Évangile selon Matthieu – Chapitre 6

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Ce texte est tiré du Nouveau Testament publié dans la collection La Bibliothèque de la Pléiade des éditions NRF Gallimard.
Introduction de Jean Grosjean, textes traduits, présentés et annotés par Jean Grosjean et Michel Léturmy avec la collaboration de Paul Gros.
Afin de respecter le droit d’auteur, l’introduction, les présentations et les annotations ne sont pas reproduites. Je vous invite donc à vous procurer ce livre pour bénéficier pleinement de la grande qualité de cet ouvrage.

ÉVANGILE SELON MATTHIEU

Chapitre six

1 – Prenez garde à ne pas faire les justes devant les hommes pour en être remarqués ; sinon vous n’aurez pas de salaire auprès de votre Père qui est dans les cieux.
2 – Quand tu fais l’aumône ne le trompète donc pas comme font ces comédiens dans les synagogues et dans les rues, pour tirer gloire des hommes ; oui je vous le dit, ils ont reçu leur salaire.
3 – Toi, quand tu fais l’aumône, que ta gauche ignore ce que fait ta droite,
4 – pour que ton aumône reste dans le secret ; et ton père qui regarde dans le secret te le rendra.

Mon analyse :
Jésus est clair, il n’est pas profitable pour l’esprit de faire du bien en se faisant remarquer. Ceux qui font du bien de façon ostensible le font d’abord pour leur propre profit. Le croyant cathare ne refuse son aide à personne quand il perçoit un besoin, mais il le fait discrètement et sans avoir besoin de structure organisée. S’il ne peut le faire lui-même il donne des moyens à ceux qui peuvent le faire. C’est pour cela qu’il ne peut y avoir d’œuvre caritative cathare, comme on en voit dans d’autres religions.

5 – Et quand vous priez, vous ne serez pas comme ces comédiens qui aiment prier debout dans les synagogues et aux coins des rues pour paraître aux yeux des hommes ; oui je vous le dit ; ils ont reçu leur salaire.
6 – Toi, quand tu pries, entre dans ta resserre, ferme ta porte, et prie ton père qui est dans le secret et ton père qui voit dans le secret, te le rendra.

Mon analyse :
De la même façon, la prière doit être un moment d’humilité et de discrétion. Les cathares ne prient pas en public. Au quotidien, il convient donc de prier dans un lieu retiré et calme.

7 – Dans vos prières, ne rabâchez pas comme les païens. Ils croient qu’avec leur bavardage ils seront exaucés.
8 – Ne soyez donc pas pareils ; car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant que vous lui ayez demandé.
9 – Vous donc, vous prierez ainsi : Notre Père, qui es dans les cieux, que soit sanctifié ton nom,
10 – que vienne ton règne, que soit faite ta volonté sur terre comme au ciel.
11 – Donne-nous aujourd’hui notre pain de la journée ;
12 – remets-nous nos dettes, comme nous remettons aussi à nos débiteurs ;
13 – et ne nous fais pas entrer en épreuve mais délivre-nous du mauvais.
14 – Car, si vous remettez aux hommes leurs fautes, votre père céleste vous remettra les vôtres ;
15 – et si vous ne remettez pas aux hommes leurs fautes, votre père ne vous remettra pas les vôtres.

Mon analyse :
Matthieu propose cette prière qui n’est pas identique dans les quatre évangiles. D’ailleurs on ne la trouve que chez Luc et Matthieu. Cela veut donc dire qu’elle n’est pas parole de Jésus mais qu’elle fut certainement construite un peu plus tard. Cependant elle révèle un contenu clair et indiscutable. D’abord une adresse afin de préciser à qui doit parvenir notre supplique. La reconnaissance de la transcendance et de l’omnipotence du Dieu à qui l’on s’adresse. L’espoir dans son aide dans tous les domaines et l’engagement à une conduite bienveillante envers tous. Ce sont donc ces points que nous devons étudier afin de rendre un texte qui les respectent tout en évitant les anthropomorphismes et les terminologies passéistes. Rappelons que cette prière est réservée aux Chrétiens, c’est-à-dire à celles et ceux qui ont reçu la Consolation. Dans les communautés cathares, l’autorisation de dire ce texte était l’occasion d’un rituel appelé la Tradition de l’oraison dominicale qui clôturait la première partie du noviciat.

