La règle de justice et de vérité

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La règle de justice et de Vérité

Partie 1

La loi d’Amour, que j’appelle Bienveillance, n’a pas besoin de bornage puisqu’elle s’adresse à la conscience de chacun. C’est pour cela qu’il n’en existe aucune présentation écrite.

Inutile puisque les cathares la révélaient à la conscience de leur auditoire de sympathisants, de croyants et de novices à l’occasion de leurs prêches et tout au long de leur vie en communauté évangélique. En outre, elle était à l’usage exclusif des cathares revêtus, c’est-à-dire ayant reçu la Consolation. Les croyants, les novices et, bien entendu, les sympathisants n’y étaient pas soumis. Mais rien ne les empêchait d’essayer d’en suivre certains éléments qui constituaient alors pour eux une sorte de morale.

Nous pouvons découvrir cette règle au travers des récits et des témoignages qui nous sont parvenus, par des témoins directs ou non, voire par d’anciens adeptes ayant changé de camp.

Ce que les cathares appellent la règle de justice et de vérité est un composé doctrinal et pratique qui décline le commandement de Christ dans tous les domaines du comportement social et dans la conception morale du rapport au monde et aux autres.

Il faut essayer de voir cela comme un système arborescent dont le tronc est le commandement de Bienveillance et les branches et les rameaux s’étirent en se référant à lui pour le premier niveau que l’on appelle les fondamentaux, et aux fondamentaux pour les autres niveaux.

Les fondamentaux

Les fondamentaux se distinguent en cela qu’ils se réfèrent directement et uniquement au commandement de Bienveillance.

En effet, la Bienveillance nous amène à rejeter le désir mondain de prédation, comme nous l’avons vu dans le sujet sur la Bienveillance. Mais elle nous amène à rejeter également notre conception morale la plus profonde qu’est l’égo.

L’humilité

C’est le fondamental cathare le plus profond à mes yeux. Il s’agit de considérer que l’on est une parcelle de l’Esprit unique, tombée en ce monde, qui n’a rien de plus ou de moins que toutes les autres, qu’elles soient également tombées ou qu’elles soient demeurées fermes dans l’empyrée spirituelle.

Cela peut sembler élémentaire, mais dans la vie quotidienne nous sommes souvent loin de cette conception. Nous sommes plus sévères dans notre appréciation des défauts des autres que dans notre propre introspection. D’ailleurs pour définir une personne de grande rigueur il est coutumier de dire qu’il est aussi rigoureux avec les autres qu’il l’est avec lui. Donc, il semblerait bien que le maximum que l’on puisse faire est d’être aussi sévère avec soi qu’envers les autres.

L’humilité va nous apprendre à inverser cette façon de faire. Être rigoureux envers soi et bienveillant envers les autres ! Pour autant il ne faut pas verser dans le fossé mondain de l’hypocrisie où l’on feint l’humilité tout en étant profondément imbu de soi.

Du coup l’humilité apparaît comme un véritable challenge, car pour l’atteindre il faut être parfaitement conscient de notre nature mondaine imparfaite et bienveillant envers l’animal pantelant qu’est notre corps qui ne saurait jamais égaler la perfection de l’esprit saint qu’il retient prisonnier.

Et l’humilité est bien un fondamental cathare, car d’une part elle applique la Bienveillance à tous et, d’autre part elle est aussi bienveillante envers nous. Et si rien ne la sépare de la Bienveillance, elle va s’appliquer à d’autres éléments doctrinaux que nous verrons plus loin.

La non-violence

C’est sans doute l’élément doctrinal cathare le mieux connu, même s’il est le plus mal compris. La non-violence est un fondamental cathare en cela qu’elle est la stricte application de la Bienveillance dans nos rapports aux autres. Si l’humilité est l’expression de la Bienveillance dans la considération que nous avons de nous vis-à-vis des autres, la non-violence est l’expression de la Bienveillance que nous appliquons aux autres.

Mais ce fondamental n’est pas un vain mot chez les cathares. Pour eux la non-violence ne souffre aucune exception. Et c’est là que les choses se gâtent dans un monde où la violence légitime est parfaitement admise.

La non-violence cathare ne souffre aucune exception si ce n’est celle du niveau de conscience. Cela veut dire que lorsqu’il n’y a pas d’alternative non-violente entre une forme de vie disposant d’une conscience reconnue et une autre dont l’état de conscience est soit considéré comme nul, soit clairement moins développé, la forme de vie disposant de la conscience la plus élevée sera favorisée.

Mais quand il y a une alternative ou quand il y a un même niveau de conscience, la non-violence ne peut être atténuée. Prenons quelques exemples :

Le premier cas est celui de la maladie ou une bactérie menace la santé, voire la vie d’un animal ou d’un humain. Le traitement antibiotique ne sera pas discuté si des mesures simples ne suffisent pas.

Le second est celui où le cathare consolé va se trouver menacer de mort faute de pouvoir se nourrir. En dernier recours, c’est-à-dire après avoir jeûné aussi longtemps que raisonnable, il pourra manger un produit issu de la vie animale pour survivre. La vie humaine est favorisée par rapport à la vie animale.

