Assomption de la vierge Marie

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Lecture des textes de la liturgie catholique

Comme chaque Dimanche et pour les principales fêtes catholiques, je reprends la tradition cathare qui consistait en l’analyse des textes de la messe catholique et leur compréhension du point de vue cathare. Il n’y a là nulle intention malveillante mais un simple exercice de style visant à montrer que la compréhension des textes est aussi affaire de doctrine.

Assomption de la vierge Marie (15 août)

L’histoire de l’Assomption de Marie est assez compliquée. Rien dans le Nouveau Testament n’en parle. En fait cette tradition remonte à celle de la dormition de Marie en pratique dans l’Église chrétienne orientale à partir du 6e siècle. C’est lorsqu’elle fut adoptée par l’Église occidentale qu’elle devient, peu à peu, l’assomption de Marie. Il semble clair que l’objectif était de faire de Marie l’égale de Jésus et de la diviniser. Ce point est devenu un dogme de l’Église catholique romaine au 20e siècle.

1ère lecture :

Apocalypse de Jean : 11, 19a ; 12, 1-6a. 10ab

19 – Et le sanctuaire de Dieu s’est ouvert dans le ciel, …

1 – Et on a vu un grand signe dans le ciel, une femme vêtue de soleil, avec la lune sous ses pieds et une couronne de douze étoiles sur sa tête.
2 – Elle est enceinte, elle crie dans les douleurs en tourment d’enfanter.

Mon commentaire :
Chez les prophètes de l’Ancien Testament la femme enceinte souffrant dans l’enfantement est identifiée à Israël restée fidèle à Dieu. Cette femme est donc l’humanité fidèle à Dieu et les douze étoiles symbolisent le zodiaque. C’est vraisemblablement à partir de cette image que, vers les IVe-Vesiècles, fut instaurée la piété mariale. Cela nous rappelle aussi que pour les cathares, Marie est assimilée à l’Église, c’est-à-dire à la communauté des croyants, fidèles à Dieu.

3 – Et on a vu un autre signe dans le ciel : voici un grand dragon rouge avec sept têtes et dix cornes et, sur ses têtes, sept diadèmes.
4 – Sa queue traîne le tiers des étoiles du ciel et il les a jetées sur la terre. Le dragon se tient devant la femme qui va enfanter pour dévorer son enfant quand elle enfantera.
5 – Et elle a enfanté un fils mâle qui va faire paître toutes les nations avec une trique de fer, et cet enfant a été enlevé vers Dieu et vers son trône.

Mon commentaire :
Le dragon, ennemi de la femme, donc de Dieu, porte des attributs royaux. Il n’est pas de Dieu, donc il est légitime de penser qu’il provient d’un autre pouvoir. Pour autant ce pouvoir est inférieur à celui de Dieu puisque le dragon ne peut pas s’attaquer à la femme et doit attendre qu’elle enfante. Nous retrouvons là tous les éléments de la cosmogonie cathare. Le dragon, c’est Satan, l’envoyé du Mal et le Mal lui-même, comme Christ est l’envoyé du Bien et le Logos (parole et raison) du Bien. Il entraîne le tiers des étoiles du ciel, c’est-à-dire le tiers des esprits saints de Dieu (ou leur tierce partie selon les compréhensions), et les jette sur terre où le démiurge les emprisonnera dans les tuniques d’oubli, les corps de boue. Le Christ annoncé par Jean est conforme à la mystique juive ; c’est l’Emmanuel d’Isaïe (7, 14), le messie davidique venu renforcer la lignée messianique affaiblie qui mène son troupeau d’une main de fer. Nous sommes loin du Christ de Paul et des cathares. L’enlèvement de l’enfant est évocateur de la mort et de la résurrection de Jésus.

6 – Et la femme s’est enfuie au désert où elle a, de Dieu, un lieu prêt pour être nourrie mille deux cent soixante jours.

Mon commentaire :
Le désert symbolise un lieu loin de Dieu et protecteur vis-à-vis du diable. L’Église est loin de Dieu mais elle reste protégée par celui-ci. Après la Pâques, la lutte entre le Bien et le Mal se poursuit aussi bien dans les cieux que sur terre. C’est une idée judéo-chrétienne.

10 – Et j’ai entendu une grande voix dans le ciel, elle disait : C’est maintenant le salut, la puissance et le règne de notre Dieu

Mon commentaire :
Le traficotage d’un texte sans rapport avec le sujet vise à tenter de lui donner un sens en rapport. En clair, les cieux s’ouvrent, ce qui valide divinement ce qui va suivre. La femme enceinte est Marie et elle protège l’enfant en son sein contre le Mal. Il attend la naissance dans l’espoir de supprimer celui qu’il voit comme une menace. Dieu intervient et sauve la femme en l’exilant. Au final, la voix divine annonce que tout est en place pour la manifestation de la puissance de Dieu. Notons au passage le verset 12, 4 dont les cathares ont tiré l’idée que nous sommes ce tiers des étoiles divines tombées dans la puissance du Mal.