16 – Quand vous jeûnez, ne soyez pas sombres, comme ces comédiens qui rongent leur face pour que leur jeûne paraisse aux yeux des hommes ; oui je vous le dis, ils ont reçu leur salaire.
17 – Toi, quand tu jeûnes, oins-toi la tête et lave ta face,
18 – pour que ton jeûne paraisse non aux yeux des hommes mais à ton père, qui est dans le secret ; et ton père qui voit dans le secret, te le rendra.

Mon analyse :
Là encore, le chrétien ne doit pas rechercher la gloire auprès des hommes pour les actions qu’il pratique au nom de sa foi. Tout ce que l’on fait pour servir Dieu doit être fait dans la discrétion. Notre action n’est pas méritoire car nous sommes des serviteurs inutiles à Dieu. Nous agissons par Bienveillance, comme nous espérons être, nous aussi, traités avec Bienveillance. Le jeûne n’a rien d’extraordinaire, aussi doit-il être vécu et pratiqué comme n’importe quelle autre activité.

19 – Ne vous amassez pas de trésors sur la terre où la teigne et la rouille rongent, où les voleurs percent et volent ;
20 – amassez-vous des trésors au ciel où la teigne ni la rouillent ne rongent, où les voleurs ne percent ni ne volent ;
21 – car où est ton trésor, là aussi sera ton cœur.
22 – La lampe du corps, c’est l’œil. Si donc ton œil est sain, tout ton corps lumineux ;
23 – mais si ton œil est mauvais, tout ton corps ténébreux. Et si la lumière qui est en toi est ténèbre, quelle, ténèbre !

Mon analyse :
La vanité et la suffisance sont les ennemis de la foi. Notre mondanité nous pousse à vouloir paraître ce que nous ne sommes pas. La foi nous rappelle sans cesse que nous ne sommes tien de plus que les autres. C’est donc avec une grande clairvoyance que nous devons nous observer nous-même, bannissant vanité et fausse modestie.

24 – Personne ne peut s’asservir à deux seigneurs : car ou il détestera l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez vous asservir à Dieu et à Mamon.
25 – C’est pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas, pour votre vie, de ce que vous mangerez, ni, pour votre corps, de quoi vous le vêtirez. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps, plus que les vêtements ?
26 – Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment, ne moissonnent ni ne ramassent dans les granges, et votre père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas mieux qu’eux ?
27 – Qui de vous, en s’inquiétant, peut ajouter à son âge une seule coudée ?
28 – et à propos de vêtement pourquoi vous inquiéter ? observez les lis des champs comme ils croissent : ils ne se fatiguent ni ne filent ;
29 – et je vous dis que Salomon dans toute sa gloire n’a pas été vêtu comme l’un d’eux.
30 – Si Dieu habille ainsi l’herbe des champs qui est là aujourd’hui, et qu’on jettera demain au four, que ne fera-t-il pas pour vous, gens de peu de foi !
31 – Ne vous inquiétez donc pas, ne dites pas : que mangerons-nous ? ou : que boirons-nous ? ou : de quoi serons-nous vêtus ?
32 – Tout choses que recherchent les nations. Car votre père céleste sait que vous avez besoin de tout cela.
33 – Cherchez d’abord le règne de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera ajouté.
34 – Ne vous inquiétez pas de demain : demain s’inquiètera de lui. À chaque jour suffit sa peine.

Mon analyse :
Si l’on veut revenir au père nous devons y consacrer toute notre attention. Les soucis et les bonheurs du quotidien nous éloignent de cette quête. Notre mondanité vise à nous concentrer sur des nécessités qui n’ont de valeur qu’en ce monde : argent, réussite sociale, gloire mondaine, succès professionnels et mondains, etc. Notre esprit est loin de tout cela ; ce qu’il veut c’est se libérer de cette prison — fut-elle dorée — pour revenir à la vérité des choses. Si nous choisissons l’engagement vers Dieu, il nous faut apprendre à nous détacher de ces prégnances mondaines. Cela prend toute une vie de croyant et occupe toutes les pensée du Consolé, car le risque de rechute est permanent.

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