Lettre de Paul aux Romains – 8

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Ce texte est tiré du Nouveau Testament publié dans la collection La Bibliothèque de la Pléiade des éditions NRF Gallimard.
Introduction de Jean Grosjean, textes traduits, présentés et annotés par Jean Grosjean et Michel Léturmy avec la collaboration de Paul Gros.
Afin de respecter le droit d’auteur, l’introduction, les présentations et les annotations ne sont pas reproduites. Je vous invite donc à vous procurer ce livre pour bénéficier pleinement de la grande qualité de cet ouvrage.

Lettre aux Romains

Chapitre 8

1 – À présent il n’y a donc plus de condamnation pour ceux qui sont dans le christ Jésus,
2 – car la loi de l’esprit de vie dans le christ Jésus t’a libéré de la loi du péché et de la mort.
3 – En effet, Dieu a fait ce dont la Loi affaiblie par la chair était incapable : en envoyant contre le péché son propre fils dans une sorte de chair de péché il a condamné le péché dans la chair
4 – afin que la justice de la Loi soit complète en nous qui ne marchons pas selon la chair mais selon l’esprit.

Mon analyse :
Après avoir montré que la loi mosaïque n’était pas la loi de Dieu enseignée par Christ car elle provoquait le péché, Paul nous dit que Christ est venu nous libérer de la loi du péché, donc de la loi mosaïque, qui est incapable de libérer du péché puisqu’elle le provoque. Le verset 3 est très intéressant ; Jésus serait venu « dans une sorte de chair de péché », ce qui est certainement la première manifestation de docétisme — bien avant Cérinthe, que l’on présente comme l’initiateur de cette pensée. Paul est donc de ceux qui ne croient pas en l’incarnation de Jésus. En outre, l’expression « il a condamné le péché dans la chair » illustre précisément le sens de la passion et de la mort — apparente donc puisqu’il n’est pas incarné — c’est à dire une condamnation de la Loi de Iahvé et de Moïse et non un sacrifice pour nos péchés.

5 – Car ceux de la chair tendent à ce qui est de la chair et ceux de l’esprit à ce qui est de l’esprit.
6 – Or la chair tend à la mort et l’esprit tend à la vie et à la paix.
7 – C’est pourquoi la chair tend à haïr Dieu, car elle ne se soumet pas à la loi de Dieu, elle ne le peut pas.
8 – Ceux de la chair ne peuvent donc plaire à Dieu.
9 – Or vous n’êtes pas de la chair mais de l’esprit, pourvu que l’esprit de Dieu habite en vous. Et si on n’a pas l’esprit du Christ on n’est pas de lui.
10 – Mais si le Christ est en vous, votre corps est mort par le péché et votre esprit vit par la justice.
11 – Si l’esprit de celui qui a relevé Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a relevé le christ Jésus d’entre les morts fera vivre aussi vos corps mortels par son esprit logé en vous.
12 – Donc, frères, ce n’est pas à la chair que nous nous devons, pour vivre selon la chair.
13 – En effet si vous vivez selon la chair vous allez mourir ; mais si par l’esprit vous faites mourir les actes du corps, vous vivrez.

Mon analyse :
On voit le travail du scribe qui cherche à semer la confusion chez les lecteurs pour amoindrir les effets des versets précédents. Il ne parle plus de la loi du péché affaiblie par la chair, mais de ceux qui sont soumis à la chair. Ce glissement lui permet de séparer ceux qui se fient en Dieu de ceux qui ne s’y fient pas. Ce retournement est incomplet car il laisse transparaître au verset 9 ce qui pourrait être compris comme une séparation des principes. Il tente un rattrapage au verset suivant mais introduit une notion dangereuse, car si notre corps et notre esprit sont séparés, c’est qu’ils ne sont pas du même créateur.

