, avaient reçu au cours de cette année de noviciat, les bases suffisantes pour mener une vie de consolé en maison cathare.
Par contre, les novices destinés à une mission de prédication pouvaient, soit ne pas être consolés immédiatement, soit l’être, mais ils continuaient leur formation en compagnonnage avec différents prédicateurs qui leur montraient ainsi les différentes pratiques apostoliques et complétaient leur connaissance des textes et des pratiques rhétoriques nécessaires à la bonne diffusion des prêches cathares. Une fois cette formation supplémentaire terminée, qui pouvait durer plusieurs années, ils étaient consolés et devenaient donc des prédicateurs associés à un plus ancien. S’ils avaient été consolés comme les autres, à la suite du rituel de la sainte Oraison dominicale, ils étaient re-consolés une nouvelle fois.

La cérémonie est codifiée et nous en avons une présentation détaillée dans le rituel cathare du Nouveau Testament occitan de Lyon.

Sacrement de la Consolation

C’est le seul et unique sacrement du christianisme cathare, car c’est le seul sacrement dont les textes nous disent qu’il aurait été pratiqué par le christ.

Il s’agit d’un baptême d’esprit, réalisé par imposition des mains. Il est réservé à des personnes ayant été formées dans le cadre d’un noviciat cathare et estimées prêtes à le recevoir. Il faut noter que ce sacrement n’est pas imposé par les formateurs du novice, mais que c’est ce dernier qui ressent en son for intérieur qu’il est temps pour lui de franchir cette étape dans son cheminement. Ce ressenti est en fait la vraie Consolation spirituelle par laquelle le Saint-Esprit consolateur baptise le novice. La cérémonie qui suit n’est qu’une reconnaissance ecclésiale de l’état de baptisé de l’ancien novice. Bien entendu, il peut y avoir confusion de la part du novice ; c’est pour cela que l’avis des consolés de la communauté où vit le novice est nécessaire à la mise en place de la cérémonie.

La cérémonie est codifiée et nous en avons une présentation détaillée dans le rituel cathare du Nouveau Testament occitan de Lyon.

La Consolation[4] n’est pas un rituel figé, comme l’est par exemple le baptême chez les catholiques. Elle était donc renouvelée à l’occasion d’étapes importantes de la vie d’un consolé, comme lors de l’attribution de charges importantes (diaconat, désignation comme Fils ou évêque). Elle pouvait aussi être renouvelée quand le consolé avait perdu son état, à l’occasion d’un départ volontaire de la communauté ou lors d’une faute ayant entraîné la perte de l’état de chrétien.
Au cours de la cérémonie, le novice se voit remis ses péchés antérieurs et choisi un prénom qui le désignera désormais au sein de la communauté, associé au nom de la commune où il s’est éveillé au catharisme.

La Consolation au mourant

Il était admis que les croyants, n’ayant pas eu la possibilité de se former lors d’un noviciat, s’ils se retrouvaient au seuil de la mort, pouvaient recevoir une Consolation in extremis. Cela rappelait que les cathares ne s’arrogeaient pas le droit de décider qui serait sauvé ou pas. Ils laissaient cela à l’appréciation du Saint-Esprit paraclet et de Dieu.
Cette Consolation n’était donc pas une garantie de salut, mais elle mettait le croyant dans les meilleures dispositions nécessaire à sa survenue. Si le croyant ne mourait pas, il devait, soit renoncer à son vœu d’être consolé, soit entrer en maison cathare pour suivre un noviciat suivi d’une nouvelle et complète Consolation. La cérémonie est codifiée et nous en avons une présentation détaillée dans le rituel cathare du Nouveau Testament occitan de Lyon.

La Convention

Les contraintes imposées par la croisade et l’Inquisition, qui rendaient plus difficile le recours à un consolé pour administrer la Consolation à un mourant, conduisit l’Église cathare à mettre en place un système de dédoublement de ce sacrement, une partie étant réalisée à distance de l’échéance et l’autre l’étant à son chevet, même s’il n’était pas conscient.
Il faut comprendre que la Consolation n’est possible que si le bénéficiaire est capable de répondre en pleine conscience aux demandes et interrogations de l’officiant.
Donc, quand la venue rapide d’un officiant s’est avérée plus aléatoire, l’idée de diviser la cérémonie en deux temps, un premier où le croyant indique clairement sa volonté pleine et entière d’être reçu, le moment venu dans la communauté évangélique comme baptisé, le second où l’officiant valide et finalise la Consolation sur un croyant incapable de lui répondre consciemment. Cependant, cela ne peut être considéré à l’instar des derniers sacrements catholiques, puisque le croyant, quoique inconscient, doit être vivant.

De nos jours, ce système peut être remis en place tant que l’Église sera faible en membres et dispersée sur le territoire.

Exprimez-vous dans le forum dédié à ce sujet.


[1] Appelé caretas dans les documents qui en parlent.

[2] Appelé melhoramentum, melhorament ou meliorer

[3] Il est appelé Apparelhment dans les textes.

[4] Elle est appelée Consolament dans les textes.

Les bornages du catharisme

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Les bornages du catharisme

Les bornages dans le monde

À tout moment dans la vie mondaine nous sommes soumis à des bornages. Ils sont pour la plupart du temps mis en place a posteriori et ont généralement un caractère de jugement et de comparaison.

