Évangile selon Luc – Chapitre 8

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Ce texte est tiré du Nouveau Testament publié dans la collection La Bibliothèque de la Pléiade des éditions NRF Gallimard.
Introduction de Jean Grosjean, textes traduits, présentés et annotés par Jean Grosjean et Michel Léturmy avec la collaboration de Paul Gros.
Afin de respecter le droit d’auteur, l’introduction, les présentations et les annotations ne sont pas reproduites. Je vous invite donc à vous procurer ce livre pour bénéficier pleinement de la grande qualité de cet ouvrage.

ÉVANGILE SELON LUC

Chapitre 8

1 – Par la suite, il passait de ville en bourgade, en proclamant l’évangile du règne de Dieu. Les douze étaient avec lui,
2 – et aussi quelques femmes qui avaient été soignées d’esprits mauvais et de maladie : Marie, appelée Madeleine, de laquelle sept démons étaient sortis,
3 – Jeanne, femme de Chouza régisseur d’Hérode, Suzanne et beaucoup d’autres et elles les servaient de leurs biens.
4 – Comme une grosse foule se rassemblait et que de chaque ville on venait à lui, il dit cette parabole :
5 – Le semeur est sorti semer sa semence. Une partie de sa semence est tombée le long du chemin, elle a été piétinée et les oiseaux du ciel l’ont dévorée.
6 – Une autre est tombée sur de la roche, elle a poussé et, faute d’humidité, elle a séché.
7 – Une autre est tombée au milieu des épines, les épines ont poussé avec elle et l’ont étouffée.
8 – Une autre est tombée dans la bonne terre, elle a poussé et fait du fruit au centuple. Et ce disant il vociférait : Entende qui a des oreilles !
9 – Ses disciples lui demandaient ce que c’était que cette parabole.
10 – Il dit : À vous il a été donné de connaître les mystères du règne de Dieu. Aux autres les paraboles ! pour qu’ils regardent sans voir, et entendent sans comprendre,
11 – Et quant à cette parabole, la voici : La semence, c’est la parole de Dieu.
12 – Ceux qui sont le long du chemin, ce sont ceux qui l’ont entendue ; puis le diable vient et il enlève la parole de leur cœur, de peur qu’ils n’aient foi et ne soient sauvés.
13 – Ceux qui sont sur la roche, ce sont ceux qui entendent la parole et l’accueillent avec joie, mais ceux-là n’ont pas de racine : ils ont foi un moment et, au moment de l’épreuve, ils s’éloignent.
14 – Ce qui est tombé dans les épines, ce sont ceux qui après avoir entendu s’en vont et, étouffés par les tracas, la richesse et les plaisirs de la vie, ils ne mûrissent pas.
15 – Ce qui est dans la bonne terre, ce sont ceux qui, après avoir de bon cœur entendu la parole, la retiennent et portent du fruit à force de résistance.

Mon analyse :
Pour autant qu’il me semble c’est la première fois que Marie Madeleine est présentée comme une ancienne pécheresse grave. On retrouve une notion grave qui apparaît dans d’autres évangiles et qui doit donc être considéré comme fiable, d’autant qu’étant négatif pour les disciples, il aurait pu être supprimé s’il n’était si connu de tous que sa suppression ne serait pas passée inaperçue. Cet élément est le fait que les disciples n’arrivent pas à comprendre les paraboles qui sont censées être à destination de la foule ignare. Cela confirme que les disciples ont été fermés à la prédication de Jésus et permet de comprendre que Paul ait été éveillé à son tour pour reprendre le flambeau.

16 – Personne n’allume une lampe pour la recouvrir d’un vase ou la mettre sous un lit. On la met sur un lampadaire, pour que ceux qui entrent voient la lumière.
17 – Car il n’y a rien de secret qui ne devienne manifeste, rien de tenu secret qui ne vienne à être connu et manifeste.
18 – Prenez donc garde comment vous écoutez. Car on donnera à celui qui a ; mais celui qui n’a pas, on lui enlèvera même ce qu’il a l’air d’avoir.

