Évangile selon Jean – Chapitre 9

1 748 vue(s)

Ce texte est tiré du Nouveau Testament publié dans la collection La Bibliothèque de la Pléiade des éditions NRF Gallimard.
Introduction de Jean Grosjean, textes traduits, présentés et annotés par Jean Grosjean et Michel Léturmy avec la collaboration de Paul Gros.
Afin de respecter le droit d’auteur, l’introduction, les présentations et les annotations ne sont pas reproduites. Je vous invite donc à vous procurer ce livre pour bénéficier pleinement de la grande qualité de cet ouvrage.

ÉVANGILE SELON JEAN

Chapitre IX

1 – En passant il vit un homme aveugle de naissance
2 – Ses disciples lui demandèrent : Rabbi, est-ce lui qui a péché ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ?
3 – Jésus répondit : Ni lui ni ses parents n’ont péché, mais c’est pour que soient manifestées en lui les œuvres de Dieu.

Mon analyse :
Voila un point de nature a provoquer le trouble chez un lecteur un peu distrait. Comment, le Dieu de Jésus aurait joué avec la vie d’une créature dans le seul but de manifester ses œuvres ? En fait, c’est la structure de ce chapitre qu’il faut observer pour comprendre. À l’instant où nous en sommes Jésus pose le décor de ce qui va suivre. L’évangile est destiné à un public non averti. Il n’est pas capable d’appréhender dans sa plénitude la complexité d’un enseignement direct, ésotérique donc. C’est pourquoi l’évangile présente les chose de façon exotérique, c’est-à-dire façon à être compréhensibles par tout un chacun. Et nous allons suivre ce passage entre l’exotérique et l’ésotérique.

4 – Tant qu’il fait jour, nous devons travailler aux œuvres de celui qui m’a envoyé. La nuit vient où personne ne peut travailler.
5 – Tant que je suis dans le monde je suis la lumière du monde.

Mon analyse :
En préambule Jésus indique donc comment il faut comprendre ce qui va suivre. Ceux qui sont dans le jour, donc qui voient peuvent travailler aux œuvres divines. Ceux qui sont dans la nuit ne le peuvent pas. Mais comment peut-on être dans la lumière ou pas ? Jésus le dit clairement, la lumière qui transforme la nuit en jour c’est lui. Tant qu’il est là il apporte la lumière qui permet d’œuvrer dans le bon sens mais quand il ne sera plus là, les hommes ne pourront plus bénéficier de son éclairage.

6 – Après ces paroles, il cracha par terre, il fit de la boue avec sa salive, il lui mit cette boue sur les yeux
7 – et il lui dit : Va te laver à la piscine de Siloé (c’est-à-dire de l’envoyé). L’homme y alla, il s’y lava et, quand il revint, il voyait.

Mon analyse :
Le déroulement du « miracle » n’est pas anodin. Jésus réalise un cataplasme de boue et l’applique de ses mains sur les paupières de l’aveugle. Il lui impose en quelque sorte ses mains par l’intermédiaire de quelque chose réalisé avec ce qui sort de sa bouche. Sur un plan allégorique on pourrait dire qu’il s’agit d’une sorte de baptême. D’autant qu’il y a ensuite un bain à Siloé, dont le nom correspond à sa mission. L’homme qui est dans la nuit depuis toujours, reçoit ce qui sort de la bouche du Logos et retrouve la vue par l’intermédiaire de la lumière du monde.

8 – Les voisins et ceux qui l’avaient naguère vu mendier, dirent alors : N’est-ce pas lui qui était assis à mendier ?
9 – Certains disaient : C’est lui. D’autres disaient : Non, mais il lui ressemble. Il dit : C’est moi.
10 – Alors ils lui dirent : Comment tes yeux se sont-ils ouverts ?
11 – Il répondit : L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, il m’en a oint les yeux et il m’a dit : Va à Siloé, tu t’y laveras. Alors j’y suis allé, je m’y suis lavé et j’ai vu.
12 – Ils lui dirent : Où est-il ? Il dit : Je ne sais pas.
13 – Ils amènent aux pharisiens cet homme naguère aveugle.
14 – C’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue pour lui ouvrir les yeux.

Mon analyse :
Les témoins sont confus et manifestent soit leur acceptation, soit leur refus du message. Une fois que l’homme leur confirme la réalité des choses et la méthode miraculeuse employée, ils cherchent son auteur. En effet l’acte est accompli en contravention avec la loi mosaïque. Cela devient une habitude chez Jésus de s’opposer à cette loi positive.