Le but des bornages dans ce monde est de différencier les individus en valorisant les uns et en dévalorisant les autres. Même si nous ne savons plus les reconnaître, nous n’y échappons pas. Pour certains d’entre nous ils sont bénins et pour d’autres ils sont insurmontables. Cela commence dès la petite enfance :

  • À l’école, le passage de classe en classe dépend d’une évaluation de l’année précédente, voire d’un examen qui sanctionne un niveau d’étude ;
  • Pour conduite un véhicule à moteur, cyclomoteur ou voiture, une évaluation sanctionne un niveau de connaissance et de pratique ;
  • Bien entendu, pour accéder à de nombreux métiers, une formation est requise et est sanctionnée par des examens
  • Dans l’exercice professionnel il n’est pas rare de devoir, là aussi, subir des évaluations de la part de son encadrement, voire des examens et des formations validant.

Notre vie est bornée à posteriori, c’est-à-dire qu’un jugement est porté sur nous après une étape, pour décider de la possibilité de passer à une autre.

Certains bornages sont formels, mais nous en subissons d’autres qui sont plus discrets, voire pernicieux :

  • L’inclusion dans un groupe social (ami, relations, etc.) dépend souvent de critères précis ou intuitifs qui définissent la confiance qui nous sera accordée.
  • La relation de couple dépend aussi d’une période d’évaluation que notre partenaire potentiel mettra à profit pour savoir s’il est possible d’envisager une vie à deux ;
  • Nous sommes également portés à évaluer les autres avant de leur permettre d’accéder à des zones intimes.

Même si ces bornages sont réalisés a posteriori, rien ne garantit qu’ils soient infaillibles et il n’est pas rare qu’ils puissent être remis en cause, le plus souvent par les autres.

Il n’y a guère que dans le domaine intime que les bornages peuvent se faire éventuellement a priori en se basant généralement sur l’appartenance à un groupe social, familial, ethnique ou autre.

Ces bornages servent à valider des compétences et à organiser la société en plaçant chacun de ses membres à la place estimée la plus profitable au groupe. Le problème est qu’ils sont souvent basés sur des niveaux de compétences généraux et qu’ils ne peuvent donc pas vraiment prendre en compte les particularismes de chacun.

Ils créent aussi des jugements de valeur, donnant à chaque catégorie des qualités ou des défauts plus ou moins justement évalués. Ainsi on constate régulièrement qu’un des paramètres qualitatifs de classement est celui de l’argent. Que ce soit l’argent généré en positif, comme le salaire ou des revenus autres, mais que ce soit aussi de l’argent dépensé pour la catégorie, comme les coût des allocations diverses.

Si le prologue de la Constitution indique que : « Les hommes naissent libres et égaux en droit. », il semble bien que la société se chargent très tôt de détruire cette égalité au profit d’un classement qualitatif qui va créer des catégories difficiles à dépasser, malgré l’inscription de l’égalité dans notre devise nationale.

Ces bornages ne remplissent pas leur fonction d’utilité sociale, car nous voyons qu’ils ne conduisent pas à valoriser ce qui est le plus important pour le groupe : la situation des personnels de santé, entre autres, le montre malheureusement bien.

Ces bornages sont donc bien en phase avec ce monde imparfait et souvent malin, qui nuit plus qu’il ne sert l’humanité qui en subit les conséquences.

Comment le catharisme fonctionne-t-il de ce point de vue ?

La particularité du catharisme est qu’il n’a pas besoin de classer la population puisqu’il considère que chaque être humain est une parcelle de l’Esprit unique, émanation divine artificiellement divisée.

Par contre, ceux qui s’intéressent au catharisme et veulent progresser en son sein ressentent le besoin de se situer. Mais la doctrine cathare ne permet pas de juger, donc de séparer les hommes sur quelque critère que ce soit. La manifestation des choix doit donc obéir à une autre forme.

La désignation a posteriori est forcément basée sur le jugement puisqu’elle se sert de l’expérience accumulée pour évaluer la compétence et le niveau atteint. Elle est donc impossible dans le catharisme.

La désignation a priori rencontre le même problème. Dire d’une personne qu’elle est apte à ceci ou cela est un jugement et le fait qu’il ne s’appuie pas sur des éléments objectifs ne lui ôte pas cet aspect de jugement.

C’est pour cela que le catharisme a choisi de retirer à son système de bornage ce qui lui posait problème : l’estimation extérieure.

Mais il n’en reste pas moins qu’il y a des étapes dans l’avancement en catharisme et que ces étapes constituent un système de bornage de l’évolution au sein de cette spiritualité. Nous pouvons en définir trois de façon précise :

Tout d’abord, quand une personne découvre le catharisme, grâce à des apports de connaissance personnels (lecture, contact avec des croyants, etc.) elle peut, soit n’y voir qu’un sujet comme un autre et le laisser de côté une fois que sa curiosité aura été satisfaite. On peut dire sans exagérer que cela représente l’immense majorité des cas. Cependant, il arrive que cette personne ressente le désir d’aller plus loin dans sa connaissance, notamment dans le domaine spirituel, soit parce qu’elle n’est pas satisfaite de ce qu’elle a déjà appris, soit parce que cela éveille en elle des sentiments liés à d’autres connaissances qu’elle possède déjà. Le fait de vouloir approfondir ses connaissances, surtout s’il s’accompagne d’une empathie envers le catharisme, voire d’une sympathie plus profonde, marque le franchissement d’une borne entre le statut de curieux et celui de sympathisant.

