Évangile selon Matthieu – Chapitre 8

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Ce texte est tiré du Nouveau Testament publié dans la collection La Bibliothèque de la Pléiade des éditions NRF Gallimard.
Introduction de Jean Grosjean, textes traduits, présentés et annotés par Jean Grosjean et Michel Léturmy avec la collaboration de Paul Gros.
Afin de respecter le droit d’auteur, l’introduction, les présentations et les annotations ne sont pas reproduites. Je vous invite donc à vous procurer ce livre pour bénéficier pleinement de la grande qualité de cet ouvrage.

ÉVANGILE SELON MATTHIEU

Chapitre huit

1 – Comme il descendait de la montagne, de grosses foules le suivirent.
2 – Et voici qu’un lépreux s’approcha, se prosterna devant lui et dit : Seigneur, si tu veux tu peux me purifier.
3 – Jésus tendit la main, le toucha et dit : Je le veux, sois purifié. Aussitôt il fut purifié de sa lèpre.
4 – Et Jésus lui dit : Attention, n’en parle à personne ! Mais va te montrer au prêtre et présente-leur en témoignage le don que Moïse a prescrit.
5 – Comme il entrait à Capharnaüm, un centurion s’approcha, fit appel à lui
6 – et dit : Seigneur, j’ai à la maison un garçon tombé paralytique, terriblement tourmenté.
7 – Il lui dit : Je viendrai le soigner moi-même.
8 – Le centurion répondit : Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit ; mais dis seulement une parole et mon garçon sera guéri ;
9 – car moi qui suis un subalterne j’ai des soldats sous mes ordres, et je dis à l’un : Va, et il va, à un autre : Viens, et il vient, et à mon esclave : Fais ceci, et il le fait.
10 – À ces paroles Jésus s’étonna et dit à ceux qui le suivaient : Oui je vous le dis, chez personne en Israël je n’ai trouvé une telle foi.
11 – Je vous le dis, beaucoup arriveront du levant et du couchant s’attabler avec Abraham, Isaac et Jacob dans le règne des cieux ;
12 – mais les fils du règne seront chassés dans les ténèbres extérieures ; là il y aura le sanglot et le grincement de dents.
13 – Et Jésus dit au centurion : Va, et qu’il te soit fait selon ta foi. Et le garçon fut guéri sur l’heure.

Mon analyse :
Voici deux situations intéressantes car diamétralement opposées. Dans le premier cas le lépreux est victime d’une affection prévue par la Loi mosaïque. C’est pourquoi Jésus, après l’avoir guéri l’envoie aux prêtres pour faire une offrande comme prévu par les textes. D’une certaine façon, ainsi, il ne se place pas en dehors de la Loi définie par la Torah. Dans le second cas il est complètement hors des clous. Le centurion est romain et non Juif. C’est l’ennemi et l’impur par excellence. Mais il manifeste une foi dégagée de toutes règles. Comme la plupart des romains de cette époque, il était certainement païen, peut-être adorateur de Mithra, mais il a foi en Jésus et en sa capacité de guérison. Les romains étaient très larges d’idées sur le plan religieux. Ils acceptaient souvent les dieux des vaincus et les ajoutaient à leur Panthéon. Cette ouverture d’esprit lui permet cette foi que l’on pourrait qualifier de pragmatique. Et Jésus s’en sert pour stigmatiser les juifs dont la religion est si rigide qu’ils ne peuvent le reconnaître alors que le romain le peut. C’est exagéré car si la hiérarchie juive le rejette beaucoup de Juifs le suivront. Mais c’est une façon de détruire le mythe du peuple élu de Dieu.

14 – Et Jésus vint à la maison de Pierre et il vit la belle-mère de celui-ci couchée avec la fièvre.
15 – Il lui toucha la main et la fièvre la laissa ; alors elle se leva et elle le servait.
16 – Le soir venu, on lui présenta beaucoup de démoniaques et, d’une parole, il chassa les esprits, soigna tous les mal-portants.
17 – Et ainsi fut remplie cette parole du prophète Isaïe qui dit : Il a pris nos faiblesses et porté nos maladies.

