Évangile selon Matthieu – Chapitre 9

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Ce texte est tiré du Nouveau Testament publié dans la collection La Bibliothèque de la Pléiade des éditions NRF Gallimard.
Introduction de Jean Grosjean, textes traduits, présentés et annotés par Jean Grosjean et Michel Léturmy avec la collaboration de Paul Gros.
Afin de respecter le droit d’auteur, l’introduction, les présentations et les annotations ne sont pas reproduites. Je vous invite donc à vous procurer ce livre pour bénéficier pleinement de la grande qualité de cet ouvrage.

ÉVANGILE SELON MATTHIEU

Chapitre neuf

1 – Puis il entra dans le bateau, refit la traversée, et vint dans sa ville.
2 – Et voilà qu’on lui présenta un paralytique couché sur un lit. Jésus voyant leur foi dit au paralytique : Courage, fils ! tes péchés te sont remis.
3 – Et voilà que quelques uns des scribes se dirent en eux-mêmes : Il blasphème !
4 – Mais Jésus connut leurs pensées, il dit : Pourquoi ces pensées mauvaises dans vos cœurs ?
5 – Car quel est le plus facile de dire : Tes péchés te sont remis, ou de dire : Lève-toi et marche ?
6 – Mais pour que vous sachiez que le fils de l’homme sur la terre a pouvoir de remettre les péchés, alors il dit au paralytique : Lève-toi, enlève ton lit et va dans ta maison.
7 – Il se leva et s’en alla dans sa maison.
8 – À cette vue les foules furent effrayées et glorifièrent le Dieu qui donne un tel pouvoir aux hommes.

Mon analyse :
Une fois de plus Jésus s’oppose à ceux qui ont de la Loi (la Torah) une lecture littérale. Cependant, la dernière phrase me laisse perplexe. Quel Dieu les foules glorifient-elles ? Ce sont des Juifs et ils semblent hésiter sur le fait que le Dieu de Moïse soit à l’origine de ces miracles.

9 – Passant plus loin, Jésus vit, assis à la perception, un homme appelé Matthieu. Il lui dit : Suis-moi. Il se leva et le suivit.
10 – Comme il était à table dans la maison, voilà que beaucoup de percepteurs et de pécheurs se mirent à table avec Jésus et ses disciples.
11 – À cette vue, les pharisiens disaient aux disciples : Pourquoi votre maître mange-t-il avec les percepteurs et les pécheurs ?
12 – Mais lui, qui avait entendu, leur dit : Ce ne sont pas les vigoureux qui ont besoin de médecin, mais les mal-portants.
13 – Allez donc apprendre ce que signifie : Je veux la miséricorde et non le sacrifice, car je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs.

Mon analyse :
Cette fois c’est auprès des disciples que se fait la tentative de déstabilisation. Et la dernière phrase signe l’opposition entre la loi d’Amour (Bienveillance) et la loi positive.

14 – Alors s’approchent les disciples de Jean. Ils disent : Pourquoi nous et les pharisiens jeûnons-nous et que tes disciples ne jeûnent pas ?
15 – Et Jésus leur dit : Les garçons de noce peuvent-ils faire deuil tant que l’époux est avec eux ? Des jours viendront où l’époux leur sera pris ; alors ils jeûneront.
16 – Personne ne rapièce un vieux manteau avec une pièce de drap écru, car la pièce enlève un bout manteau et la déchirure est pire.
17 – On ne met pas non plus du vin nouveau dans de vieilles outres, sinon les outres crèvent, le vin se répand et les outres sont perdues. Mais on met le vin nouveau dans des outres neuves, et les deux se gardent.

Mon analyse :
La rupture se fait également avec le groupe de Jean le baptiste, qui n’a pas reconnu Jésus comme le nouveau prophète, et Jésus leur indique qu’il est l’élu et qu’il est normal que ses disciples se fient plus à lui qu’à la Loi mosaïque. La dernière image est importante car elle indique que le message de Jésus ne pourra pas être reçu des Juifs. En effet, le vieux manteau déchiré et les vielles outres vides, sont l’image du judaïsme et le message de Jésus est celui de la pièce écrue et du vin nouveau. Il nécessite des esprits neufs et prêts à endurer la puissance de ce message.

18 – Comme il leur parlait de tout cela, voilà qu’un chef s’approche, se prosterne devant lui et dit : Ma fille est morte à l’instant, mais viens poser ta main sur elle et elle vivra.
19 – Jésus s’était levé et le suivait avec ses disciples
20 – quand une femme qui depuis douze ans perdait du sang s’approcha par derrière et toucha la frange de son manteau,
21 – car elle se disait : Si seulement je touche son manteau je serai sauvée.
22 – Jésus se retourna, la vit et dit : Courage, ma fille, ta foi t’a sauvée. Et la femme fut sauvée sur l’heure.
23 – Arrivé à la maison du chef, Jésus voyant les joueurs de flute et la foule tumultueuse
24 – disait : Retirez-vous ; cette fillette n’est pas morte, elle dort. Et ils riaient de lui.
25 – Mais après avoir chassé la foule, il entra, tint la fillette par la main, et elle se leva.
26 – Et le bruit s’en répandit dans tout le pays.
27 – Et comme jésus passait plus loin, deux aveugles le suivirent. Ils criaient : Aie pitié de nous, fils de David.
28 – Quand Jésus fut arrivé à la maison, les aveugles s’approchèrent de lui et il leur dit : Croyez-vous que je peux faire cela ? Ils lui disent : Oui, seigneur.
29 – Alors il leur toucha les yeux et dit : Qu’il vous soit fait selon votre foi.
30 – Et leurs yeux s’ouvrirent. Puis grondant après eux il leur dit : Attention, que personne ne le sache !
31 – Mais en sortant ils parlèrent de lui dans tout le pays.
32 – Comme ils sortaient, voilà qu’on lui présenta un démoniaque muet.
33 – Une fois le démon chassé, le muet parla. Et les foules étonnées disaient : Jamais rien de tel n’a paru en Israël.
34 – Mais les pharisiens disaient : C’est par le chef des démons qu’il chasse les démons.

Mon analyse :
Matthieu multiplie les miracles quand Jean n’en cite que très peu. Cela est peut-être dû au fait que leur public n’est pas le même ; là où Jean s’exprime de façon intellectuelle, Matthieu parle à un peuple qui a besoin de ces images fortes. L’accusation finale est finalement très classique et resservira souvent. Au Moyen Âge l’accusation de fomenter avec le diable sera la meilleure façon d’éliminer les opposants. L’ordalie sera d’ailleurs mise en place pour cela : celui qui meurt était coupable et celui qui survit est un suppôt de Satan et doit être mis à mort.

35 – Et Jésus parcourait toutes les villes et les bourgs, il enseignait dans leurs synagogues, il proclamait l’évangile du Règne, il soignait toute maladie et toute langueur.
36 – Voyant les foules, il s’en émut parce qu’elles étaient excédées, rejetées, comme des brebis qui n’ont pas de berger.
37 – Alors il dit à ses disciples : Quelle moisson et si peu d’ouvriers !
38 – Demandez donc au seigneur de la moisson qu’il pousse des ouvriers vers sa moisson.

Mon analyse :
Voilà un instant de découragement chez Jésus. Il souhaite être assisté mais il voit bien qu’il a peu de disciples, et encore moins de qualité.

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