Le sympathisant va poursuivre ses études et améliorer ses connaissances, ce qui lui permettra de faire un tri dans les données circulant sur le catharisme et qui sont, dans une grande majorité, erronées, voire pires. De ces études il retirera, soit une connaissance améliorée sans qu’elle n’éveille rien de particulier en lui, soit le sentiment que cette voie spirituelle semble être celle qui peut assurer le salut.

Si le sympathisant adhère à la doctrine cathare au point de considérer que c’est la meilleure voie possible pour atteindre le salut, il va continuer à l’étudier et, parallèlement il suivra l’enseignement des chrétiens cathares qui l’aideront à mieux appréhender le christianisme. Si cela l’imprègne réellement, il finira par atteindre l’éveil qui se manifestera pour lui par l’impérieux besoin d’aller au bout de ce cheminement pour faire sa bonne fin. Cela s’appelle l’éveil et fait de ce sympathisant un croyant cathare. Une fois qu’il l’aura compris, le croyant recherchera les chrétiens cathares consolés et leur manifestera son état en leur demandant leur aide pour son cheminement par le biais de l’Amélioration. Il marquera ainsi le bornage de son nouvel état.

On le voit dans ces deux cas, le bornage peut n’être visible que de l’intéressé ou bien se manifester ouvertement envers l’Église cathare. Il n’intervient que pour confirmer un état déjà acquis et n’est évalué que par l’intéressé. Pas de jugement, pas de sanction, pas de marque extérieure publique ; même l’Amélioration ne peut se faire qu’en comité restreint. De même, l’engagement pris est sans cesse remis en question et l’intéressé peut abandonner son cheminement s’il considère s’être trompé. Là encore, il est seul juge de son état réel.

Le croyant manifeste son état dans sa pratique intime et dans sa volonté de participer à la mise en place des conditions qui lui permettront d’assurer son salut, à savoir disposer en temps voulus d’une maison cathare où faire son noviciat et recevoir sa Consolation. En attendant d’en arriver là, surtout si des contraintes mondaines l’empêchent de se libérer, il va approfondir son cheminement par l’étude, par les pratiques spirituelles et par une adaptation de sa vie mondaine, afin de la rendre la plus compatible possible avec la règle de justice et de vérité. La préparation spirituelle peut se faire aider par un accompagnement dans l’étude des textes et dans les pratiques spirituelles. Aujourd’hui, plutôt que des participations à des prêches réguliers, qui n’est pas forcément facile étant donné l’éloignement entre les membres de l’Église, il peut entamer une préparation au noviciat.

Au cours de cette période de préparation, non seulement le croyant va améliorer ses capacités spirituelles et pratiques, mais il va également travailler aux conditions de règlement des contraintes qui le retiennent encore dans ce monde. Cela passe par des échanges avec les personnes qui lui sont attachées pour expliquer ses choix et son désir d’avancement. Cela permettra de voir si les autres sont encore dans une dépendance envers lui qui l’empêche de partir ou si ces personnes sont plus dans une démarche visant à le bloquer dans ses choix. Dans cette dernière hypothèse il est clair que ses engagements ne seront plus de même nature. De même, s’il a des enfants, il convient de voir selon leurs capacités à appréhender la situation, si des aménagements sont possibles (déménagement à proximité d’une maison cathare, séparation de corps avec le conjoint avec maintien d’un lien quotidien avec les enfants, etc.). En effet, la plasticité du catharisme permet bien des aménagements propres à favoriser l’entrée en noviciat sans nuire à l’entourage. Le choix d’entrée en noviciat va constituer un nouveau bornage dont le croyant seul peut définir le moment opportun.

Une fois entré en noviciat, le croyant va cheminer plus profondément dans sa foi au moyen de temps de pratiques et de spiritualités plus nombreux, même si des obligations mondaines demeurent. Plusieurs étapes viendront ponctuer son avancement au sein de la maison cathare et lui permettront de choisir une finalité strictement personnelle ou un parcours plus approfondi en vue de devenir prédicateur. Il va sans dire que de nos jours, les freins à l’accès à des fonctions de responsabilités que connaissaient les femmes cathares médiévales, n’ont plus aucune justification.

Ainsi, au terme d’une évaluation personnelle et d’un approfondissement de son état spirituel, il sera en mesure de ressentir le lien avec le Saint-Esprit consolateur qui lui confirmera la nouvelle étape atteinte. Dès lors, il pourra en parler avec les membres de la maison cathare afin de définir la date de sa Consolation. Ce bornage, considéré à tort par beaucoup comme une fin, lui ouvrira la porte d’un nouveau cheminement qui sera lui aussi ponctué de bornages, visibles ou non, qui le mèneront à terme à sa bonne fin.

Conclusion

On le voit mieux maintenant, le catharisme est lui aussi ponctués de moments-clés, mais ils prennent des formes particulières qui lui sont propres.

D’abord ils ne sont pas forcément formalisés de façon mondaine. Ils sont toujours à l’initiative de la personne concernée qui est la mieux placée pour évaluer son état. Elle peut s’appuyer sur l’avis de personnes plus avancées qu’elle, ce qui ne constitue pas un jugement. Quand une cérémonie ponctue ce bornage, elle peut survenir à distance du moment où le changement s’est opéré. Enfin, les bornages cathares sont systématiquement vécus a posteriori de ce qui les justifie, car le catharisme ne préjuge jamais d’un avenir qui n’est pas écrit dans ce monde.

