Évangile selon Matthieu – Chapitre 5

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Ce texte est tiré du Nouveau Testament publié dans la collection La Bibliothèque de la Pléiade des éditions NRF Gallimard.
Introduction de Jean Grosjean, textes traduits, présentés et annotés par Jean Grosjean et Michel Léturmy avec la collaboration de Paul Gros.
Afin de respecter le droit d’auteur, l’introduction, les présentations et les annotations ne sont pas reproduites. Je vous invite donc à vous procurer ce livre pour bénéficier pleinement de la grande qualité de cet ouvrage.

ÉVANGILE SELON MATTHIEU

Chapitre cinq

1 – Voyant les foules il monta sur la montagne et, quand il fut assis, ses disciples s’approchèrent de lui.
2 – Alors, il ouvrit la bouche pour les enseigner, il dit :
3 – Magnifiques les pauvres par esprit car le règne des cieux est à eux.
4 – Magnifiques les endeuillés car on les consolera.
5 – Magnifiques les doux car ils hériteront de la terre.
6 – Magnifiques les affamés et assoiffés de justice car on les rassasiera.
7 – Magnifiques les miséricordieux car on leur fera miséricorde.
8 – Magnifiques les cœurs purs car ils verront Dieu.
9 – Magnifiques la pacifiques car ils verront Dieu.
10 – Magnifiques les poursuivis pour cause de justice car le règne des cieux est à eux.
11 – Magnifiques, vous autres quand on vous injuriera et poursuivra, qu’on dira de vous, à tort, toute sorte de mal à cause de moi.
12 – Réjouissez-vous, exultez ; car vous avez un bon salaire dans les cieux. Car c’est ainsi qu’on a poursuivi les prophètes avant vous.

Mon analyse :
Ce premier sermon, dit sur la montagne, est un enseignement complet. D’abord il met en valeur l’état d’être que chacun doit rechercher : l’humilité (pauvreté par esprit), les repentants qui seront alors accessibles à la consolation, les non-violents qui n’auront personne pour les combattre, ceux qui voudront toujours mieux pour tous, ceux qui n’auront rien à reprocher à quiconque, ceux qui auront su laisser leur esprit se libérer de sa gangue mondaine, ceux qui seront hors d’atteinte de la sensualité, ceux qui auront à subir, mais jamais à accuser et ceux qui suivront la voie de Christ quelles qu’en soient les conséquences.

13 – Vous êtes le sel de la terre. Si le sel s’affadit, avec quoi le saler ? Il n’est plus bon à rien qu’à être jeté dehors et piétiné par les hommes.
14 – Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut se cacher.
15 – On n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais sur le lampadaire, et elle brille pour tous dans la maison.
16 – Qu’ainsi votre lumière brille devant les hommes pour qu’ils voient vos belles œuvres et glorifient votre père qui est dans les cieux.

Mon analyse :
Ici, Jésus rappelle qu’il ne faut pas agir en secret, mais, au contraire, savoir affirmer ce que l’on est sous peine de ne l’être plus. Pour autant ce n’est pas un appel à la vanité. La fausse modestie ou la honte sont aussi préjudiciables que la vanité. Le chrétien ne recherche pas le secret ou la dissimulation qui sont le domaine du Mal. La connaissance du Message n’est pas réservé à une élite.

17 – Ne croyez pas que je suis venu défaire la Loi ou les Prophètes ; je ne suis pas venu défaire, mais remplir.
18 – Oui, je vous le dis, tant que n’auront pas passé le ciel et la terre, pas un i, pas un point ne passera de la Loi, que tout ne soit arrivé.
19 – Celui donc qui délie l’un des moindres des commandements et qui enseigne ainsi les hommes sera appelé le moindre dans le règne des cieux, mais celui qui le pratique et l’enseigne sera appelé grand dans le règne des cieux.
20 – Car je vous le dis, si votre justice n’a rien de plus que celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le règne des cieux.

Mon analyse :
Jésus vient compléter la loi mosaïque, qui n’est qu’une loi je justice mondaine, en lui ajoutant l’Amour. Cela nous dit que la loi de Moïse est incomplète, ce qui renseigne sur celui qui l’a dictée. Au lieu de s’opposer au Dieu de la Torah, Jésus se contente d’améliorer son travail en y ajoutant l’essentiel, la Bienveillance. Cela nous renvoie à Marcion de Sinope qui disait que le Dieu de Moïse était un Dieu juste alors que le Dieu de Jésus est un Dieu bon.

21 – Vous avez entendu qu’on a dit aux anciens : Tu ne tueras pas ; celui qui tuera sera passible du jugement.
22 – Et moi je vous dis que quiconque se met en colère contre son frère sera passible du jugement ; celui qui dit à son frère : raca, sera passible du Sanhédrin ; celui qui dit : stupide, sera passible de la géhenne du feu.
23 – Si donc tu présentes ton offrande sur l’autel et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi,
24 – laisse ton offrande devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère, puis viens présenter ton offrande.
25 – Sois vite arrangeant avec ton adversaire pendant que vous êtes en chemin ensemble, de peur que ton adversaire te livre au juge et le juge, au garde, et que tu sois jeté en prison.
26 – Oui, je te le dis, tu ne sortiras pas de là que tu n’aies rendu le dernier centime.

