Lettre de Jacques – Chapitre 2

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Ce texte est tiré du Nouveau Testament publié dans la collection La Bibliothèque de la Pléiade des éditions NRF Gallimard.
Introduction de Jean Grosjean, textes traduits, présentés et annotés par Jean Grosjean et Michel Léturmy avec la collaboration de Paul Gros.
Afin de respecter le droit d’auteur, l’introduction, les présentations et les annotations ne sont pas reproduites. Je vous invite donc à vous procurer ce livre pour bénéficier pleinement de la grande qualité de cet ouvrage.

Lettre de Jacques

Chapitre 2

1 – Mes frères qui avez foi en notre seigneur Jésus, le christ de gloire, ne soyez pas partiaux.
2 – Qu’un homme à bague d’or entre, en habit splendide, dans votre synagogue et qu’y entre aussi un pauvre en habit crasseux,
3 – si vous regardez le porteur d’habit splendide et lui dites : Assois-toi bien ici; et dites au pauvre : Reste là debout ou assois-toi au bas de mon marchepied,
4 – ne faites-vous pas des distinctions en vous-mêmes et ne jugez-vous pas sur de mauvaises raisons ?
5 – Mes chers frères, écoutez. Dieu n’a-t-il pas choisi les pauvres de ce monde ? ils sont riches de foi et héritiers du règne qu’il a promis à ceux qui l’aiment.
6 – Mais vous, vous méprisez le pauvre. Les riches, est-ce qu’ils ne vous oppriment pas et ne vous traînent pas devant les tribunaux ?
7 – Est-ce qu’ils ne blasphèment pas le beau nom qui a été invoqué sur vous ?
8 – Si vous accomplissez la loi royale selon l’écriture : Tu aimeras ton proche comme toi-même, vous faites bien.
9 – Mais si vous êtes partiaux, vous commettez un péché et la loi vous prouve coupables de transgression.
10 – Quiconque, en effet, garde toute la loi, mais bronche sur un point, est passible de tout.
11 – Car celui qui a dit : Tu ne seras pas adultère, a dit aussi : Tu ne tueras pas. Et si, sans être adultère, tu es meurtrier, tu transgresses la loi.
12 – Parlez et agissez comme des gens qui vont être jugés par une loi de liberté,
13 – car le jugement est sans miséricorde pour qui n’a pas fait miséricorde, mais la miséricorde se rit du jugement.

Mon analyse :
Jacques montre ici son attachement à la Torah et son incompréhension du message de Jésus. Certes, il exhorte ses amis à ne pas discriminer sur des critères sociaux, mais le rapprochement qu’il fait avec les Béatitudes montre qu’il n’a pas compris ce que Jésus voulait dire par « pauvres en esprit ». De même il se réfère à la loi mosaïque avec l’amour du proche alors que Jésus l’avait étendue à tous, y compris l’ennemi. De même il termine avec l’idée d’un Dieu juste et sans miséricorde, ce qui est contraire à l’idée même de Dieu.

14 – Mes frères, à quoi sert de dire qu’on a foi si on n’a pas d’œuvres ? Est-ce que la foi peut sauver ?
15 – Qu’un frère ou une sœur soient nus et manquent de nourriture quotidienne,
16 – si l’un de vous leur dit : Allez en paix, réchauffez-vous, rassasiez-vous, sans leur donner ce qu’il faut au corps, à quoi cela sert-il ?
17 – De même, sans les œuvres, la foi est tout à fait morte.
18 – Et on vous dira : Tu as la foi, moi j’ai les œuvres. Montre-moi ta foi sans œuvres, moi je te montrerai ma foi par mes œuvres.
19 – Tu crois qu’il n’y a qu’un Dieu, tu fais bien. Les démons aussi le croient et ils frissonnent.
20 – Veux-tu savoir, homme futile, que la foi sans œuvres est oiseuse ?
21 – Notre père Abraham n’a-t-il pas été justifié par les œuvres quand il a offert sur l’autel son fils Isaac ?
22 – Tu vois que la foi travaillait là aux œuvres, la foi se parfaisait par les œuvres.
23 – Ainsi s’accomplissait l’écriture qui dit : Abraham s’est fié à Dieu et ce lui a été compté pour justice, et il a été appelé ami de Dieu.
24 – Vous voyez que l’homme est justifié par les œuvres et non par la foi seule.
25 – Et la prostituée Rahab n’a-t-elle pas été de même justifiée par des œuvres quand elle a accueilli les messagers et les a fait partir par un autre chemin ?
26 – Car, sans esprit, le corps est mort et, sans œuvres, la foi aussi est morte.

Mon analyse :
Jacques tente de se distinguer de Paul sans toutefois y parvenir réellement. En effet, il veut valoriser les actes par rapport à la foi. Paul lui valorisait la foi par rapport au respect de la loi mosaïque. Mais en fait, Jacques, malgré son rappel d’Abraham, a conscience que c’est bien la foi qui est à la base de tout. Si Abraham agit c’est par cohérence envers la foi qu’il met en Dieu. L’œuvre découle de la foi et ne la compense pas contrairement à ce qu’essaie de dire Jacques qui, en fait se contredit par ses exemples (v. 18). C’est bien la foi en Dieu, par le biais du message de Christ, qui amène à une conduite qui met l’esprit en condition d’obtenir la grâce et le salut. L’œuvre est secondaire mais elle est le prolongement logique de la mise en œuvre du commandement d’Amour. Par contre, la valorisation des œuvres amènera le système judéo-chrétien à permettre la création d’œuvres de charité qui sont en opposition avec l’humilité : « Toi, quand tu fais l’aumône, que ta gauche ignore ce que fait ta droite » (Matth. 6, 3).

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