Éric Delmas, novice cathare à Carcassonne.

L’Amélioration

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L’Amélioration

Présentation

Rituel d’entrée en Catharisme

La réalisation de ce rituel signe l’entrée d’un auditeur (sympathisant) en vie chrétienne et en fait dès lors un croyant, c’est-à-dire une personne qui chemine sur la voie qui mène au baptême, la Consolation. Il est donc le premier de tous les rituels que pratiquera un croyant face à un Bon-Chrétien (un cathare ayant reçu la Consolation).

On l’appelle Melhiorer ou Melioirer en occitan — melhoramentum[1] dans les registres d’Inquisition — ce qui signifie Amélioration. C’est ce terme que je préfère conserver, car effectivement, par ce rituel le croyant va demander à s’améliorer en vue d’une bonne fin chrétienne et il le fait par l’entremise d’un Bon-Chrétien dont l’état d’avancement signe qu’il est en lien avec le Saint-Esprit et promet une meilleure transmission du souhait exprimé. Pour autant, comme dans tous les rituels cathares, l’intermédiaire humain n’est aucunement celui qui confère ce qui est demandé, car cela ne peut relever que d’un intervenant qui n’est pas soumis à ce monde. La référence est donc le saint Esprit consolateur (Paraclet).

C’est le Bon-Chrétien qui va demander à un auditeur — c’est-à-dire un sympathisant qui répond favorablement à l’enseignement (la catéchèse) — de réaliser sa première Amélioration en lui en indiquant la procédure. Auparavant, le Bon-Chrétien évalue si le postulant éventuel est en mesure de le pratiquer. C’est également une marque de la relation qui unit la communauté ecclésiale croyante et la communauté évangélique chrétienne.

Ce rituel se pratique également entre les Bons-Chrétiens d’une maison cathare, à l’intention de l’ancien de la maison, le matin et le soir. C’est également le cas de tout Bon-Chrétien envers un autre détenteur d’une mission importante : diacre, fils mineur ou majeur, évêque.
Comme pour tous les rituels et sacrement cathare, l’officiant (Bon-Chrétien, ancien, diacre, fils, évêque) doit être en état d’assumer sa charge, c’est-à-dire sans péché majeur au moment du rituel. Sinon, son incapacité à tenir sa charge invaliderait le rituel ou le sacrement.

Rituel intime

Le croyant ne peut pas refuser cette demande du Bon-Chrétien sauf à lui signifier discrètement un empêchement généralement lié par exemple à la présence de personnes apparemment extérieures à la communauté qui se trouveraient à proximité[2]. En effet l’Amélioration n’est pas un rituel public, mais un échange intime entre le pratiquant et le Bon-Chrétien. C’est pour cela que le Bon-Chrétien parle à voix basse, ce qui fit dire à bon nombre de témoins que les propos du Bon-Chrétien étaient inaudibles.

Cette pratique doit demeurer discrète. Le Traité sur les hérétiques d’Anselme d’Alexandrie[3] précise qu’un croyant arrivant en un lieu où se trouvent des Bons-Chrétiens s’enquière premièrement de la situation des personnes présentes par une phrase codée. S‘il obtient la réponse voulue, il peut faire son Amélioration, sinon il s’en abstient.

Je ne vais pas faire ici un historique et un recensement des textes traitant de ce sujet ; Ruben Sartori l’a réalisé de façon tout à fait convaincante dans un document publié sur le site des Amis du Sabartés[4]. Ce travail très complet est particulièrement intéressant et je ne peux que vous inviter à le consulter. Pour autant je ne partage pas l’avis de l’auteur sur un ou deux points de détail ; mais nous en reparlerons.

Description

La gestuelle que Ruben Sartori pro­pose, d’après ses recherches, me semble tout à fait correcte. On la trouve dans divers témoignages issus de plusieurs registres qu’il convient parfois de compiler, car les descriptions des notaires de l’Inquisition sont souvent sommaires.
La voici présentée de façon illustrée.

Révérence
© Monique Vidal

La gestuelle est dirigée vers le Bon-Chrétien qui officie, c’est-à-dire le plus ancien dans la foi. Le croyant ou le Bon-Chrétien moins ancien joint ses deux mains, paume contre paume et doigts serrés, contre sa poitrine, baisse la tête et courbe le dos en référence à ce que représente le Bon-Chrétien, c’est-à-dire à la présence du Saint-Esprit consolateur, seul intermédiaire entre le bon Principe et celui qui effectue l’Amélioration. Il n’y a en effet aucune confusion pour les participants entre le rôle du Bon-Chrétien, intermédiaire neutre, et celui à qui s’adresse en fait le croyant, le Saint-Esprit Consolateur.

Le croyant commence par joindre les mains, puis incline la tête et enfin plie le buste. Cette phase muette s’enchaîne directement avec la suivante et ne dure donc que quelques secondes. Elle permet au croyant de se mettre en préparation psychologique et spirituelle de ce qui va suivre.