Mon analyse :
Matthieu nous montre un Jésus, plus thérapeute que prédicateur. C’est conforme à la vision de son courant religieux.

18 – Comme il voyait la foule autour de lui, Jésus ordonna de s’en aller sur l’autre rive.
19 – Un scribe s’approcha de lui et lui dit : Maître, je te suivrai où que tu ailles.
20 – Jésus lui dit : Les renards ont des tanières, les oiseaux du ciel, des nids, et le fils de l’homme n’a pas où reposer la tête.

Mon analyse :
Je vois dans cette remarque une façon de dire que l’homme n’est pas chez lui en ce monde car il n’y trouve aucun lieu de repos qui lui soit propre.

21 – Un autre disciple lui dit : Seigneur, permets-moi d’aller d’abord ensevelir mon père.
22 – Jésus lui dit : Suis-moi et laisse les morts ensevelir leurs morts.

Mon analyse :
Là encore, Jésus touche à quelque chose de presque sacré pour manifester le fait que nous sommes étrangers à ce monde et à ses rites. Il importe plus de cheminer dans notre foi que de nous attacher à des pratiques vaines.

23 – Puis il entra dans le bateau et ses disciples le suivirent.
24 – Et voilà qu’il se fit dans la mer une grande secousse, au point que le bateau était recouvert par les vagues. Lui, il dormait.
25 – Ils s’approchèrent et le réveillèrent en disant : Sauve-nous, Seigneur, nous périssons !
26 – Il leur dit : Pourquoi êtes-vous craintifs, gens de peu de foi ? Alors il se leva, tança les vents et la mer, et un grand calme se fit.
27 – Et les hommes étonnés disaient : Qui est-il, que même les vents et la mer lui obéissent ?

Mon analyse :
La traversée du lac de Tibériade est l’occasion de mettre à l’épreuve la foi des disciples. Cela montre qu’ils le suivent mais que leur mondanité est encore plus prégnante que leur foi en lui.

28 – Quand il fut sur l’autre rive, au pays des Gadaréniens, vinrent au-devant de lui deux démoniaques sortis des tombeaux et si intraitables que personne ne pouvait passer par ce chemin-là.
29 – Et voilà qu’ils se mirent à crier : Que nous veux-tu, fils de Dieu ? est-ce ainsi que tu viens nous tourmenter avant le temps ?

Mon analyse :
C’est un fait constant dans les évangiles, que seuls les êtres démoniaques reconnaissent immédiatement Jésus pour ce qu’il est.

30 – Il y avait loin d’eux un gros troupeau de cochons que l’on faisait paître.
31 – Les démons firent appel à Jésus et dirent : Si tu nous chasses, envoie-nous dans le troupeau de cochons.
32 – Il leur dit : Allez-y. Ils sortirent et s’en allèrent dans les cochons ; et voilà que tout le troupeau s’élança de l’escarpement dans la mer et se perdit dans les eaux.
33 – Les porchers s’enfuirent, ils allèrent à la ville et racontèrent tout, y compris l’affaire des démoniaques.
34 – Et voilà que toute la ville sortit au-devant de Jésus et, quand ils le virent, ils firent appel à lui pour qu’il s’en aille de leur territoire.

Mon analyse :
Le porc est impur ce qui en fait un animal de choix pour les démons. Cette façon d’expulser les démons est montrée comme une manière moins brutale que l’exorcisme habituel. La transition vers l’animal puis la mort de celui-ci libère le démon de sa transition humaine. Ce qui importe c’est la réaction de la population qui s’inquiète de voir quelqu’un d’aussi puissant demeurer chez elle. Ce rejet veut nous faire comprendre que les Juifs préfèrent les démons à celui qui peut les chasser. On sait que Matthieu était très remonté contre les Juifs, mais on frise là l’antisémitisme.

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