L’intolérance cathare
Le catharisme est souvent accusé d’être intolérant, voire mortifère.
C’est souvent de la part des représentants catholiques de l’époque que ces accusations venaient, car elles permettaient de rejeter le catharisme sans avoir forcément à donner des explications que les détracteurs auraient eu bien du mal à étayer avec de bons arguments.
Comme le rappelle le dicton bien connu : « Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage ».
Les racines de l’intolérance cathare
Pour autant, il faut bien admettre que de telles accusations s’appuient forcément sur quelque chose qui, même si elle est mal comprise, ne peut pas être passée sous silence, sous peine de s’interdire de résoudre le problème qu’elle pose.
Essayons de faire la liste des principales accusations qui ont permis de laisser croire que le Qataris isthme était une religion intolérante.
1 – Refus de procréation
Cette accusation relève d’une observation mal menée ou d’une intention manifestement hostile.
D’ailleurs, il faut constater qu’elle est toujours active chez certaines personnes à notre époque.
La raison principale est due au fait que l’on observe les cathares à travers de la petite minorité de consolés qui sont effectivement l’équivalent chez les catholiques des moines. Pour autant, personne n’accuse les catholiques d’œuvrer à l’éradication de la race humaine, au motif qu’une partie d’entre eux. s’astreint à une ascèse sexuelle stricte.
La grande majorité de la population croyante cathare, qui représentait environ 90 % de l’ensemble, menait une vie quotidienne, y compris sexuelle, tout à fait comparable à la population catholique.
Les nombreux documents qui relatent la vie quotidienne médiévale des populations de croyants cathares, qui nous sont parvenus, notamment par les registres d’Inquisition, apportent en ce domaine, un argument irréfutable.
Par contre, il est tout à fait cohérent de dire que, dans leurs prêches, les Bons-Hommes cathares, rappelaient que la procréation, outre son caractère égotique lié au plaisir pris dans sa pratique, permettait, par la génération de bébé, d’offrir au Mal des réceptacles pour les esprits-saints (c’est-à-dire les âmes spirituelles), libérés à la suite de la mort du corps d’un homme, qui n’étaient pas suffisamment éveillées pour pouvoir s’échapper du monde diabolique où elles étaient enfermées.
2 – Doctrine exigeante
Il est vrai qu’à la lecture de la Règle de justice et de vérité, bien des sympathisants et croyants cathares, et encore plus de monde au sein de la population catholique, pouvaient considérer que ces exigences étaient à la limite de l’intolérable. D’ailleurs, même encore aujourd’hui beaucoup disent que ces règles sont si exigeantes qu’elles nécessiteraient que les hommes qui ambitionnent de les suivre soient parfaits.
Mais-là encore, une réponse cohérente serait de signaler à ces personnes que c’est le cas dans la plupart des religions et que ces règles chez les cathares ne s’appliquent qu’à la toute petite minorité de chrétiens consolés. Par contre, il est vrai que, notamment dans le catholicisme, les exigences de la doctrine donnent lieu parfois à des aménagements un peu particuliers. Ainsi, le prêtre catholique ne voit aucun problème à accorder le pardon de Dieu à un pénitent qui se serait mal comporté en permanence pendant toute la semaine pour venir se confesser le samedi et communier le dimanche, tout en prévoyant de recommencer la semaine suivante.
Concernant les croyants, les cathares considéraient que le fait de n’avoir pas reçu la Consolation (baptême d’esprit) ne permettait pas de commettre en conscience un vrai péché. En effet, pour eux, le péché ne peut être concevable que chez le chrétien qui a la connaissance du Bien (Entendensa del Be).
Côté catholique, le moins que l’on puisse dire, c’est que la doctrine s’adressant aux croyants, s’est très fortement relâchée au fil des siècles, afin de ne pas mettre en faute les chrétiens, puisque ces derniers se sont trouvés être désormais baptisés dès la naissance. Comme il est parfaitement impossible de respecter une doctrine catholique plutôt sévère dès la naissance, il valait mieux tolérer des écarts de plus en plus importants de la part des croyants pour éviter de voir ces derniers fuir cette religion. On voit même carrément aujourd’hui des catholiques qui trouvent naturel de s’opposer à des commandements majeurs de la hiérarchie religieuse comme l’avortement et le contrôle de naissance.
3 – Pratique sans concession
Là encore, beaucoup considéraient la résurgence cathare comme impossible, car la pratique que l’on découvre dans les témoignages devant l’Inquisition ou dans les écrits des contradicteurs catholiques de l’époque semble impossible à tenir à notre époque où nous sommes totalement dominés par nos sens et notre égo. Cela en a même poussé certains à proposer des modifications de cette pratique pour créer un « néo-catharisme » adapté à nos faibles petites personnes, voire à supprimer totalement la pratique pour proposer un catharisme purement intellectuel, voire « philosophique ». Mais une religion que l’on ânonne sans la pratiquer n’est qu’une cymbale qui résonne dans le vide comme disait Paul.