Agenouillement
© Monique Vidal

Ensuite le croyant va s’agenouiller, soit directement au sol, soit en posant les genoux sur un oreiller (ou un coussin)[5], soit en appuyant ses mains sur un banc. Ce dernier cas semble être prévu pour les personnes ayant des difficultés physiques à s’agenouiller directement. Aujourd’hui on peut imaginer de remplacer le banc par un prie-Dieu adapté, c’est-à-dire avec une tablette surbaissée de façon à permettre la prosternation complète. C’est dans cette position que le croyant fait sa demande :

Bon-chrétien (ou Bonne-Dame), la bénédiction de Dieu et la vôtre ![6]

Dans une version collective la phrase se limite à : Bénissez-nous[7]

Bénédiction
© Monique Vidal

Selon les sources, cette bénédiction, effectuée par l’ancien, peut se faire à une ou deux mains. Aujourd’hui on observe régulièrement que les bénédictions se font plus souvent à une main. On peut donc raisonnablement retenir cette pratique. Bien entendu, et particulièrement lorsque le ministre et le croyant sont de sexe différent, il n’y a pas de contact physique entre la main du premier et la tête du second.

C’est à ce moment que Bon-Chrétien répond à la demande du croyant :

La bénédiction de Dieu et la nôtre.[8]

Dans la version de Schmidt, la réponse est : Que Dieu vous bénisse.

 

Adoration
© Monique Vidal

Après cette réponse, le croyant met les mains à plat sur le sol (ou sur le banc) et se prosterne en touchant ses mains avec le front. Certains témoignages disent qu’il baise ses mains ainsi disposées. C’est typiquement la description de la veniæ décrite dans la pratique de l’Oraison.
Il se redresse tout en demeurant à genoux et renouvelle sa demande une deuxième fois dans les mêmes termes. Le Bon-Chrétien lui répond de même et le croyant se prosterne à nouveau.
La troisième fois, le croyant modifie sa demande de la façon suivante (version Schmidt) :

Priez pour nous pêcheurs, afin qu’il fasse de nous de Bons-Chrétiens et qu’il nous conduise à bonne fin.

Le Bon-Chrétien répond alors :

Que Dieu vous bénisse. Dieu veuille faire de vous de Bons-Chrétiens, et vous conduire à une bonne fin.

Dans la déposition de Pierre Maury la formulation est quasi identique :

Dieu vous bénisse, Dieu vous amène à bonne fin, et Dieu vous fasse Bon-Chrétien.

Cependant, dans cette déposition cette phrase est prononcée trois fois, ponctuant chaque accolade du Baiser de Paix qui est donc simultané dans ce cas.

Le croyant se relève alors et l’Amélioration se termine, comme la plupart des autres rituels, par les caretas, c’est-à-dire le Baiser de Paix (ou la Paix).

Nous comprenons que si l’esprit et la forme de ce rituel sont bien définis, les formules prononcées peuvent légèrement varier pour peu qu’elles reprennent les mêmes éléments de terminologie.


[1]. La religion des cathares, Le catharisme t. 2, Jean Duvernoy, édition Privat (1976)

[2]. Dans sa déposition, Pierre de Luzenac signale qu’il refuse l’Amélioration qui lui est demandée au motif qu’il pourrait être vu d’un témoin indésirable. Geoffroy d’Ablis et les Cathares du comté de Foix. Annette Palès-Gobillard. Éditions du CNRS (Paris).

[3]. Tractatus de hereticis. Ms. Budapest, Musée national, lat. 352 par Anselme d’Alexandrie in La hiérarchie cathare en Italie. Antoine Dondaine O. P. Archivum Fratrum Praedicatorum, volumen XX (1950). Traduction française par Ruben Sartori dans Catharisme d’aujourd’hui (http://www.Catharisme.eu/Catharisme-europe/tractatus-hereticis/)

[4]. http://www.occitanie-cathare.eu/le-rite-du-melioramentum-1ere-partie

[5]. Doat XXIII. Déposition de Pierre Maury.

[6]. Version de la déposition de Pierre Maury, cf note ci-dessus.

[7]. Doat XXII. Déposition du f° 110b d’après Charles Schmidt, Histoire et doctrine des Cathares. Éditions Harriet 1983 (Bayonne). Première édition 1849-1849.

[8]. La réponse du Bon-Chrétien ne veut pas dire qu’il accorde la bénédiction, mais qu’il se fait le relais. Mais il ne fait qu’appliquer ce que Matthieu rapporte dans son évangile : «Oui je vous le dis, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel.» Matt. 18, 18 – voir aussi Matt. 16, 19.

Pratiques rituelles

1-Connaître le catharisme
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Pratiques rituelles communautaires

La communauté évangélique (maison cathare) est rythmée dans sa vie quotidienne par des pratiques rituelles régulières.
Cela ne concerne donc que les chrétiens consolés et les novices en formation.
Ces pratiques sont de deux sortes, celles qui s’effectuent à des moments précis (Heures, Jours et Carêmes) et celles qui n’ont pas de bornage horaire précis (Amélioration, Baiser de paix et Bénédiction du pain). Le service mensuel, la Consolation et la convention sont particuliers et seront traités séparément.

Jours

Ce sont les périodes régulières de jeûne strict (pain et liquides clairs).

Tout au long de l’année, sont jeûnés de façon stricte les lundis, les mercredis et les vendredis.

Pendant les carêmes, sont jeûnés de façon stricte tous les jours de la première (du lundi au dimanche inclus) et de la dernière semaine (du lundi au vendredi inclus).

