Évangile selon Matthieu – Chapitre 11

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Ce texte est tiré du Nouveau Testament publié dans la collection La Bibliothèque de la Pléiade des éditions NRF Gallimard.
Introduction de Jean Grosjean, textes traduits, présentés et annotés par Jean Grosjean et Michel Léturmy avec la collaboration de Paul Gros.
Afin de respecter le droit d’auteur, l’introduction, les présentations et les annotations ne sont pas reproduites. Je vous invite donc à vous procurer ce livre pour bénéficier pleinement de la grande qualité de cet ouvrage.

ÉVANGILE SELON MATTHIEU

Chapitre onze

1 – Quand il eut fini de donner ses instructions à ses douze disciples, Jésus s’en alla enseigner et prêcher dans les villes.
2 – Et Jean dans sa prison entendit les œuvres du Christ ; il lui envoya dire par ses disciples :
3 – Es-tu celui qui vient ? ou si nous en attendons un autre ?
4 – Jésus leur répondit : Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et ce que vous voyez :
5 – les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts se relèvent, les pauvres sont évangélisés.
6 – Et magnifique celui que je ne scandalise pas !

Mon analyse :
La question de Jean est politique ; il veut savoir si Jésus est le messie davidique venu sauver le peuple élu de ses oppresseurs à la tête de son armée céleste. Mais Jésus lui répond dans un autre sens : il lui fait comprendre qu’il est bien un envoyé divin mais qu’il n’agit pas par violence puisque son action ne concerne que les malades et les malheureux. Son action n’est pas limitée aux Juifs mais elle s’adresse à toute l’humanité. Mais cela Jean, comme beaucoup de Juifs, ne peut le comprendre.

7 – Comme ils s’en allaient, Jésus commença à dire aux foules, au sujet de Jean : Qu’est-ce que vous êtes sortis regarder au désert ? Un roseau agité par le vent ?
8 – Mais qu’est-ce que vous êtes sortis voir ? Un homme habillé en délicat ? Voyons ! ceux qui portent du délicat sont dans les maisons des rois.
9 – Mais qu’est-ce que vous êtes sortis voir ? un prophète ? Oui je vous le dis, et plus que prophète.
10 – C’est de lui qu’on a écrit : Voici, j’envoie mon ange devant ta face, il préparera ton chemin devant toi.
11 – Oui je vous le dis, de ceux qui sont nés de femmes, il ne s’en est pas levé de plus grand que Jean Baptiste. Pourtant le plus petit dans le règne des cieux est plus grand que lui.

Mon analyse :
Ce passage me semble très important. Jésus dit de Jean qu’il est plus qu’un prophète qui annonce des événements relatifs au Dieu de Moïse. Jean est venu préparer l’arrivée de l’envoyé du Dieu bon. La phrase suivante n’est pas anodine. De ceux qui sont nés de femmes, Jean est le plus grand. Cela me semble clair, Jean est le plus grand des hommes de ce monde, c’est-à-dire des esprits saints qui sont tombés dans la matière. Donc, Jésus ne se présente pas comme né d’une femme, ce qui revient à dire que les cathares avaient raison de considérer que Jésus ne s’était pas incarné. Par contre, même le plus grand des hommes n’est rien comparé à n’importe quel esprit saint demeuré fermement près de Dieu.

12 – Depuis les jours de Jean Baptiste jusqu’à maintenant, le règne des cieux est violenté, et les violents s’en emparent.
13 – Car tous les prophètes et la Loi jusqu’à Jean ont prophétisé.
14 – Et si vous voulez savoir, il est Élie qui va venir.
15 – Entende qui a des oreilles !

Mon analyse :
Jean Baptiste, comme disaient les cathares est le dernier de la lignée d’Adam, c’est-à-dire de celle des hommes demeurés endormis dans leur prison de chair. Jésus nous dit que de cette lignée jusqu’à lui, le Mal a tourmenté la création divine en l’emprisonnant et en l’empêchant de retourner à son origine. Mais les prophètes ont annoncé le changement qui va venir et Jean Baptiste, en sa qualité de dernier prophète avant l’arrivée de Jésus est comme Élie celui qui vient tenter une dernière fois de réformer le peuple.

16 – Mais à quoi comparer cette génération ? Elle est pareille à des enfants assis dans les marchés et qui disent en interpellant les autres :
17 – Nous avons joué de la flute et vous n’avez pas dansé. Nous avons gémi et vous ne vous êtes pas lamentés.
18 – Car Jean est venu, il ne mangeait ni ne buvait, et on dit : Il a un démon.
19 – Le fils de l’homme est venu, il mange et boit et on dit : Voyez le glouton, l’ivrogne, l’ami des percepteurs et des pécheurs. Mais la sagesse a été justifiée par ses œuvres.
20 – Alors il commença à injurier les villes où avaient été faits la plupart de ses miracles, parce qu’elles ne s’étaient pas converties :
21 – Malheur à toi, Chorazin ! Malheur à toi, Bethsaïde ! parce que si les miracles qui ont été faits chez vous l’avaient été dans Tyr et Sidon, voilà longtemps qu’elles se seraient converties sous le sac et la cendre.
22 – Mais je vous le dis, le jour du jugement sera plus supportable pour Tyr et Sidon que pour vous.
23 – Et toi, Capharnaüm, te hausserais-tu jusqu’au ciel, on te fera descendre jusqu’à l’Hadès ; parce que si les miracles qui ont été faits chez toi l’avaient été dans Sodome, elle demeurerait encore aujourd’hui.
24 – Mais je vous le dis, le jour du jugement sera plus supportable pour le pays de Sodome que pour toi.

Mon analyse :
Dans le plus pur style vétéro-testamentaire, Jésus énonce alors des critiques et des menaces contre les hommes qui n’ont pas compris le message. Ce lien fait entre Jésus et Élie, vise à considérer que la Torah est un message du Dieu de Jésus. Comme souvent dans Matthieu on relève une incohérence entre les indications séparant Jésus de Iahvé et celles qui cherchent à les lier.

25 – Alors Jésus dit à part : Je te l’avoue, Père, seigneur du ciel et de la terre, tu as caché cela aux sages et aux prudents et tu l’as dévoilé aux enfants ;
26 – oui, Père, tel a été ton bon plaisir.
27 – Tout m’a été livré par mon père, et personne ne reconnaît le Fils, sinon le Père, ni personne ne reconnaît le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le dévoiler.
28 – Ici, près de moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, moi je vous donnerai du repos ;
29 – prenez mon joug sur vous et apprenez de moi, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez du repos pour votre vie ;
30 – car mon joug est commode et ma charge légère.

Mon analyse :
D’après Jésus, le message de Dieu est resté inconnu de ceux qui n’auraient pu le mettre en application car trop timorés pour révolutionner leur pensée. Ce sont ceux qui étaient vierges de toute contrainte intellectuelle qui l’ont reçu car ils pourront le mettre en œuvre. Enfin Jésus rappelle qu’il est la seule voie qui mène à Dieu car ni lui ni Dieu ne peuvent être connus directement des hommes. Il rassure enfin les disciples quant à la difficulté de suivre son exemple et leur promet son aide dans leur cheminement. Cela rappelle la façon dont les cathares considéraient que Jésus avait dit aux disciples que, de toutes les épreuves qui les attendaient, il leur supprimeraient la quasi totalité et que, pour la dernière (le bûcher), il les aiderait tant qu’elle leur serait supportable.

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