Lettre de Paul aux Romains – 9

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Ce texte est tiré du Nouveau Testament publié dans la collection La Bibliothèque de la Pléiade des éditions NRF Gallimard.
Introduction de Jean Grosjean, textes traduits, présentés et annotés par Jean Grosjean et Michel Léturmy avec la collaboration de Paul Gros.
Afin de respecter le droit d’auteur, l’introduction, les présentations et les annotations ne sont pas reproduites. Je vous invite donc à vous procurer ce livre pour bénéficier pleinement de la grande qualité de cet ouvrage.

Lettre aux Romains

Chapitre 9

1 – Je dis la vérité dans le Christ, je ne mens pas, ma conscience m’en est témoin dans l’Esprit saint :
2 – grande est ma tristesse, incessante la douleur de mon cœur.
3 – Oui je souhaiterais d’être moi-même maudit, loin du Christ, pour mes frères, mes parents selon la chair,
4 – eux qui sont les Israélites, à qui sont l’adoption, la gloire, les alliances, la législation, le culte, les promesses,
5 – à qui sont les patriarches et de qui est le Christ selon la chair, lequel est au-dessus de tout, Dieu béni dans les âges, amen.
6 – Ce n’est pas qu’ait failli la parole de Dieu. Car ceux d’Israël ne sont pas tous Israël
7 – et ce n’est pas parce qu’ils sont la semence d’Abraham qu’ils sont tous ses enfants, mais en Isaac une semence portera ton nom,
8 – c’est-à-dire que ce ne sont pas les enfants de la chair qui sont les enfants de Dieu mais les enfants de la promesse sont comptés pour semence.

Mon analyse :
Si l’on devait attribuer à Paul quelque chose dans ce chapitre ce serait vraisemblablement ces huit premiers versets. Il met en avant un principe complètement opposé à la conception fondamentale du judaïsme : on n’appartient pas à un groupe religieux par le sang mais par l’esprit, c’est-à-dire par la foi que l’on porte au Dieu de cette religion. Chez les Juifs où l’appartenance se transmet par la mère à ses enfants, ce concept doit sembler inaudible. On observe la même chose de nos jours où les gens se disent rattachés à une communauté religieuse alors qu’ils n’en acceptent pas les fondamentaux doctrinaux. Dans l’hypothèse paulinienne, la promesse est celle que fait Christ à ceux qui se fient à lui.

9 – Parole de promesse en effet que celle-ci : À cette époque-ci je viendrai et Sara aura un fils.
10 – Et non seulement, mais Rébecca aussi, qui n’a conçu que d’Isaac notre père :
11 – les enfants n’étaient pas nés encore, ils n’avaient rien: fait de bien ni de mal, mais pour que demeure le dessein de Dieu de choisir
12 – selon l’appel et non selon les œuvres il a été dit : l’aîné sera asservi au plus jeune,
13 – comme il est écrit : j’ai aimé Jacob et détesté Esaü.
14 – Que dirons-nous donc ? Y a-t-il de l’injustice chez Dieu ? Que non !
15 – il dit en effet à Moïse : Je fais miséricorde à qui je fais miséricorde et j’ai pitié de qui j’ai pitié.
16 – Donc il ne s’agit pas de vouloir ni de courir, mais que Dieu fasse miséricorde
17 – car l’écriture dit au Pharaon : Je t’ai suscité pour montrer en toi ma puissance et pour divulguer mon nom sur toute la terre.
18 – Donc il fait miséricorde à qui il veut et endurcit qui il veut.
19 – Tu vas me dire : de quoi se plaint-il encore ? car qui est-ce qui s’oppose à sa volonté ?
20 – Qui donc es-tu, homme qui répliques à Dieu ? Un objet ne va pas dire au fabricant : pourquoi m’as-tu fait ainsi ?
21 – Est-ce que le potier n’a pas pouvoir sur l’argile de faire d’une même pâte un vase précieux et l’autre vulgaire ?
22 – Et si Dieu, pour montrer sa colère et faire connaître sa puissance, a supporté avec tant de générosité les vases de colère voués à leur perte
23 – afin de faire connaître aussi la richesse de sa gloire pour les vases de choix qu’il a préparés à la gloire…

Mon analyse :
Là il est clair que le scribe cherche à justifier l’injustifiable. Il commence par ramener le concept de promesse à la Torah et justifie les pires bassesses du démiurge dont il nous montre toute la malignité. On retrouve ici les conceptions qui ont cours dans les Psaumes, Dieu fait ce qu’il veut de nous et nous n’avons rien à dire.

24 – Et c’est nous qu’il a appelés non seulement d’entre les Juifs mais aussi d’entre les nations
25 – comme il le dit dans Osée : Celui qui n’est pas mon peuple je l’appellerai mon peuple et bien-aimée, celle qui n’est pas la bien-aimée ;
26 – et au lieu qu’on leur dise : Vous n’êtes pas mon peuple, on les appellera fils du Dieu vivant.
27 – Et Isaïe crie sur Israël : Quand le nombre des fils d’Israël serait comme le sable de la mer il n’en sera sauvé qu’un reste,
28 – car le Seigneur exécute et tranche pour tenir parole sur la terre.
29 – Et comme l’a prédit Isaïe : Si le Seigneur Sabaoth ne nous avait laissé une semence, nous serions comme Sodome et pareils à Gomorrhe.
30 – Que dirons-nous donc ? Que les nations sans rechercher de justice ont obtenu une justice, la justice de la foi,
31 – mais Israël qui recherchait une loi de justice n’a pas atteint cette loi.
32 – Pourquoi ? Parce qu’il ne la recherchait pas par la foi, mais comme par les œuvres. Ils ont choppé contre la pierre d’achoppement
33 – comme il est écrit : Voici, je mets en Sion une pierre d’achoppement, une roche d’embûche, mais celui qui s’y fie n’aura pas honte.

Mon analyse :
Là encore, le scribe cherche à justifier que Dieu puisse être partial. À partir du verset 30, on retrouve une parole comparable à celle de Paul. C’est la foi qui est à la base de tout. C’est bien pour cela que, pour les Cathares, l’éveil commence quand le sympathisant fait sienne la croyance cathare et qu’il s’y fie au point de vouloir, lui aussi, cheminer jusqu’à sa bonne fin. Cet éveil signe l’état de croyant, et rien d’autre.

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