Heures

Par rotation de trois mois les horaires des rituels quotidiens sont adaptés à la course du soleil, basée sur le méridien de Paris pour le moment. Vous trouverez ci-dessous les horaires de chaque rituel :

Équinoxe de printemps :
février – mars – avril
  Solstice d’été :
mai – juin – juillet
  Équinoxe de printemps :
août – septembre – octobre
  Solstice d’hiver :
novembre – décembre – janvier
Matines (double) : de 6h00 à 6h20
Laudes (double) : de 7h00 à 7h20
Prime (simple) : de 7h40 à 7h50
Tierce (simple) : de 10h00 à 10h10
Sexte (simple) : de 13h00 à 13h10
None (simple) : de 16h00 à 16h10
Vêpres (double) : de 19h00 à 19h20
Complies (double)  : de 21h30 à 21h50
  Matines (double) : de 5h30 à 5h50
Laudes (double) : de 6h30 à 6h50
Prime (simple) : de 7h10 à 7h20
Tierce (simple) : de 9h30 à 9h40
Sexte (simple) : de 12h30 à 12h40
None (simple) : de 15h30 à 15h40
Vêpres (double) : de 18h30 à 18h50
Complies (double)  : de 21h00 à 21h20
  Matines (double) : de 6h00 à 6h20
Laudes (double) : de 7h00 à 7h20
Prime (simple) : de 7h40 à 7h50
Tierce (simple) : de 10h00 à 10h10
Sexte (simple) : de 13h00 à 13h10
None (simple) : de 16h00 à 16h10
Vêpres (double) : de 19h00 à 19h20
Complies (double)  : de 21h30 à 21h50
  Matines (double) : de 6h30 à 6h50
Laudes (double) : de 7h30 à 7h50
Prime (simple) : de 8h10 à 8h20
Tierce (simple) : de 10h30 à 10h40
Sexte (simple) : de 13h30 à 13h40
None (simple) : de 16h30 à 16h40
Vêpres (double) : de 19h30 à 19h50
Complies (double)  : de 22h00 à 22h20

Pensez à ajouter un temps de médiation et d’étude après chaque rituel d’une durée identique à celui du rituel.
Vous pouvez donc contacter les membres d’une maison cathare après la prime, la tierce, la sexte et la none en respectant le temps de rituel et de méditation (prévoir un battement de dix à trente minutes).

Carêmes

Les dates des carêmes sont calculées comme suit :

Carême de la désolation : 40 jours dont le dernier est le vendredi avant Pâques.
Carême de la Consolation : 40 jours à partir du lundi de Pentecôte inclus.
Carême de la régénération : 40 jours dont le dernier est le vendredi le plus proche du solstice d’hiver.
Évitez de solliciter les pratiquants pendant les premières et dernières semaines où le jeûne strict est particulièrement fatigant.

Baiser de paix ou Paix (Caretas)

Ce rituel est le seul qui peut se pratiquer entre croyants en l’absence d’un chrétien consolé.

C’est le mode de salutation qui se pratique systématiquement après un autre rituel ou, éventuellement entre croyants, en dehors d’un rituel.
Il ne peut se pratiquer qu’entre personnes de même sexe. Dans le cas contraire il est simplement mimé à distance (pour les accolades).
Il ne se pratique qu’en intimité entre croyants et consolés. Si des personnes extérieures sont présentes, un simple signe de tête le remplace.

Les participant se donnent trois accolades successives en alternant à chaque fois l’épaule du coreligionnaire. Il n’y a pas d’ordre de début (gauche ou droite).
Après la troisième accolade, les participants échangent un baiser à bouche fermée, en travers de la bouche du coreligionnaire.

Si des chrétiens consolés participent, le plus ancien dans le niveau le plus avancé (consolé, ancien, diacre, fils mineur et majeur, évêque) transmettra le rituel au groupe de sexe opposé en baisant un côté de la couverture du Nouveau Testament et en faisant baiser l’autre côté par la personne la plus ancienne (chrétien ou croyant) de l’autre sexe qui ensuite pratiquera des Baisers de paix classiques avec son groupe.

Cette pratique se fait toujours dans l’ordre d’ancienneté.

Amélioration (Melhorier)

Cette pratique constitue le rituel de base entre croyants et chrétiens consolés.
Il s’agit, dans l’ordre croissant d’ancienneté, de demander à un chrétien consolé, son entremise et son soutien dans le cheminement chrétien afin de pouvoir arriver au salut.

Elle consiste en une révérence pratiquée debout, suivie d’un agenouillement, d’une bénédiction et de trois prosternations entrecoupées de trois phrases rituelles :

Les deux premières fois, le demandeur dit :
– Chrétien (ou chrétienne), la bénédiction de Dieu, de l’Église et la vôtre
Le chrétien officiant répond :
Recevez-la de Dieu, de l’Église et de nous

La dernière fois, le demandeur dit :
Priez pour nous pêcheurs, afin qu’Il fasse de moi un(e) chrétien(ne) et qu’il me conduise à bonne fin.
Le chrétien officiant répond :
Que Dieu vous bénisse. Dieu veuille faire de vous un(e) chrétien(ne), et vous conduire à une bonne fin.

Bénédiction du pain

Lors d’agapes, repas pris en commun entre chrétiens consolés et croyants uniquement, le plus ancien des consolés pratique la bénédiction du pain en mémoire de la cène.

