Lettre de Jacques – Chapitre 1

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Ce texte est tiré du Nouveau Testament publié dans la collection La Bibliothèque de la Pléiade des éditions NRF Gallimard.
Introduction de Jean Grosjean, textes traduits, présentés et annotés par Jean Grosjean et Michel Léturmy avec la collaboration de Paul Gros.
Afin de respecter le droit d’auteur, l’introduction, les présentations et les annotations ne sont pas reproduites. Je vous invite donc à vous procurer ce livre pour bénéficier pleinement de la grande qualité de cet ouvrage.

Lettre de Jacques

Chapitre 1

bi-07-jac-41 – Jacques, esclave de Dieu et du seigneur Jésus Christ, aux douze tribus de la dispersion. Réjouissez-vous.
2 – Ne voyez que joie, mes frères, dans les diverses épreuves que vous rencontrez.
3 – Sachez que prouver votre foi forme la résistance.
4 – Mais que votre résistance fasse œuvre parfaite pour que vous soyez parfaits et tout à fait sans défaut.
5 – Si l’un de vous manque de sagesse, qu’il la demande à Dieu qui donne bonnement à tous sans récriminer, et elle lui sera donnée.
6 – Mais qu’il demande avec foi sans tergiverser, car le tergiverseur ressemble au flot de la mer qu’agite et repousse le vent.
7 – Que cet homme-là ne présume pas recevoir quoi que ce soit du Seigneur.
8 – C’est un homme irrésolu, inconstant dans tous ses chemins.
9 – Que le frère d’humble condition se targue de son élévation,
10 – et le riche, de son humiliation, lui qui passera comme une fleur d’herbe.
11 – Car le soleil s’est levé brûlant et a séché l’herbe, et sa fleur est tombée, et la joliesse de sa face a péri. De même le riche se flétrira en route.
12 – Magnifique l’homme qui résiste à l’épreuve, car, une fois éprouvé, il recevra la couronne de vie que le Seigneur a promise à ceux qui l’aiment.

Mon analyse :
Jacques — ou plus exactement celui qui parle en son nom — s’adresse en tant que membre de la communauté à ceux qui sont dans les communautés de la diaspora. Les termes employés font référence à la dispersion des Juifs après la captivité de Babylone. Le ton est clairement judéo-chrétien.
Dans un monde païen, il exhorte ces hommes et ces femmes qui ont du mal à vivre leur foi chrétienne au quotidien à tenir bon. Mais, il les met en garde contre les attitudes équivoques et les invite à ne pas considérer les critères sociaux comme valables devant Dieu. Il termine par une béatification de la résistance aux épreuves.

13 – Que personne dans l’épreuve, ne dise : Dieu m’éprouve. Car Dieu qui n’est pas éprouvé par le mal, n’éprouve personne non plus.
14 – Chacun n’est éprouvé qu’attiré, appâté par sa propre convoitise.
15 – Puis la convoitise qui conçoit, enfante le péché, et le péché, une fois fait, engendre la mort.
16 – Ne vous égarez pas, mes chers frères :
17 – tout beau don, toute donation parfaite vient d’en haut, descend du Père des lumières chez qui n’est ni changement ni ombre de variation.
18 – Sciemment il nous a engendrés d’une parole de vérité pour que nous soyons prémices de ses créatures.

Mon analyse :
Jacques rappelle que les épreuves ne viennent pas de Dieu mais de notre condition humaine et que cela nous éloigne de Dieu (la mort). Au contraire le vrai bien vient de Dieu.

19 – Sachez-le, mes chers frères : que chacun soit prompt à écouter, lent à parler, lent à la colère,
20 – car la colère de l’homme ne fait pas la justice de Dieu.
21 – Rejetez donc toute crasse et reste de méchanceté et accueillez avec douceur la parole implantée qui peut sauver vos âmes.
22 – Et cette parole, mettez-la en pratique. L’écouter seulement serait s’abuser.
23 – Si quelqu’un écoute la parole sans la mettre en pratique, il ressemble à un homme qui regarde dans un miroir le visage qu’il a.
24 – Il se regarde, s’en va et oublie aussitôt ce qu’il était.
25 – Au contraire celui qui se penche en permanence sur la parfaite loi de liberté, non pour oublier ce qu’il entend, mais pour le mettre en pratique, celui-là est magnifique en action.
26 – Si quelqu’un se croit religieux sans mettre un frein à sa langue, il se leurre et vaine est sa religion.
27 – La religion pure et incorruptible devant Dieu le Père est de visiter les orphelins et les veuves dans leur affliction et de se garder net du monde.

Mon analyse :
Jacques invite donc les hommes à se modérer mais surtout à mettre en pratique ce qu’ils comprennent de la voie voulue par Dieu. Le vrai croyant va vers ceux qui souffrent et se tient à l’écart des tentations mondaines.

Ce texte, vraisemblablement écrit à la fin du 2e siècle, ne peut être du Jacques — frère de Jésus — dirigeant de la communauté jusqu’à son exécution en 62. Cependant, il est représentatif de sa pensée et présente un caractère anti-paulinien (dans les prochains chapitres) qui reflète bien l’opinion de la communauté ébionite.

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