Évangile selon Matthieu – Chapitre 23

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Ce texte est tiré du Nouveau Testament publié dans la collection La Bibliothèque de la Pléiade des éditions NRF Gallimard.
Introduction de Jean Grosjean, textes traduits, présentés et annotés par Jean Grosjean et Michel Léturmy avec la collaboration de Paul Gros.
Afin de respecter le droit d’auteur, l’introduction, les présentations et les annotations ne sont pas reproduites. Je vous invite donc à vous procurer ce livre pour bénéficier pleinement de la grande qualité de cet ouvrage.

ÉVANGILE SELON MATTHIEU

Chapitre vingt-trois

1 – Alors Jésus parla aux foules et à ses disciples,
2 – il leur dit : Les scribes et les pharisiens sont assis sur le siège de Moïse.
3 – Tout ce qu’ils vous disent, faites-le donc et gardez-le, mais ne faites pas leurs œuvres, car ils disent et ne font pas.
4 – Ils lient de lourdes charges et les posent sur les épaules des hommes, mais eux, ils ne veulent pas les bouger du doigt.
5 – Toutes leurs œuvres ils les font pour être remarqués par les hommes : ils élargissent leurs phylastères, ils allongent leurs franges,
6 – ils aiment la première place dans les dîners, les premiers sièges dans les synagogues,
7 – et se faire saluer sur les marchés, et appeler Rabbi par les hommes.
8 – Vous autres, ne vous faites pas appeler Rabbi, car vous n’avez qu’un maître et vous êtes tous frères.
9 – Et n’appelez Père aucun de vous sur la terre, car vous n’avez qu’un père, le céleste
10 – Ne vous faites pas non plus appeler Directeur, car vous n’avez qu’un directeur, le christ.
11 – Mais le plus grand d’entre vous sera votre serviteur.
12 – Celui qui se hausse sera abaissé et celui qui s’abaisse sera haussé.

Mon analyse :
Nous touchons là au cœur de la prédication cathare. Jésus dénonce la dichotomie entre la doctrine et la pratique des responsables Juifs. S’il reconnaît comme valable la doctrine fondamentale, c’est-à-dire les dix commandements, il dénonce l’absence de respect de cette loi dans la pratique. Il va jusqu’à les accuser de ne pratiquer, à la marge, la loi que par vanité et désir de pouvoir. Et, par opposition, il exhorte ceux qui veulent le suivre à faire l’inverse. C’est cela le catharisme, être convaincu que l’on est un parmi les autres, sans distinction particulière, sans valeur ni pouvoir spécifique. Il fait de l’humilité la première des qualité et de l’obéissance sa méthode d’expression face à la tentation de vanité. Aucun homme ne peut ici-bas être considéré ou se croire supérieur aux autres. Aucun titre honorifique ou hiérarchique ne peut avoir droit de cité dans la communauté des hommes. Les seules différences ne peuvent être que liées à l’utilité et au service des autres.

13 – Malheur à vous scribes et pharisiens, comédiens qui fermez aux hommes le règne des cieux. Car vous qui n’entrez pas, vous ne laissez pas entrer ceux qui entrent.

Mon analyse :
Jésus prononce un terrible réquisitoire et des anathèmes puissants contre les autorités juives. Nous savons que cela fut inspiré aux membres de l’école de Matthieu, les Juifs chrétiens après qu’ils aient été rejetés par la communauté juive dont ils constituaient jusques là une secte parmi les autres (pharisiens, sadducéens, esséniens, etc.). Ces anathèmes sont néanmoins une remise en question totale de tout ce qui fait le fondement de la religion juive. Dans ce verset il dénonce l’interdiction qui leur est faite d’accéder aux synagogues qui sont devenues le centre de la religion juive après la chute du temple de Jérusalem.