Que faire pour des cas de violence entre humains ? Là il n’y a pas de violence légitime. Quelle que soit la nature de l’assaillant, y compris la plus vile imaginable, aucune violence ne peut être exercée contre lui pour se protéger. Il faut tout essayer pour le raisonner, le dissuader, notamment en lui faisant valoir les risques que ce monde va lui faire encourir suite à son geste. L’expression de la Bienveillance peut parfois « désarmer » psychologiquement l’assaillant et faire retomber la bulle de violence initiale. Au pire il faudra accepter de subir sa violence, car nous ne sommes pas du monde et nous ne devons pas nous y maintenir à n’importe quel prix. Si l’assaillant avait été un animal, il aurait été licite de se défendre au risque de la vie de l’animal.

Bien entendu, l’argument habituel de la violence légitime est celui de l’avantage potentiel ou réel à éliminer un monstre pour protéger le monde. La remarque courante étant de savoir si l’on tuerait Hitler avant qu’il n’arrive au pouvoir si on en avait la capacité et si l’on savait ce qu’il préparait. La réponse est non, car dans ce monde, modifier un événement modifiera forcément l’enchaînement qui suivra et rien ne dit que la nouvelle situation ne sera pas pire que celle qui précédait.

Maintenant si des victimes potentielles sont menacées, on ne les abandonne pas lâchement à leur sort. Il faut intervenir pour dissuader l’agresseur et, au pire, s’interposer ce qui permettra peut-être aux victimes de s’enfuir, aux secours d’intervenir, voire à l’agresseur d’hésiter ou de renoncer.

Les éléments doctrinaux

Il est assez difficile de lister précisément les éléments doctrinaux du catharisme, car ils vont varier légèrement selon les situations et les époques. Face à une situation particulière il faut donc se référer systématiquement à la Bienveillance, à savoir se demander si ce que l’on va faire peut éventuellement occasionner un mal à un moment ou un autre à la personne ou à une autre. Dans ce cas on ne fait pas ce que l’on avait prévu et on cherche une autre option s’il en existe une, sinon on s’abstient d’agir.

On retrouve cette notion dans le Rituel cathare du Nouveau Testament provençal, qui est le dernier document authentiquement cathare à notre disposition.

La partie appelée : règle, précise : « Et s’ils trouvent une bête ou un oiseau prise ou pris, qu’ils ne s’en inquiètent pas. » Cette disposition est la règle comportementale de base. Mais dans le casus on observe une divergence signalant que l’on peut libérer la bête et dédommager le chasseur.

Certes si l’animal est mort ou gravement blessé, il ne sert à rien de le libérer et autant vaut-il mieux passer son chemin. Par contre, s’il est encore vivant, il est possible de négocier avec le chasseur sa libération en échange d’un dédommagement.

Voilà qui illustre bien la philosophie de la pratique cathare.

Le jugement

L’humilité nous interdit de porter un quelconque jugement sur qui que ce soit, puisque nous considérons que tous les êtres humains sont une part d’un Esprit unique dont ils ont été divisés à l’origine de la création de ce monde. Nous sommes tous strictement et absolument semblables, or pour juger ou pardonner, il faut se placer au-dessus de celui que l’on juge.

La non-violence nous interdit de porter un jugement sur quiconque, puisqu’alors nous portons atteinte à sa propre image et ce faisant nous exerçons sur lui une violence qu’il ne peut s’empêcher de ressentir, sans compter le déséquilibre dans lequel nous le projetons vis-à-vis des autres esprits saints prisonniers en ce monde.

En refusant de juger qui que ce soit sur quelque point que ce soit nous nous interdisons également :

  • De témoigner, y compris devant un tribunal ;
  • De porter serment en quelque occasion que ce soit ;
  • De choisir entre les individus au profit d’une personne ou d’un groupe ;
  • De représenter une fraction de l’humanité contre une ou plusieurs autres fractions.

Cela veut dire que nous ne pouvons pas être témoin ou juré — encore moins juge ou avocat —, au risque d’en subir les conséquences si l’on veut nous y obliger. En France, l’inscription sur les listes électorales est obligatoire et si nous pouvons nous abstenir de voter, ces listes sont utilisées pour tirer au sort les jurés des tribunaux. En cas de malchance, il nous appartient d’informer l’administration judiciaire de notre particularité afin qu’elle choisisse quelqu’un d’autre. Si l’on nous contraint, il ne nous reste qu’à prévenir que nous voterons systématiquement pour la relaxe de la personne jugée si l’abstention n’est pas possible ou si elle lui est défavorable.

Bien entendu, nous ne pouvons pas prêter serment, ni jurer à quelque propos que ce soit dans l’intention d’apporter un avis, sachant que notre nature mondaine nous interdit de prétendre savoir où est la vérité.

Nous ne pouvons pas discriminer telle personne ou groupe de personnes en quelque circonstance que ce soit, ce qui veut dire notamment que nous ne pouvons pas voter.

Nous ne pouvons pas non plus nous présenter au suffrage de nos frères humains, à la fois pour leur éviter de commettre l’erreur de porter un jugement et parce que cela serait manquer gravement à notre obligation d’humilité. Cela concerne tous les mandats électifs qu’ils soient politiques, syndicaux ou associatifs. La seule exception existant à ce dernier point est la désignation des personnes en charge des communautés cathares : ancien ou diaconesse des maisons cathares et évêque. Les diacres et les Fils sont choisis par l’évêque. En fait ces personnes sont désignées par leur ancienneté avec l’accord unanime de la communauté qu’ils vont représenter et surtout servir.

Guilhem de Carcassonne.

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