Évangile selon Jean – Chapitre 8

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Ce texte est tiré du Nouveau Testament publié dans la collection La Bibliothèque de la Pléiade des éditions NRF Gallimard.
Introduction de Jean Grosjean, textes traduits, présentés et annotés par Jean Grosjean et Michel Léturmy avec la collaboration de Paul Gros.
Afin de respecter le droit d’auteur, l’introduction, les présentations et les annotations ne sont pas reproduites. Je vous invite donc à vous procurer ce livre pour bénéficier pleinement de la grande qualité de cet ouvrage.

ÉVANGILE SELON JEAN

Chapitre VIII

1 – mais Jésus alla au mont des Oliviers.
2 – Et au point du jour il était de nouveau au temple, et tout le peuple venait vers lui, et s’étant assis il les enseignait.
3 – Les scribes et les pharisiens amènent une femme surprise en adultère, la placent au milieu
4 – et lui disent : Maître, cette femme a été surprise en flagrant adultère.
5 – Dans la loi, Moïse nous ordonne de lapider ces femmes-là. Alors toi, que dis-tu ?
6 – Ils disaient cela pour l’éprouver, pour avoir à l’accuser. Jésus qui s’était penché écrivait du doigt sur la terre.
7 – Comme ils persistaient à le questionner, il se redressa et leur dit : Que celui de vous qui est sans péché lui jette la première pierre.
8 – Et, penché de nouveau, il écrivait sur la terre.
9 – À ces mots, ils se retirèrent un par un à commencer par les plus vieux. Il resta seul. Et la femme était toujours là.
10 – Jésus se redressa et lui dit : Femme, où sont-ils ? personne ne t’a condamnée ?
11 – Elle dit : Personne, seigneur. Jésus lui dit : Moi non plus je ne te condamne pas. Va, et maintenant ne pèche plus.

Mon analyse :
Cet épisode bien connu nous apporte quelques informations. D’abord Jésus ne se commet pas avec ceux qui ne viennent pas à lui de cœur. Quand les scribes et les pharisiens lui parlent, il n’établit pas de contact, comme cela se fait dans toute conversation ou échange, mais il est tête baissée en train d’écrire sur la terre. Les juifs cherchent à démontrer qu’il est en infraction avec la loi positive en le plaçant devant ce qu’ils croient être un dilemme entre l’amour et la sanction de la faute imposée par la loi mosaïque. Mais Jésus retourne aisément le piège contre ceux qui le lui tendaient. Outre le caractère amusant de la scène, il faut retenir que Jésus démontre ainsi que la loi reçue par Moïse, de son dieu, est en fait faillible puisqu’on peut la prendre en défaut. Alors que la loi d’amour n’est jamais prise en défaut, ce que prouve Jésus en ne jugeant pas non plus mais en accompagnant la femme d’un conseil d’amendement de sa vie.
Cet épisode n’est pas là par hasard, il vient préparer la suite, c’est-à-dire la mise à mort des fondements de la croyance juive qui fait de Iahvé le Dieu absolu.

12 – Jésus leur parla encore, il disait : Je suis la lumière du monde. Qui me suit ne marche pas dans les ténèbres, il aura au contraire la lumière de la vie.
13 – Les pharisiens lui dirent : Tu témoigne de toi, ton témoignage n’est pas vrai.
14 – Jésus leur répondit : Bien que je témoigne de moi mon témoignage est vrai parce que je sais d’où je suis venu et où je vais, mais vous ne savez d’où je viens ni où je vais.
15 – Vous jugez selon la chair, moi je ne juge personne.
16 – Et si je juge, mon jugement est véritable parce que je ne suis pas seul, je suis avec celui qui m’a envoyé.
17 – Il est écrit dans votre loi que le témoignage de deux hommes est vrai.
18 – Je témoigne de moi et le Père qui m’a envoyé témoigne de moi.
19 – Alors ils lui dirent : où est ton père ? Jésus leur répondit : Vous ne connaissez ni mon Père ni moi. Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père.
20 – Il dit ces paroles près du trésor quand il enseignait dans le temple et personne ne le prit parce que son heure n’était pas encore venue.