Mon analyse :
J’interprète cela comme une mise en garde à ceux qui prétendent disposer d’une connaissance et qui la cachent car ils craigne qu’elle soit vulnérable si elle est exposée. La vraie connaissance, la connaissance franche et honnête n’a pas peur d’être exposée au grand jour. C’est d’ailleurs un des éléments de la reconnaissance d’une pratique sectaire. Le secret est l’arme des faibles.

19 – Sa mère et ses frères vinrent à lui ; mais ils ne pouvaient l’atteindre, à cause de la foule.
20 – On lui annonça : Ta mère et tes frères sont dehors et veulent te voir.
21 – Il leur répondit : Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la pratiquent.

Mon analyse :
Là encore on trouve un élément majeur ; Jésus n’était ni reconnu ni accepté par ses proches. On comprend mieux que Jacques, son frère, ait mis tant d’application à ramener les croyants vers le judaïsme quand il a pris les rênes de la communauté après sa disparition.

22 – Certain jour qu’il était entré dans un bateau avec ses disciples il leur dit : Passons sur l’autre rive du lac. Ils prirent le large
23 – et, pendant qu’ils naviguaient, il s’endormit. Un tourbillon de vent descendit sur le lac. Le bateau se remplissait, ils étaient en péril.
24 – Ils s’approchèrent et le réveillèrent en disant : Maître, maître ! nous périssons ! Réveillé, il tança le vent et la houle ; tout cessa et le calme se fit.
25 – Et il leur dit : Où est votre foi ? Effrayés et étonnés, ils se disaient entre eux : Qui est-il, celui-ci, pour commander même aux vents et à l’eau, et en être obéi ?

Mon analyse :
Épisode connu et ambigu ; comment Jésus peut-il s’étonner que ses disciples soient apeurés puisqu’il sait leur peu de foi ?

26 – Ils abordèrent au pays des Géraséniens, qui est sur la rive opposée à la Galilée.
27 – Il sortait à terre quand, de la ville, vint au-devant de lui un homme qui avait des démons et qui depuis bon temps ne mettait plus de vêtements ; il ne demeurait pas dans une maison mais dans les tombeaux.
28 – En voyant Jésus il hurla, tomba devant lui et dit à grande voix : Que me veux-tu, Jésus fils du Dieu très-haut ? Je te demande de ne pas me tourmenter.
29 – Car il ordonnait à l’esprit impur de sortir de cet homme. Maintes fois en effet l’esprit s’était emparé de lui, on le liait avec des chaînes et des entraves et il était gardé ; mais il brisait les liens, et le démon l’entraînait dans les déserts.
30 – Jésus lui demanda donc : Quel est ton nom ? Il dit : Légion; parce que beaucoup de démons étaient entrés en lui
31 – et ils faisaient appel à Jésus pour qu’il ne leur commande pas de s’en aller à l’abîme.
32 – Or il y avait là un assez gros troupeau de cochons que l’on faisait paître dans la montagne. Ils firent donc appel à Jésus pour qu’il leur permette d’y entrer. Il le leur permit.
33 – Et les démons sortirent de l’homme et entrèrent dans les cochons ; et le troupeau s’élança de l’escarpement dans le lac, où il étouffa.
34 – En voyant ce qui était arrivé, les porchers s’enfuirent et l’annoncèrent à la ville et aux champs.
35 – Les gens sortirent voir ce qui était arrivé, ils vinrent vers Jésus et trouvèrent assis aux pieds de Jésus l’homme d’où les démons étaient sortis et qui était habillé et plein de bon sens, et ils furent effrayés.
36 – Ceux qui l’avaient vu leur annoncèrent comment le démoniaque avait été sauvé.
37 – Toute la multitude de la contrée des Géraséniens demanda à Jésus de s’en aller, car une grande crainte les oppressait. Il entra donc dans un bateau et s’en retourna.