Psaumes : 45 (Vulgate 44), 10bc, 11-12ab, 16

10bc – une dame est debout à ta droite, parée de l’or d’Ophir.
11 – Écoute, fille, vois, prête ton oreille, oublie ton peuple et la maison de ton père !
12ab – Que le roi s’éprenne de ta beauté ! Puisqu’il est ton seigneur,
16 – elles s’amènent dans les réjouissances et la jubilation, elles entrent dans le palais du roi.

Mon commentaire :
C’est un hymne à l’arrachement de la jeune épousée à sa famille que prétendent compenser des atours fastueux et des richesses royales. Marie, qui aurait accouché dans une étable, n’a pas dû se sentir concernée. À moins que l’on veuille nous parler ici de l’élévation de celle dont on prétend qu’elle aurait conçu directement de Dieu, comme ses nombreuses maitresses le firent de Zeus ! Loufoque.

2e lecture :

Première lettre de Paul aux Corinthiens : 15, 20-27a

20 – Mais le Christ a été relevé d’entre les morts, il a été les prémices de ceux qui se sont endormis.
21 – Puisqu’en effet c’est d’un homme qu’est venue la mort, c’est aussi d’un homme qu’est venue la résurrection des morts.

Mon commentaire :
Là c’est le scribe qui fait parler Paul. L’objectif est d’imposer la crucifixion et la résurrection comme dogme intangible face à ceux qui pensent que Christ n’a pas eu de corps matériel.

22 – De même que tous meurent en Adam, tous aussi reprendront vie dans le Christ.
23 – Et chacun à son rang : en prémices le Christ, ensuite ceux du Christ, à sa venue,
24 – puis ce sera la fin, quand il livrera le règne à son Dieu et Père et abolira toute principauté, tout pouvoir et toute puissance,
25 – car il faut qu’il règne : jusqu’à ce qu’il ait mis tous ses ennemis sous ses pieds.
26 – Un dernier ennemi est aboli, la mort,
27 – car : Il a tout mis sous ses pieds. Mais quand on dit : Tout est soumis, on excepte évidemment celui qui lui a tout soumis.

Mon commentaire :
Cette partie pourrait être de Paul car il s’agit de la conversion. En effet, l’éveil fait mourir l’homme en nous (l’Adam) et fait apparaître l’esprit saint prisonnier (le Christ).

Évangile selon Luc : 1, 39-56

39 – Ces jours-là, Marie se leva, se rendit à la montagne avec empressement, vers une ville de Juda,
40 – et, entrée dans la maison de Zacharie, elle salua Élisabeth.
41 – Quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressauta dans son ventre, et Élisabeth fut remplie de l’Esprit saint,
42 – elle poussa un grand cri et dit : ô bénie entre les femmes ; et béni, le fruit de ton ventre !
43 – D’où me vient que la mère de mon Seigneur vienne vers moi ?
44 – Quand la voix de ta salutation m’est arrivée aux oreilles voilà que l’enfant dans mon ventre a sauté d’allégresse.
45 – Magnifique celle qui a eu foi ! car ce qui lui a été dit je la part du Seigneur s’accomplira.
46 – Et Marie dit : Mon âme célèbre le Seigneur
47 – et mon esprit exulte en Dieu mon sauveur
48 – parce qu’il a regardé l’humilité de son esclave ; car voilà que désormais toutes les générations me diront magnifique
49 – parce que le Puissant a fait pour moi de grandes choses et son nom est saint
50 – et sa miséricorde va de génération en génération à ceux qui le craignent.
51 – Il a dominé à la force de son bras, dispersé les hommes au cœur outrecuidant,
52 – détrôné les souverains, haussé les humbles,
53 – rassasié de biens les affamés et renvoyé sans rien les riches.
54 – Il a secouru Israël son serviteur en souvenir de cette miséricorde,
55 – dont il parlait à nos pères, en faveur d’Abraham et de sa semence au long des âges.
56 – Marie demeura avec Élisabeth environ trois mois et s’en retourna dans sa maison.

Mon commentaire :
Cet épisode largement exploité par ailleurs dans la liturgie, vise simplement à donner un parfum d’authenticité à une scène par ailleurs fortement rattachée à l’histoire juive pour justifier l’attribution de la mission messianique de Jésus. On notera la reprise, hors contexte, de phrases de l’Ancien Testament, comme celle issue du livre de Judith (chap. 13, 18) : Tu es bénie… plus que toutes les femmes… et du Deutéronome (chap. 28, 4) : Béni sera le fruit de ton ventre… Cela conforte l’idée d’une forgerie intégrale réalisée afin de convaincre les juifs à l’aide d’analogies censées montrer une continuité entre judaïsme et judéo-christianisme.

Voici comment je reçois ces textes.

Guilhem de Carcassonne.

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