Évangile selon Luc – Chapitre 9

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Ce texte est tiré du Nouveau Testament publié dans la collection La Bibliothèque de la Pléiade des éditions NRF Gallimard.
Introduction de Jean Grosjean, textes traduits, présentés et annotés par Jean Grosjean et Michel Léturmy avec la collaboration de Paul Gros.
Afin de respecter le droit d’auteur, l’introduction, les présentations et les annotations ne sont pas reproduites. Je vous invite donc à vous procurer ce livre pour bénéficier pleinement de la grande qualité de cet ouvrage.

ÉVANGILE SELON LUC

Chapitre 9

1 – Il convoqua les douze et il leur donna puissance et pouvoir sur tous les démons, et pour soigner les maladies.
2 – Et il les envoya proclamer le règne de Dieu et guérir.
3 – Il leur dit : Ne prenez rien pour le chemin, ni bâton, ni besace, ni pain, ni argent, et n’ayez pas chacun deux tuniques.
4 – En quelque maison que vous entriez, demeurez-y, et c’est de là que vous partirez.
5 – Et tous ceux qui ne vous accueillent pas, sortez de leur ville en secouant la poussière de vos pieds, pour témoigner contre eux.
6 – Ils sortirent et, parcourant les bourgs, ils évangélisaient et soignaient partout.
7 – Hérode le tétrarque entendit parler de tout ce qui se passait, et il était très embarrassé, car au dire des uns, Jean s’était relevé d’entre les morts ;
8 – selon d’autres, Élie était apparu ; pour d’autres, un des anciens prophètes était ressuscité.
9 – Mais Hérode disait : J’ai fait moi-même décapiter Jean. Quel est donc celui dont j’entends dire de telles choses ? Et il cherchait à le voir.

Mon analyse :
Jésus met en place l’élément majeur du Christianisme à venir : l’apostolat. Les Chrétiens sont des témoins. Il met en avant la simplicité et l’humilité. Chez Luc le fait de ne rien emporter des lieux qui n’ont pas reçu le message est interprété comme un témoignage à charge. Cela est un résidu mosaïque.

10 – À leur retour, les apôtres lui racontèrent ce qu’ils avaient fait. Il les prit et se retira à l’écart vers une ville appelée Bethsaïde.
11 – Mais les foules le surent et le suivirent. Et il les accueillit. Il leur parlait du règne de Dieu et guérissait ceux qui avaient besoin de soins.
12 – Comme le jour commençait à baisser, les douze s’approchèrent et lui dirent : Renvoie la foule, pour qu’en passant dans les bourgs et les campagnes à la ronde ils trouvent à se loger et à se nourrir ; car ici nous sommes dans un lieu désert.
13 – Il leur dit : Donnez-leur vous-mêmes à manger. Ils dirent : Nous n’avons que cinq pains et deux poissons, à moins d’aller nous-mêmes acheter à manger pour tout ce peuple.
14 – Il y avait environ cinq mille hommes. Mais il dit à ses disciples : Faites-les s’étendre par tablées d’environ cinquante.
15 – Ils les firent s’étendre.
16 – Il prit alors les cinq pains et les deux poissons et, regardant vers le ciel, il les bénit, les rompit et les donna aux disciples pour les proposer à la foule.
17 – Tous mangèrent et furent rassasiés et on enleva douze corbeilles de leurs restes.

Mon analyse :
Cet épisode est repris des deux autres synoptique de façon très semblable. Cela conforte l’idée du copier-coller. La symbolique des paniers renvoie aux douze tribus d’Israël déjà évident dans le nombre des disciples.

18 – Un jour qu’il priait seul avec ses disciples, il les questionna : Qui suis-je, au dire des foules ?
19 – Ils répondirent : Jean Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres, un des anciens prophètes ressuscité.
20 – Il leur dit : Et vous, qui dites-vous que je suis ? Pierre répondit : Le christ de Dieu.
21 – Mais il leur enjoignit et ordonna de ne le dire à personne,
22 – disant que le fils de l’homme devait beaucoup souffrir, être rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, être tué et, le troisième jour, se relever.
23 – Et à tous il disait : Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il se renie lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour et me suive.
24 – Car celui qui voudra sauver sa vie, il la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi, celui-là la sauvera.
25 – Et que sert à l’homme de gagner le monde entier si lui-même se perd ou se détruit ?
26 – Car celui qui aura honte de moi et de mes paroles, le fils de l’homme aura honte de lui quand il viendra dans sa gloire et dans la gloire du Père et des saints anges.
27 – Vraiment, je vous le dis, il y en a, de ceux qui sont ici, qui ne goûteront pas de la mort avant d’avoir vu le règne de Dieu.

Mon analyse :
Le christ de Dieu doit être compris comme l’envoyé de Dieu et même plus précisément comme le message de Dieu. C’est Dieu qui nous atteint car il ne peut se faire connaître directement sans déchoir de son statut divin. Mais pour que ce message puisse passer il doit mettre en échec la structuration mise en place par le démiurge et invalider sa loi. De même celui qui veut suivre cette voie doit abandonner celle qui prévaut ici-bas et tout perdre dans le monde périssable pour retrouver sa place dans le monde spirituel.