Mon analyse :
Dans cet échange Jésus ne cesse de déstabiliser les juifs en les mettant sans cesse en porte-à-faux avec ses propres dires et avec leur loi positive. Il semble leur offrir une faille en témoignant seul, or il sait que cela n’est pas validant dans la loi mosaïque (cf V, 31-32) ; même la loi romaine dit : « Testis unus, testis nullus » (témoin unique, témoin nul). Mais, immédiatement il utilise la loi juive pour valider son témoignage unique par le renfort de Dieu. Il les déstabilise en les mettant dans l’impossibilité de valider ce second témoignage au motif qu’ils ne connaissent pas Dieu. Il s’exprime ainsi au cœur du temple, ce qui rend son rejet de la loi mosaïque encore plus intolérable pour les Juifs qui pourtant, soit ne l’arrêtent pas, soit ne peuvent l’arrêter.

21 – Il leur dit encore : Je m’en vais et vous me chercherez et vous mourrez dans votre péché. Vous ne pouvez venir où je vais.
22 – Les Juifs disaient : Se tuera-t-il qu’il dise : Vous ne pouvez venir où je vais ?
23 – Jésus leur dit : Vous êtes d’en bas, moi je suis d’en haut. Vous êtes de ce monde, moi je ne suis pas de ce monde.
24 – Je vous l’ai dit, vous mourrez dans vos péchés. Si vous ne croyez pas que je suis, vous mourrez dans vos péchés.
25 – Alors ils lui dirent : Qui es-tu ? Jésus leur dit : Faut-il même que je vous parle ?
26 – J’ai beaucoup à dire sur vous et à juger. Mais celui qui m’a envoyé est vrai et, ce que j’ai entendu chez lui, je le dis au monde.
27 – Ils ne surent pas qu’il leur parlait du Père.
28 – Alors Jésus leur dit : Quand vous aurez haussé le fils de l’homme, vous saurez que je suis et que je ne fais rien de moi-même. Je dis ce que le Père m’a enseigné
29 – et celui qui m’a envoyé est avec moi. Il ne m’a pas laissé seul, car je fais toujours ce qui lui plaît.
30 – Comme il disait cela, beaucoup se fièrent à lui.
31 – Jésus disait alors aux Juifs qui s’étaient fiés à lui : Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples.
32 – Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous libérera.
33 – Ils lui répondirent : Nous sommes la semence d’Abraham et nous n’avons jamais été esclaves de personne. Comment dis-tu : Vous deviendrez libres ?
34 – Jésus leur répondit : Oui, oui, je vous le dis, quiconque fait le péché est esclave.
35 – Et l’esclave ne demeure pas toujours dans la maison, mais le fils y demeure pour toujours.
36 – Si alors le Fils vous libère, vous serez vraiment libre.
37 – Je sais que vous êtes la semence d’Abraham, mais vous cherchez à me tuer parce que ma parole ne trouve pas place en vous.

Mon analyse :
Petit à petit Jésus introduit les éléments essentiels qui vont lui permettre la révélation majeure qui va suivre. Il signale qu’il n’est pas de ce monde, ce qui invalide la création du monde par Dieu. Car, comment ne pas être du monde et être fils de Dieu si Dieu est créateur ? En se différenciant des Juifs il crée un scission entre ceux qui sont strictement fidèle à la loi de Moïse et à Abraham et ceux qui sont prêts à le suivre. Des premiers il annonce, comme il l’a fait à Nicodème (III, 14), qu’ils vont lui rendre gloire en le tuant. Mais, même chez les seconds il détecte une résistance rédhibitoire. Pour les Juifs, la loi de Moïse interdit de reconnaître une quelconque autorité postérieure et impose de la traiter comme fausse et digne de la mort. À noter le verset 35 qui est à mettre en résonance avec la foi cathare qui veut que nous sommes prisonniers ici-bas et que nous nous enfuirons un jour ou l’autre.

38 – Je dis ce que j’ai vu chez mon Père et vous faites ce que vous avez entendu chez votre père.
39 – Ils lui répondirent : Notre père c’est Abraham. Jésus leur dit : Si vous êtes les enfants d’Abraham, faites les œuvres d’Abraham.
40 – Mais maintenant que vous cherchez à me tuer, moi qui vous dis la vérité que j’ai entendue chez Dieu. Abraham n’a pas fait cela.
41 – Vous faites les œuvres de votre père. Ils lui dirent : Nous ne sommes pas né de la prostitution, nous n’avons qu’un père, Dieu.
42 – Jésus leur dit : si Dieu était votre père, vous m’aimeriez, car c’est de Dieu que je suis sorti et que je viens. Je ne suis pas venu de moi-même, il m’a envoyé.
43 – Pourquoi ne reconnaissez-vous pas mon langage ? c’est que vous ne pouvez pas entendre ma parole.
44 – Vous avez pour père le diable et vous voulez ce que désire votre père. Il était homicide dès le principe, il ne s’est pas tenu dans la vérité parce qu’il n’y a pas de vérité en lui. Quand il ment il tire de son fond ce qu’il dit parce qu’il est menteur et père du mensonge.