Il prend le pain (entier ou déjà coupé pour éviter de faire trop de miettes) qu’il enveloppe dans un linge blanc, tenu en losange (pointe en haut et en bas) sur son épaule. Il prononce un Pater à vois normale et une formule de bénédiction personnelle (à voix étouffée). Ensuite, il distribue un morceau de ce pain à chaque convive, dans l’ordre d’ancienneté dans le cheminement, et veille à ce qu’aucun morceau ou miette ne se perde. Chacun mange alors son morceau de pain, sans en perdre une miette. Rien ne doit rester à la fin du repas.

Voilà une présentation succincte qui pourra faire l’objet de publications plus détaillées dans les pages grand public et, bien entendu, dans les pages réservées aux abonnés.

Éric Delmas, 2 juin 2020.

Le rituel de la sainte oraison dominicale

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Le rituel de la sainte oraison dominicale

Dans mon livre[1], je décris très précisément le rituel dit de la tradition du Livre et de l’Oraison dominicale.
Plusieurs points sont à relever :
1 – À qui s’adresse ce rituel ?
2 – À quel moment se situe-t-il ?
3 – Quel est son ordonnancement ?
4 – À quoi fait-il référence et quelles sont ses implications ?

Mises au point préliminaires

Le fait de remettre le Nouveau Testament au novice qui est en fin de formation initiale doit nous faire réfléchir à plusieurs points. Rappelons-nous que le catharisme ne supporte ni l’approximation ni l’incohérence.

D’abord, et pour être clair, net et précis, je passe la parole à Jean Duvernoy : « Le baptême proprement dit, la « consolation » (consolamentun), n’intervient qu’après le noviciat qui a pour issue la tradition de l’oraison. »[2]

Forts de cette précision, nous sommes obligés d’admettre que les pratiques rituelles amenant à utiliser la Pater, ne peuvent être mises en œuvre que par ceux qui en ont reçu la formation et l’autorisation, à savoir les novices — en fin de noviciat —, c’est-à-dire des hommes réguliers. La différence entre régulier et séculier doit, elle aussi, être clairement précisée.
L’homme séculier est celui qui vit dans le siècle, c’est-à-dire qui n’observe pas la règle. Cela concerne les étrangers au catharisme, les sympathisants et les croyants. En effet, contrairement à une idée qui tend à être diffusée depuis quelques temps, le croyant n’observe pas la règle de vérité et de justice. Tout au plus, s’il en intègre des éléments dans sa vie de tous les jours, peut-on dire qu’il pratique une morale — j’accepte de dire une éthique pour ceux à qui le mot morale donne de l’urticaire —, proche de la règle, mais le simple fait de vivre dans le monde et non en maison cathare, ouverte vers l’extérieur et dans la transparence de sa pratique, fait qu’il ne peut être comparé à un novice.
L’homme régulier est celui qui vit dans la règle, c’est-à-dire qui s’est mis en situation de vivre en permanence dans le respect contrôlé de la règle de vérité et de justice. C’est le cas des consolés ; mais alors pourquoi dire homme régulier plutôt que Bon-Chrétien ? Justement, cela s’explique fort bien à compter du moment où l’on prend en compte les novices, qui vivent dans la règle mais qui ne sont pas consolés. Ils sont en fait à la fois réguliers et séculiers. Ils ont quitté le siècle mais y sont encore attachés car n’ayant pas franchit l’étape, normalement irréversible, de la Consolation, mais ils sont réguliers car ils se plient à toutes les obligations de la règle.

Pourtant, les novices sont eux aussi interdit de dire l’oraison dominicale. En effet, leur caractère séculier l’emporte vis-à-vis de l’importance que revêt ce rituel de l’oraison dominicale. Ils en sont exclus, sauf pour les simples — c’est-à-dire les pratiques ne comportant qu’une seule série de Pater —, qu’ils suivent en auditeurs muets. C’est en cela que le Nouveau Testament occitan précise dans sa règle : « La mission de tenir « double » et de dire l’oraison ne doit pas être confiée à un homme séculier. »[3]

La tradition de l’oraison dominicale est précédée d’un temps appelé : la remise du Livre. Il s’agit bien entendu du Nouveau testament, dans sa version antérieure au VIIe siècle à l’époque. Cette précision pour rappeler que l’ordonnancement des textes a changé vers cette époque, modifiant considérablement l’impression que les catholiques voulaient qu’il laisse sur les lecteurs.
Si l’on remet officiellement le Livre au novice en fin de noviciat initial, cela veut dire que pendant tout son noviciat, il s’en est passé. On pourrait comparer cela à l’élevage d’un bébé. Pendant six mois on lui donne du lait, unique nourriture possible, et il totalement passif. Ensuite, on introduit une diversification prudente et progressive ; l’enfant acquiert alors une relative autonomie. Enfin, plus tard il va manger seul et choisir ce qu’il mange, avant de se décider un jour à faire sa cuisine tout seul. De même le novice a besoin d’un temps d’adaptation à la vie régulière, pendant lequel il reçoit passivement la nourriture spirituelle de ceux qui ont la charge de son éducation, puis il acquiert une relative autonomie en obtenant l’outil indispensable qu’il va pouvoir consulter à sa guise pour en apprécier la substance. Plus tard, après sa Consolation, il deviendra plus ou moins autonome selon qu’il restera en maison cathare ou qu’il accèdera au statut de prédicateur.

La description du rituel

Voyons maintenant comment cela se passe.

Préparation

Tout d’abord la compétence du demandeur est validée par les Bons-Chrétiens de sa communauté. Il ne peut pas y avoir de rituel sans un accord de l’ancien, représentant de la communauté.