Mon analyse :
Encore un épisode déjà étudié. Il est amusant que les habitants soient autant étonnés et effrayés de voir le possédé sain d’esprit et calme que de voir le troupeau perdu. Leur rejet s’explique aussi par une pratique religieuse apparemment relâchée, puisqu’ils mangent du porc.

38 – L’homme d’où les démons étaient sortis lui demandait d’être avec lui ; mais il le renvoya en disant :
39 – Retourne dans ta maison et raconte tout ce que Dieu a fait pour toi. Et il s’en alla proclamer par toute la ville tout ce que Jésus avait fait pour lui.
40 – À son retour, Jésus fut accueilli par la foule, car tous étaient là à l’attendre.
41 – Et voilà que vint un homme appelé Jaire, qui était chef de la synagogue. Tombant aux pieds de Jésus il faisait appel à lui pour qu’il entre dans sa maison,
42 – car il avait une fille unique d’environ douze ans et elle mourait. Il y alla, étouffé par les foules.
43 – Et une femme, qui avait un écoulement de sang depuis douze ans et que personne n’avait pu soigner
44 – s’approcha par derrière et toucha la frange de son manteau ; et son écoulement de sang s’arrêta tout de suite.
45 – Et Jésus dit : Qui m’a touché ? Comme ils s’en défendaient tous, Pierre dit : Maître, les foules te pressent et te serrent !
46 – Mais Jésus dit : Quelqu’un m’a touché. Je sais bien qu’une force est sortie de moi !
47 – La femme vit qu’elle n’était pas passée inaperçue et, tremblante, elle vint tomber devant lui en annonçant devant tout le peuple pour quel motif elle l’avait touché et comment elle avait tout de suite été guérie.
48 – Et il lui dit : Ma fille, ta foi t’a sauvée; va en paix.
49 – Il parlait encore quand quelqu’un de chez le chef de synagogue vient dire : Ta fille est morte ; n’excède plus le maître.
50 – Mais Jésus qui avait entendu lui répondit : Ne crains pas ; aie foi seulement, et elle sera sauvée.
51 – Arrivé à la maison, il ne laissa personne entrer avec lui, sauf Pierre, Jean et Jacques, ainsi que le père et la mère de l’enfant.
52 – Tous pleuraient et se lamentaient sur elle. Il dit : Ne pleurez pas; elle n’est pas morte, elle dort.
53 – Et ils riaient de lui, car ils savaient qu’elle était morte.
54 – Mais il la tint par la main et vociféra : Enfant, lève-toi.
55 – L’esprit lui revint et elle se leva tout de suite ; et il prescrivit de lui donner à manger.
56 – Les parents s’extasiaient mais il leur ordonna de ne dire à personne ce qui était arrivé.

Mon analyse :
Encore deux épisodes déjà traités. La répétition confirme la copie entre les rédacteurs. Je voudrais en profiter pour rappeler quelques faits. L’Évangile de Luc est considéré comme un faux destiné à ramener la pensée de Paul, et donc ceux qui se recommandaient de lui, vers le courant principal, judéo-chrétien helléniste. Pour ce faire on fabriqua un texte très ressemblant à ceux de Matthieu et Marc. Si Luc avait été un disciple de Paul, il n’aurait manqué de citer son maître à penser puisqu’il était contemporain. Quand Paul parle d’Évangile dans ses lettres il parle de celui de Christ, c’est-à-dire celui qu’il a reçu de façon spirituelle. Il ne connaît pas Jésus comme nombre de contemporains, ce qui permet de douter de l’existence du Jésus qui nous est présenté. Enfin, cet Évangile ne serait pas de type synoptique mais plus philosophique ou théologique comme celui de Jean. Pour finir, la recherche d’un Jésus historique, voire de paroles qu’il aurait prononcées, est une voie de garage. C’est le Jésus philosophique et spirituel qu’il faut rechercher, c’est-à-dire le Christ.

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