Lettre de Paul aux Romains – 3

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Ce texte est tiré du Nouveau Testament publié dans la collection La Bibliothèque de la Pléiade des éditions NRF Gallimard.
Introduction de Jean Grosjean, textes traduits, présentés et annotés par Jean Grosjean et Michel Léturmy avec la collaboration de Paul Gros.
Afin de respecter le droit d’auteur, l’introduction, les présentations et les annotations ne sont pas reproduites. Je vous invite donc à vous procurer ce livre pour bénéficier pleinement de la grande qualité de cet ouvrage.

Lettre aux Romains

Chapitre 3

1 – Quel est donc l’avantage du Juif ou l’utilité de la circoncision ?
2 – Grand de toute manière : et d’abord parce que lui ont été confiés les oracles de Dieu.
3 – Si quelques-uns ont été de mauvaise foi, leur mauvaise foi abolit-elle la bonne foi de Dieu ?
4 – Non, mais que Dieu soit vrai et tout homme menteur, comme il est écrit : que tu sois justifié dans tes paroles et vainqueur quand on te juge.
5 – Mais si notre injustice confirme la justice de Dieu, que dirons-nous ? Dieu n’est-il pas injuste d’infliger sa colère ? Je parle en homme.
6 – Que non ! car comment Dieu jugera-t-il le monde?
7 – Mais si mon mensonge donne plus de gloire à la vérité de Dieu, pourquoi suis-je encore jugé pécheur ?
8 – Pourquoi, comme on nous en calomnie et comme d’aucuns prétendent que nous l’enseignons, ne pas faire le mal pour qu’il en vienne du bien ? Ceux-là sont jugés à bon droit.
9 – Alors est-ce que nous valons mieux ? Pas du tout, car
nous avons prouvé que Juifs et Grecs sont tous dans le
péché,
10 – comme il est écrit : Il n’y a pas de juste, pas un,
11 – il n’y a pas d’intelligent, il n’y en a pas qui cherche Dieu ;
12 – tous sont dévoyés, tous sont corrompus, il n’y en a pas qui fasse le bien, pas même un ;
13 – tombeau béant que leur gosier, leurs langues ourdissent la ruse, un venin d’aspic est sous leurs lèvres,
14 – leur bouche est pleine d’imprécation et d’âcreté,
15 – ils ont le pied vif pour verser le sang,
16 – ruine et misère sont sur leurs chemins,
17 – et le chemin de la paix ils ne le connaissent pas,
18 – il n’y a pas de crainte de Dieu devant leurs yeux.

Mon analyse :
Le statut de Juif, censé donner un avantage vis-à-vis de Dieu s’avère sans objet car il n’empêche pas d’être aussi pécheur qu’un Grec, c’est-à-dire un païen. Paul montre que le statut social lié au statut religieux est sans valeur. Il lui faut maintenant nous dire d’où vient ce problème. On retrouve le côté verbeux qui laisse entendre que cette diatribe n’est pas de la main de Paul mais que l’auteur tente à la fois de suivre son idée et de ne pas trop s’éloigner du dogme judéo-chrétien.

19 – Or nous savons que tout ce que dit la Loi, elle le dit
à ceux qui sont sous la Loi, en sorte que toute bouche soit
close et le monde entier justiciable de Dieu ;
20 – parce que par les œuvres de la Loi nulle chair ne sera justifiée devant lui, car la connaissance du péché vient par la Loi.
21 – Mais à présent, en dehors de la Loi, la justice de Dieu s’est manifestée, attestée par la Loi et les Prophètes,
22 – justice de Dieu par la foi en Jésus Christ pour tous
ceux qui ont foi, car il n’y a pas de différence ;
23 – tous en effet ont péché et sont privés de la gloire de Dieu
24 – et ils sont justifiés gratuitement par sa grâce au moyen du rachat qui est dans le christ Jésus,
25 – lui que Dieu a préposé à être par son sang un propitiatoire pour ceux qui ont foi, afin de montrer sa justice en tolérant les péchés d’autrefois,
26 – avec sa patience de Dieu, afin donc de montrer en ce moment sa justice et qu’il est juste en justifiant ceux qui se fient à Jésus.
27 – Où donc est la vanterie ? Elle est exclue. Par quelle loi ? Celle des œuvres ? Non mais par la loi de la foi.
28 – Nous comptons en effet que l’homme, par sa foi, est justifié sans les œuvres de la Loi.
29 – Dieu est-il uniquement des Juifs, et non des nations ? Certes des nations aussi,
30 – puisqu’il n’y a qu’un Dieu, celui qui va justifier-par la foi le circoncis et par la foi le prépucé.
31 – Alors par là foi abolissons-nous la Loi ? Que non ! Au contraire, nous établissons la Loi.