15 – Les pharisiens aussi lui demandèrent comment il y voyait. Il leur dit : Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé et je vois.
16 – Certains pharisiens disaient : Ce n’est pas un homme de Dieu, car il ne garde pas le sabbat. Mais d’autres disaient : Comment un homme pécheur peut-il faire de tels signes ? Et il y eut une dissension entre eux.
17 – Ils disent encore à l’aveugle : Que dis-tu de lui qui t’a ouvert les yeux ? Il dit : C’est un prophète.
18 – Les Juifs ne crurent pas que celui qui voyait eut été aveugle, tant qu’ils n’eurent pas appelé ses parents.
19 – Et ils leur demandèrent : Est-ce là votre fils que vous dites né aveugle ? Alors comment y voit-il à présent ?
20 – Les parents répondirent : Nous savons que c’est notre fils et qu’il est né aveugle.
21 – Mais comment il y voit maintenant, nous n’en savons rien, ou qui lui a ouvert les yeux, nous n’en savons rien. Questionnez-le, il a l’âge d’en parler lui-même.
22 – Les parents disaient cela parce qu’ils craignaient les Juifs, car les Juifs étaient déjà convenus que quiconque avouerait Jésus pour christ serait excommunié.
23 – C’est pourquoi les parents disaient : Il a l’âge, questionnez-le.

Mon analyse :
Les pharisiens commencent à s’inquiéter et se divisent sur la nature de Jésus et sur la réalité du miracle. La loi de Moïse est si forte et crainte que même les parents ont peur d’en dire trop et d’être excommuniés.

24 – Les Juifs appelèrent à nouveau l’homme qui avait été aveugle et lui dirent : Rends gloire à Dieu, nous savons que cet homme est pécheur.
25 – Il leur répondit : Je ne sais s’il est pécheur, ce que je sais c’est que j’étais aveugle et qu’à présent je vois.
26 – Ils lui dirent : Que t’a-t-il fait ? Comment t’a-t-il ouvert les yeux ?
27 – Il leur répondit : Je vous l’ai déjà dit et vous n’avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous l’entendre encore ? Voulez-vous aussi devenir ses disciples ?
28 – Ils l’insultèrent : C’est toi qui es son disciple. Nous autres sommes des disciples de Moïse.
29 – Nous savons que Dieu a parlé à Moïse, mais nous ne savons d’où est celui-là.
30 – L’homme leur répondit : C’est bien là l’étonnant que vous ne sachiez d’où il est, et il m’a ouvert les yeux.
31 – Nous savons que Dieu n’écoute pas les pécheurs, mais si quelqu’un révère Dieu et fait sa volonté, il l’écoute.
32 – Jamais on n’a entendu que quelqu’un ait ouvert les yeux d’un aveugle-né.
33 – Si celui-là n’était de Dieu, il ne pourrait rien faire.
34 – Ils lui répondirent : Tu es né tout entier dans le péché et tu nous enseignes ! Et ils le jetèrent dehors.

Mon analyse :
Faute de pouvoir prouver une supercherie par substitution de personne, ils tentent de dévaloriser celui qui les met ainsi en porte-à-faux, puis ils se raccrochent encore à la loi mosaïque pour essayer de se rassurer. Et finalement ils insultent le pauvre homme et s’en débarrassent. C’est un comportement toujours parfaitement en usage de nos jours. Quand on détient une vérité bancale, on commence par dénigrer ceux qui notent ses défauts, puis on cherche à les agglomérer à un groupe que l’on puisse accuser et, quand rien ne marche, on coupe court et on se drape dans sa dignité en tournant le dos. J’ai un exemple récent très proche de cela et ceux qui ont lu Protagoras de Platon reconnaissent dans la fin de ce passage la façon dont le sophiste échappe à la reconnaissance de son échec face à Socrate.

35 – Jésus entendit qu’ils l’avaient jeté dehors, il le trouva et lui dit : Te fies-tu au fils de l’homme ?
36 – Il répondit : Et qui est-il, seigneur, que je me fie à lui ?
37 – Jésus lui dit : Tu le vois. C’est lui qui te parle.
38 – Alors il dit : Je me fie, Seigneur. Et il se prosterna devant lui.
39 – Et Jésus dit : Je suis venu en ce monde pour un jugement, pour que ceux qui ne voient pas voient et que ceux qui voient soient aveugles.

Mon analyse :
Voila le message fort. Jésus vient pour l’inversion de la loi juive, c’est-à-dire de la loi de Moïse. Et là, il n’est plus question d’allégorie. Il est bien clair qu’il s’agit d’aveuglement et de vision spirituels.

40 – Des pharisiens qui étaient là l’entendirent et lui dirent : Sommes-nous aussi des aveugles ?
41 – Jésus leur dit : Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché. Mais maintenant vous dites : Nous voyons. Votre péché demeure.

Mon analyse :
Et les pharisiens qui tentent une timide remarque reçoivent une appréciation sans concession. L’affaire est entendue !

Revenir au sommaire

Faites connaître cet article à vos amis !

Information

Contenu soumis aux droits d'auteur.

0