14 – Malheur à vous scribes et pharisiens, comédiens qui dévorez les maisons des veuves sous prétexte de longues prières ; pour cela vous recevrez un surplus de condamnation.
15 – Malheur à vous scribes et pharisiens, comédiens qui parcourez la mer et le continent pour faire un prosélyte, et quand il l’est vous en faites un fils de géhenne deux fois comme vous.
16 – Malheur à vous, conducteurs aveugles ! vous dites : Si quelqu’un jure par le sanctuaire, ce n’est rien ; mais s’il jure par l’or du sanctuaire, il est tenu.
17 – Stupides ! aveugles ! Car quel est le plus grand : l’or ou le sanctuaire qui sanctifie l’or ?
18 – Et encore : Si quelqu’un jure par l’autel, ce n’est rien, mais s’il jure par l’offrande qui est dessus, il est tenu.
19 – Aveugles ! Car quel est le plus grand : l’offrande ou l’autel qui sanctifie l’offrande ?
20 – Celui qui jure par l’autel jure donc par l’autel et par tout ce qui est dessus;
21 – celui qui jure par le sanctuaire jure par le sanctuaire et par celui qui l’habite ;
22 – celui qui jure par le ciel jure par le trône de Dieu et par celui qui y est assis.
23 – Malheur à vous scribes et pharisiens, comédiens qui payez la dîme sur la menthe, le fenouil et le cumin et qui laissez le plus lourd de la Loi : le jugement, la miséricorde, la foi. Il fallait faire ceci sans laisser cela.
24 – Conducteurs aveugles, qui filtrez le moucheron et avalez le chameau !

Mon analyse :
Jésus dénonce la duplicité des pratiques et des valeurs du système religieux juif. Il critique les pratiques qui sont liées à l’argent et au pouvoir et qui ignore la compassion et la foi véritable. Il leur refuse la compétence à pratiquer et plus encore à guider les autres.

25 – Malheur à vous scribes et pharisiens, comédiens qui purifiez l’extérieur de la coupe et de l’écuelle, et l’intérieur est plein de rapine et d’incontinence.
26 – Pharisien aveugle, purifie d’abord le dedans de la coupe, pour que le dehors aussi soit pur.
27 – Malheur à vous scribes et pharisiens, comédiens qui vous faites pareils à des sépulcres blanchis ; de l’extérieur ils sont bien, et l’intérieur est plein d’ossements de morts et de toute sorte d’impuretés.
28 – Ainsi de vous. À l’extérieur, et pour les hommes, vous paraissez justes ; à l’intérieur vous êtes pleins de comédie et d’iniquité.

Mon analyse :
Il va jusqu’à les accuser d’être des menteurs et des religieux indignes. Il y a fort à parier que ce genre d’accusation a très bien pu être à l’origine de l’antisémitisme des judéo-chrétiens envers les juifs.

29 – Malheur à vous scribes et pharisiens, comédiens qui bâtissez les sépulcres des prophètes et ornez les tombeaux des justes ;
30 – et vous dites : Si nous avions été là, aux jours de nos pères, nous n’aurions pas trempé dans le sang des prophètes.
31 – Vous témoignez ainsi contre vous-mêmes que vous êtes les fils de ceux qui ont tué les prophètes.
32 – Vous aussi, remplissez la mesure de vos pères !
33 – Serpents ! Race de vipères ! Comment fuirez-vous le jugement de la géhenne ?
34 – C’est pourquoi voilà, j’envoie vers vous des prophètes, des sages et des scribes ; vous en tuerez et crucifierez, vous en fouetterez dans vos synagogues et en poursuivrez de ville en ville,
35 – de sorte que viendra sur vous tout le sang juste qui a été répandu sur la terre, depuis le sang d’Abel le juste jusqu’au sang de Zacharie fis de Barachie, que vous avez tué entre le sanctuaire et l’autel.
36 – Oui je vous le dis, tout cela va être sur cette génération.

Mon analyse :
Il les accuse aussi d’être les responsables de la difficulté à transmettre son message, rencontrée par les envoyés de Dieu. En fait, non seulement il ne voit pas en eux de bons croyants mais il les accuse de faire l’œuvre du Mal, comme le fait Jean dans son accusation similaire (8, 44).

37 – Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, que de fois j’ai voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses petits sous ses ailes, et tu ne l’as pas voulu !
38 – Voilà, on vous laisse votre maison.
39 – Car je vous le dis, vous ne me verrez plus désormais, jusqu’à ce que vous disiez. Béni, celui qui vient au nom du Seigneur !

Mon analyse :
Il termine en englobant Jérusalem, le centre de la religion juive, d’être complice de ces pratiques et prophétise sa seconde parousie. On comprend mieux dès lors que les cathares aient été si fortement attachés au respect scrupuleux des prescriptions de Jésus en matière de respect de son commandement et de la pratique qui doit en découler et qui fait la pureté de celui qui se dit son disciple.

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