Mon analyse :
Jésus distingue son père du dieu des Juifs. La rupture est consommée et clairement définie. Il montre aux Juifs qu’ils ne sont pas en accord avec Abraham en rappelant qu’il n’a pas tué son fils. Du coup il met en place la révélation terrible du verset 44. Ce verset est la poutre maîtresse de l’argument johannique. Le dieu des Juifs est le diable, donc le dieu de Moïse est le diable. Or, il l’est de toute éternité (dès le principe). Il est homicide et menteur comme le dieu de la Torah, donc pour nous comme le dieu de l’Ancien Testament. Et surtout il n’y a pas de mélange entre bien et mal en lui, car son fond est uniquement mauvais. Contrairement à ce que peuvent prétendre les judéo-chrétiens, cette adresse ne concerne pas que les pharisiens, mais bien tous les Juifs ! Impossible donc pour nous de considérer le dieu de la Torah comme Dieu le père. Il n’est pas le Dieu bon mais, comme disait Marcion, il n’est que le dieu juste.

45 – Et moi, parce que je dis la vérité, vous ne vous fiez pas à moi ?
46 – Qui de vous me prouvera coupable de péché ? Si je dis la vérité, pourquoi ne pas vous fier à moi ?
47 – Qui est de Dieu entend les paroles de Dieu. Si vous n’entendez pas, c’est que vous n’êtes pas de Dieu.
48 – Les Juifs lui répondirent : N’avons-nous pas raison de dire que tu es un Samaritain et que tu as un démon ?
49 – Jésus répondit : Non, je n’ai pas de démon, mais j’honore mon Père et vous m’insultez.
50 – Moi je ne cherche pas ma gloire, il y en a un qui la cherche et qui juge.
51 – Oui, oui, je vous le dis, si quelqu’un garde ma parole, il ne verra jamais la mort.
52 – Les Juifs lui dirent : Maintenant nous savons que tu as un démon. Abraham est mort, les prophètes aussi et tu dis : Si quelqu’un garde ma parole, il ne goûtera jamais la mort.
53 – Est-ce que tu es plus grand que notre père Abraham qui est mort ? Les prophètes aussi sont morts. Qui te prétends-tu ?
54 – Jésus leur répondit : Si je me glorifie moi-même, ma gloire n’est rien. C’est mon Père qui me glorifie, lui dont vous dites : Il est notre Dieu.
55 – Et vous ne le connaissez pas, mais moi, je le connais. Et si je disais que je ne le connais pas, je serais pareil à vous, un menteur. Mais je le connais et je garde sa parole.
56 – Abraham votre père a exulté à l’idée de voir mon jour, et il l’a vu et il s’est réjoui.
57 – Les Juifs lui dirent : Tu n’as pas encore cinquante ans et tu as vu Abraham ?
58 – Jésus leur dit : Oui, oui, je vous le dis, avant qu’Abraham ait existé, je suis.
59 – Alors ils enlevèrent des pierres pour les lui jeter. Mais Jésus se cacha et sortit du temple.

Mon analyse :
Par sa démonstration logique Jésus place les juifs du côté du dieu du mensonge et ceux-ci n’ont d’autre alternative que de s’appuyer sur la loi positive pour le déclasser au rang des Samaritains. Même quand ils invoquent Abraham à la rescousse, Jésus les déstabilise en ravalant Abraham au rang de simple prophète temporel et en se plaçant lui à un rang d’éternité que les juifs ne comprennent pas et qui les pousse à agir selon la loi positive, c’est-à-dire en tentant de le mettre à mort. La boucle est bouclée et le clivage entre le Dieu de Jésus et le dieu des juifs est définitif.
Ce chapitre est essentiel dans la connaissance cathare. Impossible après cela de confondre le dieu de ce monde et le Principe du Bien.

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