Mon analyse :
La loi mosaïque s’adresse aux Juifs mais en fait elle ne protège pas du péché ; au contraire elle en est la cause. Or, Paul constate que Christ en ne respectant pas la loi, comme cela est montré dans les évangiles, a néanmoins manifesté la justice de Dieu. Donc, le chemin à suivre n’est pas celui de la loi de Moïse mais celui de la foi en Christ. Même si l’auteur cherche à rappeler le dogme sacrificiel si cher aux Judéo-chrétiens, il ne peut s’empêcher de rappeler que Paul valide le concept du rachat gratuit des fautes antérieures par la foi en Christ qui vaut grâce devant Dieu. Mais cela pose problème car la loi juive est à la base de la loi judéo-chrétienne, d’où cette tournure alambiquée de la fin du texte qui vient valider la loi de Christ (c’est-à-dire la loi d’amour) qui s’exprime par la foi tout en rejetant la loi mosaïque qui s’exprime par le respect des règles rituelles. Couchoud, ci-dessous, nous rend la présentation de Marcion qui avait complètement supprimé l’essentiel de ces chapitre (jusqu’au IV inclus) pour résumer en quatre verset ce qui est essentiel.

« 2° Rom. 111, 21. L’Apostolicon donne ces quatre lignes serrées :

Jadis Loi, aujourd’hui justice de Dieu,
par foi au Christ :
justifiés donc par foi au Christ,
non par Loi, ayons la paix avec Dieu !

[13] Le dessin est net. Jadis la Loi et l’impossibilité de s’acquitter. Aujourd’hui l’acquittement obtenu par la foi, par conséquent la paix avec Dieu.
Au lieu de ce morceau nerveux, l’édition longue a une dissertation prolixe dont voici la marche (Rom. III, 21-V, 1).

Aujourd’hui sans Loi une justice de Dieu a été manifestée,
attestée par la Loi et les Prophètes,
une justice de Dieu par foi au Christ Jésus
pour tous ceux qui croient, car il n’est, pas de différence.
… (Trente-quatre versets sur la foi d’Abraham) …
Justifiés donc par foi,
nous avons la paix avec Dieu…

Il est difficile de ne pas voir que cette version est un remaniement de l’autre. Elle plaide pour la Loi dans un texte qui la condamne. L’opposition franche : « jadis Loi, aujourd’hui justice » est effacée : « indépendamment de Loi, ». Puis cette justice de Dieu est dite attestée par la Loi même et les Prophètes. D’où il résulte que la Loi elle-même, en tant que prophétie, n’est pas détruite, mais confirmée[1]
oblige à une lourde reprise : « une justice de Dieu… » Puis il est longuement et bizarrement allégué que la justice par la foi est fondée sur un passage de la Loi elle-même concernant Abraham (Genèse XV, 6). Après quoi est rejointe la conclusion : « justifiée donc par la foi », d’où sont omis les mots « non par la Loi. »
D’un côté quatre lignes fermes et droites. D’autre côté trois pages tortueuses qui corrigent ces quatre lignes. I1 est naturel qu’on soit passé des premières aux secondes. Des secondes aux premières, c’est invraisemblable. »

[1] A. Loisy, Les livres du Nouveau Testament. Paris, 1922, p. 102.

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