Mon analyse :
Aucune forme de violence n’est acceptable et l’on ne peut se croire en chemin tant que l’on n’a pas effacé les violences que l’on a commises. C’est ainsi, qu’avant d’entrer en noviciat, les croyants cathares devaient régler leurs dettes, fut-ce à perte.

27 – Vous avez entendu qu’on dit : Tu ne seras pas adultère.
28 – Et moi je vous dis que celui qui regarde une femme pour la convoiter est déjà adultère avec elle dans son cœur.
29 – Si ton œil droit te scandalise, arrache-le et jette-le loin de toi, car il vaut mieux pour toi perdre un de tes membres et que tout ton corps ne soit pas jeté à la géhenne.
30 – Et si ta main droite te scandalise, coupe-la et jette-la loin de toi, car il vaut mieux pour toi perdre un de tes membres et que tout ton corps ne s’en aille pas à la géhenne.
31 – On a dit : Celui qui renvoie sa femme, qu’il lui donne une répudiation.
32 – Et moi je vous dis que quiconque renvoie sa femme, sauf cas de prostitution, la rend adultère, et celui qui se marie avec une répudiée est adultère.
33 – Vous avez encore entendu qu’on a dit aux anciens : Tu ne te parjureras pas, mais tu acquitteras au Seigneur tes serments.
34 – Et moi je vous dis de ne pas jurer du tout, ni par le ciel, parce qu’il est le trône de Dieu,
35 – ni par la terre, parce qu’elle est le marchepied de ses pieds, ni par Jérusalem, parce qu’elle est la ville du grand roi.
36 – Ne jure pas non plus par ta tête, car tu ne peux en rendre blanc ou noir un seul cheveu.
37 – Que votre parole soit : oui oui, non non ; le surplus est du mauvais.

Mon analyse :
Jésus montre que la loi mosaïque n’est pas conforme à la Bienveillance. Il montre que les implications de la sensualité sont mauvaises pour la purification de l’homme ; qu’il s’agisse de la concupiscence, du jugement de l’autre — quand bien même une compensation serait offerte —, ou de l’affirmation, c’est-à-dire de la vanité qui nous pousse à croire que nous détenons la vérité. Il conseille donc d’affirmer avec parcimonie, sans rien ajouter qui peut invalider notre témoignage. Au total la loi de ce monde, durera autant que durera le monde car les hommes ne peuvent s’en passer, mais cela ne veut pas dire qu’elle est éternelle. Seule la Bienveillance qui vient du seul Dieu sera éternelle. On ne doit donc rien retirer à la loi du monde, mais il faut lui ajouter beaucoup pour le rendre bienveillante.

38 – Vous avez entendu qu’on a dit : Œil pour œil, dent pour dent.
39 – Et moi je vous dis de ne pas vous opposer au mauvais. Mais quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre ;
40 – et celui qui veut te faire juger pour prendre ta tunique, laisse-lui aussi le manteau.
41 – Quiconque te requiert pour un mille, fais-en deux avec lui.
42 – Donne à qui te demande et, si on veut t’emprunter, ne te détourne pas.

Mon analyse :
Là où la loi mosaïque est la moins valable, c’est quand elle est la plus juste. Elle est équitable, mais elle valorise la haine au lieu d’être bienveillante. Jésus la rejette comme telle et propose de la magnifier en rendant le bien pour le mal. Comme disaient les cathares : Le Bien n’a pas de mal à opposer au Mal.

43 – Vous avez entendu qu’on a dit : Tu aimeras ton proche et détesteras ton ennemi.
44 – Et moi je vous dis : Aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous poursuivent ;
45 – alors vous serez fils de votre père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les mauvais et sur les bons et pleuvoir sur les justes et les injustes.
46 – Car si vous aimez ceux qui vous aiment, quel salaire aurez-vous ? les percepteurs mêmes n’en font-ils pas autant ?
47 – Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous de plus ? les païens mêmes n’en font-ils pas autant ?
48 – Vous donc vous serez parfaits comme votre père céleste est parfait.

Mon analyse :
Enfin vient le dernier point de son enseignement. La Bienveillance (l’Amour) n’est pas une monnaie ou un objet d’échange ; c’est un don gratuit qui ne se fixe aucune borne. Le Dieu des Juifs n’est donc pas parfait puisqu’il pousse l’homme à préférer son proche à son ennemi. S’il n’est pas parfait il n’est pas Dieu. Ce n’est donc pas lui que nous devons suivre, mais celui que Christ nous donne à connaître et à imiter.

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