14 – Car ceux qui sont menés par l’esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu.
15 – Vous n’avez pas en effet reçu un esprit d’esclavage pour craindre encore, mais vous avez reçu un esprit d’adoption par qui nous crions : Abba, Père !
16 – Lui, l’Esprit, témoigne avec notre esprit que nous sommes enfants de Dieu :
17 – enfants et alors héritiers : héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ, pourvu que nous souffrions avec lui afin d’être aussi glorifiés ensemble.
18 – Je compte en effet que les souffrances de ce moment sont sans proportion avec la gloire qui va nous être dévoilée.
19 – Et l’impatience de la création attend le dévoilement des fils de Dieu.
20 – Car la création a été soumise à la vanité à cause de celui qui l’y a soumise malgré elle, mais avec l’espérance
21 – qu’elle aussi, la création, sera libérée de l’esclavage de la destruction pour la liberté de la gloire des enfants de Dieu.
22 – Nous savons en effet que jusqu’à présent toute la création gémit dans les douleurs
23 – et non seulement elle, mais nous qui avons les prémices de l’Esprit, nous gémissons aussi en nous-mêmes, en attente de l’adoption et du rachat de notre corps.
24 – Car c’est en espérance que nous avons été sauvés. Or une espérance qui se voit n’est pas une espérance ; quand on voit, qu’espérer encore ?
25 – Mais si nous espérons ce que nous ne voyons pas, nous l’attendons avec persistance.

Mon analyse :
Ce passage est à mettre au compte du scribe en raison de son emphase et de sa longueur. Certes, Paul qui est souvent présenté comme apocalyptique aurait pu avoir cette expression d’annonce de la fin des temps. Mais ce texte est au final assez proche de l’Apocalypse de Jean, ce qui fait pencher pour une intervention du scribe judéo-chrétien.

26 – De même l’Esprit aussi vient en aide à notre faiblesse car nous ne savons pas prier comme il faut; mais lui, l’Esprit, sollicite pour nous par des gémissements indicibles,
27 – et celui qui scrute les cœurs sait à quoi tend l’Esprit et qu’il sollicite selon Dieu pour les saints.
28 – Or nous savons que Dieu fait concourir tout au bien de ceux qui l’aiment, de ceux qui sont appelés à dessein,
29 – car ceux qu’il a connus d’avance, il les a aussi déterminés d’avance, conformés à l’image de son fils pour que celui-ci soit le premier né de beaucoup de frères
30 – et ceux qu’il a déterminés d’avance il les a appelés et ceux qu’il a appelés il les a justifiés et ceux qu’il a justifiés il les a glorifiés.
31 – Que dirons-nous donc après cela ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?
32 – Lui qui loin de ménager son propre fils l’a livré pour nous tous, peut-il ne pas nous donner tout avec lui ?
33 – Qui portera plainte contre les élus de Dieu ? Dieu ? il les justifie.
34 – Qui les condamnera ? le christ Jésus, qui est mort ou plutôt qui a été relevé, qui est à la droite de Dieu ? il sollicite pour nous.
35 – Et qui nous séparera de l’amour du Christ ? l’affliction, l’angoisse, la persécution, la faim, la nudité, le péril ou le sabre ?
36 – selon qu’il est écrit : On nous fait mourir tout le jour à cause de toi, on nous compte pour des brebis d’abattoir.
37 – Mais en tout cela nous triomphons par celui qui nous a aimés.
38 – Car je suis sûr que la mort ni la vie, les anges ni les principautés, le présent ni l’avenir, les puissances
39 – ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de cet amour de Dieu qui est dans le christ Jésus notre seigneur.

Mon analyse :
Là aussi le calame du scribe apparaît nettement. Cependant, les versets 28 à 30 pourraient bien être de Paul. En effet, on y trouve la notion d’un Dieu qui n’agit que dans le bien pour ceux qui sont issus de lui et qu’il éveille pour les sauver. Par contre, le scribe redresse la situation dès le verset 32 en faisant de la passion un sacrifice.

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