Certes, à une époque où le simple fait d’arrêter de boire ou de fumer — et je ne parle même pas des drogues —, semble insurmontable à beaucoup, car réducteur de plaisir ou de convivialité, l’idée d’une ascèse physique incluant l’abstinence sexuelle et la continence alimentaire doit sembler un véritable Éverest à gravir. Mais là encore, seule l’infime minorité de chrétiens consolés était concernée.
En outre, pour pratiquer cela depuis plus de dix ans, je peux témoigner que quand on a découvert la lumière de l’éveil au fond de la caverne de ce monde, ces pratiques deviennent naturelles au point que ce serait un déchirement de les enfreindre.
Alors non, la pratique de la vie évangélique cathare n’est pas intolérable, ou même rétrograde comme certains se sont sentis obligés de me le dire, mais elle est logique et cohérente avec la doctrine ce qui la rend beaucoup plus facile à suivre que bien des pratiques désordonnées d’autres religions.
4 – Refus du mensonge
Voilà encore un point qui fait beaucoup parler dans les milieux qui étudient le cathare historique. En effet, plusieurs témoignages mettent en avant la volonté des chrétiens de ne pas mentir. Au point, dans certains cas, de porter préjudice aux croyants qui les soutenaient, alors que ces derniers n’hésitaient pas à mentir, même sous la torture, pour soutenir et protéger les chrétiens qu’ils vénéraient.
Pour autant une étude approfondie des témoignages, met en avant que, sans mentir, les chrétiens consolés avaient des pratiques qui leur permettaient de contourner certains pièges des religieux catholiques et de l’Inquisition de façon plus générale. Par exemple ils faisaient attention à ne répondre qu’aux questions posées et de façon extrêmement stricte, pour ne pas risquer de déborder et ainsi de poser problème en évoquant des choses qui finalement n’étaient pas dans la question initiale. De même, quand une question précise les poussait à dénoncer précisément les personnes qu’ils avaient eu l’occasion de rencontrer et qui les avaient « adorés », selon l’expression de l’Inquisition, il n’hésitaient pas à citer le nom de personnes dont il savaient qu’elles étaient décédées ou de personnes qui avaient déjà été condamnées de façon très sévère par l’Inquisition et qui ne risquaient pas de voir leur peine aggravée.
Nous avons aussi un exemple un peu comique d’un chrétien et d’un croyant qui se déplaçant, déguisé en seigneur et en écuyer, se voient menacés par un brigand de grand-chemin, rencontré au coin d’un bois, auquel le chrétien dit : « Attention !, tu vas mourir. » Le croyant, une fois le bandit enfuit, s’offusque de la menace du chrétien envers le brigand, mais ce dernier lui répond que tout le monde va mourir et qu’il n’a donc pas menti ni menacé davantage le brigand que n’importe quelle autre personne.
Plus anciennement encore, nous avons l’exemple d’un bogomile, interrogé par l’évêque de Constantinople, et dont les réponses sont suffisamment interprétables pour que l’évêque le relâche à la grande surprise de ceux qui lui avaient amené le prisonnier.
La tolérance cathare
Comme je pense vous l’avoir ainsi démontré, l’intolérance cathare n’est qu’une interprétation, voire une accusation portée contre ses religieux dont les pratiques et la doctrine sont tellement cohérents, logiques et respectueux de la parole de Christ qu’il ne reste que l’accusation fallacieuse pour tenter d’en dissuader les fidèles.
En fait, l’intolérance cathare n’existe pas, mais c’est au contraire une très grande tolérance que cette religion porte à tout un chacun, puisque seule une infime minorité de ses membres s’impose le respect de ces règles, considérant que les autres ont besoin de mûrir spirituellement avant d’être en mesure d’en comprendre l’importance, la justesse et la nécessité.
Cette tolérance dépasse de loin celle de toutes les autres religions, puisque chez les cathares tout le monde sera sauvé à la fin des temps et que même l’inquisiteur ou le pape peuvent être sauvés avant n’importe quel Bon-Homme, pour autant qu’avant de mourir, ils aient eux aussi accédé à l’éveil et fait pénitence en vue de leur salut.
Pour conclure, je voudrais vous dire que la question que l’on doit se poser quand on s’intéresse sérieusement au catharisme et qu’on envisage d’en rejoindre les rangs, n’est pas de savoir si la rigueur de la doctrine et de la pratique nous seront adaptées, puisque nous ne le saurons qu’au moment venu de rejoindre une communauté évangélique en vue d’un noviciat et dans l’espoir d’une Consolation, mais que l’on doit plutôt s’interroger sur le travail spirituel à mener en vue de l’éveil qui nous fera passer le premier cap du cheminement cathare vers le salut.
Guilhem de Carcassonne le 19 août 2026