Évangile selon Matthieu – Chapitre 20

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Ce texte est tiré du Nouveau Testament publié dans la collection La Bibliothèque de la Pléiade des éditions NRF Gallimard.
Introduction de Jean Grosjean, textes traduits, présentés et annotés par Jean Grosjean et Michel Léturmy avec la collaboration de Paul Gros.
Afin de respecter le droit d’auteur, l’introduction, les présentations et les annotations ne sont pas reproduites. Je vous invite donc à vous procurer ce livre pour bénéficier pleinement de la grande qualité de cet ouvrage.

ÉVANGILE SELON MATTHIEU

Chapitre vingt

1 – Car le règne des cieux est pareil à un maître de maison qui est sorti à l’aube engager des ouvriers pour sa vigne.
2 – Il s’est entendu avec les ouvriers sur un denier la journée, et les a envoyés à sa vigne.
3 – En sortant vers la troisième heure, il en a vu d’autres qui restaient oisifs sur le marché ;
4 – il leur a dit : Allez-vous-en vous aussi à ma vigne, et je vous donnerai ce qui est juste.
5 – Et ils y sont allés. Il est sorti encore vers la sixième et la neuvième heure et il a fait de même.
6 – En sortant vers la onzième heure il en a trouvé d’autres qui restaient, il leur a dit : Pourquoi restez-vous ici oisifs toute la journée ?
7 – Ils lui disent : Parce que personne ne nous a engagés. Il leur dit : Allez-vous-en vous aussi à ma vigne.
8 – Le soir venu, le seigneur de la vigne a dit à son régisseur : Appelle les ouvriers et paie-les en commençant par les derniers et jusqu’aux premiers.
9 – Ceux de la onzième heure sont venus et ont reçu chacun un denier.
10 – Quand les premiers sont venus ils ont cru qu’ils recevraient plus, et ils ont reçu eux aussi chacun un denier,
11 – En le recevant ils murmuraient contre le maître de maison
12 – et disaient : Ceux-ci, les derniers, n’ont fait qu’une heure, et tu les fais nos égaux, à nous qui avons porté le poids du jour et de la chaleur.
13 – Il a répondu à l’un d’eux : Camarade, je ne te fais pas de tort, est-ce que tu ne t’es pas entendu avec moi sur un denier ?
14 – Enlève le tien et va-t-en. Je veux donner à ce dernier-là autant qu’à toi.
15 – Est-ce que je n’ai pas le droit de faire ce que je veux de mon bien ? ou as-tu l’œil mauvais parce que je suis bon ?
16 – Ainsi les derniers seront premiers, et les premiers, derniers. Car il y a beaucoup d’appelés mais peu d’élus.

Mon analyse :
Ce texte est subtil. Il s’y cache deux approches. La première, que tout le monde connaît est de considérer que peu importe le temps que nous passons à nous rapprocher de Dieu, ce qui importe est la situation dans laquelle nous nous trouvons au moment crucial, c’est-à-dire au moment où notre esprit est libéré du corps qui l’emprisonne. La seconde est liée à la référence horaire. En fait les heures annoncées sont celles des rituels monastiques. Elles sont calculées depuis le lever du soleil. La première heure (prime) correspond à l’heure qui suit le lever du soleil, la troisième heure (tierce) se situe en milieu de matinée (vers 9h30), la sixième vers 12h30 et la dernière heure, la douzième est celle qui correspond aux vêpres. Le message s’adresse non seulement aux croyants qui vivent ces heures dans le monde, mais aussi à ceux qui les vivent dans le cadre religieux. Ce qui est juste est différent de ce que chacun calcule par rapport à son temps de travail ou d’engagement spirituel. Il faut donc regarder à faire ce que l’on doit et ne pas vouloir hiérarchiser tout, et surtout pas la grâce divine.

17 – Au moment de monter à Jérusalem, Jésus prit les douze à l’écart et en chemin il leur dit :
18 – Voilà que nous montons à Jérusalem, et le fils de l’homme va être livré aux grands prêtres et aux scribes, et ils le condamneront à mort,
19 – et ils le livreront aux nations pour être moqué, fouetté, et crucifié, et le troisième jour il se relèvera.
20 – Alors la mère des fils de Zébédée s’approcha de lui avec ses fils et se prosterna en lui demandant quelque chose.
21 – Il lui dit : Que veux-tu ? Elle répond : Dis que mes deux fils que voilà soient assis un à ta droite, un à ta gauche, dans ton règne.

Mon analyse :
Matthieu fait intervenir un personnage extérieur quand Jean en faisait la demande directe des disciples. Cela vise à atténuer un peu les choses.

22 – Jésus lui répondit : Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? Ils lui disent : Nous le pouvons.
23 – Il leur dit : Ma coupe, vous la boirez, mais je n’ai jas à donner d’être assis à ma droite et à ma gauche ; les places sont à ceux pour qui mon père les a prévues.
24 – À ces paroles, les dix s’indignèrent contre les deux frères.
25 – Jésus les appela et leur dit : Vous savez que les chefs des nations exercent sur elles leur seigneurie, et les grands, leur pouvoir.
26 – Il n’en est pas ainsi parmi vous, mais quiconque veut être grand parmi vous sera votre serviteur ;
27 – et quiconque veut être premier parmi vous sera votre esclave,
28 – de même que le fils de l’homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour beaucoup.

Mon analyse :
La grande leçon du message christique est l’humilité. Or, les disciples ne voient les choses que dans une approche mondaine, valorisée par le judaïsme, et remise à l’honneur par le judéo-christianisme : celle de la hiérarchie des honneurs. Or nous devons toujours nous rappeler que nous sommes, chacun de nous, un esprit saint égaré parmi les autres, identique à eux et sans rien qui ne justifierait une considération particulière. Sans compter que vis-à-vis de Dieu, nous sommes des serviteurs inutiles. Donc, nous espérons sa grâce et rien d’autre.

29 – Comme ils sortaient de Jéricho, une grosse foule le suivit.
30 – Et voilà que deux aveugles assis au bord du chemin entendirent que Jésus passait ; ils crièrent : Seigneur, aie pitié de nous, fils de David.
31 – La foule leur enjoignait de se taire, mais ils crièrent plus fort Seigneur, aie pitié de nous, fils de David !
32 – Jésus s’arrêta, les appela et leur dit : Que voulez-vous que je fasse pour vous ?
33 – Ils lui disent : Seigneur, que nos yeux s’ouvrent!
34 – Ému, Jésus leur toucha les yeux et aussitôt ils virent et ils le suivaient.

Mon analyse :
Les deux aveugles sont la référence au devoir du chrétien envers les croyants et les le reste du monde. Nous ne devons jamais refuser notre secours à qui nous le demande.

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