Ensuite, il doit y avoir une préparation spirituelle assortie d’un jeûne de trois jours avant la cérémonie[4].

Le jour dit, le novice et les Bons-Chrétiens en charge du rituel se lavent les mains.

Le rituel peut se dérouler dans la maison cathare où vivent le novice et les Bons-Chrétiens en charge de la cérémonie.

Le plus avancé en cheminement, après l’ancien[5], commence par faire trois venias[6], qui ne sont pas accompagnées du rituel de l’Amélioration. Ceci fait il prépare le matériel à savoir : une table ronde ou un plateau rond posé sur un support. Il refait trois venias à l’ancien, puis installe sur la table un tissu[7] qui la recouvre. Il fait encore trois venias. Enfin, il dépose le Livre sur la table et dit : « Bénissez-nous, épargnez-nous. »

Déroulement

Une fois tout installé, c’est le novice qui entre en action. Il fait son Amélioration à l’ancien et reçoit le Livre des mains de ce dernier.
L’ancien lui fait un prêche[8] qui rappelle la raison d’être de l’Église cathare, l’importance de la communauté ecclésiale et de la règle de vérité et de justice, ainsi que la valeur de la tradition de l’oraison dominicale qu’il va recevoir.

Ceci fait, l’ancien va prononcer le Pater et le novice va répéter après lui, logiquement phrase après phrase et suffisamment lentement pour qu’il ait le temps de bien s’imprégner des paroles prononcées.

L’ancien va alors s’adresser au novice en ces termes :
« Nous vous livrons cette sainte oraison pour que vous la receviez de Dieu, de nous et de l’Église, et que vous ayez pouvoir de la dire tout le temps de votre vie, de jour et de nuit, seul et en compagnie, et que jamais vous ne mangiez ni ne buviez, sans dire premièrement cette oraison. »

Le novice lui répond en ces termes :
« Je la reçois de Dieu, de vous et de l’Église. »

Il termine en faisant une Amélioration. Il rend grâce[9]

Les Bons-Chrétiens présents font alors une double avec le novice qui pratique ainsi pour la première fois, ce qui confirme son nouvel état puisqu’il est autorisé à pratiquer la double comme tout homme régulier. Les autres novices et les croyants présents restent immobiles et silencieux pendant cet office.

Voilà, pour rappel comment cela se déroulait à l’époque. Je ne vois pas de raison de changer grand-chose aujourd’hui, car rien de ce qui était pratiqué ne peut l’être de nos jours.
Je pense que ce rituel peut très bien se pratiquer un samedi matin, ce qui permet de laisser le mercredi, le jeudi et le vendredi précédent pour la période préparatoire. En outre, le samedi matin le novice peut prendre son petit déjeuner pour éviter un problème pendant le rituel et commencera sa pratique régulière dès le repas de midi.

Dans le contexte actuel, c’est-à-dire en l’absence de Bons-Chrétiens, j’imagine que des croyants pourraient assister le novice, mais que les venias et les Améliorations ne se feront pas en direction d’une personne précise, mais plutôt en direction de l’extérieur, puisque le Saint-Esprit paraclet est seul apte à les recevoir.
Le sermon, préparé par le novice et les croyants prêts à l’aider, serait lu par un croyant et le Pater pourrait être lu, phrase par phrase, par plusieurs croyants afin qu’aucun d’eux ne le lise en entier. Seul le novice le dira intégralement. De même, le novice effectuera seul la double.

[1] Catharisme d’aujourd’hui – nouvelle édition 2015, page 260.
[2] Le catharisme. T. 2 La religion des cathares – Jean Duvernoy – éditions Privat (Toulouse) 1976
[3] Le Nouveau testament – traduit au XIIIe siècle en langue provençale, suivi d’un Rituel cathare – éditions Slatkine reprints (Genève) 1968, p. XXI
[4] Cette obsession de pureté étend le jeûne préparatoire aux pratiquants et pas au seul novice.
[5] Dans l’hypothèse d’un rituel effectué dans la maison cathare, entre les novices et Bons-Chrétiens y vivant, avec éventuellement quelques croyants témoins, c’est l’ancien de la maison qui officie. Dans l’hypothèse où de plus anciens que lui participent (diacre, Fils majeurs ou mineur, évêque), c’est le plus ancien d’entre eux qui officie.
[6] Les venais sont des prosternations avec agenouillement comme cela se pratique de nos jours dans à peu près tous les groupes chrétiens. Quand le contexte fait que des personnes étrangères à la foi sont présentes, ces agenouillements sont remplacés par un signe de tête, voire un accolade.
[7] Rien n’est précisé quant à ce tissu ni sa composition ni sa couleur. On peut imaginer cependant du coton ou du lin et la couleur blanche appropriée à ce genre de cérémonie.
[8] Il n’y a pas de texte formalisé pour ce prêche, mais on en trouve un exemple dans le rituel latin de Florence situé juste après le rituel occitan de Lyon dans Écritures cathares de René Nelli – éditions du Rocher 1995 et suiv. p. 239
[9] On peut hésiter sur le fait qu’il prononce simplement les grâces : « Que la grâce de notre seigneur Jésus Christ soit toujours avec nous, amen. » ou qu’il manifeste sa reconnaissance aux officiants, aux Bons-Chrétiens et novices ayant assisté à la cérémonie et au public des croyants.

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