28 – Environ huit jours après ces paroles, il prit Pierre, Jean et Jacques, et monta prier sur la montagne.
29 – Et pendant qu’il priait, l’aspect de sa face fut autre et son vêtement, d’un blanc éclatant.
30 – Et voilà que deux hommes parlaient avec lui ; c’étaient Moïse et Élie ;
31 – on les voyait en gloire parler de son départ qu’il allait accomplir à Jérusalem.
32 – Pierre et ceux qui étaient avec lui, alourdis de sommeil, se réveillèrent et ils virent sa gloire et les deux hommes qui se tenaient avec lui.
33 – Et comme ceux-ci se retiraient, Pierre dit à Jésus : Maître, il est bon d’être ici ; faisons trois abris, un pour toi, un pour Moïse et un pour Élie. Il ne savait pas ce qu’il disait.
34 – Et pendant qu’il disait cela, il y eut une nuée qui les couvrait ; et ils furent effrayés de leur entrée dans la nuée.
35 – Et, de la nuée, il y eut une voix qui disait : Celui-ci est mon fils, que j’ai choisi ; écoutez-le.
36 – Et pendant qu’il y avait cette voix, Jésus se trouva seul. Quant à eux, ils se turent et n’annoncèrent à personne, en ces jours-là, rien de ce qu’ils avaient vu.

Mon analyse :
On se demande comment il est possible que les disciples n’aient pas totalement compris la situation et le statut divin de Jésus. Il faut comprendre que leur imprégnation judaïque est si prégnante et leur culture personnelle si faible qu’ils sont sans défense dans cette situation. Il faudra un homme plus apte à recevoir un tel message pour que cela puisse réussir : Paul.

37 – Le jour suivant, comme ils descendaient de la montagne, une grosse foule vint à sa rencontre.
38 – Et voilà qu’un homme de la foule s’exclama : Maître, je te demande de regarder mon fils, car c’est mon unique,
39 – et voilà qu’un esprit le prend et soudain il crie, il le fait écumer dans des convulsions ; et c’est à peine s’il se retire de lui après l’avoir brisé.
40 – J’ai demandé à tes disciples de le chasser et ils n’ont pas pu.
41 – Jésus répondit : ô génération mécréante et pervertie, jusqu’à quand serai-je près de vous à vous supporter ? Amène ici ton fils.
42 – Comme celui-ci s’approchait, le démon le déchira, le convulsa ; mais Jésus tança l’esprit impur, guérit l’enfant et le rendit à son père.

Mon analyse :
Les disciples, malgré le pouvoir qui leur est donné par Jésus, n’arrivent pas à effectuer leur mission. Cela met Jésus dans une profonde inquiétude.

43 – Et tous étaient frappés de la grandeur de Dieu. Comme tous s’étonnaient de tout ce qu’il faisait, il dit à ses disciples :
44 – Et vous, mettez-vous bien ces paroles-ci dans les oreilles : le fils de l’homme va être livré aux mains des hommes.
45 – Mais ils ne comprenaient pas cette parole, elle leur était voilée pour qu’ils n’en saisissent pas le sens ; et ils craignaient de le questionner sur cette parole.
46 – Et il leur vint un raisonnement, à savoir : qui d’entre eux était le plus grand ?
47 – Jésus, sachant le raisonnement de leur cœur, prit un enfant, le plaça près de lui
48 – et leur dit : Quiconque accueille cet enfant en mon nom, c’est moi qu’il accueille ; et quiconque m’accueille accueille celui qui m’a envoyé. Car celui qui est le plus petit de vous tous, c’est celui-là qui est grand.
49 – Et Jean dit à part : Maître, nous avons vu quelqu’un qui chasse des démons en ton nom ; et nous l’en avons empêché, car il ne nous suit pas.
50 – Jésus lui dit : Ne l’en empêchez pas : qui n’est pas contre nous est pour nous.

Mon analyse :
Là encore, les disciples passent à côté de l’information importante et se concentrent sur un détail de préséance. Jésus essaie de leur faire prendre conscience de l’importance de l’humilité.

51 – Comme les jours passaient et qu’il allait être enlevé, il résolut de se rendre à Jérusalem
52 – et il envoya des messagers devant sa face. Ils allèrent et entrèrent dans un bourg de Samaritains pour faire les préparatifs.
53 – Mais on ne l’accueillit pas, car il se rendait à Jérusalem.
54 – À cette vue, les disciples Jacques et Jean dirent : Seigneur, veux-tu que nous disions à un feu du ciel de descendre les détruire ?
55 – II se retourna et les tança ;
56 – et ils se rendirent dans un autre bourg.
57 – Sur leur chemin, quelqu’un lui dit : Je te suivrai où que tu ailles.
58 – Et Jésus lui dit : Les renards ont des tanières, les oiseaux du ciel, des nids, et le fils de l’homme n’a pas où poser la tête.
59 – Et il dit à un autre : Suis-moi. L’autre dit : Permets-moi d’aller d’abord ensevelir mon père.
60 – Il lui dit : Laisse les morts ensevelir leurs morts et vas-t-en divulguer le règne de Dieu.
61 – Et un autre encore lui dit : Je te suivrai, seigneur, mais permets-moi d’abord de me séparer de ceux de ma maison.
62 – Et Jésus lui dit : Quand on a mis la main à la charrue et qu’on regarde en arrière on n’est pas apte au règne de Dieu.

Mon analyse :
En une série d’anecdote Jésus montre les problèmes qui demeurent. La haine entre la Samarie et Jérusalem, l’attitude mosaïque des disciples et la difficulté à extraire les croyants à leur prégnance mondaine.

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