Évangile selon Matthieu – Chapitre 16

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Ce texte est tiré du Nouveau Testament publié dans la collection La Bibliothèque de la Pléiade des éditions NRF Gallimard.
Introduction de Jean Grosjean, textes traduits, présentés et annotés par Jean Grosjean et Michel Léturmy avec la collaboration de Paul Gros.
Afin de respecter le droit d’auteur, l’introduction, les présentations et les annotations ne sont pas reproduites. Je vous invite donc à vous procurer ce livre pour bénéficier pleinement de la grande qualité de cet ouvrage.

ÉVANGILE SELON MATTHIEU

Chapitre seize

1 – Les pharisiens et les sadducéens s’approchèrent et, pour le mettre à l’épreuve, lui demandèrent de leur montrer un signe du ciel.
2 – II leur répondit : Le soir venu, vous dites : Beau temps, car le ciel rougeoie.
3 – Et le matin : Mauvais temps aujourd’hui, car le ciel rougeoie tristement. Vous savez bien distinguer la face du ciel, mais les signes des temps, vous ne le pouvez pas ?
4 – Une génération mauvaise et adultère recherche un signe ! II ne lui sera donné de signe que le signe de Jonas. Et il les quitta, il s’en alla.

Mon analyse :
Jésus fait de l’humour ; au terme signe du ciel, compris comme signe de Dieu, il répondit signe du ciel, compris comme signe météorologique. En outre, il choisit d’utiliser le même signe, interprété différemment selon que l’on est le soir ou le matin, afin de montrer que l’ignorant peut facilement se tromper. Le seul signe possible à ceux qui n’ont pas la foi est celui de la terreur, comme ce fut le cas pour Jonas, avalé tout entier par un monstre marin.

5 – En venant à l’autre rive, les disciples oublièrent d’emporter du pain.
6 – Jésus leur dit : Attention, prenez garde à la levure des pharisiens et des sadducéens.
7 – Et eux, raisonnant en eux-mêmes, disaient : C’est que nous n’avons pas emporté de pain.
8 – Mais Jésus le sut et dit : Pourquoi, gens de peu de foi, raisonnez-vous en vous-mêmes que vous n’avez pas de pain ?
9 – Vous ne comprenez pas encore ? Vous ne vous souvenez pas des cinq pains aux cinq mille hommes, et combien de corbeilles vous avez emportées ?
10 – Ni des sept pains aux quatre mille et combien de paniers vous avez emportés ?
11 – Comment ne comprenez-vous pas ? ce n’est pas à propos de pain que je vous ai dit : Prenez garde à la levure des pharisiens et des sadducéens.
12 – Ils comprirent alors que Jésus ne disait pas de prendre garde à la levure du pain, mais à l’enseignement des pharisiens et des sadducéens.

Mon analyse :
Les disciples ne progressent pas dans leur foi. Ils restent désespérément attachés à leur mondanité. Ils interprètent les paroles au sens premier et n’en comprennent le sens qu’après des explications détaillées.

13 – Comme il venait dans la province de Césarée de Philippe, Jésus questionna ses disciples, il dit : Qui est le fils de l’homme, au dire des hommes ?
14 – Ils répondirent : Pour les uns, Jean Baptiste, pour d’autres, Élie, pour les autres, Jérémie ou un des prophètes.
15 – II leur dit : Et vous, qui dites-vous que je suis ?
16 – Simon Pierre répondit : Tu es le christ, le fils du Dieu vivant.
11 – Et Jésus lui répondit : Tu es magnifique, Simon Bar-Jona, parce que ce ne sont pas la chair et le sang qui t’ont dévoilé cela, mais mon père qui est dans les cieux.
18 – Et moi je te dis que tu es Pierre, et sur cette roche je bâtirai mon église, et les portes de l’Hadès ne seront pas plus fortes qu’elle.
19 – Je te donnerai les clés du règne des cieux, et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux.
20 – II enjoignit alors aux disciples de ne dire à personne que c’était lui le christ.

Mon analyse :
Pierre est valorisé dans ce passage. Il est celui qui comprend la question et qui propose la réponse adéquate. Jésus fait de Pierre une sorte de lien entre la terre et les cieux. Difficile de penser que ce passage soit authentique dans un texte écrit par l’école de Jacques qui n’avait pas pour Pierre une grande estime. Peut-être s’agit-il d’une interpolation.

21 – Dès lors Jésus Christ commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait s’en aller à Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué et le troisième jour se relever.
22 – Pierre le prit à part et commença à le tancer en disant : Heureusement pour toi, seigneur, ce ne sera pas pour toi !
23 – Mais lui se retourna et dit à Pierre : Va-t’en de moi, Satan ! tu m’es un scandale, car tu ne tends pas vers Dieu mais vers les hommes.
24 – Jésus dit alors à ses disciples : Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il se renie lui-même, qu’il prenne sa croix et me suive.
25 – Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui perdra sa vie à cause de moi la trouvera.
26 – À quoi servira à l’homme de gagner le monde entier si c’est au détriment de sa vie ? ou qu’est-ce que l’homme donnera en échange de sa vie ?
27 – Car le fils de l’homme va venir, dans la gloire de son père, avec ses anges, et alors il rendra à chacun selon ses actes.
28 – Oui je vous le dis, il y en a, de ceux qui sont ici, qui ne goûteront pas de la mort avant d’avoir vu le fils de l’homme venir avec son règne.

Mon analyse :
Contrepied absolu ! Pierre encensé quelques versets plus haut est rejeté violemment par Jésus car il exprime un refus face à l’annonce des souffrances et de la mort annoncé par Jésus pour lui-même. En fait Pierre reste attaché au monde, ce que dénonce Jésus, qui explique que c’est justement en renonçant à ce monde que l’on peut accéder au salut. Pour cheminer aux côtés de Jésus, il faut donc renier sa vie mondaine, accepter les conséquences d’un tel choix et suivre son enseignement. C’est le choix des cathares.

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